Une semaine en chansons

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N’allez pas croire que j’ai baguenaudé toute la semaine et que je me suis mise à mon texte des Plumes au dernier moment. Que nenni ! toute la semaine, j’ai cherché LA chanson qui m’apporterait l’inspiration. A la fois verte (évidemment), mutine, câline, vide de mots et lourde de sens….le refrain que tout le monde a envie de fredonner ou de hurler à tue tête, en toutes circonstances, dans sa voiture ou sous la douche…..

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C’était d’ailleurs bien parti :

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Lundi, en sifflotant Gotainer et sa belle des champs, j’ai fait la liste, j’ai trouvé en furetant sur le net un peu plus de 20 chansons (*) dont 7 en français et 16 en anglais (to be green or not to be green…).
J’ai plumé aussi une trentaine d’alouette de la tête aux pieds….Dans mon délire, ces belles célestes venaient à ma rencontre. La semaine s’annonçait belle, sans nuage à l’horizon. Il me restait 5 jours pour écrire un texte mêlant flânerie et fantaisie.

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Mardi, foutu mardi, j’ai chanté ma bohème en boucle alors qu’il n’y a rien de vert dans ma bohème (celle de Charles pas celle d’Arthur (Rimbaud pas le minimoy qui lui est rouquin à costume vert comme Pygmée-Lion)). Pour me désintoxiquer de « ma bohème », j’ai essayé pendant l’après midi de passer à « ma liberté » du beau Sergio, mes collègues se sont ligués pour me faire taire, me mettant au ban de la société comme une paria . On était le 23 février et l’an dernier à la même époque je fredonnais aussi les jours de la semaine, craignant pour le peu de santé mentale qui me restait.

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Mercredi, j’ai laissé tomber ma menthe à l’eau et repris du café noir. J’ai séché la cantine pour faire une recherche sur le net au sujet de ma foule de chansons vertes qui se bousculaient au portillon, et qui en essayaient de s’agripper à ma manche en disant : choisis moi, choisis moi.
En apnée, j’ai révisé mon anglais et appris que vert se disait aussi yellow et que les compagnons de la chanson voulaient bien me faire faire un tour sous l’eau mais je suis claustrophobe et me retrouver prisonnière dans un sous marin vert (vert-yellow de surcroît) très peu pour moi.

Jeudi : je suis devenu caméléon en écoutant Pink water chez Mind. Il pouvait pas chanter Green Water Nicola comme cela j’aurais fini dans les temps (ou dans l’étang au milieu des nénufars et des libellules). Toujours jeudi, je suis devenue verte en chantant « moi vouloir être chat » en regardant cette photo chez Jacou la girondine (dit on gironde ou girondine quand on habite Bordeaux, another good question ? ). Jeudi soir, sueur froide, toujours aucune chanson verte en vue, mon enthousiasme légendaire avait du plomb dans l’aide et je broyais du vert bouteille.

CHATS VERTS

Source Photo (Sandy Skoglund)

Vendredi : Je me suis levée y croyant encore, en sirotant un thé vert (le café noir m’avait donné des aigreurs l’avant veille). J’ai dû attraper froid dans ma chemise de nuit évanescente. Entre boulot et errance, hagarde, je n’ai pas trouvé chaussure de vair à mon pied parmi toute ma précieuse liste et j’ai envoyé mon lien un peu tard (presque  21H00).
Je pense qu’Asphodèle va me chanter qu’ « elle a les yeux révolverts »

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(*) Vert de colère – Pierre Perret / Un dernier vert pour la route – Beirut / Les souliers verts – Linda Lemay / L’homme au tablier vert – Guesh Patty / Près du lac vert – Niagara / La main verte Tryo / Le rayon vert – Zenzile / Le soleil est trop vert – Ange
Green eyes – Coldplay / Green Green grass of home – Tom Jones / Green light – Beyoncé/ Green is the colour – Pink Floyd / Grass is Green – Tony Rich project / Blue in green – Miles Davis / The Green fields of France (vertes prairies?)  – Dropkick Murphys / Green – Dandy Warhols / Green fields – the brothers Four / Blue and Green – Van Morrisson / A certain shade of Green – Incubus / Green Heaven – Red Hot Chili Peppers / Green language – Nick Forte / Cristallyne Green – Goldfrapp (Ride à White horse Goldfrapp pas de vert dans ce titre mais trouver cette chanson NDT) / Green and gold -Eminem / Green grass vapor – Angie Stone

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Les mots collectés par Asphodèle

Flânerie, pacager, liberté, baguenauder, circonstance, enthousiasme, prisonnier, errance, prairie, libellule, céleste, nuage, délire, rencontre, bohème, paria, alouette, gironde, évanescent, agripper.

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Je n’ai pas mis pacager

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Projet 52 Nuances de verts avec le sujet « chanson»

et extrait pour Mind la chanson YT

 

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Un cheval entre dans un bar – David Grossman

OK, papa dit qu’il faut pas marcher sur les mains, alors je le fais plus. Mais aussitôt je pense : et maintenant qu’est-ce que je fais ? Comment je tiens, moi ? Vous m’avez compris ? Comment je sauve ma peau ? Comment je fais pour ne pas mourir si je me remets à l’endroit ? C’est comme ça que ça se passait dans ma tête agitée. Bon, très bien, il veut me voir marcher comme tout le monde ? Je ferai comme il veut, on ira sur les deux pieds, pas de problème. Mais alors je vais avancer comme une pièce d’un jeu d’échecs, vous voyez ce que je veux dire ?
L’assistance le regarde, interloquée, en cherchant à comprendre où il l’embarque.
Un exemple – il glousse et nous invite par une mimique compliquée à rire de conserve. Un jour, je marchais du matin au soir, toute une journée, en diagonale comme le fou. Un autre jour, j’avançais tout droit, comme la tour. Un autre jour, je sautais comme le cheval, tic-tac, de-ci de-là. Et les gens que je croisais, je les considérais comme des adversaires aux échecs. Ils en avaient pas conscience, comment l’auraient-ils su ? Mais chacun était un pion, et la rue, la cour de récréation, mon échiquier à moi…
Je nous revois marchant côte à côte en discutant, et lui me dépasse, virevolte autour de moi, surgit d’ici, vient de là. Qui sait dans quel jeu bien à lui j’ai été embringué.
J’arrive, disons, en jouant le cheval devant mon père, pendant qu’il découpait ses chiffons dans la pièce où ses jeans étaient entassés – croyez-moi, il y a quelque part un lieu dans l’univers où cette phrase revêt un sens logique -, et je me tenais debout sur le carrelage à l’emplacement stratégique où je pouvais protéger ma mère, la reine. Et je me retrouvais ainsi entre ma mère et mon père, et dans mon for intérieur je disais : échec. Je lui laisse quelques secondes pour exécuter sa manœuvre, et s’il ne s’est pas c’est pas placé à temps sur une autre dalle, c’est mat. Pas complètement fou, ce gamin là ?  Vous ririez pas si vite si vous saviez ce qu’il avait dans les neurones ? Vous penseriez pas : « Regarde un peu comment ce taré a gâché son enfance  » ?
P97

Les nuits de Reykjavik – Arnaldur Indridason

nuits Reykjavik

Après « la femme en vert » lu il y a deux ans, j’ai eu envie de replonger avec Erlundur, policier en Islande, dans le dernier opus de l’auteur.
J’ai été surprise au début car le héros policier a 28 ans alors que dans la femme en vert il a une cinquantaine d’année et une fille adulte.
Le premier effet de surprise passé, (c’est bien le dernier roman de l’auteur mais celui-ci a choisi de revenir sur les débuts d’Erlundur dans la police), j’ai suivi avec  intérêt la démarche d’Erlundur dans son enquête. Il travaille dans la police de proximité (faire la circulation en cas d’accident, se rendre sur place en cas de tapage nocturne, faire face à des hommes qui battent leur femme, gérer les nuits où tout  peut déraper pour cause d’alcool).

Sur son temps libre, il enquête sur la noyade (accidentelle?) d’un clochard à qui il avait parlé quelques jours avant sa mort …

Etait-ce le remords qui poussait ainsi Erlendur à vouloir exhumer cette histoire ? Aurait-il pu faire plus pour cet homme même s’il refusait toute forme d’aide et de compassion ? Personne ne s’était alarmé de voir un vagabond au bout du rouleau rendre son dernier souffle. Finalement, ça faisait un clochard de moins en ville. Seul Erlendur s’intéressait au sort de cet homme, mort noyé comme un chien errant.

Les réflexions d’Erlundur sur ses contemporains sont intéressantes dans ce roman  … Erlundur dans sa vie professionnelle est capable de beaucoup d’empathie (avec la soeur du défunt par exemple) et il est totalement dépourvu de sentiments dans sa vie privée (il n’arrive pas à parler avec sa petite amie)
En bref, une enquête qui n’est pas menée tambour battant mais qui fait une belle place à l’analyse des sentiments et surtout à l’analyse de la culpabilité (réelle ou imaginée )

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un deuxième extrait :

Quelques instants plus tard, un autobus arriva. Thuri se leva et salua froidement Erlendur, comme si elle voulait le voir disparaître de sa vie. Le ciel était lourd. La pluie s’était remise à tomber. Il la regarda monter et s’installer près de la vitre pour continuer son errance perpétuelle a travers la ville, sans se soucier de sa destination. Sa vie était un voyage sans but et, en voyant l’autobus s’éloigner de Hlemmur, Erlendur avait presque l’impression de se voir à sa place, voyageur solitaire et sans but, condamné à une éternelle errance dans l’existence.

Mois du polar chez Sharon

Et challenge lire sous la contrainte avec Philippe avec la contrainte « scrabble » (en comptant les lettres comme au scrabble les nuits de Reykjavik « rapportent » 57 points)

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Poulpe fiction

J’ai mis deux plombes à me préparer ce matin. Je n’arrivai pas à me raccorder, soit la prothèse refusait de rester entre mes dents, soit les filaments qui étaient sensés s’accrocher derrière mes oreilles, glissaient et faisaient un amas innommable. Ma mère tournait autour de moi inquiète, comme une moule accrochée à son rocher.
– Tu es sûre que tu veux y aller à cette immersion?
Je l’ai regardé d’un air outré : ne pas aller à l’Immersion d’Océane, ma meilleure amie, je lui devais bien cela maintenant qu’elle avait choisi de ne plus vivre parmi nous, les Rescapés.
– Tu as pris tes pastilles d’iode ? ta réserve d’oxygène complémentaire ? demanda ma mère.
– Oui, oui, fis-je en partant et refermant la porte du sas qui m’emmena vers le monde extérieur. Ma mère avait choisi de rester cloîtrée dans son appartement, à l’air filtré et irréprochable, mais je ne pouvais rester confinée dans cette atmosphère stérile. Ravitaillée par les hommes dauphins, sans contacts autres que ceux d’un écran…

J’étouffais plus à l’intérieur de ce quatre pièces qu’à l’extérieur, même avec la prothèse indispensable à ma respiration. Serrer les dents et respirer lentement, pas de gestes brusques. Le temps de survie sans le « poulpe » comme on l’appelait avec les amis étais de l’ordre de deux minutes.
Je sortis enfin. Varech m’attendait en bas de l’immeuble qui nous servait de nid.
– Prête pour la cérémonie d’immersion ? fit-il avec un pâle sourire derrière ses tentacules violets.
Son petit hors-bord pris le canal Cinq-Martins. Je remarquai alors qu’il avait lui aussi mis à prothèse neuve de pieuvre comme un hommage à Océane. Ses yeux verts pleins de larmes ne l’empêchait pas de filer bon train et les 5 kilomètres entre le bassin de la Vaudevillette et le canal de l’Orque furent parcourus en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Il faut dire qu’avec l’alerte à l’air niveau 34 qui subsistait depuis le début de cette année 2 334, peu de gens sortaient. Je m’abstins de mettre la main par dessus bord, l’eau salée pleine d’algues ne m’inspirait pas ce matin, j’étais encore hantée par la vison d’Océane qui avait retiré sa prothèse hier en criant, « mieux vaut ne plus vivre que vivre ainsi », avant de sauter de la tour Eiffelle (324 mètres dont 124 au dessus du niveau de la mer). Une mer verte qui l’avait aspirée et digérée.

 

poulpe

Michael Burton et Michiko Nitta, AlgaCulture, 2012.

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Projet 52 Nuances de verts avec le sujet « mer»

Norge – la langue verte

jeudi-poesie

La langue verte

Verte la mer ! et la peau
Du monde, verte, o jouvence.

Quand la belle est nue et danse,
Verte laitue au chapeau,
Crache un peu tes escarbilles,
Mon enfant, mon p’tit Jésus,
Pour du baiser qui pétille
De jus verts et de verjus.

Verdoyez, verdures drues,
A la dent, au coeur, à l’œil.
Et vertement, cours les rues,
Pullule, vert-écureuil.

Le profond vert séculaire
Est brouté de chevaux verts.
Le profond vert légendaire
Est gloussé de ramiers verts.

Verte la mer et l’envie
D’être groseille ou semence.
Vert, le verbe qui commence

Et verte, la langue en vie.

Norge – la langue verte

Le pays qui te ressemble – Fabrice Colin

Nous avions loué un camping-car six places. Robuste, puissant et dur au mal, nous avait certifié le loueur en caressant la portière comme s’il parlait d’un cheval de trait : on ne fait pas mieux que les marques allemandes. Marilyne et moi l’avions réservé un mois auparavant au terme d’une recherche sur Internet de trois heures trente chrono, et papa était allé le récupérer ce matin même là où il l’avait garé la veille au soir, c’est-à-dire dans un arrondissement voisin. La bête était équipée tout confort, avec deux lits doubles et fixes pour les adultes et deux couchettes superposées dans le fond – je prenais celle du haut, gagnée comme toujours à pile ou face. Nous disposions d’une douche et de toilettes séparées ainsi que d’une télé dont nous ne nous servirions jamais. Il avait été convenu avec Jude que nous n’emporterions qu’une tablette en plus du PC portable de Marilyne : l’idée – qui le concernait au premier chef – était de se dé-sin-to-xi-quer. Dans cette optique, il avait laissé son IPhone à la maison. Il y a avait de quoi être admiratif.
J’avais rangé mon porte-documents secret au fond de l’armoire sous une pile de tee-shirts. A l’intérieur : trois noms et trois adresses. La première se trouvait au coeur de Rome : 1418 kilomètres, treize heures et demie de route sans pause en passant par Florence. (p 52)

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Le pays qui te ressemble – Fabrice Colin

Vienne au crépuscule – Arthur Schnitzler

vienne au crépuscule

LC avec Edulac😉

L’action se déroule au tout début du XXème siècle à Vienne en Autriche.
Ce livre est paru en 1908 et a fait l’objet d’un polémique à sa publication, car contraire aux « bonnes mœurs  » de l’époque.

Schnitzler nous emmène dans la bonne société autrichienne. Il nous introduit dans les salons bourgeois où des gens fortunés reçoivent des gens fortunés eux aussi, vont au théâtre ou au concert écouter de la musique classique. Georges von Wergenthin ……est un de ces hommes de bonne famille : il est doué et compose de merveilleux lieders mais un peu en dillettante. Il hésite à en faire sa profession ou à rester rentier. Son père est mort il y a quelques mois et il ne sait pas ce qu’il va faire de sa vie . En attendant il fréquente les Ehrenberg, les Rosner et son ami Henri dramaturge reconnu.
Jusqu’au moment où il entame une relation amoureuse avec Anna Rosner, jeune fille de la bonne société, elle aussi . Sans devenir parias, Georges et Anna devront se cacher quand Anna ne pourra plus cacher son état (euphémisme non ?)
Ils partiront en Italie puis vivront quelques mois ensemble dans une maisonnette en attendant la venue de l’enfant (qui devra être placé en nourrice après cette naissance hors-mariage)

Après un début que j’ai trouvé un peu lent avec la présentation de nombreux personnages, ce livre m’a époustouflée d’une part par la vie insufflée aux personnages – je me suis sentie en phase tour à tour avec Geaorges, Henri, Else, Oscar, Thérèse – et d’autre part, la Vienne de 1900 est magnifiquement décrite : l’organisation sociale et politique est évoquée et on a l’impression d’être transporté dans cette époque. En 1908, Schnitzler explique déjà comment l’antisémitisme est en train de monter en Autriche et comme il peut être difficile à un juif (Henri ou les Ehrenberg d’être considéré comme citoyens à part entière). Faut il rester dans un pays où on est un sous-citoyen ou partir ? Mais où ?
Et que dire de la peinture des mœurs de l’époque, à part quelle hypocrisie : un jeune homme de la bonne société fait un enfant à une jeune femme de la bonne société et tout de suite c’est la jeune femme qui est « corrompue », indigne, qui déçoit ses parents …le jeune homme lui n’est pas responsable …
Georges est charmant, le plus souvent indécis et ne sait pas comment réagir : épouser Anna ? Il se sent trop jeune pour fonder une famille  et souhaite d’abord commencer une activité professionnelle.
On ne connaîtra  pas les sentiments et  ce que pense Anna car toute l’action est commentée du point de vue de Georges. J’aurais bien aimé connaître son ressenti. Elle n’en reste que plus mystérieuse.

Un livre qui me restera longtemps en mémoire.

Un extrait

« Cet été factice ne peut faire illusion jusque dans la nuit. Tout cela sera bientôt définitivement passé » dit Henri dans un accès de mélancolie disproportionné, puis il ajouta comme pour se consoler : « Eh bien, on travaillera. »
Ils arrivaient dans le parc aux attractions du Prater. On entendait la musique des guinguettes, un peu de cette ambiance bruyante et joyeuse se communiqua à Georges, l’arrachant d’un coup à la tristesse d’une tonnelle automnale et à une conversation assez pénible.
Devant un manège dont l’orgue mécanique géant répandait alentour un pot-pourri du Troubadour,  et à l’entrée duquel un bonimenteur conviait le public à un voyage à Londres, à Atzgesdorf et en Australie, Georges se souvint de nouveau de la sortie du printemps avec les invités des Ehrenberg. Madame Oberberger était assise sur ce banc étroit  avec, à son côté, comme cavalier de la soirée, Déméter Stanzidès,  et elle lui avait probablement raconté une de ses histoires invraisemblables : que sa mère avait été la maîtresse d’un grand-duc de Russie ; qu’elle-même était restée une  nuit avec un admirateur dans le cimetière de Hallstadt, et qu’il ne s’était naturellement rien passé ; ou bien que son mari, le célèbre voyageur, avait à Smyrne en une semaine fait dans un harem la conquête de dix-sept femmes. Dans la petite voiture tapissée de velours rouge, avec le conseiller Wilt pour vis-à-vis, Else s’était installée avec l’aisance gracieuse d’une grande dame, comme dans un fiacre le jour du derby, tout en donnant à comprendre par sa tenue et l’expression de son visage, que s’il le fallait, elle pouvait se montrer aussi mutine que d’autres personnes simples et naïvement heureuses. Anna Rosner, qui chevauchait un pur-sang arabe blanc, tenait les rênes d’une main négligente, l’air digne bien qu’un peu malicieux ; Sissy se balançait sur un cheval noir qui non seulement tournait en cercle avec les autres animaux et les autres voitures, mais de plus oscillait d’avant en arrière. Sous une coiffure hardie surmontée d’un énorme chapeau noir à plumes, étincelaient,  riaient les yeux les plus effrontés du monde, et sur ses chaussures vernies échancrées et ses bas de dentelle la robe blanche volerait, voltigeait.  Cette apparition avait produit une impression si profonde sur deux inconnus qu’ils lui lancèrent une invitation sans équivoque ; il s’ensuivit un court et mystérieux entretien entre Willy, tout de suite accouru,  et les deux messieurs, qui, passablement gênés, cherchèrent d’abord en allumant nonchalamment des cigarettes à sauver la face, mais qui, par la suite se perdirent rapidement dans la foule.

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Lire le monde chez Sandrine pour l’Autriche

Challenge Top 50 chez Claire dans la catégorie livre qui a été interdit (toute l’oeuvre d’Arthur Schnizler a été interdite par l’Allemagne Nazie)

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Musique…..

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Confluence de la Drôme et de Rhône – Source photo

3 juin 1944 – Loriol sur Drôme

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Samedi matin, il fait encore beau. Serein, le père Drix parcourt la campagne. Dans l’herbe verte, ses sandales battent la chamade. Il chantonne pour lui seul, sa sacoche avec le casse croûte à l’intérieur, le laisser-passer dans la poche droite. Le soleil de 8h ne lance pas encore de flamme en ce jour d’été mais cela ne saurait tarder.
Le rendez vous est pour 10h, il a le temps en marchant tranquillement d’arriver à l’heure à la clairière. Quelques kilomètres le long de la Drôme, bercé par la musique de la rivière, la même qui tonnait lors de la fonte des neiges il y a finalement peu de temps.
Les feuilles font le bruit de vagues de la mer, le matin. Aucun bruit dans la campagne à part quelques bruissements dans les buissons :  des souris bougent dans le taillis….la vie reprend ses droits avec les beaux jours…
Patient comme un escargot et lent comme une tortue, il chantonne, le père, en écoutant le souffle du vent dans le feuillage. « Mes anges dans la campagne » sifflote-t-il. Entre deux couplets, il répète intérieurement le nombre d’armes et de bâtons de dynamite qui ont été cachés. Son interlocuteur doit lui dire les points qui seront leurs objectifs dans les jours à venir. Il s’arrête pour reprendre son souffle, surprend une carpe sautant hors de l’eau, le prêtre bouche-bée, casse une branche, glisse, se rattrape in extrémis et reprend sa longue marche dans le sous bois.
Arrivé à la clairière, le Père Drix s’approche du coin d’herbe verte qu’il commence à faucher d’un geste ample, lent et sûr. Il fauche depuis 30 minutes quand l’homme sort du sous-bois, lui fait un bref signe en guise de salut et pose la question : Mon ami Robert a-t-il livré le foin ?
– « Mon cheval préfère la verdure » riposte le prêtre, sans arrêter de faucher. J’en prend aussi pour le veau. Tour de rein peut être, mais je mériterai bien un rôti conclut-il.
L’homme aide alors le prêtre, légèrement empêtré dans sa soutane, à rassembler l’herbe coupée.
– Faut qu’elle soit utile cette ross’ pour v’nir se perdre au fonds des bois pour la nourrir ! Fais z’en un pt’it tas pendant qu’j’le ficelle : grogne l’homme, rompu aux travaux des champs.
Pendant ce temps, le prêtre soliloque en fauchant : Bourg de Crest – cinq patriotes tous équipés, bourg de Luc en Diois 7 – bourg du Pouzin 4 dont un radio…… L’homme est concentré, mémorisant lieux, hommes et chiffres tout en ficelant une botte impeccable.
Au bout d’un moment, le prêtre propose de partager son casse-croûte et ils mâchent leur quignon en silence, pain goût incertain, farine mal dégrossie, gnôle, six rondelles de saucisson, bleu du Vercors.
Avant de se quitter, l’inconnu lâche : dans 2 jours, 23h00 gare de Vercheny. Prochaines instructions : un Père au quai de la gare, voie A, aura rendez vous avec une soeur.
Le moine sourit, remercie l’homme pour l’aide, charge son fardeau sur l’épaule et conclut :
– Faut qu’on rentre, on se revoit dans 15 jours si telle est la volonté de Dieu…. il est l’heure du retour du moine au logis. Saluez Robert de ma part.

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Histoire inventée à partir de « mon cheval préfère la verdure » , message du 3 juin 44 Résistance normande et jour J.Raymond Ruffin. Presses de la Cité. (Message dont on peut penser qu’il annonce la mise en œuvre du plan vert).

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Projet 52 Nuances de verts avec le sujet « musique»

Pour ceux qui aiment jouer, il y a dans ce texte 20 noms d’oiseaux cachés phonétiquement (voir ici chez la licorne les autres participants dont Célestine avec des noms de poètes et Edualc avec des noms de cours d’eau.)

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Réponses bienvenues en commentaire  ou chez la Licorne 😉

Jules – Didier Van Cauwelaert

– C’est vous qui faites de l’anthropomorphisme. Il lui offre un nouveau chien,  c’est tout. Pour continuer d’exister par votre intermédiaire.
Il a joint les mains devant son nez avec un profond soupir.
– J’ai le même problème d’abandonnite avec Chocolat, le perroquet que vous faites attendre. Depuis que sa femelle a pondu, elle ne le voit plus et leur maître est tellement fier de cette naissance chez lui qu’il en néglige Chocolat, qui du coup lui bat froid.
D’autant plus que – sans trahir le secret professionnel – c’est un ancien jockey qui en veut à son cheval depuis qu’il n’est plus en âge de le monter, alors il a opéré un transfert sur son perroquet. Tout ce qui compte pour lui, c’est de le faire rentrer dans le Guinness des records. Chocolat est très doué : il a appris 3000 mots pour lui faire plaisir, mais depuis qu’il n’est plus le centre du monde, il fait la grève des phrases.

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Jules – Didier Van Cauwelaert

Le secret de la femme en vert

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C’est le central qui m’a appelé au petit matin.
– Une disparition inquiétante, Cheffe, venez tout de suite
Devant le ton affolé de ma fidèle adjointe, j’ai enfilé mon imperméable vert, ma perruque et mes lunettes qui font de moi le sosie presque parfait de Catherine Deneuve et je suis partie dans les rues de Paris pour mener l’enquête par le bout du nez.
Je suis passée par l’entrée des artistes pour rentrer Quai des Orfèvres évitant ainsi la foule des journalistes alléchés par le scandale.
Arrivée dans la salle de réunion du commissariat, j’ai compris le ton paniqué de mon adjointe :
– C’est un enlèvement, selon tout probabilité, a-t-elle dit en me tendant un document verdâtre et mal écrit  : « Sirculaire d’aplication réforme d’ortografe du 4 aout 1990 – planification de la disparition de l’A.C » .
C’est une crise de lèse-majesté , une hérésie….bafouillait ma seconde.
– A.C les initiales de la personne disparue vraisemblablement…ai je dit dans ma ford intérieure.
Je n’avais pas encore compris qui était la personne enlevée mais la cellule psychologique mise en place au pied levé avait commencé son boulot de décorticage, Interpol était sur les dents, le FBI avait décliné l’invitation : pas concernés disait le mêl…. poursuivait mon adjointe avec un débit de mitraillette.
– Nom et prénom du disparu ? dis-je d’une voix blanche.
– Nom : Circonflexe, prénom : Accent
– Type et signe de reconnaissance ?
– Chapeau chinois.
Je levai un sourcil interrogateur comme Adamsberg dans « debout les morts » quand soudain l’îlotier de service entra pour la distribution des cafés, (thé vert et arsenic pour moi cela soigne mes mots d’estomac). Par la porte entrouverte, nous avons entendu un brouhaha dans l’escalier.
– On a 1 276 témoins, Cheffe, qui veulent témoigner de la disparition de leur âme.
– Comment cela ? et j’ai jeté un coup d’oeil dans l’escalier. Ils étaient venus ils étaient tous là, rangés calmement dans l’escalier.
1276 mots comme ane, baté, gaté, paté, pale, bellatre, khol, chomage, hopital, piqure, ragout, brule-pourpoint, foret, crepe, reve, tete, ile, abimes, dinette, traitre…….. des dizaines, que dis-je des centaines de mots qui attendaient leur tour pour déposer plaintes ou témoignages, ils avaient l’air tout nus sans leur chapeau chinois.
– Et encore il en manque, a poursuivi l’agent de service. Internet dit : 332 mots avec ô, 660 mots avec â, 287 mots avec î, 246 mots avec û, 612 mots avec ê.
– Mais cela ne fait pas 1276 mais beaucoup plus, dis-je après un rapide calcul mental.
– Il y a dans ce décompte tous les noms au pluriel qui ne sont pas venus. Et il manque les formes conjuguées des verbes, Cheffe, m’a fait ma fidèle adjointe.
– Violences conjugales, on ne va pas tarder à avoir SOS femmes battues sur le dos, a-t-elle poursuivi.
– Les médias ?
– Calmes, ils ont prévu d’éditer leurs prochains numéros tout en majuscule, pas d’accent sur les majuscules.
– L’Elysée ?
– Ils reçoivent une délégation des ambassadeurs de Côte d’ivoire, des îles du cap vert, des îles Maldives, Grenadine, des Îles Salomon et du Viêt Nam qui ne veulent pas voir disparaître leur accent.
– Matignon ?

– Ils reçoivent une délégation des maires de villes comme Thônes, Châlon, Mâcon, Nîmes, Châtillon, Châtenay-Malabry, Château-Porcien, l’Haÿ-les-Roses.
– Mais y’a pas d’accent circonflexe sur l’Haÿ les Roses il y a un tréma sur le i grec non?
– C’est par solidarité a dit le maire, d’abord les accents circonflexes puis les tréma puis les autres accents et ensuite la victoire des sans-accents, comme 1789 fut la révolution des sans-culottes, a dit le porte parole des rouges.
– A propos de rouges, qu’ont dit les Verts ? Quelle est la ligne verte ?
– Ils ont dit « Parce qu’en vrai on parle d’enlèvement, mais si ça se trouve c’est une fugue »
– Des suspects ?
– Une revendication d’un certain Accen Zir cornflake ‘s, une lettre d’un certain My gale tout en anglais….
Je repris ma respiration et mon imper vert, lâchant ma conclusion à la cantona.
– Il faut arrêter de verser dans l’hystérie collective et il faut appeler Erick Orsenna de toute urgence, c’est lui le spécialiste de la révolte des accents. Ah et pendant que j’y suis, au vu des noms des villes Châtillon, Châtenay-Malabry, Château-Porcien qui sont venues en délégation, je soupçonne un chat ! probablement anglais, une sorte de copycat ou de céréales killer, un ordinatueur. Appelez moi le FBI pour quand je reviens de la cantine.

Bon je vous laisse, y’a ragoût et chou de Bruxelles à la cantoche.

livres verts

Projet 52 Nuances de verts avec le sujet « Livre »