Izo – Pascal de Duve

izo

Un jour de pluie au jardin du Luxembourg .

Le narrateur, dont on saura très peu de chose hormis son statut d’étudiant, « rencontre » un homme étrange, chapeau melon, costume noir et grosses chaussures bombées.

L’homme semble tout droit sorti de Golconde, ce tableau de Magritte. Il est une « goutte » de cet orage étrange qui a trempé Paris.

golconde

L’homme se contente de répéter ce que dit le narrateur. Il n’a pas de nom, pas de mémoire, ne maîtrise pas le langage

Le narrateur décide de prendre cet homme étrange sous son aile. Après une nuit à l’hôtel, ils se retrouvent dans Paris. Commence alors une épopée qui m’a tenue sous le charme de cet étrange Izo. En effet, dans la rue, une femme croit reconnaître l’inconnu sous le nom d’Izobretenikhoudojnika, qui signifie l’imaginaire du peintre en langue russe. L’homme au chapeau melon répondra dès lors  à ce doux nom vite transformé en Izo.

Ce qui m’a plu ?

  • Un regard naïf sur le Paris de la fin des années 80 : le métro, sa carte orange et ses tickets, les supermarchés et les étiquettes de prix, ses cafés et l’agitation des rues.
  • des coïncidences et des rencontres incroyables
  • Les tics de langage d’Izo qui finit souvent ses phrases, par oui, oui (et aussi par non, non)
  • des réflexions faussement « innocentes » d’Izo (sur l’Ayatollah Khomeini, sur l’art, sur la religion)

Si au départ Izo ne parle pas le français ni aucune langue, il est d’une prodigieux intelligence et apprend très vite : le perse, le chinois, l’arabe. La moindre balade dans un supermarché ou dans les rues devient le prétexte pour observer d’une manière nouvelle une situation très banale a la base.

Izo apprend à lire en quelques jours (avec les albums de Tintin) puis dérive rapidement vers le dictionnaire.

  • les « erreurs de langage » d’un Izo se réclamant « réfugié poétique demandant un quart de toujours » (au lieu de réfugié politique demandant une carte de séjour)

Très intelligent Izo n’en reste pas moins très naïf et ne comprend pas certains situations qui font rire le lecteur.

  • Derrière cette apparente légèreté, Izo mène une réflexion sur la mémoire, son absence de souvenirs d’enfance, et se tourne dans la religion dans l’espoir de trouver un sens à la vie, religions qu’il finira par rejeter.

La quête spirituelle prendra un tour inattendu qui m’a également beaucoup plu (même si elle est plutôt tragique)

En lisant la postface on en apprend d’ailleurs beaucoup plus sur cet Izo qui n’est que le portrait de l’auteur lui même face à un monde qui lui échappe (Pascal de Duve décèdera du sida trois ans après la parution d’Izo)

Enfin ce passage m’a parlé car il représente quelques tableaux que je connais de Magritte (j’en connais très peu alors je me dis que j’ai dû rater plein d’autres passages faisant allusion à Magritte)

Ensuite Izo écrivait que le décès d’Odile Crock n’était plus pour lui une énigme douloureuse ; il avait fini par comprendre et accepter que « comme toutes les autres choses, la vie aussi a une fin » ; que « beaucoup de gens l’oublient et trouvent que la mort est quelque chose de très grave alors que, en fait, c’est quelque chose de normal qui arrive à tout le monde ; oui ».

Dans le paragraphe suivant, il prétendait avoir trouvé « le panneau secret dans la bibliothèque des souvenirs» ; il assurait avoir pu le faire pivoter, et explorer, le temps d’un éblouissement, la vastitude de la pièce cachée, haute comme une cathédrale », avec « ses rayons d’archives sur lesquelles reposait une poussière vierge comme une première neige » ; suivait alors un récit tout à fait désopilant, évoquant une « Mer des origines, qui seule le Premier Jour avait connu un Hier », et de laquelle Izo serait sorti, « tout petit et tout ruisselant, en long manteau noir et chapeau melon assorti » ; heureusement que sur la plage, « papa et papa attendaient, très grands, en longs manteaux noirs et chapeaux melons assortis » ; il paraît aussi qu’ils « toussotaient d’aise en constatant qu’il n’y avait aucune bosse dans mon petit chapeau, qu’il ne manquait aucun bouton à mon petit manteau, et que les lacets de mes petites chaussures étaient noués comme il fallait » ; ensuite, Izo aurait grandi « dans une maison aux fenêtres éclairées » à un endroit où « l’azur de midi surplombait une éternelle obscurité de minuit » parce que « la lumière et l’ombre ne se fréquentaient pas », s’échangeant uniquement « un vent vertical où se croisaient une odeur épicée de nuit d’été et un parfum frais de matin de printemps » ; Izo confessait aussi avoir été « un enfant difficile » qui « horrifiait parfois posément papa et papa en leur disant, je crois que je vais être méchant ; oui »,  et auquel « papa et papa » racontaient alors pour l’effrayer, ce qui se passait dans le château maudit » qui était « situé sur le sommet d’un rocher accroché dans le ciel au-dessus de la Mer » ; dans une de ses salles immenses, sous un ciel menaçant, une forêt de quilles hostiles bordait une grève inquiétante sur laquelle galopait désespérément un jockey perdu, affolé de ne pas apercevoir la fin du chemin » ; dans l’espace adjacent,  « un homme venait toujours d’égorger une femme », et, avant de reprendre sa valise et son manteau et son chapeau déposés sur une chaise, « s’attardait tragiquement en plongeant rêveusement son regard dans les profondeurs d’un grand gramophone aphone », dans une troisième pièce, « des messieurs en noir n’en finissaient pas de danser avec des femmes pour les tuer d’épuisement », sur un air « macabrement muet » ;  le paysage nocturne peint à même les parois « représentait les arbres sinistres, ivres de plaisir » ; entre-temps, dans le donjon, « lové sur un divan un premier cercueil attendait lascivement le corps de la femme égorgée » ; d’autres bières en chaleur « préféraient patienter au balcon en regardant le brasillement de la Mer », par lequel d’ailleurs, les flots négociaient avec le ciel « quelque secret compromis de lumière » tout en courtisant la plage où venaient se divertir les mystères ».

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Le château de Pyrénées

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L’art de la conversation

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La mémoire

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Le jockey perdu (que vous pouvez retrouver ici)

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Etude de l’assassin menacé

En conclusion : Un auteur que je ne connaissais pas du tout (même de nom) et qui dans la postface est comparé à Queneau, Vian et Marcel Aymé (si, si)

Un coup de cœur (et si vous voulez connaître ma définition du coup de cœur , c’est un livre qu’on a envie de relire juste après avoir dévoré la dernière page)

Participation à l’agenda ironique de février organisé par Jo avec le thème « critique littéraire»

Pour célébrer avril

Jeudi poésie chez Asphodèle

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Pour célébrer avril, semer des mots

Pour célébrer avril, j’ai descendu dans mon jardin avec l’intention de semer des mots (parce que le romarin c’est périssable)
J’ai aéré la terre, mis quelques vers puis je me suis demandée quelles graines de mots j’allais planter…

J’ai ratissé large et mis une centaine de mots dans ma besace : des noms, des adjectifs, des verbes et des adverbes, des petits mots doux et des gros mots….

J’ai planté le mot « oignon » dans l’idée qu’il pourrait donner jour à une tulipe mais l’idée a germé et j’ai récolté un « cor au pied » (foutu homonyme, je n’avais pas la bonne graine, celle de l’ivraie)

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J’ai semé sept petit cailloux pour trouver mon chemin, me suis cassée la binette sur le dernier.

J’ai semé une verveine qui est devenue rouge sang, mon genou sur le caillou précédent.

Je n’ai pas semé de vent de peur de récolter une tempête mais j’ai semé une petite brise et versé une larme pour l’arroser…

J’ai semé du vert et j’ai récolté une trempette dans un vert d’eau.

J’ai élagué, fauché l’herbe sous le pied (juste sous mon cor)

J’ai semé, semé….. et rien récolté.

J’ai pioché à nouveau dans ma besace . Plus de mots à planter….

Les mots ressortaient de terre, ils n’ont pas voulu se laisser enterrer : « c’est le retour des mots vivants » m’a dit le cor de garde…

J’ai semé à tout va dans un champ lexical : à la volée, jardin anglais, dans Word …les mots se sont envolés…

Aurais je dû planter du romarin ?

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Magritte – L’île au trésor

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Projet 52 Nuances de vert

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Merci à Célestine pour l’idée de ce petit poème. La phrase « déclic » est « On sème les mots qui s’envolent comme des parachutes pour se poser sur nos coeurs,  telles des graines de pissenlits que l’on souffle. »

La forêt sera toujours hantée – Jean Joubert

jeudi-poesie

Allez chez Asphodèle lire les trouvailles des autres participants 😉

 

Décembre agite au ciel des linges glauques,

Le cavalier perdu, les dents serrées

cravache sa monture.

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Quel enchanteur brouille les pistes,

mime les dieux,

risque de sombres pièges ?

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D’un doigt patient

l’enfant sème sur les cimes

des mots de neige.

J Joubert – L’alphabet des ombres
D’après Magritte « Le Jockey perdu »

Comme il existe plusieurs versions de ce jockey perdu, je m’interroge sur celui qui a inspiré le poème 😉 : un des deux premiers certainement car pour le troisième il est clair que le printemps est mis en avant,  pas décembre 🙂

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Les amants du photomaton

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Paris – décembre 1928

Edith peste dans Paris désert. 7h00, il fait encore nuit. Elle essaie d’éviter des plaques de neige fondue sur le boulevard des Italiens, ses bottines aux boutons nacrés ne résisteront pas. Dans le petit matin, plus proche de la nuit que du jour, elle se maudit d’avoir été insistante auprès de Raymond : ils sont heureux, dans son petit appartement du 5ème. Alors pourquoi tout remettre en cause ?
 .
Cachés sous les couvertures, samedi dernier, elle lui a dit :  » Pour notre anniversaire, j’aimerais une photo de nous. Allons ensemble chez le photographe ». Raymond a pâli. Toujours à penser à sa carrière, pour lui photo veut dire presse à scandale, sa femme qui découvre sa double vie, ses rivaux politiques qui l’abattent. Leur liaison doit rester secrète. Il est parti rapidement peu après …Il n’a pas donné de vie de toute la semaine … Toute une semaine à se ronger les sangs, à se demander si il reviendra caler sa grande silhouette dans son grand lit déserté.
Vendredi, Raymond lui a fait parvenir une lettre : « Rendez vous demain matin au boulevard des Italiens, sonne à 7h00 au numéro 34 ».
 . 
Elle sonne à 7h05 se maudissant encore de sa bêtise et de sa demande de cadeau inconsidéré. Alors que parler d’un parfum ou un bijou aurait été si simple !
Ils s’entendent comme larrons en foire, pourquoi risquer de le perdre alors qu’elle sait que la discrétion est vitale pour lui ? Lui, sérieux, et elle, bohème et nomade, dans son atelier de modiste où défilent toute la journée de riches héritières à la recherche d’un chapeau original ! comment ont-ils fait pour se rencontrer ?
 .
Tout de suite, Raymond ouvre la porte : il devait être derrière à s’inquiéter de sa venue ! Peut être tient-il un peu à elle finalement (et que son mariage avec l’autre n’est qu’une obligation pour sa carrière politique : un divorce le ruinerait …)
Le regard pétille de sa connivence habituelle…
Raymond la fait entrer dans une boutique peu éclairée. Il lui fait quitter son manteau, elle a mis sa robe en soie sauvage rouge sans manche, lui égal à lui même arbore un costume sombre, avec une cravate noire assortie. Hormis cet accoutrement sévère, il est doux et attentionné comme d’habitude.
 .
– Je connais le propriétaire, murmure-t-il. Il m’a donné la clef et expliqué le fonctionnement de la Machine.
 .
Edith examine l’engin noir et imposant qui trône dans un angle.
Toujours bavard Raymond la noie d’explications sur cette invention qui va « renvoyer les photographes aux rangs de prétentieux inutiles » . Il explique le flash, le photomaton, le déclencheur…..
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Ce déluge de mots font tourner la tête à Edith, plus sûrement que le petit tabouret qu’il est en train de régler. Raymond lui prend la main comme s’il l’invitait à partager un carrosse  de contes de fée. On dirait un gamin qui trame une  énième blague de potache.  Il lui glisse, confident :  » Dans trente secondes il y aura un premier flash puis trois autres très rapprochés. Dans un quart d’heure, nous aurons notre cadeau d’anniversaire …nous récupèrerons les clichés dans ce petit tiroir » dit-il joignant le geste à la parole.
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Son regard la caresse, elle n’a pas prononcé un mot depuis tout à l’heure. Elle se laisse porter par la magie du moment, seule avec son amour dans l’étroite cabine.
  .
– Ah j’oubliais l’instrument indispensable, dit Raymond, en sortant d’un coin une étoffe d’un blanc cassé, plus grand qu’une écharpe mais moins qu’un drap.
  .
Droits l’un contre l’autre, ils font face à l’objectif fermant les yeux, aveuglés par le flash à travers l’étoffe. Il l’embrasse quand le deuxième  flash crépite : Edith sent sa moustache contre ses lèvres et fond au troisième flash. Puis, elle chavire ne se rendant même pas compte du quatrième flash qui illumine temporairement la petite cabine. Ils s’embrassent, n’entendant pas le léger bruit des photos qui s’impriment et tombent dans le tiroir.
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Merci à Carnetsparesseux pour ses histoires « photomaton » et merci aussi à Magritte et à ses amants.
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Les mots collectes par Asphodèle
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Regard, secret, main, larrons, tiroir, drap, couverture, partager, (se) tramer, connivence, confident, bêtise, proche, rival, neige, empathie, ensemble , amants (au pluriel), nacrer, nomade, noir.
 ,
Je n’ai pas utilisé empathie

Magrittus

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Saint Cloud

Magrittus se hâte lentement. Aujourd’hui il se sent cotonneux, le cerveau embrumé. Il a eu du mal à sortir de son lit : dans son rêve, les étoiles avaient un doux frou-frou, elles tutoyaient la grande ourse dans le ciel azur.
Céleste, sa maman, sourire en coin, l’a expédié vers l’école : « Il te faut devenir grand et fort, mon fiston ».

En rejoignant ses copains, il s’étire et se réveille enfin : Avec eux, sur le chemin, il joue à chat perché pour détendre l’atmosphère : les amis se bousculent, jouent avec leurs ombres sur le sol.
Au programme de ce mardi, ils vont enchaîner : mathématiques (coefficient de marées et force des vents), géographie (le Golf Stream, la distance entre Tchernobyl et la région parisienne), informatique (il entend d’ici son prof dire que l’avenir de l’informatique est chez eux).

Une journée à écouter Mr Nimbus, le professeur et aussi mari de la proviseure !

C’est long, une journée à l »école alors qu’il aimerait tant être libre comme l’air, voguer à sa guise, parcourir le mystérieux horizon !

Heureusement, dans la journée il y aura aussi gymnastique : « Vous vous devez de vous défouler » répète Mr Cumulus.

Heureusement à la cantine, on espère festoyer de vol-au-vent.

Heureusement, qu’il y a  aussi poésie après la récré. Ce moment passera si vite, léger comme un ange au paradis, une plume de duvet.

Magrittus connaît sa fable par cœur ce matin, il fredonne pour la septième fois :

Emportés par une rafale de vent
Laissez vous emmener par l’ouragan,
De l’empyrée jusqu’au soleil
Cachez vous bien de l’arc en ciel.

Volez sans précipitations
De dépression en perturbation
N’oubliez pas : en cas de carambolage,
D’accident et de naufrage
Vous serez tenus pour responsables

Même en cas de temps variable,
De pluie ou de mauvais temps
De tempêtes , de verglas, de brouillards
De tonnerres, de tourbillons ou de blizzards
Allez au Sud, à l’ Ouest , ou bien au Nord
Mais surtout évitez l’anticyclone des Açores

Laissez vous emporter
Car le propre des nuages
Est d’être sage comme des orages

Magrittus se demande ce qu’il fera quand il sera grand. Rendra-t-il les bateaux ivres ou les conduira-t-il vers une saison en enfer ? ou bien au contraire, sera-t-il le symbole de l’embellie et du renouveau?

Mais ce n’est plus l’heure d’avoir la tête dans les nuages : Arrivé à l’école, il retrouve les autres qui s’agglutinent comme les moutons d’un troupeau devant la salle de classe.

Mr Stratus, le pion, tonne « Ecartez vous sans faire de vagues, on ne stationne pas dans les couloirs aériens : cela crée des turbulences pour les avions » ……. et les petits nuages se dispersent.

Magrittus est ici , en bas à droitemagrittus

source

Les mots collectés par Asphodèle

Mardi, nuage, mari, enfer, empyrée, céleste, horizon, lit, paradis, tempête, embellie, azur, atmosphère, étoile, tonnerre, mystérieux, septième, coin, vague, festoyer, feuillée, fable.
j’ai laissé feuillée,