L’avocat, le nain et la princesse masquée – Paul Colize

Le titre de ce polar m’a fait penser au film «le bon, la brute et le truand ». On n’en est pas loin car chaque chapitre a un titre de film.
Sur le fond c’est un polar assez classique avec une erreur judiciaire au début, le héros avocat est accusé du meurtre d’un splendide mannequin. Il prend la fuite et commence un périple digne de George Kaplan : de l’action, des sueurs froides (!), des aéroports, des méchants bas du front (joueurs de foot :-)), des paris truqués, un deuxième meurtre, un chantage…

Un livre qui ne me laissera pas un souvenir impérissable mais plutôt un souvenir (plaisant) de  parodie avec une enquête menée tambour battant et du suspense : le nain arrive à la toute fin, juste avant que Fantomette soit démasquée 🙂

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Et comme j’aime bien les listes voici les films en question (titres des chapitres)

La fiancée du pirate / Parfum de femme / Nuit d’ivresse / Le facteur sonne toujours deux fois / Very bad trip / Garde à vue / L’impasse / L’ombre d’un doute
La mort aux trousses / La femme d’à côté / La clef des champs / Le procès / Le fugitif / Fenêtre sur cour / Jeux interdits / Le faussaire / L’été meurtrier / Nuit et brouillard / A bout de souffle / Le fil du rasoir / Plein sud / La fièvre du samedi soir / Casablanca / L’aveu / Protocole fantôme / L’étau /Un taxi pour Tobrouk / Un thé au sahara / Chambre avec vue / L’échange / Un moment d’égarement / Duel / Le grand alibi / L’arnaque / Sueurs froides / L’appât / Conversation secrète / La nuit du chasseur / La main au collet
Une journée en enfer / Deux hommes dans la ville

Un extrait (prologue)

Le mariage est la principale cause de divorce.
Sans le premier, le second n’aurait jamais vu le jour. L’affaire se limiterait à une séparation assortie de quelques larmes ou de vagues reproches. La vie reprendrait ensuite son cours et chacun poursuivrait son chemin la tête haute.
Un coup de gueule fielleux ou un suicide avorté viendrait de temps à autre troubler l’ordre des choses, mais ce ne seraient que des cas isolés.
Il n’y aurait pas ces discussions orageuses, ces règlements de comptes miteux, ces débats houleux, ces polémiques sordides, ces déballages impitoyables et ces vaines tentatives de réconciliation. Il n’y aurait ni palabres interminables, ni négociations nauséeuses pour la garde du chien ou la répartition de la vaisselle.

Le mois belge est chez Anne …et le challenge polar chez Sharon

Que lire un 4 avril ?

Ce qu’il allait commencer, c’était son journal. Ce n’était pas illégal (rien n’était illégal, puisqu’il n’y avait plus de lois), mais s’il était découvert, il serait, sans doute, puni de mort ou de vingt-cinq ans au moins de travaux forcés dans un camp. Winston adapta une plume au porte-plume et la suça pour en enlever la graisse. Une plume était un article archaïque, rarement employé, même pour les signatures. Il s’en était procuré une, furtivement et avec quelque difficulté, simplement parce qu’il avait le sentiment que le beau papier crème appelait le tracé d’une réelle plume plutôt que les éraflures d’un crayon à encre. À dire vrai, il n’avait pas l’habitude d’écrire à la main. En dehors de très courtes notes, il était d’usage de tout dicter au phonoscript, ce qui naturellement, il était impossible pour ce qu’il projetait. Il plongea la plume dans l’encre puis hésita une seconde. Un tremblement lui parcourait les entrailles. Faire un trait sur le papier était un acte décisif. En petites lettres maladroites, il écrivit :
4 avril 1984
Il se redressa. Un sentiment de complète impuissance s’était emparé de lui. Pour commencer, il n’avait aucune certitude que ce fût vraiment 1984. On devait être aux alentours de cette date, car il était sûre d’avoir trente-neuf ans, il croyait être né en 1944 ou en 1945. Mais, par les temps qui couraient, il n’était pas possible de fixer une date qu’à un ou deux ans près.

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1984 – Georges Orwell 

 

 

La femme du tigre – Téa Obreht

Natalia est en voyage avec son amie Zora quand elle apprend que son grand père est décédé. Elle hésite à interrompre son voyage mais poursuit finalement : les deux jeunes femmes sont médecins et vont dans un orphelinat du pays voisin pour vacciner les enfants. Elle pense pouvoir remplir sa mission et revenir à temps pour les funérailles.
Commence pour Natalia la remontée de souvenirs du temps passé avec son grand père, au zoo pour observer les tigres, à la maison…. Natalia avait 14 ans quand la guerre a commencé (Guerre de Yougoslavie).
Avec l’adolescence leurs liens s’étaient distendus mais elle était restée tout de même très proche de ce grand-père, médecin lui aussi.

J’ai beaucoup aimé les parties « réalistes » du roman quand Natalia raconte la guerre qui se rapproche, la découverte, à 15 ans, de sa vocation de médecin.
J’ai moins aimé par contre les digressions avec les souvenirs « fantastiques »  de son grand père : l’histoire par exemple de l’homme-qui-ne-meurt-pas, l’histoire du tigre que le grand père aurait rencontré quand il avait 9 ans.
Et puis une fois réalisé que je ne pourrai pas tout comprendre (pour cause de réalisme magique) j’ai laissé de côté toute rationalité et plus profité de cette lecture (l’histoire de la femme du tigre (et du titre) prend de l’ampleur et devient passionnante…

En conclusion : un avis un peu mitigé pour ce premier roman mais des circonstances de lecture qui ne sont pas favorables (confinement), je vais essayer de lire des livres plus gais….ça tombe bien j’ai « les intermittences de la mort » dans ma PAL …:-)

 

Quelque extraits

Quand un homme meurt, il a peur et te prend tout ce dont il a besoin; ça fait partie de ton boulot de médecin de le lui donner, de le consoler, de lui tenir la main. Les enfants, eux, meurent comme ils ont vécu – dans l’espoir. Ils ne savent pas de quoi il retourne, si bien qu’ils ne s’attendent à rien, ils ne te demandent pas de leur tenir la main – et, à la fin, c’est toi qui as besoin qu’ils serrent la tienne. Face aux enfants, tu ne peux compter que sur toi.

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Dans l’esprit de mon grand-père, le diable recouvrait bien des notions. Le diable, c’était Leši, le lutin rencontré dans les prés, qui vous réclamait des pièces de monnaie -envoyez le promener et il mettra la forêt sens dessus dessous au point que vous n’y retrouverez plus votre chemin. Le diable, c’est aussi Crnobog, le dieu cornu qui convoquait les ténèbres. Quand vous faisiez des bêtises, vos aînés vous envoyaient au diable. Vous-même n’aviez le droit d’envoyer quelqu’un au diable que si vous étiez bien, bien plus âgé que lui. Le diable, c’était enfin le fils cadet de Baba Roga, qui caracolait sur un cheval noir dans le bois et que l’on connaissait sous le nom de Nuit.

 

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice

Challenge animaux du monde chez Sharon et Challenge Petit bac  chez Enna – catégorie « animal »

Que lire un 1er avril ?

Une fois par semaine, je redécore la vitrine. Les passants me voit au travail, le cœur à l’ouvrage, tenant mon rang, honorant mon nom : ils me saluent et je réponds. Je sème de la neige à Noël, des oeufs à Pâques, des crêpes à la Chandeleur, des chars miniatures le 8 mai. Chaque année, l’union des commerçants du quartier me décerne son premier prix. J’ai ma semaine égyptienne, avec des pyramides en pots de peinture et des promos sur le papyrus encollable, ma quinzaine « vacances » avec transats, parasols et barbecues disséminés sur des dunes en vrai sable. Mais la vitrine que je préfère est celle de la Fête des Pères. Je dispose des tronçonneuses, des scies sauteuses, des couteaux électriques ; de quoi découper toute la petite famille, donner aux malheureux géniteurs des idées de boucheries vrombissantes, de carnages pittoresques au milieu des guirlandes et des calicots « Bonne fête papa ! ».
En sortant de l’école, les enfants viennent me regarder composer mes décors. Je leur fais des grimaces et ils rigolent. Entre deux clients, Fabienne sort les chasser à coup de torchon. Dès qu’elle est rentrée, mes spectateurs reviennent. Je me passe un bois de cabinet autour du cou, je leur fais Guignol avec des gants de jardinage Multiflex, je les mitraille avec une perceuse, ils me visent avec leurs doigts et je meurs sous les spots au milieu des fleurs en papier, dans des souffrances abominables qui intéressent les passants quelques secondes, tandis que les petits s’esclaffent. J’aime tellement le rire des enfants. Mon fils ne rit jamais. Consterné par mon ridicule, il passe devant mes vitrines en détournant les yeux. Lorsqu’il m’arrive d’aller le chercher à l’école, il fait semblant de ne pas me voir. Je respecte sa honte et je le suis à dix pas.
Des rideaux verts séparent mes vitrines du magasin, et je les tire pour mes représentations. Fabienne, qui sait à peu près ce qui se passe derrière, affiche un air résigné dans raffolent les clients. « Ma pauvre Madame Lormeau», soupirent-ils en glissant des regards en biais dans ma direction, et elle leur fait un prix. Tous les habitués le savent et, les jours de vitrine, la quincaillerie est pleine. Fabienne profite de l’apitoiement pour écouler ses invendus. Au bout du compte, le commerce s’y retrouve, mes tentatives de mutinerie finissant malgré moi en campagnes promotionnelles.
Une seule fois, un 1er avril, j’ai réussi à déstabiliser ma femme, par une pancarte « fermé pour inventaire ». Fabienne est restée toute la matinée derrière le comptoir, torturée par l’incompréhension, rongeant ses ongles et bousculant ses vendeurs figés dans l’inaction. Quand elle sortait pour guetter le client, j’escamotais la pancarte et je continuais paisiblement d’améliorer ma vitrine de printemps, plantant mes cannes à pêche sous mon pommier de plastique en fleur.

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La vie interdite – Didier van Cauwelaert.

Le confinement a-t-il « un goût de fenêtre » ?

Bonjour à tous 🙂

Je vous invite à chercher « fenêtre » dans vos lectures et vos blogs et à y déposer vos extraits chez « Lire peu ou Proust »

Bon confinement

Bisessss

Lire peu ou Proust

CVT_LAmour-aux-temps-du-cholera_4786Dans mon Tour du monde en 50 romans (écrit, relu, bon à tirer signé et qui sortira quand il pourra comme tout le monde, éditions Ellipses) figure L’Amour au temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez.

Parmi les 3 raisons de le lire encore, j’ai mis que c’était l’occasion de savoir qu’il existe « un goût de fenêtre ».

«  Ce repas a été préparé sans amour. » Il parvenait, dans ce domaine, à de fantastiques états d’inspiration. Une fois, à peine eût-il goûté à une tasse de camomille qu’il la rendit avec une seule sentence : « Ce machin a un goût de fenêtre. » Elle fut aussi surprise que les servantes car elles ne connaissaient personne qui eût bu une fenêtre bouillie, mais lorsqu’elles goûtèrent la tisane pour tenter de comprendre, elles comprirent : elle avait un goût de fenêtre. »

Hum…Je ne sais pas si c’est de bon goût maintenant.

Voir l’article original

Le pianiste – Wladyslaw Szpilman

Récit – 1939-1945 Varsovie – Récit autobiographique qui commence avec l’attaque de Varsovie par l’armée nazie et finit par la « libération » de la ville par les russes.

Ce livre est paru une première fois en 1946 et constitue donc un témoignage unique et effrayant du martyre de Wladyslaw, de sa famille  et aussi de toute une ville …presque 500 000 personnes dans ce ghetto dont seule une poignée survivra …
Comment survivre à tant d’exactions et continuer à vouloir vivre ? quelle force a eu Wladyslaw Szpilman !

Wladyslaw va survivre pendant 5 longues années : au début, grâce à une famille soudée et ensuite (après la déportation de sa famille à Treblinka) grâce à une formidable volonté (et aussi l’aide de quelques amis).

Presque au jour le jour, on suit Wladyslaw dans cette longue descente aux enfers, une solitude de plus en plus prégnante …

La dernière partie est composée de lettres d’un soldat allemand (soldat qui viendra au secours de Wladyslaw lors des éprouvantes dernières semaines de siège de la ville)

Un livre à lire, bouleversant.

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Un extrait

Juste en face de nous habitait la famille d’un homme d’affaires que nous croisions souvent dans le quartier. Là aussi, un flot de lumière a envahit la pièce et nous avons aperçu des soldats casqués se ruer à l’intérieur, pistolet automatique levé. Nos voisins étaient encore assis autour de la table, tout comme nous quelques instants auparavant, et sont restés à leur place, tétanisés d’effroi. Le sous-officier qui commandait le détachement a pris cela pour une insulte personnelle ; muet d’indignation, il est resté un moment à regarder la tablée avant de vociférer : « Debout ! »
Ils ont obtempéré aussi vite que possible. Tous, sauf le grand-père, un vieil homme que ses jambes ne portaient plus. Fou de rage, le sous-officier s’est avancé vers la table, a posé ses poings sur la table et a fixé l’infirme de ses yeux furibonds en répétant : « Debout, j’ai dit !  »
L’aïeul tentait vainement de se relever en pesant sur les bras de son fauteuil. Avant même que nous comprenions ce qu’ils allaient faire, les SS ont fondu sur lui, l’ont soulevé avec son siège, l’ont emporté sur le balcon et l’ont précipité dans la rue, du troisième étage.

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice

Inavouable – Zygmunt Miloszewski

Pour lire ce livre, je me suis laissée convaincre par deux faits : d’abord j’ai beaucoup apprécié les deux autres livres de l’auteur que j’ai lus « un fonds de vérité » et « la rage », et puis il y a un bandeau avec cette phrase de Pierre Lemaitre « La nouvelle voix du thriller est polonaise » (depuis peu, Pierre Lemaitre est ma nouvelle valeur sûre).

Il s’agit là d’un thriller. Le prologue commence en 1945 avec la débâcle des nazis en Pologne : tout est empreint de mystère et d’agents doubles. Après ce prologue, nous voici de nos jours, à l’intérieur d’un téléphérique, toujours en Pologne, ce téléphérique  est pris d’assaut par un terroriste. Puis nous apprenons que l’espion, (Bruce Willis en plus polonais :-)) qui a fait capoter l’acte terroriste, part sur une nouvelle mission : retrouver un tableau disparu depuis 1945.

C’est mené tambour battant avec des faits historiques avérés notamment la disparition en Pologne d’un tableau de Raphaël.
On voyage : Pologne, Usa, Suède, Slovaquie : le quatuor d’enquêteurs (oui un quatuor de personnages très fouillés) est poursuivi par des agents tous plus professionnels les uns que les autres (avec de l’humour aussi pour le quatuor, pas les pros qui sont un peu tournés en ridicule). Il y a Zofia Lorentz, fonctionnaire polonaise chargée de retrouver les œuvres dérobées à la Pologne par les nazis et les russes, Anatol l’espion polonais, Lisa une voleuse suédoise et internationale d’oeuvres d’art qui parle délicieusement mal polonais et Karol, marchand d’art amoureux de Zofia.

Je retiendrai aussi une course poursuite mémorable en Suède.
J’ai aussi bien aimé la morale de l’histoire où comment les Usa n’arrivent pas à refermer la boîte de Pandore qu’ils « auraient » ouverte il y a 70 ans …

Un excellent divertissement…

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Un extrait

Les femmes vieillissent de différentes façons, selon leur personnalité et leur beauté. Les gentilles filles du voisinage se transforment en vieilles souriantes et blanches comme des colombes, le genre super-mamie dont rêverait n’importe quel gamin. Les éternelles mochetés, telle Glenn Close, gagnent en noblesse des traits et deviennent des dames élégantes aux allures de comtesses russes. Les plus chanceuses sont les reines des glaces du genre Lauren Bacall, qui peuvent bien avoir deux cents ans, on distinguera toujours chez elles les traces d’une ancienne beauté et la fierté qui l’accompagne. Le temps est moins clément avec celles qui, jeunes, étaient girondes et craquantes comme Elizabeth Taylor. Non seulement elles se transforment en matrones en surpoids, mais en plus, elles ne remarquent pas que le sex-appeal est comme l’esturgeon : un sex-appeal de fraîcheur douteuse, ça n’existe pas.

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice  et le challenge polar est  chez Sharon

Que lire un 17 mars ?

17 mars 1942
Je viens de quitter la prison. Un mois au trou ! Merci à Gertrude Stein qui a trouvé malin de déclarer dans un entretien à la radio anglaise : « Moi, j’ai un éditeur à Alger qui est très dynamique et résistant…» Vichy m’avait déjà l’œil. Trois jours après l’impression du livre, des policiers sont venus me chercher au petit matin.
Ils ont déclamé, tout contents d’eux-mêmes : « En vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous astreignons à résidence le sieur Charlot, présumé gaulliste, sympathisant communiste. » Puis, ils m’ont longuement interrogé ils m’ont demandé où était Albert. « Albert ? Oh, mais j’en connais une bonne douzaine moi, des Albert. Par exemple, il y a Albert, le cordonnier qui vous rafistole une semelle comme personne, ou encore Albert, le fils du facteur qui a un problème avec l’alcool mais qui est tout à fait charmant. » Ils m’ont ordonné d’arrêter de faire l’imbécile et de leur dire où se trouvait Albert Camus. « Ah ! Albert Camus ! J’ignore où il est, messieurs. Non vraiment, je ne sais pas… »
Les policiers m’ont embarqué et  enfermé à Barberousse avant de m’envoyer en résidence surveillée à Charon près d’Orléansville. En prison, j’ai rencontré un artisan de la Casbah qui a été arrêté pour une vague ressemblance avec un perceur de coffre-fort. Peut-être écrire un jour là-dessus.
Camus est bien caché à Oran. Max-Pol Fouchet, qui était également recherché, a réussi à se cacher au consulat des États-Unis. J’ai été libéré grâce à l’intervention de Marcel Sauvage, grand journaliste, qui, après avoir été gérant d’un hôtel à Tunis, est désormais le directeur de la revue Tunisie–Algérie–Maroc. Il a réussi à convaincre le ministre de l’Intérieur. Cette malencontreuse histoire a retardé la sortie de l’ouvrage de Gertrude Stein mais la librairie a continué de fonctionner grâce à Manon et aux amis. Je suis plus que jamais convaincu qu’il ne saurait y avoir d’éditions Charlot sans amitié. C’est pour l’essentiel une affaire de circonstances, d’amitiés et de rencontres.
Nos Richesses – Kaouther Adimi 

Double nationalité – Nina Yargekov

La quatrième de couv m’a intriguée : une femme amnésique se retrouve dans un aéroport et s’interroge sur l’identité et la linguistique ( je suis tombée sur ce livre juste après ma lecture de ÉPÉPÉ, de Ferenc Karinthy, qui commence également dans un aéroport avec les mêmes thèmes d’identité et de langue – je le lis seulement maintenant vu la hauteur de ma PAL – les deux auteurs sont hongrois – autre coïncidence)
Le ton est original puisque l’auteure utilise la deuxième personne du pluriel pour s’adresser à cette jeune femme. Ce « vous » à la fois distant et poli ne manque pas d’humour, et de provocation…
La jeune femme découvre qu’elle a deux passeports l’un français, l’autre Yazige ; nous apprenons un peu plus loin que la Yazigie est un petit pays coincé entre la Pologne et l’Ukraine avec beaucoup de pommes de terre et aucun littoral. Qu’est il arrivé à Rkvaa J-ai-oublié-son-nom-de-famille ? (patronyme qui pourrait être traduit par Fleur Martin en français de France)
Elle essaie de mener l’enquête et finit pas découvrir qu’elle est née en France de parents Yaziges. (Très organisés ses parents, décédés dans un accident de voiture , lui ont laissé toute leur vie bien rangée dans des cartons).

J’ai  adoré le ton de cette jeune trentenaire : elle se pose (et nous pose) des questions sur l’identité, la langue, le bilinguisme, le racisme , le devoir de mémoire (ce qui n’est pas facile vous en conviendrez pour une amnésique)
La jeune femme est très étrange : à la fois très intelligente et avec un discours très construit et à d’autres moments, elle parle à sa peluche (tchèque la peluche siouplait) et à son basilic (une plante pas un serpent) polonais de surcroît.

La deuxième partie se déroule en Hongrie (la Yazigie de la première partie), la France est devenue la Luthringie, comme si le fait de changer de pays faisait changer notre « héroïne » d’angle de vue de façon radicale…De très drôle le ton prend de plus en plus de sérieux et aboutit à une réflexion sur le sort des migrants à l’heure actuelle.

Double nationalité ou comment guérir d’un schizophrénie amnésique en parlant polonais à un basilic ou lutringeois à une taupe Tchèque…?

Vous n’avez rien compris à mon avis (ravi) alors filez lire ce livre,

Un extrait :

Votre domicile présumé est situé boulevard Voltaire à Paris, vous avez donc emménagé dans la capitale, tant mieux, quitte à être française autant être parisienne, c’est plus franc et plus net, sans compter que depuis votre hôtel c’est nettement moins loin que Lyon, il suffit de prendre le métro et de descendre à la station Charonne. C’est précisément ce que vous faites, sauf que vous avez un petit accident mental à la sortie de la station. En effet, tout occupée à affûter vos arguments en vue de vos retrouvailles avec votre mari par amour, qu’il comprenne bien que ce n’est pas à vous de vous excuser d’arriver avec un jour de retard mais à lui de se faire pardonner de ne pas être venu vous accueillir à l’aéroport, vous en oubliez que vous portez des sandales à paillettes dorées de très hauts talons, ce qui n’est pas la chaussure la plus adaptée à la manœuvre que vous êtes en train d’amorcer, à savoir soulever votre grosse valise pour la faire passer par-dessus le tourniquet métallique du métro, résultat vous manquez de vous tordre la cheville et vous vous mettez à pester contre vos pieds, vous aviez justement choisi les sandales à paillettes dans l’espoir d’initier un rapprochement avec eux, vous croyez qu’ils se sentiraient flattés d’être ainsi mis en lumière, mais devant la première difficulté c’est la défection podale la plus complète, quelle ingratitude ; là-dessus votre valise retombe lourdement au sol, vous tentez de la faire passer par en dessous mais elle se coince dans les branches du tripode, et face à ce nouvel ennemi vous avez une soudaine illumination, si Don Quichotte était parmi nous il s’attaquerait aux tourniquets du métro qu’il prendrait pour des extraterrestres ayant colonisé la terre ; or c’est exactement à cet instant-là, alors qu’entre votre projet de scénario pour Hollywood, vos pieds et votre mari, vous êtes complètement débordée, que surgit dans votre champ de vision une plaque commémorative comportant le mot Algérie. (P57)

 

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice

 

Que lire un 10 mars ?

Nous n’avions qu’un seul mammifère, Judy Garland, une ours brune de Floride, sauvée par mes grands-parents alors qu’elle était toute petite, à l’époque où l’espèce hantait encore les pinèdes au nord. Sa fourrure ressemble à une carpette roussie – mon frère prétendait qu’elle souffrait d’un genre de pelade. Elle savait faire un tour, enfin, une sorte de tour : le Chef lui avait appris à hocher la tête pendant Somewhere Over The Rainbow. Une horreur. Ses dodelinements terrifiaient les petits enfants et scandalisaient leurs parents. « Au secours ! s’écriaient-ils. Cette bête a une crise cardiaque ! » C’est vrai qu’elle n’avait pas le sens du rythme, mais il fallait la garder, selon le Chef, parce qu’elle faisait partie de la famille.
Notre parc bénéficiait d’une promotion publicitaire comparable à celle des meilleurs parcs aquatiques ou minigolfs ; la bière y était la moins chère de toute la région et on y présentait un « combat au corps à corps contre les alligators » tous les jours de l’année, qu’il pleuve ou qu’il vente, y compris les jours fériés. Notre tribu avait ses problèmes, bien sûr, comme tout un chacun – Swanplandia avait toujours eu plusieurs ennemis, naturels ou pas. Nous étions menacés par les niaoulis, ou Melaleuca, une espèce d’arbres envahissante qui asséchait de vastes espaces de marais au nord-est. Et tout le monde surveillait la raffinerie de sucre et la progression sournoise des banlieues résidentielles au sud. Mais notre famille sortait toujours gagnante, me semble-t-il. Tous les samedis soir (et très souvent en semaine !), notre mère nageait avec les Seths et s’en tirait toujours. Des milliers de fois nous avions vu le plongeoir vibrer dans son sillage.
Puis elle tomba malade, plus malade qu’on ne devrait être autorisé à l’être. J’avais douze ans quand le diagnostic tomba et cela me rendit furieuse. Il n’y a ni justice ni logique disaient les cancérologues. Je ne me rappelle pas exactement les termes, mais il n’y avait pas d’espoir dans leur voix. Une infirmière m’apporta des chocolats du distributeur, qui me restèrent en travers de la gorge. Ces médecins se penchaient toujours pour nous parler, du moins me semblait-t-il comme s’il n’y avait que des géants dans ce service. Maman arriva au stade terminal de son mal à une vitesse différente. Elle ne ressemblait plus à notre mère. Son crâne était chauve et lisse comme celui d’un bébé. On eû dit qu’elle plongeait en elle-même. Un soir, elle plongea et ne refit pas surface. Au niveau du vide laissé, on ne vit ni bulles ni tremblements. Hilola Bigtree, dompteuse d’alligator de classe internationale, cuisinière exécrable et mère de trois enfants, s’éteignit dans son lit d’hôpital par une journée nuageuse, le mercredi 10 mars, à trois heures douze de l’après-midi.

 

Swamplandia – Karen Russel