Némésis – Philip Roth

Un livre qui ne m’a pas totalement convaincue.
Peut-être est-ce les circonstances de lecture : le sujet du livre est une épidémie de polio, un livre que je lis durant le deuxième confinement.
L’épidémie fait rage dans ce quartier pauvre de Newark en 1944. La canicule y est oppressante. Les victimes de cette épidémie sont presque tous de jeunes garçons de 12 ans.
J’ai trouvé que Roth restait en surface de ses personnages.

Le jeune homme au début est convaincant ,il souffre d’avoir été refusé dans l’armée du fait de sa mauvaise vue ; en Europe et dans le Pacifique la guerre fauche de jeunes hommes de vingt ans. Bucky Cantor décide alors de devenir professeur de sport pour accompagner les jeunes de son quartier…
J’ai trouvé ensuite qu’il tourne vite aux clichés : culpabilité, fuite en avant,… perte de foi en Dieu…
Pour tout dire j’ai également trouvé que la fin était un petit peu bâclée…
En bref pas convaincue du tout : après avoir été enthousiasmée par « le complot contre l’Amérique », j’en attendais sûrement trop ….

LC avec Edualc (qui, j’espère, aura plus apprécié que moi)

Deux extraits

Le grand-père, Sam Cantor, était venu tout seul en Amérique dans les années 1880, petit immigrant originaire d’un village juif de Galicie polonaise. Il avait appris à n’avoir peur de rien dans les rues de Newark, où il s’était fait casser le nez plus d’une fois dans des bagarres avec des bandes antisémites. Les agressions violentes contre les Juifs, chose courante pendant sa jeunesse dans les quartiers pauvres de la ville, contribuèrent beaucoup à former sa conception de la vie, et plus tard celle de son petit-fils. Il l’encouragea à se défendre en tant qu’homme, et à se défendre en tant de Juif, à comprendre qu’on n’en a jamais fini avec les combats qu’on mène, et que, dans la guérilla sans fin qu’est la vie, «quand il faut payer le prix, on le paye».

* *

Il faut qu’il convertisse la tragédie en culpabilité. Il lui faut trouver une nécessité à ce qui se passe. Il y a une épidémie, il a besoin de lui trouver une raison. Il faut qu’il se demande pourquoi. Pourquoi ? Pourquoi ? Que cela soit gratuit, contingent, absurde et tragique ne saurait le satisfaire. Que ce soit un virus qui se propage ne saurait le satisfaire. Il cherche désespérément une cause plus profonde, ce martyr, ce maniaque du pourquoi, et il trouve le pourquoi soit en Dieu soit en lui-même, ou encore, de façon mystique, mystérieuse, dans leur coalition redoutable pour former un destructeur unique. Je dois dire que, quelle que soit ma sympathie pour lui face à l’accumulation de catastrophes qui brisèrent sa vie, cette attitude n’est rien d’autre chez lui qu’un orgueil stupide, non pas l’orgueil de la volonté ou du désir, mais l’orgueil d’une interprétation religieuse enfantine, chimérique.

Les amantes – Elfriede Jelinek

Commençons par la forme de ce roman, très particulière : il n’y a aucune majuscule et la ponctuation est réduite aux seuls points.

Cela m’a déstabilisée au moins au début.
Cela déshumanise (à mon avis) quand les noms des personnages n’ont pas de majuscules (un peu comme s’ils étaient gérés comme des objets.)

Sur le fonds, l’histoire laisse peu d’espoir, j’ai d’abord cru que les scènes se passaient dans les années 30 après la Grande dépression tant les gens sont pauvres et ont peu de perspectives d’avenir, il semble que l’action se passe bien après la seconde guerre mondiale (mais sans repères de dates – à un moment un personnage fait référence à Niki Lauda et aux voitures de courses – wiki me dit 1971-1979, donc années 70 – ce livre est paru en 1975)
On suit en parallèle deux femmes : l’une Brigitte vit en ville, est ouvrière dans une usine textile et pour se sortir de sa condition n’entrevoit qu’une seule solution : se marier avec Heinz qu’elle déteste mais qui a une « belle situation ». Elle a une rivale de taille une dénommée Suzi qui fait des études au lycée « ménager » .
L’autre, Paula, est plus jeune, 15 ans, vit dans un tout petit village et est « amoureuse » d’Erich (très beau mais peu recommandable)
On sent dès le début que le drame est proche, ces femmes vont être victimes : victimes des hommes, de la société et même victimes de leurs propres mères.

L’auteure érige Brigitte (cruelle et insensible) en « bon exemple » et Paula (naïve et sensible) en « mauvais exemple » …

Comment se sortir de ce statut d’asservissement des femmes par les hommes ?
Paula n’y arrivera pas, Brigitte y arrivera partiellement (et sournoisement) : est-ce donc cela le bon exemple ?

Une lecture éprouvante tant sur le fonds que la forme ….intéressante mais éprouvante…..

Extraits :

la simca vaut à paula de connaître le plus beau moment de sa vie, de prendre un nouvel essor. maintenant elle peut faire des virées en voiture, mais elle n’a pas le droit sans erich.
elle est une des rares femmes du village qui ait son permis. paula n’a le droit de prendre la voiture qu’en compagnie d’erich qui passe son temps à faire des bruits de moteur avec la bouche.

**

un enfant peut être victime de l’usure générale des choses ou de la circulation dans les grandes villes, il en faut donc un en réserve. il est préférable d’en avoir un en stock, en prévision de l’usure.
un enfant vaut d’ailleurs sûrement mieux qu’une machine à coudre, avec l’enfant on peut se promener au grand air, avec la machine non.

Lu dans le cadre des feuilles allemandes chez Eva et Patrice et chez Livrescapades

Que lire un 16 novembre ?

Un jour calme de novembre après les obsèques, Père partit et ne revint pas.
L’année de son départ, l’été à Old Buckram avait été d’une sécheresse biblique. Les sources montagneuses s’étaient taries et les dalles noires qui couvraient le lit d’Abbadon Creek s’étaient changées en os, mais l’automne avait apporté une pluie abondante et régulière qui, jour après jour, refusait de cesser. De nouveau, Abbadon Creek sortait de son lit, débordant d’une eau froide et trouble, et une lourde nappe de brouillard pesait sur chaque coin des sombres collines. Le sommet des montagnes était caché par des nuages qui ne bougeaient plus.
Le jour en question : le 16 novembre 1985. Un samedi. Trompé de pluie, sombre, la nuit tombant tôt.

Les jours de silence – Phillip Lewis

Olga – Bernhard Schlink

Olga, née en 1885 et décédée vers 1980, est le fil conducteur de ce roman en trois parties.

La première retrace 100 ans d’histoire de l’Allemagne. Sur fonds d’histoire d’amour en pointillés entre Herbert et Olga, l’auteur « balaie » le vingtième siècle : quelques épisodes sont intéressants (en particulier le rôle de l’Allemagne dans la colonisation de l’Afrique, les explorations scientifiques de l’arctique et de l’antarctique). Olga est d’origine très humble et devient institutrice à force de ténacité, Herbert est le symbole de l’expansionnisme allemand, tout en rêve de nouveaux espaces à conquérir …

Un roman que j’ai failli arrêter au milieu ; puisqu’au milieu du livre, Olga meurt, presque centenaire tout de même, et je me suis demandée comment l’auteur allait « combler » la suite : et bien, bizarrement la suite, m’a enchantée. La deuxième partie relate  l’histoire de Ferdinand (un des enfants dont Olga s’est occupé quand il était petit) qui mène l’enquête sur Herbert, mort en 1914 dans l’Arctique, son corps ne sera jamais retrouvé. Qui était-il ? Qui était Olga ?
Enfin, la dernière partie consiste en la correspondance d’Olga vis à vis d’Herbert : des lettres fabuleuses qui apportent un éclairage inattendu sur Olga ainsi que sa vision du couple, de la famille, de l’Allemagne et des deux guerres mondiales qu’Olga a traversées …..

Extraits

Elle estimait que c’était avec Bismarck que le funeste malheur avait commencé. Depuis qu’il avait assis l’Allemagne sur un cheval trop grand pour qu’elle pût le chevaucher, les Allemands avaient tout voulu trop grand.

**

Olga voulait intégrer l’école normale d’institutrices de Posen, aujourd’hui Poznan. Il fallait pour celà qu’elle passe un examen d’entrée pour montrer qu’elle avait le même niveau que les élèves de terminale à l’école supérieure de jeunes filles. Elle se serait volontiers imposé chaque matin les sept kilomètres jusqu’à cette école du chef-lieu d’arrondissement, et le soir pour rentrer. Seulement elle n’avait ni de quoi payer les frais de scolarité ni personne qui put intervenir pour qu’on l’en dispensat ; au village, l’instituteur et le pasteur estimaient que pour les filles il était superflu de pousser les études aussi loin. Olga résolut donc d’acquérir par elle même le niveau de cette terminale.

.

Livre lu dans le cadre des feuilles allemandes chez Eva et Patrice et chez Livrescapades

Que lire un 9 novembre ?

Le 9 novembre, c’était mon second combat, au Palacio de Gatbrick cette fois-ci. Grâce à l’article que la double V avait écrit et que plusieurs médias locaux avaient relayé, notamment le Chronica News et le Daily News Open, quelques latinos étaient venus voir : « Le descendant de Moctezuma, le Quetzalcóatl des Sumériens. L’Inca des babyloniens. L’Hercule aztèque… », et mille autres trucs qui lui étaient passés par la tête à cette folle au moment d’écrire.

.

Gabacho – Aura Xilonen

La traversée des sentiments – Michel Tremblay

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Rheauna,12 ans, que Michel Tremblay nous avait présentée dans la « traversée du continent » et « la traversée de la ville« .
Rheauna est toujours aussi attachante, elle n’a pas sa langue dans sa poche et entre elle, sa mère, son petit frère de 2 ans et les deux tantes, cela finit parfois par des étincelles.
L’histoire de ce troisième tome raconte une semaine de vacances dans les Laurentides. L’action se passe en 1915, dans l’Europe lointaine, la guerre fait rage mais le Canada et le Québec sont encore peu concernés.
Rhéauna décrit son environnement, ses lectures (Hugo, Dumas, Jules Verne) mais ignore encore comment on fait les bébés.
En parallèle, on suit également les pensées de Teena, qui a été obligée de laisser son fils, illégitime, chez sa cousine, pour travailler à Montréal. Montréal se situe à environ 12 heures de voyage (9 heures de train puis trois heures en carriole sur des chemins non carrossables) : une réelle traversée…

En conclusion, une chronique familiale toute en tendresse, disputes, et éclats de rires…et l’accent québécois toujours aussi chantant de Michel Tremblay.

 

Un extrait

Devant la gare, juste au pied du perron de bois, donc à la place d’honneur, comme si une personne de la famille royale d’Angleterre ou un premier ministre allait sortir à toute vitesse, les attend une énorme charrette tirée par un cheval aussi noir que la crinière de son maître.
En reconnaissant Simon, la bête tourne la tête, hennit. Simon sort une pomme d’une de ses poches, la lui end. Le cheval étire le cou, croque dans la pomme en secouant son harnais. Il est de toute évidence heureux. Si c’était un chat, on l’entendrait ronronner. Il échappe le fruit, tend le cou pour le rattraper. Simon le flatte, lui donne quelques tapes sur la croupe. Les muscles de l’animal frissonnent sous sa main, une de ses pattes arrière gratte le sol. Simon se tourne vers les cinq voyageurs dont deux, Théo et Rheauna, sont restés pétrifiés sur la dernière marche, les yeux ronds. Rheauna a déjà vu des percherons en  Saskatchewan, mais elle ne se souvenait pas qu’ils pouvaient être si gros, si impressionnants. À moins que celui-là soit vraiment plus gros que ceux qu’elle a connus… En tout cas, c’est un géant à côté de ceux qu’elle voit tous les jours à Montréal, même les montures des policiers de la ville. Quant à Théo, il n’a jamais vu une bête pareille et il ne sait pas encore s’il devrait hurler en se sauvant en courant ou sauter d’excitation en tapant des mains. On est bien loin du petit cheval à bascule en bois peint en rouge qui traîne dans un coin de sa chambre et qui finit par lui donner des nausées quand il s’en sert trop longtemps.
Simon bombe le torse de fierté.
« Y s’appelle Charbon puis y est pas malin pour deux cennes. C’est le joual le plus fin que j’ai jamais eu ! Hein, mon Charbon ? »
En entendant son nom, le cheval se tourne vers Simon, hume son odeur avec des naseaux humides grands comme des assiettes à soupe – c’est du moins ce que pense Rheauna.

Que lire un 2 novembre ?

Madame Lurgan rêvait à la soirée glaciale du mardi 2 novembre 1964 quand, âgée de vingt ans et vêtue d’une robe à pois outrageusement courte, elle avait parcouru cent soixante-dix mètres en pleurant et en agitant bras et jambes, sur le toit de la grosse voiture noire qui ramenait les Beatles du cinéma ABC sur Fisherwick Avenue jusqu’au moment où, par pur bonté d’âme, ils avaient fait arrêter ladite voiture et elle-même était tombée sur le macadam, lequel s’était révélé infiniment plus dur qu’on aurait pu le croire.

Eureka Street – Robert McLiam Wilson

Le cuisinier – Martin Suter

Pour la deuxième fois, Martin Suter m’a convaincue , après Éléphant et les manipulations génétiques, il s’agit ici à la fois d’un roman et d’un récit (presque une enquête)

Côté roman les deux personnages principaux sont Maravan, réfugié tamoul en Suisse, et Andrea, jeune femme suisse.
Ils travaillent tous deux dans un restaurant (Maravan en tant que commis et Andrea en tant que serveuse) m. Suite à un concours de circonstances malheureux, Maravan est licencié ; Andrea se sentant coupable, lui propose de monter une petite entreprise (en toute illégalité) de restauration à domicile. L’idée de ce traiteur est d’utiliser les connaissances de Maravan à propos des épices aphrodisiaques…

Côté récit (je devrais plutôt dire récitS), Martin Suter s’empare de plusieurs sujets : la crise financière de 2008, le sort des réfugiés Tamoul (ils sont victimes de persécution au Sri lanka), la vente d’armes (de la Suisse vers le Sri lanka)…

Il s’agit ici d’une enquête passionnante qui m’a permis d’apprendre énormément d’éléments sur le Sri Lanka et aussi sur la Suisse.
Maravan est déchiré entre sa famille qui meurt au Sri Lanka (de faim et dans des combats) et sa solitude en Suisse. Il rencontre une jeune fille (tamoule mais née en Suisse) qui lui apprendra à mieux accepter sa situation. Par le biais d’Andréa, il rencontre également une jeune éthiopienne, réfugiée en Suisse comme lui pour cause de guerre dans son pays… autre pays mais même détresse ….

Le dilemme final de Maravan est très bien amené et traité… il s’en sort (selon moi) avec brio …

Un extrait

Maravan garda son sérieux.
– Chez nous, ce sont les parents qui arrangent les mariages.
– Au XXIe siècle ? Tu me fais marcher !
Maravan haussa les épaules.
– Et vous supportez ça ?
– Ça ne fonctionne pas mal.
Andrea secoua la tête, incrédule.
– Et pourquoi n’en a-t-on pas arrangé un pour toi ?
– Je n’ai ni parents ni famille ici. Personne qui puisse témoigner que je ne suis pas divorcé, que je n’ai pas d’enfants illégitimes, que je ne mène pas de vie immorale ou que j’appartiens à la bonne caste.
– Je croyais que les castes avait été abolies ?
– Exact. Mais tu dois faire partie de la bonne classe abolie.
– Et à quelle caste abolie appartiens-tu ?
– Ça ne se demande pas.
Dans ce cas comment le sait-on ?
– On demande à quelqu’un d’autre.
Andrea rit de nouveau et changea de sujet.
Et si on sortait regarder le feu d’artifice ?
Maravan refusa d’un geste de la tête.
– J’ai peur des explosions.

Les feuilles allemandes chez Eva et Patrice et chez Livrescapades

Balzac et la petite tailleuse chinoise – Dai Sijie

Le narrateur de ce court roman est un jeune homme de 17 ans.
Chine 1972 . Les jeunes gens, qui sont allés au collège, sont considérés comme des intellectuels et sont envoyés pendant trois ans en « rééducation à la campagne (où la rééducation consiste à trimer dans des rizières du matin au soir)
Pour le narrateur et son ami Luo, la situation est encore pire : les parents des deux amis sont médecins et catégorisés par l’administration de Mao comme de dangereux « ennemis du peuple ». Pour les deux jeunes gens l’espoir de revenir dans leurs familles est quasi nulle.
Malgré un travail épuisant dans la mine de ces montagnes arides, les deux amis ne baissent pas les bras. Luo tombe amoureux de la petit tailleuse chinoise du titre ; c’est une jeune montagnarde qui sait à peine lire. Il entreprend de lui faire découvrir la littérature. (Dont Balzac) : je ne dirais pas comment les garçons se procurent un livre de Balzac dans ce coin isolé mais cet épisode vaut à lui seul le détour.
Dans ce roman qui m’a paru fortement autobiographique, j’ai beaucoup aimé le ton de l’auteur : sans misérabilisme, sans revendication mais avec beaucoup d’humour.
La fin est délicieusement ironique (et juste parfaite).

Un extrait

Souvent, après minuit, on éteignait la lampe à pétrole dans notre maison sur pilotis, et on s’allongeait chacun sur son lit pour fumer dans le noir. Des titres de livres fusaient de nos bouches, il y avait dans ces noms des mondes inconnus, quelque chose de mystérieux et d’exquis dans la résonance des mots, dans l’ordre des caractères, à la manière de l’encens tibétain, dont il suffisait de prononcer le nom,  » Zang Xiang », pour sentir le parfum doux et raffiné (…)
– Et maintenant, où ils sont , ces livres ?
-Partis en fumée. Ils ont été confisqués par les Gardes rouges, qui les ont brûlés en public, sans aucune pitié, juste en bas de son immeuble

Challenge Petit bac  chez Enna – catégorie « personne célèbre »

L’ombre de la baleine – Camilla Grebe

J’ai lu ce roman policier en audio livre. Trois narrateurs se succèdent. tout d’abord Manfred. C’est un policier, Récemment remarié, Il vit avec Asfaneh et leur fille d’environ trois ans. Après quelques secondes d’inattention, il assiste à la chute de sa fille du troisième étage.
Le deuxième narrateur est Samuel, 18 ans, qui se croit adulte. En échec scolaire, il vit seul avec sa mère, célibataire. Petit délinquant avec Liam, il vole dans les magasins, fume de l’herbe et boit. De fil en aiguille, les deux garçons se retrouvent à livrer de la drogue. En découvrant cela, Pernilla, la mère de Samuel, le met dehors.

Pernilla est la troisième narratrice : tout d’abord elle m’a énormément crispée : elle fait partie d’une congrégation religieuse , elle a 36 ans, a eu Samuel quand elle était tout juste majeure et n’a jamais quitté le foyer familial composé exclusivement d’elle, de son père et de Samuel. Ce personnage m’a énervé car elle ne raisonne jamais par elle-même mais exclusivement soit par rapport à la religion soit par rapport à son père.
Hormis ce bémol du tout début du roman, l’histoire après un démarrage un peu lent se met en place et devient réellement intéressante : Samuel commet beaucoup d’erreurs, Pernilla évolue de façon très positive, en s’affirmant de plus en plus, Manfred et Asfaneh se rapprochent en veillant sur leur petite fille à l’hôpital dans le coma pendant de longues semaines.
L’enquête que dirige Manfred concerne la disparition et le meurtre de jeunes hommes que l’on retrouve après de longs mois dans la mer.
Les indices sont très peu nombreux et finiront par nous amener vers une solution de l’énigme que je n’avais pas entrevue.

Un extrait

Je ne me souviens pas de ce que j’ai fait ce matin-là, peut-être un peu de ménage. Mon genou me faisait terriblement souffrir et je crois que j’ai avalé plusieurs comprimés anti-inflammatoires. J’ai peut-être fumé quelques cigarettes en cachette sous la hotte de la cuisine et Nadja a regardé des dessins animés. D’ailleurs, j’avais dû augmenter le son à cause du vacarme des travaux sur l’avenue Karlavägen.
Ma fille aînée, Alba, a téléphoné depuis Paris pour m’emprunter de l’argent. Placide mais déterminé, je lui ai demandé d’en parler à sa mère : n’avais-je pas déjà rallongé de trois mille couronnes son argent de poche ? Sans oublier qu’Alexandre et Stella, son frère et sa sœur, n’avaient rien eu. Il fallait bien faire preuve d’équité, non ?
L’équité, quel drôle de concept, a posteriori.
Au bout d’un moment, Nadja, lasse de la télévision, s’est mise à chouiner, inconsolable. Je l’ai prise dans mes bras et j’ai arpenté l’appartement, tentant vainement de la calmer. Son petit corps était brûlant de fièvre et je lui ai donné du paracétamol, contre l’avis Afsaneh – une autre de nos pommes de discorde. Selon elle, on ne doit pas administrer de médicaments aux jeunes enfants, sauf s’ils sont à l’article de la mort.

Nadja a fini par s’apaiser – grâce à l’antipyrétique, à la tartine préparée par mes soins ou au bruit des travaux dans la rue qui représentait une distraction bienvenue, je l’ignore. Elle a voulu regarder dehors et je l’ai soulevée sur le rebord intérieur de la fenêtre. Elle est restée un long moment comme ensorcelée, à observer la pelleteuse creuser lentement la chaussée trois étages plus bas, tout en léchant de sa petite langue pointue le beurre de sa tartine et la morve sur sa lèvre supérieure. Nous avons discuté quelques instants de tractopelles, voitures, camions et motos – de tous les moyens de locomotion, en somme. Nadja était fascinée par les engins à moteur, surtout les plus bruyants – Afsaneh et moi l’avions déjà remarqué.
C’est sans doute à ce moment-là qu’Afsaneh a téléphoné depuis le café
.

Challenge petit bac chez Enna (catégorie animal) et Challenge polar  chez Sharon , Challenge animaux du Monde Chez Sharon et écoutons un livre chez Sylire