Les nuits de laitue – Vanessa Barbara

Genre : chronique de quartier mais un peu plus quand même…

Un tout petit roman de 220 pages dont j’ai entendu parler en bien et qui a eu le prix « Premier roman – Etranger » 2015)

L’histoire est celle d’Otto (je dirais qu’il a au moins 70 ans vu qu’il a fêté ses 50 ans de mariage avec Ada) : Au tout début du livre, on apprend qu’Ada vient de mourir (une attaque).
En deuil, Otto nous raconte sa vie passée (les moments de bonheur avec Ada), sa vie actuelle (il tourne en rond) et aussi beaucoup d’événements liés à ses voisins
J’ai beaucoup aimé le ton de l’auteur pour décrire les personnages : il y a beaucoup de tendresse (j’ai adoré le personnage de Nico, le préparateur en pharmacie, nageur amateur a ses heures perdues, Ada bien sûr en personnage solaire et loufoque …)
Vers la moitié du livre, je me suis dit qu’il n’y aurait pas d’intrigue et que le but du livre était juste de raconter des menus faits ou souvenirs.
Et bien non, Otto commence à se rappeler un incident et la deuxième partie va nous raconter l’incident (doux euphémisme). J’ai trouvé tout cela très bien raconté (et très surprenant) avec au moment où on s’y attend le moins un trait d’humour ou d’esprit…

Sans être un coup de cœur, c’est un excellent moment…

deux extraits

P 63
Otto n’avait presque jamais rien caché à Ada, si ce n’est qu’il aurait vraiment aimé avoir un lapin comme animal de compagnie – désir qu’il avait d’ailleurs fini par lui avouer, en baissant les yeux, un an avant qu’elle décède. Elle était partie d’un grand éclat de rire, n’en revenant pas qu’il ait pu garder si longtemps un secret pareil. Puis elle avait posé la main sur l’épaule d’Otto et suggéré qu’ils aillent sur le champ acheter le léporidé de son choix. Le vieil homme, encore tout gêné, estimait ne plus avoir l’énergie suffisante pour s’occuper d’un être vivant à ce stade de son existence. Il avait décliné la proposition. Le moyen terme le plus satisfaisant dont ils aient réussi à s’approcher était un lapin en pierre très gracieux qu’Ada avait acheté à la papeterie pour l’offrir à son mari à l’occasion de leurs noces d’or, ou comme ils disaient, de leurs noces de chou-fleur. Si l’idée était, pour chaque année de mariage supplémentaire, de trouver quelque chose de plus noble pour symboliser leur union, alors les tulipes et le chou-fleur étaient tout indiqués. Il y avait eu les noces de gâteau à la carotte et aussi une année où ils avaient décidé de fêter leurs noces d’os, juste pour le plaisir de l’assonance, tout en reconnaissant volontiers que l’os n’était en rien supérieur à la turquoise, à l’argent ou au corail. L’année de la disparition d’Ada, ils auraient célébré leurs noces de couverture à carreaux.

* *

Page 160
A en croire les analyses des médecins, la fibrillation atriale d’Ada était provoquée par la stagnation d’une certaine quantité de sang dans l’atrium gauche (un coagulum), certes réduite mais dangereuse. Lorsqu’il se déplace, le coagulum devient ce qu’on appelle un embole et peut remonter jusqu’au cerveau, obstruer l’artère basilaire et provoquer un accident vasculaire ischémique. C’est ce qu’on écrivit sur son certificat de décès, en plus succinct.
Le côté triste de cette affaire, c’est qu’il y avait quantité de traitements possibles contre ce type de pathologie, surtout lorsque le diagnostic était établi précocement lors d’examens. Ada aurait pu prendre des médicaments antarythmiques, des anticoagulants oraux ou des antiagrégants plaquettaires – Nico en aurait été ravi, émerveillé comme un enfant. Elle aurait pu subir une cardioversion électrique, une angioplastie ou un pontage coronarien, quitte à légèrement contrarier les administrateurs de sa mutuelle. Beaucoup de gens ont vu leur situation s’améliorer après avoir subi une ablation par radiofréquence, suivie de la pose d’un stimulateur cardiaque.
Mais Ada n’avait pas reçu les résultats de ses examens, et, par conséquent, ne sut pas qu’elle souffrait d’une arythmie pouvant lui être fatale. Elle mourut des suites d’un dysfonctionnement de la poste.

.

Rendez vous le 9 août pour un autre extrait

L’avis de Kathel 

Publicités

1Q84 livre 2 Juillet -septembre – Haruki Murakami

Attention : cet avis renferme des spoilers (je n’ai pas trouvé le nom commun issu de divulgâcher :  divulgachis ?)

Hypnotisée par le tome 1, j’ai enchaîné de suite avec le tome 2 qui nous raconte la suite des aventures de Tengo et Aomamé (qui ont failli se rencontrer à la fin de ce tome – 1er spoilier)

Tengo et Aomamé ne se rencontrent toujours pas mais progressent chacun de leur côté dans leur exploration de 1Q84 : un monde pas éloigné du monde finalement avec en toile de fonds le Japon (lui non plus pas très éloigné de notre culture : Les femmes m’ont cependant semblé plus mal loties qu’en France – soit dans leur vie conjugale, soit dans leur vie professionnelle avec des mises au placards à des postes subalternes, soit dans leur famille)

On en apprend plus sur Aomamé et ses motivations (c’est mon personnage préféré) . Les personnages secondaires comme la vieille dame (non ce n’est pas la vieille dame de Babar) et son garde du corps Tamaru prennent de la consistance.
Fukaéri, la jeune femme qui a écrit  le roman « la chrysalide de l’air » est obligée de se cacher (il s’agit en fait de faire sortir un certain loup du bois – 2ème spoilier)

Ce qu’il y a de bien dans ce deuxième tome c’est l’imprévu : un peu de conte, le chapitre d’après est un peu « thriller », le suivant développement personnel, le suivant nous explique la méthode que Tengo a pour écrire ses romans ….Il y a deux petites choses qui m’ont dérangé  : d’abord le nom des « little people » parce que pour moi ce sont des figurines de jeux, les little people, et quand même les Little people de Murakami sont un peu malveillants non ?
La deuxième chose qui m’a gênée est aussi le nouveau personnage, Ushikawa, qui est intéressant au niveau de l’intrigue et des rebondissements mais qui est quand même par trop caricatural dans son accoutrement.

Sinon ces deux bémols mis à part (qui font que je mets 4 * à ce tome (et 5 * au premier) cela reste une excellente lecture et je suis partie sur la deuxième lune en route pour le tome 3 ….

Deux extraits
Personne ne le sait, songeait Aomamé. Mais moi, je comprends. Ayumi avait en elle un énorme manque aride et désolé, quelque chose comme un désert aux confins de la Terre. Sur le sol duquel on pouvait verser toute l’eau que l’on voulait, nulle humidité ne subsistait quand la terre l’avait absorbée. Aucune forme de vie ne pouvait y prendre racine. Aucun oiseau ne volait dans ce ciel-là. Seule Ayumi savait ce qui avait produit en elle ce paysage totalement ravagé. Non, en fait, peut-être Ayumi n’en était-elle pas tout à fait consciente. […]
Chaque fois qu’elle ôtait une des couches du moi décoratif qu’elle avait élaboré, il ne restait pour finir qu’un abîme de vide. Qui la laissait complètement assoiffée. Et même si elle s’efforçait de l’oublier, ce vide la visitait périodiquement. Un après-midi pluvieux où elle était solitaire, ou un matin où elle s’éveillait après avoir fait un cauchemar. Et dans ces moments-là, il lui fallait impérativement se retrouver dans les bras de quelqu’un, et peu importait qui. »

***

La Chrysalide de l’air, qui se présentait sous la forme d’un récit fantastique, était un roman facile à lire. Le style adoptait la façon de parler d’une fillette de dix ans. Il n’y avait pas de mots compliqués, pas de logique excessive, pas d’explications ennuyeuses, pas non plus d’expressions recherchées. Du début à la fin, le récit été raconté par une fillette. Dans une langue compréhensible et précise, bien souvent plaisante à l’oreille, et pour ainsi dire sans explications. La petite fille relatait au fil de la plume ce qu’elle avait vu de ses yeux. La lecture n’était pas interrompue par des réflexions ou des interrogations du type : « Mais que se passe-t-il exactement ? » Ou : « Qu’est-ce que ça veut dire ? ». L’enfant avançait à une allure lente mais tout à fait pertinente. Les lecteurs marchaient avec elle, voyaient avec ses yeux. Tout se faisait très naturellement. Et avant même qu’ils aient eu le temps de s’en apercevoir, ils avaient pénétré dans un autre monde. Un monde qui n’était pas celui d’ici. Un monde où les Little People tissait une chrysalide de l’air.(Page 392)

Challenge trilogie de l’été chez Philippe

1Q84 Livre 1 Avril-juin – Haruki Murakami

Genre : roman avec deux fils narratifs (fils presque parallèles mais qui s’emmêlent et s’entremêlent, oui je sais cela fait longtemps que je n’ai plus fait de mathématiques)

1er fil : Aomamé (prénom signifiant haricot de soja vert) est une jeune femme, la trentaine, séduisante. Dans un taxi, le chauffeur fait mention d’un escalier pour quitter l’autoroute bloquée par un accident. Cet escalier mène-t-il vers un autre monde ?

2ème fil : Tengo, la trentaine également, est un écrivain semi-professionnel  et un professeur  de mathématiques au lycée.
Son éditeur lui propose de réécrire un roman d’une lycéenne (une histoire fascinante mais écrite sans style). La jeune fille qui a écrit ce livre est en fait quasiment incapable de lire et d’écrire (forte dyslexie) et elle l’a dicté à une amie.

Mon avis  : C’est un roman captivant avec ses deux histoires parallèles.
On comprend assez tard ce que les deux héros ont en commun : une enfance maltraitée (témoin de Jéhovah pour l’une, un père obsessionnel pour l’autre). Les chapitres sont comme un écho l’un à l’autre.
Aomamé est solitaire et rencontre une jeune femme qui travaille dans la police, puis une vieille dame qui s’occupe de femmes et d’enfants maltraités. Depuis l’épisode du taxi, elle est plus attentive à l’actualité et il lui semble que celle-ci change subtilement. Il est question d’un monde parallèle à 1984.
Tengo est également solitaire : il a peu de contacts sociaux à part son éditeur et son amante, une femme mariée plus âgée que lui. La rencontre avec Fukaeri et son père  adoptif change sa vie du tout au tout : il apprend que Fukaéri s’est échappée d’une secte à l’âge de 10 ans.

La Sinfonitta de janacek revient régulièrement. Par circonvolutions, Murakami met en lumière ses deux personnages principaux (qui à la fin du livre 1 ne se sont pas encore rencontrés). A moins qu’ils se soient rencontrés en 1Q84 dans un pays où deux lunes cohabitent….

 

En bref  : totalement fascinant même si on ne fait pas bien le distinguo entre réalité et affabulation.

J’espère en apprendre rapidement plus sur ce monde dans le deuxième tome.

Un extrait

Mais quel lien y avait-il entre cette Sinfonietta et elle ? La notice n’en donnait  aucune piste. Lorsqu’elle sortit de la bibliothèque, c’était presque le coucher du soleil. Elle avança sans but dans les rues. Elle monologuait de temps en temps, de temps en temps secouait la tête.

Bien entendu, il s’agit d’une simple hypothèse, pensait Aomamé en marchant. Mais là, maintenant, elle me semble très convaincante. Du moins, tant qu’une autre, plus évidente, ne sera pas apparue, je dois m’y conformer. Sinon, je pourrais bien me retrouver rejetée je ne sais où. Il serait d’ailleurs bon de donner une appellation appropriée à ces conditions nouvelles dans lesquelles je me trouve. Et j’ai aussi besoin d’attribuer à ce monde un nom qui me sera propre, pour le démarquer du monde d’autrefois, celui où les policiers étaient munis de leurs vieux revolvers. Après tout, on donne bien des noms aux chiens et aux chats. Il n’y a pas de raison que ce nouveau monde altéré n’en ait pas.

1Q84 – voilà comment je vais appeler ce nouveau monde, décida Aomamé.

Q, c’est la lettre initiale du mot Qquestion. Le signe de quelque chose qui est chargé d’interrogations.

Tout en marchant, elle hocha la tête pour s’approuver.

Que cela me plaise ou non, je me trouve à présent dans l’année 1Q84. L’année 1Q84 que je connaissais n’existe plus nulle part. Je suis maintenant en 1Q84. L’air a changé, le paysage a changé. Il faut que je m’acclimate le mieux possible à ce monde lourd d’interrogations. Comme un animal lâché dans une forêt inconnue. Pour survivre et assurer ma sauvegarde, je dois comprendre au plus tôt les règles et m’y adapter.

P 205

 

double participation au Challenge « lire sous la contrainte chez Philippe » où la contrainte est « sans nom commun » et trilogie de l’été

Bouvard et Pécuchet – Gustave Flaubert

Lc avec Edualc

Bouvard et Pécuchet sont deux « employés aux écritures » d’une quarantaine d’années habitant à Paris. Un jour de canicule (33°C – Boulevard Bourdon), ils se rencontrent et sympathisent. (Lu sous la canicule pour ma part – 36°C – Boulevard Bertholet)
L’un est veuf (Bouvard – François Denys, Bartholomée), l’autre vieux garçon (Pécuchet – Juste, Romain, Cyrille) ; à moins que ce ne soit l’inverse.
Un héritage inattendu leur fournit une rente et ils décident de partir en Normandie à Falaise.

Bouvard n’avait quitté Paris que le surlendemain, pour dîner encore une fois avec Barberou. Il arriva dans la cour des messageries à la dernière minute, puis se réveilla devant la cathédrale de Rouen ; il s’était trompé de diligence.
Le soir toutes les places pour Caen étaient retenues ; ne sachant que faire, alla au Théâtre des Arts, et il souriait à ses voisins, disant qu’il s’était retiré du négoce et nouvellement acquéreur d’un domaine aux alentours. Quand il débarqua le vendredi à Caen ses ballots n’y étaient pas. Il les reçut le dimanche, et les expédia sur une charrette, ayant prévenu le fermier qu’il les suivrait de quelques heures.
À Falaise, le neuvième jour de son voyage, Pécuchet prit un cheval de renfort, et jusqu’au coucher du soleil on marcha bien. Au-delà de Bretteville, ayant quitté la grande route, il s’engagea sur un chemin de traverse, croyant voir à chaque minute le pignon de Chavignolles. Cependant les ornières s’effaçaient ; elles disparurent et ils se trouvèrent au milieu des champs labourés. La nuit tombait. Que devenir ? Enfin Pécuchet abandonna le chariot, et pataugeant dans la boue, s’avança devant lui à la découverte. Quand il approchait des fermes, les chiens aboyaient. Il criait de toutes ses forces pour demander sa route. On ne répondait pas. Il avait peur et regagnait le large. Tout à coup deux lanternes brillèrent. Il aperçut un cabriolet, s’élança pour le rejoindre. Bouvard était dedans.

Citadins depuis leur naissance, ils achètent une ferme et s’imaginent que l’on peut devenir cultivateur juste en lisant des livres. Le ton de Flaubert est mordant, il se moque de ces deux « imbéciles » qui croient tout savoir et se sentent supérieurs aux paysans du coin.

Le début et la première moitié du roman m’ont beaucoup plu –  ironie, comique des situations – ensuite j’ai eu une période de lassitude puisque le déroulé est toujours sur le même modèle : Bouvard et Pécuchet se passionnent d’un coup pour un sujet auquel ils ne connaissent rien (mathématiques, médecine, philosophie, religion, histoire, littérature, etc), ils lisent les ouvrages de référence sur le sujet et essaient de mettre en pratique, mais ils lisent trop (ou mal et sans recul) et toutes leurs expériences tournent à la catastrophe ….

Lors de la dernière partie, deux nouveaux personnages m’ont bien intéressée : les deux compères « adoptent » deux « orphelins » Victor et Victorine, dont le père a été condamné au bagne. Ils se passionnent pour l’éducation …. sujet sur lequel ils échoueront également …

Au final, un sentiment un peu mitigé car si le comique de situation et de répétition est bien présent …justement une bonne moitié m’a paru répétitive et avec beaucoup de digressions. Je suis cependant contente d’avoir enfin lu cet auteur car j’étais passée pendant toutes mes études au travers des mailles du filet. Je vous laisse : je n’ai jamais lu Stendahl – je vais peut être attendre la prochaine canicule 🙂

Allons voir de ce pas ce qu’en a pensé Edualc 🙂
En plaisantant, il m’a dit « Tu lis Bouvard et moi Pécuchet », j’aurais peut être dû lire la moitié seulement 🙂

 

Challenge « lire sous la contrainte chez Philippe » où la contrainte est « sans nom commun »

Une fille facile – Charles Willeford

Après le pavé 22/11/63, j’avais envie d’une lecture courte.
Je pensais en prenant ce livre de 220 pages me diriger vers un polar type James Hadley Chase ou William Irish avec un détective, une enquête et de belles pépées.
Et bien pas du tout : Helen est bien une « pépée » comme on pourrait s’y attendre mais elle est bien plus que ça.
Quand Harry la rencontre dans un bar, il sait tout de suite qu’elle est soûle (et alcoolique), normal : il est lui même alcoolique. Presque siamois, ces deux-là décident de vivre ensemble, ils se confient l’un à l’autre et c’est passionnant : une grande détresse de part et d’autre et l’auteur arrive à nous les rendre attachants et même indulgents vis à vis de leur addiction.
L’action se passe au début des années 50 à San Francisco. Harry est un ancien GI, il a essayé de reprendre des études d’art en rentrant de sa mission de soldat … sans succès … dépressif, alcoolique mais également lucide alors qu’Helen ….
C’est un livre très noir, sombre…

La fin est doublement surprenante mais je n’en dirai pas plus pour ne pas divulgâcher. L’avant dernière phrase claque comme ….une évidence ? Une mystification de la part de l’auteur ?

J’ai lu ce livre car il était cité dans Mars club, un roman sur la vie en prison d’une jeune femme condamnée à perpétuité. Dans Mars Club, le professeur qui donne des cours d’anglais aux détenus leur fait lire (ou leur parle) d’ « une fille facile » : pas sûr que ça aide les détenus de lire ce livre …le désespoir va crescendo…. mais quelle force dans le propos …. un livre marquant !

.

Extrait p 132

Dans mon rêve je courais rapidement le long d’un énorme clavier de piano. Les touches blanches faisaient de la musique sous mes pas rapides au fur et à mesure que je marchais sur elles. Mais les touches noires étaient collées ensemble et ne résonnaient pas. En essayant d’échapper à la musique discordante des touches blanches, je tentai de courir sur les touches noires, glissant et trébuchant pour garder mon équilibre. Bien que nous pouvant apercevoir le bout du clavier, je sentais que je devais atteindre cette extrémité. Ce ne serait possible que si je courais assez vite et assez fort. Mon pied glissa sur une touche noire arrondie. Je tombé lourdement sur le côté et mon corps étalé couvrit trois des vastes touches blanches qui résonnèrent en discordances aiguës et violentes. Les notes étaient laides et sonores. Je quittai le clavier du piano d’une roulade mais je ne réussis pas à me remettre debout et tombai dans une énorme masse de brouillard qui tourbillonnait en rouleaux jaunes et silencieux. Et je me mis à descendre en flottant, flottant, flottant. La lumière qui entourait ma tête était comme de l’or lumineux et brillant. Les gants que j’avais sur les mains étaient en peau de chamois jaune citron avec trois coutures noires sur le dessus. Je n’aimais pas ces gants, mais je n’arrivais pas à les enlever malgré tous mes efforts. Ils étaient collés à ma chair. La colle d’un orange brillant coulait du gant pour s’étaler sur mes poignets.

Les femmes de Heart Spring Mountain – Robin MacArthur – Concours en fin de billet :-)

Roman choral –  Chaque chapitre indique le personnage mis en avant et l’année.
Tour à tour, on suit donc Léna en 1956, Vale et Bonnie en 2011, Hazel de nos jours en 1956 et en 1974 et aussi Debbie, Stevens, Andy …tout ça dans le désordre. C’est à la fois assez difficile à suivre mais cela met également du piquant dans la découverte….
J’ai donc eu un peu de mal au début à savoir qui était la fille, la mère, la sœur, la tante la grand-mère, le cousin ou le frère (mais il me manque aussi quelques neurones, manque dû à la canicule ?)

Le point de départ : en 2011, Vale, jeune femme d’environ 25 ans, apprend que Bonnie, sa mère a été portée disparue lors d’une tempête, Irene, comparable à celle plus célèbre nommée Katrina.
Vale repart donc dans le Vermont pour rechercher sa mère dans un paysage dévasté.
En parallèle, elle découvre que son arrière grand mère était vraisemblablement une indienne : pourquoi cette origine indienne a-t-elle été masquée ? reniée ?
Pourquoi Bonnie n’a jamais connu son père ? Pourquoi Vale non plus ?

Tour à tour, l’auteur nous fait ressentir les émotions de ses différentes personnages (avec une nature qui veut reprendre ses droits …et qui se venge …)

En conclusion : Une écriture convaincante pour ce premier roman (une fois repérés les liens familiaux entre tous les personnages)

Et maintenant le concours : .

J’ai gagné ce  livre chez Sallyrose (merci à elle :-))

Je vous propose de gagner ce roman à votre tour : Je reprends donc l’idée de Sally
Elle demandait aux participants de nommer leur auteur américain préféré :
Ont été nommés Henri Miller, Paul Lynch, Edward Abbey, Dean Koontz, John Irving, John Steinbeck , Stephen King, Brandon Sanderson, John Grisham , Paul Auster, Patricia Cornwell, Philip Roth.  Une seule femme donc ….

Pour participer il faut laisser un commentaire ici même en disant quelle est votre écrivaine (ou autrice ou auteure comme vous préférez) américaine préférée (américaine au sens USA du terme :-))

Bisesssss

Vous pouvez participer jusqu’au 07/07/2019 à 19h19
Résultat du tirage au sort le 8 juillet …..à peu près vers 20h08 🙂

 

Le groupe Facebook #Picabo River Book Club est ici 

22/11/63 – Stephen King

Genre : voyage dans le temps

Cela faisait très longtemps que je lorgnais sur ce pavé de 1056 pages (en poche)

Je rejoins un grand nombre de lecteurs qui disent que ce roman est très addictif (448 avis sur Babelio à ce jour)
J’ai profité de quelques jours de congés pour le dévorer.

Le début est un tout petit peu lent à se mettre en route mais passées les 100 premières pages c’est réellement dur de le lâcher.

Sauf si vous vivez sur une île déserte vous connaissez le principe : un homme, prof d’anglais, voyage dans le temps et essaie de sauver JFK !
Un de ses amis lui dévoile une faille temporelle derrière son snack.
Il s’y prend longtemps à l’avance : de 2011 il se trouve propulsé en 1958.
Il a donc presque cinq ans pour empêcher cet assassinat.
C’est là toute la force de ce roman pour ma part : la plongée dans les années 50 et début des 60’s: les belles voitures, le vrai goût de la nourriture avant le fast food, les relations plus confiantes avec les gens …mais aussi la ségrégation. La guerre de Corée vient juste de finir, celle du Vietnam commence…toute une époque se déroule sous nos yeux à la fois vivante et documentée.
Et puis les personnages sont réellement convaincants : Jake Epping en prof d’anglais, héros ordinaire, évolue tout au long du livre avec beaucoup d’humour.

Il y a même une idylle (parfaite pour une lecture de vacances) et aussi de l’amitié avec Al son mentor, Harry celui par qui tout commence ….King réussit même à faire prendre vie à Lee Harvey Oswald….

Sinon, vous avez bientôt des vacances ?

**

Un extrait (page 678)

« Cela changerait-t-il quelque chose si je te disais que le docteur Ellerton en personne a accepté de participer au spectacle ? »
Elle en a momentanément oublié ses cheveux et m’a dévisagé avec stupeur.
« Quoi ?
– Il veut bien être l’arrière-train de Bertha.»
Bertha la Ponette Dansante était une création en toile des élèves de la section arts plastiques. Bertha allait et venait sur scène durant plusieurs des sketches mais son grand numéro était une danse où elle agitait la queue au son de « Back in the Saddle again » de Gene Autry. (La queue était mue par une corde actionnée par le deuxième larron du duo Bertha.) Les gens du cru (qui n’étaient pas réputés pour leur sens de l’honneur sophistiqué) trouvaient Bertha à se tordre.
Sadie éclata de rire. Je voyais bien que ça lui faisait mal, mais c’était plus fort qu’elle. Elle se laissa aller en arrière contre le dossier du canapé, une main sur le front comme pour empêcher son cerveau d’exploser. « D’accord ! dit-elle quand elle put de nouveau parler. Je te laisse faire, juste pour voir ça. » Puis elle me foudroya du regard. « Mais je viendrai voir pendant la répétition générale. Tu ne me feras pas monter sur scène pour que tout le monde puisse me dévisager comme une bête de foire et murmurer : « Oh, regarde cette pauvre fille. » C’est bien compris ?
– C’est compris », lui ai-je assuré.
Et je l’ai embrassée. Voilà un premier obstacle de franchi. Le suivant serait de convaincre le chirurgien le plus réputé de Dallas de venir à Jodie en pleine canicule estivale pour caracoler sous quinze kilos de toile en forme d’arrière-train de cheval… Car je ne lui en avais pas encore parlé.
En fait, ça n’a pas posé de problème. Ellerton s’est illuminé comme un gosse quand je lui ai soumis l’idée. « J’ai même un peu d’expérience pratique, m’annonça-t-il. Ma femme n’arrête pas de me dire que je suis un vrai cheval. »

Un livre repéré chez Brize (et de nombreux autres blogs)

Dommage que je l’ai lu avant le 21/06/2019, il aurait alors pu compter pour le pavé de l’été (heureusement j’en ai d’autres)

Sinon vous avez bientôt des vacances ?

Challenge « lire sous la contrainte chez Philippe » où la contrainte est « sans nom commun »

Jours de juin – Julia Glass

Genre : un pavé intimiste où il y a pas beaucoup d’action mais qui sait rester captivant.

Dans la première partie, le personnage principal est Paul, la soixantaine. Il est écossais et part en voyage organisé en Grèce. C’est la première fois qu’il voyage depuis la mort de sa femme (décédée d’un cancer en quelques mois). C’est l’occasion pour lui de revenir sur sa jeunesse, la rencontre avec sa femme, la naissance de leurs trois garçons : Fenno, puis des jumeaux Dennis et David.
C’est une personne attachante mais très réservée : il n’a jamais réussi à comprendre les désirs de sa femme, ni réellement accepté l’homosexualité de son fils aîné. Il raconte comment son fils est devenu un étranger pour lui, se demande s’il pourrait retomber amoureux un jour …

La deuxième partie a lieu 6 ans après : le narrateur est Fenno, le fils de Paul. Lui  et ses frères se retrouvent pour les obsèques de Paul.
C’est la partie la plus longue et la plus intéressante : une réunion de famille où chacun se souvient, avec toutes les distorsions que peut amener la mémoire d’un même fait. Dennis et David sont tous les deux mariés, l’un père de famille avec d’adorables petites filles. Il s’agit aussi pour Fenno d’essayer de mettre des mots sur son homosexualité et le sida qui décime le milieux des ses amis : vivre diminué jusqu’à la phase terminale ou précipiter la fin de vie ? Il décortique ses relation avec son ami Mal, critique littéraire, et Tony un talentueux photographe très mystérieux.

La troisième partie a lieu encore 5 ans après et met en scène principalement Fern, une jeune femme enceinte de 5 mois : elle a été invitée à un weekend de trois jours chez un ancien amant, Tony l’ami de Fenno . Elle se sent coupable …on ne saura qu’à la toute fin la raison de sa culpabilité…Là aussi les discussions, l’observation des personnages est hypnotisante : tout ce monde se croise, se dévoile …ou pas…

Un grand roman de personnages tous plus convaincants les uns que les autres.

.

Un extrait :

« Encore un effort, les enfants ! Il y a de quoi se désaltérer après le tournant », crue Jack en descendant de son âne. Il fait des signes énergiques en direction des retardataires. Ils ont atteint le bois après une chevauchée éprouvante à flanc de montagne, et même Marjorie, qui suit Paul de près, a l’air défait. « Vous êtes un être détestable, détestable », dit-elle à Jack en mettant pied à terre. Son chemisier blanc est gris de poussière, avec des taches ovales sous les bras.
« Vous prétendiez être une cavalière, Marj.
Cela signifie que je monte à cheval, jeune homme. » Jack rit et l’entoure de son bras. « On n’a rien sans mal. » Il aide Irène à descendre de cheval, puis Jocelyn. Leurs maris, Ray et Solly, sont à mi-chemin de la buvette. Les quadruplées sont restées à paresser sur la plage. « Pas de bière ! crie  Jack aux hommes. Je ne veux pas d’accident sur le chemin du retour. »
Paul attend que Jack ait attaché les ânes. Le bois est plus petit qu’il pensait, un bosquet d’arbres rabougris, tordus par le vent. Un endroit désolé, desséché, justifiant à peine la montée. À l’exception de deux ânes qui somnolent au loin, il semble que personne d’autre n’ait emprunté ce sentier ridicule.

Ariel – Sylvia Plath

De Sylvia Plath, j’ai lu en lecture commune avec Edualc « La cloche de détresse« . Ce livre, au titre très juste, m’avait donné envie de poursuivre avec cette auteure.
Avant de commencer ce recueil de poèmes, je savais donc que Sylvia Plath s’est suicidée à l’âge de 30 ans et qu’Ariel est un recueil publié à titre posthume.

Je lis très peu de recueils de poèmes et de plus je sais très mal en parler.
Que dire de celui-ci, si ce n’est qu’à presque toutes les pages, la détresse de Sylvia Plath est prégnante, presque obsédante.

Il y a des moments de pure tendresse pour ses enfants et des moments de désespoir, parfois même dans la même strophe.

Quels sont les sujets abordés par ces poèmes ?

D’abord la maternité avec par exemple le premier poème « chant du matin » sur la venue au monde d’un de ses enfants : on sent les jeunes parents ébahis et émerveillés par l’arrivée de ce nouveau-né :  «  Les voyelles lumineuses s’élèvent comme des ballons « .

Comme dans la « cloche de détresse » Sylvia Plath manie l’ironie et surtout l’autodérision. Par exemple, toujours dans le premier poème, elle écrit :
« un seul cri et je saute hors du lit, trébuche, bovine et florale
Dans ma chemise de nuit victorienne.
Tu ouvres une bouche aussi nette qu’une gueule de chat. »

Parmi les autres thèmes revenant souvent :  l’holocauste, sa haine pour son père et  pour sa mère, l’hôpital et la mort.

La postface est aussi captivante  que le recueil en lui-même, puisqu’elle  éclaire d’une façon intéressante pour la néophyte que je suis, l’état d’esprit de Sylvia Plath au moment où elle écrit les mots : J’ai  appris (ou réappris si je l’avais oublié) que son père est mort quand elle avait une dizaine d’années et que c’était un nazi, cela fait ressortir d’une façon tout autre le poème « Dame Lazare » dont voici le début :

Ça y est, je l’ai encore fait.
Tous les dix ans, c’est réglé,
Je réussis –

 

Comme un miracle ambulant, ma peau devient
Aussi lumineuse qu’un abat-jour nazi,
Mon pied droit

 

Un presse-papier,
Mon visage un délicat
Mouchoir juif.

Et cela continue ainsi …

Des mots d’une grande force … et d’un désespoir que rien ne peut combler ….
A lire par petites touches pour ne pas se laisser envahir par tant de détresse…

Livre lu dans le cadre du Challenge chez Madame lit, le thème de juin est « Un recueil de poésie »

et Challenge « lire sous la contrainte chez Philippe » où la contrainte est « sans nom commun »

Tendre jeudi – John Steinbeck

Quelques années se sont écoulées entre « Rue de la sardine » qui se déroulait vers la fin des années 30 et « Tendre jeudi » qui se situe en 1947….

Le temps d’un seconde guerre mondiale et même un peu plus …

Mack est toujours là, l’épicerie aussi mais l’épicier chinois a été remplacé par un épicier mexicain.
La tenancière de la maison close « L’ours » est décédée mais sa sœur a repris l’affaire.
Voilà cette rue durement touchée par le chômage (à peine 1947 et l’homme a déjà surexploité la mer qui ne donne plus de poisson). Doc retrouve ses voisins après de longues années de mobilisation dans l’armée.
Il est toujours sympathique, attentif à ses compatriotes mais il manque de buts dans la vie et même m’a paru déprimé (à la limite de la dépression). Jusqu’au jour où arrive Suzy, jeune, honnête et presque illettrée, dans ce village de Monterey… Le choc n’en sera que plus fort avec Doc, âge mûr, honnête et scientifique en panne de motivation…
Heureusement que ses amis sont là pour organiser des fêtes : j’ai alterné entre rires et larmes

En conclusion : un deuxième roman qui m’a beaucoup plu, un tout petit peu moins que « Rue de la sardine » : la surprise de la découverte n’étant plus au rendez vous.