La terre qui penche – Carole Martinez

Voilà un livre enthousiasmant (bon il m’intimidait avant de l’ouvrir parce que j’avais lu l’avis d’Asphodèle , celui de Kathel, Lydia et d’autres encore…). Et puis je me suis laissée emportée par la personnalité de Blanche, la jeune narratrice (12-13 ans). Pas facile d’être une fille au Moyen-Age. Traitée comme du bétail et donnée à marier à un simple d’esprit qui est aussi l’héritier du seigneur voisin, Blanche reste combative et profite de l’opportunité qui lui est donnée d’apprendre à lire. Elle est surprenante et ne se laisse pas abattre. Lors de son périple au Domaine des murmures, que de rencontres elle fera, passant ainsi de l’enfance à l’âge adulte : son fiancé, Aymon , simple mais si attachant, Pierre le jeune menuisier qui leur vient en aide, et aussi finalement son père, un inconnu froid pour elle, qu’elle découvre sous un nouveau jour, celui d’avant la mort de sa mère emportée par la peste noire comme la moitié de la population à cette époque. Une autre des rencontres magiques aura lieu avec la Loue (à la fois rivière, femme amoureuse ou jalouse, protectrice un jour, meurtrière le lendemain)

Entre les passages où Blanche la jeune fille raconte ce qui lui arrive, une autre voix se mêle à l’histoire, c’est la voix de Blanche, vieille dame morte qui raconte ses souvenirs modifiés par le temps  et apporte du recul au récit…

En conclusion : A lire absolument …pour tout l’histoire et le style envoutant

Quelques extraits

 

– Blanche, ton père sera ici tout à l’heure, il a des projets pour toi. Va préparer tes affaires ! Tu peux prendre tout ce que je t’ai donné. Tu es venue sans rien, tu n’as plus de fiancé, plus d’avenir aux Murmures, mais tu auras au moins gagné quelques habits ici.
– S’il vous plaît, gardez-moi !
– Et comment le pourrais-je ? Nous n’avons plus d’enfant à te faire épouser. Ton père arrive, il faudra le suivre. Les filles n’ont pas leur mot à dire dès qu’il est question de les marier. Les filles n’ont rien à dire d’une façon générale.

 

La loue, à la fois rivière et sorcière (une vouivre) est un personnage à part entière

La femme se lève, gigantesque beauté. Elle déplie gracieusement ses rondeurs dans le paysage comme un être surnaturel. Elle appartient à cette terre, certaines de ses formes sont modelées dans la continuité des rochers, des nuages, des arbres, la traîne verte de sa cotte coule jusqu’à la Loue, elle devient plus terreuse à mesure qu’elle se rapproche de l’eau troublée. Sous le soleil, le tissu est plein de remous et de reflets confus et il touche sa chair de si près qu’elle paraît presque nue.

 

Et enfin Bouc, le cheval, celui par qui tout arrivera :

Deux fois, j’ai été a tes côtés pour sortir de ces bois, deux fois j’aurais pu choisir le monde sauvage mais j’ai préféré t’accompagner jusqu’ici. Tu n’es responsable de rien. Je t’ai adoptée, Blanche, je t’ai aimée petite, dure et butée, prête à tout réinventer, prête à tous les mensonges pour survivre. Je t’aurais suivi en enfer. J’ai été ton père cheval. Tu as grandi, Blanche, mais je serais toujours là sous tes pieds, je serais la terre qui te porte, je serai la couleur des champs, je serai les labours. Tu peux m’appeler Terre. Ne viens pas demain.

 

Livre recommandé par Lydia (son avis ici )

 

Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une – Raphaelle Giordano

 

Le ton est léger et enjoué. Camille presque 40 ans, souhaite changer sa vie. Un soir où elle rentre tard du boulot, elle a un léger accident de voiture et rencontre un routinologue (j’adore cette spécialité 😊)

J’ai trouvé des points intéressants dans ce livre : de bons conseils pour se (re)prendre en main, faire plus attention aux autres (enfants, conjoints, collègues…) , changer le cours de sa vie, mais aussi pas mal de clichés genre « quand on veut on peut ». Un point en particulier m’a passablement agacée (attention spoiler : Heureuse de se mettre à son compte, Camille démissionne et son boulot et cherche APRES à trouver des financements pour son projet. Franchement qu’est-ce que ce conseil à la noix , on envoie tout balader et on réfléchit après ?)

En conclusion :  une lecture agréable, à mi-chemin entre roman et développement personnel, mais du coup je reste un peu sur ma faim, parce que les personnages ne sont pas suffisamment convaincants ou approfondis pour un roman et que les conseils en développement personnel restent un peu light (oui j’ai beaucoup lu de livres sur le développement personnel dans ma première vie 😊, là je commence ma troisième vie 😊)

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Un extrait :

– (…) Voilà… Maître Wu est dans la cour. Je vous laisse aller à sa rencontre. Je serai dans la cuisine. A tout à l’heure…
Claude me fit passer la première. J’arborais déjà un sourire chaleureux, avenant, tandis que mes yeux balayaient la cour. Puis mon sourire s’affaissa. Je ne voyais personne. Déception. Maître Wu était peut-être parti?

Devant mon air dépité, Claude précisa :

– Le voilà…

Mais je ne voyais toujours personne.

– Là, Camille! m’indiqua-t-il d’un geste.

Je suivis la direction de son doigt. Confortablement installé sur un coussin brodé, un splendide chat persan somnolait tranquillement, allongé de tout son long. Il se dégageait de lui un mélange de majesté et de paix absolue. J’accusai le coup, puis, retrouvant mes esprits, me tournai vers le joyeux plaisantin. Trois quarts d’heure de route pour ça?

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Livre recommandé par Prudence dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Réparer les vivants – Maylis de Kerangal

 

Ce livre a fait beaucoup parler de lui alors je connaissais l’histoire : Simon un jeune homme est en coma dépassé après un accident de la route. En l’espace de quelques heures, les parents doivent « encaisser » la nouvelle et donner leur accord pour le don de ses organes ; les médecins doivent procéder à plusieurs transplantations. En perdant la vie, Simon rend la vie possible pour une personne en attente d’un cœur, une autre en attente de reins …

C’est l’histoire d’une course contre la montre et cette partie là est très bien retranscrite, on sent très bien dans l’écriture l’urgence de la situation.

Le début est enthousiasmant, on a l’impression d’être avec Simon et ses deux amis et de partager leur passion pour le surf. La suite est également convaincante, le désespoir des parents, la gêne des deux parents des amis survivants de l’accident, la sollicitude du personnel de l’hôpital, la réaction de la petite amie, l’innocence de la petite soeur qui n’est pas mise de suite au courant.

En fait ce livre est passionnant mais une chose m’a gênée : à une page, le père est contre le don d’organe pour son fils et la page suivante il donne son accord … trop rapide à mon avis …mais cela reste un tout petit bémol d’une très belle lecture…

En espérant ne jamais être confrontée à ce choix terrible…

 

un extrait ici

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Livre recommandé par Kathel (son avis ici) et Quichottine dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Hérétiques – Leonardo Padura

 

Un pavé de 600 pages (écrit très petit)

En fait presque trois romans en un.

Première partie :  Leonardo Padura nous emmène à la Havane en 1939 lors du terrible épisode du Saint Louis. Ce bateau emmène d’Europe 900 juifs loin du régime nazi,  le  gouvernement cubain avait délivré 900 visas mais refuse finalement de laisser accoster le bateau, Les Etats Unis de Rossevelt refusent aussi d’accueillir ces personnes qui retourneront alors en Europe, vers l’Holocauste. Cet épisode est vu au travers des yeux d’un enfant, Daniel 10 ans, qui habite depuis peu à la Havane chez son oncle. Son père, sa mère et sa petite sœur Judith sont sur le Saint Louis et repartiront vers la Hollande, puis Auswitch.

20 and plus tard, on suit le jeune Daniel quelques temps avant la prise de pouvoir de Fidel Castro… En 2007, Elias, le fils de Daniel,  charge l’ancien policier Mario Conde de faire la lumière sur une double enquête : la mystérieuse disparition d’un tableau de Rembrandt amené par les grands parents sur le Saint Louis (tableau réapparaissant à Londres 70 ans après) et les raisons du départ précipité de Daniel de l’île en 1958…. Une enquête passionnante tant sur le plan historique que pour la présence des personnages…

 

La deuxième partie raconte dans la Hollande de XVII siècle la réalisation de ce fameux tableau de Rembrand : érudit mais aussi un peu long …

 

Dans la troisième partie, on retrouve la petite nièce d’Elias Kaminski qui s’inquiète de la disparition de son amie et amante. A nouveau Leonardo Padura nous dresse un portrait passionnant de Judith  la jeune emo disparue et une critique du régime de Cuba, régime qui laisse une jeunesse désespérée, n’ayant que peu d’avenir :  l’exil ou la pauvreté..

Un extrait :

Le docteur Isaías Kaminsky prendrait finalement la décision de soumettre le tableau à une expertise rigoureuse. Homme plus curieux et spirituel que son géniteur, il décida de mettre aux doutes et emporta la toile à Berlin lors de son voyage en Allemagne pour épouser la belle Esther Kellerstein en 1928. Il prit alors rendez-vous avec deux spécialistes de la ville, grands connaisseurs de la peinture hollandaise de la période classique, et leur présenta le portrait du jeune juif semblable au Jésus de l’iconographie chrétienne et… tous deux certifièrent que, même si cela ressemblait plus à une étude qu’à une œuvre terminée, il s’agissait sans doute d’une peinture appartenant à la série  des tronies (nom donné par les hollandais aux représentations de bustes) peints dans les années 1640 dans l’atelier de Rembrandt, donnant une image très humaine du Christ. Mais ils ajoutèrent  que cette toile tout particulièrement, presque de façon certaine, avait  été peinte… Par Rembrandt !

Quand il fut fixé sur l’origine et la valeur du tableau, Isaías Kaminski le fit nettoyer et restaurer, et il écrivit aussitôt une longue lettre à son frère Joseph, déjà établi à la Havane et  en passe de devenir Pepe Cartera, pour lui raconter les détails de la fabuleuse confirmation. Grâce à l’avis des spécialistes, Isaías  pensait alors qu’il devait y avoir une grande partie de vérité dans ce qu’avait dit, supposément, ce mythique juif séfarade hollandais, supposément peintre, quand il avait supposément remis la toile au rabbin –pourquoi ? pourquoi la donner à quelqu’un alors que déjà cette époque elle devait être de grande valeur ? – qui , après avoir échappé tant de fois aux épées et aux chevaux des Cosaques, fut rattrapé par la peste noire qui dévastait la ville de Cracovie et alla agoniser dans les bras du Docteur Moshé Kaminsky.

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En conclusion : Un roman passionnant (j’avoue avoir cependant passé quelques pages de la deuxième partie sur la vie de Rembrandt et de son jeune disciple…)

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Ma participation au mois Espagnol et Littérature hispanophone chez Sharon et au challenge « Lire sous la contrainte » organisé par Philippe avec comme contrainte ‘pas de déterminant »

 

La mémoire est une chienne Indocile – Elliot Perlman

LC avec Edualc

New-York de nos jours. Lamond, un jeune afro-américin sort de prison, Adam un professeur d’histoire à Columbia vit une période de sa vie délicate : il est en train de perdre son boulot et refuse de concevoir un enfant avec sa femme.

Au début, on suit les deux personnages en parallèle : pas de réels points communs hormis leur « ville » de résidence. Le point commun qui les fera se rencontrer sera Michelle, cousine de Lamond et épouse du meilleur ami d’Adam.

Le jeune homme noir est resté de nombreuses années en prison pour un vol qu’il n’a pas commis, il était juste coupable d’être noir, d’avoir de mauvaises fréquentations et un avocat commis d’office. Son but dans la vie est de retrouver sa fille qui avait deux ans au moment de son incarcération, six ans auparavant.

L’historien quant à lui ne réussit plus à publier dans son université prestigieuse, et de ce fait se retrouve licencié. Le père de son meilleur ami lui soumet une idée de recherches historiques : « le rôle des soldats noirs américains dans la libération des camps de concentration en 1945 »

En parallèle Lamond travaille comme homme de ménage dans un hôpital où il rencontre un vieil homme atteint d’un cancer en phase terminale.  Ce vieil homme se met à lui raconter sa vie en Pologne en 1940 et comment il deviend  Zonderkommando au Camp d’Auschwitz…

On comprend alors que les deux personnages principaux, Lamond et Adam, vont se retrouver autour de ce thème, très éprouvant.

C’est un livre très, très, dense où on suit tour à tour le destin de nombreux personnages : de ce jeune homme noir qui cherche à retrouver sa fille, de ce vieil homme qui a survécu à l’holocauste et qui condamné par le cancer, de l’historien qui trouve des bandes-son enregistrées en 1945 en Europe par un homme rongé par la culpabilité.

Eliott Perlmann passe donc d’un chapitre à l’autre de 1942 à 45 puis dans les années 60 autour de la bataille pour les droits civiques (le père d’Adam étant un ardent défenseur de la fin de la ségrégation) puis de nos jours avec des conversations entre Michelle et sa fille de 14 ans..

L’alternance des périodes est bienvenue et permet de ne pas rester plus que supportable dans les camps d’Auschwitz…

Un livre  où l’auteur s’interroge sur la mémoire sous toutes ses formes : aussi  bien sur la mémoire écrite – les juifs tentant de sauvegarder un témoignage du génocide en enterrant des papiers – et surtout la mémoire orale avec les enregistrements de 1945 du professeur Broder mais aussi le témoignage de Mandelbrot, ancien Zondercommando, qui nous parle après sa mort à travers la voix de Lamond, jeune noir victime du racisme ordinaire de nos jours…

A lire….

Un extrait

Pourquoi l’histoire ne peut-elle nous renseigner sur ce qui va se produire dans l’avenir ? Parce qu’elle traite des individus, or les individus sont imprévisibles, autant que le sont la plupart des animaux, si ce n’est plus. On ne peut même pas se fier à eux pour qu’ils agissent comme ils l’ont déjà fait en des circonstances similaires ou pour qu’ils fassent ce qui relève à l’évidence de leur propre intérêt. Les êtres sont imprévisibles, à titre individuel et au plan collectif, les gens ordinaires tout comme les dirigeants investis d’un pouvoir.

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Livre recommandé par Gwenaelle dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Effacement – Percival Everett

Voilà un livre qui vaut le détour (livre recommandé par Ingannmic, son avis ici)

D’abord j’ai adoré la forme : un journal d’un écrivain américain qui livre à la fois ses impressions sur l’écriture et l’art et qui nous fait partager son quotidien : ses relations avec sa mère atteinte d’Alzheimer, ses relations avec ses frère et sœur, son éditeur, ses relations sentimentales …

Thelonious Monk Ellison (Monk pour ses amis) est un écrivain qui a publié des analyses érudites sur des auteurs grecs ou sur le « nouveau roman ».

Aux Usa, il a peu de succès car le fait qu’il soit noir fait que le public attend de lui une certaine littérature (une littérature « noire , comprenez : qui mette en avant des «noirs»)

J’ai la peau noire, les cheveux frisés, le nez épaté, certains de mes ancêtres étaient esclaves et j’ai été gardé à vue par des policiers pâlots dans le New Hampshire, l’Arizona et en Géorgie ; selon la société dans laquelle je vis, donc, je suis noir ; c’est ma race.

Un jour, il lit un extrait d’un livre (atroce) d’une femme noire « Not’ vie à nous au ghetto» et rédige une parodie (parodie qui est présente intégralement dans le livre), ce livre compte tout attente devient un best seller, et Monk se retrouve confronté à un cruel dilemme : perdre son honneur ou ne pas pouvoir subvenir aux besoins de sa mère dépendante..

Ce que j’ai le plus aimé dans ce livre est bien la surprise. On passe d’un épisode « réel » de l’auteur avec sa mère avec une discussion fictive (ou pas)  entre Hitler et Eckhart («Souvenez vous que vous êtes allemand. Gardez notre sang pur ») puis un épisode réel puis une discussion fictive (ou pas) de Rothko et Alain Resnais… sur la valeur artistique des rectangles, De Kooning et Rauschenberg sur la notion d’effacement du titre….

Puis on revient à des souvenirs d’enfance et de ce qu’il a vécu à 10 ans. Cela pourrait semble un peu foutoir mais pas du tout :  La transition entre tous ses « moments » est facilité par la typographie. A chaque changement de narration, le lecteur est « prévenu » par trois croix.

Bref, tout m’a plu dans ce livre le fonds et la forme, l’écrivain pris entre ses convictions sur le fait qu’un écrivain peut écrire sur tout et pas seulement sur le milieu d’où il vient et la dure réalité de la vie quotidienne.

J’ai eu un peu peur au début de ne pas arriver à finir (je n’ai pas compris un seul mot de la conférence sur le « nouveau roman » mais je crois que c’était fait exprès).

Autre tout petit bémol : le style de « Pataulogie », le livre dans le livre, est très « grossier », dans le sens bourré de clichés (étonnant que les lecteurs américains n’aient pas vu qu’il s’agissait d’une parodie tellement c’est gros!!!)…donc 80 pages un petit peu longuettes… mais si ce faux « livre » n’avait pas été inclus, il est presque certain que j’aurais regretté qu’il n’y soit pas….

Le point principal est qu’il remet en cause tous nos préjugés : En refermant ce livre, je m’aperçois que j’avais un préjugé sur ce livre : En voyant la couverture, et sans avoir lu la quatrième, je m’étais imaginé que le sujet était l’histoire d’un homme noir dans le couloir de la mort (qui allait donc être effacé)…Etrange non, ce préjugé juste sur la couverture?

En bref une excellente lecture qui réussit à mêler écriture, racisme, préjugés en tout genre , coming out, droit à l’avortement , Alzheimer et art sans paraître complètement superficiel …

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Livre recommandé par Ingannmic dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Tout ce dont on rêvait – François Roux

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Lecture commune avec Edualc

Chronique moderne autour de Justine, de son mari Nicolas et de leurs enfants… Paris de 1990 à 2015…

Le début m’a énormément plu : L’auteur a su me captiver avec un portrait sans concession de Justine, 25 ans. Justine, ma presque jumelle, trois ans de plus que moi, un père tyrannique.

Sa rencontre avec Alex, puis avec Nicolas le frère d’Alex..

25 ans plus tard, on retrouve Justine et Nicolas mariés, mère de deux enfants une fille de 17 ans, un garçon de 12 (encore ma presque jumelle, Justine, j’ai une fille de 15 ans et un garçon de 10). Des interrogations intéressantes sur la vie, le couple, la confiance en soi…

Et puis  à un moment je ne sais pas lequel, ce livre m’a un peu plombée (peut être les 730 jours de chômage de Nicolas, ou la référence à l’attentat chez Charlie Hebdo ou la dépression de Nicolas, ou leurs problèmes d’usure de couple …).

Bref un avis mitigé entre un début qui m’a énormément plu et une moitié qui m’a un peu déprimée…

Trop proche de mon univers, Justine et sa famille…en même temps cela met en lumière pourquoi je lis …vivre d’autres vies que la mienne…

Incipit

À ce stade de son existence, l’unique certitude de Justine quant à la nature humaine résidait dans le fait que l’immense majorité des hommes, à commencer par son propre père, étaient à ranger sous l’index « sombres abrutis » de son petit répertoire psychosociologique personnel. Elle avait alors vingt-cinq ans, son expérience intime – onze années de galère sexuelle, d’abus de confiance, de faux départs, d’humiliation tous azimuts – l’ encourageait à cette catégorisation un rien abusive. Son aigreur envers les représentants de l’autre sexe ne constituait en réalité qu’une toute petite fraction de sa hargne, sa colère composait un diamant brut, facetté de milliers d’autres rancoeurs contre les abus de tout poil, les passe-droits et, d’une manière générale, contre un état du monde de plus en plus bancal : Justine était à cran.

 

Un deuxième extrait

– Est-ce que tu connais une seule personne de plus de quarante ans qui est ne serait-ce qu’un peu heureuse et équilibrée ? On fait tous avec, crois moi.

 

Délivrances – Toni Morrison

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Etats- Unis de nos jours (1993-2013).

Délivrances – au pluriel. Le titre est très bien trouvé pour ce roman choral. Dans un récit aux chapitres qui se répondent les uns aux autres, l’auteur nous raconte   la difficile enfance de Lula Ann, qui a eu le malheur de naître « très très noire » dans une famille où la mère et le père pouvaient paraître quasiment « blancs ». La mère cherchera à étouffer Lula Ann à la naissance, le père quittera le foyer familial à ce moment-là, persuadé de l’infidélité de sa femme.

Vingt ans plus tard, Lula Ann a réussi dans sa vie professionnelle ; elle est cadre dans une grande entreprise de cométiques, roule en jaguar, s’habille chez de grands couturiers, a changé de prénom et se fait appeler Bride « fiancée » . C’est un portrait très touchant de cette jeune femme qui est à la fois si sûre d’elle dans sa vie professionnelle et si désarmée dans sa vie privée. J’ai aimé aussi rencontrer et avoir la version de la délivrance des deux autres personnages : Sofia, l’institutrice que Lula Ann a contribué à envoyer en prison, et Booker le petit ami qui la quitte un jour sans crier gare. Bride va mener son enquête pour comprendre les raisons de cette fuite …pour finir par se retrouver : leur délivrance sera commune.

Un roman très dense, où on ressort plein d’espoir.

J’avais six ans et je n’avais encore jamais entendu les mots « négresse » ni « salope », mais la haine et la répugnance qu’ils contenaient se passaient de définition. Exactement comme par la suite, à l’école, quand on me soufflait ou me criait d’autres insultes, aux définitions mystérieuses mais au sens limpide. Noiraude. Topsy(1). Face de charbon. Sambo (2).  Ooga booga. Ils faisaient des bruits de primates et se grattaient les côtes en imitant les singes du zoo. Ils me traitaient comme un phénomène de foire, étrange, salissant comme de l’encre renversée sur du papier blanc. Je ne me plaignais pas à l’institutrice pour cette même raison qu’avait eue Sweetness de me mettre en garde au sujet de M.Leigh : je pouvais être temporairement exclue, voire renvoyée. Donc je laissais les injures et les brimades circuler dans mes veines comme du poison, comme des virus mortels, sans antibiotiques à ma disposition. Ce qui, en fait, était une bonne chose maintenant que j’y pense, parce que j’ai développé une immunité tellement forte que la seule victoire qu’il me fallait remporter, c’était de ne plus être une « petite négresse ».  Je suis devenue une beauté profondément ténébreuse qui n’a pas besoin de Botox pour avoir les lèvres faites pour être embrassées, ni de cure de bronzage pour dissimuler une pâleur de mort. Et je n’ai pas besoin de silicone dans le derrière. J’ai vendu mon élégante noirceur à tous ces fantômes de mon enfance et maintenant ils me la payent. Je dois admettre que forcer ces bourreaux – les vrais et d’autres comme eux – à baver d’envie quand ils me voient, c’est plus qu’une revanche. C’est la gloire.

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(1) Toute jeune esclave noire, dans le roman de Harriet Beecher Stowe, La case de l’oncle Tom (1852)

(2) Héros du livre pour enfants écrit par Helen Brodie Bannerman, Sambo le petit noir (1889)

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Livre recommandé par Emilie dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Une disparition inquiétante – Dror Mishani

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Une enquête sur la disparition d’un adolescent plus qu’intéressante.

Au début l’alternance des points de vues dans les premiers chapitres m’a un peu gênée. On suit d’abord l’inspecteur Avraham Avraham de la Police de Tel Aviv dans son enquête sur la disparition d’Ofer 16 ans. Puis sans transition le lecteur est projeté dans la tête du voisin du jeune homme. Ce voisin lui a donné des cours d’anglais pendant quelques semaine  et paraît pour le moins malsain. Une fois le rythme pris de cette alternance de point de vue, je dois dire que l’évolution de l’enquête m’a passionnée.

Le lecteur devine assez vite qu’il ne s’agit pas d’une fugue mais l’auteur est très très fort pour nous égarer vers de fausses pistes. Le policier, 37 ans, est très humain et essaie de résoudre le mystère de son mieux. Il se sent coupable de n’avoir pas pris la mère du disparu au sérieux le jour de la déclaration de la disparition, il est parfois jaloux de ses collègues et tremble encore devant sa mère…

De battue en faux indices, et aussi avec un peu de machiavélisme de la part des enquêteurs, l’énigme sera résolue (à moins que la police là encore ne se soit laissée manipuler par plus rusée qu’elle ) 

Le fait que l’action se passe à Tel aviv est également intéressant et dépaysant : Au début l’inspecteur avance même que la littérature policière est peu développée en Israël car il n’y a presque pas de faits criminels, des ado de 16 ans reçoivent des convocations pour le service militaire…

En conclusion : une enquête qui m’a tenue en haleine le week-end dernier.

Depuis ce titre, deux autres enquêtes de cet inspecteur Avraham sont sorties, et j’aurais plaisir à le suivre à nouveau (ce flic à l’instinct faillible …)

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Ma participation au « mois du polar » organisé par Sharon et au challenge « lire sous la contrainte » de Philippe avec la contrainte « article indéfini » et « lire le monde » chez Sandrine

Un livre repéré chez Kathel 

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Izo – Pascal de Duve

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Un jour de pluie au jardin du Luxembourg .

Le narrateur, dont on saura très peu de chose hormis son statut d’étudiant, « rencontre » un homme étrange, chapeau melon, costume noir et grosses chaussures bombées.

L’homme semble tout droit sorti de Golconde, ce tableau de Magritte. Il est une « goutte » de cet orage étrange qui a trempé Paris.

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L’homme se contente de répéter ce que dit le narrateur. Il n’a pas de nom, pas de mémoire, ne maîtrise pas le langage

Le narrateur décide de prendre cet homme étrange sous son aile. Après une nuit à l’hôtel, ils se retrouvent dans Paris. Commence alors une épopée qui m’a tenue sous le charme de cet étrange Izo. En effet, dans la rue, une femme croit reconnaître l’inconnu sous le nom d’Izobretenikhoudojnika, qui signifie l’imaginaire du peintre en langue russe. L’homme au chapeau melon répondra dès lors  à ce doux nom vite transformé en Izo.

Ce qui m’a plu ?

  • Un regard naïf sur le Paris de la fin des années 80 : le métro, sa carte orange et ses tickets, les supermarchés et les étiquettes de prix, ses cafés et l’agitation des rues.
  • des coïncidences et des rencontres incroyables
  • Les tics de langage d’Izo qui finit souvent ses phrases, par oui, oui (et aussi par non, non)
  • des réflexions faussement « innocentes » d’Izo (sur l’Ayatollah Khomeini, sur l’art, sur la religion)

Si au départ Izo ne parle pas le français ni aucune langue, il est d’une prodigieux intelligence et apprend très vite : le perse, le chinois, l’arabe. La moindre balade dans un supermarché ou dans les rues devient le prétexte pour observer d’une manière nouvelle une situation très banale a la base.

Izo apprend à lire en quelques jours (avec les albums de Tintin) puis dérive rapidement vers le dictionnaire.

  • les « erreurs de langage » d’un Izo se réclamant « réfugié poétique demandant un quart de toujours » (au lieu de réfugié politique demandant une carte de séjour)

Très intelligent Izo n’en reste pas moins très naïf et ne comprend pas certains situations qui font rire le lecteur.

  • Derrière cette apparente légèreté, Izo mène une réflexion sur la mémoire, son absence de souvenirs d’enfance, et se tourne dans la religion dans l’espoir de trouver un sens à la vie, religions qu’il finira par rejeter.

La quête spirituelle prendra un tour inattendu qui m’a également beaucoup plu (même si elle est plutôt tragique)

En lisant la postface on en apprend d’ailleurs beaucoup plus sur cet Izo qui n’est que le portrait de l’auteur lui même face à un monde qui lui échappe (Pascal de Duve décèdera du sida trois ans après la parution d’Izo)

Enfin ce passage m’a parlé car il représente quelques tableaux que je connais de Magritte (j’en connais très peu alors je me dis que j’ai dû rater plein d’autres passages faisant allusion à Magritte)

Ensuite Izo écrivait que le décès d’Odile Crock n’était plus pour lui une énigme douloureuse ; il avait fini par comprendre et accepter que « comme toutes les autres choses, la vie aussi a une fin » ; que « beaucoup de gens l’oublient et trouvent que la mort est quelque chose de très grave alors que, en fait, c’est quelque chose de normal qui arrive à tout le monde ; oui ».

Dans le paragraphe suivant, il prétendait avoir trouvé « le panneau secret dans la bibliothèque des souvenirs» ; il assurait avoir pu le faire pivoter, et explorer, le temps d’un éblouissement, la vastitude de la pièce cachée, haute comme une cathédrale », avec « ses rayons d’archives sur lesquelles reposait une poussière vierge comme une première neige » ; suivait alors un récit tout à fait désopilant, évoquant une « Mer des origines, qui seule le Premier Jour avait connu un Hier », et de laquelle Izo serait sorti, « tout petit et tout ruisselant, en long manteau noir et chapeau melon assorti » ; heureusement que sur la plage, « papa et papa attendaient, très grands, en longs manteaux noirs et chapeaux melons assortis » ; il paraît aussi qu’ils « toussotaient d’aise en constatant qu’il n’y avait aucune bosse dans mon petit chapeau, qu’il ne manquait aucun bouton à mon petit manteau, et que les lacets de mes petites chaussures étaient noués comme il fallait » ; ensuite, Izo aurait grandi « dans une maison aux fenêtres éclairées » à un endroit où « l’azur de midi surplombait une éternelle obscurité de minuit » parce que « la lumière et l’ombre ne se fréquentaient pas », s’échangeant uniquement « un vent vertical où se croisaient une odeur épicée de nuit d’été et un parfum frais de matin de printemps » ; Izo confessait aussi avoir été « un enfant difficile » qui « horrifiait parfois posément papa et papa en leur disant, je crois que je vais être méchant ; oui »,  et auquel « papa et papa » racontaient alors pour l’effrayer, ce qui se passait dans le château maudit » qui était « situé sur le sommet d’un rocher accroché dans le ciel au-dessus de la Mer » ; dans une de ses salles immenses, sous un ciel menaçant, une forêt de quilles hostiles bordait une grève inquiétante sur laquelle galopait désespérément un jockey perdu, affolé de ne pas apercevoir la fin du chemin » ; dans l’espace adjacent,  « un homme venait toujours d’égorger une femme », et, avant de reprendre sa valise et son manteau et son chapeau déposés sur une chaise, « s’attardait tragiquement en plongeant rêveusement son regard dans les profondeurs d’un grand gramophone aphone », dans une troisième pièce, « des messieurs en noir n’en finissaient pas de danser avec des femmes pour les tuer d’épuisement », sur un air « macabrement muet » ;  le paysage nocturne peint à même les parois « représentait les arbres sinistres, ivres de plaisir » ; entre-temps, dans le donjon, « lové sur un divan un premier cercueil attendait lascivement le corps de la femme égorgée » ; d’autres bières en chaleur « préféraient patienter au balcon en regardant le brasillement de la Mer », par lequel d’ailleurs, les flots négociaient avec le ciel « quelque secret compromis de lumière » tout en courtisant la plage où venaient se divertir les mystères ».

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Le château de Pyrénées

lart-de-la-conversation

L’art de la conversation

la-memoire

La mémoire

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Le jockey perdu (que vous pouvez retrouver ici)

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Etude de l’assassin menacé

En conclusion : Un auteur que je ne connaissais pas du tout (même de nom) et qui dans la postface est comparé à Queneau, Vian et Marcel Aymé (si, si)

Un coup de cœur (et si vous voulez connaître ma définition du coup de cœur , c’est un livre qu’on a envie de relire juste après avoir dévoré la dernière page)

Participation à l’agenda ironique de février organisé par Jo avec le thème « critique littéraire»