Que lire un 18 janvier ?

Nous sommes le 18 janvier 1964. Je porte une robe trapèze noire. J’ai les ongles rongés. Je crois que je me rappellerai chaque seconde de cette journée. Comme les gens se rappellent le sandwich qu’ils étaient en train de manger ou la chanson qui passait à la radio quand ils ont appris que Kennedy avait été assassiné.
J’entre dans ce lieu qui m’est devenu si familier : la cuisine d’Aibileen. Il fait déjà nuit dehors et l’ampoule jaune semble briller d’un éclat particulier. Je regarde Minny et elle me regarde. Aibileen se glisse entre nous comme pour faire écran.
« Harper & Row veut le publier, dis-je.
– C’est une blague ? dit Minny.
– Je les ai eus au téléphone cet après-midi. »
Aibileen pousse un WHHHOOO d’une puissance donc je ne l’aurais jamais crue capable. « Seigneur, j’arrive pas y croire ! » crie-t-elle, et nous tombons dans les bras l’une de l’autre, puis c’est au tout de Minny et Aibileen. Minny lance un regard dans ma direction.

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La couleur des sentiments – Kathryn Stockett

Que lire un 10 janvier ?

– Les gens du Sud sont extraordinaires de bonté et de générosité, dit-il. C’est un bonheur de s’oublier dans les oasis de Taghit, Igli, Kersaz et Kenadsa.
Kenadsa… J’ai parlé d’elle à mes amis, je l’ai chantée dans mes livres, pourtant je ne connais pas grand chose sur elle. Je sais seulement que c’est une bourgade quasi millénaire que, que son ksar croule sous huit siècles d’histoire et quarante années d’oubli et que, à l’heure où le soleil se replie derrière la barkhane, la nuit l’investit comme l’opium engourdit l’esprit. Elle m’a vu naître un lundi 10 janvier 1955. Depuis elle demeure ce spectre qui se substitue à mon nombre, me retenant par le bras à chaque fois que je tente de m’envoler ; cette légende qui me conte fleurette lorsque toutes les autres voix m’auront manqué. Écartelée à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Béchar, elle refuse de n’être qu’une houillère reniée, elle qui fut le premier village électrifié d’Algérie et qui bien avant l’entraînement du roumi, se voulait le mirador imprenable des ergs et des regs, le pont-levis du Grand Sahara. J’appartiens à la tribu des Doui Menia, une race de poètes gnomiques, cavaliers émérite et amants fabuleux, qui maniaient le verbe et le sabre comme on fait un enfant. Du haut de nos montures aux crinières argentées, nous tenions tête aux tempêtes et aux sultans. Nous empruntions aux varans leur altesse, aux scorpions leur sang-froid, aux mouflons leur adresse, aux gazelles leur grâce. Araignées souveraines au large des canicules, nous piégeons les caravanes aussi aisément que de vulgaires moucherons … Mais la lune ne décroît qu’au faîte de sa plénitude.

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Yasmina Khadra – L’écrivain

Que lire un 8 janvier ?

Il note la recette de lapin dans un de ses cahiers. Puis la pensée de chasser ou pas, la question du bruit de la détonation, relance son esprit dans des cercles imbriqués de peur, de crainte, de faim et de tristesse, il pense à l’avenir aussi.
Pourquoi tu te prends la tête ?…
Tant que t’es bien, là.
Il pressent qu’il finira par chasser, comme il a fini par faire du feu, quand la décision s’imposera.
Il aurait voulu qu’il neige. Pour que la neige camoufle la terre, le potager au repos. Qu’il neige pour couvrir sa pensée, que le blanc étouffe le chagrin.
Le 24 décembre, la tristesse devient plus sourde. Elle se nourrit de chaque bûche qui noircit, de chaque fumée minuscule qui s’échappe du feu. Des souvenirs d’enfance mal ensevelis sous les réveillons sinistres de la prison réveillent un Noël mal enterré.
Il regarde les flammes jaillir et mourir. Souvent ses pensées s’y consument. Mais ce soir là encore, le chagrin dure. Alors Joseph se lève, se retourne vers le froid qui attend derrière lui comme un drap tendu dans la pièce. Il fait quelques pas vers le mur et décroche le calendrier.
L’année civile sera terminée dans une semaine. Il n’a pas de calendrier pour la prochaine année. La seule solution est de recommencer avec le même.
OK., ça fait passer du vendredi 31 décembre au vendredi 1er janvier ça fait deux vendredi, mais quelle importance ?

C’est vrai, on s’en fout.
Tant que moi, je me comprends.
D’ailleurs, l’année prochaine, j’ai qu’à supprimer la journée du 24 décembre si elle m’angoisse, et passer directement à la suivante.
C’est vrai, ça, pourquoi je m’emmerde ? Je peux supprimer des journées !
Déconne pas, Jo, si tu commences comme ça, tu vas te décaler par rapport aux saisons. Quand t’en seras aux plantations ce sera le waï si t’es pas dans les clous. Les manuels de jardinage, ils donnent des dates assez précises pour planter les légumes. C’est grave important le tempo dans le jardinage.

Wesh, mais le 24 décembre je pourrais quand même le faire sauter l’an prochain.
Et le 3 juin, quand on m’a incarcéré. J’ai des cauchemars encore avec ces crevards.
Oh puis merde, je fais ce que je veux après tout.
Pour que le compte soit bon, j’ai qu’à doubler des journées. Voilà.
J’ai qu’à doubler le 1er novembre et le 15 avril, mon anniversaire. Pour la fête de Chocolat, le 1er novembre on double… Comme au casino, deux fois la mise pour la fête du Mouton. Et aussi : deux fois un 15 avril pour moi. Du coup je gagne deux jours et je peux en biffer… Avec un feutre c’est mieux – il est où ? – un qui marche –voilllllà, je peux biffer à l’avance le 3 juin, ces enculés de matons, et le 24 décembre. On passe directement du 23 au 25 et à la fin y’a quand même le compte.

C’est vrai, je m’en fous de leur fête à eux. C’est moi le patron ici. Je peux raturer des jours si je veux. D’ailleurs, je devrais me prévoir des fêtes juste pour moi, Juste pour m’ambiancer. Je commence à déprimer, faut réagir. Disons que le 8 janvier, ça sera la fête des Cailloux.
Ces putains de cailloux qui sont partout.
Bonne idée, ça. Allez, le 8, tu feras des constructions en pierre avec ses caillasses. Des sculptures géantes. Ou des concours de lancer. Le 8 janvier, journée des Cailloux. Ils le méritent bien, ils sont partout.

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Trois fois la fin du monde – Sophie Divry

Que lire un 7 janvier ?

À partir du nouvel an, la ville avait perdu en éclat, en revanche elle en avait regagné à l’approche de Noël (1). J’étais en suspens entre ces deux fêtes, avec la nette sensation qu’il était nécessaire d’agir, de prendre quelque chose du passé pour le transbahuter, sinon dans le futur, du moins dans le jour présent, ou plutôt la nuit présente.

(1). L’Eglise orthodoxe russe observe toujours le calendrier julien, décalé actuellement de 13 jours par rapport au calendrier grégorien ; en conséquence, Noël se fête le 7 janvier. (Note du traducteur)

Surprises de Noel d’Andreï Kourkov

Recueil de 3 nouvelles .
Je trouve la couverture parfaite : Une décoration de père Noël qui pendouille, tête en bas, depuis une branche de sapin : le père Noel est tombé sur la tête ? (un peu comme l’Ukraine en 2009-2010 ?)

La première nouvelle est celle qui m’a le plus plu :
L’action se passe à Kiev en 2010, pile il y a dix ans. le narrateur vient de se marier avec Marina. Mariée depuis un mois, celle ci veut déjà un bébé et le narrateur ne voit pas cela d’une façon très enthousiaste … le ton est caustique : l’Ukraine vient juste de sortir de la période soviétique.
J’ai aimé le ton qui fait monter le suspense jusqu’à une fin douce- amère (le frère de Marina est même un peu flippant..)

La deuxième nouvelle est aussi autour d’un couple mais les protagonistes ont une forte différence d’âge (une trentaine d’années d’écart)
Voici la première phrase « « Je viendrai sous ta fenêtre, une nuit d’hiver, à bord d’un tank d’une blancheur de neige. »
Ce « conte » sera moderne et surprenant…
La belle (l’Ukraine ?) hésite entre deux princes (le capitalisme et le communisme ? …)

Enfin la dernière nouvelle se passe majoritairement en prison et nous suivons l’évolution d’Oleg . Dans une Ukraine fraîchement convertie au capitalisme, j’ai cru que le motif de son emprisonnement était la fraude fiscale, il n’en est rien et après une partie fantastique, le lecteur découvre le motif de l’emprisonnement….
Oleg sortira transformé de cette courte expérience carcérale…

Un recueil savoureux qui m’a quand même laissé un goût de trop peu :
J’aurai bien dégusté plus de nouvelles de la même veine …

Que lire un 4 janvier ?

Quatre jours après le Nouvel An, le lundi 4 janvier 1943, Adrian fut finalement convoqué devant la commission. L’entretien eut lieu au pavillon 1. C’était dans ce même pavillon qu’un autre jour de janvier, deux ans plus tôt, le docteur Gross avait pris les mesures de toutes les infirmités dont le garçon avait l’audace de souffrir. Adrian dut se mettre en Habt-acht au milieu de la pièce, devant des tables disposées en demi-cercle autour de lui et derrière lesquels siégeaient une demi-douzaine de personnes. Au centre, le directeur de l’établissement, le docteur Krenek, présidait l’interrogatoire. À sa droite et sa gauche, assis derrière des piles des documents, des hommes et des femmes affichaient une mine fermée et résolue. Adrian ne reconnut aucun autre. Il supposa qu’il s’agissait « d’experts » pédagogues des services sociaux appelés pour assister à l’entretien. Il reconnut toutefois la psychologue, Edeltraud Baar, ainsi que l’instituteur du pavillon scolaire, Hackl. Le portrait du Führer était accroché au mur au-dessus du professeur.

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Les élus – Steve Sem-Sandberg

Que lire un 4 janvier ?

Bee a triché. Le 4 janvier, emportant la caisse de son musée de Bowery Street, elle a pris un aller simple pour Rio de Janeiro à bord du vol régulier de la Varig. A Atlanta (Georgie), le docteur Almendrick perd ainsi des centaines de dollars, un foie, un cœur et deux reins : il ne peut engager aucune poursuite contre Bee, car il risquerait de tomber lui-même sous le coup de la loi constitutionnelle qui ne prévoit pas encore la vente viagère d’organes humains.
Bee a laissé une lettre pour Ashton. C’est le nain Falcon, en larmes comme pour un deuil, qui remet le pli au Polonais. Bee explique qu’elle avait intelligemment placé l’argent que lui verser Almendrick, que la somme est peu à peu devenue considérable, et qu’elle estime imbécile de mourir riche. D’ailleurs, elle n’est pas sûre d’avoir jamais eu l’intention de se donner la mort. Elle y a pensé, comme tout le monde, dans des moments de découragement. Mais lorsque son compte en banque s’est mis à grossir, sur l’influence des mensualités que lui virait Almendrick, elle a vu les choses sous un jour différent. Elle n’a d’ailleurs pas le sentiment d’avoir trahi qui que ce soit : d’une certaine façon, en achetant sa mort, Almendrick lui a rendu le goût de vivre. Il l’a sauvée – ou, si l’on préfère, il l’a prolongée. N’est-ce pas le rôle d’un médecin ? Elle considère Almendrick comme un sorte de génie : sans le savoir, il a inventé la transfusion financière. Les grandes découvertes médicales se font souvent ainsi, un peu par la grâce du hasard, un peu par l’entêtement à vivre ou les caprices des malades. Il serait sans doute fructueux, ajoute Bee, de se pencher sur l’aspect monétaire du mal des hommes. La pauvreté est peut-être parfois le signe avant-coureur de la mort.
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John L’enfer – Didier Decoin 

Que lire un 3 janvier ?

C’est un grand malheur pour les jeunes d’aujourd’hui de ne plus sentir en pleine ville comme à la campagne l’omniprésence majestueuse et rassurante des chevaux. De leur silhouette géante et familière, de leurs bruits – ébrouement à pleins naseaux et clic-clac des sabots sur la chaussée –, de toute cette grande vie émanaient une chaleur et une innocence qui gonflaient le cœur. Le cheval est le plus humain – et même le plus féminin – de tous les animaux en raison de sa croupe qui offre la double qualité – si difficilement réalisée par nos pauvres fesses tantôt dures mais maigres, tantôt abondantes mais flasques – d’être à la fois énorme et dure. Il n’est pas jusqu’à son crottin parfumé, moulé et doré, devenu si rare qu’il faudra bientôt aller l’acheter en cornet chez Fauchon ou chez Hédiard.
Les drames qui advenaient aux chevaux dans les rues ou sur les routes – le cheval tombé, blessé ou simplement battu – nous touchaient, comme aucun accident d’auto ne saurait le faire. C’était le malheur d’un géant puissant, mais nu et fragile, tout entier au service et à la merci de l’homme. Comme on comprend Frédéric Nietzsche qui se jeta en pleurant au cou d’un cheval de fiacre rossé par son cocher le 3 janvier 1889 sur la Piazza Alberto de Turin ! L’instant d’après « Dionysos » s’écroulait, foudroyé par la folie. J’ai vainement demandé à la municipalité de Turin de grave cette histoire dans la pierre du trottoir.

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Célébrations – Michel Tournier

Que lire un 2 janvier ?

Alobar boycotta le repas de Noël du bloc cellulaire, préférant rester seul dans son box à pratiquer sa respiration, même si, grâce à son vieillissement accéléré, le box d’acier stérile en question commençait à puer comme un nid de souris ou une caisse de pommes de terre.
La période des « fêtes » passa de sa démarche de crabe, chaussures émotionnelles aux pieds, et puis, terminé, le 2 janvier arriva, le monde occidental se moucha, prit deux comprimés d’aspirine, rangea les décorations païennes et les crèches en plastique au grenier, et essaya de trouver comment financer les récents excès. Bing ! Après ses divagations célestes, l’horloge se remettait au temps mécanique et précis, ou en tout cas, mesurable ; ou tout au moins, des choses normales pouvaient à nouveau se produire. Alobar fut mis en liberté conditionnelle, les audiences débutèrent à Baton Rouge, Wiggs (un peu aidé en cela par Petit Lapin LeFever) parvint à comprendre Où Nous Allons et pourquoi ça sent comme ça, et Huxley Anne devint le plus jeune membre de toute l’histoire de l’association des orchidées du détroit de Puget.

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Un parfum de jitterbug – Tom Robbins 

Que lire un 31 décembre ?

Il y avait une petite taverne au rez-de-chaussée, dont l’entrée était surmontée d’une ampoule électrique ; je constatai qu’en effet la porte était toujours ouverte. Nous nous mîmes à courir de nouveau. Juste avant d’arriver, ma mère me prit par le bras et nous nous glissâmes furtivement dans la maison, tels deux voleurs. Elle monta les escaliers au galop, ne faisant une pause qu’un instant au deuxième étage pour reprendre haleine. Plus on habite haut, moins le loyer est cher ; nous habitions au quatrième, parce qu’il n’y avait pas de cinquième.
Ma mère s’arrêta en haut des escaliers.
– Je vais faire mes affaires tout de suite, dit-elle. Attends-moi, puis tu feras les tiennes.
Les seuls cabinets de ce palier servaient à toute famille. Je n’avais pas été gâté sous ce rapport chez la tante Rosika, mais il n’y avait pourtant pas de comparaison avec ici. Au village, la planche était récurée au moins une fois par semaine, par la servante ou par moi ; mais ici, aucune main n’avait jamais touché à cette épaisse litière d’ordures amoncelées. Les cabinets donnaient sur la cour, l’eau était gelée, il n’y avait ni papier ni lumière.
Pendant ce temps, ma mère était entrée dans notre logement. Il y en avait douze sur ce palier ; en sortant des lieux d’aisances, je ne pus retrouver le nôtre dans le noir. La maison avait l’air encore plus bizarre vue de l’intérieur. On aurait dit que l’immense brique était creuse. Les logements donnaient tous sur l’espace libre dans le milieu. Ils étaient minuscules : une porte et une fenêtre ; ou, pour les prodigues, une porte et deux fenêtres. Le bâtiment était cinq fois plus profond que large ; aussi, deux des logements sur douze s’ouvraient-ils sur la rue, tandis que les deux autres dominaient une courette étroite et lugubre. À l’extérieur de ceux-ci, passait une galerie à ciel ouvert où s’entassait une épaisse couche de neige; je glissais sans cesse et je ne savais pas où j’étais. Je finis par rappeler ma mère.
Elle parut à l’une des portes.
– Assez braillé ! hurla-t-elle, tu veux déranger Monsieur le gardien ?
Sa voix était indignée, mais lorsque je m’approchais, elle cligna de l’œil pour me montrer que ses reproches était destinés aux oreilles du concierge. Elle ajouta en un murmure étrange et embarrassé :
– Entre, mon fils. Soit le bienvenu et que Dieu te bénisse.
Ceci se passait le 31 décembre 1927 ; au couvre-feu de dix heures, trois mois et demi avant mon quinzième anniversaire. Pour la première fois de ma vie, je me trouvais au « foyer familial », ainsi que certains se plaisent à le nommer.

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L’enfant du Danube- Janos Székely – Page 189

 

Que lire un 27 décembre ?

Deniaut rejoignit Adamsberg devant la machine à café.
– Ce sera peut-être tout pour la nuit, dit-il. Pas si agitée que cela, tout compte fait.
– On ne sera tranquille que dans trois ou quatre jours, répondit Adamsberg. La nuit de Noël, il n’y a personne pour remarquer les cadavres, tu comprends ? C’est plus tard qu’ils surgissent. Faut que tout le monde ait dessoûlé. Ça prend un peu de temps. Ceux qui se trompent de fenêtre, ceux qui se trompent de porte, de lit, de trottoir, de femmes, ce qui cherchent leurs vestes, leurs hommes, leurs cintres, leurs hippopotames. Faut attendre un peu.

Le fleuve, puissant, grossi de toutes les pluies de l’automne, charria dans ses tréfonds le corps gros de la femme dans les nuits du 24 et du 25 décembre, le renfloua dans la soirée du 26 et l’abandonna à l’aube du 27 sous l’étroit pont de l’Archevêché, rive gauche.
Adamsberg reçut l’appel au matin, à presque neuf heures. C’est à peine si le jour arrivait à se lever.
Le commissaire, téléphone en main, hésita à prévenir le lieutenant Danglard. Danglard était inopérant le matin, et sensible à la violence. Adamsberg reposa doucement le combiné. Il foutrait la paix à Danglard. La vue du corps flotté serait certainement rude. La femme avait dû mourir il y a plus de deux jours, pendant la nuit de Noël. De cela il était presque certain.
Adamsberg emmena Deniaut. Après tout, c’était avec lui qu’il avait commencé la veillée.
– Qu’est-ce que je t’avais dit ? commenta  Adamsberg, les mains sur le volant. Qu’il fallait attendre.
– Rien ne dit qu’elle est morte le 24.
– Si, Deniaut. C’est comme ça, Noël, la foire aux désirs. Les interdits se déchirent, les barrières s’effondrent. Certains s’offrent un hippopotame, d’autres se paient la peau d’une femme.

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Coule la seine – Fred Vargas