Le roi des Aulnes – Michel Tournier

– Le dressage, commença Pressmar, est une entreprise incomparablement plus belle et plus subtile qu’on ne croit communément. Le dressage consiste pour l’essentiel à restituer à l’animal son allure et son équilibre naturel, compromis par le poids du cavalier.

« Comparez en effet la dynamique du cheval et celle du cerf par exemple. Vous verrez que toute la force du cerf est dans ses épaules et dans son encolure. Au contraire, toute la force du cheval est dans sa croupe. Et les épaules du cheval sont fines et effacées, tandis que la croupe du cerf est maigre et fuyante. Il est vrai d’ailleurs que l’arme du cheval est la ruade qui part de la croupe, alors que celle du cerf est le coup d’andouiller qui part de l’encolure. Lorsqu’il se déplace, le cerf se tire en avant. C’est une traction avant. Le cheval à l’inverse se pousse de derrière avec sa croupe. En vérité, le cheval est une croupe avec des organes par devant qui la complètent.

« Or que se passe-t-il quand un cavalier enfourche sa monture ? Regardez bien sa position : il est assis beaucoup plus près des épaules du cheval que de sa croupe. En fait les deux tiers de son poids sont portés par les épaules du cheval qui sont justement, comme je l’ai dit, faibles et légères. Les épaules ainsi surchargées se contractent, et leur raidissement gagne l’encolure, la tête, la bouche, cette bouche dont la douceur, la souplesse, la sensibilité font toute la valeur du cheval de selle. Le cavalier a entre les mains un animal déséquilibré et contracté qui n’obéit plus que grossièrement à ses aides.

« C’est alors qu’intervient le dressage. Il consiste à amener progressivement le cheval à reporter autant que possible le poids du cavalier sur sa croupe afin de soulager les épaules. Et pour cela à s’asseoir davantage sur ses membres postérieurs, à les engager sous lui aussi loin que possible en avant, bref, pour employer une comparaison dont il ne faudrait pas abuser, à prendre modèle sur le kangourou dont tout le poids repose sur les membres inférieurs, tandis que les pattes devant demeurent libres. Par divers exercices, le dressage s’efforce de faire oublier au cheval le poids parasitaire du cavalier, et de lui rendre son naturel en poussant l’artifice jusqu’à son point de perfection. Il justifie une anomalie en instaurant une organisation nouvelle où elle trouve sa place.

« Ainsi l’équitation qui est l’art de régir les forces musculaires du cheval consiste principalement à s’assurer la maîtrise de sa croupe où elles sont rassemblés. Les hanches doivent dévier sous la plus légère pression du talon, les masses fessières doivent avoir cette flexibilité moelleuse qui leur donne la diligence dont dépend tout le reste. »

Et le grand maître d’équipage, debout, cambré, le regard torve dirigé sur sa propre groupe – combien osseuse et effacée ! –, ses jambes arquées serrant les flancs d’un cheval imaginaire, virevoltait dans la pièce, en fouettant le vide avec sa cravache. Pour abstraites et subtiles qu’elles fussent, les considérations de Pressmar sur l’opposition du cerf et du cheval trouvaient une illustration dans les quêtes et les rabats que Tiffauges effectuaient désormais avec Barbe-Bleue. En l’absence de chiens – toujours proscrits par Göring – il semblait même que le cheval, ayant compris à la longue ce qu’on attendait de lui, flairait les voies et repérait les abattures des cerfs avec une ardeur de limier, comme si ces deux natures antagonistes devaient fatalement se combattre.

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Le roi des Aulnes – Michel Tournier

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Le roi des aulnes – Michel Tournier

Les leçons d’équitation de Pressmar furent d’abord aussi simples qu’éprouvantes. Le cheval était sellé, mais privé d’étriers. Tiffauges devait se hisser en selle d’un coup de rein, et ensuite commençait dans le manège une séance de tape-cul à petit trot, seul capable, à condition qu’elle fut suffisamment prolongée, d’assurer une assiette correcte au cavalier novice, affirmait le maître d’équipage, mais dont le cavalier sortait courbatu, brisé et le périnée à vif.

Au début, Pressmar observait son élève sans désemparer, avec un air de blâme, et les rares observations qu’il émettait était dépourvues d’aménité. Le cavalier se penchait en avant, contracté, les pieds en arrière. Il allait chuter, et il ne l’aurait pas volé ! Il fallait au contraire s’assoir en arrière, les fesses rentrées, les pieds en avant, et corriger cette attitude par une voussure du dos et des épaules. Sans se laisser rebuter par ce traitement revêche, Tiffauges n’en considérait pas moins Pressmar comme un redoutable crustacé, muré à tout jamais dans un univers étroit et moribond dont il était de surcroît incapable d’exploiter les ressources. Il changea d’avis le jour où, enfermé avec lui dans la sellerie, il l’entendit exposer la vérité du cheval, et vit ce survivant d’un autre temps devenir soudain intelligent, s’animer, trouver pour s’exprimer des paroles justes et colorées. Posé sur un haut tabouret, ses maigres cuisses croisées l’une sur l’autre, la botte battant l’air, le monocle vissé dans l’œil, le maître d’équipage de Guillaume II commença par poser en principe que le cheval et le cavalier étant des êtres vivants, aucune logique, aucune méthode ne peuvent remplacer la secrète sympathie qui doit les unir, et qui suppose chez le cavalier cette vertu cardinale, le tact équestre.

Puis, après un silence destiné à donner toute leur valeur à ces deux mots, il enchaîna par des considérations sur le dressage, que Tiffauges écouta passionnément, parce qu’elles tournaient autour du poids du cavalier et de sa répercussion sur l’équilibre du cheval, et avaient ainsi une portée phorique évidente.

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Le roi des aulnes – Michel Tournier

(suite et fin de l’extrait demain)

Le roi des aulnes – Michel Tournier

Dès la fin de l’été 1942, il ne fut plus question parmi les gens de Rominten que de la grande chasse que projetait Erich Koch, le Gaulaiter de Prusse-Orientale, sur les trois districts des lacs mazuriques que le grand veneur lui avait concédés à titre de chasse privée. Il s’agissait d’une battue au lièvre de très vaste envergure, puisqu’on prévoyait trois mille rabatteurs dont cinq cents à cheval. Tout l’état-major de Rastenburg et les grosses têtes locales seraient de la fête que terminerait le couronnement d’un roi de la chasse.

Un soir, l’Oberforstmeister revint de Trakehnen en menant au cul de sa charrette anglaise un hongre noir gigantesque, bosselé de muscles, chevelu et fessu comme une femme.

– C’est pour vous, expliqua-t-il à Tiffauges. Il y a longtemps que je voulais vous mettre en selle. La grande battue du Gauleiter est une bonne occasion. Mais quelle peine j’ai eue à vous trouver une bête à votre poids ! C’est un demi-sang de quatre ans épaissi par un apport ardennais, mais dont le chanfrein busqué et la robe d’ébène moirée se souviennent de ses origines barbes, malgré sa taille. Il doit peser ses mille deux cents livres et fait au moins un mètre quatre-vingt au garrot. Au fond, c’est le type du carrossier de la grande époque. Il ne risque pas de s’envoler, mais il pourrait en porter trois comme vous. Je l’ai essayé. Il ne se dérobe pas sur l’obstacle, et ne craint ni les rivières ni les ronciers. Il est un peu dur de la bouche, mais au galop, c’est un char d’assaut.

Tiffauges pris possession de son cheval avec une émotion où les élans de son cœur solitaire se mêlaient au pressentiment des grandes choses qu’ils accompliraient ensemble. Chaque matin, il se rendait désormais à un kilomètre de là, chez le vieux Pressmar, un ancien maître d’équipage impérial, dont la propriété comprenait une assez vaste écurie, une forge et un manège couvert. C’était là qu’on avait installé son grand cheval. Sous la direction de Pressmar, heureux d’exercer la vocation pédagogique propre à tout homme de cheval, il apprenait à soigner sa bête et à la monter. La joie qu’il trouvait dans la proximité de ce grand corps naïf et chaud qu’il bouchonnait, étrillait et brossait, lui rappela d’abord les pigeons du Rhin et les heures de bonheur douillet qu’il avait passées dans le pigeonnier. Mais il comprit bientôt que cette réminiscence était superficielle, et reposait sur un malentendu. En vérité, frottant et lustrant la robe de sa monture, c’était les modestes satisfactions du cirage de ses brodequins et de ses bottes qu’il retrouvait, mais élevées à une puissance incomparable. Car si les pigeons du Rhin avaient été ses conquêtes, puis ses enfants chéris, c’était lui-même au fond qu’il pansait en consacrant tous ses soins à son cheval. Et ce fut pour lui une révélation que cette réconciliation avec lui-même, ce goût pour son propre corps, cette tendresse encore vague pour un homme appelé Abel Tiffauges qui lui venait à travers le hongre géant de Trakehnen. Un matin que le cheval était touché par un rayon de soleil tombant à contre-jour, il s’avisa que son poil d’un noir de jais présentait des moires bleutées en forme d’auréoles concentriques. Ce barbe était ainsi un barbe bleu, et le nom qu’il convenait de lui donner s’imposait de lui-même.

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Le roi des aulnes – Michel Tournier

(suite demain)

Vilebrequinze – Dictionnaire des orpherimes

Vilebrequinze : n.m rare, néologime de 1897

Le vilebrequinze est un élément d’un moteur à 15 temps, qui permet par l’intermédiaire d’une bielge, la transformation du mouvement linéaire rectiligne du pistonze en un mouvement de rotation, et inversement.

Rime avec :  quinze, cinze, requinze

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Christine avançait lentement, cahotant de-ci de-là comme une vieille ivrognesse montant péniblement une côte. La neige tombait de plus belle, inclinée par le vent.

Un des phares démolis par l’assaut clignota et se ralluma.

Un des pneus crevés se mit à se regonfler, puis ce fut le tour de l’autre.

La fumée diminua.

Le bruit irrégulier du moteur retrouva un rythme normal. Quinze tics, quinze tacs, une pause asthmatique entre chaque grincement.

Et le capot arraché réapparut peu à peu, comme une écharpe tricotée par des aiguilles invisibles ; le métal sortait de nulle part, partant de sous le pare-brise et allant vers l’avant.

Le pare-brise redevint parfaitement lisse.

Toutes les lampes se rallumèrent l’une après l’autre ; Christine avançait maintenant sans la moindre difficulté dans la tempête. L’indicateur de kilomètres reculait toujours…

Quarante-cinq minutes plus tard, Christine reposait dans l’obscurité du garage de feu Will Darnell, dans le box vingt. Le vent hurlait dehors, mais son moteur se refroidissait lentement, avec des petits claquements essouflés de son vilebrequinze infatigable.

Christine – Stephen King

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L’Amour se mesure sur la Jauge Vingt – plus exactement, la pression d’amour (PA) dans les alentours. Il est normal que la jauge indique un résultat entre dix et vingt pour cent. Mais si elle descend en dessous de quatre pour cent, alors vous avez peut-être un problème – la Volkswagen peut devenir triste, ralentir ou même s’arrêter complètement. Si ça arrive, il vous faut immédiatement trouver / écrire une histoire capable de le convaincre qu’il reste plus d’amour, d’attention, ou de compassion dans les alentours qu’il ne le pense. En cinq mots « alimenter le vilebrequinze ou périr »

Comment élever son Volkswagen – Christopher Boucher

 

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Le livre sur lequel Libero Parri et son fils Ultimo apprirent comment étaient faites les automobiles était en français (Mécanique de l’automobile*, Editions Chevalier). Ce qui explique que, pendant les premières années, quand vraiment ils ne s’en sortaient pas, couchés sous une Clément Bayard 4 cylindres ou penchés sur l’intérieur d’une Fiat 24 chevaux, Libero Parri ait eu coutume de sortir de l’impasse en disant à son fils :

– Appelle ta mère.

Florence arrivait les bras chargés de linge, ou la poêle à la main. Ce livre, elle l’avait traduit mot après mot, et elle se le rappelait par cœur : cartreize, pistonze, rotorze, vilbrequinze. Elle se faisait raconter le problème, sans accorder le moindre regard à l’automobile, remontait mentalement à la bonne page et délivrait son diagnostic. Puis elle faisait demi-tour et rapportait le linge à la maison. Ou la poêle.

Cette histoire là – Alessandro Barrico 

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Dictionnaire des orpherimes : On soulevait ici l’autre jour, et ici précédemment, la grave question des mots sans rime, belge, bulbe, camphre, clephte, dogme, goinfre, humble, meurtre, monstre, muscle, pauvre, quatorze, quinze, sanve, sarcle, sépulcre, simple, tertre et verste. Ce petit dictionnaire donnera chaque jour la définition d’un des mots nouveaux proposés, puisqu’il est bon que chaque mot ait un sens afin que chacun comprenne en l’entendant la même chose que ce qu’à voulu dire son interlocuteur. Quant aux citations, s’agissant d’illustrer des néologismes, le lecteur comprendra qu’il a été nécessaire d’améliorer nos sources. * à suivre, avec l’aide des collaborateurs bénévolontaires.

Jeu de l’été : 13 / 14

Bonsoir à tous et à toutes,

Voici la treizième énigme du jeu de l’été :-). Quel est le point commun entre ces 4 livres ?

Règle du jeu : Pour participer, il faut deviner le titre et auteur de ces 4 livres et  laisser votre ou vos réponses en commentaires dans ce billet.

Chaque bonne réponse vaut un point pour la première personne qui la trouve : Dans cette  énigme il y a donc cinq points à gagner : un pour chaque  titre et auteur des  quatre livres et un point pour la découverte du point commun entre ces livres.

Vous pouvez faire juste une proposition, ou deux ….ou cinq…

A la fin de l’été, nous connaîtrons les vainqueurs de ce quinté géant 🙂

PS :

A la demande de Soène et de Mind, un grand prix  de consolation a été créé: pour concourir il faut proposer au moins un titre de livre qui pourrait coller à une des couvertures (livre pouvant exister ou non) et un auteur (auteur  réel ou imaginaire) 

Lâchez vous 🙂

Alice dans les livres – Jean-Marie Gourio

Alice entre dans le livre le ventre de Paris de Emile Zola.

Alice, réveille-toi ! Tu as dormi longtemps ! crie brusquement Madame François, et ton lapin, si tu veux le vendre aux Halles faudra lui couper la tête ! Alice ouvre grand ses yeux. Croyant reconnaître la voix de la Reine. Aux Halles ? Ma Reine ? Alice se trouve couchée sur un tas de navets qui emplissent le cul d’une voiture tirée par un cheval. Il fait nuit. Ma reine ? répète la maraîchère, je n’en attendais pas tant ! Le Lapin blanc s’enfonce au beau milieu des carottes, dont les bottes montent et s’épanouissent dans la lumière d’un bec de gaz. Je suis Alice au pays des Merveilles ! lance Alice, souriante, et je vous présente mon grand ami le Lapin blanc ! Ton ami Lapin ? s’exclame la maraîchère, j’en connais qui l’aimeront avec des petits lardons ! Ah bon ? s’inquiète le Lapin, qui se complaît sur le matelas odorant des bottes de carottes bien terreuses, et pourrions-nous savoir, chère madame Légumes, où l’on va ? La maraîchère éclate de rire, car jamais un lapin de si petite taille et vêtu d’un gilet dont la poche contient une montre de gousset ne lui a parlé aussi poliment. À Paris ! Tendant son doigt, elle désigne la buée lumineuse qui grandit, au-dessus des toits. Mais vous arrivez d’où ? Toi et ton civet, demande la Maraîchère, tout en flattant la croupe de son cheval, Balthazar. Du pays des Merveilles ! répond Alice un peu vexée que la dame ne la reconnaisse pas. Le pays des Merveilles ? Rien que ça ! Vous en êtes des drôles ! s’exclame la maraîchère, moi je suis de Nanterre, je me nomme Madame François, depuis que j’ai perdu mon pauvre homme, je vais tous les matins aux Halles, c’est dur, mais je ne me plains pas ! Dormez, je vous réveillerai ! Elle remonte, s’adosse contre la planchette, assise de biais, tenant les guides de Balthazar.

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Alice dans les livres – Jean-Marie Gourio

 

 

Hippocamphre : dictionnaire des orpherimes

Hippocamphre

Sens 1 : Petit animal marin de la famille des hippocampes qui a comme particularité de rejeter une substance blanchâtre qui ressemble à du camphre.

Sens 2 : souvenir de vacances en forme d’hippocampe et fabriqué en camphre

Rime avec camphre- aide de camphre, bullamphre

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Notre famille, je dois le dire, grands-parents en tête, gambillait sur le plage, au complet, comme si nous n’avions jamais connu d’autres vocation. N’eût été l’obstination du grand-oncle N’ba N’ga, tout contact avec le monde aquatique aurait été perdu depuis longtemps..

Oui, nous avions un grand-oncle poisson… Quelque fut la saison, il suffisait de s’avancer sur les couches de végétation les plus molles et là dessous, à quelque pieds du bord, nous voyions la colonne montante de petites bulles qu’il dégageait en soufflant en dessous de la traîne opaque des hippocamphres.

Italo Calvino –  Cosmicomics 

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La maman des poissons elle est bien gentille

S’ils veulent prendre un petit verre

Elle les approuve des deux ouïes

Leur montrant comment sans ennuis

On les décroch’ de leur patère

La maman des poissons

Elle a l’oeil tout rond

On ne la voit jamais froncer les sourcils

Les petits l’aiment bien, l’hippocamphre

Itou, il sert de nounou et d’aide de camphre

Bobby Lapointe – La maman des poissons

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Sur la table du salon

Qui brille comme un soulier

Y’a un joli napperon

Et une huître cendrier

Y’a des fruits en plastique

Vachement bien imités

Dans une coupe en cristal

Vachement bien ébréchée

Sur le mur, dans l’entrée

Y’a les cornes de chamois

Pour accrocher les clés

D’la cave où on va pas

Les statuettes africaines

Côtoient sur l’étagère

Hippocamphres en simili-verre

Saloperies vénitiennes

Renaud – la mère à titi

 

 

Dictionnaire des orpherimes : On soulevait ici l’autre jour, et ici précédemment, la grave question des mots sans rime, belge, bulbe, camphre, clephte, dogme, goinfre, humble, meurtre, monstre, muscle, pauvre, quatorze, quinze, sanve, sarcle, sépulcre, simple, tertre et verste. Ce petit dictionnaire donnera chaque jour la définition d’un des mots nouveaux proposés, puisqu’il est bon que chaque mot ait un sens afin que chacun comprenne en l’entendant la même chose que ce qu’à voulu dire son interlocuteur. Quant aux citations, s’agissant d’illustrer des néologismes, le lecteur comprendra qu’il a été nécessaire d’améliorer nos sources. * à suivre, avec l’aide des collaborateurs bénévolontaires.

Jeu de l’été : 12 / 14

Bonsoir à tous et à toutes,

Voici la douzième énigme du jeu de l’été :-). Quel est le point commun entre ces 4 livres ?

Règle du jeu : Pour participer, il faut deviner le titre et auteur de ces 4 livres et  laisser votre ou vos réponses en commentaires dans ce billet.

Chaque bonne réponse vaut un point pour la première personne qui la trouve : Dans cette  énigme il y a donc cinq points à gagner : un pour chaque  titre et auteur des  quatre livres et un point pour la découverte du point commun entre ces livres.

Vous pouvez faire juste une proposition, ou deux ….ou cinq…

A la fin de l’été, nous connaîtrons les vainqueurs de ce quinté géant 🙂

PS :

A la demande de Soène et de Mind, un grand prix  de consolation a été créé: pour concourir il faut proposer au moins un titre de livre qui pourrait coller à une des couvertures (livre pouvant exister ou non) et un auteur (auteur  réel ou imaginaire) 

Lâchez vous 🙂

Réparer les vivants – Maylis de Kerangal

Nuit polaire, il semble que le ciel opaque se dissolve, la couche de nuages se déchirant, laineuse, la Grande Ourse apparaît. Le cœur de Simon migre maintenant, il est en fuite sur les orbes, sur les rails, sur les routes, déplacé dans ce caisson dont la paroi plastique, légèrement grumeleuse, brille dans les faisceaux de lumière électrique, convoyé avec une attention inouïe, comme on convoyait autrefois les cœurs des princes, comme on convoyait leurs entrailles et leur squelette, la dépouille divisée pour être répartie, inhumée en basilique, en cathédrale, en  abbaye, afin de garantir un droit à son lignage, des prières à son salut, un avenir à sa mémoire – on percevait le bruit des sabots depuis le creux des chemins, sur la terre battue des villages et le pavé des cités, leur frappe lente et souveraine, puis on distinguait les flammes des torches qui créaient des ombres liquides dans les feuillages, sur les façades des maisons, sur les visages hallucinés, on se massait sur le pas des portes, serviette autour du cou, on se découvrait et l’on se signait en silence pour regarder passer ce cortège extraordinaire, le carrosse noir tiré par six chevaux en grand deuil, carapaçonnés de draps et de surplis précieux, l’escorte des douze cavaliers portant flambeaux, les longs manteaux noirs et les crêpes pendants, et parfois encore des pages et des valets à pied brandissant des cierges de cire blanche, parfois aussi des compagnies de gardes, et le chevalier en larmes qui conduisait le tout accompagnait le cœur en son tombeau, progressant vers le fond des cryptes, vers la chapelle d’un monastère élu ou celle d’un château natal, vers une niche creusée dans les marbres noirs et parée de colonnes torses, une châsse surmontée d’une couronne radiante, médaillée d’écussons et d’armoiries précieuses, les devises latines déployées sur des bannières de pierre, et souvent on tentait un aperçu par la fente des rideaux à l’intérieur de la voiture, sur la banquette où se trouvait l’officier de la transaction, celui qui allait remettre le cœur en main propre à ceux qui en auraient désormais la charge et prieraient pour lui, le plus souvent un confesseur, un ami, un frère, mais l’obscurité ne permettait jamais de voir cet homme, ni le reliquaire posé sur un coussin de taffetas noir, et encore moins le cœur à l’intérieur, le membrum principalissimum, le roi du corps, puisque placé au centre de la poitrine comme le souverain en son royaume, comme le soleil dans le cosmos, ce cœur niché dans une gaze brochée d’or, ce cœur que l’on pleurait.

 

Réparer les vivants – Maylis de Kerangal

 

Ribambelge – Dictionnaire des orpherimes

Ribambelge : nom féminin – une ribambelge est une figure de style mettant en œuvre une accumulation de termes devant forcément avoir un rapport avec la Belgitude –

Cependant l’auteur d’une ribambelge n’est pas forcément belge, ce n’est pas interdit par l’Académie des Orpherimes.

Rime avec Belge – Tour de babelge

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Mais si Joseph Izo était devenu une grenouille de bénitier, que dis-je, un ptérodactyle de nef, un moustique de vitrail, un lézard d’autel, un ver de cierge, un piranha de Calice, une mite de chasuble  ……et cela continue page 184…

Dictionnaires des ribambelges et autres figures de styles – Patience Steinbock – 2017 à propos d’Izo de Pascal de Duve

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Mais venons en rapidement aux célèbres Ribambelges récentes : La ribambelge que je préfère est celle de Jean-Pierre Verheggen sur les poètes peuls, poètes méconnus s’il en est, que je vous invite à lire ou relire ici dans son intégralité :

Dictionnaires des ribambelges et autres figures de styles – Patience Steinbock – 2017

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Dictionnaire des orpherimes : On soulevait ici l’autre jour, et ici précédemment, la grave question des mots sans rime, belge, bulbe, camphre, clephte, dogme, goinfre, humble, meurtre, monstre, muscle, pauvre, quatorze, quinze, sanve, sarcle, sépulcre, simple, tertre et verste. Ce petit dictionnaire donnera chaque jour la définition d’un des mots nouveaux proposés, puisqu’il est bon que chaque mot ait un sens afin que chacun comprenne en l’entendant la même chose que ce qu’à voulu dire son interlocuteur. Quant aux citations, s’agissant d’illustrer des néologismes, le lecteur comprendra qu’il a été nécessaire d’améliorer nos sources. * à suivre, avec l’aide des collaborateurs bénévolontaires.

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L’aventure quotidienne des orpherimes aoûtiennes est terminée 😦

Il m’en reste quelques unes en stock (je vais essayer de prendre un rythme hebdomadaire …mais ce n’est pas gagné 🙂