L’avocat, le nain et la princesse masquée – Paul Colize

Le titre de ce polar m’a fait penser au film «le bon, la brute et le truand ». On n’en est pas loin car chaque chapitre a un titre de film.
Sur le fond c’est un polar assez classique avec une erreur judiciaire au début, le héros avocat est accusé du meurtre d’un splendide mannequin. Il prend la fuite et commence un périple digne de George Kaplan : de l’action, des sueurs froides (!), des aéroports, des méchants bas du front (joueurs de foot :-)), des paris truqués, un deuxième meurtre, un chantage…

Un livre qui ne me laissera pas un souvenir impérissable mais plutôt un souvenir (plaisant) de  parodie avec une enquête menée tambour battant et du suspense : le nain arrive à la toute fin, juste avant que Fantomette soit démasquée 🙂

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Et comme j’aime bien les listes voici les films en question (titres des chapitres)

La fiancée du pirate / Parfum de femme / Nuit d’ivresse / Le facteur sonne toujours deux fois / Very bad trip / Garde à vue / L’impasse / L’ombre d’un doute
La mort aux trousses / La femme d’à côté / La clef des champs / Le procès / Le fugitif / Fenêtre sur cour / Jeux interdits / Le faussaire / L’été meurtrier / Nuit et brouillard / A bout de souffle / Le fil du rasoir / Plein sud / La fièvre du samedi soir / Casablanca / L’aveu / Protocole fantôme / L’étau /Un taxi pour Tobrouk / Un thé au sahara / Chambre avec vue / L’échange / Un moment d’égarement / Duel / Le grand alibi / L’arnaque / Sueurs froides / L’appât / Conversation secrète / La nuit du chasseur / La main au collet
Une journée en enfer / Deux hommes dans la ville

Un extrait (prologue)

Le mariage est la principale cause de divorce.
Sans le premier, le second n’aurait jamais vu le jour. L’affaire se limiterait à une séparation assortie de quelques larmes ou de vagues reproches. La vie reprendrait ensuite son cours et chacun poursuivrait son chemin la tête haute.
Un coup de gueule fielleux ou un suicide avorté viendrait de temps à autre troubler l’ordre des choses, mais ce ne seraient que des cas isolés.
Il n’y aurait pas ces discussions orageuses, ces règlements de comptes miteux, ces débats houleux, ces polémiques sordides, ces déballages impitoyables et ces vaines tentatives de réconciliation. Il n’y aurait ni palabres interminables, ni négociations nauséeuses pour la garde du chien ou la répartition de la vaisselle.

Le mois belge est chez Anne …et le challenge polar chez Sharon

La femme du tigre – Téa Obreht

Natalia est en voyage avec son amie Zora quand elle apprend que son grand père est décédé. Elle hésite à interrompre son voyage mais poursuit finalement : les deux jeunes femmes sont médecins et vont dans un orphelinat du pays voisin pour vacciner les enfants. Elle pense pouvoir remplir sa mission et revenir à temps pour les funérailles.
Commence pour Natalia la remontée de souvenirs du temps passé avec son grand père, au zoo pour observer les tigres, à la maison…. Natalia avait 14 ans quand la guerre a commencé (Guerre de Yougoslavie).
Avec l’adolescence leurs liens s’étaient distendus mais elle était restée tout de même très proche de ce grand-père, médecin lui aussi.

J’ai beaucoup aimé les parties « réalistes » du roman quand Natalia raconte la guerre qui se rapproche, la découverte, à 15 ans, de sa vocation de médecin.
J’ai moins aimé par contre les digressions avec les souvenirs « fantastiques »  de son grand père : l’histoire par exemple de l’homme-qui-ne-meurt-pas, l’histoire du tigre que le grand père aurait rencontré quand il avait 9 ans.
Et puis une fois réalisé que je ne pourrai pas tout comprendre (pour cause de réalisme magique) j’ai laissé de côté toute rationalité et plus profité de cette lecture (l’histoire de la femme du tigre (et du titre) prend de l’ampleur et devient passionnante…

En conclusion : un avis un peu mitigé pour ce premier roman mais des circonstances de lecture qui ne sont pas favorables (confinement), je vais essayer de lire des livres plus gais….ça tombe bien j’ai « les intermittences de la mort » dans ma PAL …:-)

 

Quelque extraits

Quand un homme meurt, il a peur et te prend tout ce dont il a besoin; ça fait partie de ton boulot de médecin de le lui donner, de le consoler, de lui tenir la main. Les enfants, eux, meurent comme ils ont vécu – dans l’espoir. Ils ne savent pas de quoi il retourne, si bien qu’ils ne s’attendent à rien, ils ne te demandent pas de leur tenir la main – et, à la fin, c’est toi qui as besoin qu’ils serrent la tienne. Face aux enfants, tu ne peux compter que sur toi.

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Dans l’esprit de mon grand-père, le diable recouvrait bien des notions. Le diable, c’était Leši, le lutin rencontré dans les prés, qui vous réclamait des pièces de monnaie -envoyez le promener et il mettra la forêt sens dessus dessous au point que vous n’y retrouverez plus votre chemin. Le diable, c’est aussi Crnobog, le dieu cornu qui convoquait les ténèbres. Quand vous faisiez des bêtises, vos aînés vous envoyaient au diable. Vous-même n’aviez le droit d’envoyer quelqu’un au diable que si vous étiez bien, bien plus âgé que lui. Le diable, c’était enfin le fils cadet de Baba Roga, qui caracolait sur un cheval noir dans le bois et que l’on connaissait sous le nom de Nuit.

 

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice

Challenge animaux du monde chez Sharon et Challenge Petit bac  chez Enna – catégorie « animal »

Le pianiste – Wladyslaw Szpilman

Récit – 1939-1945 Varsovie – Récit autobiographique qui commence avec l’attaque de Varsovie par l’armée nazie et finit par la « libération » de la ville par les russes.

Ce livre est paru une première fois en 1946 et constitue donc un témoignage unique et effrayant du martyre de Wladyslaw, de sa famille  et aussi de toute une ville …presque 500 000 personnes dans ce ghetto dont seule une poignée survivra …
Comment survivre à tant d’exactions et continuer à vouloir vivre ? quelle force a eu Wladyslaw Szpilman !

Wladyslaw va survivre pendant 5 longues années : au début, grâce à une famille soudée et ensuite (après la déportation de sa famille à Treblinka) grâce à une formidable volonté (et aussi l’aide de quelques amis).

Presque au jour le jour, on suit Wladyslaw dans cette longue descente aux enfers, une solitude de plus en plus prégnante …

La dernière partie est composée de lettres d’un soldat allemand (soldat qui viendra au secours de Wladyslaw lors des éprouvantes dernières semaines de siège de la ville)

Un livre à lire, bouleversant.

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Un extrait

Juste en face de nous habitait la famille d’un homme d’affaires que nous croisions souvent dans le quartier. Là aussi, un flot de lumière a envahit la pièce et nous avons aperçu des soldats casqués se ruer à l’intérieur, pistolet automatique levé. Nos voisins étaient encore assis autour de la table, tout comme nous quelques instants auparavant, et sont restés à leur place, tétanisés d’effroi. Le sous-officier qui commandait le détachement a pris cela pour une insulte personnelle ; muet d’indignation, il est resté un moment à regarder la tablée avant de vociférer : « Debout ! »
Ils ont obtempéré aussi vite que possible. Tous, sauf le grand-père, un vieil homme que ses jambes ne portaient plus. Fou de rage, le sous-officier s’est avancé vers la table, a posé ses poings sur la table et a fixé l’infirme de ses yeux furibonds en répétant : « Debout, j’ai dit !  »
L’aïeul tentait vainement de se relever en pesant sur les bras de son fauteuil. Avant même que nous comprenions ce qu’ils allaient faire, les SS ont fondu sur lui, l’ont soulevé avec son siège, l’ont emporté sur le balcon et l’ont précipité dans la rue, du troisième étage.

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice

Inavouable – Zygmunt Miloszewski

Pour lire ce livre, je me suis laissée convaincre par deux faits : d’abord j’ai beaucoup apprécié les deux autres livres de l’auteur que j’ai lus « un fonds de vérité » et « la rage », et puis il y a un bandeau avec cette phrase de Pierre Lemaitre « La nouvelle voix du thriller est polonaise » (depuis peu, Pierre Lemaitre est ma nouvelle valeur sûre).

Il s’agit là d’un thriller. Le prologue commence en 1945 avec la débâcle des nazis en Pologne : tout est empreint de mystère et d’agents doubles. Après ce prologue, nous voici de nos jours, à l’intérieur d’un téléphérique, toujours en Pologne, ce téléphérique  est pris d’assaut par un terroriste. Puis nous apprenons que l’espion, (Bruce Willis en plus polonais :-)) qui a fait capoter l’acte terroriste, part sur une nouvelle mission : retrouver un tableau disparu depuis 1945.

C’est mené tambour battant avec des faits historiques avérés notamment la disparition en Pologne d’un tableau de Raphaël.
On voyage : Pologne, Usa, Suède, Slovaquie : le quatuor d’enquêteurs (oui un quatuor de personnages très fouillés) est poursuivi par des agents tous plus professionnels les uns que les autres (avec de l’humour aussi pour le quatuor, pas les pros qui sont un peu tournés en ridicule). Il y a Zofia Lorentz, fonctionnaire polonaise chargée de retrouver les œuvres dérobées à la Pologne par les nazis et les russes, Anatol l’espion polonais, Lisa une voleuse suédoise et internationale d’oeuvres d’art qui parle délicieusement mal polonais et Karol, marchand d’art amoureux de Zofia.

Je retiendrai aussi une course poursuite mémorable en Suède.
J’ai aussi bien aimé la morale de l’histoire où comment les Usa n’arrivent pas à refermer la boîte de Pandore qu’ils « auraient » ouverte il y a 70 ans …

Un excellent divertissement…

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Un extrait

Les femmes vieillissent de différentes façons, selon leur personnalité et leur beauté. Les gentilles filles du voisinage se transforment en vieilles souriantes et blanches comme des colombes, le genre super-mamie dont rêverait n’importe quel gamin. Les éternelles mochetés, telle Glenn Close, gagnent en noblesse des traits et deviennent des dames élégantes aux allures de comtesses russes. Les plus chanceuses sont les reines des glaces du genre Lauren Bacall, qui peuvent bien avoir deux cents ans, on distinguera toujours chez elles les traces d’une ancienne beauté et la fierté qui l’accompagne. Le temps est moins clément avec celles qui, jeunes, étaient girondes et craquantes comme Elizabeth Taylor. Non seulement elles se transforment en matrones en surpoids, mais en plus, elles ne remarquent pas que le sex-appeal est comme l’esturgeon : un sex-appeal de fraîcheur douteuse, ça n’existe pas.

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice  et le challenge polar est  chez Sharon

Double nationalité – Nina Yargekov

La quatrième de couv m’a intriguée : une femme amnésique se retrouve dans un aéroport et s’interroge sur l’identité et la linguistique ( je suis tombée sur ce livre juste après ma lecture de ÉPÉPÉ, de Ferenc Karinthy, qui commence également dans un aéroport avec les mêmes thèmes d’identité et de langue – je le lis seulement maintenant vu la hauteur de ma PAL – les deux auteurs sont hongrois – autre coïncidence)
Le ton est original puisque l’auteure utilise la deuxième personne du pluriel pour s’adresser à cette jeune femme. Ce « vous » à la fois distant et poli ne manque pas d’humour, et de provocation…
La jeune femme découvre qu’elle a deux passeports l’un français, l’autre Yazige ; nous apprenons un peu plus loin que la Yazigie est un petit pays coincé entre la Pologne et l’Ukraine avec beaucoup de pommes de terre et aucun littoral. Qu’est il arrivé à Rkvaa J-ai-oublié-son-nom-de-famille ? (patronyme qui pourrait être traduit par Fleur Martin en français de France)
Elle essaie de mener l’enquête et finit pas découvrir qu’elle est née en France de parents Yaziges. (Très organisés ses parents, décédés dans un accident de voiture , lui ont laissé toute leur vie bien rangée dans des cartons).

J’ai  adoré le ton de cette jeune trentenaire : elle se pose (et nous pose) des questions sur l’identité, la langue, le bilinguisme, le racisme , le devoir de mémoire (ce qui n’est pas facile vous en conviendrez pour une amnésique)
La jeune femme est très étrange : à la fois très intelligente et avec un discours très construit et à d’autres moments, elle parle à sa peluche (tchèque la peluche siouplait) et à son basilic (une plante pas un serpent) polonais de surcroît.

La deuxième partie se déroule en Hongrie (la Yazigie de la première partie), la France est devenue la Luthringie, comme si le fait de changer de pays faisait changer notre « héroïne » d’angle de vue de façon radicale…De très drôle le ton prend de plus en plus de sérieux et aboutit à une réflexion sur le sort des migrants à l’heure actuelle.

Double nationalité ou comment guérir d’un schizophrénie amnésique en parlant polonais à un basilic ou lutringeois à une taupe Tchèque…?

Vous n’avez rien compris à mon avis (ravi) alors filez lire ce livre,

Un extrait :

Votre domicile présumé est situé boulevard Voltaire à Paris, vous avez donc emménagé dans la capitale, tant mieux, quitte à être française autant être parisienne, c’est plus franc et plus net, sans compter que depuis votre hôtel c’est nettement moins loin que Lyon, il suffit de prendre le métro et de descendre à la station Charonne. C’est précisément ce que vous faites, sauf que vous avez un petit accident mental à la sortie de la station. En effet, tout occupée à affûter vos arguments en vue de vos retrouvailles avec votre mari par amour, qu’il comprenne bien que ce n’est pas à vous de vous excuser d’arriver avec un jour de retard mais à lui de se faire pardonner de ne pas être venu vous accueillir à l’aéroport, vous en oubliez que vous portez des sandales à paillettes dorées de très hauts talons, ce qui n’est pas la chaussure la plus adaptée à la manœuvre que vous êtes en train d’amorcer, à savoir soulever votre grosse valise pour la faire passer par-dessus le tourniquet métallique du métro, résultat vous manquez de vous tordre la cheville et vous vous mettez à pester contre vos pieds, vous aviez justement choisi les sandales à paillettes dans l’espoir d’initier un rapprochement avec eux, vous croyez qu’ils se sentiraient flattés d’être ainsi mis en lumière, mais devant la première difficulté c’est la défection podale la plus complète, quelle ingratitude ; là-dessus votre valise retombe lourdement au sol, vous tentez de la faire passer par en dessous mais elle se coince dans les branches du tripode, et face à ce nouvel ennemi vous avez une soudaine illumination, si Don Quichotte était parmi nous il s’attaquerait aux tourniquets du métro qu’il prendrait pour des extraterrestres ayant colonisé la terre ; or c’est exactement à cet instant-là, alors qu’entre votre projet de scénario pour Hollywood, vos pieds et votre mari, vous êtes complètement débordée, que surgit dans votre champ de vision une plaque commémorative comportant le mot Algérie. (P57)

 

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice

 

Le nez (suivi de le manteau) – Nicolaï Gogol

Incipit

Ce 25 mars survint à Pétersbourg un événement des plus curieux. Le barbier Ivan Iakovlevitch, sis perspective de l’Ascension (son nom de famille s’est perdu et sur son enseigne figure simplement un monsieur à la joue barbouillée de savon, avec cette inscription : « On pratique aussi la saignée »), le barbier Ivan Iakovlevitch, donc se réveilla d’assez bon matin et sentit une odeur de pain chaud. Se soulevant dans son lit, il vit que son épouse, dame plutôt respectable, qui raffolait du café, retirait du four des pains qu’elle venait de cuire.
« Aujourd’hui, Praskovia Ossipovna, je ne prendrai pas de café , dit Ivan Iakovlevitch. À la place, je mangerais bien du pain chaud avec de l’oignon. » (Pour être franc, Ivan Iakovlevitch aurait aimé l’un et l’autre, mais il savait qu’il était impossible de réclamer les deux à la fois : Praskovia Ossipovna ne tolérait pas ces caprices.) « Que cet idiot mange du pain si ça lui chante ! se dit-elle in petto. Tant mieux pour moi, ça me fera plus de café.» Et elle jeta un des pains sur la table.
Pour respecter les convenances, Ivan Iakovlevitch passa son havit par dessus sa chemise de nuit et, s’asseyant à la table, prit du sel, éplucha deux têtes d’oignon, empoigna son couteau, puis, la mine grave, entreprit de couper le pain. L’ayant partagé en deux, il jeta un coup d’œil à l’intérieur et, surpris, y vit une chose blanchâtre. Ivan Iakovlevitch gratta prudemment du couteau, tâta : « Compact, on dirait ? pensa-t-il. Qu’est-ce que ça peut bien être ? »
Il finit par y fourrer les doigts et retira… un nez ! Les bras lui en tombèrent littéralement ; il se frotta les yeux, palpa : il n’y avait pas à tortiller, c’était un nez ! . Pis : un nez de connaissance. L’effroi se peignit sur le visage d’Ivan Iakovlevitch.

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Mon avis sur ces deux nouvelles :

L’an dernier, j’ai lu l’outil et les papillons dont la quatrième faisait référence à cette nouvelle de Gogol.
En deux mots, un individu découvre dans son petit déjeuner un nez ! Le ton absurde est donné. Dans le deuxième chapitre, on découvre le propriétaire de ce nez (pas très sympathique) qui  se réveille un matin sans son appendice. Commence alors pour lui une quête où son identité est remise en cause …
Il s’agit d’une nouvelle fantastique qui m’a fait sourire plusieurs fois : les protagonistes sont décrits de façon ridicule. On sent que l’auteur se moque de ses contemporains (leur désir d’importance, leur égocentrisme) et aussi de la police, des fonctionnaires.

La deuxième nouvelle est également intéressante mais beaucoup moins drôle : le héros, bien que fonctionnaire, est très pauvre et doit un jour faire face à une dépense qu’il ne peut se permettre. Renouveler son manteau (qui coûte 100 roubles sur un revenu annuel de 400 roubles). Autant la première nouvelle est drôle autant celle ci me laisse une impression de tristesse ….lentement on sent monter le futur drame …

Entre rires et larmes : Une ambivalence propre à Gogol ?

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice

Toute la lumière que nous ne pouvons voir – Anthony Doerr

Audiolivre Lu par Denis Laustriat

Prologue : Saint-Malo, août 1944, un déluge de bombes. Après le débarquement de Normandie, Saint-Malo reste sous occupation allemande. Marie-Laure est une aveugle de 16 ans, toute seule, dans un bâtiment au cinquième étage. Elle entend les bombardiers arriver et décide d’aller à la cave. A l’autre bout de Saint Malo, Werner, jeune soldat allemand chargé des transmissions,règle sa radio pour donner des instructions à la DCA.

Chapitre un : Retour en arrière : 1934 Marie-Laure a six ans, elle vit seule avec son père, sa mère est morte à sa naissance. Une maladie la rend aveugle.
En Allemagne, Werner est orphelin, il vit dans un home d’enfants avec sa soeur Uta, son père est décédé dans un accident à la mine de charbon où il travaillait.
On voit la montée du régime hitlérien entre 1934 et le début de la guerre à travers les yeux des trois enfants.
Werner est destiné à devenir mineur à 15 ans mais à force de ténacité il réussit à intégrer une école (nazie) pour devenir ingénieur…

Un roman qui alterne donc ses deux périodes : 1944 à saint Malo et plusieurs lieux depuis 1934 jusqu’à rejoindre ce siège de Saint-Malo.

L’histoire vu par ces enfants qui deviennent adultes très tôt du fait de la guerre.
Une grande fresque passionnante où les personnages sont attachants et où on tremble pour eux : le point de vue de Marie-Laure, la jeune aveugle, est particulièrement bien évoqué grâce aux odeurs, aux bruits, au toucher.
Les personnages secondaires sont également bien campés que ce soit le père de Marie-Laure, son oncle, ou côté allemand le Sergent Vollkeimmer, Frederic l’ami de Werner, Frau Helena…

Le fil conducteur, au delà des deux héros, se fait aussi grâce à la radio, celle ci reliant les deux enfants grâce à un lien ténu mais indéniable. le fait de l’écouter en Audiolivre apporte également une tension dans la narration car on entend de nombreux extraits émissions radiophoniques (propagande hitlérienne mais aussi reportages scientifiques)

En conclusion : Un pavé historique impressionnant dans son évocation du siège d’une ville doublé d’une tension narrative sur la destinée de deux innocents plongés dans l’enfer…

Un extrait

Sous le bruit des pas, elle distingue un grondement profond, presque un bruit blanc. Elle tire son père par la manche.
– Les Allemands ?
– L’océan…
Elle prend un air dubitatif.
– C’est l’océan, Marie. Je te le jure.
Il la porte sur son dos. Maintenant, c’est le cri des mouettes. Odeurs de pierres mouillées, de fientes d’oiseau, de sel, même si elle ignorait que le sel avait une odeur. La mer murmure dans une langue qui voyage à travers les pierres, l’air et le ciel. Que disait le capitaine Nemo ?
La mer n’appartient pas aux tyrans.

Challenge Petit bac  chez Enna – catégorie « couleur »

et écoutons un livre chez Sylire

Le sport des rois – C.E Morgan

De la fin des années 40 au début des années 2000 : Kentucky-Ohio

Nous faisons la connaissance d’Henry quand il a 10 ans. Il a fait une grosse bêtise et son père lui flanque une correction mémorable, devant un employé (noir) du ranch.
Six ans plus tard, Henry est devenu un jeune homme qui déteste son père et qui se venge de façon ignoble de ce même employé de son père … la vengeance est un plat qui se mange froid … qu’est-il advenu du petit garçon de dix ans ?
Cette famille est une famille typique de Sud dans les années 50. La ségrégation est pour eux tout à fait nécessaire et voir des noirs pendus au arbres ne leur fait ni chaud ni froid. « L’homme blanc est selon eux supérieur » et les noirs juste bons à rester serviles et être traités comme du bétail.
L’histoire se poursuit ensuite avec la jeunesse de la fille d’Henri, Henrietta.
A la fin de la première partie elle a environ 25 ans, elle dirige l’écurie de courses avec son père et rencontre, lors d’un entretien d’embauche, Allmon, un jeune homme noir, qui dit s’y connaître en chevaux, il sort de prison.
La deuxième partie raconte l’histoire de ce jeune homme à Cincinnati Ohio depuis ses quatre ans jusqu’au début de son séjour en prison. Les parties suivantes reviennent sur Henrietta et Allmon au début des années 2000.

Voici pour les personnages. Pour le style c’est âpre, rude, direct…La vie n’a pas été facile pour Henrietta (ni pour Allmon) et l’on se prend à espérer que ces deux là vont pouvoir se libérer de leurs chaînes respectives … mais peut on se libérer d’une enfance maltraitée…

Pour tout dire, je m’attendais à un livre autour des champs de courses un peu comme « Le paradis des chevaux » de Jane Smiley… Pour ceux qui l’ont lu, l’aspect « courses de chevaux » est presque secondaire ; le livre est plus proche de My absolute Darling de Gabriel Tallent (parfois insoutenable…mais très bien écrit)

Challenge African-american Histoy month chez Enna 

1974 – David Peace

Yorkshire, 1974. Clare, une petite fille de dix ans disparaît.
L’enquête est vue non pas du point de vue de la police mais du point de vue d’un journaliste, Edward Dunford, qui est le narrateur.
La première partie (les trois quarts du livre) m’a plu, les personnages sont nombreux mais bien définis. L’action se passe entre le 12 décembre 1974 jour de la disparition de Clare et le 22 décembre « résolution de l’enquête » dans le nord de l’Angleterre.
Au début il y a deux enquêtes, celle du narrateur, et celle autour d’un scandale politique de détournement de fonds menée par Barry, un autre journaliste. Les deux enquêtes finissent par se rejoindre.
Le dernier quart du livre tombe dans une violence éprouvante et dans la confusion, il est difficile de comprendre les événements qui s’enchaînent très vite. J’ai eu du mal à croire que la police pouvait être si pourrie.
Malgré des qualités de cet auteur, je ne lirai pas la suite de cette tétralogie 1977, 1989 et 1983 (beaucoup trop violent pour moi).

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Inngamnic a lu cette tétralogie et en parle ici

Une citation sur Babelio

Le mois du polar est chez Sharon

Au revoir là haut – Pierre Lemaître

Roman lu en Audiolivre (lu par l’auteur)

Vu le nombre d’articles et d’avis qui existent sur ce livre, forcément je pensais que je connaissais l’histoire.  La quatrième dévoile l’intrigue également  : deux soldats rescapés de la première guerre mondiale montent une escroquerie et arnaquent les familles endeuillées.
J’avais trouvé « Robe de marié » du même auteur répétitif et peu fouillé ….J’y allais donc un peu à reculons vers ce livre, me disant que cela allait être glauque et sordide.
Et bien non, tout d’abord l’escroquerie attendue arrive très tard (section 47 sur 70), il s’écoule plus de la moitié de l’histoire avant que la fameuse arnaque ne commence à se monter… alors que se passe-t- il avant ? et bien il y a d’abord les derniers jours de la Grande Guerre. Quel talent dans la description de ces derniers jours au front : j’étais quasiment avec Albert dans son trou d’obus, j’ai vécu la détresse de ces soldats … j’ai ressenti la douleur dans la jambe d’Edouard …
Le difficile retour à la vie civile est aussi très bien rendu. En plus d’Edouard et d’Albert, de retour du front, défiguré pour l’un, dépressif pour l’autre, les autres personnages m’ont semblé également d’une grand vérité. Finalement, quand Edouard et Albert se lancent dans l’escroquerie, j’avais abandonné mes préjugés et me disais qu’ils avaient finalement raison de tenter ce gros coup.
Entre ces deux pieds nickelés, il y a d’autres personnages (j’ai été convaincue par l’ignoble Pradel, la douce Madeleine, le père Péricourt et la petite Louise)

Une grande fresque passionnante : pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour le lire ? A oui je croyais que cela allait être glauque, c’est finalement juste passionnant….

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Un extrait

Tous les jours, dix, cinquante, quatre-vingt mille francs, c’était à ne pas croire. Et même, un matin, cent dix-sept mille d’un seul coup.
Edouard d’abord hurla de bonheur. Lorsque Albert était rentré, le premier soir, avec une mallette remplie de billets, il les avait jetés en l’air à pleines mains comme une pluie bienfaisante. Il avait demandé aussitôt s’il pouvait prendre un peu sur sa part, là, tout de suite; Albert, en riant de joie, lui avait dit que bien sûr, ça ne posait pas de problème. Le lendemain, Edouard s’était fabriqué un masque magnifique, entièrement fait de billets de deux cents francs collés en spirale. L’effet était superbe, comme des volutes de pognon, comme si les coupures se consumaient et enveloppaient son visage d’un halo de fumée. Albert avait été séduit mais aussi choqué, on ne fait pas ça avec de l’argent. Il arnaquait des centaines de personnes, mais n’avait pas abdiqué toute morale.

Challenge Petit bac  chez Enna – catégorie « lieu »

et écoutons un livre chez Sylire