Ma soeur, serial killeuse d’Oyinkan Braithwaite

J’ai beaucoup vu ce livre sur internet ; la couverture et le titre m’intriguaient. L’action se passe au Kenya, Korede, la narratrice, y est infirmière.
Sa soeur Ayoola est un peu plus jeune qu’elle et a « besoin » d’être protégée.
Comme l’indique le titre celle-ci est une serial killeuse et le premier chapitre de ce roman raconte le « nettoyage » de son troisième meurtre.

J’ai trouvé ce livre à la fois intéressant,notamment pour le dépaysement, mais aussi un peu superficiel et caricatural : la jeune soeur, est belle mais dénuée de sens moral et l’autre soeur, sans charme mais très intelligente.

Les chapitres sont courts et se lisent vite, la tension monte, on se demande si le beau Tade va s’en sortir (et on se moque un peu de lui d’être si sensible à la beauté de l’une et de ne pas voir l’amour que lui porte la deuxième)

Entre deux chapitres, Korede se remémore son enfance et surtout son père, abominable individu, jusqu’à la révélation finale qui explique bien pourquoi les deux soeurs en sont arrivées là : l’une tuant et l’autre nettoyant les scènes de crimes de l’autre.

Une citation : Bizarrement, je ne peux pas l’imaginer se résoudre à poignarder un homme si elle n’avait pas ce couteau-là sous la main; c’est presque comme si c’était lui qui décidait de donner la mort, indépendamment de la volonté d’Ayoola. Cela dit, est-ce si difficile à croire ? qui osera prétendre que derrière tout objet ne se cache pas une intention ? Ou que les intentions cachées de ses anciens propriétaires ne continuent pas à l’orienter vers sa raison d’être ?

le mois africain se déroule en octobre chez Jostein 🙂

BILAN PAL D’ETE

Voici le retour sur ma liste pour ce Challenge chez Liligalipette

1- Demain les chats de Bernard Weber (recommandé par mon chat fiston) : mon avis ici

2- Un monde sans fin (parce que Ken Follett) – Pas lu !!! j’ai oublié ce livre lors du départ en vacances)

3- Le maître des orphelins (un pavé historique) : Pas lu

4- L’homme qui s’envola : 4 * ici

5- Pastorale américaine de Philip Roth : Pas lu

6- La nuit des béguines (abandon ;-()

7- Quatre saisons à Mohawk : lu tout récemment mais pas de billet (peut être un peu plus tard ?)

8- San Perdido de David Zuckerman : dépaysant mais j’en attendais plus

Quatre livres lus seulement sur les huit livres (j’ai lu beaucoup mais pas ce qui était prévu ;-))

Bonne journée à tous

Le prince des marées – Pat Conroy

Quel livre !
Tom Wingo, 36 ans, est le narrateur. Dans le début du roman, il vit en Caroline du Sud et est marié à Sallie, il est père de trois filles et au chômage depuis un an. Sa mère leur rend visite : un grand moment de dialogue (famille, je vous hais !). Elle leur apprend que Savannah, la soeur jumelle de Tom a fait une deuxième tentative de suicide.
Le roman va alors alterner passé et présent pour expliquer comment ces personnes en sont arrivées à ce stade.
Ce roman-fleuve (1000 pages en poche) est époustouflant : les personnages sont tous très fouillés et crédibles : des grands parents, jusqu’aux petits enfants et aux personnages secondaires. Les parents sont toxiques et les trois enfants, Luke, Tom et Savannah sont très solidaires.
L’histoire est captivante (l’auteur sait parsemer l’intrigue de rebondissements savoureux), le contexte historique est toujours évoqué fort à propos (guerre du Vietnam, lutte pour les droits civiques dans cet état très raciste).
Le lien passé /présent se fait dans le cabinet du Docteur Lowenstein, psychiatre de Savannah, qui fait écouter à Tom le délire de Savannah lors d’entretiens après sa tentative de suicide.

Enfin la mer a une place à part entière et m’a emportée ….

Pour une fois la comparaison avec John Irving sur la quatrième de couverture ne m’a pas paru usurpée (ah l’épisode du tigre de Conroy vaut bien tous les épisodes d’ours d’Irving)…

Un extrait

J’ai grandi en Caroline du Sud où je suis devenu un homme, un Blanc sudiste, et je vivais avec brio la haine que j’avais consciencieusement appris à nourrir contre les Noirs lorsque le mouvement en faveur des droits civiques m’est tombé dessus sans crier gare, au détour d’une barricade, me démontrant à la fois mon ignominie et mon erreur. Comme j’étais un garçon réfléchi, sensible et épris de justice, j’ai fait mon possible pour me réformer et jouer un petit rôle insignifiant dans ce mouvement, ce dont je me suis empressé de tirer un orgueil plus qu’excessif. Puis je me suis retrouvé à l’université où je suivais la préparation militaire des Officiers de Réserve composé exclusivement de jeunes mâles de race blanche, et je me suis fait craché dessus par des militants pacifistes que mon uniforme dérangeait. J’ai fini par rejoindre les rangs de ces manifestations, mais je n’ai jamais craché sur quiconque ne partageait pas mes opinions. Je pensais passer tranquillement le cap de la trentaine, en brave contemplatif à l’humanisme irréfutable, lorsque le mouvement de libération de la femme m’a coincé au détour d’une avenue et, une fois de plus, je me suis retrouvé du mauvais côté de la barricade. Apparemment, j’incarne tout ce que le XXe siècle compte de turpitudes.

Livre lu dans le cadre du pavé de l’été chez Brize (1069 pages pour ce pavé en poche)

Yoko Ogawa en hommage à Goran

Pour rendre hommage à Goran, disparu ce printemps, Eva et Patrice organisent aujourd’hui une LC du « Petit joueur d’échecs » de Yoko Ogawa.

Je me joins à eux et à tous les autres aminautes de Goran avec un autre titre de l’auteure (j’avais déjà lu le petit joueur d’échec)

Le roman s’ouvre avec la mort d’une petite fille de trois ans. Le médecin affirme qu’elle est morte de pneumonie mais la mère, accablée de douleur, prétend que cette mort est due à un chien maléfique.
La mère décide d’isoler les 3 enfants survivants dans une maison abandonnée afin de les préserver de la « malédiction ».
Il s’agit là d’un roman très onirique.
L’action est vue d’un point de vue extérieur, et raconte le quotidien de ces trois petits pendant plusieurs années..
Les jeux des enfants sont très bien racontés en particulier les instantanés d’ambre (Ambre est le garçon du milieu, huit ans lors du début de cet isolement) : il a réalisé des « dessins animés » de sa petite soeur disparue dans le bas d’encyclopédies. Sa soeur, Opale, 12 ans au début de l’histoire, danse et le petit dernier, Agate, 5 ans, découvre la nature à l’intérieur du jardin jusqu’au mur de briques cachant leur existence au reste du monde.
Le lecteur voit peu la mère mais le contact avec ses trois enfants est  « magique ».


Un livre étrange et envoûtant …à la fois doux et un peu angoissant…

Un extrait :

L’œil gauche de celui-ci (le fils aîné) commençait à présenter une évolution qui cadrait bien avec son nom, Ambre, et aucun autre. Tout d’abord, non loin du coin de l’oeil la limite entre le noir et le blanc s’estompa, le marron de l’iris déborda en marbrures qui bientôt s’étendirent à la totalité de l’œil gauche. Elles coulaient le long des vaisseaux capillaires, se déposaient, sédimentaient. Et les strates venant s’imprégner de larmes comme de résine, il se forma bientôt une concrétion d’ambre. L’existence de cet œil attestait le nom de l’ambre.
Au fur et à mesure de cette transformation son œil gauche eut peu à peu des difficultés à voir, mais Ambre n’était pas inquiet. Si l’extérieur devenait pour lui de plus en plus vague, inversement l’intérieur gagnait en densité, faisant ressortir avec davantage de vie les silhouettes qui apparaissaient au fond.

Sans parler du chien – Connie Willis

Le premier chapitre nous plonge dans le blitz en 1940. Ned Henry et deux de ses collègues fouillent dans les décombres brûlants de la cathédrale de Coventry. Connie Willis nous donne petit à petit les raisons de cette quête : Ned est un historien du XXIeme siècle et sa patronne la redoutable Miss Schrapnell (la bien nommée tellement elle est explosive) lui a demandé de mener l’enquête sur la disparition d’une potiche. Ned voyage donc dans le temps.

Un peu plus tard, il retourne dans son époque faire son rapport, avant de retourner en 1888 (toujours sur l’enquête de la potiche mais surtout pour corriger une erreur de Verity, une de ses Collègues, qui a ramené un chat du passé), sans parler du chien…

J’ai adoré cette histoire rocambolesque :
Les personnages , le contexte et l’alternance des époques, les dialogues surréalistes (il faut dire que les voyages dans le temps occasionnent une sorte de décalage savoureux, les historiens tombent amoureux de la première personne qu’ils rencontrent après un saut, ils confondent les mots d’où des quiproquos très drôles), sans parler du chien…
J’ai beaucoup aimé aussi les références litteraires : Jerome K Jerome et trois hommes et un bateau (que je n’ai toujours pas lu), Dorothy Sayer et son lord Peter Winsey, Arthur Conan DoyleAgatha Christie et bien sûr Lewis Scaroll sans parler du chien… ni du majordome…
J’ai aussi beaucoup aimé les réflexions historiques : et si tel événement s’était produit (ou ne s’était pas produit), Napoléon aurait il gagné à Waterloo?)
Il s’agit d’un roman qui fait bien travailler les neurones et les zygomatiques …sans parler du chat

A lire !

Un extrait :

– N’y a-t-il pas de train direct pour Coventry?
– Si, madame. A 10:17. Le convoi va partir, madame. Ce sera tout?
– Non, je veux mon guide et une carpette pour poser mes pieds. L’entretien de ces voitures est lamentable.
Mme Mering n’avait jamais dû prendre le métro. Quelle que fût l’époque, les gens appréciaient rarement leurs moyens de transports. Au XXe siècle, ils se plaignaient des vols annulés et du prix des carburants; au XVIIIe, des routes boueuses et des bandits de grand chemin ; et dans l’antiquité les Grecs du professeur Peddick avaient dû fulminer contre les chevaux récalcitrants et les roues de leurs chars qui se déboitaient constamment.

Livre lu dans le cadre du pavé de l’été chez Brize (570 pages pour ce pavé)

La fin des temps – Haruki Murakami

Le mois dernier, j’ai essayé de lire « écoute le chant du vent, suivi de flipper 1973 » de Haruki Murakami. J’ai fini par abandonner car le sujet, la vie d’un jeune homme, était plutôt plat et sans relief. Je suis pourtant repartie dans la lecture d’un autre roman d’Haruki Murakami, qui lui m’a enthousiasmée : La fin des temps.


Il y a deux fils narratifs dans ce roman (cette fable?). D’un côté, un jeune homme a un métier étrange, c’est un programmeur mais pas un programmeur informatique. Dans ce pays qui s’appelle « le pays des merveilles sans merci » les programmeurs sont opposés aux pirateurs (les bons contre les méchants ?). Le jeune homme, dont on ne saura pas le nom, est embauché par un vieillard pour « coder » des recherches explosives.
En parallèle, le lecteur suit un autre jeune homme, dans une ville étrange , une ville où tous les habitants sont prisonniers à l’intérieur d’une muraille épaisse avec une forêt menaçante et où paissent, dans les champs avoisinants, des licornes. Chaque nouvel arrivant dans cette ville étrange se voit retirer son ombre.


J’ai beaucoup aimé ce roman de Murakami qui est très onirique, fantaisiste. Il s’agit là d’une quête, celle d’un jeune homme, qui souhaite découvrir d’où vient ce mystérieux savant et quelles sont les étranges ténébrides qui menacent la découverte de celui-ci.
Ces deux lectures (celle abandonnée d’Ecoute le vent) et celle-ci, (réussie, de la fin des temps) m’auront au moins permis de comprendre mon intérêt pour cet auteur : il me subjugue quand il invente des mondes fantastiques et m’ennuie quand il parle du monde contemporain.

Un extrait

Reprenons : à la demande d’un savant, je m’étais rendu dans son labo de recherches souterrain pour y traiter des données. A cette occasion, il m’avait offert quelque chose qui ressemblait à un crâne de licorne, que j’avais ramené chez moi. Au bout d’un moment, un employé du gaz, apparemment soudoyé par les pirateurs, s’était présenté pour essayer de me voler ce crâne. Le lendemain matin, coup de téléphone de la petite-fille de mon commanditaire, pour me demander de venir au secours de son grand-père qui avait été attaqué par les ténébrides. Moi, je me précipitais sur les lieux du rendez-vous, elle, elle ne se manifestait même pas. Apparemment, j’étais en possession de deux précieuses marchandises. L’une étant le crâne, l’autre, les données du shuffling. Je les avais mises toutes deux à l’abri à la consigne temporaire de la gare de Shinjuku.

Livre lu dans le cadre du pavé de l’été chez Brize (560 pages pour ce pavé 😉 vive le changement des règles:-)

Pal d’été

Il n’aura échappé à personne que ce blog est en léthargie totale. Le dernier post date du 20/04. Un changement total d’orientation professionnelle m’a fait perdre le nord 🙂

J’essaie tout de même de relancer un peu de lecture cet été (type « Dernier inventaire avant liquidation »?)

Voici ma liste pour ce Challenge chez Liligalipette

1- Demain les chats de Bernard Weber (recommandé par mon chat fiston)

2- Un monde sans fin (parce que Ken Follett)


3- Le maître des orphelins (un pavé historique)

Le maître des orphelins par Zimmerman


4- L’homme qui s’envola (j’aime beaucoup Antoine Bello)

L'homme qui s'envola par Bello


5- Pastorale américaine de Philip Roth

Pastorale américaine par Roth


6- La nuit des béguines

La nuit des béguines par Kiner


7- Quatre saisons à Mohawk

Quatre saisons à Mohawk par Russo


8- San Perdido de David Zuckerman

San Perdido par Zukerman

huit livres seulement (j’essaie d’être raisonnable 🙂

Bonne journée à tous

Terre des oublis – Duong Thu Huong

Lecture avec Edualc 🙂

Vietnam de nos jours

L’histoire est vue par les yeux des trois principaux protagonistes.
Commençons par Miên : elle rentre un jour chez elle avec les femmes de son village, après une dure journée de labeur dans les champs. Elle découvre un attroupement devant chez elle : son premier mari, Bôn, déclaré mort à la guerre, vient de réapparaître après 14 ans d’absence. Pour tout le village, peu importe que Miên soit maintenant mariée avec Hoan et aie un petit garçon de cinq ans : elle « appartient » à son premier mari.
Le poids des conventions est énorme : Miên a pour devoir de reprendre la vie commune avec son premier mari, celui ci est un héros de guerre, la société lui doit respect et Miên sera donc « condamnée » à vivre dans la masure de cet homme (revenu très diminué par la guerre).

Le deuxième protagoniste est Bôn et même si je comprends sa passion pour Miên, j’ai eu du mal à comprendre sa façon de réagir : il n’a pour moi pas toute ses facultés de jugement (dû aux traumatismes de la guerre). Ses souvenirs de cette période (et notamment de la mort de son sergent sont très émouvants).

Hoan, le deuxième mari, est quelqu’un avec un caractère entier. Il met du temps à accepter la situation (ou plutôt à trouver une solution à une situation qui paraît inextricable), l’histoire se deroule sur deux ans…
Avec Miên, c’est un personnage lumineux et courageux, qui prend la vie à bras le corps. Il est à la fois un homme mûr, un père aimant, un mari attentionné et un homme d’affaire efficace.

En parallèle de ces trois trajectoires, j’ai aimé ce périple dans ce pays aux multiples talents culinaires et aux paysages flamboyants.

Un roman qui m’a intéressée même si je n’ai pu m’identifier à aucun des personnages : leur soumission aux règles fixées par leur communauté est trop éloignée de ma vision de la vie et de l’épanouissement personnel.

Un extrait

Les matins d’automne, la vallée se couvre de fleurs vert foncé, minuscules comme des gouttes de rosée. Ce sont sans doute les plus éphémères des fleurs. Elles ne vivent que quelques heures. Vers sept heures ou sept heures et demie, le soleil d’automne sèche les herbes, les boutons commencent à s’ouvrir. Vers huit heures, les fleurs s’épanouissent, elles vivent quelques instants la plénitude de leur extraordinaire beauté. Elles fleurissent en grappes, dansent comme des milliers et des milliers de gouttelettes vertes sur les feuillages épais, d’une blancheur de marbre, illuminés par des reflets d’argent velouté. Vers dix heures ou dix heures et demie, les pétales graciles se fanent, se fripent, s’enroulent. À midi juste, les cinq pétales froissés, ratatinés, se tassent en un point noir. Aucun peintre n’a encore réussi à rendre le vert étrange de cette fleur, aucun poète n’a encore su décrire sa beauté chimérique.

CommenterJ’apprécie 

L’autre moitié de soi – Brit Bennett

Genre : histoire familiale vue de 1954 à 1980, USA

Première partie 1954-1968 : L’histoire est vue du point de vue de Desiree une des deux jumelles. Elle rentre chez elle chez sa mère 14 ans après avoir fugué. Elle était partie à 16 ans avec Stella sa soeur jumelle. Un an après, elle avait perdu la trace de celle-ci. Desiree et Stella sont deux jeunes femmes noires mais qui pourraient passer pour des blanches et il semble que c’est ce que Stella a choisi (fuir ce racisme, cette vie sans avenir : le début de l’action se situe en 1954)
Desiree revient chez sa mère, car son mari la bat. Ella a emmené sa fille Jude , 8 ans m.

Deuxième partie 1978 : Jude a 18 ans et arrive seule à Los Angeles. Noire comme l’ébène dans un village où la majorité des gens sont très e« clairs de peau», elle s’est toujours sentie au ban de la société.

Troisième partie : retour en 1968, mais l’histoire est complétée par la vision de Stella qui « renie » sa famille pour devenir blanche, nous faisons connaissance de Kennedy sa fille (qui a le même âge que Jude). Au départ, pour survivre et trouver du boulot elle se fait passer pour « blanche » et se trouve ensuite « prisonnière » de son mensonge.

La première moitié de ce livre est enthousiasmante, l’auteur prend le temps de nous faire découvrir les personnages et leurs motivations. La deuxième tout aussi bien écrite m’a moins intéressée (j’ai en fait préféré la première moitié avec la relation entre les deux soeurs plus que la deuxième partie centrée sur les cousines, Jude et Kennedy)

Malgré cette baisse d’intérêt de ma part pour cette deuxième moitié, cela reste un livre passionnant.

Extraits

C’étaient de braves gens, d’honnêtes citoyens qui donnaient aux bonnes œuvres et grimaçaient devant les reportages où l’on voyait des shérifs matraquant des étudiants noirs dans le Sud. Ils pensaient que ce Martin Luther King était un orateur remarquable, approuvaient peut-être certaines de ses idées. Jamais ils ne lui auraient tiré une balle dans la tête, et peut-être même avaient-ils pleuré à son enterrement – dire qu’il laissait des enfants si jeunes –, mais de là accepter qu’il s’installe dans le quartier, il y avait un monde. 

* *

Elle était la première surprise de s’en souvenir si bien, de voir qu’elle avait conservé une encyclopédie de son humiliation. À cette soirée, elle s’était forcée à rire – la cruauté des enfants, c’est dingue, non ? –, mais à l’époque elle ne riait pas. Parce que c’était vrai. Elle était noire. Noir-bleu. Non, d’un noir qui tirait sur le violet. Aussi noire que le café, l’asphalte, l’espace intersidéral. Aussi noire que le début et la fin du monde. 

L’African-American History Month Challenge est chez Enna

No home – Yaa Gyasi

Dans ce roman, le lecteur suit deux demi-sœurs nées en Afrique au XVIIIème siècle.
L’une d’entre elle se marie et reste en Afrique, l’autre est vendue comme esclave et part en Amérique.
Les chapitres alternent le parcours des deux soeurs (qui ne se connaissent pas) puis racontent la vie de leur progéniture puis celle des enfants et petits-enfants de celle-ci.
Une grand saga familiale donc …
J’ai aimé de nombreux personnages (en particulier H. et Marjorie)
Je suis moins enthousiaste que de nombreux lecteurs mais c’est plus lié au principe même de « roman-sur-plusieurs-générations » : Ce n’est pas la première fois, en lisant un roman qui se déroule sur deux cent ans, que j’ai du mal à apprécier la vie « trop courte » du personnage principal pour passer à une vie tout aussi courte du personnage principal suivant.
La construction des deux lignées, l’une en Afrique l’autre en Amérique est cependant très convaincante et maîtrisée.

Extraits

La nuit où naquit Effia dans la chaleur moite du pays fanti, un feu embrasa la forêt, jouxtant la concession de son père.
Il progressa rapidement, creusant son chemin depuis des jours.
Il se nourrissait d’air;
il dormait dans les grottes et se cachait dans les arbres;
il brûla,
se propagea ,
insensible à la désolation qu’il laissait derrière lui, jusqu’à ce qu’il atteigne un village ashanti.
Là, il disparut, se fondant dans la nuit.

**

H saisit un Blanc à la gorge et le tint en suspens au-dessus du vaste cratère.
« Un jour le monde saura ce que vous avez fait ici », dit-il à l’homme dont la peur se lisait dans ses yeux bleus exorbités tandis que H resserrait son étreinte.
H eut envie de lâcher l’homme au fond de la mine, au fond de la cité souterraine, mais il s’arrêta. Il n’était pas le malfaiteur qu’on l’avait accusé d’être.

L’African-American History Month Challenge est chez Enna