Ariel – Sylvia Plath

Moutons dans la brume 

Les collines descendent dans la blancheur.
Les gens comme les étoiles
Me regardent attristés : je les déçois.

Le train laisse une trace de son souffle.
Ô lent
Cheval couleur de rouille,

Sabots, tintement désolé –
Tout le  matin depuis ce
Matin sombre,

Fleur ignorée.
Mes os renferment un silence, les champs font
Au loin mon cœur fondre.

Ils menacent
De me conduire à un ciel
Sans étoiles ni père, une eau noire.

Sylvia Plath – Ariel 

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Tendre jeudi – John Steinbeck

Quelques années se sont écoulées entre « Rue de la sardine » qui se déroulait vers la fin des années 30 et « Tendre jeudi » qui se situe en 1947….

Le temps d’un seconde guerre mondiale et même un peu plus …

Mack est toujours là, l’épicerie aussi mais l’épicier chinois a été remplacé par un épicier mexicain.
La tenancière de la maison close « L’ours » est décédée mais sa sœur a repris l’affaire.
Voilà cette rue durement touchée par le chômage (à peine 1947 et l’homme a déjà surexploité la mer qui ne donne plus de poisson). Doc retrouve ses voisins après de longues années de mobilisation dans l’armée.
Il est toujours sympathique, attentif à ses compatriotes mais il manque de buts dans la vie et même m’a paru déprimé (à la limite de la dépression). Jusqu’au jour où arrive Suzy, jeune, honnête et presque illettrée, dans ce village de Monterey… Le choc n’en sera que plus fort avec Doc, âge mûr, honnête et scientifique en panne de motivation…
Heureusement que ses amis sont là pour organiser des fêtes : j’ai alterné entre rires et larmes

En conclusion : un deuxième roman qui m’a beaucoup plu, un tout petit peu moins que « Rue de la sardine » : la surprise de la découverte n’étant plus au rendez vous.

Tendre jeudi – John Steinbeck

Doc essayait désespérément de retrouver sa vie ancienne, vœu pitoyable de l’homme qui veut redevenir petit garçon, oubliant les douleurs de l’enfance. Doc tomba à genoux et, de sa main en forme de pelle, creusa un trou dans le sable mouillé. Il observa l’eau de mer qui y pénétrait et des petites falaises qui s’écroulaient aux bords du trou. Un crabe minuscule fila entre ses doigts. Derrière lui, une voix dit :
« Pourquoi creusez-vous ?
– Pour rien, dit Doc, sans se retourner.

– Il n’y a pas de coquillages ici.

– Je sais », dit Doc, et une de ses voix intérieures dit : « Je veux être seul. Je ne veux ni parler, ni expliquer, ni discuter. Il va falloir que j’écoute les vues de cet inconnu sur l’océanographie. Je ne me retourne pas. »

La voix derrière lui ajouta :
– « Il y a du métal dans l’eau. Il y a assez de magnésium dans un kilomètre-cube d’eau de mer pour recouvrir tout le pays.
– Me voilà frais, pensa Doc. On dirait que j’attire les raseurs.
– Je suis un prophète », il avoua.
Doc fit demi-tour toujours agenouillé.
– «D’accord, dit-il, moi aussi. Mais parlez toujours. »
C’était la première fois de sa vie qu’il était discourtois avec quelqu’un qu’il ne connaissait pas.
Ce quelqu’un était un grand personnage barbu avec le regard vif et innocent d’un bébé en bonne santé. Il portait une salopette en haillons, une chemise bleue qui tournait au blanc et il était pieds nus. Le chapeau de paille qu’il avait sur la tête était orné de deux trous, ce qui prouvait que le chapeau avait été la propriété d’un cheval avant d’être la sienne.
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Tendre jeudi – John Steinbeck

Tendre jeudi – John Steinbeck 

Lorsqu’on se remémore le passé, on retrouve généralement le jour où tout a commencé : Sarajevo, Munich, Stalingrad. Ce jour est marqué dans la mémoire par un petit incident. On se rappelle exactement ce que l’on était en train de faire quand les Japonais ont bombardé Pearl Harbour.
Sans aucun doute des forces naissantes se mettaient en mouvement, ce jeudi-là, rue de la Sardine. Les causes de ces forces s’étaient mises en marche depuis des générations. Il y a toujours des gens qui disent qu’ils l’ont senti venir. Il y avait ce jour-là une atmosphère annonciatrice de tremblement de terre.
C’était un jeudi et c’était un de ses jours où l’atmosphère de Monterey est lavée, claire comme un verre, si claire qu’on peut voir les maisons de Santa-Cruiz à vingt miles de l’autre côté de la baie et les séquoias sur le mont qui domine Watsonville. Le pic granitique du Frémont se détache noblement sur le ciel, le soleil dore tout, les géraniums rouges semblent irradier et les pieds d’alouette sont comme des petits morceaux de ciel bleu.
De tels jours sont rares. On sait les apprécier. Les bébés poussent en raison de petits cris aigus, les fermiers éprouvent tout à coup le besoin d’aller jeter un coup d’œil sur une propriété lointaine. Les vieillards scrutent l’air et se rappellent que tous les jours de leur jeunesse ressemblaient à celui-ci. Les chevaux se roulent dans les pâturages et les poules caquettent sans arrêt.
Ce jeudi-là fut un jour magique. Miss Winch, qui d’habitude était de mauvaise humeur avant le déjeuner, dit bonjour au facteur.
Joe Elegant se réveilla tôt avec l’intention de travailler à son roman, d’écrire la scène où le jeune homme déterre le cadavre de sa grand-mère pour voir si elle était aussi belle qu’il se la rappelait. Un roman qui ferait du bruit. « Œdipe, 3,1416 ». Joe Elegant vit le terrain vague baigné de lumière dorée et un diamant au cœur de chaque fleur de guimauve. Il sortit pieds nus dans l’herbe mouillée et folâtra comme un chaton, tant et si bien qu’il attrapa un rhume.
Miss Graves, première chanteuse au Théâtre municipal de Pacific Grove, vit farfadet derrière le réservoir… Mais on ne peut pas tout dire ce qui se passa ce tendre jeudi.
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Tendre jeudi – John Steinbeck 

Tropique de la violence – Nathacha Appanah

Roman Choral

C’est Marie qui prend la parole la première : elle raconte sa joie de découvrir une île paradisiaque sous les tropiques. C’est une infirmière métropolitaine qui décide à 20 ans de partir à Mayotte : elle est amoureuse de Cham, Marie … Mais elle déchante vite car elle ne peut avoir d’enfant. Aigrie, elle rend la vie impossible à son mari qui finit par la quitter.
A 30 ans, Marie adopte (de façon pas très légale) Moïse, un bébé Comorien, que sa mère souhaite abandonner pour cause de superstition : l’enfant a un œil noir et un œil vert, il porte malheur…
Moise prendra ensuite la parole pour décrire son mal de vivre et son besoin d’affection. Il a une enfance privilégiée mais son abandon par sa mère naturelle le mine.

Mayotte est à la fois un département français (donc riche pour ses voisins qui y émigrent donc massivement) et une île très pauvre où les bidonvilles sont très nombreux. (C’est le deuxième livre que je lis récemment où les bidonvilles ont pour non Gaza, celui-ci et la Transparence du temps de Leonardo Padura)
Après Moïse on entendra la voix de Bruce, un jeune caïd du bidonville, celle de Stéphane, un éducateur métropolitain venu quelques années à Mayotte, Olivier un policier …puis à nouveau Brice, le fantôme de Marie, Stéphane, Moïse …dans une ronde qui s’accélère et ne laisse pas de répit (avec une sorte de spirale dans la violence évoquée par le titre…)
Un livre sensible sur une jeunesse très pauvre qui rêve d’une vie meilleure …sans espoir d’amélioration de sa situation matérielle : pas d’études, pas de travail, pas d’avenir…La misère n’est pas forcément moins pénible au soleil ….

En conclusion : un livre qui sonne juste, très émouvant…

 

Un extrait :

Nous l’avons rejoint et nous sommes entrés dans Gaza. Je ne sais pas qui a baptisé ce quartier de Kaweni Gaza, je ne suis pas sûr de savoir où se trouve la vraie ville de Gaza mais je sais que ce n’est pas bon. Est-ce que si cette personne avait rebaptisé ce quartier avec un nom doux, un nom sans guerre, un nom sans enfants morts, un nom comme Tahiti qui sent les fleurs, un nom comme Washington qui sent les grandes avenues et les gens en costume cravate, un nom comme Californie qui sent le soleil et les filles, est-ce que ça aurait changé le destin et l’esprit des gens ici ?

Les vies de papier – Rabih Alameddine

À ma demande, le taxi amateur s’arrête devant les marches du Musée national. J’ai essayé de marcher, mais le crachin et le vent ont rendu le parapluie inutilisable. J’ai tâché de poursuivre à marche forcée, quand même j’étais trempée, et je me suis rendu compte que l’étrange odeur de l’air assoiffé de soleil et sa couleur de perle ajoutaient à la confusion de mon esprit déjà embrouillé. Pendant la guerre, les vents portaient l’odeur écoeurante des corps dont on s’était débarrassé à la hâte et au petit hasard – des odeurs de chair, à la fois fraîche et en putréfaction, les parfums naturel de la ville. J’ai vite helé une voiture, car ma santé mentale importe davantage que la gymnastique rythmique.
« Beyrouth revisité (1982) » n’est pas un poème que je souhaite réciter aujourd’hui.
J’ai pris une saine décision. L’heure de marche jusqu’au musée peut être revigorante – je l’ai fait régulièrement les jours de beau temps – mais elle a parfois pour effet subversif de déséquilibrer une Beyrouthine équilibrée, car elle est chargée de mines terrestres émotionnelles et de pièces d’artillerie n’ayant pas explosé. Cette route était la principale Ligne Verte qui divisait la ville entre l’est et l’ouest. Il y a sans doute eu ici plus de combats, plus de tireurs embusqués, plus de tueries, plus de corps, plus de décrépitude et de destruction que n’importe où ailleurs dans le pays –ravages, dépouilles, ruines. Le secteur et le boulevard qui coupe à travers ont été reconstruits. Le champ de courses dont les poutres et poutrelles saillantes ressemblaient à des squelettes d’animaux antédiluviens a été réaménagé, ne laissant plus rien pour nous remémorer les douzaines de chevaux qui ont brûlé vifs dans les écuries – il n’y a plus guère que le vent pour nous rappeler les centaines de piétons abattus alors qu’ils tâchaient de rejoindre leur famille ou leurs amis à travers une ville en désaccord avec elle-même.

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Les vies de papier – Rabih Alameddine

Les vies de papier – Rabih Alameddine

Aaliya a 72 ans, elle vit à Beyrouth.
Libraire à la retraite, elle va nous raconter sa vie (et avec elle, en toile de fonds, celle du Liban).
Pour certains Aaliya peut sembler acariâtre et très égoïste (elle ne s’occupe pas du tout de sa mère par exemple, qui a plus de 90 ans, celle ci est totalement sénile et à la charge de son frère aîné).
Et puis au fil de confidences d’Aaliya, on comprend peu à peu ses motivations  et son rejet de sa famille : pas facile pour la fille d’un premier mariage de se faire sa place… Pour survivre, sa mère a été forcée d’épouser le frère de son mari décédé ; Aaliya, elle aussi, est forcée par sa famille à se marier à 16 ans.
Son mari la répudiera à 20 ans pour « infertilité » !

Aaliya évoque également une jeune femme, Hannah, qui la prend sous son aile à partir de son mariage : c’est elle qui lui trouve ce poste de libraire qu’elle occupera toute sa vie.

Aaliya se promène donc dans les rues de Beyrouth avant, pendant et après la guerre civile se remémorant son passé et celui de sa ville. En parallèle de ses réflexions, elle évoque tous les livres qui l’ont marqué (cf liste Babelio) et surtout sa passion qui est de traduire en arabe des livres du monde entier (en partant d’une traduction française ou anglaise, Aaliya est trilingue).
Le premier janvier approche et chaque année Aaliya choisit un nouveau livre à traduire. A 72 ans est ce raisonnable de traduire 2666 de Bolano : 1376 pages ?

Un livre où il y a finalement peu d’action mais beaucoup de réflexions qui m’ont passionnée de bout en bout …

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Un extrait

De tous les plaisirs délicieux que mon corps a commencé à me refuser, le sommeil est le plus précieux, le don sacré qui me manque le plus. Le sommeil sans repos m’a laissé sa suie. Je dors par fragments, quand j’arrive à dormir. Lorsque j’envisageais la fin de ma vie, je ne m’attendais pas à passer chaque nuit dans l’obscurité de ma chambre, les paupières à demi ouverts, calée sur des coussins ratatinés, à tenir salon avec mes souvenirs.
Le sommeil seigneur de tous les dieux et de tous les hommes. Ah, être le flux et le reflux de la vaste mer. Quand j’étais plus jeune, je pouvais dormir n’importe où. Je pouvais m’étaler sur un canapé, m’y enfoncer, l’obligeant à m’accueillir en son sein, et disparaître dans les enfers somnolents. Dans un océan luxurieux je plongeais, dans ses profondeurs je m’abîmais.
Virgile appelait le sommeil frère de la mort, et Isocrate avant lui. Hypnos et Thanatos, fils de Nyx. Cette façon de minimiser la mort est peu imaginative.
« Il est tout aussi indigne, de la part d’un homme pendant, de croire que la mort est un sommeil », a écrit Pessoa. La règle de base du sommeil est que l’on s’en éveille. Le réveil est-il alors une résurrection ?
Sur un canapé, sur un lit, sur une chaise, je dormais. Les rides s’évanouissaient de mon visage. Chaque silencieux tic-tac de l’horloge me rajeunissait. Pourquoi donc est-ce à l’âge où l’on a le plus besoin des vertus curatives d’un sommeil profond qu’on y accède avec le plus de mal ? Hypnos dépérit tandis que Thanatos approche.
Quand je songeais à la fin de ma vie, je n’envisageais pas que je passerais des nuits sans sommeil à revivre mes années antérieures. Je n’avais pas imaginé que je regretterais autant la librairie.
Je me demande parfois à quel point ma vie aurait été différente si je n’avais pas été embauchée ce jour-là.

Destination PAL 2019

L’an dernier, le challenge « destination PAL » m’avait bien motivée puisque j’avais lu 9 titres sur les 10 prévus 🙂

Je rembarque donc cette année Chez Liligalipette 🙂

Avec une liste de 10 titres 🙂

1 – Quinzinzinzili de Régis Messac

2 – Le peigne de Cléopâtre de Maria Ernestam

3 – John l’enfer de  Didier Decoin

4 – Swamplandia de Karen Russel

5 –  L’art de la joie – Gollarda Sapienza (celui que je n’ai pas lu lors du dernier Destination PAL )

6 – L’enfant perdue d’Elena Ferrante

7- 22/11/63 de Stephen King

8 – Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski

9 – Le tambour de Gunter Grass

10 – Une trilogie mais je ne sais pas encore laquelle : Berlinoise ? Écossaise ?
Japonaise ? Egyptienne ? je me déciderai début juillet pour le challenge Trilogie chez Philippe

Rendez vous s’en septembre pour le bilan 🙂

Sous le règne de Bone – Russel Bank

Chapman le narrateur a 13 ans. En rupture familiale (il lui faut à tout prix éviter son beau père) il squatte l’appartement d’un de ses amis Russ, 16 ans, en rupture familiale lui aussi.
Plattsburh, état de New-York, c’est assez effrayant de savoir que les enfants aux États Unis sont si peu protégés. Chapman ne dit pas ce que lui a fait son beau père mais des allusions ne font aucun doute.
Pour survivre, Chapman (Chappie) vend de l’herbe et fait de petits trafics. Pour payer le loyer de leur appartement, les deux adolescents « s’acoquinent » avec un groupe de bikers, qui se droguent et volent du matériel hi-fi. Le jour où Russ vole les voleurs, leur monde déjà instable vole en éclat : ils doivent fuir et se faire passer pour morts.
L’auteur nous présente les États-Unis sous un angle très sombre: pauvres gamins livrés à eux mêmes, victimes d’abus en tout genre, et pour lesquels la drogue est la seule échappatoire.

Dans le début de leur cavale Chappie et Russ rencontrent deux frères (drogués aussi) qui sont les frères de Nicole, rescapée de l’accident de bus dans le livre « De beaux lendemains » …Nicole qui m’avait beaucoup émue dans ce livre …

Un peu plus tard, Chappie se retrouve seul : Russ préfère rentrer chez lui et essayer de se réconcilier avec sa famille.
Nous suivons Chappie dans une sorte de voyage initiatique (parfois lucide, parfois halluciné pour cause de diverses substances , un voyage qui l’emmènera de rencontre en rencontre.  Chappie devenu Bone (changer de nom permet il d’entamer une nouvelle existence ?) sauve Froggie une petite fille d’un pervers.
Les deux enfants rencontrent un jamaïcain en situation illégale qui les accueille chaleureusement….

Russel Banks excelle à faire parler des adolescents, en même temps déconnectés de la vie réelle et tellement lucides sur le peu de chances qu’ils ont dans leur vie …

Un très grand roman qui nous permet de suivre Chappie, 13 ans puis 14 puis 15, devenu le Bone du titre, de Plattsburg jusqu’à Montego Bay, Jamaïque.

En bref : Bone ou « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort »

 

Un extrait

Je lui ai demandé si elle savait où mon père s’était tiré après le divorce, puisque à ma connaissance il n’était resté ni Au Sable ni à Plattsburgh. Personne en ville ne m’en avait jamais parlé. C’était une sorte d’étranger mystérieux du nom de Paul Dorset, avec l’accent et le look de JFK, qui était un jour entré dans Au Sable sur son grand cheval, s’était trouvé la plus jolie fille du coin, l’avait mise enceinte et épousée, et puis un autre jour à la suite d’une méchante histoire l’étranger avait de nouveau quitté la ville sur son grand cheval, et à part la fille et ses proches parents nul ne se souvenait de lui ou de son passage. Ils demandaient, mais qui c’était, cet homme masqué? Et lui, il s’écriait, Oh Yo-o ! Silver, au galop!

Défaite des maîtres et possesseurs – Vincent Message

Comment parler de ce livre sans dévoiler toute l’histoire ? Et bien en ne parlant pas du tout de l’histoire !
Celle de Malo, d’Iris essentiellement …Mais j’ai dit que je ne parlerais pas de l’histoire …
J’ai repéré ce livre sur de nombreux blogs et je savais avant de démarrer la lecture un fait important (que je ne dirais pas ici puisqu’il il fait partie de l’histoire )

C’est un livre très habilement construit, qui tient en haleine alternant des faits sur cette dystopie et une réflexion plus générale sur notre rapport à la Terre. Les informations pour comprendre le contexte sont distillées au goutte à goutte, ferrant la lectrice que je suis…

L’histoire (dont j’ai promis de ne pas parler) nous est racontée par Malo, une sorte d’assistant parlementaire qui est chargé de défendre une loi. Laquelle ? et bien lisez ce livre ….
Il nous raconte d’abord l’accident d’Iris, l’accueil aux urgences puis remonte le fil de leur rencontre ainsi que plus brièvement celle des parents de Malo…

Mon coup de cœur absolu pour 2019 !
Et cette fin ! A la fois horrible (humainement parlant) et formidable (je n’ai rien vu venir ou pas voulu voir venir)

L’avis de Kathel et celui d’Ingannmic 

Un extrait – page 21
Autre vision. C’est le printemps –printemps subit dans ma mémoire. L’averse est passée, et dans le pays de collines autour de la maison où nous allons à la campagne, tout fume et tout scintille. Iris vient me trouver aussitôt, elle s’en fout que je fasse la sieste ou que je travaille, elle veut sortir, saisir le moment qui s’offre, ne rien avoir à regretter si de nouveau ça s’assombrit. Parfois je suis moi aussi énervé d’impatience, parfois c’est plutôt pour lui faire plaisir, mais dans tous les cas je m’équipe, on sort. Dehors, le moindre brin d’herbe porte la lueur parfaite d’une goutte ronde. On marche sans compter les heures, dans cette région de moyenne montagne où la vue change à chaque virage, et où les chemins ne fatiguent pas. Je ne sais comment il fait, par où il passe, mais le paysage m’entre en tête. Les sapinières noires et compactes. La silhouette de l’observatoire, sur le plus haut des sommets de la chaîne qu’on voit se découper à l’est. Iris se tient un peu en avant de moi, elle se met à courir pour un oui ou pour un non, moins endurante, mais explosive. Je vois ses jambes. Ses jambes là-bas, élégantes, élancées, qui me font signe, me commandent de la suivre. Elle s’arrête net au bord du chemin, cueille une graminée dont elle coince la tige entre ses incisives, et qui suffit – mains dans les poches, tignasse déglinguée par la pluie –à lui donner l’allure d’un jeune poète rebelle. L’air nous imprègne, et ses odeurs d’herbe et de bois. On pourrait avoir l’impression de renouer avec les sensations qu’a toujours dû donner cette terre dans les régions de climat océanique et tempéré. Mais les nuages qui filent, et le tremblement sans douleur des épis dans les champs – ils ne peuvent pas faire oublier que les oiseaux ont fait silence. De loin en loin, on croise un cheval. Il n’en reste plus beaucoup, et leur encolure est aussi solitaire au-dessus de leur mangeoire qu’un arbre mort au milieu d’un vallon.

Les coups de coeur chez Antigone