Petits secrets, grands mensonges – Liane Moriarty

Lu en audio livre 🙂

Dans le premier chapitre, on apprend qu’il va y avoir un mort à la soirée organisée par les parents d’élèves de l’école maternelle de Piriwi (écriture phonétique :-)), petite ville australienne. Mais on ne sait pas qui est mort, ni comment

Chapitres suivants : L’auteure repart six mois en arrière avant cette fameuse soirée et va dérouler tout le fil jusqu’au drame…
Il y a d’abord la présentation des personnages : Jane, maman célibataire d’un petit Ziggy, Céleste maman de jumeaux Max et Josh, Madeline maman de trois enfants dans une famille recomposée (sa fille aînée Abigail a 14 ans, ses deux autres enfants Fred et Chloe ont respectivement 7 et 5 ans). Ces trois femmes deviennent amies.
J’ai cru au début que cela allait tourner à un « desperaded Houswife » australien mais pas du tout.. c’est beaucoup plus intéressant. Après la présentation un tout petit peu longue des personnages, j’ai trouvé l’histoire passionnante : tour à tour, je me suis mise dans la peau de Jane, Céleste et Madeline (un peu moins dans celle des personnages masculins qui ne sont pas absents cependant mais un peu en retrait : mention à Ed le mari de Madeline et à Tom le barman du Blue Blues).

J’ai trouvé la lectrice (Danièle Douet) de cet audiolivre excellente : elle passe très bien de la voix dynamique de Madeline à celle, posée, de Jane et celle blessée de Céleste (ainsi qu’à celle des témoins de l’école : mention spéciale aussi aux voix des enfants et à la voix d’Abigail en adolescente qui se cherche, à celle de Bonnie en hippie modernisée. A la fin de chaque chapitre, la parole est laissée en quelques mot à un des personnages secondaires qui laissent filtrer quelques éléments sur la fameuse soirée à l’école où quelqu’un est mort : accident ? Meurtre ? l’inspecteur chargé de l’enquête ne néglige aucune piste..
On découvrira chapitre 70 (sur 80) qui a été tué , il y a bien quelque indices dans les chapitres précédents, je n’avais pas trouvé qui allait mourir (même si j’avais une préférence :-)) et j’étais à mille lieux de trouver le dénouement…

Passons aux  thèmes abordés dans ce roman : le harcèlement à l’école, les familles recomposées, les femmes battues, les relations hommes-femmes , le difficile équilibre entre vie professionnelle et vie familiale…
Cela peut paraître beaucoup pour un seul livre mais tout est très bien amené, sans trop de clichés, et je ressors enchantée de mes 16 heures d’écoute (sur 3 semaines de trajets en voiture).

Un extrait

– Notre relation fonctionne comme une balançoire à bascule. D’abord, l’un de nous deux a le pouvoir, puis, c’est au tour de l’autre. Chaque fois que nous nous disputons, surtout si on en vient aux mains, s’il me fait mal, je récupère le pouvoir. J’ai de nouveau le dessus.
Elle poursuivit avec un enthousiasme grandissant. Elle avait honte de partager ces choses-là avec Susi, mais quel incroyable soulagement de se confier à quelqu’un, d’expliquer le mécanisme de son mariage, de dire ces secrets à voix haute. « Plus il me fait mal, plus mon ascendant est fort et durable. Et au fil des semaines, je sens que l’équilibre se déplace. Il se sent moins coupable, moins désolé. Les bleus – j’ai la peau qui marque -, les bleus, donc, s’estompent. Il y a des petites choses dans mon attitude qui commencent à l’agacer. Il devient irritable. J’essaie de l’apaiser. Je me mets à marcher sur des oeufs mais en même temps, je suis en colère d’avoir à le faire, alors parfois j’arrête et j’y vais franco. Je l’énerve exprès, parce que je suis furieuse contre lui, et contre moi-même de rentrer dans son jeu. Et là, ça explose.
– Si je comprends bien, en ce moment, c’est vous qui avez le pouvoir. Parce qu’il vous a fait mal récemment.
– Oui, à vrai dire, je pourrais faire n’importe quoi en ce moment parce qu’il se sent toujours très mal par rapport à la dernière fois. […] En fait, en ce moment, tout va bien. Plus que bien, même. Et c’est là où le bât blesse, d’ailleurs. Parce que tout va tellement bien que ça en vaut presque…
Elle s’interrompit.
– La peine, termina Susi. Ça en vaut presque la peine.
Céleste  croisa le regard de raton laveur de Susi. « Oui. »
Un regard qui ne disait rien d’autre que : compris.

 

Challenge petit bac chez Enna dans la catégorie « Nom au pluriel » ,  challenge polar chez Sharon, Ecoutons un Livre chez Sylire

 

Les élus – Steve Sem-Sandberg

Pour ce roman, l’auteur est parti d’un fait réel. Pendant la seconde guerre mondiale, à Vienne, un hôpital psychiatrique est « reconditionné » pour l’accueil d’enfants handicapés. Il s’agit en fait, sous couvert de soins apportés aux enfants, d’euthanasie (et aussi d’expériences médicales sur ces « cobayes » sans défense).
On suit plus particulièrement le destin d’un jeune garçon qui survivra 3 ans dans cet hôpital : il n’est pas idiot ce gamin, juste un physique qui fait que tous le surnomme « le Tatar ». Il a 11 ans à son entrée dans ce centre.
Il s’agit d’un roman où le sujet est très difficile et j’ai souvent été obligée de poser mon livre tant la détresse est prégnante.
Les trois quarts du livre sont présentés avec le regard de ces enfants principalement ceux du pavillon 15. Moins « malades » que les autres, ils ont une infime chance d’en réchapper. Ceux du pavillon 17 par contre sont euthanasiés plus ou moins rapidement (pour les familles de ces enfants un laconique « décès pour cause de pneumonie » ou autre leur parviendra).
Battus, drogués, les enfants n’ont que peu d’espoir d’en sortir ; quand la survie est un combat quotidien, il reste peu de place à l’amitié.
Adrian a un père (alcoolique et qui bat sa femme), la mère a baissé les bras et préfère son petit frère (joli aryen aux yeux bleus).
Le récit des enfants est entrecoupés des réflexions de plusieurs l’infirmières qui assistent les médecins-bourreaux.
Enfin, la dernière partie raconte les suites de la guerre pour certains des protagonistes (dont Adrian et Anna Katschenka l’infirmière principale)

En conclusion : un roman très intéressant mais très difficile sur les faits évoqués (public sensible s’abstenir)

 

Un extrait :

Alors que le docteur Illing faisait exterminer les enfants au rythme où l’on extermine les rats (selon les mots de Hilde Mayer), ceux-ci continuaient d’arriver à la clinique à une cadence toujours plus effrénée. Ils semblaient mis au monde par la terre elle-même; ou plutôt enfantés par la guerre. Le pouvoir de la perversion est infini. Dans l’unité des nourrissons, dirigée par le docteur Gross, il y a un garçon de trois mois et demi, baptisé Franzl par les infirmières (il n’a visiblement pas de nom) et dont Anna Katschenka ne sait pas grand chose, hormis que sa mère l’a amené là juste après sa naissance, probablement parce qu’elle ne supportait pas sa vue. Franzl présente une tête anormalement triangulaire, rétrécie à l’avant telle celle d’un renard, ainsi qu’une grave syndactylie à chacun de ses membres. Un enfant amphibien. Distraitement, Illing palpe sa tête triangulaire et ses doigts accolés, puis il demande à l’infirmière de programmer une pneumoencéphalographie et de préparer l’enfant au plus vite pour un examen anatomique. Dans le lit voisin se trouve une fillette de trois ans du nom de Marta Koller. Marta souffre d’une craniosynotose si importante que toute la partie supérieure de son crâne s’avance au-dessus de son visage, un peu à l’égal d’une crête de coq; contrastant avec l’aspect monstrueux de son front, ses yeux bruns parfaitement formés, presque beaux, suivent avec un intérêt inquiet chacun des mouvements des doigts du docteur Illing.

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Prix Médicis étranger 2016

Chez Madame Lit le mois de janvier met le prix Médicis à l’honneur 

Que lire un 7 janvier ?

À partir du nouvel an, la ville avait perdu en éclat, en revanche elle en avait regagné à l’approche de Noël (1). J’étais en suspens entre ces deux fêtes, avec la nette sensation qu’il était nécessaire d’agir, de prendre quelque chose du passé pour le transbahuter, sinon dans le futur, du moins dans le jour présent, ou plutôt la nuit présente.

(1). L’Eglise orthodoxe russe observe toujours le calendrier julien, décalé actuellement de 13 jours par rapport au calendrier grégorien ; en conséquence, Noël se fête le 7 janvier. (Note du traducteur)

Surprises de Noel d’Andreï Kourkov

Recueil de 3 nouvelles .
Je trouve la couverture parfaite : Une décoration de père Noël qui pendouille, tête en bas, depuis une branche de sapin : le père Noel est tombé sur la tête ? (un peu comme l’Ukraine en 2009-2010 ?)

La première nouvelle est celle qui m’a le plus plu :
L’action se passe à Kiev en 2010, pile il y a dix ans. le narrateur vient de se marier avec Marina. Mariée depuis un mois, celle ci veut déjà un bébé et le narrateur ne voit pas cela d’une façon très enthousiaste … le ton est caustique : l’Ukraine vient juste de sortir de la période soviétique.
J’ai aimé le ton qui fait monter le suspense jusqu’à une fin douce- amère (le frère de Marina est même un peu flippant..)

La deuxième nouvelle est aussi autour d’un couple mais les protagonistes ont une forte différence d’âge (une trentaine d’années d’écart)
Voici la première phrase « « Je viendrai sous ta fenêtre, une nuit d’hiver, à bord d’un tank d’une blancheur de neige. »
Ce « conte » sera moderne et surprenant…
La belle (l’Ukraine ?) hésite entre deux princes (le capitalisme et le communisme ? …)

Enfin la dernière nouvelle se passe majoritairement en prison et nous suivons l’évolution d’Oleg . Dans une Ukraine fraîchement convertie au capitalisme, j’ai cru que le motif de son emprisonnement était la fraude fiscale, il n’en est rien et après une partie fantastique, le lecteur découvre le motif de l’emprisonnement….
Oleg sortira transformé de cette courte expérience carcérale…

Un recueil savoureux qui m’a quand même laissé un goût de trop peu :
J’aurai bien dégusté plus de nouvelles de la même veine …

Le meurtre du commandeur – livre 2 – Haruki Murakami

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J’ai lu ce livre dans la foulée du livre 1, j’aurais donc passé la semaine avec Haruki Murakami. (à mon plus grand plaisir)
Le narrateur de ce livre restera donc sans nom. Peu importe… cette absence de nom ne m’a pas gêné…
C’est un livre en deux parties assez distinctes.  La première est très ancrée dans le réel : oublié le côté fantastique du premier tome. Le commandeur n’apparaît plus, le narrateur vit son quotidien en se remémorant et s’interrogeant sur ce qui est arrivé dans le premier tome. Il a une vie tranquille entre ses cours de peinture, ses discussions avec Menshiki, son voisin, ou Masahiko son copain de fac, il poursuit le portrait de Marié (qui est une ado passionnante et très intuitive).
Murakami continue à approfondir ses personnages en particulier Marié et sa tante Shoko…
Vers le milieu du livre, il y a un événement retentissant qui remet tout en cause (je m’attendais à cet événement car si j’ai réussi à ne pas lire la quatrième – je déteste les quatrièmes qui disent tout) , je m’étais auto-spoliée en allant cocher dans Babelio que je commençais ce livre : mes yeux n’avaient pu s’empêcher de lire la première phrase « Une jeune fille disparaît » donc pendant les 220 première pages j’ai attendu que Marié disparaisse…dommage …ou pas… cela rend plus attentif…aux petits détails…
Dans la deuxième partie du livre l’action accélère et le fantastique revient en force….Amateur de situations rationnelles, passez votre chemin…
Comme souvent chez Murakami on n’a pas toutes les réponses aux questions que l’on se pose mais je ressors enchantée de ce voyage dépaysant…

 

Un extrait

Le dimanche fut aussi un jour de très beau temps. Il n’y avait pas de vent et le soleil automnale faisait joliment resplendir les feuilles des arbres des montagnes en leur conférant toutes sortes de nuances variées. Des petits oiseaux à gorge blanche voletaient de branche en branche, picorant des bais rouges avec habilité. Assis sur la terrasse, je ne me lassais pas de contempler ce paysage. La beauté de la nature est prodiguée impartialement aux riches comme aux pauvres. Comme le temps…Non, le temps, ce n’est pas la même chose. Avec de l’argent, je crois que les favorisés de ce monde peuvent s’acheter du temps en plus.

La batarde d’Istanbul – Elif Shafak

 

Tout commence avec Zeliha, 20 ans. Elle vit dans un famille exclusivement composée de femmes : sa grand mère, sa mère et ses trois soeurs : tous les hommes de la famille semblent frappés d’un malédiction et disparaissent prématurément avant leurs 40 ans.
La famille habite une maison à Istanbul.
Zeliha, jeune femme moderne, a rendez vous chez le gynécologue pour se faire avorter. Finalement l’avortement n’a pas lieu et Zeliha annonce à sa famille avec beaucoup de provocation (et beaucoup d’humour) le fait qu’elle soit enceinte. Puis nous sommes transportés en Arizona et nous découvrons, Rose, 20 ans également, ex-épouse de Barsam d’origine arménienne, dont la famille vit en Amérique depuis 1915 (en exil suite au génocide arménien par les turcs)
Elle vient d’avoir une Petite fille Armamoush et rencontre Mustapha, le frère de Zeliha, parti au Usa (par peur d’une mort prématurée due à la malédictions des hommes de sa famille ?). On découvre cette famille culinairement et culturellement très proche de celle d’Istanbul.

20 ans plus tard
Asya à Istanbul est la bâtarde du titre : elle semble très touchée par le mystère de sa naissance. de l’autre cote de l’océan, Armamaoush, devenue Amy, est aussi à la recherche de ses racines (elle connait son père et sa mère mais souhaite retrouver a Istanbul les racines de sa famille …elle est devenue la belle fille de Mustapha, le frère de Zeliha.)

J’ai beaucoup aimé le parallèle entre ces deux jeunes femmes à des kilomètres l’une de l’autre mais finalement pleines de points communs. En particulier il y a de très belles scènes dans un café nommé <a href= »/auteur/Milan-Kundera/2129″ class= »libelle »>Kundera</a> à Istanbul et dans un café virtuel en Amérique … les débats sont variés et mettent bien en avant la complexité du passé commun turc et arménien. J’ai aussi aimé la rencontre de ses deux cultures finalement très proches
A un moment, Amy compare la famille turque a une famille de <a href= »/auteur/Gabriel-Garcia-Mrquez/69346″ class= »libelle »>Gabriel Garcia Marquez</a> et ce n’est pas éloigné de ce que je pense : les portraits des trois soeurs de Zeliha sont tous très réussis et je garderai un souvenir ému de Banu, (un peu folle au premier abord mais si soucieuse de sa soeur Zeliha)
La référence à <a href= »/auteur/Gabriel-Garcia-Mrquez/69346″ class= »libelle »>Garcia Marquez</a> permet également d’amener une touche de « réalisme magique » que j’ai beaucoup aimé ….

En conclusion : un roman passionnant sur une Turquie très ambivalente…

 

un extrait :

Banu sortit de sa chambre d’un pas traînant, un sourire radieux aux lèvres, une étincelle troublante dans le regard et voilée d’un foulard rouge cerise.
– Quelle est cette chose pitoyable que tu as sur la tête ? (…)

– Désormais, je me couvrirai la tête ainsi que l’exige ma foi.
– D’où te viennent ces idées absurdes ? Les femmes turques ont abandonné le voile il y a quatre-vingt-dix ans. Aucune de mes filles ne renoncera aux droits que le grand commandant en chef Atatürk a accordés aux femmes de ce pays.
– Nous avons obtenu le droit de vote en 1934. Au cas où tu l’ignorerais, l’histoire marche en avant, pas en arrière. Enlève ça immédiatement !

Le meurtre du commandeur – Haruki Murakami

Jour de lecture 1
Le narrateur est un peintre reconnu (un portraitiste) ; il n’est pas très célèbre mais vit bien de son art. Sa femme lui avoue un jour qu’elle souhaite divorcer (elle a un amant)
Il part du domicile le jour même et roule une nuit entière vers la mer du nord.
J’aime beaucoup l’ambiance un peu mystérieuse mais pas trop, il erre pendant des semaines sur Hokkaidô, puis accepte la proposition d’un ami de garder la maison de son père, atteint d’Alzheimer.
Et puis au détour d’une phrase banale, on apprend une chose importante de son passé ou celui de son épouse Yuzu.

Jour 2
L’action se met en place tout doucement (c’est pour cela que j’aime Murakami)
On y fait la rencontre d’un mystérieux tableau (le tableau s’appelle « le meurtre du commandeur » et il était caché dans le grenier de la maison où le narrateur vit) , d’un mystérieux voisin (Menshiki).

Il y a aussi une ambiance fantastique (Murakami a-t-il lu le Horla de Maupassant) ?
Le narrateur a-t-il des hallucinations auditives (puis visuelles) ? Est-il un meurtrier qui aurait refoulé son crime ?
Le lecteur assiste à de mystérieuses fouilles dans le jardin, et se sent tour à tour claustrophobe, peintre, Mozart….

Bref, j’adore l’ambiance, je n’y vois goutte et me demande où l’auteur veut nous emmener … mais je suis montée dans la Toota poussiéreuse du narrateur, puis la Subaru blanche, la jag de Menshiki itou…

Jour 3
Le mystérieux voisin se fait moins mystérieux : le narrateur réalise son portrait et on assiste à leurs échanges sur l’art (peinture, musique) et la création en général..
Il apparaît un nouveau personnage : la mystérieuse Idée (celle du sous titre ; Idée avec une majuscule s’il vous plait)..Ces passages sont à la fois réalistes, fantastiques et plein d’humour…

Le narrateur finit le tableau de Menshiki et en attaque deux nouveaux, celui du mystérieux homme à la Subaru et celui de Marié, une jeune voisine qui est son élève dans son cours de peinture.

Je vous laisse : il fait que j’aille de toute urgence me procurer le tome 2.

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Un extrait

En y pensant rétrospectivement, je me dis que nos vies sont faites d’une façon vraiment étrange. Elles regorgent de hasards extravagants et difficiles à croire, de développements en zigzag impossibles à pronostiquer. Mais lorsque ces événements nous arrivent réellement, lorsqu’on est plongé en plein milieu du tourbillon, il est possible de ne pas y voir le moindre élément étrange.Peut-être ce qui nous arrive nous semble-t-il être uniquement des faits parmi les plus ordinaires, se produisant de la façon la plus ordinaire, dans un quotidien linéaire. Ou bien au contraire, peut-être tout cela nous paraît-il complètement insensé. Mais en fin de compte, c’est seulement beaucoup plus tard que l’on saura vraiment si un événement est conforme à la raison ou pas.

 

Les furtifs – Alain Damasio

France 2041

Lorca Varese fait partie d’une section spéciale dans l’armée, le Récif. Ce département est chargé de capturer un furtif, vivant ! Car un furtif, être invisible, caméléon se déplaçant à la vitesse du son, se suicide si on le regarde : il se fige en sculpture  …
Les motivations de Lorca sont de retrouver Tishka, sa fille (et un peu de renouer avec son ex-femme). La petite fille  a disparu de l’appartement familial il y a deux ans, elle avait  alors 4 ans. Est-elle encore en vie ? Enlevée par un maniaque ? Un furtif ? Lorca est séparée de Sahar la mère de Tiskha, celle ci le prend pour un fou de croire aux furtifs et veut faire son « deuil » de la petite fille …

Entrer dans le monde d’Alain Damasio est toujours un choc : l’univers est riche en vocables inventés, bruits, odeurs, fulgurances…
Comme dans la « horde du contrevent », les personnages parlent tour à tour.
Il y a Lorca bien sûr et aussi Sahar. Parmi l’équipe du Recif, il y a Aguero, le chef d’équipe, Saskia, un peu amoureuse de Lorca, une ingénieure spécialisée dans le son,
Asharin leur supérieur. J’ai aussi apprécié le ton de Toni tout fou, un jeune homme qui rejoint la bande un peu plus tard. Il faut un peu s’accrocher au début le temps de repérer qui est qui, le vocabulaire et le style de chaque personnage.

Passons à la partie politique de cette dystopie : Dans ce monde où les villes ont été et privatisées, tout le monde est bagué, épié surveillé (à côté Big brother c’est de la gnognote :-)). L’action principale se passe à Orange, ville qui a été rachetée par l’opérateur de télécommunications éponyme. Les individus ne peuvent circuler que dans certaines rues en fonction du « forfait » de leur bague, il n’y a plus d’éducation gratuite (à part les proferrants, sorte d’enseignants hors la loi qui font « classe » dans la rue et qui risquent la prison… (enfin les TIC Travaux d’Intérêt Commerciaux ). Quelques personnes résistent à ce conformisme et cette absence de liberté (tagueurs, zadistes…).

Le président de la République apparaît tardivement dans le roman et c’est le seul personnage que j’ai trouvé peut être un peu caricatural : un politique insensible qui veut éradiquer les furtifs afin de mieux asseoir son pouvoir… prêt à tout et même à tuer. D’ailleurs, Alain Damasio ne lui donne pas la parole mais décrit ses faits et gestes par l’intermédiaire des autres personnages… La découverte par les français de l’existence des furtifs mettra le feu aux poudres….

Pour ma part, ce livre restera le livre de « mon année 2020 2019 » et détrône « La horde du contrevent » dans mon panthéon personnel : L’histoire (la quête) est encore plus captivante que celle de la Horde (la recherche de la petite fille disparue, cette nouvelle espèce vivante que sont les furtifs … ) et surtout les personnages sont beaucoup plus subtils que  dans la Horde du contrevent ….Dans « la horde… », les personnages les plus réussis étaient tous des hommes et il faut bien dire que les quelques femmes présentes étaient un peu « cliché » et réduites à des faire- valoir…
Ici il y a deux personnages féminins magnifiques et sans concession Sahar (la proferrante qui finit par avoir un poids dans l’histoire aussi importante que Lorca) et Saskia spécialisée dans l’étude des sons furtifs…

Ils évoluent tous et c’est un plaisir de les voir changer de passer de la « traque » pure et dure à l’ »apprivoisement » et la découverte d’une nouvelle espèce …

Les coups de coeur sont chez Antigone

Le pays où l’on n’arrive jamais – André Dhôtel

Lu en « Audiolivre » : Il y en pas mal à la bibli mais je me laisse souvent décourager par le temps d’écoute dépassant allègrement les 15-16 heures.

J’ai donc choisi cet audiolivre sur deux raisons. D’abord, il n’a que 7 heures d’écoute et ensuite c’est le livre doudou de mon enfance (livre que j’ai lu un grand nombre de fois entre mes 10 et 12 ans). Bizarrement j’avais finalement peu de souvenirs des détails de ces multiples lectures.

1950 – L’action se passe dans les Ardennes (j’y suis née et j’ai passé toute mon enfance dans les Ardennes alors Fumai, Revin, Givet …étaient des noms connus…)

Gaspard, le héros, est élevé par sa tante : Ses parents sont forains et l’ont confié à Gabrielle Berlicot, pensant lui donner une existence plus « stable »
Les deux grandes soeurs de Gaspard vivent avec leurs parents.
Il arrive à Gaspard toutes sortes d’aventures : des aventures dont il n’est pas responsable mais il a toujours l’air d’être là au « mauvais moment » : un frein de camion est mal serré et « lâche » alors qu’il se trouve dedans …un feu se déclare…
Il grandit cahin-caha, rabroué par sa tante et ne voyant que peu ses parents toujours en déplacement.
Un jour, débarque à Lominval, un jeune fugitif d’une quinzaine d’années (comme Gaspard). Le fugueur est rattrapé par la gendarmerie et enfermé dans une des chambres de l’hôtel du Grand Cerf. Gaspard va lui venir en aide et ensemble ils organisent une tentative d’évasion…L’inconnu cherche sa famille, Maman Jenny et un « grand pays » avec des troènes, des bouleaux, des palmiers, des pommiers, une terre noire et une immense étendue d’eau.

Sans en dite trop sur les multiples péripéties, je comprends mon engouement pour ce livre lorsque je l’ai découvert à 10 ans : deux enfants qui partent à la poursuite de leurs rêves et qui y sont aidés par un cheval pie et de fabuleux hasards : des voyages dans une nature abondante, des obstacles qu’ils arrivent à surmonter, des méchants et des frissons, et une fin idyllique…

Concernant l’expérience de l’audio-livre, j’ai bien aimé la voix de Stéphane Boucher, le lecteur, hormis quand il prend une voix de fausset (c’est le terme employé par André Dhotel pour décrire la voix d’un de ces personnages Théodule Résidore (j’adore ce nom)) . Heureusement que c’était un personnage secondaire …

Une relecture de jeunesse qui m’a donc bien plu et replongée dans un univers onirique et fantastique à la fois intriguant mais aussi très apaisant…

Un livre « lu » en deux jours dans ma voiture : 7 heures d’écoute divisée en 4, je renouvellerai l’expérience …

Pour l’anecdote, le mot de la fin d’André Dhotel (7 heures d’écoute avec un grand trajet sur deux jours quand même) a été prononcé au moment pile où je passais devant le panneau arrivée de mon village … de quoi y voir que j’étais arrivée à mon Grand Pays à moi ?

Chez Sylire

Un parfum de jitterbug – Tom Robbins

Genre : Loufoque mais érudit à la fois .

De temps en temps, quand j’ai envie de vraiment rire et me détendre, je lis Tom Robbins (ou Douglas Coupland qui me fait le même effet ).
L’histoire : A Seattle, Priscilla, une serveuse rentre chez elle après son boulot. Au milieu de la nuit on lui livre une betterave sur son paillasson.
A la Nouvelle-Orléans, une vieille femme et son employée noire tiennent une parfumerie un peu décrépie : un inconnu balance une betterave dans le  lit de V’lu (l’employée).
Paris, deux cousins dirigent une entreprise fabricant du parfum et reçoivent une betterave au courrier.
Xème siècle après JC, Alobar est roi. Il doit être exécuté car il a un cheveu blanc (tout roi montrant un signe de vieillissement est exécuté dans la semaine afin de protéger le royaume d’un affaiblissement). Il est sauvé par un stratagème mais doit fuir…

Voici pour le décor : l’histoire démarre sur les chapeaux de roues avec 4 histoires en parallèle…
On se doute rapidement que les 3 fils narratifs contemporains (1985) vont se rejoindre mais qu’en est-il du quatrième qui se passe avant le moyen âge ? Alobar va t-il fabriquer une machine à faire défiler le temps ?

La deuxième partie se passe un peu Inde puis dans une lamaserie au Tibet, puis le rythme s’accélère et on retrouve tout ce beau monde au Carnaval de la Nouvelle Orléans (quel déguisement pour nos trois héros ! ), en passant par la cour du roi Louis XIV. L’auteur me laisse pour la troisième fois sur les rotules (c’est fatigant le jitterbug…) mais ravie de l’inventivité de son discours
Priscilla restera mon personnage préféré, avec aussi le sage Alobar et son amie Kudra..

Au final il me reste de ce livre un parfum de jasmin, citron, pollen de betteraves ainsi que d’embruns, de sperme  et de bouc : une explosion de senteurs et après les « cafards n’ont pas de roi » une autre théorie sur les causes de l’extinction des dinosaures …

En conclusion : Loufoque mais pas que … une réflexion sur les relations humaines, un saupoudrage de religion (traité en mode excentrique), le rapport à la mort…et la jeunesse

Un extrait

Kudra aimait ses bébés. Un jour, après une douzaine d’années de mariage, elle se mit à aimer son mari aussi. Cela se passa le matin suivant la célébration de Mahashivaratri – la Grande Nuit de Shiva -quand, affaibli par le jeûne et la langue déliée par une sorte de gueule de bois spirituelle, Navin révéla à Kudra qu’il adorait les chevaux et que, pendant sa jeunesse, il avait caressé l’impossible espoir de voir un miracle l’élever au-dessus des Vaisya, la caste des marchands, et gagner la caste supérieure des Kshatriya, celle des guerriers, pour pouvoir monter à cheval. Confier cette aspiration ridicule lui faisait honte, mais Kudra fut touchée d’apprendre que son mari, tout comme elle, gardait enfermé au plus profond de lui-même un désir blasphématoire. Cela faisait d’eux des partenaires dans un sens nouveau, plus intime, et chaque fois qu’elle pensait au secret de son mari, elle tendait la main par-dessus le récipient à corde et le caressait tendrement. Elle ne lui fit pas part de son propre rêve caché, parce qu’elle ne savait pas comment l’exprimer. Tout ce qu’elle savait, c’était que ce rêve la tourmentait, qu’il sentait bon et qu’il était toujours là.
Environ un mois après l’aveu de Navin, une colonne de guerriers s’arrêta à la boutique pour commander des brides d’apparat personnalisées tressées avec des clochettes et des glands pour leurs destriers. Kudra attira leur chef à l’écart et, usant de son charme, le persuada de proposer à Navin de monter son cheval.
– Oh, non, non, je ne pourrais jamais, s’écria Navin.
– Allez, l’exhorta Kudra. Saisis ta chance. Simplement l’aller-retour d’ici au temple.
L’officier, dont le regard était attiré par les hanches pleines de Kudra, aida Navin à monter et donna à l’imposant cheval une claque qui le fait partir au galop. Navin, terrifié, se pencha trop loin en avant et fit un plongeon dans un amas de rochers. Son crâne se fendit comme un bol de lait, répondant au grand jour, en même tant que son sang et sa cervelle, son ambition interdite.

Pendant quelques jours, Kudra envisagea sérieusement de rejoindre le corps de Navin sur le bucher funéraire. Non pas parce qu’elle se sentait responsable de sa mort – la culpabilité est une émotion névrotique que le christianisme devait exploiter au mieux de ses intérêts économiques et politiques ; l’hindouisme était plus sain à cet égard –, mais parce que, confrontée au veuvage, elle se rendit compte que l’affreuse description que sa mère lui en avait faite était, et ce n’était rien de le dire, minimisée.

 

Ma participation au défi 2019 de Madame lit :  décembre où le thème est « une recommandation littéraire d’une blogueuse ou d’un blogueur  »

J’ai lu ce livre recommandé par Sharon ici : L’avis de Sharon 

Les cafards n’ont pas de rois – Daniel Evan Weiss

Le narrateur est un cafard (oui vous avez bien lu). Il s’appelle « Nombres » et vit avec sa famille (tribu? ) dans un petit appartement new-yorkais.
Sa colonie et lui ont élu domicile dans une bibliothèque. Chaque cafard a le nom de l’homme ou de la femme qui a écrit le livre dans lequel la nymphe-cafard passe son enfance (mention spéciale à Reud qui est né dans Malaise dans la civilisation et qui a mange le F de son auteur, mention également à Bismark, Rosa Luxembourg et Maïté). Un jour Ira, l’habitant de cet appartement, rencontre Ruth.
Le couple se décide de changer de cuisine : branle-bas de combat chez les cafards. La vieille cuisine, où ils pouvaient rentrer comme ils voulaient tellement elle était pleine de trous, est remplacée par une cuisine moderne : la famine guette les cafards ; les placards ferment bien et Ruth est adepte des Tupperware…)

Le texte est jubilatoire, ironique, irrévérencieux, défouloir.
C’est mal mais j’ai éclaté de rire à la mort de Rosa Luxembourg (l’amoureuse cafarde de Nombres qui finit mangée dans un bol de céréales d’Ira :-))
J’ai aussi ri de tous les stratagèmes qu’utilisent les cafards pour semer la zizanie dans le couple Ira-Ruth et reconquérir leur territoire. J’ai ri en entendant l’explication de Nombres sur la cause de disparition des dinosaures. J’ai ri de son périple dans les égouts de New-York…Bref, j’ai ri..

Ira , Ruth et leur deux voisins, Oliver et Elisabeth, en voient de toutes les couleurs mais ils sont tellement « bêtes » que l’on ne peut que rire (un rire qui peut ne pas plaire à tout le monde car c’est aussi de l’humour scatologique et parfois obscène; une scène en particulier m’a fait penser à Charles Bukowski et sa nouvelle « le petit ramoneur » de « Contes de la folie ordinaire »)

Au delà de l’histoire loufoque, il y a une critique acerbe : des religions (chrétienne – Nombres, le cafard, est né dans une bible) et juive…mais pas que, une critique de l’humanité dans son ensemble…racisme, misogynie, justice corrompue aux USA  : tout y passe…

A réserver donc à un public qui ne se choque pas facilement (parce que certains passages sont vraiment peu ra(t)goutants)…

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Un extrait

Les seins sont des organes pleins de traîtrise destinés à nourrir les petits alors qu’il est dans l’intérêt de l’espèce qu’ils se débrouillent le plus tôt possible. Comme ils ne servent que quelques mois, disons une année ou deux dans la vie d’une femme, ces sacs de graisse entament une longue et irréversible descente, véritable martyre pour ces dames, jusqu’à ce qu’ils finissent par pendre, pitoyables et inutiles, comme deux nids de loriots abandonnés.

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un livre qui m’ été conseillé par Marie-Jo ici