Les cochons au paradis – Barbara Kingsolver

cvt_Les-cochons-au-paradis_6350
J’ai retrouvé avec plaisir Taylor Greer et sa fille adoptive Turtle (premier tome ici) qui a maintenant 6 ans. Taylor a un ami Jax, musicien, très amoureux et très sympathique (il manquait un peu de personnages masculins dans le premier tome).
Après un passage chez Oprah Winfrey (sic), Taylor apprend que l’adoption de Turtle est illégale au regard des lois Cherokee.Elle décide donc de prendre la fuite pour ne pas « rendre » Turtle à son peuple.
 .
Sur un ton léger et drôle , Barbara Kingsolver nous livre des réflexions intéressantes sur le rôle des parents et des grands parents (en comparant le mode de vie des cherokee, très communautaire,  et celui des familles américaines moyennes).
Taylor qui était forte et indestructible dans le premier tome se révèle fragile dans ce deuxième tome. Sa mère, Alice, prend plus de place.
Annawake, une jeune avocate Cherokee, essaie de « récupérer » Turtle pour qu’elle soit élevée selon les coutumes Cherokee. Devant l’attitude de Taylor, avec des discussions avec Jax, avec la mère de Taylor, et avec un viel indien répondant au nom de Cash Stillwater, elle évoluera tout en nous faisant partager sa passion et sa vision de la Nation Indienne.
 .
En conclusion : un livre à la fois dépaysant, drôle (pauvre Barbie rhabillée pour l’hiver) et instructif, même si on devine la fin assez vite. Une histoire  intéressante où j’ai beaucoup appris sur les coutumes Cherokee.
 ?
Un extrait ( p 102) qui explique le titre :
 ?
Jax prend appui sur un coude et se met à lui montrer des constellations : La Grande Ourse, qu’Annawake connaît depuis qu’elle a appris à marcher, et les Pléiades.
–  Les quoi?
– Pléiades. Les sept sœurs.
Elle avale une longue gorgée de bière et grimace en direction du ciel. « Vous autres, vous devez avoir de meilleurs yeux que nous. En Cherokee, il n’y en a que six. Les six mauvais garçons. Anitsutsa.
–  Anitsutsa ?
–  Oui. Ou disihgwa, les cochons. Les six cochons au paradis.
– Désolé, mais vous me faites marcher.
– Pas du tout. C’est l’histoire de six garçons qui ne voulaient pas faire leur travail. Ils refusaient de récolter le maïs, de réparer le toit de leur mère, de s’occuper des préparatifs des cérémonies – il y a toujours des choses à faire pour les cérémonies, ramasser du bois, réparer les abris, des choses comme ça. Ils n’avaient pas l’esprit communautaire, si vous voulez.
–  Alors ils ont été changés en cochon.
– Attendez, ne brûlez pas les étapes. C’est eux qui se sont changés en cochons. Vous comprenez, la seule chose qui les intéressait, c’était de jouer à la balle et de s’amuser. Toute la journée. Alors les mères en ont eu assez. Un jour, elles se sont réunies et elles ont rassemblé toutes leurs balles de sgwalesdi. Ce sont des balles de cuir grosses comme ça. Annawake soulève un abricot vert.  Avec du poil à l’intérieur. animal ou humain, je ne sais pas trop. ils ont mis les balles dans une marmite et les ont fait cuire.
– Miam, Miam, fait Jax.
Elle jette l’abricot, en faisant attention de ne rien viser. « Bien, les garçons rentrent donc pour déjeuner après avoir joué toute la matinée, et leurs mères leur disent : « Voici votre soupe!  » et elles versent les vieilles balles cuites toutes trempées dans leurs assiettes. Les garçons se mettent en colère. » C’est tout juste bon pour des cochons » , et ils s’en retournent au lieu de cérémonie, et se mettent à courir autour du terrain de jeux, en demandant aux esprits de les écouter, leur criant que leurs mères les traitent comme des cochons. Et les esprits les ont écoutés, je suppose. Ils se sont sans doute dit : « une mère sait ce qu’il faut » , et ils ont changé les garçons en cochons. Ils ont continué à courir de plus en plus vite jusqu’à ne plus être que des ombres. Puis leurs petits sabots ont quitté le sol, ils sont montés au ciel et ils y sont toujours.
 .
challengeusa challenge romancieres americaines challenge-contrainte CHALLENGE-animaux

Karoo – Steve Tesich

La musique cessa. On changea de disque mais pas de compositeur et, après une brève cacophonie de voix humaines non accompagnées, on revint à Beethoven. Comme toujours chez les McNab, la fête du lendemain de Noël était placée sous l’égide exclusive de Beethoven.

Je me suis versé un coup de Tequila, dans un bon grand verre à eau, que j’ai vidé d’un trait.

Je n’y comprenais rien. Mais alors rien du tout. Le sang, après tout, ça restait du sang, et si vous y mettiez un peu du vôtre et que vous assuriez que la proportion d’alcool dans votre sang excédait bien le cinquième, alors, suivant toutes les définitions de l’ébriété, vous étiez ivre. N’importe qui le serait. C’était une question de biologie. Et pas uniquement de biologie humaine, d’ailleurs. Les chiens aussi pouvaient être ivres. J’avais lu l’histoire d’un pitbull complètement cuité qui avait attaqué un SDF dans le Bronx avant d’aller comater quelques rues plus loin. Plus tard, des gosses du quartier avaient été interpellés pour avoir saoulé l’animal. Les chevaux, eux aussi, pouvaient êtres ivres. Tout comme le bétail. Et les cochons. Et il y avaient aussi des rats alcoolos qui se pochetronnaient au gros rouge. Les éléphants, j’en étais sûr, pouvaient être ivres. Les rhinos. Les morses. Les requins-marteaux. Aucune créature, humaine ou non, n’était immunisée contre l’alcool. Sauf moi.

Cette exclusion biologique précisément et la nature peu naturelle de cette affliction provoquaient chez moi un sentiment de honte et me donnaient l’impression d’être stigmatisé, comme si j’avais contracté une forme inversée du sida qui m’immuniserait contre tout. Il y avait aussi la peur, la peur de devenir un paria aux yeux de tous – au cas-où ma maladie serait dévoilée – qui me poussait à faire semblant d’être ivre. Et puis je ne pouvais pas davantage supporter l’idée de décevoir ceux qui me connaissaient. Ils s’attendaient tous à ce que je sois ivre. J’étais le contraste auquel se mesurait leur sobriété. (page 13)

Karoo – Steve Tesich

Sur une idée de Chiffonnette

citation

La horde du Contrevent – Alain Damasio

hordecontrevent

Quand j’ai commencé ce billet, j’ai failli écrire « Un roman fleuve », ce n’est pas faux mais c’est plutôt un « roman tornade » car le vent est bien le personnage principal de ce pavé de 700 pages (en poche).

Alain Damasio laisse la parole à tour de rôle aux 23 membres de la Horde du Contrevent. Certains personnages reviennent plus souvent comme Sov le scribe (son rôle dans la horde est de noter tout ce qui a trait à l’expédition de cette 34 ème horde), Coriolis la Cro (chargé avec deux autres de trouver de la nourriture), Caracole le troubadour (amuseur public), le Prince Pietro Della Rocca, Oroshi Melicerte l’aéromaîtresse (spécialiste en vents)

;Les autres membres principaux sont : Golgoth, le chef ou traceur, tourmenté par la mort de son frère aîné quand il avait 6 ans, Steppe, Arval l’éclaireur, Callirhoé la feuleuse (chargée d’alimenter le feu)

.
Cette horde a pour mission de rejoindre l’Extrème-Amont pour découvrir la cause de ce vent qui existe sur cette planète qui n’est pas nommée. Pour situer la Horde est partie de l’Extrème-Aval, une trentaine d’années avant le début de ce récit.

Quelle épopée fantastique !! Un mois après cette lecture, j’y pense encore souvent et repense avec émotion à ces 23 hommes et femmes qui tentent l’impossible. De nombreuses péripéties (une Fontaine étrange, une Flaque dangereuse, des méduses qui volent dans le ciel, des hallucinations et toujours ce vent qu’il faut contrer…..)

.
La langue est très inventive (néologismes, mots valises, exercices oulipiens) et m’a ravie. Ces hommes et femmes parlent du vent avec des signes de ponctuations, rencontrent des éoles (humains vivant sur des bateaux (à voiles et sur roues les bateaux donc des chars à voile ;-)).

Enfin après un séjour dans une ville répondant au nom d’Alticio, ils rencontreront les survivants de la 33ème horde (leurs parents)
Ils traverseront des déserts, des lacs, des montagnes….toujours à pied en tirant leur chariot. Un roman magnifique sur la solidarité, le dépassement de soi, l’amitié…..

;
Au début ce livre est difficile à lire (car chaque personnage parle à son tour et il y a juste un signe en début de paragraphe pour savoir qui parle)

En conclusion : Je suis encore tout ébouriffée de ce roman. Un livre qui peut marquer longtemps (je vous conseille le billet de Steppe   qui a choisi son pseudo en fonction de ce livre)

Un extrait : c’est Golgoth, le chef de la horde qui nous explique sa rencontre avec des chevents (chevaux de vent)

Une question de jours, je leur ai balancé, aux joufflus. « Gardez la gniaque, on va se la dégotter cette pentasse bien raide, la dévaler et ce sera reparti vers l’amont ! Osh-Osh, elle débloque depuis que Sov la trombine, l’écoutez plus, fermez le pavillon et tracez sud », que j’ai dit. Ils ont rigolé, ils se marrent toujours ces deux mioches, y’a pas plus lurons qu’eux! Ce matin je les réveille, j’étais de vigie et quoi? de l’aval débarque une petite harde de chevents j’en avais jamais vu ailleurs qu’en enclos et ça faisait vieux de ça ! Rien à voir avec les canassons d’abrités qui te remorquent du soc de charrue. Les chevents, ils sont plus fins du corps d’abord, la crinière se balade longue derrière l’encolure parce qu’ils se broutent entre eux les graines qui se prennent dedans. Et surtout le museau allongé, une lame on dirait, ça leur jette un air de bête noble, c’est beau – avec la robe en argent, lustrée. Donc je secoue les frérots, je sais qu’ils adorent ça, les chevents, et les voilà que ni une ni trois, sans même enfiler une botte, à la sauvage, ils les coursent et la harde qui calte au galop, les Dubka qui calment le jeu, approchent en douce, les chevents reculent encore, une longueur, ils croient y être mais non, les autres retrottent,comme ça jusqu’à perpète-l’horizon ! A midi, j’avais déjà fait un bout de chemin, rogueux et j’entends une cavalcade, c’était mes deux bouillus, à cru chacun sur un chevent, qu’en traînaient même un troisième, libre celui là, pour ma pomme. J’ai amadoué la chose et basta, plein sud, à dada sur mon ch’vent, à triple vitesse de marche, j’en revenais pas !
Puis bon ! ça a pas duré. A la sieste, ils m’ont jeté un « On va aller en chercher d’autres, des chevents, dors donc, t’as fait le guet moitié de nuit ! On te rapportera du gibier aussi bien ». Ils sont jamais revenus. (p 31)

NB : Comme ce livre va de la page 700 à la page 0 (à rebours donc), il s’agit d’un extraits des toutes dernières pages du livre.

Si vous souhaitez approfondir , quelques liens :

.
Le site officiel dédié à cette horde.
Un article wikipedia très intéressant qui détaille les personnages et les lieux.
Enfin le blog d’une étudiante qui a choisi ce livre pour son projet de fin d’étude (le dessin que je préfère est celui Alticcio, la cité « aérienne »

Challenge à tous prix d’Asphodèle  : Grand Prix de l’Imaginaire roman 2006
Challenge Lieux Imaginaires chez Coralie

logo-challenge-c3a0-tous-prixchallenge-lieux-imaginaires

Les sirènes et le requin

plumes2

Cher Woody,

J’ai trouvé ton adresse mail sur Internet et j’espère que tu me répondras. Je suis fan de toi, et sans me vanter, je te ressemble un peu : tu es moi, en mieux, avec plus de cheveux. Te faire une déclaration d’admiration n’est pas mon intention. J’en viens au but de mon mail : te raconter une expérience qui m’a bouleversé.
Je suis encore fébrile de mon aventure et j’écris immédiatement tant que j’en ai le courage et pour ne pas perdre l’émerveillement et aussi l’horreur, que ces évènements ont provoqué en moi : une sorte de vague, de tsunami pour reprendre un terme à la mode. Tout d’abord, je déteste la mode, je la hais, je n’aime que le rétro, le old-fashion, le suranné….

J’étais en train de monter les escaliers menant vers la piscine municipale quand j’ai dû refaire mon lacet gauche. Gauche a son importance. Comme je ne suis plus de la première jeunesse, je me suis assis sur la marche pour le refaire. La vie n’a pas été douce pour mes os et je suis souvent raide du côté gauche. Si le lacet défait avait été le droit, je n’aurais pas eu besoin de m’asseoir et rien ne serait arrivé : c’est un peu le phénomène « Match Point », mon lacet aujourd’hui. « Match point », cher Woody, est mon film préféré, avec Scarlett Johansson dans le rôle de la timbrée. L’image au ralenti d’une balle quelconque, suspendue au dessus d’un filet de tennis, métaphore du hasard décidant de la victoire ou de la défaite, m’a marqué. Mais je m’égare en essayant de t’expliquer pour que tu comprennes la quintessence de mon aventure d’aujourd’hui.

Assis sur ma marche, j’ai vu les trois plus belles paires de guibolles qu’il m’ait été donné de voir. Des jambes légères, douces comme la soie, trois nuances allant du très clair au chocolat. Les pieds qui finissaient ces merveilles étaient chaussés de baskets en toile banales, sans lacet (tu noteras l’ironie de l’existence), des baskets que l’on peut enlever d’un geste négligent, et jeter dans un casier de piscine municipale, une paire rouge, une jaune tournesol et une bleu roi. Je me suis relevé et j’ai suivi ces jambes, qui tu l’auras deviné, allaient aussi à la piscine, jacassant à qui mieux-mieux (enfin ce sont les propriétaires de jambes qui jacassaient). Les cuisses étaient également fuselées, un short à la Tamara Drewe pour la petite, une jupette façon tennis sur celle du milieu et une jupe trapèze sur la dernière. Bref de jeunes filles saines, élévées aux flocons d’avoine et au jus d’orange. J’ai remonté mes lunettes (les mêmes lunettes de toi), comme je fais toujours quand je suis ému, et j’ai patiemment attendu que les trois nymphes fassent poinçonner leurs cartes. Au dessus de leurs fesses de sportives, leurs dos invitaient à la contemplation. Des épaules bronzées sur des caracos multicolores, quelques taches de rousseur, des cheveux attachés en queue de cheval venaient compléter cette vision idyllique ! Bref des beautés, une rousse, une presque brune et une antillaise avec des tresses qui dansaient sur ses épaules.

Tout ému, j’ai quitté ces trois vahinés en essayant de photographier des éléments caractéristiques pour reconnaître le trio après mon passage par le vestiaire des messieurs. Comme tu le sais, ce passage est pour moi difficile car j’ai l’impression que tout le monde me dévisage ou observe mon corps squelettique et mon crâne chauve, à la Yul Brynner. Je croise souvent des regards inquiets, s’interrogeant qu’un homme, en mauvaise santé évidente, se baigne à la piscine. J’ai enfilé mon maillot, que maman m’a offert aux dernières étrennes, j’ai mis mon bonnet de bain verdâtre et je me suis mis en recherche des trois gazelles.

Les choses se sont compliquées. Pas tant du fait de la taille de la piscine, il n’y a que trois bassins, un grand, un moyen et une pataugeoire, mais plutôt du fait que je ne vais JAMAIS me baigner AVEC mes lunettes, qui me font la tête de E.T . Sans lunettes, j’ai du mal à reconnaître ma mère à deux mètres (mon psy m’a dit que mon rapport à la maternité était flou, tu le crois ? ). En même temps, ce n’est pas ma mère que je cherchais mais trois émanations divines, un peau claire, une peau bronzée et une entre-deux, une rousse, une antillaise et une presque brune….. Ma crainte était de ne pas de les reconnaître avec les éléments que ma mémoire photographique avaient engrangés : la jupe trapèze, les caracos, les baskets de couleur, tout cela gisait maintenant dans un casier de piscine. Les sirènes avaient revêtu leur maillot de bain. A la réflexion, mon meilleur espoir pour les retrouver résidait dans la rousseur de l’une et dans les tresses africaines de l’autre, la troisième n’ayant pas de signes distinctifs. Si jamais ces filles rejoignaient des copains et n’étaient plus des triplettes, alors c’en était fini de moi. Jamais je ne les retrouverai dans le flou qui était le mien en l’absence de binocles. D’autant plus que je n’avais pas l’après-midi pour les retrouver, « les sirènes », j’embauchai à mon boulot de projectionniste au cinéma du quartier dans deux heures. Deux petites heures pour trouver et admirer le Graal, toucher le firmament des étoiles. 120 minutes… je t’épargne les secondes….

Afin de ne pas attirer l’attention en errant autour du bassin, j’ai commencé à faire mes longueurs habituelles : dos, crawl, brasse, papillon…. Le moyen bassin était envahi de gosses braillards et la pataugeoire était plus blindée que le métro aux heures de pointe : canicule sur Paris, le monde s’était précipité à la piscine pour essayer d’échapper à la torpeur ambiante !! Après quatre séries, simulant la fatigue, je me suis allongé sur un transat tout près des plongeoirs (je crois avoir fait peur à une mamie qui m’a laissé sa place, mon squelette et à ma tête d’extra-terrestre lui ont fait pitié, et j’ai fait semblant de dormir en ronflant légèrement)

Le mieux , me suis-je dis, est de ne pas bouger, car je risquais de les louper. En restant immobile, je fis le rapide calcul que, statistiquement, elles devaient me passer au moins une fois devant le nez, bien que je voyais flou au delà du dit -nez .

Dans le brouillard dû aux éclaboussures et à mon absence de lunettes, je me suis pris une inhalation de chlore et aussitôt après j’ai repéré la jolie métisse, à sa crinière tressée. J’ai crié victoire intérieurement, l’attente n’avait pas été longue. Je souriais aux anges, comme Hannibal le Cannibale quand il suit son déjeuner….tu vois la scène…
Une espèce de boule de feu rouge était près de mon ange antillais et criait « LOLA, viens on va au plongeoir du haut, tu sais, le tremplin ! »

Je me réjouis de les avoir retrouvées et d’apprendre qu’une des trois Grâces s’appelait Lola, un des mes prénoms préférés, Lola, Dolly, Dolorès, Lolita…. L’emballage de la métisse était formidable : un maillot blanc et noir,fabuleux, difficile de voir s’il s’agissait de carreaux vichy ou d’un maillot zébré. Le corps juvénile en extension, les reins cambrés, le plongeoir (un tremplin nommé désir ?), un saut de carpe aérien et l’immersion inéluctable dans l’eau, splendide et silencieuse, un splash émouvant, une tête gracieuse émergeant trois mètres plus loin. L’apparition fut suivie d’un autre plongeon, de la rousse, puis celui légèrement en retard de la presque brune en maillot de bain jaune tournesol. « Active Rachel!  » a lancé la métisse. « Rachel » ne me plaisait pas, niveau sonorité et je l’ai donc rebaptisée illico presto « Raquel », comme Raquel Welsh dans « La bande à César », un film que j’aime beaucoup. Le maillot deux pièces était de la bonne couleur, jaune tournesol, la presque brune, dans le flou où j’étais, se révèlait comme dans une papillotte sortant de sa chrysalide (enfin je veux dire un papillon sortant de sa chrysalide, je suis encore très ému, tu le comprendras).

C’est à ce moment là je crois que je suis passé dans la troisième dimension. D’un coup, j’ai eu l’impression de voir nettement alors que j’étais toujours sans lunettes. As tu déjà eu ce genre d’expérience, cher Woody ? Les fées plongaient dans l’eau, remontaient sur le parapet opposé, quelles chutes de rein, des mollets FABULEUX , des seins tressautants, dégoulinants ! Te rappelles-tu Ursula Andress dans « James Bond contre docteur No »?

Je sais bien que c’est ABSOLUMENT impossible que j’ai vu autre chose que de vagues taches de couleurs de trois corps avec des maillots multicolores. J’ai 2/10 à l’oeil droit et 1/10 à l’oeil gauche. Je suis génétiquement handicapé du côté gauche. Il est scientifiquement impossible de voir ce que j’ai vu : un bal de sirènes dans l’eau bleu lagon. Les filles s’interpellaient par leurs prénoms dans la surenchère de leurs ébats : Rachel-Raquel, Lola- Lolita et enfin la dernière Romane (tu auras compris que je rebaptisai celle là Romy, avec un moment d’intense tendresse pour ma Romy éternelle se faisant masser par Alain, au bord là aussi d’une piscine).

Je ne tenais plus, je sentais des gouttes de transpiration me dégouliner sur le front. Une chose m’a alors semblé bizarre, leurs corps étaient nets à mes yeux, ce qui ne m’était pas arrivé depuis des siècles mais je n’arrivais pas à observer leurs visages, voir si ceux-ci étaient raccord avec leur carnation de déesses ou de si charmants épaules, ventres et jambes étaient surmontés d’insipides visages.

N’y tenant plus, je dérogeai à ma sacro-sainte règle de ne jamais mettre mes lunettes à la piscine. Je partis à tâtons au vestiaire les chercher. De retour, je me réinstallai, inquiet de les avoir perdues de vue cinq minutes, mais les sirènes étaient toujours là et s’amusaient maintenant à sauter en se tenant la main et en faisant la figure la plus acrobatique possible. Je crois que le maître nageur était également sous le charme car il n’a pas sifflé comme il le fait d’habitude quand des enfants de 8 ans font la même chose.

Avec mes lunettes, la magie de tout à l’heure semblait atténuée, le maillot de la métisse était finalement à pois, celui de Raquel était plus orange que jaune tournesol.

Bizarrement, les visages étaient toujours hors de ma portée même si les corps avaient pris une consistance réelle. Soudain, je me suis mis à trembler comme une feuille, Romy, la brune s’approchait de moi en brasse chaloupée. Avait-elle remarqué mon examen et mon admiration ? J’imaginai prendre la fuite mais il était trop tard. Elle appuya ses coudes, sortit le buste de l’eau et m’adressa la parole : « Vous êtes bien près de bord , monsieur, on ne vous éclabousse pas trop ? »
L’essentiel n’est pas dans ces mots, cher Woody , mais dans le gros plan qui m’a achevé : Ma petite sirène venait de se transformer en Requin (Celui de James Bond pas celui des « dents de la mer » )

;
Réponds- moi cher Woody ! t’es t il déjà arrivé une expérience semblable ? Depuis cet après midi je cherche en vain l’apaisement !

;
Ton Samuel qui t’admire.

Les mots collectés par Asphodèle : j’ai mis les mots de la liste 2 (sauf Balthazar) et 10 mots de la 1.

LISTE N° 1 :  19 + 3 = 22 mots.

Insomnie, torpeur, flocon, inéluctable, agapes, fuite, cheminée, démesure, verdâtre, orange, mantille, victoire, illumination, attente, invitation, emballer,  courage, chauffage, réussite, enfant, parole, quartier, quintessence, quelconque.

LISTE N°2 : 19 mots + 3 = 22 mots.

Fatigue, ronfler, étoile, cannibale, balthazar, réflexion, emballage, crainte, papillote, caraco, se réjouir, émerveillement, désir, étrennes, apaisement, inhalation, examen, maternité, mot, quartier, quintessence, quelconque.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee

Lorsque mon père fut reçu au barreau, il installa son cabinet à Maycomb, chef-lieu du comté du même nom, à environ trente kilomètres à l’est de Finch’s Landing. Il occupait un bureau tellement petit, à l’intérieur du tribunal, qu’il put à peine y loger un porte-chapeaux, un échiquier et un code de l’Alabama flambant neuf. Ses deux premiers clients furent les deux derniers condamnés à la pendaison de la prison du comté. Atticus leur avait conseillé de faire appel à l’indulgence du jury en plaidant coupables de meurtre au second degré et de sauver leurs têtes, mais c’étaient des Haversford, autant dire des crétins aux yeux de tout habitant du comté. A cause d’un malentendu provoqué par la détention illégale d’une jument, ils avaient commis l’imprudence de tuer le meilleur maréchal-ferrant de la ville devant trois témoins, et ils crurent pouvoir se défendre en affirmant que « ce salaud ne l’avait pas volé ». Ils persistèrent à plaider non coupables d’un meurtre au premier degré, aussi Atticus ne put-il faire grand-chose pour eux, si ce n’est d’assister à leur exécution, évènement qui fut sans doute à l’origine de la profonde aversion de mon père envers le droit pénal.

,

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee

k

.

Sur une idée de Chiffonnette

citation

Je n’ai pas de sapin mais je veux participer

superSapin
Aujourd’hui hasard du calendrier, double participation chez Price-Minister. La première pour les matchs de la rentrée littéraire et la deuxième pour les sapins :
 ;
Le principe est très simple. Partagez sur votre blog une photo de votre sapin.  Notre jury jouera le rôle des lutins  du Père Noël et désignera trois sapins gagnants :
– Le plus beau
– Le plus fun
– Le plus « je n’ai pas de sapin mais je veux participer »
;.
Je participe dans la dernière catégorie avec cette photo d’installation des figurines du calendrier de l’avent.
 /
Il s’agit pour les néophytes (comme moi) de la reconstitution de la bataille des 5 armées. (Bilbo le Hobbit)
reconstitutio habbit
Une bataille est-elle dans l’esprit de Noël ? je m’interroge mais cette petite installation a été faite dans la joie et la bonne humeur, l’entraide fraternelle  :
 .
– On met les nains à gauche ?
– On n’a pas de loups !
– C’est pas grave on va mettre des chiens !
– Et les nains je les mets pas plutôt ici ?
– Non ici !
– D’accord je m’occupe de Gobelins pendant ce temps …
 .
Je précise que durant cette reconstitution aucun cheval Playmobil n’a été maltraité …
 .
Si j’ai le temps et une connexion internet correcte, je reviendrai ici même le 23 ou 24 décembre avec une deuxième photo 🙂 selon des sources autorisées mais somme toute peu fiables, il se pourrait que le dragon Smaug roupille dans la case du 24 décembre !
 ;
Bon dimanche à tous 🙂

 

Sous les couvertures – Bertrand Guillot

sous les couvertures

C’est le Grand Soir à la librairie ! Le Grand Soir le vrai, pas celui de la fièvre du samedi soir avec paillettes et musique disco ! Pensez donc : lundi, les nouveautés de la rentrée littéraire vont débarquer en force et le libraire va être obligé de mettre les invendus en carton et de les réexpédier : direction vraisemblable (mais non certaine) le pilon.
Bertrand Guillot était dans cette librairie et nous raconte les états d’âmes de ces livres : Il y a d’abord Grand, le meneur de cette Révolution, L’Académicien un peu imbu de sa personne , Conteur le sage, Mauve le brave soldat, Machiavel et son Prince……
Dans cette librairie, les livres vont s’envoler, discuter et même parfois s’étriper … : faut-il se rebeller ou ne peut-on pas lutter contre l’évolution : les livres-papier sont voués à disparaître mais que faire ?

Un roman évoqua la possibilité de tables tournantes, où chacun à son tour se retrouverait en haut de la pile. Un autre suggéra de bannir à jamais les best-sellers. Les utopies étaient de sortie, les révolutionnaires aussi. Même celui qu’on appelait Chouchou un petit livre discret que le libraire aimait recommander à ses visiteurs, s’était rangé du côté de l’insurrection. (p 82)

Entre des chapitres où les livres susnommés racontent leurs espoirs et désespoirs , des personnages en chair et en os, vivent, se rencontrent, débattent du poids d’un géant américain qui vend des livres comme de l’épicerie, des salons de livres où les auteurs attendent patiemment le Lecteur qui leur demandera un autographe.

L’auteur de Grand parle de sa façon d’écrire, Sarah la jeune libraire aimerait changer les méthodes de son patron, un peu dépassé par les nouvelles technologies, une jeune blogueuse critique littéraire  est inondée de livres dans sa boîte aux lettres ;-)….

Je dois avouer avoir bien ri (notamment pendant l’épisode où les livres « raniment » la liseuse, après l’attaque des Best-sellers où les livres « s’habillent » avec des jaquettes « empruntées » aux fameux Best-sellers et pendant la leçon d’onanisme …..)
Un (petit) bémol à faire sur ce livre : tous les livres sont masculins (alors que l’auteur de Mauve est une femme). Certes, on dit UN livre mais quand même ….

;

Livre lu dans le cadre des « challenge de la rentrée littéraire organisée par Price Minister

PRICEMINISTER2014

Comme il faut donner une note , je mets 16 / 20 pour ce livre qui m’a fait passer un très bon moment.

Merci à Price Minister pour ces « matchs » de la rentrée littéraire.

Ce livre cherche une maison d’adoption (avec grande bibliothèque), faites vous connaître dans les commentaires.

Challenge 1% de la rentrée littéraire (2/6) chez Hérisson

CHALLENGErentree2014

La forêt sera toujours hantée – Jean Joubert

jeudi-poesie

Allez chez Asphodèle lire les trouvailles des autres participants 😉

 

Décembre agite au ciel des linges glauques,

Le cavalier perdu, les dents serrées

cravache sa monture.

.
.
Quel enchanteur brouille les pistes,

mime les dieux,

risque de sombres pièges ?

.
.
D’un doigt patient

l’enfant sème sur les cimes

des mots de neige.

J Joubert – L’alphabet des ombres
D’après Magritte « Le Jockey perdu »

Comme il existe plusieurs versions de ce jockey perdu, je m’interroge sur celui qui a inspiré le poème 😉 : un des deux premiers certainement car pour le troisième il est clair que le printemps est mis en avant,  pas décembre 🙂

jockey 1

the-lost-jockey-1926

 

renc3a9-magritte-jockey-perdu-2

Les chevaux dont je ne vous ai pas parlés

Les chevaux dont je ne vous ai pas parlés, ne croyez pas que vous allez y échapper. Ils attendent sagement leur tour pour paraître sur mon blog. Ils existent dans des box, par deux (Bicéphale et Bucéphale partagent une stalle),  par troupeaux (Rossinante, Tornado, Wagram,  Joly Jumper se grattent la crinière dans leur stabulation).
Mais le sujet est vaste et le temps galope vite, si bien que malgré mes efforts et un lasso dernier cri je n’arrive pas à dompter ces bourrins, canassons, coursiers, destriers, haridelles, hippocampes, hippopotames,  étalons, mustangs, poneys, poulains, pur-sang, et qu’avec tout cela nous voici déjà à zèbre et je n’ai pas attaqué le fonds du sujet : la différence fondamentale entre un billet de blog et une heure d’équitation. L’art de l’heure d’équitation est d’éviter la chute alors que l´art du billet de blog est de la soigner, cette chute !
.
 
Valentyne Dada – Cheval sans selle et billets avec sel (à paraître)
.

Allez chez Carnetsparesseux pour connaître ma source d’inspiration du jour et ici pour sur le site Zazie Mode d’Emploi qui propose, pendant un an, de « triturer, malaxer, détourner, traduire, frelater, métamorphoser, calligraphier, colorier, chanter, bande-dessiner, remanier ou travestir » un texte de Marcel Bénabou, successeur de Jacques Jouet comme « oulipien de l’année ».

.