Que lire un 5 juillet ?

Quatre ans plus tard, le 5 juillet 1952, les quatre enfants Bernache s’amusaient dans le jardin de la maison familiale à Minos Blancas. Ils n’étaient pas tout seuls : il y avait avec eux Bah, l’opossum, qu’ils avaient récemment divinisé sous le nom de Bah-Noga, trois chiens (un dalmatien, un labrador et un caniche royal), et une tripotée de chats dont nul n’aurait pu savoir le nombre car ils étaient éparpillés dans les arbres.
Aujourd’hui était un jour particulier de l’année 1952, et les enfants avaient droit à un repos légitime, ayant accompli ce matin en toute dignité leur devoir de citoyens. C’était le temps de l’élection présidentielle, et un à un après le cours de mathématiques de ce samedi 5 juillet, tous les élèves de l’école primaire étaient allés mettre leur bulletin dans l’urne de la classe, ayant auparavant recopié d’une main sérieuse et appliquée le nom indiqué à la craie sur le tableau noir : « Adolfo Ruiz Cortines ». C’était le nom du candidat officiel du Partido Revolucionaro Institucional, celui qu’il fallait dûment élire ce dimanche et pour lequel Mademoiselle Rosario Ortega, l’institutrice, apportait l’humble contribution de cette urne si précieuse remplie de billets en buvard rose et pliés en quatre, dont elle avait la clé, qu’elle garderait farouchement dans l’armoire des dictionnaires et des encyclopédies, fermée également (cette deuxième clé, elle allait la cacher chez elle dans son armoire à pharmacie), jusqu’à l’heure solennelle où il faudrait remettre cette récolte à l’organisateur local, le lendemain à vingt heures précises, pour que le futur élu ne manque pas d’être élu – avec l’aide des petits enfants et de la Vierge de Guadalupe.
Car la Vierge aussi avait voté. On racontait que quelqu’un l’avait vue le dimanche précédent sur les hauteurs de roche et de poussière de la Quemada, où seules les chèvres venaient : elle avait déposé sur l’autel roulant de la chapelle Sangre de la Piedra un linge où était écrit le nom du futur président, et le curé de la Quemada avait pendu ce linge en triomphe au fronton de l’église qui du jour au lendemain avait cessé d’être abandonnée en haut du monticule de pierres, et en réfutation formelle des mécréants il montrait le linge accroché au ciment flambant neuf, et dans les échafaudages du chœur encore tout en travaux, parmi les odeurs de sciure et de peinture fraîche mêlées à l’encens, il vendait désormais des cierges par dizaines et par dizaines, à tous les pardonnés qui revenaient enfin dans la voie du Seigneur, qui gravissaient la colline et malgré la chaleur se pressaient pour voir le nom écrit par la main de la Vierge, certains en priant, tandis que beaucoup d’autres riaient à n’en plus finir, et l’un d’entre ne riant pas vraiment (il ricana plutôt) prononça même ces paroles la revolucíon se murío, por la tanto vive la Virgen !

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Les hommes-couleurs de Cloé Korman

Pal d’été

Il n’aura échappé à personne que ce blog est en léthargie totale. Le dernier post date du 20/04. Un changement total d’orientation professionnelle m’a fait perdre le nord 🙂

J’essaie tout de même de relancer un peu de lecture cet été (type « Dernier inventaire avant liquidation »?)

Voici ma liste pour ce Challenge chez Liligalipette

1- Demain les chats de Bernard Weber (recommandé par mon chat fiston)

2- Un monde sans fin (parce que Ken Follett)


3- Le maître des orphelins (un pavé historique)

Le maître des orphelins par Zimmerman


4- L’homme qui s’envola (j’aime beaucoup Antoine Bello)

L'homme qui s'envola par Bello


5- Pastorale américaine de Philip Roth

Pastorale américaine par Roth


6- La nuit des béguines

La nuit des béguines par Kiner


7- Quatre saisons à Mohawk

Quatre saisons à Mohawk par Russo


8- San Perdido de David Zuckerman

San Perdido par Zukerman

huit livres seulement (j’essaie d’être raisonnable 🙂

Bonne journée à tous

Que lire un 20 avril ?

Au début des années 60 le ministre était un jeune employé des Postes à Luanda. Il tenait la batterie dans un groupe de rock, les Innommables. Il s’intéressait davantage aux femmes qu’à la politique. Ça c’est la vérité, ou plutôt, la vérité prosaïque. Dans le livre, le ministre révèle que déjà à cette époque il se consacrait à l’activité politique, combattant dans la clandestinité, dans la clandestinité totale, même, le colonialisme portugais. Encouragé par le sang impétueux de ses ancêtres – il se réfère souvent à Salvador Correia de Sá e Benevides – il avait créé à la poste une cellule de soutien aux mouvements de la libération. Le groupe s’était spécialisé dans la distribution de tracts glissés dans la correspondance adressée aux fonctionnaires coloniaux. Trois de ses membres, dont le ministre, avait été dénoncé à la police politique portugaise et emprisonnés le 20 avril 1974. Cinq jours plus tard, la révolution des œillets leur avait sans doute sauvé la vie.

Le marchand de passé – José Eduardo Agualusa

Terre des oublis – Duong Thu Huong

Lecture avec Edualc 🙂

Vietnam de nos jours

L’histoire est vue par les yeux des trois principaux protagonistes.
Commençons par Miên : elle rentre un jour chez elle avec les femmes de son village, après une dure journée de labeur dans les champs. Elle découvre un attroupement devant chez elle : son premier mari, Bôn, déclaré mort à la guerre, vient de réapparaître après 14 ans d’absence. Pour tout le village, peu importe que Miên soit maintenant mariée avec Hoan et aie un petit garçon de cinq ans : elle « appartient » à son premier mari.
Le poids des conventions est énorme : Miên a pour devoir de reprendre la vie commune avec son premier mari, celui ci est un héros de guerre, la société lui doit respect et Miên sera donc « condamnée » à vivre dans la masure de cet homme (revenu très diminué par la guerre).

Le deuxième protagoniste est Bôn et même si je comprends sa passion pour Miên, j’ai eu du mal à comprendre sa façon de réagir : il n’a pour moi pas toute ses facultés de jugement (dû aux traumatismes de la guerre). Ses souvenirs de cette période (et notamment de la mort de son sergent sont très émouvants).

Hoan, le deuxième mari, est quelqu’un avec un caractère entier. Il met du temps à accepter la situation (ou plutôt à trouver une solution à une situation qui paraît inextricable), l’histoire se deroule sur deux ans…
Avec Miên, c’est un personnage lumineux et courageux, qui prend la vie à bras le corps. Il est à la fois un homme mûr, un père aimant, un mari attentionné et un homme d’affaire efficace.

En parallèle de ces trois trajectoires, j’ai aimé ce périple dans ce pays aux multiples talents culinaires et aux paysages flamboyants.

Un roman qui m’a intéressée même si je n’ai pu m’identifier à aucun des personnages : leur soumission aux règles fixées par leur communauté est trop éloignée de ma vision de la vie et de l’épanouissement personnel.

Un extrait

Les matins d’automne, la vallée se couvre de fleurs vert foncé, minuscules comme des gouttes de rosée. Ce sont sans doute les plus éphémères des fleurs. Elles ne vivent que quelques heures. Vers sept heures ou sept heures et demie, le soleil d’automne sèche les herbes, les boutons commencent à s’ouvrir. Vers huit heures, les fleurs s’épanouissent, elles vivent quelques instants la plénitude de leur extraordinaire beauté. Elles fleurissent en grappes, dansent comme des milliers et des milliers de gouttelettes vertes sur les feuillages épais, d’une blancheur de marbre, illuminés par des reflets d’argent velouté. Vers dix heures ou dix heures et demie, les pétales graciles se fanent, se fripent, s’enroulent. À midi juste, les cinq pétales froissés, ratatinés, se tassent en un point noir. Aucun peintre n’a encore réussi à rendre le vert étrange de cette fleur, aucun poète n’a encore su décrire sa beauté chimérique.

CommenterJ’apprécie 

Que lire un 30 mars ?

Le rideau du mystère entretenu par Lily et Lucy se leva inopinément le 30 mars 1950, au dernier jour de cet été mémorable, à la surprise-partie de Marirosa Alvarez-Calderon, cette grosse bouffie. Une soirée qui allait nous marquer à jamais et rester dans toutes les mémoires. La maison des Alvarez-Calderon, à l’angle des rues 28 de Julio et La Paz, était la plus belle de Miraflores, voire du Pérou, avec ses jardins aux arbres aériens, ses acacias à fleurs jaunes, ses plantes grimpantes, ses rosiers et les faïences bleues de sa piscine. Les fêtes de Marirosa comportaient toujours un orchestre et un essaim de garçons pour servir, la nuit durant, gâteaux, amuse-gueule, sandwiches, jus de fruits et toutes sortes de boissons non alcoolisées, et l’on s’y préparait comme pour monter au septième ciel. Tout alla à merveille jusqu’à ce que, une fois les lumières éteintes, la centaine de filles et de garçons entourent Marirosa en lui chantant Happy Birthday to You, et elle de souffler sur les quinze bougies de son gâteau d’anniversaire et nous de faire la queue pour le baiser de circonstances.


Tours et détours de la vilaine fille – Mario Vargas Llosa

L’autre moitié de soi – Brit Bennett

Genre : histoire familiale vue de 1954 à 1980, USA

Première partie 1954-1968 : L’histoire est vue du point de vue de Desiree une des deux jumelles. Elle rentre chez elle chez sa mère 14 ans après avoir fugué. Elle était partie à 16 ans avec Stella sa soeur jumelle. Un an après, elle avait perdu la trace de celle-ci. Desiree et Stella sont deux jeunes femmes noires mais qui pourraient passer pour des blanches et il semble que c’est ce que Stella a choisi (fuir ce racisme, cette vie sans avenir : le début de l’action se situe en 1954)
Desiree revient chez sa mère, car son mari la bat. Ella a emmené sa fille Jude , 8 ans m.

Deuxième partie 1978 : Jude a 18 ans et arrive seule à Los Angeles. Noire comme l’ébène dans un village où la majorité des gens sont très e« clairs de peau», elle s’est toujours sentie au ban de la société.

Troisième partie : retour en 1968, mais l’histoire est complétée par la vision de Stella qui « renie » sa famille pour devenir blanche, nous faisons connaissance de Kennedy sa fille (qui a le même âge que Jude). Au départ, pour survivre et trouver du boulot elle se fait passer pour « blanche » et se trouve ensuite « prisonnière » de son mensonge.

La première moitié de ce livre est enthousiasmante, l’auteur prend le temps de nous faire découvrir les personnages et leurs motivations. La deuxième tout aussi bien écrite m’a moins intéressée (j’ai en fait préféré la première moitié avec la relation entre les deux soeurs plus que la deuxième partie centrée sur les cousines, Jude et Kennedy)

Malgré cette baisse d’intérêt de ma part pour cette deuxième moitié, cela reste un livre passionnant.

Extraits

C’étaient de braves gens, d’honnêtes citoyens qui donnaient aux bonnes œuvres et grimaçaient devant les reportages où l’on voyait des shérifs matraquant des étudiants noirs dans le Sud. Ils pensaient que ce Martin Luther King était un orateur remarquable, approuvaient peut-être certaines de ses idées. Jamais ils ne lui auraient tiré une balle dans la tête, et peut-être même avaient-ils pleuré à son enterrement – dire qu’il laissait des enfants si jeunes –, mais de là accepter qu’il s’installe dans le quartier, il y avait un monde. 

* *

Elle était la première surprise de s’en souvenir si bien, de voir qu’elle avait conservé une encyclopédie de son humiliation. À cette soirée, elle s’était forcée à rire – la cruauté des enfants, c’est dingue, non ? –, mais à l’époque elle ne riait pas. Parce que c’était vrai. Elle était noire. Noir-bleu. Non, d’un noir qui tirait sur le violet. Aussi noire que le café, l’asphalte, l’espace intersidéral. Aussi noire que le début et la fin du monde. 

L’African-American History Month Challenge est chez Enna

No home – Yaa Gyasi

Dans ce roman, le lecteur suit deux demi-sœurs nées en Afrique au XVIIIème siècle.
L’une d’entre elle se marie et reste en Afrique, l’autre est vendue comme esclave et part en Amérique.
Les chapitres alternent le parcours des deux soeurs (qui ne se connaissent pas) puis racontent la vie de leur progéniture puis celle des enfants et petits-enfants de celle-ci.
Une grand saga familiale donc …
J’ai aimé de nombreux personnages (en particulier H. et Marjorie)
Je suis moins enthousiaste que de nombreux lecteurs mais c’est plus lié au principe même de « roman-sur-plusieurs-générations » : Ce n’est pas la première fois, en lisant un roman qui se déroule sur deux cent ans, que j’ai du mal à apprécier la vie « trop courte » du personnage principal pour passer à une vie tout aussi courte du personnage principal suivant.
La construction des deux lignées, l’une en Afrique l’autre en Amérique est cependant très convaincante et maîtrisée.

Extraits

La nuit où naquit Effia dans la chaleur moite du pays fanti, un feu embrasa la forêt, jouxtant la concession de son père.
Il progressa rapidement, creusant son chemin depuis des jours.
Il se nourrissait d’air;
il dormait dans les grottes et se cachait dans les arbres;
il brûla,
se propagea ,
insensible à la désolation qu’il laissait derrière lui, jusqu’à ce qu’il atteigne un village ashanti.
Là, il disparut, se fondant dans la nuit.

**

H saisit un Blanc à la gorge et le tint en suspens au-dessus du vaste cratère.
« Un jour le monde saura ce que vous avez fait ici », dit-il à l’homme dont la peur se lisait dans ses yeux bleus exorbités tandis que H resserrait son étreinte.
H eut envie de lâcher l’homme au fond de la mine, au fond de la cité souterraine, mais il s’arrêta. Il n’était pas le malfaiteur qu’on l’avait accusé d’être.

L’African-American History Month Challenge est chez Enna

Que lire un 14 février ?

Il avait passé ces premiers mois d’incarcération à recomposer les traits de son visage de manière à avoir l’air d’un homme, auquel il était désormais interdit de pleurer, puis son corps s’était figé dans la même raideur que son visage, endurci par le froid qui vient une fois la douleur morte. Son corps avait survécu à cette première année, mais cela ne lui était d’aucun soulagement car son esprit continuait de vivre et d’engendrer des pensées grouillantes tels des cafards. La vraie survie consiste à apprendre à maquiller les souvenirs, déformer les souvenirs, effacer les souvenirs, tout ce qui demeure, poursuivre les ordres, la mêlée, les palabres, les combats. Surtout les combats. Survivre par tous les moyens nécessaires et apprendre à gérer la honte, car ils ne te laissent pas d’autres choix. Que se passe-t-il quand à force ton propre cœur s’est vidé de son sang ? À la fin, quand ils l’envoyèrent à l’autre bout de l’État dans les quartiers de sécurité minimum, l’émotion n’était plus que le cadavre d’une sensation dans un corps mort et enterré. Puis il lui expliquèrent qu’il pouvait brosser les chevaux, apprendre à se débrouiller tout seul, à se distinguer, pratiquer le sport des rois. Il n’était ni naïf, ni romantique, il vit clair dans leur jeu très rapidement : les chevaux, ce n’est rien d’autre qu’une drogue différente, les chevaux c’est de l’héroïne. D’ailleurs, les riches donnent dans les mêmes arnaques, simplement ils croient que leur paris ne sont que des jeux sans conséquences réelles. Contrairement à eux, il entrait là les yeux grands ouverts. Il avait lu tout ce qu’il avait pu se procurer sur le sujet, étudié comme un fou, puis il avait été choisi, car il était le seul à connaître les différences entre les chevaux à sang chaud et les chevaux à sang froid, les mors de bride et les filets de bride, le Byerley Turk et le Godolphin Arabian. Il savait ce qu’était un animal de proie.
Le premier jour de sa vie fut le 14 février : ils les emmenèrent tous aux granges par paires, tels les couples d’animaux dans l’Arche, les vieux, tranquilles sous leurs chapeaux, et Allmon, le plus jeune, vingt-deux ans maintenant. Un homme blanc se tenait là, un ancien entraîneur, avec un alezan massif au bout de sa bride, un pur sang retapé. Les mots de cet homme sur les premiers mots de la vie d’Allmon :
« Joyeuse Saint-Valentin, Messieurs, et bienvenue pour votre premier jour au Camp d’entraînement du pur sang. Si vous avez été sélectionnés pour ce programme, cela signifie que vos examinateurs, de même que le comité du Programme des grooms, estiment que vous avez montré le potentiel et l’enthousiasme nécessaires à ce genre de tâche. Vous êtes l’un des élus. Comprenez moi bien : nous nous fichons de ce que vous avez fait pour vous retrouver en prison. Nous ne nous intéressons qu’à la façon dont vous êtes conduits depuis. Vous sortirez de Blackburn dans environ six mois, et afin de vous préparer, cette moitié d’année à venir sera consacrée à l’univers des chevaux – leur histoire, leur entretien, leur nourriture, leurs soins, et incidemment quelques notions de sciences vétérinaires.
« Monsieur, les cents chevaux de ce programme viennent de tout le pays ; nous avons des chevaux à vendre qui ont déjà pris quatre-vingt-dix kilos de muscles depuis leur arrivée, nous avons des coureurs de seconde zone qu’on a fait courir sur des genoux cassés, des tendons fléchis, nous avons quelques vainqueurs de stakes classés, donc vous reconnaîtrez les noms si vous lisez le Racing Firm. La seule chose qu’ils ont en commun est d’avoir été les rebuts d’encan, sauvés in extremis de l’abattoir. Environ cent mille chevaux sont abattus chaque année dans ce pays. On élève des pur-sang à hauteur de trente mille bêtes par an, par conséquent, pour un vainqueur de Stake, environ deux cents trotteurs partent à l’abattoir quand ce qu’ils gagnent ne compense pas ce qu’ils coûtent. On leur enfonce un clou de dix centimètres dans le front pour les assommer, puis on les suspend par une jambe arrière et on leur tranche la gorge, on les saigne. Je veux que vous ayez cela à l’esprit quand vous vous occuperez de ces chevaux – vous avez ici la possibilité de sauver des vies. Devenir groom est une vocation particulière. Les éleveurs élèvent des chevaux de plus en plus gros sur des jambes toujours plus faibles, les propriétaires vivent rarement au milieu de leurs bêtes, la plupart d’entre eux sont là pour l’argent ou pour la frime, les vétérinaires et les entraîneurs les chargent aux médicaments et les font courir, même quand ils sont blessés, quant aux jockeys ils se font un maximum de fric sur leur dos. Vous les entendrez tous raconter qu’ils aiment les chevaux, mais en ce qui me concerne, les seuls qui ont droit de dire une chose pareille, ce sont les grooms. Vous nourrissez les chevaux, vous les brossez, vous les caressez, donc vous pouvez dire que vous les aimez. Nous avons un vieux proverbe dans ce métier : « traite ton cheval comme un ami, pas comme un esclave. » C’est de cela que je parle. À présent, approchez , et venez rencontrer votre premier cheval. »

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Le sport des rois – C.E Morgan

Le salon de beauté – Melba Escobar

Bogotà de nos jours

Claire la narratrice est psychanalyste. Elle est née en Colombie puis est partie de longues années en France pays de ses parents. La cinquantaine elle rejoint la Colombie.
Lucia est une amie de Claire, elle vient de se séparer de son mari Eduardo. Toute sa vie elle a travaillé avec lui, elle écrivant des livres de développement personnel et lui apposant juste son nom dessus.
Karen a 24 ans, elle travaille à la Maison de la Beauté en tant qu’esthéticienne, elle cherche à économiser au maximum pour faire venir son fils de 4 ans qui habite chez sa mère, loin de Bogota.
Sabrina a 17 ans et se rend également fréquemment à la maison de la beauté pour des soins.

Sabrina, après une visite à l’institut, est retrouvée morte… l’enquête est bâclée et conclut à une overdose…les parents de la jeune fille engage un détective pour poursuivre les investigations.

Voilà un thriller qui est plus une chronique sociale de la Colombie qu’un roman policier.
Cette société est corrompue et les femmes fortement malmenées. Chaque chapitre est vu par une des protagonistes (de temps en temps par un des hommes).
Ces femmes m’ont émues et fait trembler.

Ce livre, dur mais passionnant, est porté en grand partie par la lumineuse Karen ….

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Des extraits

Comme la thérapeute ou le confesseur, l’esthéticienne doit faire vœu de silence.
Le fauteuil de soins tient du divan. Le corps de la femme y est sans défense dans une posture de don de soi. Obéissant à l’injonction « Détendez-vous, éteignez votre téléphone portable », elle entre en cabine, prête à déconnecter un moment. Pendant quinze minutes, une demi-heure, parfois plus, elle s’isole du monde, se connecte a son propre corps, au silence, et souvent a une intimité qui l’encourage à confier des choses qu’elle n’avoue a personne, pas même ses proches.

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Pour sa famille, ses amies et les gens qu’elle connaissait, coucher avec un préservatif revenait a se faire traiter de pute. « S’il y a de l’amour, il n’y a pas de capote », récitait dona Yolanda. Puis elle complétait sa phrase par l’une de ses nombreuses superstitions: « Quand un homme dit qu’il t’aime, regarde sa pupille. Si elle se dilate, c’est qu’il ment. » Nixon lui avait dit qu’il l’aimait et sa pupille n’avait pas bougé.

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Lu dans le cadre du mois organisé par Goran et Ingannmic

Challenge petit bac chez Enna (catégorie voyage) 
Mois du polar 2021 chez Sharon

Patagonie Route 203 – Eduardo Fernando Varela

LC avec Edualc – Coup de coeur –

Parker est camionneur en Patagonie, il sillonne de long en large l’Argentine ; souvent son camion est chargé de marchandises illicites et il prend par conséquent les petites routes. Un jour, il tombe par hasard sur une fête foraine (délabrée) et semble séduit par la jolie Maytén, guichetière au train fantôme.
On ne sait pas grand-chose du passé de Parker juste qu’à une époque il avait vraisemblablement une famille, femme et enfant. Pourquoi est-il seul dans cette contrée aride de Patagonie ?

L’ambiance de ce roman est souvent absurde, le premier village selon certains s’appelle Jardin Espinoso (jardin épineux) mais le premier être humain qu’interroge Parker nomme ce village El Succulento (Le succulent). Un dialogue étrange, surréaliste …et succulent…

Les premiers dialogues entre Parker et Maytén sont également en décalage : ils viennent de mondes diamétralement opposés et pourtant l’attirance est certaine et réciproque. Pour tout dire je me suis régalée de ce côté absurde et très surprenant…

Ce roman tour à tour fantastique, road movie, roman d’amour m’a enchantée. J’ai été plongée presque immédiatement dans la peau de Parker (un peu moins dans la vision de Maytén)

Il s’agit d’un livre qui montre une vie très rude que ce soit celle du camionneur qui passe son temps sur les routes ou que ce soit celle de Maytén qui s’est mariée avec Bruno pour échapper à la misère mais qui se retrouve dans une misère encore plus noire. Malgré cette vite rude où à chaque moment, on peut être bousculé par une rafale ou recouvert de cendres de volcan, les personnages poursuivent leur route s’adaptant aux situations étranges.

Les personnages secondaires sont également très bien campés que ce soit le journaliste, à la recherche de sous marins nazis, Bruno le mari de Maytén ou les deux sbires travaillant à la fête foraine.

Bref j’ai tremblé pour ces personnages… et j’ai ri aussi …comme Bruno, j’ai vu la lumière..

Une réussite, ce premier roman

Des extraits :

Bon, alors prenez la 210 jusqu’à trouver un arbre abattu. Si vous dépassez les trois jours, revenez en arrière, parce que vous serez allé trop loin. Au croisement, prenez à gauche, c’est l’affaire d’un jour et demi, deux s’il pleut.

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Le camion de Parker fendait l’air de sa proue, secoué par le vent, et les bâches qui couvraient la remorque se gonflaient, fouettées par une main invisible. Après une demie-journée de route, la plaine céda la place à de hautes falaises d’où l’on apercevait l’immense tapis bleu de l’océan, décoré de lignes d’écume blanche.

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Il frissonna en revoyant le jeune femme de près, au niveau du sol, dans ses vêtements qui moulaient son corps svelte, entourée de poupées en plastique, bouquets de fleurs artificielles, masques de carnaval, ballons de football, statue de la Vierge, vases, porte-photos avec paysages de montagne, bagues, colliers, bracelets fluorescents qui faisaient d’elle une déesse orientale vénérée sur son autel. Il y avait un contraste entre le visage pâle et son abondante chevelure ébène, comme deux forces se disputant le regard intense de ses yeux noirs, un conflit dans cette physionomie mêlant des traces autochtones à des traits venus de l’au-delà de l’océan.

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Lu également dans le cadre du mois organisé par Goran et Ingannmic

Challenge petit bac chez Enna (catégorie voyage) 
Et les coups de coeur chez Antigone