Polar humoristique : cela existe comme genre ?

imageAvant de partir en vacances (demain), j’ai eu une subite inspiration pour ce concours de nouvelles : http://www.bonnesnouvelles.net/bibliothequemunicipaledecognac2014.htm

Article 2 : Thème du concours
Les participants devront rédiger une nouvelle inédite dans le genre policier au sens large du terme (enquête, thriller psychologique, social, noir…). Le polar historique est admis.
Le texte devra comporter obligatoirement ce passage : « Alors, il dort le gros con ? Ben il dormira encore mieux quand il aura pris ça dans la gueule ! Il entendra chanter les anges, le gugusse de Montauban…Je vais le renvoyer tout droit à la maison mère…au terminus des prétentieux… extrait du film « Les Tontons flingueurs » réalisé par Georges Lautner et dialogué par Michel Audiard, 1963.

Et vous cela vous inspire ?

 

 

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Les vacances …..Grande pause pour la Jument Verte

Cet été, je me suis réinscrite au challenge pavé de l’été de Brize (merci à elle pour l’organisation )

PAVE ETE

Challenge que je vais essayer de coupler avec celui de Philippe sur le thème Trilogie  (merci à lui itou  pour l’organisation )

TRILOGIE

Je vais lire une de ces trilogies : un conseil ?

Une relecture du « Seigneur des anneaux »

ANNEAU

Une série de mon cher Marcel ?

AYME

 

Une trilogie Québécoise ?

LABERGE

 

Une trilogie vue chez Edualc ?

ISALANDE

 

Une autre vue je ne sais plus où?

HORTENSE

 

Un petit tour au Japon ?

1Q84

D’autres idées ?

J’en ai même repéré une avec des chevaux 😉

CONFINS

A bientôt …..Retour prévu le ???? Enfin par là 😉

Et BONNES VACANCES à tous 😉

Help, Charlie

plumes2

Cher Charlie,
Je prends la plume au lieu de te téléphoner pour t’expliquer mon silence de ces derniers jours. Figure toi que je suis aphone, pas moyen donc de te passer un coup de fil.

Tu dis dans ton annonce de la Voix du Nord « Silence supect, se voir qd, où? courage, lutte avt éclaircie. Trust in you babe. C. »
Maintenant que tu sais pourquoi je suis sans voix, je pense que tu ne trouves plus mon silence suspect. Je t’écris pour te demander des conseils, essentiels pour ma reconversion. Parce que mon extinction de voix se prolonge et je pense à me reconvertir dans le cinéma muet. Et qui dit cinéma muet dit « Charlie Chaplin », le Maître.
J’ai déjà une idée de scénario : ce sera un film sans parole (forcément), mais pas sans musique, j’ai déjà choisi la bande-son : ce sera la « sonate au clair de lune de Beethoven (j’adore ce chien, il a un regard si émouvant, je ne savais pas qu’il était compositeur en plus, quel talent ! ).

Tu ne le sais peut être pas, mais il s’agit d’une épidémie ici à Hollywood : un à un les acteurs perdent leur voix (leur âmes? ). C’est assez angoissant cette hécatombe ! Le premier fut Tarzan mais nous avons tous cru à un burn-out tellement il donne de lui et de sa voix. Vint ensuite le tour de Céline (Dion), de Shrek, de Hulk et de Bob Razowsky. Les pauvres agneaux ont trouvé asile tous les trois chez une certaine jument verte. Elle leur enseigne la méditation transcendantale. Leur convalescence serait, semble-t-il, en bonne voix.

Il me faut ton autorisation aussi pour le titre du film : Ta « Comtesse de Hong Kong » va devenir la « Comtesse de King-Kong ». Au niveau de la bande-son, en plus de la « sonate au clair de lune », je pense utiliser aussi quelques rires pré-enregistrés (bon là, j’ai un problème parce que Whoopy Goldberg est aphone elle aussi , cela lui est arrivé sur le tournage de Sister Act 5, l’horreur intégrale, la voilà au chômage comme nous tous pauvres comédiens!).
J’ai trop tiré sur mes cordes vocales et voilà le fil rompu. Du coup, mon texte peut te sembler un peu décousu mais c’est l’émotion qui me rend ainsi et me fait sortir de ma réserve légendaire. Le vertige de ne plus pouvoir parler, de ne plus pouvoir me faire entendre, le vide intersidéral….. Le monde du silence est effrayant !

Tu as été de ton temps la personne la plus célèbre du monde, Charlie, je t’ai bien observé avec ton pantalon trop large, ta démarche en canard et ton chapeau melon trop petit : ta silhouette, comme la mienne, est reconnaissable entre toutes ! Pour nous, la voix est superflue. J’ai besoin de toi comme coach pour asseoir mon image à défaut de poser ma voix. Toi seul peut m’apprendre à jouer sur toute la palette des sentiments…

Tu me connais, je ne baisse pas les bras et je lutte. Te savoir de notre côté dans ces jours difficiles me remplit de joie. Je garde confiance. Les mauvaises langues disaient, du temps de mon apogée, que j’étais sur une voix de garage, que mon succès ne tenait qu’à un fil, moi qui ait trois films dans le top 50 des films les plus vus de tous les temps. Je te laisse imaginer ce qu’il disent, maintenant que je ne peux plus leur répondre (je ne maîtrise pas encore la langue des signes).

Mais, revenons à mon futur film, « la comtesse de King-Kong », j’ai trouvé un metteur en scène, qui oeuvre sous un pseudo pour le moment (Edualc Eeguab, il se reconnaîtra, il donne des conférences ici ) mais surtout ne le dis à personne (moi ça ne risque pas!). Tu devineras qu’à la fin du film, je sauve la comtesse aux pieds nus à la dernière minute. Je la délivre du gorille qui la détenait prisonnière en haut d’un gratte-ciel. J’ai prévu une magnifique scène avec extérieurs-nuit, et zoom sur la lune en fond de sonate. Quelle félicité, non ? C’est avec les vieilles recettes que l’on fait les meilleurs films ! La comtesse, une dénommée Jacaranda, est une brune magnifique aux yeux de braise…Elle te plaira…

En tout cas, je reste stoïque, presque apaisé, et accepte cet aléa avec courage en me disant que les voix du seigneur sont impénétrables….C’est mon amie Margaret qui le dit!!

Aide moi à monter ce film, s’il te plait , Charlie Chaplin, j’ai d’ailleurs un petit rôle pour toi : cela te dirait-il d’être la voix-off ?
Bises

Ton Spiderman

 

Les mots collectés par Asphodèle
Essentiel – réserve – regard – musique – félicité – observer – minute – nuit – muet -agneaux – son – apaiser – méditation – angoissant – justesse – jacaranda – jouer

La consigne de Tu dînes ce soir 
Il fallait écrire une lettre pour répondre à l’annonce suivante :
« Silence suspect, se voir qd, ou ? Courage, lutte avt éclaircie. Trust in you babe. C. » Pour la troisième lettre, vous vous mettrez dans la peau de Spiderman (si, si vous avez bien lu) en écoutant la Sonate au clair de lune de Beethoven (un peu de douceur dans ce monde de brut…et d’araignées).

Merci à eux tous 😉

BOB CHARLOT HULK SHREK

 

comtesseking kongsans oublier Beethoven

beethoven

 

Le sillage de l’oubli – Bruce Machart

Il était censé vider un bidon sur les balles de foin du rez-de-chaussée, mais il ne put s’y résoudre quand il vit cette petite pouliche noire enfermée dans sa stalle tandis qu’il se tenait là, l’épaule en feu et agité de spasmes. Il y avait dans cette bête quelque chose de doux qui faisait qu’elle ne méritait pas qu’on lui fasse du mal, quelque chose dans ses grands yeux sombres et dans les petits tremblements hésitants qui agitaient ses oreilles. Elle était inquiète, sur le qui-vive, avec ses flancs lisses et bien étrillés, ses jambes longues et robustes, et Joe avait l’impression de voir s’incarner en elle des générations de chevaux soigneusement croisés : c’était comme si la contempler chaque jour vous donnait l’orgueilleuse certitude qu’à force de prudence et de soins patients, vous laisseriez en ce monde une trace que même votre mort ne pourrait effacer.

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Le sillage de l’oubli  – Bruce Machart 

k

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Sur une idée de Chiffonnette

citation

Voilà c’est fini

Mon boulot chez G**gle est terminé. Voici les dernières minutes en images !

Et si vous avez raté le premier épisode c’est ici 😉

Vous me reconnaissez sous ma perruque

GIF COUPE DU MONDE

Eeguab est venu se joindre à nous avec sa guitare 😉 Un moment de complicité en musique ! GIF EEGUAB GUITARE

J’ai eu un peu de temps pour lire entre deux prises !! la lecture reste pour moi un moment essentiel google cdm

j’ai beaucoup gagné en souplesse des genoux 🙂 Observez bien ce jeu de jambes ….world-cup-2014-20

 

Je sais aussi me tenir en retrait, voire sur la réserve … LOIN des regards et de la foule world-cup-2014-20-4921531587100672-hp

 

et rester à l’ombre, enfin faire de l’ombre aux autres …world-cup-2014-26

Certains moments furent difficiles. Etre ainsi sur le pont, nuits et jours n’est pas toujours aisé

world-cup-2014-30J’en ai encore mal au cou. Je mérite d’être félicitée pour mon abnégation (en même temps je n’ai pas eu à regarder les matchs parce que là oui cela aurait été de l’abnégation)

Je vous souhaite un bel été 😉 et à bientôt pour de nouvelles aventures

 

L’hippopotame – Stephen Fry

hippo

Un excellent moment de lecture avec cet « hippopotame ». Comme l’indique la couverture, ce n’est pas un vrai hippopotame mais le surnom de Ted Wallace, la soixantaine « fatiguée ». Ted est critique dans un journal, il se fait virer pour avoir écrit un article qui « descend » un auteur à la mode. Désoeuvré, il rencontre sa filleule qui va lui confier une étrange enquête, chez son oncle.

Cette enquête est un prétexte pour décrire la société britannique : ses croyances, ses préjugés, et surtout ses espoirs…. Tour à tour, drôle et tête à claque, porté sur les femmes et la bouteille, Ted Wallace m’a beaucoup fait rire : Une écriture truculente, beaucoup de digressions comme ici :

Mais … assez de blablabla. Je me laisse toujours emporter. Si vous voulez des théories au rabais sur les sexes, vous en trouverez plein les rayons dans les librairies spécialisées. « Les hommes se rebiffent, Les femmes se rebiffent contre les hommes qui se rebiffent »….des réponses aux questions et des contre-réponses. On se croirait revenu aux beaux jours de la guerre froide, lorsque chaque publication de l’autre bloc était lue, chaque attitude analysée, chaque mouvement détecté au radar et chaque glissement culturel commenté. Seigneur ! Il y a suffisamment de chroniqueurs, de commentateurs et de pseudo-universitaires pour assurer à perpétuité le réarmement et la relève dans cette guerre des sexes. De toute façon, qui s’intéresse à ce que peut avoir à dire un quarteron de journalistes incultes?
Non, si je vous rote toutes ces niaiseries nauséabondes en plein figure, ce n’est pas pour leur importance pour leur nouveauté. Ce n’est pas non plus parce que je veux m’engager dans un débat stérile sur la question. Mais je voudrais que vous compreniez quel était mon état d’esprit et mon humeur le jour où Jane m’a découvert et entraîné chez elle à Kensington. Sa mère, Rebecca, comme j’allais vous le faire remarquer avant d’enfourcher un de mes dadas favoris et de partir au galop pendant quelques paragraphes est probablement la seule femme de ma connaissance à aimer le cul, vraiment avec une faim et une soif comparables à celle des hommes. C’est aussi la seule femme de ma connaissance à aimer le whisky. Les deux sont sans doute liés. (p 32)

Je vous recommande ce livre pour sa galerie de personnages à la fois loufoques et réalistes, comme par exemple Oliver Mills, qui introduit ici, un des personnages non humains mais primordiaux à l’intrigue : la jument Lilac.

Extraits du journal intime d’Oliver Mills – 29 juillet 1992, Swafford Hall

Nous voici parvenus au point critique, petite Daisy, chère confidente. Je suis tellement énervé…Il est onze heures du soir et dans trois heures je vais….Je ne sais pas trop ce que je vais faire mais la terre va trembler, ça tu peux me croire !
Je t’ai raconté, hier que les hétéros purs et durs de la maison se faisaient un mouron dingue pour un canasson, un cheval de chasse entraîné et monté par son propriétaire, comme on dit sur les champs de courses, Michael soi-même. Le nom de la bête, Lilac, plus coquet qu’un bataillon de scouts danois en culotte courte, trahit son sexe. Lilac est une grande jument brute, la Dalila et la prunelle des yeux de son Samson de maître. Hier, comme je l’ai méticuleusement consigné dans tes pages, elle a commencé à montrer des signes bizarrement bizarres. Véto le Vet s’est prononcé pour un empoisonnement à la jacobée. Cette herbe de la Saint -Jacques, une vraie saleté, possède un alcaloïde qui provoque une dégénérescence du foie fatale, sante Tante Idote connue. D’ordinaire, les chevaux ne mangent pas cette jacobine de plante qui est plus amère qu’un poète oublié. (p247)

En conclusion : décapant, un final étonnant.

Quelques scènes qui peuvent déranger,  à réserver à un public averti  🙂

Challenge animaux du monde chez Sharon

CHALLENGE-animaux

 

Romance somnambule – Federico Garcia Lorca.

jeudi-poesie

Allez chez Asphodèle lire les trouvailles des autres participants 😉

Vert c’est vert que je te veux.
Vert le vent. Verts les rameaux.
Nacelle voguant sur l’eau
Cheval par les monts rocheux.
La taille drapée de noir
Au balcon rêvant du soir
Chair verte et vert le cheveu
D’argent froid elle a les yeux.
Vert c’est vert que je te veux.
Sous une lune gitane
Vers elle vont les regards
Vers elle qui ne peut voir.
*
Vert c’est vert que je te veux.
D’amples étoiles de givre
Le poisson de nuit dirigent
Traçant de l’aube la piste.
Le figuier frotte sa brise
Au crin dur de ses ramages.
La montagne chat sauvage
Hérisse pointes d’agaves.
Qui viendra ? De quel côté…?
Elle a son balcon restée
Chaire verte et le cheveu vert
Rêve amère de la mer.

Extrait de « Romance somnambule » tiré du recueil Ramancera Gitan, traduit par Alice Becker-Ho et publié aux éditions Willim Blake & Co.

Adieu, l’école est finie

plumes2Journal d’un stylo – 5 juillet 2014

Samedi, dernier, Valentyne m’a sorti de mon placard. Enfin ! depuis le temps que j’attendais ce moment de revoir la lumière. Huit long mois de séparation, presque une gestation : j’ai eu le temps de ruminer, de faire le point.
Valentyne m’a regardé et m’a dit « Mon cher Stylo » (très louche cela, elle devait avoir des choses à me demander) , « j’ai besoin de toi ». Huit mois qu’elle ne me regarde pas et qu’elle n’écrit que sur son clavier et pas dans son « carnet des préjudices graves», huit mois que je me dessèche et que je perds la tête.
Elle m’a emmené à la bibliothèque où était organisée une exposition « L’école en 1950 »
La reconstitution était parfaite : des bancs de bois, des tables pleine d’encre avec des inscriptions où on sent poindre la joie de vivre « Marie aime Lebrac», une affiche grandeur nature de Tigibus et de ses acolytes qui font ripaille autour d’une boîte de sardines. Des cartes aux murs me rappellent d’étranges contrées : Yougoslavie, Tchécoslovaquie, RDA, URSS, Congo Belge et Rhodésie.

Je frétillais avec allégresse sur ma bonne mine. Ah ! reprendre du service, écrire une rédaction, une lettre, n’importe quoi, mais écrire. Ecrire la douleur de la séparation, la beauté des larmes qui dégoulinent sur un visage d’enfant, quand il comprend que la chèvre de Mr Seguin va se faire manger par le loup….

Mais là, j’ai déchanté quand Valentyne m’a dit : « Sur un coup de tête je me suis inscrite à la dictée, niveau CM2, je compte sur toi ».

J’en ai eu l’encre figé dans mes veines, je suis pas super bon en orthographe alors j’ai biaisé ; j’ai remplacé certains mots que je ne connaissais pas par des synonymes.

Il faut vous dire aussi que j’ai un gros problème avec les « c » et les « ss » : Ecrit-on glacé ou glassé ? embrasser ou embracé ?

J’ai aussi un problème avec les « ai » et les « è ». Dit on fête ou faites, au fait ?

Je ne vous parle pas les mots en « an » et en « en », des 6 façons d’écrire le son « Hein », le  » m » devant le « b » et le « p », l’exception de « bonbon », le « x » à hiboux, cailloux, genoux …

Ma hantise, c’est la conjugaison avec ses fautes aussi inattendues qu’irréparables : je mélange tout, le plus que l’imparfait, le futur intérieur, le subjonctif : « encore eut-il fallu que je retrouivaillate mes amis » et aussi « Encore eut-il fallut que je le susse » (qui conjugue la difficulté du subjonctif avec le piège du « c » et des 2 « S » !!) Bref, je tremblai de tout mon membre, stressé comme pas permis. Et les participes passés….ET….la liste est trop longue.

Voilà je me pose toujours des questions existentielles ! Alors la confiance que Valentyne a mis en moi, ce samedi, je me devais de l’honorer. J’ai rajouté des mots comme messages subliminaux pour qu’elle m’aime enfin et ne me remette plus au placard. J’ai fait du mieux que j’ai pu, c’est quand même elle qui m’ a mis le pied à l’encrier, j’ai fait des efforts, j’ai sué sang et eau pour qu’elle soit fière de moi.

doineau 2

La maîtresse était belle et souriante, un brin aérienne pour ne pas dire céleste. Si, plus jeune, j’avais eu des maîtresses si enjouées, sûr que j’aurais mieux écouté en classe. Elle articulait bien et nous a bien laissé le temps avant de ramasser les copies.

Voici ma dictée :
<< Le chemain froid lonjait la froide riviaire. Sur l’autre quai, les maisons s’espaçaient, chaqune antourée d’une étandue de terrin deffriché avec amour. Derriaire ce terrin, et des de côté, c’était le bois qui venait jusqu’à la berje, font vert intensément sombre sur lequel s’embrassait quelques troncs de boulots blans et nus. De l’autre côté du chemain, la bende de taire qu’on avait deffrichée était plus large et continu : les maisons plus raprochées semblaient prolonjer le vilage en aven-garde.>>
D’après Louis Emon, Maria Chatdelaine

J’en profite pour vous montrer une photo de mon aïeul : on est beau hein dans la famille !

Doineau

A la fin de la dictée, je l’ai sentie pleine d’inquiétude, Valentyne. Pas sûr qu’elle ait son certificat d’étude, ni que le bilan soit glorieux, avec moi comme stylo à cancre…..

Et pour les curieux voici la vraie dictée
<< Le chemin glacé longeait la rivière glacée. Sur l’autre rive, les maisons s’espaçaient, chacune entourée d’une étendue de terrain défriché. Derrière ce terrain, et des deux côtés, c’était le bois qui venait jusqu’à la berge, fond vert sombre sur lequel se détachaient quelques troncs de bouleaux blancs et nus. De l’autre côté du chemin, la bande de terre qu’on avait défrichée était plus large et continue : les maisons plus rapprochées semblaient prolonger le village en avant-garde.>>
D’après Louis Hémon, Maria Chapdelaine

Les mots collectés par Asphodèle

Séparation, revoir, froid, embrasser, larmes, famille, fête, ripaille, allégresse, bilan, amour, quai, adieu, joie, ami, inquiétude, irréparable, intensément.

Les épisodes précédents

Episode 1 / Episode 2 / Episode 3 / Episode 4 / Episode 5 / Episode 6

Journal d’un stylo 6

Octobre 2013

Bique, le stylo, n’en pouvait plus de son insomnie : Il se retournait et se retournait encore dans la trousse sur le bureau. La position allongée ne le soulageait pas, il n’arrêtait pas de se cogner au taille-crayon, l’odeur de la colle et de la gomme l’incommodait.

Il avait tout essayé pour dormir mais rien à faire : Dans le pot à crayon, la tête en haut, il sentait son encre descendre par la fatale attraction de la pesanteur, la tête en bas, il avait peur de se répandre partout et de se mettre à fuir.

N’y tenant plus et sachant qu’il ne trouverait pas le sommeil avant d’avoir résolu son problème il se leva et prenant son courage par le capuchon, il s’avança doucement dans la maison qui dormait du sommeil du juste.

Arrivé dans le salon, il vit l’être qui avait la réponse à sa question existentielle : Celui-ci dormait silencieusement dans le placard. Bique le stylo regarda l’aspirateur. Ainsi immobile, il avait l’air calme et paisible : une espèce de Diplodocus endormi avec sa longue trompe qui reposait par terre, silencieux, alors que dans la journée il vrombissait, s’agitait, avalait poussières, petits morceaux de papier. Bique, plus d’une fois, avait eu peur de se trouver aspiré et de se retrouver dans le corps de ce géant, tel Jonas avalé par la baleine.

– Miel, Miel ! réveille-toi dit-il de sa petit voix de stylo.

– Hum, hum : qui me réveille ? s’exclama l’aspirateur gris en se redressant, manquant écraser le pauvre Bique au passage. Sa voix était caverneuse, voir même un peu asthmatique

– C’est moi, Bique, le stylo, Val a dit aujourd’hui quelque chose qui m’a interpellé et qui m’a fait penser que tu pouvais résoudre mon problème !

– Tout dépend du problème, marmonna, bougon, l’aspirateur, qui devait aller bosser le lendemain.

– Eh bien je suis à nouveau atteint du syndrome de la page blanche. Je n’arrive plus à aligner trois mots. Je suis en pleine panne d’écriture !

– Et tu crois que moi, un aspirateur, qui passe ma journée à attraper des moutons sous les meubles, je vais pouvoir t’être d’une quelconque utilité, ce n’est pas mon métier que d’écrire ?

– Ben oui, Val a dit qu’elle avait résolu ton problème en changeant ton sac : explique-moi en quoi changer ton sac règle ton problème d’inspiration ? Moi aussi je veux changer de sac, ou de cartouche que sais-je pour retrouver l’inspiration !

Alors l’aspirateur se mit à rigoler tout haut, si fort qu’il faille s’étrangler. Finalement, il reprit son souffle et éructa : « Ah, ah ah, je comprends, cher Bique, Val a résolu mon problème d’ « Aspiration » en changeant mon sac, pas d’Inspiration »

Et tournant son corps volumineux et son cou gracile, il planta là Bique et ses états d’âmes, retournant à ses rêves et à ses moutons.

Journal d’un stylo 5

1er septembre 2013

Dans le cadre de ma psychothérapie avec le Docteur Freud, celui-ci m’a intimé de me décrire en 500 mots.

Et il a précisé « en explorant vos cinq sens » (je vais avoir du mal car ce que j’ai de plus développé chez moi c’est le sixième sens, mais bon, allons y!)

Tout d’abord le toucher, je suis dur (certains diraient même rigide, pour ne pas dire psycho- rigide). Pour ma part, je préfère m’en tirer par une pirouette et dire que je ne suis pas très souple, j’applique la méthode Coué en plus de celle de Monsieur Freud. Comme mon réservoir peut se retirer de sa carapace, je me sens parfois tout nu et désarmé.

Si vous me respirez, vous verrez tout de suite que je suis un très grand voyageur : je sens donc, pêle –mêle, le sac de Valentyne, les billets de métro, des vieux bouquins de bibliothèque, des restes de barres de céréales (miam le miel et le chocolat !). Et aussi, je sens ces innombrables listes qu’elle tient et sors à tout bout de champ (c’est le seul moment d’ailleurs où je lui suis indispensable : dès qu’elle a  une idée et elle me dégaine). Vous allez me dire qu’une liste ne sent pas, et bien si, une liste sent : par exemple sa dernière liste en cours est la liste de livres qui ont pour sujet la nourriture « le festin de Babette », « Charlie et la chocolaterie ». Cette liste a une très bonne odeur, et ce même si le goût du « coup de Gigot » m’a un peu gêné à côté du goût du chocolat).

Parfois, comme elle n’a plus de papier, elle écrit sur sa liste de livres, passer à la laverie (j’adore l’odeur de lessive), penser à faire le plein (beurk, l’odeur d’essence). Oh là là que j’aime ces odeurs et ces fragrances de listes !

Goûtez-moi, mangez-moi : enfin pas trop hein, parce que si tout le monde se met à me goûter, franchement au niveau des bactéries, je vais stresser.

Ecoutez-moi ! Et alors en retour je vous raconterais ! C’est là que je suis le meilleur, il me suffit d’une oreille attentive pour que je m’épanche, raconte ce que vous avez de plus intime. Alors, je mène la danse seul et écrit sur chatouillant le papier, sans ligne le papier, surtout car je suis un peu en marge, les lignes bloquent ma créativité.

Et au final, regarder moi, je suis droit comme un I : je suis translucide (mais pas extra lucide même si je fais un gros travail d’introspection, régulièrement). Je renvoie la lumière du soleil quand je me repose nonchalamment installé sur le bureau.

On voit le niveau de mon moral à la ligne bleue de mon réservoir. Un vrai baromètre. Mais je vous parlerais de ceci une autre fois, parce que là il est l’heure de repartir écrire. Ah non. Val vient de me dire que j’allais dessiner. Elle met le poste à fonds et j’écouter le boléro de Ravel, la Truite de Schubert et Vangelis. Je me demande bien pourquoi !