Trouvez le titre et l’auteur – 29 août

– Ah, le bon temps, Nacho, le bon temps…Pour rien te cacher, c’est l’époque de ma vie que je me souviens le plus, c’est le meilleur temps de ma vie. Je faisais le péon, mais quand j’ai su que le cirque Lobandi était au village, j’y suis allé. Nelia Nelki habillée en homme montait un cheval blanc qui avait la queue tellement longue qu’elle traînait par terre. Puis Lobandi en personne, le seul, l’unique, il montait sur le cheval en l’attrapant par la queue, et pendant que le cheval tournait au son de la musique, il ôtait vingt-cinq gilets de couleurs différentes. Et Scarpini, le fameux clown argentin… Et après, il y avait un numéro terrible dans une cage qui tenait toute la piste, avec un lion africain en liberté, le dompteur et un cheval noir comme du charbon. Et puis la fameuse Pyramide humaine des frères Lopresti… Alors je me suis dit : Moi je pars avec ce cirque-là, et advienne que pourra.
– Et ils t’ont mis dans la Pyramide humaine ?
– Allons, voyons, Nacho, comment qu’ils m’auraient mis dans la Pyramide, si je savais rien faire ? Qu’est-ce que tu crois que c’est un cirque ? C’est très sérieux, un cirque. Ils m’ont engagé comme péon. J’enlevais le crottin des chevaux, je balayais le chapiteau, un peu de tout, tu vois. Valet d’écurie, quoi. Mais quand il y avait représentation, j’avais l’uniforme avec les galons dorés et le képi, ils nous faisaient faire la haie de chaque côté, comme un couloir, et les athlètes, les chevaux, les chiens savants, les clowns, ils passaient entre nous.

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Trouvez le titre et l’auteur – 28 août

D’abord, on était en octobre, mois très spécial pour les petits garçons. Un mois très spécial, cela n’a rien d’exceptionnel, mais peut être en bon ou en mauvais, comme disent les bonnes gens. Septembre, par exemple, est un mauvais mois : c’est la rentrée des classes. Mais août c’est bon : l’école est encore fermée. Pour juin, il n’y a pas l’ombre d’un doute, c’est le mois le meilleur, celui où les portes des classes s’ouvrent et où septembre est encore à un million d’années de distance.

Mais prenons octobre. La rentrée, c’est déjà du passé, on commence à avoir la bride sur le cou. On trottine gentiment. On peut trouver le temps déjà de penser à la poubelle que l’on ira vider sur la porche du père Prickett et au bal de l’Association chrétienne des jeunes gens, au dernier jour d’octobre, où ce serait amusant d’arriver en singe velu. Et vers le 20 du mois, quand tout prend une odeur de fumée, sous un ciel orangé et gris cendre au crépuscule, on se dit que la Toussaint et les Trépassés n’en finissent pas d’arriver, avec leurs pluies tombant en hallebardes et assourdissant les roulements du tonnerre.

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Trouvez le titre et l’auteur – 27 août

chamadaire

Au début, la locomotion à dos de Chamadaire me posa quelques problèmes. Se promener sur le dos de cet animal n’est pas vraiment confortable et exige une grande habitude.
Tandis que le cheval donne l’impression de se mouvoir sur un air de musique classique, le Chamadaire, lui, semble avancer au rythme d’un tambour battu par un ivrogne. Il place ses pattes de façon tout à fait aléatoire, avançant tantôt une patte avant, tantôt une patte arrière, si bien qu’il se fait sans cesse des croche-pieds à lui même. Il vacille vers la droite, titube vers la gauche, tombe à genoux, se redresse …
S’il m’est arrivé une fois dans ma vie d’éprouver quelque chose comme le mal de mer, ce n’était pas à bord d’un navire sur un océan quelconque, mais bien au beau milieu du désert à dos de Chamadaire.

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Trouvez le titre et l’auteur – 26 août

Ayant, comme on le voit, complètement perdu l’esprit, il lui vint la plus étrange pensée que jamais fou ait pu concevoir. Il crut bon et  nécessaire, tant pour l’éclat de sa propre renommée que pour le service de sa patrie, de se faire chevalier errant, et d’aller par le monde, avec son cheval et ses armes, chercher les aventures, comme l’avaient fait avant lui ses modèles, réparant, comme eux toutes sortes d’injustices, et s’exposant aux hasards et aux dangers, dont il sortirait vainqueur et où il gagnerait une gloire éternelle. Le pauvre se voyait déjà récompensé de sa vaillance et couronné, pour le moins empereur de Trébizonde. Emporté par le plaisir singulier que lui procuraient des pensées aussi agréables, il ne songea plus qu’à mettre son projet à exécution.
Pour commencer, il nettoya une armure qui avait appartenu à ses aïeux, toute moisie et couverte de rouille, et qui  gisait depuis des siècles, oubliée dans un coin. Il en fourbit les pièces et les remit en état du mieux qu’il put. Mais, s’apercevant qu’il en manquait une d’importance – car en guise de heaume, il  n’y avait qu’un simple casque -, il y suppléa par son ingéniosité en fabricant avec du carton, une sorte de visière, qui s’emboîtant dans le casque,donnait l’apparence d’un heaume. Il voulut alors s’assurer de sa solidité et de sa résistance au tranchant d’une lame, tira son épée, et au premier coup qu’il lui asséna, défit le travail d’une semaine. Jugeant la visière un peu trop facile à mettre en pièces, et pour s’assurer contre un tel risque, il en fit une nouvelle, renforcée au dedans avec des tiges de fer ; content de son travail et ne voulant pas renouveler l’expérience, il décréta qu’il possédait le plus parfait des heaumes.
Il alla ensuite voir sa monture. La pauvre bête avait  plus de tares que d’années, et plus de défauts que le cheval de Gonèle, cui tantum pellis et ossa fuit, mais il lui sembla que ni le Bucéphale d’Alexandre, ni le Babiéca du Cid, ne pouvaient lui être comparés. Il passa les quatre jours qui suivirent à se demander quel nom il lui donnerait ; car, il était juste, selon lui,  que cheval d’un si fameux chevalier, et si bon par lui-même, portât un nom connu de tous qui ferait comprendre ce qu’il avait été avant d’appartenir à un chevalier errant et ce qu’il était désormais : quand le maître changeait de condition, il convenait que son cheval changeât de nom  et en prît un, célèbre et pompeux, qui s’accordât avec son  nouvel état et avec le métier qu’il allait exercer. C’est ainsi, qu’après avoir compose, effacé, retranché, ajouté, tourné, retourné mille noms dans sa tête, il lui donna celui de Rossinante, qui lui paru noble et sonore, et signifiait clairement que sa monture avait été antérieurement une simple rosse, avant de devenir, la première de toutes les rosses du monde.

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Trouvez le titre et l’auteur – 25 août

La nounou est revenue avec les enfants, et je continue à explorer mes papiers. Je commence à me faire à l’idée de fouiller dans mes propres affaires comme une étrangère. Je ne peux pas continuer longtemps, car j’ai été capturée en pleine lecture par un Indien de huit ans. Je suis attachée à une chaise par sa squaw qui pousse des cris perçants, et rassurée par une petite haute comme trois pommes qui vient me caresser les mains, inquiète de voir les deux grands gesticuler autour de moi avec des danses sauvages.

Rien n’arrive à me détacher de la fascination que ces trois enfants exercent sur moi. Je suis captée par leurs jeux. Je les observe. Ils me replongent dans des souvenirs d’enfance très précis, dans lesquels les rebords d’un lit assez haut étaient des chevaux bien dressés, qui m’obéissaient au doigt et à l’œil. Mon frère et moi les montions sans selle et, d’un petit coup sur les flancs, indiquions la direction aux braves bêtes, qui sautaient n’importe quel obstacle sans sourciller. La proximité du matelas nous permettait de nous jeter sans danger de notre « cheval » pour ramper par terre, quand il arrivait que l’ennemi nous tire dessus à l’improviste. La mémoire de mon enfance semble toujours intacte et ça me rassure de m’y replonger comme dans une eau tiède et douce.

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Trouvez le titre et l’auteur – 24 août

Volontairement coupé des siens, il avait voulu ériger un empire dont il aurait été le roi.  Son hospitalisation lui prouvait qu’il en était l’unique sujet. Personne n’avait assez d’affection, de patience pour l’écouter ruminer ses sombres perspectives  : la morsure du chien réveillait ses démons endormis. 1075 ne se connaissait aucun ami. Prouver qu’il était le meilleur le détachait du monde, nourrissait son rêve d’avoir assez de force pour aller plus vite, plus loin, plus fort. Déshonorer le contrat qu’il avait signé avec lui-même était un aveu de faiblesse insupportable. Sa jambe ? Un détail ; il ne digérait pas sa défaite.  Il se sentait comme un cheval de compétition enfermé dans son box avant la course. Son lit, prison de plume et  de coton, l’empêchait d’accomplir sa mission : s’imposer. A l’hôpital, il ne pouvait plus puiser son énergie dans l’écusson flamboyant brodé sur son torse. Une blouse bleue nuit ouverte sur son postérieur nu le remplaçait.

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Trouvez le titre et l’auteur – 23 août

Dans un peu plus de cinq jours, elle retrouvera sa vie à Saint-Pétersbourg ; ce sera une réception pour notre retour, puis elle tentera de retenir Père aussi longtemps que possible en ville avec nous. Lui ne rêve que de passer le printemps et l’été à la campagne, dans notre propriété de Navorotchok, « les Alouettes », comme disent les Français en avançant les lèvres en cul-de-poule.
Cinq jours, enfermés dans ces compartiments et ces salons roulants, cinq journées interminables et fades, jalonnées par ces noms de villes qui s’affichent le long des voies ferrées, où nous ne nous arrêterons jamais, condamnés à demeurer des syllabes entrevues et dénuées de sens. Nos principales étapes seront, comme toujours, Dijon, Paris, Berlin, Varsovie et Moscou, avec ces sempiternels changements de locomotive. Cinq jours avant de revenir à la vie. Retrouver Younka, ma jument, partir avec elle en longues chevauchées, ou accompagner Père à la chasse et me réjouir de l’arrivée du printemps sur nos terres, de la vie qui finit par triompher de la glace et du froid. Et bien sûr, il y a une autre raison qui fait battre mon coeur.

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Trouvez le titre et l’auteur – 22 août

Et toute griffe, toute dent, toute corne dans la nature semblait nous être ennemie. Nous voulions nous considérer comme animaux du sol, mais il nous fallait regrimper dare-dare sur un arbre dès que nous nous trouvions dans le moindre pétrin. Nous devions toujours, dans une grande mesure, vivre de légumineuses, de baies ou de racines ; et, pour arrondir notre ration de protéines, nous étions bien contents d’une larve ou d’une chenille. Et quoique pour soutenir notre croissance physique nous eussions désespérément besoin d’aliments énergétiques, nous souffrions toujours d’une pénurie chronique à cet égard. C’était pourtant cela qui nous avait fait quitter la forêt pour la plaine : on y trouvait abondance de viande. L’ennui, c’était qu’elle était toute sur quatre pattes. Et d’essayer de chasser la viande sur quatre pattes (bison, buffles, impalas, oryx, gnous, bubales, gazelles, pour ne mentionner que quelques mets dont nous aurions aimé faire notre ordinaire), quand on essaie de se tenir soi-même difficilement sur deux, c’est littéralement un jeu d’andouilles. Or nous étions bien obligés de nous mettre debout, pour regarder par-dessus l’herbe haute de la savane. Parfois surprenait un grand ongulé, un zèbre ou un cheval, mais qu’en pouvait-on faire ? Cela vous donnait des coups de pied. Ou bien on parvenait à mettre aux abois une bête boiteuse, mais elle vous présentait ses cornes, et il fallait une horde de pithécanthropes pour la lapider à mort.
Moyennant une horde, oui, on arrive à forcer le gibier, à l’encercler. Seulement voilà : si vous voulez garder une horde assemblée, il vous faut la nourrir, ce qui suppose un approvisionnement considérable. C’est là le plus ancien cercle vicieux en matière d’économie. Une équipe de chasseurs est nécessaire pour obtenir le moindre tableau décent. Mais pour obtenir l’équipe il faut pouvoir lui assurer un tableau régulier. Tant que ça reste irrégulier, vous n’arrivez pas à tenir ensemble un groupe qui dépasse trois ou quatre. Vous voyez le problème.

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Trouvez le titre et l’auteur – 21 août

Le pas d’un cheval remonte la vallée solitaire et fait naître, dans le silence des gorges, de vastes échos ; au sommet des rochers, les broussailles sont immobiles, immobiles aussi les petites herbes jaunes, et les nuages eux-mêmes avancent dans le ciel avec une lenteur particulière. Le pas du cheval s’élève tout doucement le long de la route blanche, c’est Giovanni Drogo qui retourne au fort Bastiani.
Oui, c’est bien lui, maintenant qu’il est plus près, on le reconnaît bien, et, sur son visage, on ne lit nulle douleur particulière. Il ne s’est donc pas révolté, il n’a pas donné sa démission, il a avalé cette injustice sans broncher et il retourne à son poste habituel. Au fond de son âme, il y a même la timide satisfaction d’avoir évité de brusques changements dans sa vie, de pouvoir reprendre telles quelles ses vieilles habitudes. Il compte même, ce Drogo, sur une gloirieuse revanche à longue échéance, il croit avoir encore devant lui un laps de temps infini, il renonce ainsi à la mesquine lutte pour la vie quotidienne. Le jour viendra, pense-t-il, où tous les comptes seront réglés avec générosité. Mais, en attendant, les autres arrivent, ils se disputent âprement le pas afin d’être les premiers, ils dépassent en courant Drogo, sans même se soucier de lui, ils le laissent derrière eux. Lui les regarde disparaître au loin, perplexe, assailli de doutes insolites : et si, en réalité, il s’était trompé ? S’il n’était qu’un homme quelconque à qui ne revient de droit, qu’un médiocre destin ?

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Trouvez le titre et l’auteur – 20 août

Weary trimbalait un bloc de balsa qu’on disait être un oreiller de tranchée. Il avait un étui prophylactique qui contenait deux préservatifs résistants « Réservé à la prévention des maladies vénériennes! ». Il possédait un sifflet qu’il ne ferait voir à personne avant d’avoir été promu caporal. Et aussi la photo porno d’une femme essayant de s’accoupler avec un poney Shetland. Il avait obligé Billy Pilgrim à l’admirer plusieurs fois.

Le femme et le poney tenaient la pose devant des portières de velours frangées de glands. Ils étaient flanqués de colonnes doriques. Devant l’une d’elle, un palmier en pot. C’était une reproduction de la première photo pornographique mentionnée dans les annales. Le mot « photographie » apparaît en 1839, et c’est cette même année que Louis J.M. Daguerre communique à l’Académie française qu »une image formée sur une plaque métallique argentée recouverte d’une mince pellicule d’iodure d’argent peut être développée en présence en présence de vapeur de mercure.
En 1841 tout juste deux ans plus tard, un assistant de Daguerre, André Le Fèvre est arrêté aux Tuileries pour avoir tenté de vendre une image de la femme et du poney. C’est aussi là que Weary avait acheté la sienne, aux Tuileries. Le Fèvre soutenait que c’était de l’art et qu’il s’attachait à faire revivre la mythologie grecque. D’ailleurs les colonnes et le palmier étaient là pour le prouver.
Interrogé sur mythe qu’il prétendait représenter, Le Fèvre jura qu’il en existait des milliers de similaires, dans lesquels la femme était une mortelle et le poney un dieu.
On le condamna à six mois de prison ferme. Il y mourut de pneumonie. Ainsi vont les choses.

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