L’exil d’Hortense – Jacques Roubaud

HORTENSE

Par amour pour son Prince, Hortense a accepté de s’exiler en Poldévie, futur royaume de son amoureux. Celui-ci, fort préoccupé par les affaires de son pays, la délaisse un peu, et Hortense fait l’apprentissage de la solitude. On y retrouve d’anciens amis des deux précédents tomes, Carlotta et Laurie. Et surtout on fait connaissance avec ce beau pays qu’est la Poldévie. J’irais bien habiter dans la capitale Queneautown (rue Boris Vian) ou alors au col du Faiwmurr qui emmène vers la Poldodamie. Cependant je trouve le climat un peu rude :  » De longues périodes de pluie seront interrompues par de courtes mais violentes averses »
Vous aurez compris que dans ce pays imaginaire, on peut croiser jeux de mots et clins d’oeil à la pelle. De nombreuses aventures plus tard, Hortense réfléchira sur la Fidélité, la Jalousie, l’Amitié avec l’esprit philosophique qu’on lui connait. Je dois dire qu’étant peu fan de Shakespeare, de nombreuses allusions ont du me passer à des kilomètres. Sachez seulement qu’un chat Hotello et qu’une chatte Ophélie viendront à la rescousse de la demoiselle en détresse.
Je retiens aussi pour un exil futur qu’il n’y a pas de voitures en Poldévie mais des calèches tirées par de robustes poneys montagnards. L’emblème de ce beau pays est l’Escargot.

En conclusion de cette trilogie : très plaisante (surtout le premier tome)

Un extrait :
La Poldadamie, aussi ancienne et montagnarde que sa voisine et rivale, la Poldévie, lui a longtemps disputé et lui dispute encore la première place dans ces contrées que l’histoire et la géographie « pour une fois unies dans leurs efforts » leur ont allouées sur notre globe. Le récit des rapports complexes et mouvementés de ces deux peuples occuperait (et occupe , dans l’Encyclopaedia Poldevica, à laquelle nous renvoyons le lecteur) de nombreux volumes, et nous nous limiterons ici à quelques maigres quoique incontournables données.
Selon l’étymologie populaire que l’on ne doit pas entièrement négliger (car qui sait la part de vérité enfouie dans ses proférations) […]: « Poldévie » comme « Poldadamie » proviennent par différenciation sexuelle de « Polhumanité », qui n’est en fait qu’une variation de « PolPol », le suffixe Pol, en poldève commun archaïque (pré-indo-européen, proche du Polis grec : la « cité » ; le propre de l’homme est de vivre en cités ») , désignait « l’homme » ou plus exactement « ce qu’il y a d’humain dans l’homme » (c’est le même suffixe qui se retrouve dans l »opposition que fait la critique poldève entre l’art commercial et l’art véritable, le « Pol-art »). Il y aurait donc eu à distinguer dans la Polpolie originelle ce qui était Pol d’Eve de ce qui était Pol d’Adam, et les deux peuples en auraient été issus. Le poldève moderne, l’homme [ou femme] de la rue, a conservé d’ailleurs ce dicton significatif : « Je ne le connais ni poldève, ni poldadam ».

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Et aussi Challenge Lieux Imaginaires chez Coralie

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L’enlèvement d’Hortense – Jacques Roubaud

HORTENSE

A la fin du premier tome, le Lecteur apprenait qu’Hortense se mariait. Nous la retrouvons donc , jeune épouse malheureuse, son gentil Narrateur du premier tome se révélant être un Jaloux.
Après un premier chapitre modèle du genre en suspense et tension qui monte (un meurtre est commis ! la victime connait son meurtrier mais le Lecteur ignore qui est la Victime et qui est le Meurtrier), Jacques Roubaud nous entraîne dans la suite des aventures d’Hortense et de son prince Poldève, ancien et peut être futur amant. Le dernier chapitre est également un modèle du genre, clins d’oeil nombreux à Agatha Christie, je dois dire que même avec les indices je n’avais pas trouvé le meurtrier !
Jacques Roubaud s’amuse à convoquer tous les ressorts du roman policier : les jumeaux et les clones, l’inspecteur très futé et son adjoint qui le met en valeur, l’amoooouuur, un enlèvement burlesque et une évasion totalement improbable grâce à une super-héroïne, un dénouement mathématique par A+B.

En conclusion : toujours intéressant mais moins surprenant que le premier tome. Pour les amateurs de policier, je précise que ce roman n’est pas un roman policier mais plutôt une parodie….

 

un extrait :

Qu’est ce que la Beeranalyse? Examinons le composition et étymologie du mot. Beer vient de l’anglais ; c’est un mot anglais qui veut dire « bière » . Il vient de l’allemand Bier (en français « Bière »). Analyse contient ana, comme dans « Anna ». Enfin il y a lyse, qui sert à terminer le mot harmonieusement. Beer+Anna+Lyse donne Beeranalyse.
La Beeranalyse vient après de nombreuses autres x-analyses, dont elle est le couronnement ; il y a d’abord la patanalyse, d’Alfred Jarry ; il y a eu la psychanalyse avec ses diverses branches anciennes ou récentes comme la S’aimeanalyse de Julio Bouddheveau. Et le père Sinouls, enfin, a inventé, la Beeranalyse.
Cela se passe comme ça : le patient, ou la patiente, entre dans le cabinet de consultation du père Sinouls. Il y a un bureau, un fauteuil devant le bureau, une lampe et des papiers sur le bureau. Il y a un divan. Jusque là, rien de bien nouveau. Mais attention : dans la plupart des analyse classiques, le patient s’allonge sur le divan et parle. L’analyste est assis à son bureau et lit son courrier. Le père Sinouls avait opéré une coupure épistémologique d’une importance décisive, qui sera désormais incontournable..
C’est lui qui s’allongeait sur le divan avec sa bière. Le/la Beeranalysé/Beeranalysée s’asseyait au bureau et parlait.

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La belle Hortense – Jacques Roubaud

HORTENSE

Dans ce premier tome, Jacques Roubaud nous fait découvrir le quartier de Sainte Gudule dans la Ville. Arpenter ce quartier et connaître ses habitants est un vrai plaisir: Il y a Eusèbe l’épicier qui épie les touristes, la boulangère, tendre comme une brioche, Hortense et ses amours, un antiquaire au nom prédestiné (Mr Nanderthal), un policier (car il y a dans ce livre une simili-enquête), un journaliste pour aider l’inspecteur (amoureux d’Hortense – le journaliste pas l’inspecteur), un mystérieux prince Poldève (amoureux d’Hortense), une petite fille observatrice, un chat Alexandre Vladimirovitch (peut être lui-même l’incarnation d’un prince poldève), l’aide de l’inspecteur, Mr Arapède (j’adore ce nom : je savais déjà par ma grand mère ce qu’était un arapède et vous ?) …

La Poldévie est au centre de ce roman. Pour en savoir plus sur la Poldévie, c’est ici (et très instructif)

En bref, Jacques Roubaud convoque une foule de personnages qui prennent tour à tour la parole pour parler de tout et de rien ou aussi du fameux criminel « la Terreur des quincailleries » (je rassure les éventuels lecteurs de ce billet, pas de crime sanglant). Jacques Roubaud balade ses lecteurs et lectrices à grands coup de digressions, de parenthèses, de listes, d’entre-chapitres et j’en passe. La séduction d’Hortense par ….(je ne vous dirais pas qui) est un pur bonheur….

J’ai adoré la forme plus que l’histoire en elle-même puisque même le Lecteur apparaît et apostrophe l’Auteur qui le renvoie dans ses buts (ainsi que l’Editeur, le Commercial, le Correcteur….).

Jacques Roubaud fait partie de l’Oulipo (avec Queneau, Pérec…) et c’est en soi toute une aventure, même si je pense n’avoir pas vu tous les jeux de mots, clins d’oeil….Un rapide tour sur le net m’a appris que je n’avais pas vu que le nom du journaliste Mornacier était l’anagramme de Romancier….Les références à Queneau et « Pierrot mon ami » sont nombreuses (et m’ont donné envie de lire ce livre)

En conclusion : un premier tome plus qu’intrigant, je file lire la suite où d’après la quatrième de couv un poney poldève ferait son apparition en Guest star…

Un extrait :

Les six princes Poldèves, bien que partisans résolus de la modernisation de la Poldévie, n’en oublièrent pas pour autant le passé. Les abondantes royalties qu’ils percevaient leur permirent de financer aisément le transport, pierre par pierre et salade à salade simultanément, de la chapelle dédiée au malheureux prince Luigi Voudzoï et du potager y afférent dont l’entretien fut confié à un maraîcher de Saint Mouëzy-sur-Eon.
Le soleil émergeait lentement des brumes matinales et éclairait le carré de sombres, prospères et tendres à la fois laitues, marquant l’emplacement symbolique de la fatale chute de cheval qui avait autrefois abrégé la vie de l’infortuné Luigi. Une délicieuse et passéiste odeur de crottin de cheval montait de l’humus fraîchement retourné, légèrement exotique toutefois, les salades du potager, en effet, étaient nourries du crottin de petits poneys montagnards poldèves, amenés à grands frais hebdomadairement et par avion.

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