Que lire le 2 août ?

Elle ne pense presque plus à la guerre. Elle sait maintenant que les Allemands ne viendront pas jusqu’à Montréal, que sa famille n’est pas en danger. Qu’elle ne l’a d’ailleurs jamais été. La peur de l’année dernière s’est donc évanouie au fur et à mesure que les nouvelles, toujours terribles et sanglantes, arrivaient d’Europe où, disait-on, le conflit allait se confiner. Elle a suivi, sans trop le comprendre, le récit pigé ici et là que ses tantes et sa mère faisaient des combats en Pologne, Varsovie qui tient encore bon contre les assauts des hordes allemandes, la description de la fin tragique du steamer anglais Clintonia coulé par un sous-marin ennemi il y a quelques jours, le 2 août.

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La traversée des sentiments – Michel Tremblay

Que lire un 21 juillet ?

– Le jour de sa mort, il était aussi allé se promener en forêt, continua-t-elle. Le matin, au petit déjeuner, il nous a annoncé qu’il avait l’intention de faire une longue promenade. Il espérait voir quelque chose de nouveau, quelque chose qu’il n’avait jamais vu auparavant. Je lui ai fait des sandwichs et je lui ai donné un thermos avec une boisson. Et avant son départ je lui ai rappelé de prendre sa boussole. Au cas où il se perdrait dans la forêt. Elle est très grande, la forêt de l’autre côté de la route, tu comprends.
– Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?
– Ensuite… ensuite Paul a fait quelque chose de très dangereux. Quelque chose que tu ne dois jamais faire. Tu m’entends ? Il est allé sur la voie ferrée. Et quand le train est arrivé, Il devait être absorbé dans ses pensées, ou peut-être qu’il observait un animal ou quelque chose comme ça. Ce qui fait qu’il n’a pas entendu le train et qu’il a été percuté. Et qu’il a été tué.
– Est-ce qu’il a eu mal ? » demandai-je.
Maman secoua la tête. « Je ne crois pas. Ça s’est passé tellement vite. On n’a pas le temps de se demander si ça fait mal ou non. »
Après à l’instant elle continua à raconter, mais sa voix n’était plus la même.
« C’était le 21 juillet l’année avant ta naissance », dit-elle, et c’était comme si elle se parlait à elle-même. « En fait c’était le jour où ils ont marché sur la lune pour la première fois. Je me souviens que j’étais un peu inquiète vers le début de l’après-midi. Comme mal à l’aise. Stéphane était dans la cuisine, en train de faire la vaisselle. Il écoutait la radio. Il chantait une chanson qu’on entendait assez souvent cet été là. It’s the time of the season when your love runs high… Et tout à coup on a sonné à la porte. C’est moi qui ai ouvert. Devant la porte il y avait deux policiers. Ils ont demandé à entrer.

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Mon frère et son frère – Håkan Lindquist

L’homme-dé – Luke Rhinehart

– Je veux que tu me fasses sortir, dit tranquillement Éric en tenant du bout des doigts comme un objet fragile un sandwich à la salade de thon. Nous nous trouvions à la cafétéria du pavillon W, parmi la foule des malades et de leurs visites. À la circonstance, je portais un vieux complet noir et un pull chaussette noir, il était, lui, en uniforme d’hôpital psychiatrique, raide et gris.
– Pourquoi ça ? demandai-je en me penchant vers lui pour mieux l’entendre à travers le boucan environnant.
– Il faut que je sorte ; je ne fais plus rien d’utile ici.
Il regardait par-dessus mon épaule la foule confuse d’individus derrière mon dos.
– Mais pourquoi moi ? Tu sais que tu ne peux pas me faire confiance.
Je ne peux pas te faire confiance, eux non plus, personne ne peut te faire confiance.
– Merci.

– Mais tu es le seul type à qui l’on ne puisse pas faire confiance de leur côté, qui en sache assez pour nous aider.
– Tu m’en vois flatté.
Je souris, me renversai sur ma chaise et, mal à l’aise, absorbai une gorgée de lait chocolaté au moyen de la paille plongée dans mon gobelet en carton. Je n’entendis pas le début de la phrase suivante.
– …on partira. Je le sais. De toute façon, ça se fera.
– Quoi ? dis-je en me penchant de nouveau vers lui.
Je veux que tu nous aides à foutre le camp.
– Ah, très bien. Et quand ça ?
– Ce soir.
– Haaa…, fis-je, comme un médecin qui vient de réunir un ensemble de symptômes particulièrement significatif.
– Ce soir à 8 heures.
– Pas huit heures et quart ?
–Tu vas commander un car pour emmener un groupe de malades voir Hair à Manhattan.le car arrivera à huit heures moins le quart. Tu viendras avec nous et tu nous feras sortir.
– Pourquoi veux-tu voir Hair ?
Ses yeux noirs eurent un bref éclair à mon adresse puis se reposer sur la mêlée humaine derrière mon dos.
– On ne va pas voir Hair. On se barre, précisa-t-il calmement. Toi, tu vas nous faire faire le mur.
– Mais personne ne peut quitter l’hôpital comme ça, sans un écrit signé du Docteur Mann ou d’un autre directeur de l’hôpital.
– Tu n’as qu’à faire un faux. Si c’est un médecin qui le remet à l’infirmier de service, personne ne se doutera que c’est un faux .
Page 347

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L’homme-dé – Luke Rhinehart

Que lire un 14 juillet ?

On dit qu’il y eut, ce jour, près de deux cent mille personnes autour du monstre –ce qui représente la moitié de la ville, une fois retranchés les nouveau-nés, les vieillards et les malades, cela veut dire que tout le monde y est. Ce doit être une foule prodigieuse, une sorte de totalité. On ne voit jamais ça. La totalité se dérobe toujours. Mais ce matin-là, le 14 juillet, il y a les hommes, les femmes, les ouvriers, les petits commerçants, les artisans, les bourgeois même, les étudiants, les pauvres ; et bien des brigands de Paris doivent y être, attirés par le désordre et l’opportunité incroyable, mais peut-être aussi, comme tout le monde, par autre chose de plus difficile à nommer, de plus impossible à rater, de plus jubilatoire.
Dans la forteresse, l’inquiétude grandit. Le gouverneur grimpe sur les tours. Il entend l’immense foule râler, tout en bas, il la voit qui tribule autour comme un lavis bouillant. On dirait que Paris vient d’être frappée par une immense baguette de sourcier ; de toute part, ça s’écoule, entre les murs jaunis, à travers les jardins et le long des fosses. Il y a des gens partout. Il faut imaginer ça. Il faut imaginer un instant le gouverneur et les soldats de la citadelle jetant un œil par-dessus les créneaux. Il faut se figurer une foule qui est une ville, une ville qui est un peuple. Il faut imaginer leur stupeur. Il faut imaginer le ciel obscur, orageux, le lourd vent d’ouest, les cheveux qui collent au visage, la poussière qui rougit les yeux, mais surtout, la foule de toute part, au bord des fossés, aux fenêtres des maisons, dans les arbres, sur les toits, partout.
Durant sa longue histoire, la Bastille avait été déjà prise trois fois. La première, pendant la journée des barricades, le 13 mai 1588. La deuxième, lors de l’entrée d’Henri IV dans Paris ; elle résista quelques jours et finalement tomba. La troisième, durant la Fronde. Mais le 14 juillet, la Bastille n’est pas assiégée par le duc de Guise et quelques marauds, elle n’est pas tourmentée par les armées du roi de France, ni par celle du prince de Condé. Non. La situation est tout à fait nouvelle, sans exemple dans les annales. Le 14 juillet 1789, la Bastille est assiégée par Paris.

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14 juillet – Eric Vuillard

Que lire un 13 juillet ?

La nuit du 13 juillet 1789 fut longue, très longue, une des plus longue de tous les temps. Personne ne put dormir. Autour du Louvre, de petits groupes erraient, mutiques, dans une sinistre maraude. Les cabarets ne fermaient pas. Sur les quais, des solitaires périgrinèrent toute la nuit, ombres bizarres. Il faisait une chaleur écrasante, on ne pouvait pas trouver le sommeil ; dehors, on cherchait un peu de vent, un peu d’air. Paris entier ne dormait pas.
Ce fut l’un des plus beaux étés de tout le siècle. Un des plus chauds aussi. On rôtissait. Mais l’hiver avait été froid, si froid là, les racines avaient gelé à plus d’un pied sous terre. La faim s’était étendue sur la France, silencieuse d’abord, puis le désespoir était venu, puis la colère. Et maintenant il faisait très chaud. Trop chaud. La nuit les jeunes sortaient fouiller la ville, c’étaient de longues tournées depuis le faubourg. La France était alors un pays jeune, incroyablement jeune. Les révolutionnaires furent de très jeunes gens, des commissaires de vingt ans, des généraux de vingt-cinq ans. On n’a jamais revu ça depuis. Et cette jeunesse impatiente, le 13 juillet, fut incapable de dormir.

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14 Juillet – Eric Vuillard

Que lire un 7 juillet ?

– Comme je vous l’avais dit, Tomohiko Amada a quitté Vienne au début de 1939 pour rentrer au Japon. Il s’agissait officiellement d’une expulsion mais en réalité, l’artiste avait été « sauvé» des griffes de la Gestapo. Le ministère japonais des Affaires étrangères et son homologue nazi avaient eu une concertation secrète au terme de laquelle il avait été décidé qu’il serait simplement expulsé vers l’étranger, sans qu’on lui impute de crime. La tentative d’assassinat avait eu lieu en 1938 et on voit bien aujourd’hui que cette même année s’étaient déroulés une série d’événements majeurs. l’Anschluss et la Nuit de cristal. Plein de choses en mars, la Nuit de cristal en novembre. Après ces deux épisodes, les objectifs bellicistes d’Adolf Hitler étaient clairs pour tout le monde. Et l’Autriche elle-même a été incorporée dans ce mécanisme brutal. Au point de s’enfoncer dans une impasse. Des mouvements de résistance clandestins ont vu le jour, composés essentiellement d’étudiants, qui cherchaient à tout prix à entraver cette machine infernale. Et cette année-là, Tomohiko Amada a été arrêté pour son implication dans une tentative d’assassinat. Avez-vous maintenant saisi les circonstances qui entourent son arrestation ?
– Je crois que je comprends dans les grandes lignes, dis-je.
– Vous aimez histoire ?
– Peut-être pas de façon très approfondie, mais j’aime lire des livres ayant trait à l’histoire.
– Si l’on regarde l’histoire du Japon, il y a eu aussi, à peu près à la même époque, un certain nombre d’événements importants. Des événements fatals, qui interdisaient tout retour en arrière, qui conduisaient inéluctablement le pays à la catastrophe. Vous voyez lesquels ? »
Je tentai de réexaminer les connaissances historiques enfouies depuis très longtemps dans ma tête. Que s’était-il donc passé en 1938, autrement dit en l’an 13 de l’ère Shôwa ? En Europe, la guerre civile espagnole s’intensifiait. C’était sûrement à cette date là que la légion allemande Condor avait fait subir à Guernica un bombardement aveugle. Et au Japon… ?
« Est-ce cette année là qu’eut lieu l’incident du pont Marco-polo ? demandai-je.
– C’était l’année précédente, répondit Menshiki. L’incident du pont Marco-Polo se déroula le 7 juillet 1937, ce fut le prétexte au véritable déclenchement de la guerre entre le Japon et la Chine.
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Le meurtre du commandeur – livre 2 – Haruki Murakami

Que lire un 2 juillet ?

Aujourd’hui, 2 juillet, John l’Enfer ne s’intéresse pas aux molosses des Alleghanys. En temps normal, il se serait sans doute passionné pour cette affaire qui a de nombreux points communs avec l’exode du peuple Cheyenne abandonnant la région du haut Missouri pour s’enfoncer vers l’ouest. Mais depuis ce matin, trop d’événements se sont succédé ; et qui se contredisaient les uns des autres.
Il y a d’abord eu la visite des frères Robbins. John n’a pas rencontré ses avocats au parloir, mais dans une cellule spéciale équipée de tout le confort moderne : air conditionné, distributeur d’eau et de sodas, interphone relié avec le QG des surveillants. Bob et Jack paraissaient en grande forme. Ils étaient rasés de frais, portaient cravate et boutons de manchettes. Un homme grand et maigre les accompagnait ; John l’Enfer reconnut en lui un des notaires les mieux cotés de Long Island. En se relayant les avocats lurent à John les textes qui légalisait l’hypothèque de sa maison. Le notaire mit ses lunettes lorsque l’Indien apposa son paraphe au bas des documents. Jack prit les mains de John dans les siennes :
– Aussi facile que ça, mon vieux. Vous voilà à la tête de douze mille dollars.
Quand le candidat d’un jeu télévisé gagne douze mille dollars, on lui demande ce qu’il va en faire. La plupart des gens essaient alors d’avoir l’air intelligent ; ils parlent de réfections de toitures, de dons partiels aux organisations charitables. John l’Enfer n’eut pas besoin de réfléchir : Bob lui présenta aussitôt d’autres papiers qui transférait purement et simplement les douze mille dollars entre les mains des autorités judiciaires. Le Cheyenne ne les signa pas tout de suite :
– j’aimerais qu’on nous apporte du café. On le boirait tous ensemble, et après je donnerais l’argent.
Le notaire dit qu’il était logique qu’un homme voulût jouir le plus longtemps possible de la sensation de posséder douze mille dollars ; il ajouta que quatre cafés n’entameraient pratiquement pas la fortune provisoire de John l’Enfer.
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John L’Enfer – Didier Decoin

Que lire un 1er juillet ?

1er juillet. Vous fêtez le Canada, mais tu n’as pas le cœur à la fête. Tu es venu quand même. Maata a dessiné une feuille d’érable rouge sur la joue de Cecilia. Vous êtes arrivés ensemble, comme une famille. Tu as apporté de la Budweiser en canettes. Maata ne boit pas, tu bois pour deux.
Il y a tellement de gens, tu es étourdi.
La musique est forte : du country en inuttitut. Le drapeau du Canada est imprimé sur des chaises de camping. Un feu de camp où brûlent les vieilles palettes récupérées sur les chantiers. Pas d’arbres, pas de bûches.
Tu marches un peu, tu salues des cousins, des amis.
Tu ne vois pas de Qallunaat. Tu te détends légèrement. Tu n’as rien à craindre, Elijah, les Québécois du Sud n’ont pas souvent le cœur à la fête le 1er juillet, mais tu ne peux pas savoir, tu n’as jamais pensé que tu étais Québécois, tu es Canadien, comme la plupart des Inuits, tu écoutes de la musique en anglais, et des films en anglais, et des émissions de télévision en anglais.
Tu regardes Maata, tu te demandes si elle est déçue, tu cherches la réponse sur son visage, mais tu ne peux rien lire sur sa peau lisse. Tu la laisses parler avec ses copines, tu t’éloignes tranquillement de la fête.

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Nirliit – Juliana Léveillé-Trudel

Que lire un 22 juin ?

À la caserne de Touggourt, on prend à peine le temps de répondre à la femme qui s’exprime moitié en français moitié en arabe, passe du vouvoiement ou tutoiement de manière incohérente, appelle « mon fils » le lieutenant qui s’est arrêté un instant pour l’écouter, touché, elle lui évoque sa grand-mère corse, elle est à la recherche du sien, de fils, il est tirailleur, Jacob Melki, il a une très belle voix et des cheveux châtains, une cicatrice sur le crâne côté gauche, il s’est cogné au coin de la table quand il avait un an et demi, il était sage mais plein de vie aussi, il avait dansé en battant des mains, perdu l’équilibre, c’est comme ça qu’il s’est cogné, il a beaucoup saigné, ça saigne tellement la tête, j’ai couru avec lui dans les bras jusqu’au dispensaire sans m’arrêter, sans respirer, maintenant il est soldat français, tu ne sais pas où il est, mon fils ? Le lieutenant demande à Rachel la date d’incorporation de Jacob, elle ne comprend pas le mot incorporation, il explique, quel jour votre fils est-il parti à l’armée ? Le 22 juin, à neuf heures il est parti, je ne l’ai pas vu depuis, je languis beaucoup. Le lieutenant se doute que Jacob est déjà prêt à accoster en Provence, il n’en dit rien Rachel, il pense qu’elle serait heureuse de savoir qu’elle peut le retrouver quelque part, elle vivra quelques jours encore en l’imaginant toute proche et non pas de l’autre côté de la mer face à l’ennemi allemand dont on dit que la cruauté est sans limites, il saisit un bordereau de l’armurerie, le feuillette, concentré, dit, Jacob Melki, oui, voilà, il est à la caserne d’Aumale.
La caserne d’Aumale, comme le lycée d’Aumale, c’est bon signe, songe Rachel, Jacob est protégé par le duc d’Aumale. Il avait de si bonnes notes, toujours dans les premiers, premier prix de récitation et deuxième prix de composition, il a pourtant raté l’école pendant deux ans quand on l’a renvoyé en 1941 parce que la France avait décidé que les juifs d’Algérie étaient de nouveau des Indigènes. Le directeur du lycée avait convoqué Jacob dans son bureau avec d’autres camarades dont la sonorité du nom ne laissait planer aucun doute sur leur qualité d’éléments irrémédiablement étrangers à la France. Je suis désolé, avait-il dit, ce sont les directives, les enfants juifs n’ont plus le droit de fréquenter nos établissements. Jacob l’avait regardé comme si on lui avait découvert une bosse dans le dos, il avait baissé la tête en murmurant mais comment va faire alors pour étudier, le directeur avait écarté les bras en lançant un coup d’œil en biais sur le portrait du Maréchal Pétain accroché près de la fenêtre. Dans la soirée, le professeur d’anglais, Monsieur Adda, était venu frapper à leur porte. Rachel était gênée de le recevoir dans un appartement aussi petit où on se cogne les uns aux autres, elle avait envoyé Madeleine et les enfants dans la chambre à coucher, Monsieur Adda avait fait semblant de ne rien remarquer, s’était assis sur une chaise comme s’il était dans la salle des fêtes de la mairie et avait dit : ce décret est une infamie. Tous avait hoché la tête vigoureusement sans comprendre, devinant qu’ils ne pouvaient qu’être d’accord avec le mot et le ton catégorique qui l’imprégnait. Nous aussi on nous a chassés du lycée, ils ne veulent plus de juifs, ni comme professeur ni comme élèves, alors on a décidé de continuer à donner des cours aux enfants, ça se passera chez moi, tu viendras tous les matins à neuf heures, avait-il précisé en fixant Jacob, et on leur prouvera que les juifs tiennent par-dessus tout à l’instruction. Ainsi, en étudiant quelques heures par jour dans l’appartement de Monsieur Adda, entassés dans la salle à manger avec ses camarades, Jacob avait appris tout le programme de seconde, les yeux rivés sur le dessin du tapis qui aimantait son regard, et l’année suivante, retournant au lycée après le débarquement américain, il avait même eu le premier prix d’anglais, à force de le chanter, il savait bien le parler, ça lui permettra sûrement de trouver une bonne situation, à mon Jacob, ma vie, Dieu le protège là où il est, à la caserne d’Aumale, maintenant la France ne le rejette plus, au contraire, elle le juge suffisamment français pour porter l’uniforme de son armée, il est lavé de la honte d’avoir été chassé de l’école.
Page 52 – 54

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Jacob, Jacob – Valérie Zenatti

Que lire cet été ?

Et moi, je serais volontiers resté parmi eux, dans la lumière douce et apaisante des lampes à abat-jour de soie rose saumon, mais il aurait fallu leur parler et jouer à la canasta. Peut-être auraient-ils accepté que je sois là, sans rien dire, à les regarder ? Je descendais de nouveau en ville. À neuf heures quinze précise – juste après les Actualités – j’entrais dans la salle du cinéma le Régent ou bien je choisissais le cinéma du Casino, plus élégant et plus confortable. J’ai retrouvé un programme du Régent qui date de cet été-là.

CINÉMA LE REGENT

Du 15 au 23 juin :
Tendre et violente Elizabeth de H. Decoin.
Du 24 au 30 juin :
L’année dernière à Marienbad de A. Resnais
Du 1er au 8 juil. :
R. P. Z appelle Berlin de R. Habib.
Du 9 au 16 juil. :
Le testament d’Orphée de J. Cocteau.
Du 17 au 24 juil. :
Le capitaine Fracasse de P. Gaspard-Huit.
Du 25 juil. au 2 août :
Qui êtes-vous, M. Sorge ? De Y. Ciampi.
Du 3 au 10 août :
La nuit de M. Antonioni.
Du 11 au 18 août :
Le monde de Suzie Wong
Du 19 au 26 août :
Le cercle vicieux de M. Pécas.
Du 27 août au 3 septembre. :
Le bois des Amants de C.Autant Lara

 

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Villa triste – Patrick Modiano