Portrait en pied de Suzanne – Roland Topor

Incipit :

Depuis vingt-trois jours dans la ville étrangère je parcours sans relâche le dédale de ses ruelles noires. De temps à autre je m’arrête pour dessiner à l’intérieur d’un agenda périmé dans la couverture tombe en lambeaux. J’ignore si je suis peintre, architecte ou employé, mais je dois être pauvre puisque j’attache une grande importance à mon travail. Les raisons pour lesquelles j’ai dû fuir Paris sont ambiguës ; en tout cas j’évite soigneusement de penser aux circonstances de mon départ.
La ville se nomme Caracas, pourtant il ne s’agit pas de la capitale du Venezuela. Les habitants prononcent « Carcasse » avec une intonation lugubre qui provoque le malaise. Mes parents sont nés dans ce pays misérable, d’Europe centrale, dont j’ignore la langue. En fait, il existe une incommunicabilité absolue entre ceux qui la parlent et moi.

 

Le narrateur a quitté Paris et erre dans une ville d’Europe de l’est qu’il ne nommera pas.
Je lis ce livre juste derrière Épépé de Ferenc Karinthy et ce livre est comme au écho au précédent. Dans Épépé, l’exil était involontaire, le héros se retrouvait projeté par erreur dans une mégalopole tentaculaire dont il ne parlait pas la langue.
Ici le narrateur a « choisi » son « exil » : il est retourné dans la ville où ont vécu ses parents (Wikipédia me dit que les parents de Topor sont polonais)
Peu importe la ville … place à l’histoire :
Le narrateur vit à l’hôtel (comme Budai dans Épépé) et ne comprend pas la langue.Il est seul, terriblement seul.
Obèse, il mange pour oublier qu’il est seul (et que son obésité fait fuir toute relation amicale ou amoureuse), on le regarde soit avec répulsion soit avec pitié. Le lecteur le sent au bord du désespoir. Une nuit d’errance, il a faim et entre dans un magasin espérant y trouver une épicerie…las, c’est un magasin de chaussures. La vendeuse, triste et désespérée elle aussi (à moins que ce ne soit le narrateur qui projette son désespoir…), réussit à lui vendre une paire de chaussures. Trop petites, ces chaussures blessent notre anti-héros avec une vilaine entaille au talon. Dans cette entaille au pied, le narrateur reconnaît son amour perdu : Suzanne. Commence alors une « danse » entre le narrateur et Suzanne…Il nous parle alors de sa vie avec elle (la seule femme qui l’ait aimé du fait de son obésité). Suzanne a t elle existé ? Était elle un monstre (psychologiquement parlant) comme lui est un monstre (physiquement parlant) ?
Le reste est sombre et splendide, le désespoir poignant, quelques sourires parviennent à se dégager de la folie : par exemple quand Suzanne (rappelons que Suzanne est un pied) « n’en fait qu’à sa tête » et décide de vivre sa vie … Fière et libre,  « personne n’arrive à la cheville de Suzanne », celle ci arrivera-t-elle à « libérer » le narrateur ?
La fin est juste parfaite ….

Ce livre est une réédition d’un livre paru pour la première fois en 1978.
Il y a six dessins à l’encre de Topor représentant cette Suzanne, magnifique Suzanne. Magnifique esquisse d’une femme (il faudra que je lise ce que Freud a dit sur les fétichistes du pied)

Et pour finir en musique :

PS : Comme souvent je m’interroge dans la place chronologique qu’à eu ce livre dans mon cycle de lecture. Comme je l’ai dit avant, je lis ce livre juste après Épépé (ô rage, ô désespoir…) et je me demande si j’avais lu le « portrait de Suzanne » derrière un livre drôle quel aurait été  mon ressenti … en tout cas ce court livre est percutant malgré le désespoir….

 

Le mois de l’est est organisé par Goran, Eva et Patrice

L’auteur est français (d’origine polonaise) et comme ce livre se passe dans une ville de l’est…..

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Epépé – Ferenc Karinthy

Quelque part dans les années 1960.

Budaï est un linguiste hongrois renommé et part en avion pour la Finlande pour participer à un congrès professionnel.
Cependant à l’atterrissage il n’est pas en Finlande. Il suit la foule qui descend de l’avion et arrive dans un hôtel où personne ne le comprend. Et pourtant linguiste émérite, il connaît l’anglais, le français, l’allemand le russe et le finnois…. et il a des connaissances succinctes sur le chinois, le japonais et de multitudes autres langues.

Imaginez vivre dans une ville composée de millions d’habitants où pas un seul ne comprend un mot d’anglais ? Que répondriez vous si on vous disait « – Kiripidou labadaraparatchara… Patarachara… » ?
De plus, ce linguiste n’arrive pas à isoler les syllabes et bien entendre la prononciation qui semble fluctuer, même pour les nombres de un à dix …pour exemple il n’arrive pas à retenir le prénom de la liftière avec qui il réussit à établir un contact ténu.

J’ai beaucoup aimé l’opiniâtreté de Budaï et ses tentatives pour tenter de rejoindre l’aéroport ou une gare….Il a un esprit d’analyse affûté même si seul sa capacité de déduction ne lui permet pas de se sortir de ce labyrinthe… Sortant de l’hôtel, il se retrouve dans une ville où les boutiques sont bien achalandées (il en déduit qu’il n’est pas dans un pays de l’Est…)
Une foule immense se presse partout et Budaï finit par entrer dans un restaurant bondé, là aussi où il ne comprend pas une ligne du menu.
Il est dans une métropole immense, les immeubles d’une soixantaine d’étages ne sont pas rares, il  essaie de s’orienter sur un plan de métro : l’alphabet y est illisible : il examine les gens : il y a des blancs, des jaunes des noirs sans qu’une ethnie ne semble dominante …Il sympathise quelque temps avec la liftière de l’hôtel, croise un jour un homme avec un journal hongrois sous le bras (hallucinations ?). Ce journal ne paraît plus depuis 30 ans…
Il erre donc dans la ville essayant de se faire comprendre par une foule indifférente.
Son pécule de départ s’amenuise et il ne peut plus payer son hôtel (chambre 921, les chiffres sont les seuls éléments qu’il comprend dans ce monde).

Commence alors une rapide descente aux enfers : Ou comment se retrouver absolument seul dans une foule oppressante ..Que faire alors dans une ville sans connaissances, sans amis ou famille ?

C’est un livre assez étrange et assez effrayant : je me suis souvent mise à la place de Budaï qui se démène pour sortir de l’impasse où il se trouve. Il se retrouve totalement seul et les connaissances qu’il a ne lui sont d’aucun secours… non seulement il est illettré dans ce pays mais ne maîtrise pas non plus l’oral…
Ce livre est intemporel : une ville tentaculaire, immense, comme une fourmilière … Cela pourrait être n’importe où : Nord ? Est ? Ouest ? Sud ? Cela pourrait être aujourd’hui car hormis les cabines téléphoniques qui ont quasiment disparu de nos jours, tout est extrêmement plausible. La foule est omniprésente et m’a parfois mis mal à l’aise.

L’indifférence des gens m’a paru terrifiante mais d’un autre côté si demain un inconnu m’interpelle dans une langue totalement inconnue je réagirai comme eux … en passant mon chemin …

Un livre dévoré en quelques jours…Un seul regret, je n’ai pas compris dans les dernières pages pourquoi d’un seul coup cela partait dans une répression sanglante. En même temps comme nous voyons la scène à travers les yeux de Budaï et qu’il ne comprend pas non plus, c’est assez normal non ?

Le mot de la fin sera donc : nous sommes seuls face au monde et l’incommunicabilité est la règle ?

 

Une LC avec Noctenbule

Un extrait :

Enfin sorti de la halle, il se trouve dans un coin de la cour. Les portes s’ouvrent sur des ateliers de transformation, de remplissage de saucissons, de boudins et autres charcuteries, des machines broient et malaxent la chair. Bien qu’il ait laissé le merlin derrière lui, et que la boucherie de masse prenne petit à petit un aspect indifférent de production industrielle de viande, il n’arrive pas à se libérer des images aperçues à l’intérieur. Ses genoux flageolent, ses forces l’abandonnent au point qu’il doit se retenir à une balustrade pour ne pas défaillir… Dans le désespoir de sa solitude, pour chercher une compagnie dans cette commotion morale, il évoque la liftière en train d’allumer une cigarette à l’étage supérieur : il la sent maintenant très proche, il ressent une nécessité quasiment vitale de s’accrocher à elle, ne serait-ce qu’en pensée. Pourtant non seulement il est incapable de partager avec elle ce cauchemar vécu, mais il ne sait même pas le nom qu’il doit lui donner, à défaut de communication élémentaire : Bébé, Tétété, Épépé ?

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice

Le choeur des femmes – Martin Winckler

LC avec Edualc

J’ai commencé ce pavé (presque 700 pages) emprunté à la bibliothèque pendant mes vacances. J’en ai lu la moitié et j’étais ravie de ma lecture. Puis je me suis absentée pour raison professionnelle pendant une semaine et je ne pouvais pas emmener le livre dans les bagages (trop volumineux, vive les « livre de poches »)
Bizarrement en reprenant ma lecture après une dizaine de jours d’interruption, j’ai eu un avis très mitigé.

Passons donc aux qualités de ce livre :
L’héroïne, Jean Atwood, est quelqu’un avec une forte personnalité : depuis toute petite elle veut devenir médecin. Elle est maintenant interne et en cinquième année de médecine et elle arrive dans le service du Dr Franz Karma, gynécologue.
Au départ, elle est antipathique puis comprend peu à peu l’état d’esprit des femmes qui viennent aux consultations de l’hôpital. On entend une multitude de témoignages (sur la contraception, les grossesses désirées ou non, les IVG)
Ces voix m’ont paru sincères et je me suis plusieurs fois reconnue dans les sentiments évoqués. Les points de vue sont variés et ce « choeur de femmes » m’a souvent ému ou fait sourire. Franz Karma a un discours convaincant dans sa vison de ce que doit être un médecin.

En parallèle, on en apprend plus sur la vie privée de Jean Atwood (prononcer Djinn) elle a une mère française (morte à sa naissance) et un père canadien.
Les autres personnages sont crédibles (une mention particulière à la secrétaire de Franz).

La deuxième moitié m’a déplu et j’ai trouvé la fin grand-guignolesque.
Pourquoi en rajouter sur un secret familial (en plus du secret initial de Jean mais chuttttt) ? et puis les coïncidences sont si fortes que cela en perd tout crédibilité….

J’aurai  mis 4 étoiles pour la première partie et 1 seule pour la deuxième.
Je me demande quel aurait été mon avis si j’avais tout lu pendant mes vacances : la pause a-t-elle été fatale ?

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L’avis de Mind (beaucoup plus enthousiaste que moi) 

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Quelques extraits

– Il y a deux sortes de médecins, dit Karma, les docteurs et les soignants. (…)
En France, il a fallu attendre la fin des années quatre-vingt-dix pour qu’un ministre de la Santé suggère de rendre l’enseignement du traitement de la douleur obligatoire dans toutes les facs de médecine françaises. Avant ça, personne n’y avait pensé. Personne ne pensait qu’il était important d’enseigner ça aux étudiants en médecine. Le rôle des médecins, ça n’était pas de soigner ou de prévenir les souffrances. Ça, c’était bon pour les infirmières. Le rôle des médecins, c’était de faire des diagnostics.
– Jouer au docteur…
– Voilà.

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[site internet interactif de gynécologie]
J’ai eu un rapport le 16 décembre avec mon copain et le 24 décembre avec le meilleur ami de mon copain parce que j’avais rompu et je croyais que c’était pour de bon et je me sentais seule et je n’ai pas eu de règles quand je les attendais le 1er janvier et depuis mon copain est revenu il veut faire sa vie avec moi et hier je me suis mise à vomir et j’ai fait un test je suis enceinte. De qui est l’enfant ?

 

Manuel d’exil – Comment réussir son exil en 35 leçons – Velibor Colic

Le titre est léger et un peu trompeur car il ne s’agit pas ici d’un manuel mais des réflexions d’un écrivain bosniaque qui se réfugie en France pour des raisons politiques.
C’est la guerre dans son pays, il a été soldat et obligé de déserter puis de fuir.
Il parle uniquement anglais et raconte ses difficultés d’intégration en France :
Il y a d’abord la barrière de la langue mais ce n’est pas la raison principale : il n’a quasiment aucun espoir de retourner dans son pays et il s’agit pour lui de repartir à zéro (presque SDF) alors qu’en Bosnie c’était un écrivain reconnu.Il a des difficultés à mettre des mots sur son exil et le début est plein d’autodérision sur ce qu’il arrive à écrire se comparant sans cesse à ses écrivains préférés (et inatteignables? )
.
Dès les premiers jours de mon exil je suis persuadé d’avoir un cancer de quelque chose : cancer de la gorge ou des poumons, tumeur au cerveau ou crabe particulièrement malin niché dans mes intestins. Je ne suis pas vraiment hypocondriaque, je crois dur comme fer que j’ai les maladies de mes trois artistes préférés du jour. Le matin je suis Modigliani et je tousse ma tuberculose, l’après-midi j’ai le cancer des poumons nommé Raymond Carver et le soir je suis alcoolique, donc Hemingway. Et ainsi de suite. Le lendemain je suis aveugle à la Borges, épileptique comme Dostoïevski et toujours ivrogne tel Fitzgerald. J’ai un large choix, l’histoire de la littérature ressemble à un dictionnaire médical.
Mon manuscrit est un vrai manuscrit, écrit à la main. Lignes serrées, pour économiser la place, j’énumère mes observations, mes pensées et mes jurons. Je suis en même temps anti-guerre et anti-paix, humaniste et nihiliste, surréaliste et conformiste, le Hemingway des Balkans et probablement LE plus grand poète lyrique yougoslave de notre temps. J’ai juste un détail à régler : mes textes sont beaucoup plus mauvais que moi-même. Ma Weltanshauung est universelle, et mon écriture n’est qu’un interminable inventaire de choses et d’êtres que je ne verrai plus jamais. (p 19)
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La couverture donne une bonne idée de comment se sent l’auteur.
Il est dans l’expectative, il n’ose pas traverser (il ne connaît pas les usages de son nouveau pays), il est seul dans une foule indifférente et floue…

Nous le suivons sur plusieurs années (il obtiendra la nationalité française et peut se rendre ensuite comme il le souhaite dans toute l’Europe (Italie, Hongrie) sans être inquiété mais sans être réellement serein … (syndrome post- traumatique ?)

Coïncidences de lecture, il s’agit du troisième livre que je lis récemment où la solitude est le sentiment général : hasard  ou la solitude est un thème prisé pour les auteurs originaires de l’est ? (bientôt deux autres  billets ici même)
Il s’agit également du deuxième livre du mois où le personnage principal est obèse (il devient obèse dans le cas présent)

Pour tout dire, je m’attendais à un livre un peu plus drôle, j’ai été influencée par la quatrième de couverture qui met l’accent sur l’humour alors que mon sentiment dominant est tristesse et solitude …

Un bon roman malgré ce petit bémol de décalage entre la quatrième et ma lecture….

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Egle Vasiliauskas est d’abord une blonde, enfin une Lituanienne et enfin une étudiante en quatrième année de littérature française. Habillée telle une jeune fille de très bonne famille, elle traverse l’Europe avec ses socquettes blanches, ses chemises bien repassées et ses valises carrées et propres. Nous faisons connaissance ou Ana Café.
– Êtes-vous français ? me demande-t-elle.
Je lis Le Monde, attablé devant mon double crème.
– Parfois, et vous ?
Elle est spécialiste des deux Marguerite, Duras et Yourcenar, et de Simone de Beauvoir.
– Et moi, dis-je, je suis perecionniste . Spécialiste de Georges Perec.
– Perecionniste, ça ne veut rien dire.
– D’accord, rétorqué-je, alors je suis camusionniste.
–Comment, soupire-t-elle,peut-on être aussi peu sérieux et se prétendre écrivain !
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Un livre vu chez Kathel et chez Ingannmic

Froides fleurs d’avril – Ismail Kadaré

Roman choisi un peu pour sa couverture – Les amants de Magritte – et un peu pour l’auteur que j’apprécie en général.

Le début : Début des années 2000 en Albanie, Mark est peintre. En rentrant à son atelier, il pense à son ami Zef qu’il n’a pas vu depuis 15 jours, à sa maîtresse et modèle (son prénom n’est pas cité), à l’ancien régime communiste qui était en place en Albanie il y a une dizaine d’années. La voiture du commissaire le double à vive allure. Un peu après son amie arrive, se déshabille (elle est modèle, et Mark est en train de réaliser un nu ), elle lui raconte l’histoire d’un braquage de banque qui vient d’avoir lieu.

Voilà un livre étrange : intéressant mais étrange. L’écriture est belle et imagée, avec une alternance de chapitres (ancrés dans le réel) et de contre-chapitres (des contes ou des mythes revisités comme par exemple l’ Histoire de la femme qui avait épousé un serpent ou le mythe de Tantale)

Mark « tourne en rond » dans sa vie : il est inquiet de la disparition de son ami Zef mais pas vraiment à sa recherche (un reste de fatalisme du régime communiste où les gens disparaissaient sans laisser de traces?). Il est aussi inquiet à l’idée que sa petite amie envisage de  le quitter : Elle est plus jeune que lui et semble en ce moment plus coquette et distante (aurait-elle un amant ? )

En toile de fonds se déroule un Kanun (sorte de vendetta très codifiée). L’auteur pousse l’absurde jusqu’à faire demander à un personnage si l’Etat peut mener lui même un Kanun…’un passage qui m’a beaucoup fait rire)

Superstition ? Manipulation ? j’ai aimé retrouvé des thèmes déjà évoqués dans le « palais des rêves » (les rêves justement, le poids de la société sur les choix d’un individu…).

En tout cas intéressant même si je n’ai pas du tout compris la fin qui m’a laissée dubitative…et même un peu déçue…(je n’aime pas ne pas comprendre…)

 

Un extrait :

Mark passa toute la matinée du dimanche devant son chevalet. Il ne se rappelait aucune autre fois où il se fût donné autant de mal pour composer une couleur. Il resta un moment à contempler d’un air las les taches que la pâte avait laissées sur ses mains, ses manches, maculant aussi le reste de sa blouse. C’était un blanc d’une nuance particulière, qu’il s’efforçait de rendre le plus froid et transparent possible. Sans ce blanc-là, jamais il ne pourrait reproduire sur la toile la partie immergée de l’iceberg. Dans un coin, il avait écrit : « Chronique du néant » et, un peu plus bas, « Huit vues de l’iceberg qui fit sombrer le Titanic ».

 

Mois de l’est chez GoranEva et Patrice

Chez Enna dans la catégorie végétal

La rage – Zygmunt Miloszewski

J’avais déjà rencontré le procureur Teodore Szacki dans un « Fonds de vérité », un polar pas mal mais sans être exceptionnel .
« La rage » est beaucoup plus marquant : Dans une ville polonaise de province, un cadavre (ou plutôt un squelette) est trouvé dans un ancien bunker. Tout le monde pense d’ailleurs que le squelette est un allemand resté là depuis la seconde guerre mondiale. Le squelette est donc envoyé non pas à la morgue mais à l’université dans une section recherche. Que nenni ! Le professeur Frankenstein (quelle riche idée ce nom) informe Szacki que le squelette est en fin de compte le corps d’un homme décédé il y a à peine une semaine !
Szacki va donc mener l’enquête et délaisse donc un peu ses autres tâches, il a également du mal à trouver sa place entre sa compagne et sa fille (la fille de Szacki) celle ci est ado et un peu rebelle … elle digère mal d’avoir abandonné sa vie à Varsovie pour arriver dans une petite ville de province.
Au delà de l’histoire bien ficelée et captivante, j’ai été convaincue par les personnages : ils sont à la fois crédibles, fouillés avec des failles mais sans caricature. Il y a Szacki, son adjoint Falk, les suspects qui ont tous un truc à cacher, la jeune Viktoria, la psychiatre… tous convaincants…

L’enquête est menée de façon très sérieuse et d’un seul coup au moment où on s’y attend le moins l’auteur réussit à faire rire ou sourire.
En toile de fonds : on en apprend beaucoup sur la situation de la Pologne pendant et après la seconde guerre mondiale …

Je n’ai qu’un seul reproche à faire à l’auteur et je profite de ce blog lu mondialement pour l’interpeller :  « Non mais ça va pas de faire « ça » à ton enquêteur fétiche : il est cuit maintenant Szacki ! et comment on va faire pour avoir un tome 4 avec cet enquêteur hors pair, hein ?…. ». fin de l’interpellation.

Bon heureusement qu’il me reste le tome 1 à lire (les impliqués)… oui j’ai lu un tome 2 et 3 sans me rendre compte qu’il y avait un tome 1 …

Un extrait :

Deux mille personnes tentaient chaque année l’examen de l’Ecole nationale des tribunaux et du parquet. Trois cents d’entre elles étaient prises en première année. Douze mois plus tard, on n’en remerciait cent cinquante et on taillait les autres pour en faire des joyaux du monde judiciaire. Edmund Falk représentait donc la première promotion d’étudiants devenus adjoints non pas après trois années de stage interne, c’est-à-dire trois années passées à préparer du café au siège d’un parquet de seconde zone, mais après trois années d’un travail harassant. Il connaissait les codes et les procédures sur le bout des doigts, avait appris à travailler auprès des victimes au contact d’ O.N.G. européennes et à interroger les suspects grâce aux formateurs de l’école du FBI de Quantico. Il avait fait des stages dans des laboratoires de criminologie, dans des instituts médico-légaux, dans des commissariats de police, aux sièges des parquets et dans des tribunaux de toutes les instances. Il possédait un diplôme de sauveteur en mer et un certificat de premiers secours. Il maîtrisait l’anglais à un niveau qui lui permettait de l’enseigner à l’école et avait appris le Russe dès ses années de fac, car il avait conclu que c’était une décision logique : dans son travail de procureur à Olsztyn, au cœur d’une région frontalière avec l’enclave de Kaliningrad, il s’agirait d’une connaissance utile. Sa chef, aux anges, avait également affirmé Szacki que Falk avait été champion de Pologne junior de danse de salon et disposait d’autorisations pour devenir instructeur d’équitation. Teodore s’était alors dit que cette dernière ligne du CV avait été choisie pour parfaire l’image du shérif. Falk savait probablement aussi faire tourner un revolver sur son index.

Le mois de l’est est organisé par Goran, Eva et Patrice

Le mois du polar était  chez Sharon en février 

L’appel du coucou – Robert Galbraith

J’avoue avoir lu ce roman par curiosité essentiellement du fait de la célébrité de l’auteure. JK Rowlings, après le succès phénomènal de son Harry Potter, a choisi d’écrire sous pseudo, un pseudo masculin de surcroît : Robert Galbraith.

Pour tout dire, je n’ai pas retrouvé l’imagination de l’auteure.
Ce roman n’en reste pas moins un bon roman qui m’a tenu quelques soirées en haleine.
Le détective privé s’appelle Cormoran Stricke et a été engagé par John Bristow pour enquêter sur le « suicide » de sa sœur, Lula. Celle ci était top model dans une agence de mannequin (l’héritage est estimé à 10 millions de livres. ..)
J’aime bien en général quand un roman policier n’est pas centré sur l’enquête mais qu’il prend le temps de parler de la vie des enquêteurs et là le roman remplit bien le contrat : l’auteure arrive à faire de Cormoran Strike et de son assistante un portrait réaliste et intéressant. Le privé a la carrure d’un rugbyman, il se débat dans ses difficultés conjugales et doit gérer sa prothèse de jambe. Anciennement dans la police militaire, Cormoran eu une jambe arrachée en Afghanistan et s’est reconverti en privé. Il vient de rompre avec sa fiancée (ils étaient ensemble depuis une quinzaine d’années)
J’ai aussi beaucoup aimé la débrouillardise de son assistante intérimaire Robin. Elle est pleine d’initiatives ; à la fois lucide et bienveillante sur les difficultés passagères de Cormoran (il dort sur un lit de camp dans son bureau et il est criblé de dettes).

Pour être honnête, la partie qui décrit le milieu de la mode ne m’a pas tout à fait convaincue : pas mal de clichés sur ce milieu : le styliste excentrique, le producteur véreux qui veut embaucher Lula pour un film (et surtout l’attirer dans son lit), la femme du producteur qui ne pense qu’à l’argent…

Pour finir, j’ai trouvé la fin crédible et convaincante (pas du tout bâclée comme dans certains romans policiers). Je n’ai pas du tout trouvé le coupable avant la fin.

En bref, pas un coup de cœur mais un roman convaincant (j’ai réservé la suite à la Bibliothèque)

Un extrait

Il tira son paquet de cigarettes de sa poche et en glissa une entre ses lèvres.
« Vous ne pouvez pas fumer ici », lui rappela-t-elle doucement.
Le barman, qui semblait avoir attendu cet instant, accourut vers la table en toute hâte, avec une expression tendue.
« C’est interdit de fumer à l’intérieur ! », lança-t-il d’une voix forte.
Strike leva vers lui ses yeux troubles, l’air surpris.
« Ne vous inquiétez pas, nous partons, dit Robin au jeune homme, en prenant son sac. Venez, Cormoran. »
Il se leva, massif, laid, titubant, dépliant son grand corps dans l’espace étroit entre la table et le mur et jetant au barman un regard mauvais. Robin ne s’étonna pas de voir celui-ci faire un pas en arrière.
« Pas la peine de crier, lui dit Strike. Pouvez rester poli, non ?
– C’est bon, Cormoran, allons-y, dit Robin en s’écartant pour le laisser passer.
– Une seconde, dit le détective, levant sa grosse main. Une seconde, Robin.
– Oh, seigneur ! murmura Robin pour elle-même, les yeux au ciel.
– T’as déjà fait de la boxe ? demanda Strike au barman, qui sembla aussitôt terrifié.
–  Cormoran ! Allons-nous en.
– Parce que moi, j’ai été boxeur. Dans l’armée, mec. »
Du bar, un petit malin lança :
«Peut-être pas dans cet état.
– Allons nous en, Cormoran », répéta Robin.
Elle le prit par le bras, et, à sa surprise et à son soulagement, Il la suivit avec une totale docilité. Elle se rappela l’énorme cheval Clydesdale que son oncle fermier conduisait autrefois par la bride.

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Le mois du polar est chez Sharon

Les douze tribus d’Hattie – Ayana Mathis

 

1924 aux États-Unis.
Hattie a 16 ans et est obligée de quitter sa Géorgie natale pour aller habiter à Philadelphie en Pennsylvanie. On ne connaîtra pas exactement les raisons mais son père est mort ; la mère, Hattie et ses deux soeurs sont contraintes de partir en catastrophe. Hattie se marie très rapidement avec August et a des jumeaux presque aussitôt : Philadelphia et Jubilee.
En une douzaine de parties, l’auteure Ayana Mathis va nous raconter douze histoires : la première est celle de Philadelphia et Jubilee. Leur mère Hattie,17 ans, essaie de les sauver de la pneumonie.
A chaque fois que l’on change de partie, l’auteur met le zoom sur un des enfants de Hattie : elle en aura 9 en plus des jumeaux : Floyd, Six, Ruthie, Ella, Alice, Billups, Franklin, Bell, Cassie.

Ce livre m’a à la fois intéressée et un peu désappointée. L’histoire est captivante : ressentir chaque fois ce que vit un des enfants d’Hattie. On suit chaque enfant sur une courte période s’étalant de 1925 à 1980 : Floyd à 23 ans quand il « découvre » son homosexualité, Six quand il a 15 ans et qu’il commence à déployer ses talents d’orateur et de prédicateur, Ruthie quand elle a sept mois, Ella quand elle a trois ans…. Alice et Billups ont leur chapitre à l’âge adulte à respectivement 23 et 25 ans, Franklin, soldat au Vietnam, a une trentaine d’années, il est déjà père de famille même s’il n’a jamais vu l’enfant. L’histoire de Bell nous est conté quand elle a quarante ans, de même que celle de Cassie. Sala, la fille de Cassie, a dix ans.

Ce qui m’a plu est donc le portrait de ses personnages et avec celui d’Hattie qui se creuse en filigrane.
Sous ses dehors revêches, Hattie sacrifie toute sa vie à ses enfants…
Hattie, en ayant eu neuf enfants et étant très pauvre, a eu très très peu de temps pour les cajoler et les aider à grandir au niveau affectif. Elle s’est occupée, avec de grandes difficultés, à les nourrir, elle a même été obligée de «donner» Ella à sa soeur qui ne peut pas avoir d’enfants.
Hattie est dure, très dure : elle n’a jamais eu un geste tendre, s’est contentée de les rabrouer, de les secouer et aussi de les nourrir et les habiller car leur père est un flambeur, un courreur : il rapporte peu d’argent à la maison, est totalement immature et ne s’occupe que peu des enfants.

Passons à ce qui m’a qui m’a un peu désappointée : une fois que l’on a fini la partie concernant l’un des enfants on n’entend plus parler de lui ou d’elle. Par exemple pour Ella on sait qu’à trois ans elle part chez la soeur d’Hattie mais après plus de nouvelles d’elle …. de la même façon j’aurais aimé savoir ce que devient Floyd …

Peut être un livre à lire un peu comme un recueil de 12 nouvelles avec un personnage récurrent Hattie plutôt que comme un roman ? A la fois un splendide portrait de femme et un réquisitoire contre la pauvreté (impossible pour les enfants élevés la faim au ventre de sortir de cette misère…)
Un livre marquant ….

Un extrait :

Hattie observa de plus près la foule sur le trottoir. Les Noirs ne descendaient pas dans le caniveau pour laisser passer les Blancs, pas plus qu’ils ne regardaient obstinément le bout de leurs chaussures. Quatre jeunes filles noires passèrent, des adolescentes, comme Hattie, papotant ensemble. Des filles en pleine conversation, tout simplement, pouffant de rire et décontractées, comme seules des filles blanches pouvaient se promener en bavardant dans les villes de Géorgie.
– Maman, dit Hattie. Je ne retournerai jamais là-bas. Plus jamais.

Lu dans le cadre du Challenge d’Enna

Black-out : Demain il sera trop tard – Marc Elsberg

Genre : scénario catastrophe et apocalyptique

Parfois, je prends le train pour la capitale (4 heures aller, 3,5 heures retour). Si vous avez un trajet de 7- 8heures, ce livre est idéal parce qu’une fois commencé on a du mal à le lâcher (572 pages)

Le pitch : en Europe de nos jours, l’auteur nous plonge de suite dans l’ambiance : en Italie, d’un seul coup plus d’électricité… chaos, accidents de voitures du fait de l’absence de feux de signalisation …. le chaos.
Dans les minutes qui suivent, quasiment toute l’Europe est plongée dans le noir (et le froid, l’action se passe en février).
Il faut quelques chapitres avant que l’on découvre qu’il s’agit en fait d’une attaque terroriste. Il n’y a pas un instant d’ennui dans ce livre : on suit tour à tour Manzano un Italien qui alerte Europol sur l’aspect terroriste de la « panne », un fonctionnaire (français) d’Europol d’abord sceptique par rapport aux allégations de Manzano
Il faut dire que celui ci est un ancien hacker, alors serait il un terroriste qui essaie de s’infiltrer dans l’enquête ? Manzano rencontre une (charmante) journaliste de CNN qui l’aide à prouver ses dires et tenter de neutraliser les terroristes.
On suit aussi des inconnus dans leurs difficultés quotidiennes : plus d’approvisionnement de supermarchés, plus de chauffage, plus d’hôpitaux, plus d’essence aux stations services, les centrales nucléaires n’arrivent plus à refroidir leur réacteur …le chaos (je l’ai déjà dit ?)
Bref c’est la panique et ça fait froid dans le dos car cela reste très réaliste et bien documenté (15 jours sans électricité et la « civilisation » telle que nous la connaissons s’effondre)
Les chapitres sont courts, la catastrophe est vue de plusieurs angles et depuis plusieurs villes : Berlin, Paris, Bruxelles, Etats Unis….quelques chapitres mettent en scène ce qui se passe dans la tête des terroristes..

J’achève donc la lecture sur les genoux mais contente de ma lecture en espérant que mon portable tiendra jusqu’au bout pour écrire cet avis à chaud (parce voilà il n’y a pas assez de prises de courant dans les 🚄 . D’ailleurs, elle sort d’où l’énergie qui fait rouler les tgv ?

l’avis de Belette

Deux extraits : 

Sous peu, la population américaine réaliserait que cette fois elle ne pourrait se contenter de déployer ses G.I. Joe dans une quelconque contrée lointaine. Parce qu’elle ignorait d’où venaient les coups. Et elle prendrait toute la mesure de son impuissance. Impuissant son gouvernement, impuissantes ses forces, impuissants ses décideurs et ses riches, ses soi-disant élites, son système tout entier.

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L’autosuffisance énergétique, dans presque tous les cas, ne signifie pas l’indépendance énergétique, mais une indépendance économique (…). Certes, ces communautés produisent peut-être plus d’électricité qu’elles n’en ont besoin. Ça signifie que lorsque tout fonctionne, elles n’ont pas besoin d’acheter du courant. Mais elles livrent le leur dans les réseaux traditionnels dont elles dépendent. Lorsque ce réseau ne fonctionne plus, leur production d’énergie ne leur est d’aucune utilité, puisqu’elles ne peuvent établir de micro réseau stable.

 

Le mois du polar chez Sharon et Lire sous la contrainte chez Philippe où la contrainte est «  »Que vous dites-vous ou que dites-vous à votre conjoint(e) ou vos enfants avant de vous coucher? »

Le chagrin des vivants – Anna Hope

Un livre repéré chez Mind (qui en a fait son coup de cœur 2017)

Ce roman raconte quelque jours de novembre 1920.
La guerre est finie depuis deux ans tout juste et une commémoration se prépare : un soldat britannique est « déterré » des campagnes françaises pour être rapatrié en Grande Bretagne : le soldat inconnu.

Les cicatrices de la guerre sont encore à vif et nous sont racontées selon le point de vue de 3 femmes.
Hetty, 19 ans, travaille comme danseuse et côtoie tous les jours ces rescapés de la grande Guerre, son frère est revenu très diminué ….Ada, 55 ans, a perdu son fils unique Michael et semble peu à peu perdre pied (son mari ne supporte plus son chagrin). Enfin Evelyn, la trentaine, a perdu son fiancé, elle travaille au ministère qui attribue des pensions aux anciens combattants. Son frère, rescapé, noie son chagrin de survivant dans l’alcool….en arpentant les salles de bal car il n’a pas besoin de travailler pour vivre. Car c’est aussi cela ce livre des jeunes gens qui ont vécu l’horreur et qui de retour à la vie civile ne trouvent pas de travail.

Trois femmes, trois générations : comment survivre après cette horreur…? Les plus jeunes s’en sortent, les autres survivent à peine… l’histoire m’a plu et la quête d’Evelyne sur le « passé » de son frère est touchante  … le chagrin du titre est très bien trouvé car il est effectivement très pesant … presque oppressant par moment….

Un peu d’espoir tout de même avec deux idylles naissantes…sur les décombres de la guerre…

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Un extrait

« Elles sont toutes différentes, et pourtant toutes pareilles. Toutes redoutent de les laisser partir. Et si on se sent coupable, c’est encore plus dur de relâcher les morts. On les garde près de nous, on les surveille jalousement. Ils étaient à nous. On veut qu’ils le restent. » Il y a un silence. « Mais ils ne sont pas à nous, poursuit-elle. Et dans un sens, ils ne l’ont jamais été. Ils n’appartiennent qu’à eux-mêmes, et seulement à eux. Tout comme nous nous appartenons. Et c’est terrible par certains côtés, et par d’autres… ça pourrait nous libérer. » Ada se tait, absorbant ces paroles, puis : « Où croyez-vous qu’ils sont ? demande-t-elle. — Qui ça ? — Tous ces garçons morts. Où sont-ils ? Ils ne sont pas au paradis, n’est-ce pas ? C’est impossible. Les vieux, les malades, les bébés, et ensuite – tous ces jeunes hommes. Un instant ils sont jeunes, ils sont vivants, et celui d’après ils sont morts. En l’espace de quelques heures ils sont tous morts. Où sont-ils allés ? — Avez-vous jamais été croyante ? — Je pensais l’être à une époque. » Le visage de la femme change, il semble plus vieux tout à coup, ses contours sont moins nets. « Je ne sais pas où ils sont, répond-elle. Je peux écouter, avec les objets que les gens m’apportent, je peux essayer d’entendre. Et parfois, certains semblent… calmes, je le sens. Et je peux transmettre cette impression. Et ça aide, je crois. D’autres sont plus difficiles. » Ada se lèche les lèvres. Elles sont gercées, sèches. « Et Michael, alors ? Et mon fils ? » La femme fronce les sourcils, revient à la table et y pose les mains. Elle reste là un instant. Puis elle secoue la tête, comme pour l’éclaircir. « Je crois, répond-elle, que vous devez apprendre à le laisser partir. »

Chez Madame Lit , le thème du mois est « roman d’amour » . S’il est bien question d’amour dans ce livre, il ne faut pas non plus s’attendre à une romance…