Les grandes marées – Jim Lynch

Miles, le narrateur, a 13 ans. Il vit au bord de l’océan Pacifique dans l’état de Washington et il est passionné par la faune et la flore qui se trouvent près de chez lui …
Jim Lynch fait un portrait très attachant de ce jeune garçon, qui n’est plus un enfant mais pas encore réellement un ado. Il est insomniaque et fait souvent des virées tout seul la nuit sur son canoë : c’est ainsi qu’une nuit il va découvrir le calamar géant de la couverture, calamar géant qui va attirer l’attention des médias ..et aussi d’une secte … Tout au long de cet été, Miles va découvrir bien d’autres choses d’encore…

Le temps de deux petits mois, il va évoluer, nous raconter ses balades avec son meilleur ami Phelps (asperge plutôt hilarante), son amour  (non partagé) et ses fantasmes pour sa voisine Angie, qui a 18 ans autant dire un siècle de plus que lui. Côté adultes, il assiste impuissant aux disputes entre ses ses parents. Ses visites quotidiennes à son autre voisine, âgée et atteinte de la maladie de Parkinson, lui font prendre conscience du temps qui passe.

Miles saute du coq à l’âne et nous livre un condensé de fraîcheur et de réflexions pas si naïves que cela sur l’homme et sa place dans le monde, sur  la célébrité et le rapport aux médias. Les humains de ce 21ème siècle essaient de trouver un but à leurs vies ….ou un nouveau prophète…

Quelques frayeurs et découvertes plus tard, je regarde mon petit bonhomme différemment depuis que j’ai lu ce livre : il peut se passer tout cela dans la tête d’un garçon de 12-13 ans …?

Livre repéré chez Edualc ici

Un extrait :

Quand nous atteignîmes le rivage, je les traitai comme des élèves de primaire. Je leur dis de glisser la tête entre les rochers pour écouter les bernacles claquer leurs portes. À l’instar de la plupart des gens, ils n’arrivaient pas à croire que ces petites croûtes bosselées abritaient des animaux vivants, et encore moins des bestioles qui retenaient hermétiquement de l’eau de mer dans leur coquille chaque fois que la marée se retirait. Je leur expliquai comment les vers tubicoles se recroquevillaient ou emprisonnaient de l’eau à l’aide de filaments qui fonctionnaient à la manière de bouchons, puis comment les natices se contractaient en faisant coulisser des portes elles aussi, ou encore comment les crabes et les puces de sable s’enterraient sous les pierres pour rester le plus humide possible jusqu’au retour de la mer.
Après quoi, je déambulai sur la grève en leur indiquant où ils devaient marcher pour ne pas risquer de s’enliser dans la boue. Je leur fis remarquer que dans la mer la vie s’invitait en chaque chose, chaque interstice, chaque coquille, et même entre les grains de sable. S’ils ralentissaient l’allure et laissaient errer leurs regards, ils s’apercevraient qu’une bonne partie de ce qui leur semblait figé bougeait en réalité, à l’image de ces treize minuscules bernard-l’ermite que je leur désignai, avec leurs coquilles identiques de bigorneaux à carreaux marron et blanc. Je leur montrai la vie qui se superpose à la vie, les bernacles et les berniques collées sur des huîtres, elles-mêmes accrochées les unes aux autres, et montées sur le dos de coquilles plus grosses, avec des bernacles par-dessus tout ça, comme s’il y avait eu une soirée Super Glue la veille.

 

Challenge « petit bac  » chez Enna pour l’adjectif « Grandes »

Le groupe Facebook #Picabo River Book Club est ici 

Publicités

Que lire un 15 avril ? Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris plus un) – Francis Dannemark

Deuxième livre pour ce mois belge organisé par Anne

Avis un peu mitigé…

D’un côté, j’ai beaucoup aimé le ton et la tendresse qui se dégage du personnage principal (Alice 72 ans) qui raconte sa vie à son neveu Paul, la cinquantaine. Ils se rencontrent pour la première fois. La mère de Paul (Soeur d’Alice) vient de mourir et c’est à cette occasion qu’Alice souhaite rencontrer Paul. La rencontre ne s’est pas faite avant car Alice a vécu dans le monde entier : Belgique, Angleterre, Irlande, États Unis, Inde, Australie…

De l’autre côté, une fois compris le mode de narration, je suis un peu restée en dehors de l’histoire. En effet on comprend vite que les huit maris d’Alice vont mourir (non pas qu’elle les assassine, cette chère Alice, c’est juste le hasard : accident, maladie suicide…)
Alice ne baisse pas les bras et poursuit son petit bonhomme de chemin : elle éprouve du chagrin à chaque perte mais la vie (et son optimisme) la font rebondir à chaque fois.
Chaque chapitre a donc pour titre le prénom du mari en question et j’attendais un peu ce qui allait lui arriver au pauvre homme.

La fin est juste parfaite et rattrape ce bémol de « prévisibilité ».

***

Un extrait :

Vous avez fait un long séjour en Italie ?

– Presque un mois. Mais ça nous a donné envie de recommencer ! Au printemps, quand tout serait en fleurs. Donc Maggie a cassé sa tirelire et a obtenu un nouveau congé. Nous sommes allées d’abord en Grèce, puis à Rome et en Toscane. Toutes ces couleurs ! Ces parfums qu’on pouvait toucher et qui faisaient tourner la tête ! C’était somptueux. Pourtant, nous avons failli ne jamais arriver en Italie…

– Plus d’argent pour les billets de retour ?
– Non, nous les avions en poche. Mais le 15 avril, Nous étions arrivés à Volos, un petit port en Thessalie. De là, nous comptions, après quelques jours de farniente, nous remettre en route vers l’Italie. Le lendemain à l’aube, Maggie m’a réveillée en me disant qu’il fallait partir, qu’elle ne se sentait pas bien. Je ne l’avais jamais vue comme ça, nerveuse, impatiente. Je n’ai pas discuté, j’ai fait mes bagages et nous avons trouvé un bateau qui allait à Athènes et, là, un autre bateau qui nous a emmenées en Italie. En route Maggie a retrouvé son humeur habituelle ; je ne lui ai pas posé de questions. Mais bientôt nous avons appris que trois jours après notre départ, la ville de Volos avait été entièrement détruite par un terrible tremblement de terre qui avait fait beaucoup de victimes…

Rue de la sardine – John Steinbeck

1945 – Californie
John Steinbeck excelle à nous raconter la vie des habitants dans ce petit quartier à Monterey, près de l’océan. Il y a d’abord Lee Chong, l’épicier chinois et Doc, responsable du laboratoire de biologie marine.
Il y a aussi toute une équipe de « bras cassés » qui vivent  dans une usine désaffectée, propriété de Lee Chong : dans l’équipe il y a Mack, Gay le mécano de génie et quelques autres : Eddie, Hughie, Hazel…
La bande de comparses, espèces de de pieds Nickelés, pas piqués des hannetons, décident un jour d’aider Doc. Doc n’est pas docteur,  son boulot c’est essentiellement de ramasser des étoiles de mer, des poulpes et autres curiosités marines pour des instituts de recherche. Il est très apprécié dans le quartier et les gars décident d’organiser une grande fête : pour cela il faut gagner de l’argent et les lascars gardent rarement un boulot plus d’une semaine ….

Leur façon de se procurer de l’alcool m’a fait sourire, l’expédition en Ford T de Mack et de ses amis à elle seule vaut le détour :  un précis de mécanique hilarant comme on n’en fait plus :-). Sous des dessous légers, il y a aussi une réflexion « philosophique » sur le monde dans lequel nous évoluons : le passage de la pêche à la grenouille au système monétaire  m’a donné le fou-rire, ce qui n’est pas si fréquent…(p135)

Un roman assez court, 200 pages, mais à la fois très drôle et plein de tendresse pour ses personnages. En parlant de tendresse, la suite de cet opus s’appelle « Tendre jeudi » (Je connais ma prochaine lecture de Steinbeck)

 

Un extrait

Quelqu’un devrait se décider à écrire un essai sur les effets moraux, physiques et esthétiques du modèle T sur la nation américaine. Deux générations d’Américains en savent davantage sur les engrenages de la Ford que sur le clitoris, sur le système planétaire de son changement de vitesse que sur le système solaire des étoiles.
Chez nous, le modèle T a modifié pour une grande part la notion de propriété. Les clefs anglaises ont cessé d’être un objet personnel, et une pompe pour gonfler les pneus appartient désormais à celui qui l’a ramassée en dernier. Un très grand nombre des bébés de l’époque a été conçu dans un modèle T, et beaucoup y sont nés. La fameuse théorie du « home » anglo-saxon a été tellement bouleversée qu’elle ne s’en remettra jamais.

.Un 

La contrainte chez Philippe est « animal »

Que lire un 12 avril ? Rue de la sardine – John Steinbeck

Mack avait tout son temps. Tôt ou tard, Doc tomberait dans le filet ; il attendait. Si seulement Doc pouvait le premier lui fournir l’occasion, il se méfierait moins. En règle générale, c’était la tactique de Mack.
« Il y a longtemps que je n’ai pas vu Hazel. Il n’est pas malade, au moins ?
– Il n’en a pas envie. » Là il prit l’offensive : « Non, Hazel va très bien. Seulement, lui et Hughie, y sont en train de se chamailler. Y a huit jours que ça dure. Moi je me tiens à carreau, pasque j’y connais rien, pas plus qu’y s’y connaissent rien ; en attendant, y se font la gueule…
– À propos de quoi ?
– Et bien voilà ! Hazel, il est tout le temps en train de fouiner dans les calendriers, enfin les machins sur les astres, les jours de chance, les trucs comme ça… Hughie, y dit qu’il est maboul et Hazel y répond que si vous connaissez le jour qu’un type est né, vous pouvez dire ce qui va lui arriver… Hughie, lui ça le fout en rogne, y dit qu’Hazel est une nouille, qu’il est en train de se faire avoir. Pasque vous comprenez, il les paye, Hazel, les papelards. Moi, tout ça, je m’en balance,. Vous, Doc, qu’est-ce que vous en pensez?
– Je serais plutôt du côté d’Hughie … »
Doc commençait à injecter le liquide bleu.
« Oh ! Mais, hier soir, c’est que ça chauffait ! Y m’ont demandé quand j’étais né. Ben, le douze avril, que je leur ai dit. Alors Hazel, il est allé acheter un de ces papelards, et y m’a lu ma destinée. Y avait pas mal de choses vraies, enfin je veux dire, surtout ce qu’est bon. Au fond, je trouve que chaque type est assez grand pour le savoir, quand il a quelque chose de bon ! Y disaient sur le papelard, que j’étais  chic, et un brave type, épatant avec les amis… Hazel, y trouve que c’est la vérité… Vous, Doc, quand c’est que c’est, votre anniversaire ? »
Au terme de ce long discours, la question paraissait toute simple. Pourquoi diable aurait-elle caché une arrière-pensée ? Si Doc n’avait été rompu aux astuces de Mack, Il eût tout bonnement répondu : « le 18 décembre. » Comme il le connaissait, il répliqua : « le 27 octobre… Demander donc à Hazel ce que cette date signifie…
–Tout ça, c’est probablement de la blague ! poursuivit Mack. Mais Hazel prend ça sérieusement, vous pouvez pas imaginer ! Je vais lui demander de regarder… »
Lorsque Mack eut fermé la porte, Doc se demanda à quoi rimait la comédie. C’était bien son style habituel, et sa technique. Doc fit sa découverte un peu plus tard, quand la rumeur prit consistance. Pour le moment, il éprouvait un soulagement, car il avait redouté le pire.

.

Rue de la sardine – John Steinbeck

Que lire un 10 avril ? Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris plus un) – Francis Dannemark

Alice s’est arrêtée de chanter et deux énormes larmes ont lentement coulé sur ses joues.
–Tu vois, ça ne rate jamais, a-t-elle dit avec un sourire qui n’en menait pas large. Lui, il a continué à jouer. Je suis resté à côté de lui, muette. À la fin, il m’a regardée, il m’a lancé un sourire radieux et il a dit : « Don’t be a stranger, dear. » Après le concert, il m’a prévenue qu’il avait des choses à régler avec son manager, qu’il me rejoindrait chez nous plus tard. Chez nous, j’ai trouvé une lettre. Il disait qu’il n’aurait jamais imaginé qu’on puisse être aussi merveilleusement heureux que durant ces années que nous avions passées ensemble. Le lendemain matin, un policier est venu me dire qu’on avait repêché son corps dans la Tamise.
Deux jours plus tard, le 10 avril, Paul McCartney annonçait qu’il quittait les Beatles. «The end of an era », a résumé un journaliste. Je ne savais pas que les Beatles allaient se séparer, mais je savais que Nick allait partir et que personne n’aurait pu l’en empêcher.
.
Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris plus un) – Francis Dannemark

Portrait de femme – Henry James

Voilà un livre assez passionnant et plein de suspense. Je ne m’attendais pas du tout à cela.

1870 – Isabel Archer est une jeune femme américaine de 23 ans. Son père est mort récemment, la laissant presque sans un sou. Sa tante Lydia lui propose un séjour en Europe. Isabel est belle, intelligente, instruite…
Le lecteur apprend qu’elle a refusé une demande en mariage avant son départ pour l’Europe, celle de Caspar Goodwood, un homme d’affaires. Il est fou amoureux d’elle et va même jusqu’à la suivre en Angleterre pour tenter de la convaincre de l’épouser.

En Angleterre, Isabel reçoit une deuxième proposition de mariage, cette fois celle d’un Lord qui tombe amoureux en trois visites. Son cousin Ralph est aussi un peu amoureux d’elle…. Son oncle lui lègue une grosse fortune la rendant indépendante financièrement. Isabel Archer va-t-elle faire les bons choix dans uns société où le rôle d’une femme est de se marier et de faire des enfants ?
Le style est suranné (le livre paru en 1880), et est un témoignage également d’une époque de la haute bourgeoisie avec réceptions, sorties au théâtre….

Isabel contre tout attente refuse toute proposition de mariage  : 3 refus en quelques semaines : elle voudrait un peu découvrir le monde avant de s’engager dans une vie matrimoniale. Elle suit donc sa tante en Italie à Florence et c’est à ce moment là que j’ai trouvé que l’intrigue devenait passionnante : on y rencontre une amie de Lydia, Mme Merle et un certain Mr Ossmond, ami de Mme Merle : et à partir de là on ne sait pas à qui on a affaire :  à Mme de Merteuil et à au Vicomte de Valmont ? A Machiavel ?  les intentions des ces deux-là ne sont pas très claires et on se demande où cela va nous emmener : vers le malheur de la belle Isabel ?

Le style est parfois difficile : longues phrases, dialogues plein de sous entendus d’une autre époque mais ce livre est finalement un pavé de 688 pages où l’on ne s’ennuie pas : la fin est pleine de révélations.  Isabel, selon les critères d’aujourd’hui, se révèle bien attachée aux conventions, quitte à se rendre malheureuse (mais ceci est un autre sujet).

Un extrait (page 76)
Le soin de faire les honneurs du pays lui incombait naturellement. Me Touchett était confiné dans son fauteuil et sa femme avait adopté l’attitude d’une visiteuse rébarbative, si bien que le devoir et l’inclination se combinaient harmonieusement pour tracer devant Ralph sa ligne de conduite. Il n’était pas un grand marcheur mais flânait à travers le domaine avec sa cousine ; la persistance du beau temps, que des prévisions lugubres sur le climat anglais avait dissuadé Isabel d’espérer, favorisait la promenade. Pendant les longs après-midi, dont la longueur était à la mesure de son ardeur satisfaite, ils allaient en barque sur la rivière, la chère petite rivière, disait Isabel, dans la rive opposée semblait toujours intégrée au premier plan du paysage. Ou bien ils parcouraient le pays en voiture, dans le phaéton bas et spacieux, monté sur deux larges roues, que Mr Touchett avait beaucoup utilisé jadis mais dont il avait maintenant cessé de profiter. Isabel l’adorait . Manipulant les rênes d’une façon que le groom qualifiait de savante, elle ne se lassait pas de conduire les excellents chevaux de son oncle le long des routes sinueuses et les chemins de traverse parsemés de tous les traits campagnards qu’elle avait secrètement espéré découvrir : cottages à colombages et coiffés de chaume, vieilles auberges garnies de treillis et sablées, parcelles anciennes de communaux périmés, échappées des parcs déserts, haies touffues du plein d’été. Lorsqu’ils revenaient à la maison, les jeunes gens y trouvaient généralement le thé servi sur la pelouse ; Mrs Touchett ne s’était pas dérobée à la dure nécessité de tendre une tasse à son mari mais, d’ordinaire, les deux époux observaient le silence ; le vieux monsieur avait la tête rejetée en arrière et les paupières closes ; penchée sur son tricot, son épouse arborait la mine incroyablement profonde de certaines femmes lorsqu’elles observent le mouvement de leurs aiguilles.

 

Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris plus un) – Francis Dannemark

– C’était un Irlandais pas très grand mais avec une présence incroyable. Il s’appelait Shane. Quand il fallait faire bouger un cheval ou un taureau rétif, il posait ses poings sur ses hanches et le regardait droit dans les yeux, si fort que la bête se laissait faire, ça ne ratait jamais. Comme moi j’étais une toute petite bête, ça a été facile pour lui. Et comme les coins tranquilles ne manquaient pas, il a recommencé plusieurs fois, jusqu’à ce que j’aille mieux. Jusque-là, ça n’existait que dans les romans que j’avais lus, un amant. Shane, lui, était sans fioritures mais très réel. Un jour, il m’a croisée dans la cour de la ferme, il faisait beau et je souriais. Il m’a filé une solide claque sur les fesses en me disant : « Back on the Saddle, it seems ! » Tu peux te moquer de moi mais j’ai pris ça comme un merveilleux compliment amoureux. Il avait raison, j’étais à nouveau en selle.

.

Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris plus un) – Francis Dannemark

Du côté d’Ostende – Jacqueline Harpman

André, il y a quelques mois, m’avait conseillé « La plage d’Ostende » de Jacqueline Harpman.

Et puis le temps passant, j’avais un peu oublié…
En allant à la bibliothèque, en préparation du mois belge qui a commencé hier, je fus attirée par ce titre « du côté d’Ostende »
J’ai donc lu celui ci en croyant lire celui qu’André m’avait recommandé … ce n’est qu’après le premier quart que je me suis rendue compte de mon erreur (Os tende ! suspend ton vol !)

Non que je sois très déçue du livre que j’ai lu : le narrateur Henri, un vieux monsieur, vient d’apprendre qu’Emilienne son amie de toujours vient de mourir (elle avait dépassé la soixante-dizaine également). Il revient alors sur la vie d’Emilienne qui tomba amoureuse du peintre Léopold Wiesbeck à 11 ans, devint sa maîtresse à 15, se maria avec un autre pour sauver les apparences : une vie entière de second rôle pour Émilienne puisque Léopold ne veut pas quitter son épouse (et son argent)
Le narrateur ne raconte pas seulement les amours d’Emilenne et de Léopold mais un peu ses amours à lui (il est homosexuel et se sera « caché «  toute sa vie, son amitié avec Odette et ses discussions avec le fils de celle ci).

Un livre où il ne se passe pas grand chose mais où les sentiments amoureux sont décortiqués finement …rivalité féminine, passion….contrariée allant jusqu’au suicide, culpabilité, honte …
Un livre que j’ai trouvé à la fois intéressant et un peu « voyeuriste » ou nombriliste….

Ne me reste plus qu’à un lire un livre dont le titre est « La plage d’Ostende » qui raconte mais du point de vue Émilienne la fameuse rencontre et la vie avec le peintre Léopold …la boucle sera alors bouclée …

.

Un extrait

Chacun d’entre nous, pauvre fol, se donne sans même y penser le premier rôle dans sa vie. Il est troublant de se retrouver au second plan – que dis-je ? au troisième ! – dans celle des autres. Un personnage entre en scène, on ne sait pas d’où il vient, il dit sa réplique et repart, on ne sait pas où il va. Je me prenais pour un homme modeste : dès que je voyais mon nom sur la page, quelque chose s’éveillait en moi, une attente obscure qui me déplaisait, une tension toujours déçue car je n’étais, pour Emilienne, que le figurant fidèle qui remplit proprement son office. Elle ne s’arrête pour se questionner sur moi qu’une fois, et il me semble qu’elle se trompe. Mais que sait-on de soi ?

.

Lu dans le cadre du mois Belge chez Anne 

Suite française – Irène Némirovsky

Un livre très émouvant en deux parties.

La première se passe en juin 1940 et nous raconte l’exode de parisiens devant l’armée allemande qui s’approche de Paris.
La description est minutieuse et passionnante : les personnes sont livrées à elle mêmes et essaient de se réfugier dans le Sud de la France : j’ai particulièrement aimé suivre le couple Michaud : ils travaillent dans une banque et leur patron leur propose de les emmener en voiture à Orléans où la banque déménage temporairement. Au dernier moment il partira avec sa maîtresse, laissant le couple se débrouiller (les trains circulent difficilement voire pas du tout dans la panique). En quelques jours, c’est la loi du plus fort qui s’instaure. L’auteure a un regard très ironique sur tous ces personnages : j’ai souri devant la métamorphose de Mme Pericand qui découvre que les préceptes de « bonne chrétienne »  qu’elle a sont peu de choses quand il s’agit de nourrir ses enfants. On suit aussi d’autres personnages, parmi eux : un adolescent, fils de Mme Pericand, qui essaie de partir défendre son pays en pleine débâcle ; un soldat français blessé, fils des Michaud précédemment cités, qui se réfugie dans une ferme ; un écrivain imbu de sa personne…

La deuxième partie se passe un peu plus tard à la campagne dans un village Bussy.
L’occupation par les allemands est racontée au jour le jour : les habitants de ce petit village doivent s’accommoder des restrictions, des réquisitions et de la souffrance d’être séparés de leur maris, frères, pères prisonniers en Allemagne.
L’ennemi est effrayant mais au bout d’un certain temps de cohabitation une « certaine amitié »  réussit à naître entre occupants et occupés. Lucille, mal mariée à un français qui est prisonnier de guerre en Allemagne,  combat les sentiments qu’elle commence à ressentir vis-à-vis  du commandant Bruno von Falk. Cet officier réside dans la maison qu’elle partage avec sa  belle-mère  : l’ennemi côtoyé finit par devenir « proche » malgré tout. Dans cette campagne, entre collaboration et début de résistance, les français doivent prendre des décisions difficiles.

Un livre à la fois très émouvant et très caustique….

Un livre d’autant plus impressionnant qu’il  a été écrit en 1941-1942 et que l’auteure, russe d’origine juive, a été déportée en 1942 et est morte à Auschwitz. Ce livre regroupe deux volumes d’une suite qu’Irène Némirovsky avait prévu en 5 tomes.

 

Un extrait :

Une réquisition de chevaux avait été ordonnée par l’armée allemande : une jument valait alors dans les soixante, soixante-dix mille francs ; les Allemands payaient (promettaient de payer) la moitié de la somme. Le moment des grands travaux approchaient et les paysans demandaient amèrement au maire comment ils allaient se débrouiller :
– Avec nos bras, pas ?… Mais on vous dit une bonne chose, si on ne nous laisse pas travailler, c’est les villes qui crèveront de faim.
– Mais, mes bons amis, je n’y peux rien, moi ! murmurait le maire.
Les paysans avaient beau savoir qu’effectivement il n’y pouvait rien, ils s’en prenaient à lui dans le secret de leur cœur. « Il se débrouillera, lui, il s’arrangera, on n’y touchera point à ses chevaux de malheur ! ».
Tout allait mal. Depuis la veille, un vent d’orage soufflait. Les jardins était saturés de pluie ; la grêle avait ravagé les champs. Quand Bruno partit à cheval de la maison Angellier, au matin, pour se rendre à la ville voisine où devait avoir lieu la réquisition, il vit un paysage désolé, battu par l’averse. Les grands tilleuls du mail étaient secoués avec violence et ils gémissaient et craquaient comme des mâts de navire. Bruno, cependant, éprouvait un sentiment d’allégresse en galopant sur la route ; cet air froid, rude et pur lui rappelait celui de la Prusse–Orientale. Ah ! quand reverrait-il ces plaines, ces herbes pâles, ces marais, l’extraordinaire beauté des ciels de printemps… Les printemps tardifs des pays du Nord… ciel d’ ambre, nuages de nacre, joncs, roseaux, rares bouquets de bouleaux… Quand chasserait-il de nouveau le héron et le courlis ? Il croisa sur son chemin des chevaux et leurs conducteurs qui, de tous les villages, de tous les bourgs, de tous les domaines de la région se rendaient à la ville. « De bonnes bêtes, songea-t-il, mais mal soignées. » Les Français – tous les civils d’ailleurs – n’entendent rien aux chevaux. Il s’arrêta un instant pour les laisser passer. Ils zigzaguaient par petits groupes. Bruno examinait les bêtes d’un regard attentif ; il cherchait parmi elles celles qui conviendraient à la guerre. La plupart seraient envoyées en Allemagne pour les travaux des champs mais quelques-unes connaîtraient les charges furieuses dans les sables d’Afrique ou dans les houblonnières du Kent. Dieu seul savait où soufflerait désormais le vent de la guerre. Bruno se rappela les hennissements des chevaux effrayés dans Rouen en flammes.

.

Suite française – Irène Némirovsky

 

Chez Madame Lit , le thème du mois est « roman historique ». Son avis sur Suite française

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice

Jeu d’hiver : les résultats !!!!!

Hello 🙂

Et voici le résultat du jeu d’hiver et de ses énigmes

Le quinté est :

Gibulène avec 86 points
Kathel avec 62 points
Adely avec 47 points
Philippe avec 33 points
La Licorne avec 17 points

Félicitations à tous, gagnants et participants 🙂

Rendez vous le 21 décembre prochain ?

Pour les gagnants, pensez à m’envoyer votre adresse postale par mail à valentyned@gmail.com

Bisesssssss