L’autre moitié de soi – Brit Bennett

Genre : histoire familiale vue de 1954 à 1980, USA

Première partie 1954-1968 : L’histoire est vue du point de vue de Desiree une des deux jumelles. Elle rentre chez elle chez sa mère 14 ans après avoir fugué. Elle était partie à 16 ans avec Stella sa soeur jumelle. Un an après, elle avait perdu la trace de celle-ci. Desiree et Stella sont deux jeunes femmes noires mais qui pourraient passer pour des blanches et il semble que c’est ce que Stella a choisi (fuir ce racisme, cette vie sans avenir : le début de l’action se situe en 1954)
Desiree revient chez sa mère, car son mari la bat. Ella a emmené sa fille Jude , 8 ans m.

Deuxième partie 1978 : Jude a 18 ans et arrive seule à Los Angeles. Noire comme l’ébène dans un village où la majorité des gens sont très e« clairs de peau», elle s’est toujours sentie au ban de la société.

Troisième partie : retour en 1968, mais l’histoire est complétée par la vision de Stella qui « renie » sa famille pour devenir blanche, nous faisons connaissance de Kennedy sa fille (qui a le même âge que Jude). Au départ, pour survivre et trouver du boulot elle se fait passer pour « blanche » et se trouve ensuite « prisonnière » de son mensonge.

La première moitié de ce livre est enthousiasmante, l’auteur prend le temps de nous faire découvrir les personnages et leurs motivations. La deuxième tout aussi bien écrite m’a moins intéressée (j’ai en fait préféré la première moitié avec la relation entre les deux soeurs plus que la deuxième partie centrée sur les cousines, Jude et Kennedy)

Malgré cette baisse d’intérêt de ma part pour cette deuxième moitié, cela reste un livre passionnant.

Extraits

C’étaient de braves gens, d’honnêtes citoyens qui donnaient aux bonnes œuvres et grimaçaient devant les reportages où l’on voyait des shérifs matraquant des étudiants noirs dans le Sud. Ils pensaient que ce Martin Luther King était un orateur remarquable, approuvaient peut-être certaines de ses idées. Jamais ils ne lui auraient tiré une balle dans la tête, et peut-être même avaient-ils pleuré à son enterrement – dire qu’il laissait des enfants si jeunes –, mais de là accepter qu’il s’installe dans le quartier, il y avait un monde. 

* *

Elle était la première surprise de s’en souvenir si bien, de voir qu’elle avait conservé une encyclopédie de son humiliation. À cette soirée, elle s’était forcée à rire – la cruauté des enfants, c’est dingue, non ? –, mais à l’époque elle ne riait pas. Parce que c’était vrai. Elle était noire. Noir-bleu. Non, d’un noir qui tirait sur le violet. Aussi noire que le café, l’asphalte, l’espace intersidéral. Aussi noire que le début et la fin du monde. 

L’African-American History Month Challenge est chez Enna

No home – Yaa Gyasi

Dans ce roman, le lecteur suit deux demi-sœurs nées en Afrique au XVIIIème siècle.
L’une d’entre elle se marie et reste en Afrique, l’autre est vendue comme esclave et part en Amérique.
Les chapitres alternent le parcours des deux soeurs (qui ne se connaissent pas) puis racontent la vie de leur progéniture puis celle des enfants et petits-enfants de celle-ci.
Une grand saga familiale donc …
J’ai aimé de nombreux personnages (en particulier H. et Marjorie)
Je suis moins enthousiaste que de nombreux lecteurs mais c’est plus lié au principe même de « roman-sur-plusieurs-générations » : Ce n’est pas la première fois, en lisant un roman qui se déroule sur deux cent ans, que j’ai du mal à apprécier la vie « trop courte » du personnage principal pour passer à une vie tout aussi courte du personnage principal suivant.
La construction des deux lignées, l’une en Afrique l’autre en Amérique est cependant très convaincante et maîtrisée.

Extraits

La nuit où naquit Effia dans la chaleur moite du pays fanti, un feu embrasa la forêt, jouxtant la concession de son père.
Il progressa rapidement, creusant son chemin depuis des jours.
Il se nourrissait d’air;
il dormait dans les grottes et se cachait dans les arbres;
il brûla,
se propagea ,
insensible à la désolation qu’il laissait derrière lui, jusqu’à ce qu’il atteigne un village ashanti.
Là, il disparut, se fondant dans la nuit.

**

H saisit un Blanc à la gorge et le tint en suspens au-dessus du vaste cratère.
« Un jour le monde saura ce que vous avez fait ici », dit-il à l’homme dont la peur se lisait dans ses yeux bleus exorbités tandis que H resserrait son étreinte.
H eut envie de lâcher l’homme au fond de la mine, au fond de la cité souterraine, mais il s’arrêta. Il n’était pas le malfaiteur qu’on l’avait accusé d’être.

L’African-American History Month Challenge est chez Enna

Le salon de beauté – Melba Escobar

Bogotà de nos jours

Claire la narratrice est psychanalyste. Elle est née en Colombie puis est partie de longues années en France pays de ses parents. La cinquantaine elle rejoint la Colombie.
Lucia est une amie de Claire, elle vient de se séparer de son mari Eduardo. Toute sa vie elle a travaillé avec lui, elle écrivant des livres de développement personnel et lui apposant juste son nom dessus.
Karen a 24 ans, elle travaille à la Maison de la Beauté en tant qu’esthéticienne, elle cherche à économiser au maximum pour faire venir son fils de 4 ans qui habite chez sa mère, loin de Bogota.
Sabrina a 17 ans et se rend également fréquemment à la maison de la beauté pour des soins.

Sabrina, après une visite à l’institut, est retrouvée morte… l’enquête est bâclée et conclut à une overdose…les parents de la jeune fille engage un détective pour poursuivre les investigations.

Voilà un thriller qui est plus une chronique sociale de la Colombie qu’un roman policier.
Cette société est corrompue et les femmes fortement malmenées. Chaque chapitre est vu par une des protagonistes (de temps en temps par un des hommes).
Ces femmes m’ont émues et fait trembler.

Ce livre, dur mais passionnant, est porté en grand partie par la lumineuse Karen ….

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Des extraits

Comme la thérapeute ou le confesseur, l’esthéticienne doit faire vœu de silence.
Le fauteuil de soins tient du divan. Le corps de la femme y est sans défense dans une posture de don de soi. Obéissant à l’injonction « Détendez-vous, éteignez votre téléphone portable », elle entre en cabine, prête à déconnecter un moment. Pendant quinze minutes, une demi-heure, parfois plus, elle s’isole du monde, se connecte a son propre corps, au silence, et souvent a une intimité qui l’encourage à confier des choses qu’elle n’avoue a personne, pas même ses proches.

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Pour sa famille, ses amies et les gens qu’elle connaissait, coucher avec un préservatif revenait a se faire traiter de pute. « S’il y a de l’amour, il n’y a pas de capote », récitait dona Yolanda. Puis elle complétait sa phrase par l’une de ses nombreuses superstitions: « Quand un homme dit qu’il t’aime, regarde sa pupille. Si elle se dilate, c’est qu’il ment. » Nixon lui avait dit qu’il l’aimait et sa pupille n’avait pas bougé.

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Lu dans le cadre du mois organisé par Goran et Ingannmic

Challenge petit bac chez Enna (catégorie voyage) 
Mois du polar 2021 chez Sharon

Patagonie Route 203 – Eduardo Fernando Varela

LC avec Edualc – Coup de coeur –

Parker est camionneur en Patagonie, il sillonne de long en large l’Argentine ; souvent son camion est chargé de marchandises illicites et il prend par conséquent les petites routes. Un jour, il tombe par hasard sur une fête foraine (délabrée) et semble séduit par la jolie Maytén, guichetière au train fantôme.
On ne sait pas grand-chose du passé de Parker juste qu’à une époque il avait vraisemblablement une famille, femme et enfant. Pourquoi est-il seul dans cette contrée aride de Patagonie ?

L’ambiance de ce roman est souvent absurde, le premier village selon certains s’appelle Jardin Espinoso (jardin épineux) mais le premier être humain qu’interroge Parker nomme ce village El Succulento (Le succulent). Un dialogue étrange, surréaliste …et succulent…

Les premiers dialogues entre Parker et Maytén sont également en décalage : ils viennent de mondes diamétralement opposés et pourtant l’attirance est certaine et réciproque. Pour tout dire je me suis régalée de ce côté absurde et très surprenant…

Ce roman tour à tour fantastique, road movie, roman d’amour m’a enchantée. J’ai été plongée presque immédiatement dans la peau de Parker (un peu moins dans la vision de Maytén)

Il s’agit d’un livre qui montre une vie très rude que ce soit celle du camionneur qui passe son temps sur les routes ou que ce soit celle de Maytén qui s’est mariée avec Bruno pour échapper à la misère mais qui se retrouve dans une misère encore plus noire. Malgré cette vite rude où à chaque moment, on peut être bousculé par une rafale ou recouvert de cendres de volcan, les personnages poursuivent leur route s’adaptant aux situations étranges.

Les personnages secondaires sont également très bien campés que ce soit le journaliste, à la recherche de sous marins nazis, Bruno le mari de Maytén ou les deux sbires travaillant à la fête foraine.

Bref j’ai tremblé pour ces personnages… et j’ai ri aussi …comme Bruno, j’ai vu la lumière..

Une réussite, ce premier roman

Des extraits :

Bon, alors prenez la 210 jusqu’à trouver un arbre abattu. Si vous dépassez les trois jours, revenez en arrière, parce que vous serez allé trop loin. Au croisement, prenez à gauche, c’est l’affaire d’un jour et demi, deux s’il pleut.

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Le camion de Parker fendait l’air de sa proue, secoué par le vent, et les bâches qui couvraient la remorque se gonflaient, fouettées par une main invisible. Après une demie-journée de route, la plaine céda la place à de hautes falaises d’où l’on apercevait l’immense tapis bleu de l’océan, décoré de lignes d’écume blanche.

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Il frissonna en revoyant le jeune femme de près, au niveau du sol, dans ses vêtements qui moulaient son corps svelte, entourée de poupées en plastique, bouquets de fleurs artificielles, masques de carnaval, ballons de football, statue de la Vierge, vases, porte-photos avec paysages de montagne, bagues, colliers, bracelets fluorescents qui faisaient d’elle une déesse orientale vénérée sur son autel. Il y avait un contraste entre le visage pâle et son abondante chevelure ébène, comme deux forces se disputant le regard intense de ses yeux noirs, un conflit dans cette physionomie mêlant des traces autochtones à des traits venus de l’au-delà de l’océan.

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Lu également dans le cadre du mois organisé par Goran et Ingannmic

Challenge petit bac chez Enna (catégorie voyage) 
Et les coups de coeur chez Antigone

Orange amère

Premier chapitre : Californie années 60
Bert, adjoint du procureur, mari et père de 3,5 enfants, rencontre Beverly, mère au foyer, deux enfants. Le coup de foudre est palpable et Fix, le mari de Beverly, s’en aperçoit mais il ne peut lutter.
Deuxième chapitre : 40 ans plus tard , nous retrouvons Fix et sa fille Franny discutant pendant la chimiothérapie de Fix, on apprend que Bert et Beverly ont chacun divorcé de leur conjoint respectif et se sont mariés (puis ont divorcé).

Et ce roman continue ainsi alternant passé avec les 6 enfants de cette famille recomposée et une période plus récente. Alternance également entre la Californie et la Virginie ….

La mise en place de l’histoire m’a parue un peu lente au début (le temps de découvrir la personnalité des six enfants et de leurs proches) puis je n’ai plus pu lâcher ce livre.
Franny la barmaid amoureuse des livres, Caroline l’avocate, Calvin l’aîné de la fratrie, Albie le petit dernier, Holly et Jeanette, les « filles du milieu », m’ont semblé si proches, presque des amis, que j’ai eu de la peine à les quitter.

Le titre « orange amère » est également le titre d’un livre dans le livre ; livre racontant l’histoire d’un été de ces six enfants dont seulement 5 grandiront.

Extraits

A les voir ensemble tous les six, on pensait plutôt à une colonie de vacances qu’à une famille, à des enfants que seul le hasard avait déposés sur le même trottoir. Il était très difficile de deviner la relation qui les unissait, même ceux qui étaient du même sang.

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Voilà ce qu’il y avait de plus remarquable chez les petits Keating et les petits Cousins : ils ne se haïssaient pas, ni ne possédaient la moindre parcelle de loyauté tribale. (…). Les six enfants partageaient un principe fondamental, qui renvoyait leurs potentielles antipathies réciproques en ligues mineures : ils détestaient les parents. Ils les haïssaient.

Challenge petit bac chez Enna (catégorie aliment/boisson) 

Le lézard lubrique de Mélancholy Cove -Christopher Moore


Ce joli lézard m’a fait de l’oeil depuis la boîte à livres de mon village.
Ce « lézard » est d’ailleurs plus proche du dragon car il a la particularité de mesurer 30 mètres de long sur 3 de large (et 7 en hauteur) joli morceau non? En plus il est un peu caméléon sur les bords et personne ne se rend compte au début qu’il est sorti de l’océan ….où il vivait tranquille depuis 5000 ans…
Sinon que dire de ce livre ? Il appartient à la collectivité Folio Policier. Il y a bien la découverte d’un corps au tout début (décès par suicide plus que suspect) , il y a bien l’enquête de Theo le flic de ce coin de Californie.
Mais ce n’est pas là le principal, le plus important vient que ce roman réussit à être drôle (même hilarant par moment) …ou alors les pages étaient imbibées de la marijuana que le flic fume h24….
Ou alors il y avait un petit effluve de fuite de centrale nucléaire (le berceau de Steve le lézard) …Parce que figurez vous que le lézard s’appelle Steve, il a été nommé ainsi par Molly, ancienne actrice de série B un peu cinglée…enfin un peu plus que les autres personnages … mais si peu finalement…
Si vous rajoutez que la psy locale s’appelle Val (comme moi) vous comprendrez mon enthousiasme…
En bref un roman totalement improbable et impossible mais quels fous rires …..

Au delà de ce bon moment, l’auteur qui s’amuse visiblement, en profite pour dégommer le mode de vie américain : flics, « communautés chrétiennes», médecine, sexe, fast-food, nucléaire, politique ….tout y passe …

Un extrait

Depuis la dernière apparition du monstre à Melancholy Cove, le plus grand danger en relation avec la Préhistoire qu’eût encouru la population avait toujours été la Cadillac de Mavis Sand. Fabriquée en 1956, décapotable, jaune citron, dotée d’une immense calandre chromée, elle semblait avaler l’asphalte. De chaque côté, au niveau du bas de caisse, elle était équipée de petites antennes plaquées or qui vibraient dans le vent et qui permettaient au conducteur de sentir la proximité du trottoir lorsqu’il se garait. Les habitués du bar l’avait surnommé la «Banane ». Un jour, alors que Mavis était occupée, pris d’un élan créatif, ils avaient bricolé une espèce d’emblème représentant une pin-up mexicaine bleue et l’avaient vissée sur le coffre. « Ouais, pas mal, avait dit Mavis. Faut que vous sachiez que c’est pas la première banane que je chevauche, mais je crois bien quand même que celle-là elle bat tous les records. »

Challenge petit bac chez Enna (catégorie animal) et Challenge polar  chez Sharon , Challenge animaux du Monde Chez Sharon 

Je lis donc je suis – 2020

Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es…Les réponses reposent sur les titres lus tout au long de l’année.* *

Décris toi : La daronne

Comment te sens-tu ? Les jours de silence

Décris où tu vis actuellement : Au bord de la terre glacée

La preuve en image – photo du 14-12-2020 prise à 7h56 depuis mon salon

Si tu pouvais aller où tu veux où irais-tu ? Au loin

Ton moyen de transport préféré : Requins d’eau douce

Ton / ta meilleure amie est : L’homme-dé

Toi et tes amis vous êtes : Les buveurs de lumière

Comment est le temps ? Par le vent pleuré

Quel est ton moment préféré dans la journée ? Couleur de l’incendie

Qu’est la vie pour toi ? La chambre aux échos

Ta peur ? Inavouable

Quel est le conseil que tu as à donner ?  Avec joie et docilité


La pensée du jour ? Petits secrets, grands mensonges

Comment aimerais-tu mourir ? Au revoir là haut

Les conditions actuelles de ton âmela traversée des sentiments


Ton rêve : double nationalité

Le séminaire des assassins – Pétros Markaris

Tout commence par des vacances. le commissaire Charitos profite de congés bien mérités avec sa femme. Sur leur lieu de vacances, ils rencontrent trois jeunes retraitées avec qui ils nous font découvrir la beauté de la Grèce. Cette parenthèse achevée ils rentrent tous à Athènes.
Le commissaire Charitos, le premier jour de sa reprise, apprend que son supérieur part à la retraite et qu’il va assurer l’intérim. Il espère profiter d’un peu de calme avant le rush de la rentrée mais les faits ne lui en laissent pas le temps : un homme politique est retrouvé mort dans sa cuisine… une mystérieuse femme en mobylette lui a déposé un gâteau empoisonné…
Ce premier crime est bientôt suivi d’un autre, le meurtre d’un autre homme politique. Cette enquête s’avère compliquée du fait justement de son caractère politique. Charitos est régulièrement convoqué par son ministre de tutelle pour rendre compte de l’avancée de l’enquête ( qui comme toute enquête au début n’avance pas comme il faudrait)
Au delà de ces investigations, c’est la description de la Grèce actuelle qui m’a le plus intéressée : l’arrière plan de l’intrigue est une Grèce en pleine crise : manque de crédits à l’université, problème d’afflux de migrants … organisation politique…la crise est bien présente dans la vue quotidienne…
Le commissaire Charitos est un policier aguerri qui reste sympathique et humain : il est plutôt « famille » et celle ci est très présente que ce soit sa femme ou sa fille, adulte. Ils se retrouvent souvent lors de repas mémorables qui m’ont mis l’eau à la bouche.
Une fois n’est pas coutume, j’avais trouvé rapidement coupable et mobile.
Malgré quelques « ficelles » un peu grosses pour découvrir le coupable, j’ai trouvé ce roman très intéressant.

un extrait

– Les choses de l’esprit, aujourd’hui… les travailleurs de l’esprit n’existent plus, monsieur le commissaire, nous n’avons plus que des intellectuels.
– Quelle est la différence ?
– Les travailleurs de l’esprit sont dans les bibliothèques, ils se consacrent à l’étude, à la science. Les intellectuels sont spécialistes en généralités sur tous les sujets. Les travailleurs de l’esprit ont des connaissances, les intellectuels ont des points de vue qu’ils aiment exposer à la moindre occasion.

Challenge Petit bac  chez Enna – catégorie « Crime et justice »

Le calendrier de l’après

Ben oui ! parce que j’ai repéré ceci sur Facebook et que je n’ai pas eu le temps avant (avent?) 🙂

1- ma première lecture de l’année
Eureka Street (parution du billet en février mais lu tout début janvier)

2- le livre que j’attendais à tout prix
Bizarrement aucun cette année

3- un auteur découvert cette année
Le champ de personne de Daniel Picouly

4- un livre lu sur les conseils de mon libraire
A malin, malin et demi de Richard Russo

5- le livre dont l’écriture m’a éblouie
Toute la lumière que nous ne pouvons voir d’Anthony Doerr

6- mon plus gros flop
1974 david Peace

7- la plus belle couverture
Au revoir là haut de Pierre Lemaitre

8- le livre que je n’aurais jamais lu si ……Eva et Patrice n’avaient pas proposé ce titre en LC
C’est arrivé un premier septembre de Pavol Rankov

9- mon plus gros pavé de l’année
Silo 3 tomes :-) de Hugh Howey

11- le livre le plus ancré dans l’actualité
Le cuisinier de Marin Suter

12- le livre le plus dépaysant (Merci Edualc <3)
Au bord de la terre glacée d’Eowyn Ivey

13-un prix littéraire lu cet année
Les luminaires d’Eleanor Catton

14- le livre que tout le monde aime sauf moi (Nemesis de Philip Roth)

15- le livre qui a vaincu le confinement
Les intermittences de la mort de José Saramago

16- le livre le plus poétique
Le marchand de passés de José Eduardo Agualusa

17-un livre dont le héros a existé : La traversée des sentiments de Michel Tremblay

18- le livre le plus drôle
Ada d’Antoine Bello

19-le livre le plus émouvant
Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre

20-le livre dont j’aurais aimé rencontré le héros
La famille Lament de George Hagen

21- le plus beau titre
Miroir de nos peines de Pierre Lemaitre

22- le plus original
Une machine comme moi de Ian McEwan

23- le livre inclassable
Double nationalité de Nina Yargekov

24-un livre pour finir en beauté
La mandoline du capitaine Corelli de Louis de Bernières

La mandoline du capitaine Corelli – Louis de Bernières

Premier chapitre : Grèce 1940 – le Docteur Yannis raconte l’histoire de son île, la Céphalonie, suite aux invasions multiples sur plusieurs siècles : c’est très drôle et un peu poétique.
Deuxième chapitre : cette fois, le lecteur est dans la peau du Duce qui monologue sur la grandeur de l’Italie, le fascisme et la guerre qui se prépare. C’est à la fois aussi grandiloquent et très ironique. Pour tout dire le Duce (et ses compétences économiques ou militaires) sont tournées en ridicule…

Il s’agit ici d’un roman choral : tour à tour des personnages font progresser petit à petit l’histoire : Metaxas, dictateur grec, narre les pressions « diplomatiques » faites par les italiens avant le début des combats. Pelagia, la fille du docteur raconte son amour naissant pour Mandras …qui part à la guerre. Un des narrateurs les plus présents est Carlo, soldat italien, il s’agit d’un bon gros géant (une force de la nature très sensible) qui raconte de façon poignante le début de la guerre en 1940 : l’Italie provoque des incidents à la frontière entre la Grèce et l’Albanie puis tente d’envahir la Grèce. Contre toute attente, l’armée grecque peu équipée résiste bien à ces attaques mais sera balayée par les panzers allemands…
Après la reddition de la Grèce, commence pour la Céphalonie une occupation italienne…

Le capitaine Corelli du titre est évoqué par Carlo vers la page 131 puis entre réellement en scène (page 200 sur 500).
On le suivra alors dans sa découverte de cette île sauvage et de ses habitants…
C’est tellement bien écrit que je n’ai pas vu le temps passer : tour à tour, le ton sait se faire mordant, drôle, horrifiant, tendre…

C’est un roman formidable…quel souffle !!!

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Un extrait (page 201)

J’étais entré dans la guerre en romantique et j’en sortais détruit, effondré et désespéré. L’expression « le cœur brisé » me vient à l’esprit mais elle ne peut décrire la sensation d’être absolument anéanti corps et âme. Je savais que je voulais fuir – j’enviais nos soldats en Yougoslavie qui avaient changé de camp et rejoint la division Garibaldi – mais, finalement, on ne peut échapper aux monstres qui dévorent de l’intérieur le plus profond, et la seule façon de les vaincre c’est soit de se battre avec eux, comme Jacob et son ange ou Hercule et ses serpents, soit de les ignorer jusqu’à ce qu’ils renoncent et disparaissent. C’est ce que j’ai fait, aidé en cela par un petit miracle qui s’appelle le capitaine Antonio Corelli. Il est devenu ma source d’optimisme, une fontaine d’eau claire, une sorte de saint sans trace répugnante de piété, un saint qui considérait qu’il fallait jouer avec la tentation plutôt que s’y opposer mais qui restait un homme d’honneur parce qu’il ne savait pas se conduire autrement.Je l’ai rencontré dans le campement voisin d’Agostoli, avant que le maréchal des logis n’organise le cantonnement chez l’habitant. C’était le milieu du printemps, quand l’île est la plus sereine et la plus belle. Plus tôt dans l’année, le temps peut être très tourmenté, et plus tard, il peut faire une chaleur insupportable, mais au printemps le temps est délicieux, il y a une légère brise avec un peu de pluie le soir et des fleurs sauvages qui s’épanouissent dans des endroits impossibles. Après les horreurs de la guerre, c’était comme si j’avais débarqué en Arcadie ; l’impression de paix fut si forte qu’elle me laissa en larmes, reconnaissant et incrédule. C’était une île où il était physiquement impossible de se sentir morose, où les mauvaises émotions ne pouvaient pas exister. Quand je suis arrivé, la division avait déjà succombé à ses charmes, elle s’était laissé aller sur ses coussins, avait fermé les yeux et faisait de doux rêves. Nous avons oublié d’être des soldats.La première chose qui m’a frappé c’est l’intense clarté de la lumière. Ce serait sans doute ridicule de prétendre que l’air de Céphalonie n’a pas de densité, mais la lumière est si limpide, si pure qu’on est momentanément ébloui et écrasé, mais sans douleur. Pendant deux ou trois jours j’ai marché les yeux plissés. J’ai découvert qu’à Céphalonie la nuit tombe d’un seul coup et qu’avant la pluie la lumière devient nacrée. Après la pluie, l’île sent le pin, la terre chaude et la mer sombre.[…]

J’ai rencontré le capitaine Corelli dans les latrines du camp. Sa batterie avait des latrines que l’on appelait « la Scala » parce que le capitaine avait fondé un petit club d’amateurs d’opéra qui y chiaient ensemble tous les matins à la même heure, assis en rang sur la planche de bois, le pantalon aux chevilles. Il possédait deux barytons, trois ténors, une basse et une haute-contre dont on se moquait parce qu’il devait chanter tous les rôles de femmes ; l’idée était que chacun devait lâcher une grotte ou un pet pendant les crescendo, quand le champ recouvrait le bruit. Ainsi l’humiliation de déféquer en commun était atténuée et tout le campement commençait la journée en fredonnant un air qui s’élevait des chiottes. Ma première expérience de la Scala avait été d’entendre l’air de la Forge à 7h30, accompagné par des timbales d’une résonance prodigieuse. Naturellement, je n’ai pas résisté à aller voir et je me suis approché d’un enclos de toile où l’on avait peint « la Scala » à grands coups de blanc. J’ai senti une odeur épouvantable, repoussante, mais je suis rentré et j’ai vu une rangée de soldats qui chiaient sur leur perchoir, le visage rouge, chantant à tue-tête et frappant sur leurs casques d’acier avec des cuillères. J’étais à la fois confus et stupéfait, surtout quand j’ai vu qu’il y avait un officier, assis parmi les hommes, qui dirigeait tranquillement le concert avec une plume dans la main droite. On salue généralement un officier en uniforme, à plus forte raison quand il porte sa casquette. Mon salut a été un geste précipité et inachevé pour accompagner ma retraite – je ne connaissais pas le règlement qui précise comment saluer un officier en uniforme qui a son pantalon baissé pendant un exercice d’élimination chorale en territoire occupé.Je devais par la suite rejoindre la société lyrique, présenté comme « volontaire » par le capitaine après qu’il m’eut entendu chanter en astiquant mes bottes : il s’était aperçu que j’étais baryton. Il m’a tendu un morceau de papier chipé au bloc-notes du Général Gandin lui-même et sur lequel était écrit :

TOP SECRET

Par ordre du QG, supergrecia, le caporal d’artillerie Carlo Piero Guercio doit se présenter pour service d’opéra à toute sollicitation du capitaine Antonio Corelli du 33e régiment d’artillerie, division Acqui. Règlement d’engagement :

  1. tout soldat appelé à l’entraînement musical régulier devra jouer d’un instrument de musique (cuillères, casque, peigne et papier, etc.).
  2. Quiconque manquera régulièrement les notes aiguës sera émasculé et ses testicules seront donnés à des causes charitables.
  3. Quiconque maintiendra que Donizetti est meilleur que Verdi sera habillé en femme, ridiculisé devant la batterie et ses canons, portera une casserole sur la tête et, dans les cas extrêmes, sera tenu de chanter « Funiculi, Funicula» ainsi que toute autre chanson relative au chemin de fer que le capitaine Antonio Corelli jugera bon d’exiger de temps en temps.
  4. Tous les aficionados de Wagner seront fusillés péremptoirement, sans jugement et sans appel.
  5. La cuite ne sera obligatoire que lorsque le capitaine Antonio Corelli ne paie pas la tournée.

Signé : Général Vechuarelli, commandant suprême, Supergrecia, au nom de sa majesté le roi Victor-Emmanuel.

Challenge Petit bac  chez Enna – catégorie « objet »,