Que lire un 2 juillet ?

Aujourd’hui, 2 juillet, John l’Enfer ne s’intéresse pas aux molosses des Alleghanys. En temps normal, il se serait sans doute passionné pour cette affaire qui a de nombreux points communs avec l’exode du peuple Cheyenne abandonnant la région du haut Missouri pour s’enfoncer vers l’ouest. Mais depuis ce matin, trop d’événements se sont succédé ; et qui se contredisaient les uns des autres.
Il y a d’abord eu la visite des frères Robbins. John n’a pas rencontré ses avocats au parloir, mais dans une cellule spéciale équipée de tout le confort moderne : air conditionné, distributeur d’eau et de sodas, interphone relié avec le QG des surveillants. Bob et Jack paraissaient en grande forme. Ils étaient rasés de frais, portaient cravate et boutons de manchettes. Un homme grand et maigre les accompagnait ; John l’Enfer reconnut en lui un des notaires les mieux cotés de Long Island. En se relayant les avocats lurent à John les textes qui légalisait l’hypothèque de sa maison. Le notaire mit ses lunettes lorsque l’Indien apposa son paraphe au bas des documents. Jack prit les mains de John dans les siennes :
– Aussi facile que ça, mon vieux. Vous voilà à la tête de douze mille dollars.
Quand le candidat d’un jeu télévisé gagne douze mille dollars, on lui demande ce qu’il va en faire. La plupart des gens essaient alors d’avoir l’air intelligent ; ils parlent de réfections de toitures, de dons partiels aux organisations charitables. John l’Enfer n’eut pas besoin de réfléchir : Bob lui présenta aussitôt d’autres papiers qui transférait purement et simplement les douze mille dollars entre les mains des autorités judiciaires. Le Cheyenne ne les signa pas tout de suite :
– j’aimerais qu’on nous apporte du café. On le boirait tous ensemble, et après je donnerais l’argent.
Le notaire dit qu’il était logique qu’un homme voulût jouir le plus longtemps possible de la sensation de posséder douze mille dollars ; il ajouta que quatre cafés n’entameraient pratiquement pas la fortune provisoire de John l’Enfer.
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John L’Enfer – Didier Decoin

Que lire un 1er juillet ?

1er juillet. Vous fêtez le Canada, mais tu n’as pas le cœur à la fête. Tu es venu quand même. Maata a dessiné une feuille d’érable rouge sur la joue de Cecilia. Vous êtes arrivés ensemble, comme une famille. Tu as apporté de la Budweiser en canettes. Maata ne boit pas, tu bois pour deux.
Il y a tellement de gens, tu es étourdi.
La musique est forte : du country en inuttitut. Le drapeau du Canada est imprimé sur des chaises de camping. Un feu de camp où brûlent les vieilles palettes récupérées sur les chantiers. Pas d’arbres, pas de bûches.
Tu marches un peu, tu salues des cousins, des amis.
Tu ne vois pas de Qallunaat. Tu te détends légèrement. Tu n’as rien à craindre, Elijah, les Québécois du Sud n’ont pas souvent le cœur à la fête le 1er juillet, mais tu ne peux pas savoir, tu n’as jamais pensé que tu étais Québécois, tu es Canadien, comme la plupart des Inuits, tu écoutes de la musique en anglais, et des films en anglais, et des émissions de télévision en anglais.
Tu regardes Maata, tu te demandes si elle est déçue, tu cherches la réponse sur son visage, mais tu ne peux rien lire sur sa peau lisse. Tu la laisses parler avec ses copines, tu t’éloignes tranquillement de la fête.

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Nirliit – Juliana Léveillé-Trudel

Destination PAL 2020

Je ré-embarque avec Lililgalipette ici et le challenge Destination PAL de l’été 🙂
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1- Le champ de personne – Daniel Picouly
2- Geisha – Arthur Golden
3-Les buveurs de lumière – Jenni Fagan
4- Les vies parallèles de Boris Vian – Noel Arnaud
5- La beauté des jours -Claudie Gallay
6- Glaise – Franck Bouyse
7- Le chinois – Henning Mankel
8- David Golder – Irene Nemirovski
9- Mari et femme -Wilkie Collins
10- Les oubliés du dimanche – Valérie Perrin
11- La coquetière – Linda D Cirino
12- Du bout des doigts – Sarah Waters
et vous ? des lectures en perspectives ? Bizzzzzz

Que lire un 22 juin ?

À la caserne de Touggourt, on prend à peine le temps de répondre à la femme qui s’exprime moitié en français moitié en arabe, passe du vouvoiement ou tutoiement de manière incohérente, appelle « mon fils » le lieutenant qui s’est arrêté un instant pour l’écouter, touché, elle lui évoque sa grand-mère corse, elle est à la recherche du sien, de fils, il est tirailleur, Jacob Melki, il a une très belle voix et des cheveux châtains, une cicatrice sur le crâne côté gauche, il s’est cogné au coin de la table quand il avait un an et demi, il était sage mais plein de vie aussi, il avait dansé en battant des mains, perdu l’équilibre, c’est comme ça qu’il s’est cogné, il a beaucoup saigné, ça saigne tellement la tête, j’ai couru avec lui dans les bras jusqu’au dispensaire sans m’arrêter, sans respirer, maintenant il est soldat français, tu ne sais pas où il est, mon fils ? Le lieutenant demande à Rachel la date d’incorporation de Jacob, elle ne comprend pas le mot incorporation, il explique, quel jour votre fils est-il parti à l’armée ? Le 22 juin, à neuf heures il est parti, je ne l’ai pas vu depuis, je languis beaucoup. Le lieutenant se doute que Jacob est déjà prêt à accoster en Provence, il n’en dit rien Rachel, il pense qu’elle serait heureuse de savoir qu’elle peut le retrouver quelque part, elle vivra quelques jours encore en l’imaginant toute proche et non pas de l’autre côté de la mer face à l’ennemi allemand dont on dit que la cruauté est sans limites, il saisit un bordereau de l’armurerie, le feuillette, concentré, dit, Jacob Melki, oui, voilà, il est à la caserne d’Aumale.
La caserne d’Aumale, comme le lycée d’Aumale, c’est bon signe, songe Rachel, Jacob est protégé par le duc d’Aumale. Il avait de si bonnes notes, toujours dans les premiers, premier prix de récitation et deuxième prix de composition, il a pourtant raté l’école pendant deux ans quand on l’a renvoyé en 1941 parce que la France avait décidé que les juifs d’Algérie étaient de nouveau des Indigènes. Le directeur du lycée avait convoqué Jacob dans son bureau avec d’autres camarades dont la sonorité du nom ne laissait planer aucun doute sur leur qualité d’éléments irrémédiablement étrangers à la France. Je suis désolé, avait-il dit, ce sont les directives, les enfants juifs n’ont plus le droit de fréquenter nos établissements. Jacob l’avait regardé comme si on lui avait découvert une bosse dans le dos, il avait baissé la tête en murmurant mais comment va faire alors pour étudier, le directeur avait écarté les bras en lançant un coup d’œil en biais sur le portrait du Maréchal Pétain accroché près de la fenêtre. Dans la soirée, le professeur d’anglais, Monsieur Adda, était venu frapper à leur porte. Rachel était gênée de le recevoir dans un appartement aussi petit où on se cogne les uns aux autres, elle avait envoyé Madeleine et les enfants dans la chambre à coucher, Monsieur Adda avait fait semblant de ne rien remarquer, s’était assis sur une chaise comme s’il était dans la salle des fêtes de la mairie et avait dit : ce décret est une infamie. Tous avait hoché la tête vigoureusement sans comprendre, devinant qu’ils ne pouvaient qu’être d’accord avec le mot et le ton catégorique qui l’imprégnait. Nous aussi on nous a chassés du lycée, ils ne veulent plus de juifs, ni comme professeur ni comme élèves, alors on a décidé de continuer à donner des cours aux enfants, ça se passera chez moi, tu viendras tous les matins à neuf heures, avait-il précisé en fixant Jacob, et on leur prouvera que les juifs tiennent par-dessus tout à l’instruction. Ainsi, en étudiant quelques heures par jour dans l’appartement de Monsieur Adda, entassés dans la salle à manger avec ses camarades, Jacob avait appris tout le programme de seconde, les yeux rivés sur le dessin du tapis qui aimantait son regard, et l’année suivante, retournant au lycée après le débarquement américain, il avait même eu le premier prix d’anglais, à force de le chanter, il savait bien le parler, ça lui permettra sûrement de trouver une bonne situation, à mon Jacob, ma vie, Dieu le protège là où il est, à la caserne d’Aumale, maintenant la France ne le rejette plus, au contraire, elle le juge suffisamment français pour porter l’uniforme de son armée, il est lavé de la honte d’avoir été chassé de l’école.
Page 52 – 54

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Jacob, Jacob – Valérie Zenatti

Que lire cet été ?

Et moi, je serais volontiers resté parmi eux, dans la lumière douce et apaisante des lampes à abat-jour de soie rose saumon, mais il aurait fallu leur parler et jouer à la canasta. Peut-être auraient-ils accepté que je sois là, sans rien dire, à les regarder ? Je descendais de nouveau en ville. À neuf heures quinze précise – juste après les Actualités – j’entrais dans la salle du cinéma le Régent ou bien je choisissais le cinéma du Casino, plus élégant et plus confortable. J’ai retrouvé un programme du Régent qui date de cet été-là.

CINÉMA LE REGENT

Du 15 au 23 juin :
Tendre et violente Elizabeth de H. Decoin.
Du 24 au 30 juin :
L’année dernière à Marienbad de A. Resnais
Du 1er au 8 juil. :
R. P. Z appelle Berlin de R. Habib.
Du 9 au 16 juil. :
Le testament d’Orphée de J. Cocteau.
Du 17 au 24 juil. :
Le capitaine Fracasse de P. Gaspard-Huit.
Du 25 juil. au 2 août :
Qui êtes-vous, M. Sorge ? De Y. Ciampi.
Du 3 au 10 août :
La nuit de M. Antonioni.
Du 11 au 18 août :
Le monde de Suzie Wong
Du 19 au 26 août :
Le cercle vicieux de M. Pécas.
Du 27 août au 3 septembre. :
Le bois des Amants de C.Autant Lara

 

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Villa triste – Patrick Modiano

La famille Lament

Tout commence dans les années 50 en Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwé)
Nous découvrons à la maternité Julia Lament (et Howard, son mari, et le bébé qui n’a pas encore de nom)
Après un rebondissement que je ne citerai pas (mais qui m’a fait venir les larmes aux yeux), la jeune famille part à Bahrein pour le métier de Howard, ingénieur.
Julia élève le petit Will, 3 ans, et se lie d’amitié avec une américaine, Trixie, qui a un fils du même âge. A peine arrivé à un poste, Howard a la bougeotte et envisage un nouveau pays.
Ce sera ensuite la Rhodésie du Nord juste avant son indépendance pour devenir la Zambie, l’Angleterre, les USA. La famille s’agrandit…
La vie de cette famille est toute simple, parfois drôle, parfois triste …chaque déménagement est à la fois une aventure et une perte d’amitié. J’ai beaucoup aimé cette famille « normale » à qui je me suis attachée.. 18 ans d’une vie avec des événements historiques en filigrane afin de se situer dans le temps.

Le début et la fin m’ont semblé rocambolesques …
Déménager dans 4 pays différents en une dizaine d’années peut paraître peu habituel mais une fois qu’ils ont déménagé, finalement ils reproduisent la même « Cellule familiale » : « papa travaille, maman est à la maison » qui mE fait dire « famille normale»…

La quatrième de couverture salue ce premier roman de l’écrivain George Hagen en le comparant à John Irving. J’adhère à cette comparaison, on sent que l’auteur a mis de « l’âme » et de « l’amour » dans tout ce petit monde ….

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Un extrait :

« Les Etats-Unis sont un pays grossier, vraiment laid, dit-elle en regardant par une fenêtre dont le rebord était couvert de papiers de chewing-gum et de gobelets à soda. Je suppose qu’il faut en accepter les merveilles avec la vulgarité. L’esprit humain est comme ça après tout. » Elle aspira profondément, comme si cet esprit humain flottait dans l’air au-dessus du port de New-York. Puis elle lança à Will un coup d’oeil curieux.
« Tu es heureux, ici en Amérique? »
Will haussa les épaules. « L’Angleterre me manque. Tous les endroits dont je me souviens me manquent… Et aussi certaines des personnes que j’ai laissées.
– Vraiment? »
Will fit oui de la tête. « J’en rêve tout le temps.
-Moi aussi, je rêve de gens, avoua Rose. Même la personne la plus heureuse a des regrets. On ne peut pas se réjouir d’une journée de soleil si l’on n’ a jamais connu que des journées de soleil, pas plus qu’on ne peut pleurer la perte de quelqu’un qu’on n’a jamais rencontré. Le bonheur et la tristesse vont de pair.
-J’ai l’impression d’en savoir plus long sur la tristesse que sur le bonheur, dit Will.
-Je suis sûre que ça changera. »

 

Que lire un 6 juin ?

Contrairement à ce que croyait Pete Landry, Little Hawk n’avait pas véritablement gagné un aller simple pour l’Europe. Il avait remporté un aller et, si l’on peut dire, un demi-retour, car il avait laissé là-bas plus que son sang. Au sein de la tuerie, il avait perdu cette faculté qu’ont la plupart des hommes de distinguer le bien du mal et attrapé cette rage, plus rare, de l’homme prêt à tuer quiconque s’en prendrait à son fils, sa fille, son frère, son chien.
Le mardi 6 juin 1944, au terme d’une traversée fébrile sur le USS Augusta, Little Hawk avait participé à la première vague d’assaut de l’opération Neptune à Omaha Beach, en Normandie. Quelques lancinantes minutes après que sa barge avait accosté, il pensait à la fraîcheur des forêts de Moose Trap en serrant contre son torse le corps ensanglanté de son copain de caserne, Jim Latimer, le meilleur joueur de poker de la 1ère division d’infanterie de l’armée de l’oncle Sam, dont les cris résonnaient encore à ses oreilles, shut up , Jim, shut up, parmi la cacophonie délirante des mourants répondant aux détonations des armes. C’est Latimer qui lui avait alors sauver la vie, le corps brisé de Latimer, qui sursautait sous l’impact des balles, qui giguait dans les bras de Little Hawk. Latimer était mort depuis longtemps quand Little Hawk l’avait déposé sur le sable froid de Bloody Omaha, au milieu de dizaines d’autres garçons opposant la blondeur de l’Amérique à celle de la jeunesse aryenne, mais Little Hawk avait continué à lui parler pendant qu’il courait entre les projectiles, lui promettant qu’il le vengerait, qu’il l’arracherait à ce carnage, lui promettant la vie et l’impossible, la résurrection puis la félicité au sein d’une nature éternelle. (Page 57-58)

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Bondrée – Andrée A Michaud

Que lire un 10 juin ?

Son bras s’ornait d’un tatouage, la lettre C.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda-t-elle. C’est ta femme ? Connie ? Corinne ?
– C’est pour Caire », répondit-il en se lavant la figure.
Quel nom exotique, songea-t-elle, envieuse – juste avant de se sentir rougir.
« Je suis complètement idiote. »
Un italien de trente-quatre ans, originaire de la partie nazie du monde… Bien sûr qu’il avait fait la guerre. Du côté de l’Axe. Il s’était battu au Caire ; le tatouage servait de trait d’union entre les vétérans allemands et italiens de cette campagne – la défaite des armées britannique et australienne sous le commandement du Général Gott, face à Rommel et ses Afrika Korps.
Juliana regagna la salle de séjour, où elle refit le lit. Ses mains volaient.
Les affaires de Joe était empilées avec soin sur une chaise : des vêtements, une petite valise, quelques objets personnels. Y compris une boîte recouverte de velours qui ressemblait assez un étui à lunettes. La jeune fille la prit et l’ouvrit, par curiosité.
Oui, tu as du te battre au Caire… Elle contemplait une Croix de fer de deuxième classe, gravée de l’inscription 10 JUIN 1945. Ce genre de décorations ne courait pas les rues ; elles étaient réservées aux plus courageux. Je me demande ce que tu as fait… Tu n’avais que 17 ans, à l’époque.
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La maître du haut Château – Philip K Dick

S.O.S – Joseph Connolly

Londres-new-York : 6 jours sur le Transyslvania – un paquebot de croisière !

Nicole a gagné la « croisière de sa vie » et embarque mari (alcoolo) et 2 ados à bord. Tom a perdu son épouse Mary et embarque seul.
Dwight et Marlene rentrent à New-York avec leurs deux ados après un périple autour du monde
Aggie et Nobbie, retraités, embarquent enthousiastes pour leur 17eme croisière.
Jennifer et Stacy (mère et fille) ont choisi de se rendre au mariage de la soeur de Jennifer, qui réside à New-York
, en bateau car Jennifer est « phobique en avion »
Jilly et Sammy sont en couple et tous les deux barmaid et barman sur le Transylvania.
Steward est l’assistant du capitaine du navire (au bord de la dépression).
J’ai beaucoup ri avec ce roman : il y a une reconstitution de scène du film Titanic (pour Jennifer et Earl) , des (mini)drames de la cinquantaine (Dwight, l’américain millionnaire et David l’anglais complètement fauchés sont « gratinés »), des quiproquos en tout genre entre les protagonistes, des amours éphémères qui se jouent lors de ses 6 jours.
Le ton est délicieusement ironique : Chacun en prend pour son grade et on se demande qui va finir par dessus bord avant l’arrivée à New York ….

 

un extrait

Comme Charlene exprimait son plaisir sans mesure à faire la connaissance de David, Nicole tendait la main à Dwight, tout en sifflant à l’adresse de son mari, non sans hostilité :
« Tu pourrais au moins me présenter, David. Bonsoir, Dwight –enchantée. Je suis Nicole. Charlene me disait que vous ne partagez guère notre enthousiasme pour la Royal Navy–nos petits cols-bleus. C’est vrai ?
– Il ne s’agit pas des vôtres – c’est la marine en général qui ne me dit pas grand-chose. L’armée de terre – ça c’est un truc d’homme. Enfin d’après moi, hein.
– Dwight, sourit Charlene, est un vét’ du Vietnam. N’est-ce pas, Dwight ? » Nicole ouvrit des yeux immenses, tout brillants d’approbation.
« Oh, par exemple, mais c’est extraordinaire. Je trouve ça merveilleux.» Puis à l’adresse de David : « tu entends ça, David ? » (Évidemment qu’il avait entendu.)
« Je trouve simplement fantastique que quelqu’un se donne la peine de s’occuper des animaux dans un pays si terriblement bizarre. Ce n’est pas trop inconfortable ? De vivre là-bas ? Et cette histoire de guerre, là, ça ne vous a pas trop compliqué la vie ? » Dwight la fixait sans rien dire – et c’est David qui déclara » (pour eux deux) :
« On y va ? »
Dwight eut un bref hochement de tête. «On y va. »

L’homme-dé – Luke Rhinehart

Le narrateur est psychiatre, à New-York
Il est jeune (32 ans), marié, deux enfants de 25 et 20 kilos, un brin dépressif (il alterne entre euphorie, idées de viol et de meurtre ou encore de suicide) . Madame ne travaille pas et cela n’a pas l’air de trop fonctionner dans le couple. Côté professionnel, il s’entend moyennement avec son associé (jalousie réciproque ?). Un jour de déprime, il joue ses futures actions aux dés : 1- je reste chez moi, 2-je vais violer la voisine (et femme de son confrère psychiatre) etc…
Puis cela devient une spirale infernale et il ne peut plus RIEN faire sans laisser les «choix» aux dés.

Le narrateur est Luke Rhinehart et l’auteur aussi, ce qui rend la lecture étrange : où commence le roman ? où commence la fiction ?
Luke Rhinehart (l’auteur ou le personnage? ) sont parfois drôles parfois lugubres et inquiétants. Comme par exemple quand il initie son fils de 7 ans aux dés ! Pauvre môme : faire ça à un môme !
Pour les adultes qu’il essaie « d’initier » aux « dés » , cela ne m’a pas gêné , chacun a son libre arbitre une fois adule (ou croit l’avoir) mais pas les enfants !

Hormis ce passage qui m’a un peu gênée, j’avoue être admirative du style de l’auteur : c’est fou ce qu’un petit mot comme dé peut modifier des mots : Luke dé-vit (dé-vie) , prends des dé-cisions, invoque Dé à la place de Dieu dans certaines phrases …des filles o-dé-o-dé s’effeuillent….

Il y a une séance de psychanalyse entre Luke et Jacob son associé qui m’a beaucoup fait rire (où comment les associations de mots font dire n’importe quoi sous couvert d’un pseudo « réalité » psychanalytique). Dans une autre scène, Luke est déclaré « guéri » alors que le lecteur sait déjà quelle énormité Luke s’apprête à faire.

Ce livre est paru au tout début des années 1970 et il y a en toile de fonds les blacks panthers, Nixon , la guerre du Vietnam, la libération sexuelle …

Un livre a la fois dé-sopilant et dé-structuré …

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Extrait :

« Le travail de votre fils est fort en progrès. Ses compositions d’histoire sont de nouveau sympathiquement bourrées d’erreurs, et sa conduite est parfaitement instable (très bien). Ses maths sont encore un peu forcées côté précision mais son orthographe est un vrai plaisir. J’ai particulièrement apprécié qu’il écrive « démocrassie » avec « 2 s »