Sylvia Plath – La cloche de détresse

Pour la première fois de ma vie,je me suis sentie comme superficielle, assise au coeur de l’ONU insonorisée, entre Constantin qui savait jouer au tennis et traduire simultanément et la fille russe qui connaissait tant et tant d’idiomes. Le problème était que cela faisait longtemps que je ne servais à rien, et le pire, que ce n’était que maintenant que je m’en rendais compte.
La seule chose pour laquelle j’étais douée, c’était de gagner des bourses et des prix, mais cette ère-là touchait à sa fin.
Je me sentais comme un cheval de course dans un monde dépourvu d’hippodromes, ou un champion de football universitaire parachuté à Wall Street, ses jours de gloire réduit à une petite coupe en or posée sur sa cheminée avec une date gravée dessus comme une pierre tombale.

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Sylvia Plath – La cloche de détresse

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Sur une idée de Chiffonnette

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Sylvia Plath – La cloche de détresse

lacloche de détresse

Esther Greenwood raconte son entrée dans l’âge adulte. Jusqu’à ses dix neuf ans, cette orpheline (son père est mort quand elle avait 9 ans) est pauvre, boursière, elle ne fait que travailler sans relâche à l’école pour être toujours la première, la meilleure.

Tout d’abord, Esther évoque son séjour d’un mois à New York, dans les années 50 : Elle et une dizaine de filles ont gagné un concours dans un magazine en écrivant articles, poèmes ou en présentant des créations artistiques. Ce stage dans une société publiant des magazines féminins lui ouvre un monde qu’elle ne soupçonnait pas : dîner fins, soirées mondaines, jolis vêtements, maquillage…..

Esther est fragile. On la sent sur la corde, au début d’une dépression. Elle a tellement travaillé que voir ainsi ses efforts récompensés la laisse de marbre et peu à peu elle plonge. Aujourd’hui on parlerai de Burn-out, je crois, ou de surmenage.

Elle ne nous explique pas, n’analyse pas, elle ressent juste et a du mal à mettre des mots sur sa difficulté d’être. Etudier ? Pourquoi ? quand le destin d’une femme dans ces années-là est soit de se faire épouser, soit de devenir sténo- dactylo.
Elle rejette sa mère, son petit ami atteint de tuberculose, sort dans des endroits mal famés et est obsédée par l’idée de perdre sa virginité…par la mort…..

La deuxième partie est beaucoup plus dure et met en scène le séjour en hôpital psychiatrique d’Esther après une tentative de suicide (Electro choc, camisole chimique ….). Esther bascule d’un coup suite à une déception: elle comptait sur un stage d’écriture pendant l’été est se voit refuser ce stage. C’est l’étincelle qui la fait pencher vers la dépression.

L’écriture est belle, les images frappantes , Esther est révoltée contre la vie qui l’attend et n’arrive pas à faire de choix.

En conclusion : Un livre terrible sur une lente descente aux enfers, très autobiographique (Sylvia Plath s’est suicidée à l’âge de 31 ans peu après la publication de « la cloche de détresse » en 1963)

Un extrait (de la première partie) :

Je ne savais pas non plus la sténo.

Cela signifiait que je ne pourrais pas trouver un bon boulot après le collège. Ma mère me répétait sans cesse que personne ne voulait d’une licenciée en lettres tout court. Par contre, une licenciée en lettres connaissant la sténo, ça c’était autre chose. On se la disputerait. On se l’arracherait parmi les jeunes cadres en flèches, et elle prendrait en sténo lettre passionnante après lettre passionnante.

Le problème était que j’avais horreur de servir les hommes en aucune façon. Je voulais dicter moi-même mes lettres passionnantes. En plus de ça, les petits signes de sténo que j’avais vu dans le livre de ma mère me semblaient aussi déprimants que de remplacer temps par « t » ou distance totale par « s ».

Un extrait (de la deuxième partie) :

Il faisait complètement noir.
Je ne sentais que les ténèbres et rien d’autre. Ma tête s’est soulevée pour les explorer, comme celle d’un ver. Quelqu’un gémissait. Un poids écrasant m’a brutalement frappé la joue comme un mur de pierre et le gémissement a cessé.
Le silence est revenu, polissant sa surface comme une eau noire qui se referme après la chute d’un caillou.
Un vent froid m’assaillait. On me transportait à une vitesse fantastique dans un tunnel plongeant vers le centre de la terre. Le vent est tombé, il y avait comme un grondement, celui de voix nombreuses qui se disputaient, protestaient quelque part….loin. Les voix aussi se sont tues.
Des cisailles se sont refermées au dessus d’un de mes yeux. Une fente de lumière s’est dessinée comme une bouche ou les lèvres d’une plaie, mais tout d’un coup l’obscurité s’est refermée sur moi. J’essayais de tourner le dos à la source de lumière, mais des mains s’étaient emparées de moi comme les bandages d’une momie et je ne pouvais plus bouger.(p 187)

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LC avec Eeguab, j’espère que cette lecture ne l’a pas déprimé. Pour ma part je savais à quoi m’attendre pusique j’ai lu ce livre suite à celui ci où l’auteur Sylvie Onayon dit que ce livre a , en même temps failli la détruire et lui a finalement  » sauvé la vie ».
Je me dis qu’heureusement les dépressions ne sont plus soignées ainsi de nos jours.

Challenge « Mois américain » chez Noctenbule

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et première participation au challenge « romancières américaines » chez Miss G

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