L’enfant du Danube – Janos Székely

LC avec Edualc (merci pour ce très bon choix)

Hongrie – 1920-1930

Béla commence à nous raconter son histoire dès son plus jeune âge. Quelle tristesse que cette enfance qui n’en est pas une, dans la campagne de Hongrie. Sa mère le laisse aux « mauvais soins d’une mégère ». Fille mère, elle n’a pas les moyens d’élever son fils et elle travaille comme nourrice en ville. Il n’est pas seul, huit enfants sans père sont avec lui chez Tante Rozika, dans un taudis avec de la paille souillée pour seul matelas.
Mais quelle obstination a ce Béla : pour ne pas mourir de faim, pour apprendre malgré tout à l’école, quitte à y aller en hiver les pieds entourés de journaux faute de chaussures. Au début j’ai eu peur que l’atmosphère soit pesante (un peu à la David Copperfield ) et puis non, pas de misérabilisme dans ce livre…
La première partie nous raconte son enfance de 6 à 14 ans : son perpétuel combat, bien peu d’affection (un peu de son instituteur et de la mère d’un des ses «camarades»).

A 14 ans, pour avoir tenté de voler des souliers, il se trouve dans l’obligation de quitter son village natal et rejoint sa mère à Budapest. Il vit dans un taudis, à 4 heures de marche à pied d’un hôtel où il arrive à se faire embaucher comme apprenti : nourri mais non payé.
Il tombe dans une misère qui n’a rien à envier à la précédente.
Cependant, à force d’acharnement, il arrive à monter dans l’échelle sociale de l’hôtel, il passe d’apprenti groom à apprenti groom de nuit… il se croit un moment ami des puissants, et devient esclave de sa sensualité…
En dehors de la vie dans cet hôtel où il observe, apprend (parfois à ses dépens) il vit également une parenthèse « heureuse » avec sa mère et son père, marin, qui revient après des années d’absence.
Il a un ami, Elemer, qui l’écoute et lui fait lire des manifestes : Karl Marx… il rencontre une jeune fille, américaine qui lui donne envie de partir aux USA : le fameux rêve américain vu depuis la misère hongroise …

Un roman d’apprentissage passionnant…

 

Un extrait

C’est la dernière fois que je vis mon maître. Six mois plus tard, sa sœur mourut et il devint de plus en plus impossible. En fin de compte, il y eut une enquête, on le reconnut coupable de menées politiques, il fut révoqué avec suppression immédiate de toute pension. Quand je revins au village, bien peu de gens se souvenaient de lui. On contait encore ses escapades, comme l’aventure de la comtesse ; mais ses propres élèves avaient perdu la mémoire de sa science étonnante et de ses dons exceptionnels d’éducateur. Il devint un héros des histoires de bonnes femmes ; mais sa vraie personnalité était tombée dans l’oubli.
Le nouvel instituteur avait eu du succès. Les notables l’appréciaient avec enthousiasme ; les paysans n’en étaient pas fous, mais ils lui tiraient leur chapeau et admettaient que c’était un brave homme. Il s’acquittait de sa tâche de façon exemplaire ; il ne buvait pas, ne jouait pas ; et si, d’aventure, ses yeux s’égaraient, c’était à la grande joie de toutes les mères de filles à marier. « Il serait de bonne prise. », disaient-elles, non sans raison. C’était un jeune homme travailleur, bien élevé, sans prétention, il venait d’une famille connue de tous. Il était parent d’un conseiller municipal de Budapest, homme de droite, et, comme lui, un de ces hongrois cent pour cent d’origine allemande. C’est ce cousin qui l’ avait fait nommer au village ; et, par un accord tacite, il était convenu que le jeune homme ne resterait pas longtemps dans ce hameau perdu, mais serait transféré à Budapest dès que l’ambitieux conseiller municipal serait devenu ministre de L’Education.
Le nouvel instituteur supprima tout de suite les « causeries de l’après-midi » et ne s’inquiéta guère de savoir si les petits pauvres possédaient des souliers pour venir en classe. Pareille sensiblerie lui était inconnue. Sa mentalité et ses opinions étaient la copie exacte de celle du ministre royal de la Religion et de l’Education publique de Hongrie. Fidèle à sa race, il remplissait ses devoirs à l’allemande, avec précision, discipline et exactitude. En accord avec les lois, édits et règlements en vigueur, il enseignait avec conscience les matières prescrites ; et avec la même conscience, il fermait les yeux sur ce qui était en dehors du programme. Il était le genre d’homme que sa notice nécrologique décrirait comme « un pédagogue exemplaire et d’une moralité de bonne aloi ». C’est grâce à ses « pédagogues exemplaires » que se perpétuait l’ordre social en dépit des millions de petits paysans sans souliers.
Les villageois pensèrent, tout d’abord, que mon maître d’école avait accepté sa révocation d’un cœur léger. Il avait reçu l’ordre de quitter son logement le 1er septembre 1930 ; dans la nuit du 31 août, il fit une fête à tout casser. Le lendemain, le nouvel instituteur arriva pour prendre sa succession ; mais c’est en vain qu’il sonna à la porte. Il dut appeler les gendarmes qui firent ouvrir par un serrurier. On trouva mon maître sur son divan, au milieu de flaques de vin, de verres brisés et de bouteilles vides ; un filet de sang coulait de sa poitrine. Le médecin de la région, qui avait bu en sa compagnie jusqu’à cinq heures du matin, ne pouvait plus rien pour lui. Mon maître était un tireur excellent, il avait visé en plein cœur.

Challenge pavé de l’été chez Brize (835 pages)

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Huit chevaux noirs – Ed McBain

Genre : roman noir à lire au bord de la piscine

1985 –  Isola (ville imaginaire ressemblant à New York)
Le cadavre d’une jeune femme de 27 ans est retrouvé dans un parc en face du commissariat : le meurtrier semble sûr de lui et nargue la police.

Dans le même temps, les flics reçoivent des lettres anonymes avec des photos : 8 chevaux noirs, puis le lendemain cinq talkie-walkies, quelque temps après 3 paires de menottes ….

En parallèle, nous suivons le Sourdingue (le « méchant » équipé d’un sonotone » et ses acolytes (c’est l’auteur présumé des lettres anonymes et du meurtre) dans la préparation de son futur casse.

Une enquête assez banale finalement mais j’ai bien aimé les dialogues assez drôles, de l’action (bon c’est un peu sanguinolent gratuitement quand même et puis faire ça à des chevaux innocents !!!…)
Les personnages ne sont pas très fins. J’ai cru que cela allait tourner à un moment à «Toutes les femmes sont des nunuches qui ne cherchent qu’un étalon  » mais non la bêtise est bien partagée et la parité est respectée :  certains des protagonistes masculins se font tailler un sacré costume d’imbécile …

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Un livre sans prétention à lire au second degré pour moi…presque une parodie de roman noir…

Un extrait

– Pas de flics en activité avec 79 comme numéro de plaque, annonce a-t-il. Je m’en doutais.
– Et dans vos archives ?
– Elles remontent pas àHenry Hudson.
– Regardez dans vos archives, s’impatienta à Carella. On a un mort sur les bras, nous.
– Vous énervez pas, Coppola. Une seconde…
Quelques instants plus tard, Mullaney déclara :
– j’ai un numéro 79 datant de 1858. La ville comptait alors huit cent mille habitants et la police quinze cents hommes. Ça vous intéressera sans doute de savoir que, à cette époque, la police était aussi chargée de nettoyer les rues.
– Rien de nouveau, dit Carella.
– Rien, approuva Mullaney. Vous voulez le nom du type ?
– S’il vous plaît.
– Angus McPherson. Mort en 1872. Ça vous intéressera sans doute aussi de savoir que, à cette époque, nous avions une population d’un million quare cent mille habitants et une police forte de mille huit cents hommes. Ainsi qu’un service de voirie séparé: les flics ne devaient plus ramasser le crottin de cheval à la pelle. Ils n’avaient plus à se tracasser que pour une chose : se faire descendre. C’est ce qui est arrivé à McPherson. D’où elle vient, la photo de sa plaque ? Une boutique d’antiquités ?
– Ça ne m’étonnerait pas. Merci, Maloney.
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Mois américain chez Titine et polar chez Sharon

 

Swamplandia – Karen Russell

La narratrice Ava a douze ans, son frère Kiwi 17 et sa sœur Ossie 16.
Elle vit avec père, mère et grand-père en Floride dans une île qui est un parc d’attraction autour de crocodiles. Dans la tribu Bigtree, le père est dompteur d’alligators, la mère réalise le clou du spectacle : plonger au milieu des crocodiles, les enfants font de menus travaux : billetterie, musée, cafétéria.
Tout se passe bien pour la famille jusqu’au jour où la mère tombe malade : cancer… en six mois la famille explose…Voilà pour les premières pages.

Le reste du livre alterne les points de vue d’Ava et de son frère.
Chacun sa réaction face au deuil : Le frère fugue devant la dépression du père, il se fait embaucher dans un parc d’attraction voisin (une sorte d’Aqualand appelé le Monde de l’Obscur). La seconde sœur se réfugie dans le spiritisme,  quant à Ava, elle essaie de garder la cohésion familiale en élevant un crocodile…Le père  se démène bien peu  entre des difficultés financières et son chagrin.

Le début m’a beaucoup plu, l’auteur a une façon de raconter l’histoire que j’ai trouvé proche de Joyce Mainard qui excelle, selon moi, à expliquer ce qui se passe dans la tête des adolescents : certains passages sont tristes, d’autres désopilants (ils m’ont fait penser à John Irving). Il y a du rythme, de l’émotion…

Et puis, à un moment, il y a un tournant auquel je n’ai pas cru et adhéré, j’ai lu la première moitié en deux jours et il m’a fallu trois semaines pour finir la seconde partie : celle-ci est aussi bien écrite que la première mais l’action m’a semblé peu crédible : l’histoire s’enfonce dans le bayou et l’improbabilité … et puis ce happy-end improbable…qui sort comme un alligator du marigot (à défaut d’un lapin du chapeau)

Avis mitigé donc mais un livre qui peut plaire cependant, avec un grand sens de la narration et des personnages bien campés (ce livre a été finaliste du prix Pulitzer). Je suis juste totalement passée à côté de la deuxième partie alors que la première m’a passionnée.

Un extrait :

Notre mère entrait en scène dans la clarté des étoiles. Qui avait eu cette idée ? Je ne l’ai jamais su. Sans doute Chef Bigtree, et c’était une bonne idée – neutraliser la poursuite pour laisser le croissant de lune se détacher dans le ciel, sans chaperon ; couper le micro, laisser les projecteurs sous leurs paupières de fer afin de permettre aux touristes d’apprécier ce cadre nocturne ; encourager le public à anticiper le palpitant numéro exécuté par la vedette de Swamplandia – la fameuse dompteuse d’alligators : Hilola Bigtree. Quatre fois par semaine, notre mère grimpait à l’échelle qui surplombait la fosse dans son deux pièces vert pour aller se placer au bord du plongeoir, prenant sa respiration. S’il y avait du vent, ses longs cheveux voletaient autour de son visage, mais le reste de sa personne restait immobile. Les nuits dans les marécages étaient sombres et tachetées d’étoiles – notre île était à une cinquantaine de kilomètres du réseau électrique du continent – et même si, à l’oeil nu, on pouvait apercevoir Vénus et la chevelure bleu saphir des Pléiades, le corps de notre mère n’était qu’une vague silhouette, une tache floue sur fond de palmiers.
Juste en dessous, des dizaines d’alligators déplaçaient leurs sourires ambigus et les diamants superbes de leurs têtes dans un bassin d’eau filtrée. Au niveau du cône noir où plongeait maman, il y avait neuf mètres de profondeur. Ailleurs, la nappe d’eau s’affinait pour n’être plus qu’un clapotis boueux formé de végétaux décomposés contre du sable ocre. Au milieu, un îlot rocheux émergeait ; dans la journée, une trentaine d’alligators pouvait venir y former une pyramide pour prendre un bain de soleil.

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Un autre livre de Karen Russel : Des vampires dans la citronneraie

 

Le mois américain est chez Titine, le logo a été réalisé par Belette

L’héritage – Robin Hobb / Megan Lindholm

Quand j’ai vu ce livre dans la boîte à livres de ma petite ville,  la couverture m’a attirée, ensuite j’ai vu le nom de l’auteure Robin Hobb (auteure que je n’ai jamais lue car elle écrit surtout des volumes, des pavés, des séries, que dis-je des romans fleuves…)
C’est un recueil de nouvelles et je me suis dit : allons, tentons !

Ce recueil regroupe des nouvelles écrites sous deux pseudos Megan Lindholm (les 7 premières nouvelles)  Robin Hobb (2 nouvelles).

Une note de lavande : La première histoire se passe à Seattle. C’est Billy, un petit garçon, qui est le narrateur. Au début de l’histoire, il a trois ans, à la fin 18 ans. Il va raconter la misère avec sa mère, ils  vivent uniquement des allocations….Il  raconte surtout à partir de ses sept ans jusqu’à ses 15 ans (là où l’influence du Lavande du titre est la plus importante, car Lavande est bien une personne). Le début est résolument réaliste et d’un seul coup on fait rencontre avec un Skoag au bout de quelques pages. J’ai cru d’abord que c’était une tribu d’indiens et pas du tout …en tout cas l’ambiance est passionnante, l’écriture très imagée et très « auditive »… une réussite cette nouvelle ! Un coup de coeur pour Lavande, pour Billy, sa petite sœur et leur maman aussi, même si voir un adulte baisser les bras me fait toujours de la peine.

La dame d’argent et le quadragénaire
Le préambule dit que c’est une nouvelle que l’auteure a écrite pour l’anniversaire de son mari : avec cet éclairage, je dirais que son mari est plus fort que Harry Potter 🙂 et qu’ils ont tous les deux beaucoup d’humour…
Une nouvelle autour de la magie, vous l’aurez compris !

La coupure : 
Cette nouvelle est plus typée « anticipation » et fait froid dans le dos de réalisme : jusqu’où pouvons-nous aller dans la chirurgie esthétique ? pour des raisons de santé, ou des raisons religieuses ?  une nouvelle qui fait réfléchir et dont j’ai adoré la fin : « Vas-y Mémé ! Fais ce que tu as à faire ! »

Le cinquième chat écrasé
Cette nouvelle m’a fait rire pour son second degré et son ironie, je ne le recommande cependant pas aux amis des chats (Soène, Sharon passez votre chemin, en même temps le titre de la nouvelle annonce la couleur… )

Chats errants : Le thème de départ est un peu le même que celui de la première nouvelle : La misère vu par une enfant de 10 ans.
La narratrice vient d’emménager dans un quartier misérable suite au divorce de ses parents. Elle vit avec sa mère et rencontre Lonnie une petite fille de son âge battue par sa mère, prostituée et junkie.  Une nouvelle très triste …
Lonnie s’est trouvé une mission : « reine des chats errants » (amis des chats : quelques scènes difficilement supportables)

Finis : une histoire de vampires revisitée…

Boîte à rythme : anticipation
Toutes les naissances sont génétiquement modifiées
Une plongée dans les rouages du système via le témoignage d’un employé de la société qui « attribue » les enfants compatibles avec les parents….. et une excellente chute. Le plus « fou » n’est pas celui qu’on croit…

L’héritage : Fantasy : Un village un peu médiéval et une femme qui tente de récupérer son héritage spolié par l’ancien amoureux de sa grand-mère

Viande pour chat : La nouvelle la plus longue. A nouveau, l’histoire d’une jeune femme qui se bat pour son enfant de trois ans. J’ai bien aimé suivre les pensées du chat qui parle aux humains (pas à tous : il faut avoir le « Vif »)

De ces 9 nouvelles, j’ai clairement préféré les 7 premières (celles de Megan Lindholm) qui sont plus tournées « anticipation/science- fiction » que celle de Robin Hobb qui elles sont plus « Fantasy ». Choix tout personnel, car toutes ces nouvelles sont très bien écrites …

Un recueil résolument féministe et combatif !

Un extrait (chats errants)

Comme elle terminait son verre, je me rendais compte qu’elle mourrait de faim, non comme un élève qui a envie de son casse-croûte après les cours, mais comme quelqu’un qui n’a rien à manger chez lui. J’avais vu les affiches décrivant certains Américains qui se couchaient le ventre vide, mais je n’en avais jamais saisi le véritable sens avant de voir Lonnie s’empiffrer, et cela m’effraya. Je n’eus soudain plus qu’une envie : que Lonnie sorte de chez moi. Cela n’avait rien à voir avec tout ce qu’elle avait englouti ni avec le sucre répandu par terre : j’avais l’impression qu’en vivant non loin de gens comme elle, en l’ayant invitée chez nous, maman et moi nous étions soudain rapprochées d’une limite invisible. D’abord il y avait eu une vraie famille, un vrai foyer, maman, papa et moi dans une maison avec un jardin, des Chocos BN et des chips ; puis il y avait eu maman et moi dans un appartement, plus de jardin, du pain et du jambon à la place des BN… Tout allait bien tant que papa envoyait la pension alimentaire et que maman continuait de travailler, mais, à quelques rues de chez nous, des gens vivaient dans des appartements pourris, leurs enfants suivaient des cours d’éducation spécialisée et ils crevaient de faim. Ça faisait peur. Maman et moi n’étions pas comme ça, et ça ne nous arriverait jamais, sauf si…

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Le mois américain est Chez Titine.

Le thème du jour est dystopie, anticipation …

Le logo a été réalisé par Belette . Il y en a plein d’autres 🙂

L’art de la joie – Goliarda Sapienza

Genre : Roman d’une héroïne hors du commun, Modesta, la mal nommée…

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Le but est terrifiant, La vie racontée par une fillette de 10 ans, très pauvre, qui vit avec sa mère, qui hurle sans cesse et sa sœur, demeurée. Revient alors le père de Modesta qui viole sa fille. Ellipse, et on retrouve Modesta dans un couvent, la vieille masure a brûlé avec père, mère et sœur a l’intérieur. Seule Modesta s’en sort…
Modesta est élevée par les sœurs du couvent voisin ; la mère supérieure, Leonora, la prend sous son aile. A sa mort (mazette quelle mort !), la jeune fille de 17 ans part quelque mois dans la famille de Leonora elle y rencontre une jeune fille de son âge…
Le ton est étrange :  Modesta est une jeune fille puis une femme très libre, mais parfois calculatrice et inhumaine. Puis le chapitre, d’après elle semble amoureuse de l’intendant du domaine ….C’es aussi une mère aimante, une amante passionnée …

Ce roman se passe en Italie (Modesta est née en 1900) et nous fait entrevoir les faits marquants du siècle : la misère des années 30,  l’accession au pouvoir de Mussolini, la seconde guerre mondiale et l’après guerre
Modesta une fois acceptée dans la famille de Leonora (elle accepte d’épouser le fils trisomique !!!) se passionne pour des études, la philosophie, le socialisme et le communisme…
J’ai eu l’impression que les personnages s’étaient évadés d’un autre siècle : la passion de Modesta m’a fait penser aux personnages féminins sans concession de Carole Martinez

Extraits

– Que de livres, ma mère ! Vous les avez tous lus ?
– Mais que dis-tu, petite folle ! J’ai étudié, oui, je sais quelques petites choses, mais je ne suis pas une savante. Seuls les docteurs de l’église ont tous le savoir du monde dans leurs mains.
– Moi aussi je deviendrai une savante !
– Folle que tu es ! Et à quoi cela te servirai-t-il, quand tu es une femme ? La femme ne peut jamais parvenir au savoir de l’homme.

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Le mal réside dans les mots que la tradition a voulus absolus, dans les significations dénaturées que les mots continuent à revêtir. Le mot amour mentait, exactement comme le mot mort. Beaucoup de mots mentaient, ils mentaient presque tous. Voilà ce que je devais faire : étudier les mots exactement comme on étudie les plantes, les animaux. Et puis, les nettoyer de la moisissure, les délivrer des incrustations de siècles de tradition, en inventer de nouveaux, et surtout écarter pour ne plus m’en servir ceux que l’usage quotidien emploie avec le plus de fréquence, les plus pourris, comme : sublime, devoir, tradition, abnégation, humilité, âme, pudeur, cœur, héroïsme, sentiment, piété, sacrifice, résignation.

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challenge pavé de l’été chez Brize

Laisser parler les pierres – David Machado

Portugal de nos jours

Valdemar a 15 ans : c’est un dur au collège : bagarres, insolences, mauvaises notes, renvois…Seule sa petite amie, Alice, trouve grâce à ces yeux. Lui est « gros », elle est anorexique…

Depuis qu’il a 6 ans son grand père Nicolau vit avec Valdemar, son père et sa mère.
Le grand père lui a raconté son séjour en prison à partir de 1947 et son désir de vengeance. Celui-ci est très diminué et ne quitte plus son lit que pour un fauteuil roulant, il perd la mémoire alors Valdemar se décide à écrire l’histoire de son grand père, entrecoupée de son histoire à lui et celle d’Alice.

Le fonds historique, pour la partie concernant le grand père est la dictature de Salazar
Sur dénonciation, Nicolau se retrouve une première fois en prison . Il réussit à s’évader au bout de plusieurs années de prison et retourne chez son ancienne fiancée, mariée à son rival. Il se fait arrêter le lendemain (dénonciation ?)

La description de la vie de cette homme est très dure : il a été rendu sourd par les tortures, ses mains ont été brisées
Malgré tout, doué d’un instinct de survie hors du commun, il résiste…Ce qui le sauve ? être un fabuleux conteur. Il raconte à ses bourreaux l’histoire d’un communiste imaginaire Dionisio et ils le croient …tant et si bien que ce Dionisio totalement imaginable finit par devenir célèbre et vivant !

J’ai aimé : l’alternance de points de vue entre la vie de Valdemar et celle de son grand père. C’est le premier livre que je lis  autour de la dictature de Salazar, celle ci n’a finalement rien à envier à celle de Franco, Ceaucesu et tant d’autres…La fin est surprenante,  l’évolution de Valdemar (d’adolescent rebelle à adolescent plus réfléchi) est très bien mise en avant…Et surtout j’ai apprécié la conclusion m^me s’il elle n’en est pas une  : il ne suffit pas d’avoir vécu l’Histoire pour en avoir une vision « réelle » : où est la vérité ? où sont les mensonges ?

J’ai moins aimé : des répétitions (sur les tortures, la prison), le rôle des parents de Valdemar n’arrive qu’à la toute fin …

Un extrait

Je sais ce qui va se passer quand mes jambes vont s’arrêter. Je sais que je vais devoir raconter une histoire, celle de mon grand-père, la mienne ; j’aurai toujours une histoire à raconter. Ma plaie va se refermer complètement et quand elle aura cicatriser, la douleur disparaîtra, elle ne sera plus qu’un souvenir. J’aurai à nouveau toute ma main avec cette belle ligne saillante sur la peau, et je pourrais continuer à écrire. Parce que je ne veux pas oublier. Le passé est toujours là. Le passé ne cesse de grandir et il sera extrêmement difficile de ne rien oublier.

Le peigne de Cleopâtre – Maria Ernestam

 

Stockholm de nos jours
Un peu en « pause au niveau professionnel », trois amis décident de monter leur société « le peigne de Cléopâtre » :  leur but est d’aider des personnes du voisinage dans différents domaines : comptabilité, juridique, architecture d’intérieur.
Mari est comptable et vient de se faire licencier par son associé.
Anna est gérante d’un café baptisé « le refuge » (le bien nommé) et souhaiterait gagner plus d’argent pour pouvoir adoucir les derniers jours de son père, malade.
Friedrich est un peu touche à tout (c’est le personnage qui m’a le plus touché par sa sensibilité , vient ensuite Anna pour son amour pour son père et sa fille …)

Au début tout se passe bien jusqu’au moment où Elsa, la voisine d’Anna, vient lui demander de tuer son mari.
Cruel dilemme pour les trois amis : a-t-on le droit de tuer un homme malfaisant comme on se débarrasserait d’un animal nuisible ?

Les trois amis ont eu chacun une enfance assez difficile et se mettent donc facilement à la place d’Elsa (femme battue mais surtout harcelée psychologiquement)

Tout l’art de l’auteur réside dans le fait qu’elle nous décrit le meurtre mais sans dire qui est le meurtrier : on sait juste que le  meurtrier est nommée  « Elle » mais qui donc a tué le mari d’Elsa ? Mari ? Anna ? Elsa ? Miranda, l’amie de Friedrich ? une homme déguisé en femme ? J’ai même soupçonné Jo l’employée du refuge…

La suite est bâtie donc avec beaucoup de suspense, de faux indices : comme dans « les oreilles de Buster » l’auteure arrive à nous faire ressentir de l’empathie pour un meurtrier (a moins qu’ils ne soient plusieurs)
Chacun des trois amis a des failles qui nous sont dévoilées petit à petit : ils sont tous les trois parfois borderline mais tellement attachants et avec une vrai qualité de réflexion sur le « sens moral » et la justice.

Alors qui a le droit de décider de la mort d’un homme ? A quel prix ? et si on se décide quel sera alors le nuisible suivant à éliminer ?

J’avais trouvé quelques uns des éléments mais la surprise est bien au rendez vous
Il est étiqueté « thriller » dans Babelio : je n’irai pas jusque là même si cette lecture m’a énormément plu.

Un extrait

Jeune homme, je ne suis pas juriste mais je sais pertinemment que si je demandais le divorce, mon mari me ferait vivre un enfer. Il s’en est donné à cœur joie pendant toute notre vie commune, alors la tyrannie, ça le connaît. Il sait exactement où appuyer pour que ça fasse mal. La culpabilité, la honte, la réputation, l’argent… Pour tout vous dire, après ce que j’ai vécu, je me fiche presque de la culpabilité et de la honte. Les problèmes de réputation ne me concernent pas. Mais avec un peu de chance, il me reste encore une dizaine d’années à vivre, et je veux les vivre pleinement. Après notre discussion de ce matin, je me suis dit qu’il n’était pas trop tard pour être heureuse. Pas trop tard pour… me mettre à fumer des cigares, ou, pourquoi pas, à porter des sous-vêtements en dentelle ! Mais d’abord, mon mari doit disparaître. Il ne doit plus jamais être en mesure de m’insulter ni de m’accuser de quoi que ce soit. Qu’une vieille dame souhaite vivre pleinement les quelques années qui lui restent, ça ne peut pas être complètement répréhensible, n’est-ce pas ?

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Challenge Polar et thriller chez Sharon 

Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

Londres XIXème.
Est-il utile de préciser l’histoire que tout le monde connaît ? Dorian Gray, jeune homme de 18 ans, fait le vœu, devant le tableau réalisé par un de ses amis de ne pas vieillir. Sans que l’on sache pourquoi, son vœu est exaucé, il ne vieillit plus et observe au fil des jours le tableau qui se couvre de rides à sa place.

Le début est est très drôle : la plume de l’auteur est alerte, il se moque des anglais, de la « bonne » société », des hommes et des femmes.
Il décrit également les relations entre Dorian Gray et ses deux principaux amis : Basil le peintre et lord Henry. Puis l’histoire tourne au drame dont Sibyl la « fiancée »   de Dorian fera les frais…
Quelle évolution !
De gentil et naïf (trop pour être vrai ?), Dorian Gray, pour rester jeune, devient un être arrogant et méprisant, entraînant tout son entourage avec ses « perversions » : opium, alcool , luxure, débauche….Pas étonnant que ce livre aie fait scandale à sa parution….

L’homosexualité (bisexualité ?) des trois personnages est évoqué à mots couverts (censuré en 1890)

La deuxième partie, vingt ans plus tard, très sombre, montre Dorian s’enfonçant de plus en plus dans ses addictions et sa méchanceté mais restant beau et jeune .
De plus en plus seul, il n’écoute pas les conseils de son ami Basil, le peintre ….
Il échappe « miraculeusement «  à la mort plusieurs fois jusqu’au moment où ….

Je connaissais le début et la fin et j’ai cependant été surprise plusieurs fois par les rebondissements de l’intrigue.

Quant à l’écriture faut-il préciser que c’est très bien écrit ?  on est à la fois subjugué et dégoûté par le personnage.

Un extrait :

Une pluie froide commençait à tomber, et les réverbères luisaient fantomatiquement dans le brouillard humide. Les public-houses se fermaient et des groupes ténébreux d’hommes et de femmes se séparaient aux alentours. D’ignobles éclats de rire fusaient des bars ; en d’autres, des ivrognes braillaient et criaient…
Étendu dans le hansom, son chapeau posé en arrière sur sa tête, Dorian Gray regardait avec des yeux indifférents la honte sordide de la grande ville ; il se répétait à lui-même les mots que lord Henry lui avait dits le jour de leur première rencontre :
« Guérir l’âme par le moyen des sens et les sens au moyen de l’âme… Oui, là était le secret ; il l’avait souvent essayé et l’essaierait encore. Il y a des boutiques d’opium où l’on peut acheter l’oubli, des tanières d’horreur où la mémoire des vieux péchés s’abolit par la folie des péchés nouveaux.

La lune se levait basse dans le ciel, comme un crâne jaune…
De temps à autre, un lourd nuage informe, comme un long bras, la cachait. Les réverbères devenaient de plus en plus rares, et les rues plus étroites et plus sombres… À un certain moment le cocher perdit son chemin et dut rétrograder d’un demi-mille ; une vapeur enveloppait le cheval, trottant dans les flaques d’eau…
Les vitres du hansom étaient ouatées d’une brume grise…
« Guérir l’âme par le moyen des sens, et les sens au moyen de l’âme. » Ces mots sonnaient singulièrement à son oreille…
Oui, son âme était malade à la mort… Était-il vrai que les sens la pouvaient guérir ?… Un sang innocent avait été versé… Comment racheter cela ? Ah ! il n’était point d’expiation !…

Livre lu dans le cadre du Challenge chez Madame lit, le thème d’août est « Un classique »

Je suis quelqu’un – Aminata Aidara

Source photo

Genre : Roman polyphonique

Estelle, jeune femme de 26 ans d’origine Sénégalaise, vit en région parisienne depuis qu’elle a 11 ans. Son père, s’est séparé de sa mère à cette période, Il choisit la date de son 26 ème anniversaire pour lui révéler un secret de famille. (Je ne le dis pas ici, c’est un peu l’enquête principale, en plus rien n’est sûr dans ce que dit le père, (affabulateur ?))

Estelle va essayer de surmonter seule ce que son père vient de lui apprendre (est-ce la réalité d’ailleurs, sa mère lui a raconté l’inverse ?).
Elle se réfugie un temps chez sa sœur puis chez sa mère, sans bien réussir à mettre des mots sur ce qu’elle a appris. Elle commence une introspection depuis son départ du Sénégal à maintenant. Elle a de nombreux cousins et cousines, trois sœurs (dont une restée au Sénégal). Son amie d’enfance part à Londres la laissant encore plus seule en ce mois d’août (je lis ce livre au bon moment sans l’avoir fait exprès)

L’écriture de l’autrice (italo-sénégalaise) est toute en circonvolutions, aller-retour présent-passé, images et senteurs…

En parallèle de son histoire, le livre présente les messages vocaux d’une cousine d’Estelle (messages qui restent sans réponse : Estelle jette son portable dans les escaliers pour ne pas être tentée de répondre) et des mails de son cousin (arrivé en France à l’âge de deux ans et qui y retourne pour la première fois pour ses 18 ans)
Estelle n’a pas de « vrai » métier : elle se revendique comme artiste, organisatrice de squat…

Une troisième partie raconte le témoignage de Cindy (une afro américaine, dont la sœur est une black Panther), amie avec Penda la mère, sur le fameux événement secret et sur d’autres aspects de la vie au Sénégal mais aussi au États Unis : discrimination….
Le témoignage d’Éric, l’ex compagnon de Penda et fils de harkis,  dans une longue lettre adressée à celle ci , nous entraîne vers une autre vision de cette famille.

Enfin, Penda la mère, prend la parole et raconte sa vie au Sénégal, son mariage forcé :…le fait de l’entendre parler de ses 4 filles et de son fils est émouvant. C’est de loin la partie que j’ai préféré, ce portrait de femme tout en subtilités…
Elle essaie de sortir sa fille de la dépression …et de remonter le moral à son neveu qui est traumatisé d’avoir été tabassé par la police au Sénégal…

Sur fonds de liens familiaux et d’enquête intérieure, c’est toute l’histoire des relations Sénégal-France que l’on devine : ambiguës, secrètes… La volonté de cette famille africaine de se libérer de ses jougs personnels et historiques donne de l’espoir (en particulier avec la fin que j’avais sentie venir mais qui est très bien amenée.)

En conclusion : enchantée de ma lecture

Un extrait (c’est Cindy qui parle):

Penda est désormais partie, elle a suivi un rêve d’amour, une des nombreuses promesses des hommes. Qu’elle ait été, au final, satisfaite ou non de son choix, elle aura toujours, pour moi, le mérite y avoir cru : profondément, éperdument. Elle a traîné avec elle trois de ses quatre filles, elle les a conduites dans la terre de l’ex-colonisateur, la France : elle n’est plus jamais revenue. Tandis que moi je suis restée, je reste et je resterai. Les States ne m’auront plus sous leurs griffes : je ferai de Gorée ma demeure éternelle.

Léopold Sédar Senghor, le premier président du Sénégal, venait ici pour réfléchir et composer ses poèmes. Moi je ne réfléchis pas : je survis. Dans le grand livre des visiteurs, j’ai baptisé ma visite à la Maison des Esclaves avec le titre du dernier livre de Georges Jackson, celui qui a lui a coûté la vie : blood in my eye. With Blood in my eye j’observe cette île, si tranquille, où les touristes discrets marchent en silence, conscients de la sacralité qui empêche les éclats de joie. With Blood in my eye je me montre, chaque jour, sur la terrasse qui surmonte les rochers noirs affreusement pareils à ceux de l’autre côté de Gorée, contre lesquels les esclaves trouvaient la mort.

Il faut qu’on parle de Kevin – Lionel Shriver

Je connaissais le sujet  de ce livre avant de le commencer : un jeune garçon commet un carnage dans son lycée quelques jours avant ses 16 ans. Sa mère revient sur les événements :

Voici ma lecture sur 4 jours

Le 20/07/2019
Une femme, Eva la cinquantaine, écrit à son mari Franklin.
Le sujet de ses lettres : essayer de comprendre comment Kevin, leur fils de 16 ans, est parti pour le lycée avec une arme et a tué 7 lycéens, un prof et une personne de la cantine. (2 survivants lors de cette attaque)
L’horreur absolue pour des parents ! Ceux de l’enfant assassin et ceux des victimes…

Le 21/07/2019
L’auteur dissèque dans ses lettres ce qui s’est passé depuis le début «Tomber enceinte » jusqu’au jour fatal le fameux « JEUDI », et ce de façon chronologique.
L’écriture est très directe, très abrupte, sans concession : ni pour elle (elle n’a jamais réellement désiré cet enfant), ni pour son mari (mais on n’a pas la réponse du mari aux lettres) ni pour le fameux Kevin, ni la société américaine pour laquelle il est normal que les armes soient en vente libre …

L’auteure (Lionel Shriver est le pseudo de Margaret Ann Shriver) alterne des passages dans le passé et des compte-rendus des visites qu’Eva rend à son fils incarcéré.
Son fils dès la maternelle présente une incapacité à se sociabiliser …Pour la mère, elle craque et en arrive à le brutaliser : une seule fois lorsqu’il a 6 ans (et porte encore des couches !).

En parallèle, Eva en dit plus sur son enfance : sa mère est agoraphobe, son père est mort en 1945 avant sa naissance, la grande partie de la famille de son père est morte pendant le génocide arménien … Qu’elle est lourde cette enfance qui n’en était pas une : cela rend Eva plus compréhensible : comment aimer un fils alors qu’elle même a été si peu aimée…

Le 22/07/2019
Le mari et père de Kevin est totalement absent. Je crois qu’elle écrit à un mort. Les face-à-faces en prison avec  son fils sont très durs : on sent la haine qu’il a pour l’humanité entière et sa mère en particulier : il est fier de son carnage (et ne regrette qu’une chose que la tuerie de Columbine, qui s’est produite juste après, ait fait plus de morts que « sa tuerie à lui ».)

Le 23/07/2019
Kevin est de plus en plus antipathique, jusqu’au carnage final, qui est raconté de façon presque chirurgicale …
Un livre effrayant…et marquant…
Kevin est-il né psychopathe ou l’est- il devenu parce qu’il a été négligé affectivement par sa mère et son père ? A chacun de se faire son avis…

Un extrait :

… – « C’est toujours la faute de la mère, pas vrai ? » a-t-elle dit tout bas, en ramassant son manteau. « Ce gamin a mal tourné parce que sa mère, elle est alcoolo ou accro à la drogue. Elle le laisse à l’abandon, elle lui apprend pas la différence entre le bien et le mal. Elle est jamais à la maison quand il rentre de l’école. Personne va jamais dire que le père est un poivrot, ou qu’il est pas à la maison quand il revient de l’école. Et personne non plus va jamais dire qu’il y a des enfants qu’ont la méchanceté. Croyez pas ces vieilles salades. Les laissez pas vous charger avec tous ces meurtres.

– LORETTA GREENLEAF ! [Appel du gardien.]

– C’est dur d’être une maman. Personne n’a jamais fait voter de loi disant qu’il faut être parfaite avant de tomber enceinte. Je suis sûre que vous avez fait de votre mieux. Vous êtes dans ce trou à rats par un beau samedi-après-midi ? Vous essayez encore. …

L’avis d’Ingannmic

Et challenge pavé de l’été chez Brize