Que lire un 14 décembre ?

14 décembre 1995. Dans son studio, depuis la salle de douche qu’il a aménagé en laboratoire photo, Joaquim n’entend pas le téléphone sonner. Dans les vapeurs du révélateur, du bain d’arrêt et du fixateur, il travaille en écoutant la radio. Il aime comme le jour et la nuit passent indifféremment dans la lumière rouge, la seconde pour seule unité. Sous ses yeux se révèle pour la millième fois le portrait de Ludmilla, le seul qu’elle lui a laissé prendre, presque trois ans plutôt, juste avant qu’il ne parte pour la capitale bosniaque. Régulièrement, il revient à ce négatif et le tire à nouveau. Deux ans et neuf mois que son cœur se serre chaque fois qu’il croise l’enseignante dans les couloirs des Gobelins. À la fin du printemps 1993, lorsque Joaquim était revenu de Sarajevo, Ludmilla n’était plus là, de la pire manière qui soit : présente mais lui refusant ses bras. « Pour son bien. » « Pour ne pas lui voler sa jeunesse. » Joaquim lui en veux encore de n’avoir pas su dire la vérité.
Du haut de la pince plastique, il remue doucement le portrait, le tourne, le retourne, veille à ne pas le laisser noircir, le dépose dans le fixateur à l’instant précis où la beauté de Ludmilla culmine, dans un équilibre des blancs, dans un équilibre des noirs qui ne le satisfait jamais. Joaquim rince la photo, la place en adhérence contre le carrelage, la contemple. « Signature officielle ce matin à Paris en présence de plusieurs dizaines de chefs d’État et de gouvernement des accords de paix en Bosnie… » Joachim lâche la pince plastique et monte le son de la radio. «… un terme à quatre années de guerre civile… La signature a lieu ce matin à l’Élysée après quarante-quatre mois de siège. « L’accord signé reste fragile, mais il a le mérite d’exister et de mettre un terme aux combats », s’est exprimé le président Jacques Chirac. » Joaquim baisse la radio. La sonnerie du téléphone lui parvient enfin. Ludmilla. Forcément. Ludmilla. Il jaillit hors de la pièce, s’essuie les mains sur son jean, décroche.
Il n’a pas entendu la voix de son père depuis tant d’années. Les mots l’atteignent sans le toucher.

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Miss Sarajevo – Ingrid Thobois

Enigme 7/15 – La ronde de la jument

Bonjour à tous et à toutes,

Comme l’an dernier, j’ai eu envie de jouer autour des livres. Le but du jeu est de trouver des titres de livres, leurs auteurs et le point commun entre les livres.

Voici la septième  énigme :

Pour participer, il faut laisser votre ou vos réponses en commentaires. Chaque bonne réponse vaut un point pour  TOUTES LES PERSONNES  ayant trouvé : Pas besoin d’arriver le premier pour remporter un point donc 🙂

Vous pouvez faire juste une proposition, ou deux ….ou …neuf…jusqu’à dimanche soir…

Courant février, nous connaîtrons les vainqueurs de ce jeu 🙂

Bon weekend  à tous

Que lire un 13 décembre ?

Et puis, c’est venu tout seul, le 13 décembre 1914, pour être exact, par la malle qui arrivait à V. et qui s’arrêta comme d’habitude en face de la quincaillerie de Quentin–Thierry dont la devanture alignait immuablement des boîtes de rivets de toutes tailles aux côtés de pièges à taupes. On vit descendre quatre marchands de bestiaux, rouges comme des mitres de cardinal, et qui se poussaient des coudes en riant de grands coups à force d’avoir trop arrosé leurs affaires ; puis deux femmes, des veuves, qui avaient fait le déplacement à la ville pour y vendre leurs ouvrages au point de croix ; le père Berthiet, un notaire retiré des paperasses qui se rendait une fois par semaine, dans une arrière-salle du Grand café de L’Excelsior pour jouer au bridge avec quelques rogatons de son espèce.
Il y eut aussi trois gamines qui étaient allées faire des emplettes pour le mariage de l’une d’elles. Et puis enfin, tout en dernier, alors qu’on croyait qu’il n’y avait plus personne, on vit descendre une jeune fille. Un vrai rayon de soleil.
Elle regarda sur sa droite, puis sur sa gauche, lentement, comme pour prendre la mesure des choses. On n’entendait plus le cognement des canons et l’éclatement des obus. Le jour sentait encore un peu le chaud de l’automne et la sève des fougères. Elle avait à ses pieds deux petits sacs en cuir marron dont les fermoirs de cuivre semblaient garder des mystères. Sa tenue était simple, sans effets ni fioritures. Elle se baissa un peu, prit ses deux petits sacs et tout doucement disparut de nos regards, tout doucement dans sa silhouette fine que le soir enroba dans une vapeur bleue, rose, et brumeuse.

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Les âmes grises – Philippe Claudel 

Le meurtre du commandeur – Haruki Murakami

Jour de lecture 1
Le narrateur est un peintre reconnu (un portraitiste) ; il n’est pas très célèbre mais vit bien de son art. Sa femme lui avoue un jour qu’elle souhaite divorcer (elle a un amant)
Il part du domicile le jour même et roule une nuit entière vers la mer du nord.
J’aime beaucoup l’ambiance un peu mystérieuse mais pas trop, il erre pendant des semaines sur Hokkaidô, puis accepte la proposition d’un ami de garder la maison de son père, atteint d’Alzheimer.
Et puis au détour d’une phrase banale, on apprend une chose importante de son passé ou celui de son épouse Yuzu.

Jour 2
L’action se met en place tout doucement (c’est pour cela que j’aime Murakami)
On y fait la rencontre d’un mystérieux tableau (le tableau s’appelle « le meurtre du commandeur » et il était caché dans le grenier de la maison où le narrateur vit) , d’un mystérieux voisin (Menshiki).

Il y a aussi une ambiance fantastique (Murakami a-t-il lu le Horla de Maupassant) ?
Le narrateur a-t-il des hallucinations auditives (puis visuelles) ? Est-il un meurtrier qui aurait refoulé son crime ?
Le lecteur assiste à de mystérieuses fouilles dans le jardin, et se sent tour à tour claustrophobe, peintre, Mozart….

Bref, j’adore l’ambiance, je n’y vois goutte et me demande où l’auteur veut nous emmener … mais je suis montée dans la Toota poussiéreuse du narrateur, puis la Subaru blanche, la jag de Menshiki itou…

Jour 3
Le mystérieux voisin se fait moins mystérieux : le narrateur réalise son portrait et on assiste à leurs échanges sur l’art (peinture, musique) et la création en général..
Il apparaît un nouveau personnage : la mystérieuse Idée (celle du sous titre ; Idée avec une majuscule s’il vous plait)..Ces passages sont à la fois réalistes, fantastiques et plein d’humour…

Le narrateur finit le tableau de Menshiki et en attaque deux nouveaux, celui du mystérieux homme à la Subaru et celui de Marié, une jeune voisine qui est son élève dans son cours de peinture.

Je vous laisse : il fait que j’aille de toute urgence me procurer le tome 2.

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Un extrait

En y pensant rétrospectivement, je me dis que nos vies sont faites d’une façon vraiment étrange. Elles regorgent de hasards extravagants et difficiles à croire, de développements en zigzag impossibles à pronostiquer. Mais lorsque ces événements nous arrivent réellement, lorsqu’on est plongé en plein milieu du tourbillon, il est possible de ne pas y voir le moindre élément étrange.Peut-être ce qui nous arrive nous semble-t-il être uniquement des faits parmi les plus ordinaires, se produisant de la façon la plus ordinaire, dans un quotidien linéaire. Ou bien au contraire, peut-être tout cela nous paraît-il complètement insensé. Mais en fin de compte, c’est seulement beaucoup plus tard que l’on saura vraiment si un événement est conforme à la raison ou pas.

 

Les furtifs – Alain Damasio

France 2041

Lorca Varese fait partie d’une section spéciale dans l’armée, le Récif. Ce département est chargé de capturer un furtif, vivant ! Car un furtif, être invisible, caméléon se déplaçant à la vitesse du son, se suicide si on le regarde : il se fige en sculpture  …
Les motivations de Lorca sont de retrouver Tishka, sa fille (et un peu de renouer avec son ex-femme). La petite fille  a disparu de l’appartement familial il y a deux ans, elle avait  alors 4 ans. Est-elle encore en vie ? Enlevée par un maniaque ? Un furtif ? Lorca est séparée de Sahar la mère de Tiskha, celle ci le prend pour un fou de croire aux furtifs et veut faire son « deuil » de la petite fille …

Entrer dans le monde d’Alain Damasio est toujours un choc : l’univers est riche en vocables inventés, bruits, odeurs, fulgurances…
Comme dans la « horde du contrevent », les personnages parlent tour à tour.
Il y a Lorca bien sûr et aussi Sahar. Parmi l’équipe du Recif, il y a Aguero, le chef d’équipe, Saskia, un peu amoureuse de Lorca, une ingénieure spécialisée dans le son,
Asharin leur supérieur. J’ai aussi apprécié le ton de Toni tout fou, un jeune homme qui rejoint la bande un peu plus tard. Il faut un peu s’accrocher au début le temps de repérer qui est qui, le vocabulaire et le style de chaque personnage.

Passons à la partie politique de cette dystopie : Dans ce monde où les villes ont été et privatisées, tout le monde est bagué, épié surveillé (à côté Big brother c’est de la gnognote :-)). L’action principale se passe à Orange, ville qui a été rachetée par l’opérateur de télécommunications éponyme. Les individus ne peuvent circuler que dans certaines rues en fonction du « forfait » de leur bague, il n’y a plus d’éducation gratuite (à part les proferrants, sorte d’enseignants hors la loi qui font « classe » dans la rue et qui risquent la prison… (enfin les TIC Travaux d’Intérêt Commerciaux ). Quelques personnes résistent à ce conformisme et cette absence de liberté (tagueurs, zadistes…).

Le président de la République apparaît tardivement dans le roman et c’est le seul personnage que j’ai trouvé peut être un peu caricatural : un politique insensible qui veut éradiquer les furtifs afin de mieux asseoir son pouvoir… prêt à tout et même à tuer. D’ailleurs, Alain Damasio ne lui donne pas la parole mais décrit ses faits et gestes par l’intermédiaire des autres personnages… La découverte par les français de l’existence des furtifs mettra le feu aux poudres….

Pour ma part, ce livre restera le livre de « mon année 2020 2019 » et détrône « La horde du contrevent » dans mon panthéon personnel : L’histoire (la quête) est encore plus captivante que celle de la Horde (la recherche de la petite fille disparue, cette nouvelle espèce vivante que sont les furtifs … ) et surtout les personnages sont beaucoup plus subtils que  dans la Horde du contrevent ….Dans « la horde… », les personnages les plus réussis étaient tous des hommes et il faut bien dire que les quelques femmes présentes étaient un peu « cliché » et réduites à des faire- valoir…
Ici il y a deux personnages féminins magnifiques et sans concession Sahar (la proferrante qui finit par avoir un poids dans l’histoire aussi importante que Lorca) et Saskia spécialisée dans l’étude des sons furtifs…

Ils évoluent tous et c’est un plaisir de les voir changer de passer de la « traque » pure et dure à l’ »apprivoisement » et la découverte d’une nouvelle espèce …

Les coups de coeur sont chez Antigone

Le pays où l’on n’arrive jamais – André Dhôtel

Lu en « Audiolivre » : Il y en pas mal à la bibli mais je me laisse souvent décourager par le temps d’écoute dépassant allègrement les 15-16 heures.

J’ai donc choisi cet audiolivre sur deux raisons. D’abord, il n’a que 7 heures d’écoute et ensuite c’est le livre doudou de mon enfance (livre que j’ai lu un grand nombre de fois entre mes 10 et 12 ans). Bizarrement j’avais finalement peu de souvenirs des détails de ces multiples lectures.

1950 – L’action se passe dans les Ardennes (j’y suis née et j’ai passé toute mon enfance dans les Ardennes alors Fumai, Revin, Givet …étaient des noms connus…)

Gaspard, le héros, est élevé par sa tante : Ses parents sont forains et l’ont confié à Gabrielle Berlicot, pensant lui donner une existence plus « stable »
Les deux grandes soeurs de Gaspard vivent avec leurs parents.
Il arrive à Gaspard toutes sortes d’aventures : des aventures dont il n’est pas responsable mais il a toujours l’air d’être là au « mauvais moment » : un frein de camion est mal serré et « lâche » alors qu’il se trouve dedans …un feu se déclare…
Il grandit cahin-caha, rabroué par sa tante et ne voyant que peu ses parents toujours en déplacement.
Un jour, débarque à Lominval, un jeune fugitif d’une quinzaine d’années (comme Gaspard). Le fugueur est rattrapé par la gendarmerie et enfermé dans une des chambres de l’hôtel du Grand Cerf. Gaspard va lui venir en aide et ensemble ils organisent une tentative d’évasion…L’inconnu cherche sa famille, Maman Jenny et un « grand pays » avec des troènes, des bouleaux, des palmiers, des pommiers, une terre noire et une immense étendue d’eau.

Sans en dite trop sur les multiples péripéties, je comprends mon engouement pour ce livre lorsque je l’ai découvert à 10 ans : deux enfants qui partent à la poursuite de leurs rêves et qui y sont aidés par un cheval pie et de fabuleux hasards : des voyages dans une nature abondante, des obstacles qu’ils arrivent à surmonter, des méchants et des frissons, et une fin idyllique…

Concernant l’expérience de l’audio-livre, j’ai bien aimé la voix de Stéphane Boucher, le lecteur, hormis quand il prend une voix de fausset (c’est le terme employé par André Dhotel pour décrire la voix d’un de ces personnages Théodule Résidore (j’adore ce nom)) . Heureusement que c’était un personnage secondaire …

Une relecture de jeunesse qui m’a donc bien plu et replongée dans un univers onirique et fantastique à la fois intriguant mais aussi très apaisant…

Un livre « lu » en deux jours dans ma voiture : 7 heures d’écoute divisée en 4, je renouvellerai l’expérience …

Pour l’anecdote, le mot de la fin d’André Dhotel (7 heures d’écoute avec un grand trajet sur deux jours quand même) a été prononcé au moment pile où je passais devant le panneau arrivée de mon village … de quoi y voir que j’étais arrivée à mon Grand Pays à moi ?

Chez Sylire

Que lire un 8 décembre ?

À dire vrai, Priscilla ressentait un léger pincement de dépit de devoir rentrer à son petit studio. Sans aucun doute, il y avait suffisamment de place pour elle à la fondation Qui rira le dernier. Jésus-Christ et ses douze disciples auraient même pu résider à la fondation, sauf peut-être Judas qui aurait dû dormir sur la terrasse.
En marchant dans l’allée, elle avait le sentiment d’être les trois quarts de deux granulés antilimaces. Quand elle passa devant la boîte aux lettres, à l’entrée, elle eut envie de se coller un timbre sur le front et de s’expédier à l’Abominable Homme des Neiges.
Dans la rue, ce fut pire. La foule des aspirants immortalistes était agitée et revêche. Ils lui lançaient des regards furieux, comme si elle était une œuvre d’art moderne dans une foire de campagne. Un ricanement hostile ici, un rire perplexe là, mais pas de premier prix en vue.
Apparemment, il y avait eu une ruée sur la nourriture peu de temps auparavant, car beaucoup de ceux qui faisaient la queue étaient occupés à mâchonner des hamburgers achetés dans un fast-food. Ils étaient suffisamment âgés pour ne pas avoir d’excuse. Certains étaient même suffisamment âgés pour se souvenir du temps où le vieux McDonald avait une ferme.
Autrefois, c’étai les microbes qui faisaient mourir les gens. Maintenant, c’était les mauvaises habitudes. C’est ce que disait le docteur Dannyboy. Les maladies cardiaques étaient provoquées par de mauvaises habitudes personnelles, le cancer était provoqué par de mauvaises habitudes industrielles, et la guerre était provoquée par de mauvaises habitudes politiques. D’après Dannyboy, même la vieillesse était une mauvaise habitude. Et les habitudes ça se change. Priscilla eut envie de faire la leçon à tous ces gens sur leurs habitudes, avant de les renvoyer chez eux, mais naturellement elle ne le fit pas.
Vers la fin de la file, elle crut entendre un type aux cheveux blancs qui marchait avec des béquilles faire remarquer que c’était le 7 décembre, « le trente-cinquième anniversaire de l’attaque par les Japonais sur Pearl Bailey(*) ». Il se trompait. On était le 8 décembre

(*) actrice et chanteuse américaine (1918–1990).

 

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Un parfum de jitterbug – Tom Robbins 

Que lire un 7 décembre ?

– Il est dommage que les anciens présents ici ne veuillent pas s’exprimer. Mais je vous comprends… Ça n’a rien d’évident. Alors, notre ville…? Comment s’est-elle construite ? D’où sort-elle ?
– De ton cul ! pouffe une ado, assez fort pour déclencher quelques rires, mais pas assez pour que je me sente obligée de répondre.
D’abord fais-je mine de n’avoir rien entendu entendu tandis que les adultes prennent à partie la jeune fille, qui proteste puis s’atermoie et in fine par en bougonnant, drainant dans son sillage deux acolytes atones.
– Vous ne souhaitez pas entendre ce que mon postérieur pourrait vous dire, jeune fille ? osè-je finalement, à la volée. Vous avez peut-être peur de l’odeur ? Parce que votre ville est née d’un charnier ! Des gaz, disons, d’une multinationale ! Elle est né le 7 décembre 2021 en écrasant sous deux cents tonnes de gravats les soixante-dix manifestants du collectif Reprendre. Et les vingt-deux familles qui vivaient encore dans la tour et qu’ils défendaient. Elle est née de la faillite d’une commune asphyxiée par les banques, dégradée triple C par les agences de notation internationales et obligée d’emprunter son budget à des taux de 18 % ; d’une commune déclarée en rupture de paiement en 2028, lâchée par l’État et mise en vente en 2030 sur le marché des villes libérées. Vous savez ce qu’est une ville libérée ! ?
– C’est une ville volée à ses habitants ! s’enhardit une vieille dame qui s’est mise en bordure du groupe, sans savoir si elle allait rester ou pas. Elle reste.

– Une ville dite « libérée » est une ville soustraite à la gestion publique et intégralement détenue et gérée par une entreprise privée. Son maire est nommé par les actionnaires, à la majorité simple des parts. En août 2030, la ville de vos parents, qui s’appelait Orange, a donc été rachetée par la multinationale du même nom, pour un prix dérisoire. Savez-vous pourquoi ?

– Parce qu’Orange, ils ont pas eu à racheter le nom de la ville ! Le nom, c’est ça qui coûte le plus cher, Madame !

– Oui. Le tribunal de commerce a jugé que la notoriété de la marque Orange – la marque des télécommunications, je précise – préemptait la marque de la ville, moins connue du grand public. Je vous rappelle que Paris, rachetée par LVMH, ou Cannes, rachetée par la Warner, ont vendu leur nom à des prix astronomiques. Ce ne fut pas le cas chez nous.
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Les furtifs – Alain Damasio

Un parfum de jitterbug – Tom Robbins

Genre : Loufoque mais érudit à la fois .

De temps en temps, quand j’ai envie de vraiment rire et me détendre, je lis Tom Robbins (ou Douglas Coupland qui me fait le même effet ).
L’histoire : A Seattle, Priscilla, une serveuse rentre chez elle après son boulot. Au milieu de la nuit on lui livre une betterave sur son paillasson.
A la Nouvelle-Orléans, une vieille femme et son employée noire tiennent une parfumerie un peu décrépie : un inconnu balance une betterave dans le  lit de V’lu (l’employée).
Paris, deux cousins dirigent une entreprise fabricant du parfum et reçoivent une betterave au courrier.
Xème siècle après JC, Alobar est roi. Il doit être exécuté car il a un cheveu blanc (tout roi montrant un signe de vieillissement est exécuté dans la semaine afin de protéger le royaume d’un affaiblissement). Il est sauvé par un stratagème mais doit fuir…

Voici pour le décor : l’histoire démarre sur les chapeaux de roues avec 4 histoires en parallèle…
On se doute rapidement que les 3 fils narratifs contemporains (1985) vont se rejoindre mais qu’en est-il du quatrième qui se passe avant le moyen âge ? Alobar va t-il fabriquer une machine à faire défiler le temps ?

La deuxième partie se passe un peu Inde puis dans une lamaserie au Tibet, puis le rythme s’accélère et on retrouve tout ce beau monde au Carnaval de la Nouvelle Orléans (quel déguisement pour nos trois héros ! ), en passant par la cour du roi Louis XIV. L’auteur me laisse pour la troisième fois sur les rotules (c’est fatigant le jitterbug…) mais ravie de l’inventivité de son discours
Priscilla restera mon personnage préféré, avec aussi le sage Alobar et son amie Kudra..

Au final il me reste de ce livre un parfum de jasmin, citron, pollen de betteraves ainsi que d’embruns, de sperme  et de bouc : une explosion de senteurs et après les « cafards n’ont pas de roi » une autre théorie sur les causes de l’extinction des dinosaures …

En conclusion : Loufoque mais pas que … une réflexion sur les relations humaines, un saupoudrage de religion (traité en mode excentrique), le rapport à la mort…et la jeunesse

Un extrait

Kudra aimait ses bébés. Un jour, après une douzaine d’années de mariage, elle se mit à aimer son mari aussi. Cela se passa le matin suivant la célébration de Mahashivaratri – la Grande Nuit de Shiva -quand, affaibli par le jeûne et la langue déliée par une sorte de gueule de bois spirituelle, Navin révéla à Kudra qu’il adorait les chevaux et que, pendant sa jeunesse, il avait caressé l’impossible espoir de voir un miracle l’élever au-dessus des Vaisya, la caste des marchands, et gagner la caste supérieure des Kshatriya, celle des guerriers, pour pouvoir monter à cheval. Confier cette aspiration ridicule lui faisait honte, mais Kudra fut touchée d’apprendre que son mari, tout comme elle, gardait enfermé au plus profond de lui-même un désir blasphématoire. Cela faisait d’eux des partenaires dans un sens nouveau, plus intime, et chaque fois qu’elle pensait au secret de son mari, elle tendait la main par-dessus le récipient à corde et le caressait tendrement. Elle ne lui fit pas part de son propre rêve caché, parce qu’elle ne savait pas comment l’exprimer. Tout ce qu’elle savait, c’était que ce rêve la tourmentait, qu’il sentait bon et qu’il était toujours là.
Environ un mois après l’aveu de Navin, une colonne de guerriers s’arrêta à la boutique pour commander des brides d’apparat personnalisées tressées avec des clochettes et des glands pour leurs destriers. Kudra attira leur chef à l’écart et, usant de son charme, le persuada de proposer à Navin de monter son cheval.
– Oh, non, non, je ne pourrais jamais, s’écria Navin.
– Allez, l’exhorta Kudra. Saisis ta chance. Simplement l’aller-retour d’ici au temple.
L’officier, dont le regard était attiré par les hanches pleines de Kudra, aida Navin à monter et donna à l’imposant cheval une claque qui le fait partir au galop. Navin, terrifié, se pencha trop loin en avant et fit un plongeon dans un amas de rochers. Son crâne se fendit comme un bol de lait, répondant au grand jour, en même tant que son sang et sa cervelle, son ambition interdite.

Pendant quelques jours, Kudra envisagea sérieusement de rejoindre le corps de Navin sur le bucher funéraire. Non pas parce qu’elle se sentait responsable de sa mort – la culpabilité est une émotion névrotique que le christianisme devait exploiter au mieux de ses intérêts économiques et politiques ; l’hindouisme était plus sain à cet égard –, mais parce que, confrontée au veuvage, elle se rendit compte que l’affreuse description que sa mère lui en avait faite était, et ce n’était rien de le dire, minimisée.

 

Ma participation au défi 2019 de Madame lit :  décembre où le thème est « une recommandation littéraire d’une blogueuse ou d’un blogueur  »

J’ai lu ce livre recommandé par Sharon ici : L’avis de Sharon 

Enigme 6/15 – La ronde de la jument

Bonjour à tous et à toutes,

Comme l’an dernier, j’ai eu envie de jouer autour des livres. Le but du jeu est de trouver des titres de livres, leurs auteurs et le point commun entre les livres.

Voici la sixième énigme :

Pour participer, il faut laisser votre ou vos réponses en commentaires. Chaque bonne réponse vaut un point pour  TOUTES LES PERSONNES  ayant trouvé : Pas besoin d’arriver le premier pour remporter un point donc 🙂

Vous pouvez faire juste une proposition, ou deux ….ou …six…jusqu’à dimanche soir…

Courant février, nous connaîtrons les vainqueurs de ce jeu 🙂

Bon weekend  à tous

Edit du 9/12/2019, la réponse en image 🙂