Le rêve de la rime

Dans la brume de l’esprit d’un poète,

Une rime cherche  à naître,
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L’homme sommeille, et dans le souffle léger du début de son repos, ne se rend pas compte des efforts de la rime pour apparaître.
Notre rime, s’épanouit, pointe le bout de son nez,  s’ouvre ainsi  à l’innocence de l’inspiration. Dans sa naïveté de nouvelle-née, elle avait espéré naître dans l’esprit d’un poète, passer son enfance dans le bain d’une langue maternelle, devenir mûre en récitant ses conjugaisons, apprendre de beaux poèmes, visiter les siècles angéliques, pourquoi pas décrire des diablotins zélés et des cupidons ailés, parler d’Adam et Eve……. Mais en s’éveillant, elle se rend immédiatement compte qu’elle a élu domicile dans l’esprit d’un peintre et non d’un poète. Tout n’est que débauches de couleurs : La rose Toulouse, La rouge Collonges, la blanche colombe, la bleue et goûteuse orange, la verte prairie se mélangent.
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Dans les dédales du cerveau de Giorgio, la rime déambule, elle doute de rencontrer des mots avec qui se marier, se mirer dans une strophe aérienne. Mais dans l’esprit du dormeur Chirico, nulle place pour les mots, seules les images ont le droit de cité. La rime tintinabule  de rue en rue, dans ce labyrinthe de maisons, qui ont l’air de se serrer le soir au coin du feu. Elle passe le petit pont, grimpe la colline pour avoir une vue d’ensemble du rêve du peintre.  Inconsciente, elle prend une multitude d’escaliers, trébuche, tourne une fois à droite, trois fois à gauche, emprunte maintes impasses, fait demi tour, ivre des couleurs de la ville qui s’éveille. Comment renouveler l’inspiration?  se marre la rime pompette,  elle doute, elle a tant erré dans les méandres de la ville endormie, retrouvera-t-elle le chemin ?
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Enfin, quand le sommeil du dormeur se fait plus lourd, et sa respiration plus lente, elle arrive à la tour de guet. Du haut de son toupet, elle se rend compte que la ville à ses pieds, dans un mensonge fastueux, s’est transformée en cheval de ruelle. La blancheur et la tristesse de son oeil la paralyse, la fascine, vieille cité divine.
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Dans un dernier paradoxe, la rime se réveille, contente d’avoir visité un peintre plutôt qu’un poète. L’esprit des poètes est en grève. Ces êtres, infesté de vers, peinent à expliquer, à se renouveler sur les mots, le peintre, lui,  l’aidera il à s’exprimer?
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Le dormeur se retourne, grogne ou fredonne un air oublié. Soudain, la vie de la rime tourne au cauchemar,  des nuages crèvent au dessus de la cité, des trombes d’eau noient notre pauvre amie.
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Dans un ultime sursaut, elle se regarde dans une mare,  et dans la flaque devenue miroir, notre rime  se retrouve émir : Chameaux, déserts , caravanes et sirènes, de charade en syllabes, la rime pénètre l’esprit du peintre et la pureté de ses désirs.
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La rime brimée se brise et vole en éclat. Elle accuse le temps d’être assassin.  Elle a vécu ce que vivent les rimes, l’espace d’un songe.
Le tableau de Giorgio di Chirico :
Giorgio_de_Chirico--1-
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