Le livre mystère 2

Un livre qui fait la part belle aux livres. Trouverez vous le titre de ce roman dans lequel les livres ci-dessous sont cités  ? 

1- L’avortement – Richard Brautigan 

2- Le rouge et le noir – Stendahl

3- L’amant – Marguerite Duras

4- Un privé à Babylone – Richard Brautigan 

5- La possibilité d’une île – Michel Houellebecq

6- HHhH – Laurent Binet 

7- Oblomov – Ivan Gontcharov

8- Le Baron perché – Italo Calvino 

9- La promenade – Robert Walser

10- La petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête – Werner Holzwarth

11- La dame de pique – Alexandre Pouchkine

12- Bartleby – Herman Melville  

13- Merci pour ce moment – Valérie Trierweiler

14- Sur la route de Madison – Robert James Waller 

15- Eugène Oneguine – Alexandre Pouchkine 

16- Du côté de chez Swann – Marcel Proust

17- A la Recherche du temps perdu – Marcel Proust

18- La conjuration des imbéciles – John Kennedy Toole

19- Karoo – Steve Tesich 

20- Soumission – Michel Houellebecq 

21- Le rivage des syrtes – Julien Gracq

22- After – Anna Todd 

23- 2666 – Roberto Bolano

24- Les clochards célestes – Jack Kerouac

25- Le procès – Franz Kafka

26- Risibles amours – Milan Kundera 

27- Bonjour tristesse – Françoise Sagan 

Il y a bien d’autres auteurs cités mais pas avec un titre en particulier….

 

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La marche de Mina – Yoko Ogawa

LC avec Edualc

Deuxième lecture pour ma part de cette auteure japonaise après « La formule préférée du professeur » lu il y a 5 ans (déjà…)

Dans les années 1970, au Japon.

Le personnage principal est Tomoko, une petite fille d’une douzaine d’années, qui raconte l’année qu’elle a passée chez son oncle et sa tante. La quatrième de couverture induit un peu en erreur mais ce n’est pas grave. La quatrième nous informe qu’après le décès du père de Tomoko, la mère doit partir au loin en formation et que Tomoko se retrouve un an chez son oncle et sa tante. Vu comme cela, je m’attendais à de la pauvreté, des larmes, un deuil . Pas du tout le sujet du livre est tout autre :  certes le père de Tomoko est mort mais il est mort quand elle avait 6 ans et elle en a 12 maintenant, il n’y a donc pas de profond chagrin chez cette jeune fille juste un peu de tristesse d’être éloignée de sa mère. Tomoko va vivre pendant cette année de nombreux événements qui vont la marquer. D’abord cette famille où elle arrive est plus nombreuse (avant elle vivait toute seule avec sa mère) : Il y a la grand mère (allemande), la gouvernante, le fils (chef d’entreprise, très souvent absent), sa femme, le jardinier, la petite fille Mina – 11ans, cousine de Tomoko, le frère de Mina, Ryuichi, est à la fois présent puisque l’on parle beaucoup de lui et absent puisqu’il vient de partir faire ses études en Europe.

Tomoko observe sa cousine, les grandes personnes et est témoin de nombreuses scènes qui la font grandir. Elle a à la fois le charme et la naïveté de l’enfance. Mina, quant à elle est une petite fille asthmatique qui fait régulièrement des séjours à l’hôpital, elle est également attachante et drôle (les deux filles font des parties de volley assez époustouflantes….).

De plus, par rapport à Tomoko et sa mère, sa famille « adoptive » est très riche : grande maison, Mercedès, grand jardin….

Cette année passée en compagnie de Tomoko et de Mina m’a enchantée :  des anecdotes sur le quotidien de cette famille, quelques incursions dans l’actualité (par exemple les JO de 1972 et la tragique prise d’otage qui s’est déroulée lors de ces JO…), des histoires que Mina invente pour oublier sa maladie….

J’ai beaucoup aimé l’attitude de Tomoko qui, dès le départ, remarque un « dysfonctionnement » dans cette famille. Sans  juger, elle agit pour donner un virage à la vie de cette famille…

En conclusion : Une histoire bienveillante mais pas du tout mièvre, un très bon moment…(en relisant mon billet sur « la formule préférée du professeur » , je me rends compte que j’avais utilisé le même terme : « bienveillance »)

Et voici l’extrait qui explique le titre :

 

Mina allait tous les jours à l’école primaire Y à dos de Pochiko, l’hippopotame nain.

C’est à cause de sa santé qu’elle n’allait pas à l’école primaire privée de Kobe que son frère aîné Ryuichi avait fréquentée. Qu’il s’agisse de l’autobus de ramassage scolaire ou de la Mercedes, l’odeur des gaz d’échappement était un des facteurs de ses crises. L’école Y avait été choisie parce qu’elle était la plus proche de la maison et que les allers et retours n’étaient pas une trop lourde charge. Elle se trouvait à environ vingt minutes de marche si l’on franchissaitm le pont Kaimori au-dessus de l’Ashiya. Le seul problème était la forte déclivité.

Avant d’entrer à l’école primaire, mon oncle avait négocié avec le directeur de l’école pour obtenir la permission que Mina fasse les allers et retours sur le dos de Pochiko. Il paraît que le directeur avait testé lui-même pour savoir si Pochiko était docile et si elle n’attaquait pas les gens. Il avait fait exprès de crier, de jeter çà et là des tranches de pain de la cantine et de lui tirer les oreilles, mais Pochiko avait conservé son calme en se contentant de renifler d’un air agacé. Elle avait passé le test avec succès.

C’est mon oncle qui avait fabriqué, en multipliant les essais et les échecs, les différents éléments pour transformer Pochiko en moyen de transport. Il avait utilisé comme selle une chaise de bébé dont il avait coupé les pieds, une ceinture comme collier et une cordelière et son gland d’embrasse de rideau comme laisse. Il avait réussi à réaliser la première selle pour hippopotame nain au monde. Le matin, mais monsieur Kobayashi installait Mina sur Pochiko pour l’emmener à l’école et après la classe, ils allaient l’attendre à la sortie. C’était devenu une habitude. Alors qu’il y avait une Mercedes aussi magnifique, je pensais que c’était dommage, mais je changeai d’avis aussitôt. Puisque Pochiko avait coûté le prix de dix Mercedes, Mina utilisait le véhicule le plus coûteux de la maison.

 

Lire sous la contrainte chez Philippe où la contrainte est « tout au féminin »

La débâcle – Emile Zola

Dans La débâcle, Zola le romancier laisse la place à Zola le journaliste. Il retranscrit à travers quelques hommes de la 106ème compagnie la guerre de la France de Napoléon III contre la Prusse de Guillaume Ier.

Nous voyons cette guerre (guerre ridicule mais quelle guerre ne l’est pas ?) à travers les yeux de Jean – paysan, la quarantaine réengagé volontaire car il se retrouve veuf à la mort de Françoise, sans famille et sans attache – et Maurice jeune homme, lui épris de justice et de liberté. Les deux hommes, après s’être heurtés du fait de leur différence de milieu, finissent par s’apprécier : la bataille pour eux se fait attendre et ils vivent six semaines d’attente, de marches très éprouvantes allant de Strasbourg à Paris puis Sedan, entendant le canon au loin sans combattre mais apprenant par bribes les défaites françaises. 

L’empereur apparaît de temps en temps, très diminué, et il finira par se rendre dans le bruit des canons en voyant le massacre de son armée en déroute. 

Les hommes sont faits prisonniers, Jean et Maurice doivent partir en captivité en Allemagne jusqu’à leur évasion durant le transfert. Durant cette période, il se sauvent plusieurs fois la vie et finissent presque « frères ».

Des personnages secondaires nous montrent la dure vie des civils dans cette guerre. Parmi les personnages féminins, j’ai apprécié  Henriette, la sœur jumelle de Maurice qui habite Sedan et qui, jeune veuve, travaille dans l’hôpital de fortune accueillant les soldats mutilés ; Silvine une jeune femme ayant eu avant la guerre un enfant, Charlot, avec un « prussien » qui passe d’une obéissance effrayante à une vengeance encore plus terrifiante… Gilberte, jeune femme volage, apporte un peu de gaité …infidèle à son mari mais fidèle à la France ….

Côté personnages masculins le père Fouchard, tour à tour, semble s’enrichir de cette débâcle en commerçant avec l’ennemi pour finalement se révéler plus patriote ; Prospère, le jeune homme parti en guerre en Afrique  revient au pays pour assister à cette boucherie et finit par déserter…

Blessé, Jean reste à la ferme du Père Fouchard avec Henriette, Silvine, Prosper et le petit Charlot. Ceux-ci le cachent des prussiens pour qu’il ne soit pas fait prisonnier. En parallèle, Maurice part rejoindre l’armée française à Paris et défend la capitale pendant un long siège. Cette expérience le fait changer et il finit par prendre faits et causes de la Commune en train de se former. Idéaliste il refuse l’avenir proposé par le gouvernement francais et se révolte.

Presque 600 pages de bruit et de fureur qui ont été pour ma part assez éprouvantes : penser à cette jeunesse que l’on envoie à la boucherie (qui sera bien pire en 1914 certes) ….Emile Zola mène à charge  contre le gouvernement incompétent de l’Empereur et de tous ces généraux. Convaincus de leur supériorité, ils ne voient pas qu’ils sont moins bien préparés que les prussiens et que la débâcle est inévitable…

 « L’Empire vieilli, acclamé encore au plébiscite, mais pourri à la base, ayant affaibli l’idée de patrie en détruisant la liberté, redevenu libéral trop tard et pour sa ruine, prêt à crouler dès qu’il ne satisferait plus les appétits de jouissances déchaînés par lui ; l’armée, certes, d’une admirable bravoure de race, toute chargée des lauriers de Crimée et d’Italie, seulement gâtée par le remplacement à prix d’argent, laissée dans sa routine de l’école d’Afrique, trop certaine de la victoire pour tenter le grand effort de la science nouvelle ; les généraux enfin, médiocres pour la plupart, dévorés de rivalités, quelques uns d’une ignorance stupéfiante, et l’empereur, souffrant et hésitant, trompé et se trompant, dans l’effroyable aventure qui commençait, où tous se jetaient en aveugles, sans préparation sérieuse, au milieu d’un effarement, d’une débandade de troupeau mené à l’abattoir »

Derrière la bataille, la sympathie fraternelle entre Jean et Maurice apporte de l’espoir … Qui fera long feu dans Paris aux prises de la guerre civile entre Communards et Versaillais … Mais le lecteur est prévenu …il lit du Zola ….

Lecture commune avec Patrice, Ingannmic et Claudialucia 

L’espionne de Tanger – Maria Duenas

J’ai trouvé le contexte historique de cette histoire très intéressant, le style m’a moins plu. Pour tout dire, sans le contexte historique, je crois que j’aurais abandonné : trop « romance » à mon goût : La jeune fille, madrilène de condition très modeste,  tombe amoureuse d’un fieffé escroc, qui la laisse enceinte et sans le sou à Tanger. Heureusement la suite s’améliore et même si quelques situations m’ont paru invraisemblables, Sira gagne en maturité et profondeur. Que d’aventures de Madrid àTanger, Tetouan, de nouveau Madrid puis Lisbonne. 

1936 -1942 :  La narratrice nous emmène dans une Europe en guerre où tous les moyens sont bons pour connaître les intentions de l’ennemi. Autour de Sira gravitent des personnages haut en couleur : Candelaria la Contrebandière qui l’aide à Tetouan, un commissaire marocain étrange qui est assez réussi, la mère de l’héroïne, Rosalinda Fox, une anglaise amoureuse du Haut-Commissaire du Maroc Juan Luis Beigbeder, et aussi le beau  journaliste (j’ai oublié son prénom). Est ce réellement un journaliste ? un sympathisant nazi ? un espion anglais ? 

Franco est devenu le maître en Espagne. L’Espagne oscille entre une neutralité plus qu’ambiguë et une admiration sans borne du régime nazi. C’est aussi l’histoire du Maroc  sous protectorat franco-espagnol (Wiki me souffle à l’oreille 1912-1956…) 

Un avis donc un peu mitigé mais finalement 700 pages qui défilent toutes seules, une fois les 100 premières,  un peu laborieuses, passées ….

Un extrait :

Je m’habituai à vivre seule, sereine, sans peur. À être responsable de l’atelier et de moi-même. Je travaillais beaucoup, me distrayais peu. Le volume des commandes n’exigeait pas de main-d’œuvre supplémentaire, je me débrouillais sans aucune aide. Mon activité était donc incessante, avec les fils, les ciseaux, l’imagination et le fer à repasser. Quelquefois je sortais en quête  de tissus, pour faire recouvrir des boutons, pour choisir des bobines et des agrafes. J’appréciais surtout les vendredis : j’allais place d’Espagne, près de chez moi –les arabes disaient  – El–Feddán – et j’assistais à la sortie du khalife de son palais ; il se rendait à la mosquée sur un cheval blanc, sous un dais vert, escorté par des soldats indigènes en uniforme de parade, un spectacle impressionnant.

 

 

Le mois espagnol est chez Sharon , l’Espagne est aussi à l’honneur chez Madame Lit 


Chez Philippe où la contrainte est le son « è, es,ai,ey… »

Le roi transparent – Rosa Montero

Léola est une jeune serve, elle vit dans le sud du royaume de France au XIIème siècle. Le pays est en guerre quasi permanente, un jour elle est obligée de fuir, les soldats ont brûlé sa maison et emmené de force son père, son frère et son fiancé pour participer à la guerre.

Afin de passer inaperçue, sur le champ de bataille voisin elle dépouille le cadavre d’un jeune seigneur de son armure et s’en va seule par les chemins. Heureusement sur sa route, elle croisera d’abord un chevalier qui lui sauvera la vie. Elle rencontre Nynève une jeune femme d’une trentaine d’années, qui la prend sous son aile, et la mène jusqu’à Roland, maître d’armes qui va faire son éducation de chevalier et de guerrier.

Au-delà de l’histoire qui est pleine de rebondissements, de traquenards, de coups d’épée, de trahisons, d’amitiés et aussi un (petit peu) d’amour, le regard que Léola (devenu Léo) sur le siècle où elle vit est intéressant et surtout très actuel finalement :  Une large part du roman expose la place des femmes dans la société ;  par exemple, elles doivent, en plus du joug du seigneur, supporter le joug du père, du frère…Les autres termes abordés sont l’intolérance des religieux (beaucoup de massacres au nom de la religion, étonnant, non ?),  la difficulté pour les personnes différentes ou handicapées à s’intégrer dans la société (Violante, la naine est amie de Léola,  l’épileptique, le simple d’esprit)

Le chemin de Leola de ses 15 ans à ses 40 ans sera jonché de rencontres, certaines effrayantes, d’autres bienveillantes comme celle d’Alienor d’Aquitaine et de Richard Cœur de Lion.

Cachée sous son armure de fer, Léola peut prendre du recul sur sa condition (féminine et de serve). Et surtout elle apprendra le pouvoir des mots, le pouvoir de la lecture tant en évasion qu’en réflexion. Elle ira jusqu’à commencer à créer un dictionnaire des mots qu’elle aime.

Quelques passages sont « fantastiques » : Nynève est-elle une fée comment elle le prétend ? Le basilic est-il le diable ? Qui est ce roi transparent qui  maudit toutes les personnes qui racontent son histoire ?

En conclusion : un livre que j’ai beaucoup aimé même si je préfère les livres de science-fiction de Rosa Montero 

Un extrait et un autre ici

 

Le Maître veut m’apprendre à jouter. 

– C’est très utile, en plus d’être honorable. Tu peux gagner des armes, des chevaux et même des rançons en argent. Parfois aussi des terres. 

J’ai aidé à soigner les chevaux de mon maître et, par chance, je sais monter, même si je ne l’avais jamais fait avec une selle et les longs étriers des guerriers. S’y habituer est toutefois très facile. Le plus dur est d’apprendre à manier cette énorme lance, plus longue que deux destriers mis l’un derrière l’autre. Lestée  de plomb comme elle est, au début j’étais incapable de lever sa pointe du sol et de la maintenir en l’air. A présent, j’arrive à la tenir plus ou moins droite pendant que je chevauche et le Maître me fait enfiler des anneaux qui pendent d’une corde. Il faut essayer de viser juste au grand galop et je n’ai pas encore réussi à embrocher  un seul anneau avec cette épouvantable lance. 

– J’ai l’impression que tu vas mieux te battre sur tes deux pieds dans un tournoi… grogne  le Maître. 

– Je suis désolée, mais ça demande une grande force, dis-je en guise d’excuse.

– C’est vrai qu’il faut de la force, mais là encore c’est l’adresse qui compte. Juste avant que la lance de ton rival ne te touche, tu dois avancer ton bouclier pour recueillir l’impact et le dévier. Ne t’accroche pas à ton cheval : c’est ce qui te fera tomber. Au contraire, il vaut mieux que tu te mettes brièvement debout sur tes étriers pour avoir une plus grande capacité de mouvement, et plus d’ampleur pour mieux accompagner le glissé de la lance… L’art d’un bon jouteur consiste à bien manier le bouclier à l’aide d’un bras, pendant que l’autre place en même temps la lance sur un point précis de ton adversaire, là où tu auras calculé que tu vas lui faire perdre l’équilibre. 

– Et comment est-ce qu’on calcule ça ? 

– En tombant et en retombant jusqu’à le savoir.

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Jakuta Alikavazovic – L’avancée de la nuit

De temps en temps je prend un livre au hasard à la bibli. J’ai pris celui là la semaine dernière, un peu dans l’optique d’une dernière lecture pour le mois de l’Europe de l’est chez Goran, Patrice et Eva. (le mois de mars est fini, mais cette lecture m’a suffisamment touchée pour mériter un petit billet) 

Jakuta Alikavazovic est née en 1979 à Paris, d’une mère bosniaque et d’un père monténégrin.

C’est l’histoire d’un jeune homme, Paul, qui rencontre Amelia sur les bancs de la fac, à Paris. Elle est une « petite fille riche » mais souffre cruellement de l’abandon de sa mère quand elle avait 10 ans. Sa mère est partie en pleine guerre à Sarajevo afin d’essayer de défendre la paix. Paul est orphelin de mère, son père n’est pas français, et souffre de sa condition d’immigré : il n’est ni accepté en France ni prêt à rentrer au « pays » ; on ne saura d’ailleurs pas quel est ce pays, juste qu’il a voulu donner à Paul la possibilité de s’intégrer en lui donnant un prénom français. 

Le plus souvent le point de vue est celui de Paul mais Amelia prend de temps en temps la parole et essaie de mettre des mots sur la blessure béante de l’abandon de sa mère. Les autres personnages sont le père d’Amelia (froid et distant), Antonia Albers (une amie de Nadia, la mère d’Amelia)  et  Louise (fille de Paul et d’Amelia) 

Les liens entres les personnes sont très intéressants à suivre : pour répondre à la question vaut-il mieux être orphelin de mère ou que celle ci vous abandonne ? la réponse d’Amélia est claire : il vaut mieux être orphelin et ne jamais avoir connu sa mère car comment expliquer un abandon quand on peut faire autrement ? Comment grandir, fonder une famille quand on n’a pas été assez « aimable » pour faire rester sa propre mère ?

Amelia nous raconte ses derniers moments avec sa mère (à dix ans), des moments très émouvants pour une petite fille qui ne sait pas encore qu’elle ne reverra plus sa maman. Adulte, Amelia arrivera-t-elle à surmonter cet abandon ? Elle enchaînera les abandons elle aussi (Paul une première fois, puis sa famille) 

Paul, dans l’amour qu’il a pour sa fille, fait parfois un peu peur dans sa façon de vouloir la protéger de tout … 

Une écriture sensible qui m’a touchée, le thème principal est la maternité et la transmission mère-fille (et dans une moindre mesure les rapports père/fils, père/fille; petite-fille/grand-père). 

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Un extrait :

Oui, jusqu’ici tout va bien, se disait Paul, ce qui n’empêcherait pas les choses – le monde – d’empirer. Il y avait, semble-t-il, trop de tout. Mais pas assez de paix. Et pas assez d’eau. Louise regardait celle qui coulait du robinet, pensive. Elle l’ouvrait, le fermait. L’observait s’écouler en petites hélices dans l’évier. Bien entendu, elle ne le savait pas, la chère âme, que le désert progressait sur le globe et dans les cœurs. L’amour pour nos enfants est un cheval de Troie, déclara Albers sur un plateau télévisé. Louise la regardait, bouche bée, elle qui passait d’ordinaire, indifférente, devant ces images qui glissaient sans cesse, de meurtre et d’enquête, ou de ruine et de guerre, ou de villes immenses qui n’étaient pas des villes mais des tentes, des rangées de tentes dans le désert, où vivaient ceux qui de ville, justement, n’avaient plus. Louise toucha la surface de l’écran, qui était et n’était pas Albers. 

Un cheval de Troie. L’amour pour nos enfants est la façon dans un monde indéfendable paraît défendable et est, pour finir défendu. Accueilli. Les mensonges. La surveillance globale. La militarisation insidieuse. Qui ne voudrait pas savoir ses enfants en sécurité ? Qui n’accepterait pas de payer le prix fort pour cela ? C’est par amour que nous équipons nos villes, nos rues et nos maisons. Mais c’est le mal qui s’infiltre. C’est le mal et toutes nos erreurs reviendront nous hanter. Elles viendront nous ronger le sommeil et les os. Nous vivons dans un monde qui a entièrement cédé à la brutalité à l’injustice. Chacun pour soi. Chacun pour soi et ses propres enfants. Son propre petit matériel génétique. Et pendant ce temps, le principe directeur du monde est devenu l’expulsion. Des familles à la rue. Des villes rasées, des pays entiers contraints de prendre la route. Je regarde autour de moi est ce que je vois, c’est l’irruption de l’irréel dans le réel. Le fantastique est devenu la condition de nos existences, martela Albers, obstinée, et tout ce que Paul vit, ce fut une vieille femme, butée sous sa frange blanche.

 

Les huit montagnes – Paolo Cognetti

Lecture commune avec Edualc

Pietro se souvient de son enfance. De ses parents qui ont dû abandonner leur campagne italienne pour venir travailler à la ville…. exode rural des années 70…

Le père de Pietro a du mal à se faire à cette nouvelle vie, alors chaque été il part se ressourcer à Grana dans un petit village de montagnes. Il chausse ses brodequins et part 15 jours en randonnée, parfois fois seul, parfois avec son fils, jamais avec sa femme qui reste au village. 

Paolo nous conte donc cette relation père-fils, que j’ai trouvé juste même si parfois bancale. Le père parle peu et le fils peu également. Beaucoup d’incompréhension de part et d’autre. Le fils n’aime pas partir randonner (mal des montagnes) mais il se force pour faire plaisir à son père. En parallèle de la relation père-fils nous suivons également l’amitié naissante entre Pietro et Bruno, un villageois du même âge que lui …. Leurs différences culturelles ne les empêchent pas de devenir amis et presque frères même s’ils se voient juste deux mois par an.

Dans une deuxième partie Pietro après une absence d’un quinzaine d’années revient à Grana. Bruno est devenu maçon puis éleveur, Pietro est photographe-journaliste et fait régulièrement des long séjours dans l’Himalaya et ailleurs , quasiment toujours dans un coin montagneux

La relation se renoue…là aussi faite de beaucoup de silence et de non-dits…Adultes, qu’avons nous fait de nos rêves d’enfants ? Réagissons nous toujours par rapport à l’éducation reçue ? 

Ce livre m’a plu pour la finesse des relations entre les personnes avec cependant une certaine tristesse pour Bruno, enfant délaissé par ses parents et qui en porte une trace indélébile….

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Un extrait :

Le vallon de Grana à la mi-novembre était brûlée par la sécheresse et le gel. Il avait la couleur de l’ocre, du sable, de la terre cuite, comme si dans les prés un incendie était passé et avait déjà été éteint. Dans la forêt il faisait encore rage. Sur les flancs de la montagne les flammes d’or et de bronze des mélèzes illuminaient le vert tranchant des sapins, et lorsqu’on levait les yeux au ciel, elles réchauffaient l’âme. Dans le village en contrebas, par contre, c’était l’ombre qui règnait. Le soleil n’arrivait pas au fond de la vallée et la terre était dure sous les pieds, couverte çà et là d’une croûte de givre. Sur le petit pont de bois, quand je me baissai pour boire, je surpris l’automne en train de jeter un sort à mon torrent : la glace dessinait des pistes et des galeries, mettait sous verre les blocs humides, piégeait les touffes d’herbe sèche en les transformant en sculptures.(p267)

Top Ten Tuesday : 10 livres pour découvrir le monde 

Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français pour une 2e édition sur le blogue Frogzine.

Le TTT de la semaine est : « 10 livres pour découvrir le monde »

 

1- Le meurtre du Samedi Gloria de Raphaël Confiant : Un meurtre a bien été commis au bar « le Samedi Gloria » mais l’enquête n’est pas l’intérêt principal du livre : il permet aussi de partir en Martinique.

2 –  Le caillou de Sigolène Vinson pour partir en Corse 

3 – Suivons Marie Laberge à la découverte du Québec et de son franc parler avec Florent

4 – Pour rester au froid, Anne Radge nous raconte la Norvège et  la terre des mensonges 

5 – Traverser l’Italie en train avec « Eva dort » de Francesca Melandri 

6 – Un course autour du monde avec des clins d’œil à Jules Verne ? c’est par ici avec L’île du point Némo de Jean Marie de Roblès 

7 – Dépaysement en Amérique du Sud : Cent ans de solitude ? avec une multitude de personnages et Gabriel Garcia Marquez

8- Alice au pays des mongols d’Ulrike Kuckero : C’est ma fille qui a rapporté ce livre à la maison quand elle était en 4ème dans le cadre du prix des Incorruptibles. L’histoire d’Alice, trisomique 21 d’une quinzaine d’années,  qui gagne en voyage avec sa famille en Mongolie : Une belle leçon de courage, hymne à la différence ….

9 – La traversée des Etats Unis d’un jeune garçon : L’extravagant voyage du jeune et prodigieux Spivet. de Reif Larsen

10 – Les belles choses que portent le ciel  de Dinaw Mengestu : d’Ethiopie jusqu’aux Etats Unis quand le voyage est question de survie et synonyme d’exil 

 

 

La curée – Emile Zola

 

Lecture commune avec Ingannmic 

Paris 1851- 1861

Le livre commence par un dialogue entre Renée et son beau-fils Maxime. Appartenant à la haute bourgeoisie, ils rentrent tout deux en calèche d’une promenade au bois de Boulogne. Ils sont très complices et jugent leurs contemporains avec ironie.

Ce même soir, Aristide Rougon, le mari de Renée et père de Maxime, donne un dîner somptueux dans son hôtel particulier à Paris. Nous découvrons alors toute une foule d’invités (une vingtaine) décrits avec une avalanche de détails.

Après ce dîner mémorable, Zola revient un par un sur les invités et raconte leurs vies et turpitudes. Il commence par  Aristide Rougon qui a fait changer son nom en Saccard pour que ses affaires n’interfèrent pas avec celles de son frère Eugène Rougon, homme politique  : Comment Aristide Saccard a-t-il fait fortune ? Qui sont tous ces gens gravitant autour de lui ? Emile Zola nous distille alors  l’information des débuts de Saccard à Paris (il vient de Provence) où il commence modeste employé sans un sou et finit richissime propriétaire immobilier.

Quelle habileté dans la narration : J’ai assisté à ce dîner qui au départ fait juste penser à un dîner entre riches de la bonne société ; après on apprend tous les subterfuges et escroqueries que chaque personnage a fait pour s’enrichir dans le Paris des années 1850. Les travaux d’Haussman en sont à leur début et c’est à qui spéculera le plus sur l’immobilier en plein boom pour racheter des immeubles à bas prix et se faire indemniser une fortune par l’Etat.

On apprend en frémissant la façon dont le cupide Aristide a procédé pour mettre la main sur la fortune de Renée, sa seconde femme (j’ai également frémi lors de la mort de la première épouse d’Aristide…). Renée bien que victime d’Aristide ne nous est pas plus sympathique tant elle est frivole et égocentrique.

Pas un personnage n’est « aimable » mais tous passionnants avec leur façon de vouloir s’enrichir ou se divertir, que ce soit la sournoise Sidonie, sœur d’Aristide et d’Eugène, Maxime le fils inconsistant et immature, ou la belle Renée qui s’ennuie dans sa vie de femme riche et oisive jusqu’au jour où ….

En conclusion : enthousiasmant même si je n’ai ressentie aucune empathie avec les personnages 

 * *

Un extrait (la première rencontre entre Maxime et sa belle-mère Renée, page 135)

L’enfant la crut déguisée. Elle portait une délicieuse jupe de faille bleue, à grands volants, sur laquelle était jetée une sorte d’habit de garde- française de soie gris tendre. Les pans de l’habit, doublé de satin bleu plus foncé que la faille du jupon, étaient galamment relevés et retenus par des nœuds de ruban ; les parements des manches plates, les grands revers du corsage s’élargissaient, garnis du même satin. Et, comme assaisonnement suprême, comme pointe risquée d’originalité, de gros boutons imitant le saphir, pris dans des rosettes azur, descendaient le long de l’habit, sur deux rangées. C’était laid et adorable.

Quand Renée aperçut Maxime :

– C’est le petit, n’est-ce pas ? demanda-t-elle au domestique, surprise de le voir aussi grand qu’elle.

L’enfant la dévorait du regard. Cette dame si blanche de peau, dont on apercevait la poitrine dans l’entrebâillement d’une chemisette plissée, cette apparition brusque et charmante, avec sa coiffure haute, ses fines mains gantées, ses petites bottes d’homme dont les talons pointus s’enfonçaient dans le tapis, le ravissait, lui semblait la bonne fée de cet appartement tiède et doré. Il se mit à sourire, et il fut tout juste assez gauche pour garder sa grâce de gamin.

– Tiens, il est drôle ! s’écria Renée… Mais quelle horreur! comme on lui a coupé les cheveux !… Écoute, mon petit ami, ton père ne rentrera sans doute que pour le dîner, et je vais être obligée de t’installer… Je suis votre belle- maman, monsieur. Veux-tu m’embrasser ?

– Je veux bien, répondit carrément Maxime.

Et il baisa la jeune femme sur les deux joues, en la prenant par les épaules, ce qui chiffonna un peu l’habit de garde-française. Elle se dégagea, riant, disant :

– Mon Dieu ! qu’il est drôle, le petit tondu !…

Elle revint à lui, plus sérieuse.

– Nous serons amis, n’est-ce pas ?… Je veux être une mère pour vous. Je réfléchissais à cela, en attendant mon tailleur qui était en conférence, et je me disais que je devais me montrer très bonne et vous élever tout à fait bien… Ce sera gentil !

Maxime continuait à la regarder, de son regard bleu de fille hardie, et brusquement :

– Quel âge avez-vous ? demanda-t-il.

– Mais on ne demande jamais cela ! s’écria-t- elle en joignant les mains… Il ne sait pas, le petit malheureux ! Il faudra tout lui apprendre… Heureusement que je puis encore dire mon âge. J’ai vingt et un ans.

– Moi, j’en aurai bientôt quatorze… Vous pourriez être ma sœur. Il n’acheva pas, mais son regard ajoutait qu’il s’attendait à trouver la seconde femme de son père beaucoup plus vieille. Il était tout près d’elle, il lui regardait le cou avec tant d’attention, qu’elle finit presque par rougir.

Challenge lire sous la contrainte chez Philippe où la contrainte est le son « é »

Abigaël – Magda Szabo

Budapest novembre 1943- mars 1944

Gina, 14 ans, est orpheline de mère et s’entend très bien avec son père, général dans l’armée hongroise. Pour le reste de la famille, il y a Mimó la tante, gentille et très mondaine et Marcelle la gouvernante française. Gina est amoureuse de Feri un beau lieutenant d’une vingtaine d’années qu’elle a rencontré chez sa tante. Du jour au lendemain, Gina est obligée de partir dans un pensionnat loin de Budapest car Marcelle doit rentrer en France : « la Hongrie est en guerre contre la France, Marcelle doit rentrer et je ne peux pas m’occuper de toi » sera la raison officielle du père. C’est bien sûr un prétexte mais Gina ne connaîtra les vraies raisons de son « exil » par son père adoré que bien plus tard . 

Nous sommes en 1943 et la Hongrie est un des alliés de l’Allemagne Hitlérienne mais on n’entend finalement la guerre que comme un bruit de fonds lointain. Dans le pensionnat très strict, les filles ne manquent de rien (certaines filles ont des parents agriculteurs qui payent leur pension en nature, d’anciennes pensionnaires ont légué leur fortune à leur mort), pas de soucis matériel donc pour ce pensionnat. 

Au début Gina se sent mal accueillie par les autres filles. Dans une première partie, elle accumule les bourdes et maladresses et se retrouve harcelée par ses camarades. 

A force de ténacité (et d’un peu de « chance » aussi) Gina finit par se faire accepter et apprend par son père les vraies raisons de son « exil » de la capitale. (Pour ma part je n’avais pas trouvé les raisons de cette décision) 

Au fil des pages Gina murit et devient de plus en plus attachante, elle passe de l’enfance à l’âge adulte : solidarités, trahisons, bêtises et insolences en tout genre, Gina vit au jour le jour, observe les adultes (la diaconesse Suzanna, le prof principal Kalmar, un autre professeur König)  ; la guerre  se rapproche de son havre de paix (qui est aussi une prison)

Beaucoup de suspense dans ce livre, la première partie se dévore car on cherche à connaître les raisons de la « mise en pensionnat » de Gina. Dans la deuxième partie, on s’interroge sur les pouvoirs d’une statue magique (la fameuse Abigail du titre) qui vient en aide aux pensionnaires et sur un mystérieux résistant qui tourne l’armée hitlérienne et hongroise en dérision. 

A l’inverse de Gina j’avais deviné la fin bien avant l’épilogue (il faut dire que je n’ai plus 14 ans) 

En conclusion : Un roman passionnant sur une période trouble vue au travers des yeux d’une enfant naïve au départ mais qui évolue et murit tout en restant spontanée. Un très beau portrait d’adolescente…. 

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Un extrait :

Avant de faire son lit, Gina avait posé sur sa table de nuit son petit sac orné d’un monogramme d’argent. Leur émerveillement ne la surprit pas, Tante Mimó l’avait fait faire pour elle rue Kossuth pour Noël. Elle toucha tristement la peau souple du bout des doigts, cette merveille bleue était si déplacée à côté de l’affreuse tenue de pensionnaire ! 

– Elles ont oublié de te donner une sacoche, dit Piroska Torma. Regarde le bien, cet objet d’art, parce qu’on va te le prendre avec tout ce qu’il y a dedans. 

– Ici, on a des sacoches, expliqua Mari Kis. Les sacs à main sont interdits. Dans la sacoche, on met tout ce qu’il faut. Il faudrait que tu refasses tes nattes, tu as l’air épouvantable. Il y a une glace dans la salle de bain. Tu veux qu’on te montre ?

Qu’est-ce qu’elles disent ? On va lui prendre son sac et tout ce qu’il y a dedans ? On va lui prendre le petit album avec les photos de son père, de tante Mimó et de Marcelle ? Et de Feri en train de franchir une haie avec son cheval Bombyx ? Et son argent, un billet de cent pengös et la monnaie restée  après l’achat du cendrier, et son poudrier, son agenda, son peigne, et la clé de la maison ? Il faut tout ranger, tout cacher avant qu’on ne le découvre, mais où ? Dans le lit ? Impossible. Ici, on fouille sûrement sous les matelas. Où peut-elle cacher les derniers trésors qui lui rappelle son ancienne vie disparue ? 

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Le billet de Karine

Le mois de l’Eurore de l’est est organisé par Eva, Patrice et Goran.

Lire le monde chez Sandrine pour la Hongrie