La neige de Saint Pierre – Leo Perutz

Lecture commune avec Edualc

 

3ème Lecture pour ma part de Leo Perutz (auteur né à Prague fin du XIXème)

J’avais été conquise par Le marquis de Bolibar, opus qui a ma préférence à ce jour (ah, LE livre qui nous fait découvrir un auteur est parfois inégalable, je n’avais pas écrit de billet à ce moment mais vous trouverez ici un extrait, ce livre met en scène LE Diable)

Ma deuxième lecture de l’auteur fut le célèbre « cavalier suédois » qui m’a également beaucoup plu (un récit également fantastique où le Diable à nouveau est un personnage presque à part entière).

Quelle est donc l’histoire de cette « neige de Saint pierre » ?

1932, un homme se retrouve à l’hôpital, il se réveille d’un coma qui selon lui a duré quelques jours mais qui, selon l’infirmière et le médecin, a duré plusieurs semaines…il va nous raconter ce qui lui est arrivé pendant ce laps de temps : mais le fait qu’il nous raconte son histoire de son lit d’hôpital ajoute une dimension fantastique à son récit : est-il un affabulateur ou ce qu’il dit s’est réellement passé ?

Georg, ce jeune médecin trouve son premier poste à la campagne. Il nous fait part tout d’abord de ses études où il fait la connaissance d’une certaine Kallisto, étudiante grecque, mais, timide, il n’ose lui déclarer sa flamme et la perd de vue. Etrange coïncidence, il retrouve cette jeune femme juste chez son nouvel employeur, un certain baron ou peut être le Diable ou Dieu allez savoir…. L’homme est étrange et travaille sur l’invention d’un composé chimique qui pourrait « changer l’humanité ». Georg, faible, accepte de participer modestement à ces expériences, puis renonce et fait marche arrière sans le dire à son employeur….ce mensonge précipitera-t-il une issue qu’au fil des pages on devine fatale…. ?

En tout cas, Georg est témoin de ces expériences qui ne sont pas sans rappeler celles qui seront pratiquées plus tard dans les camps de concentration… Visionnaire, Léo Perutz ? en tout cas, ce livre est interdit en Allemagne dès 1933…Dénoncer que l’on puisse ainsi manipuler les foules….

En conclusion : un bon roman où on retrouve des ingrédients fantastiques mais aussi une situation bien réelle, plausible. Le seul bémol  est que j’ai rapidement pris en grippe Kallisto et ses minauderies (pfttt cette façon qu’elle a de se faire appeler Bibiche….Bibiche par ci, Bibiche par là ….Je me demande comment on dit Bibiche en Allemand ….)

:

Un extrait :

 

 Le Baron vida son verre de whisky. Son cigare, posé dans le cendrier, continuait de fumer.

« Je possède moi-même une voiture, dit-il. Bien sûr, je ne l’utilise presque jamais. J’appartiens à cette race d’hommes en voie de disparition qui ne sont pas pressés et qui préfèrent s’asseoir sur une selle plutôt que de prendre le volant. Je n’aime guère cette époque qui raffole des machines. Sur mes terres –  de bonnes terres, d’ailleurs, docteur, des sols calcaires, des terres argileuses, de la lande sablonneuse, mais aussi des terrains marneux – vous ne trouverez ni tracteurs ni machines agricoles, vous ne verrez que des chevaux de trait, des valets de ferme et des charrues. Et à la fin de l’été, dans les granges, vous entendrez encore la chanson ancestrale du fléau. Il en était ainsi du temps de mon grand-père et il en sera ainsi tant que je serai en vie. »

:

L’avis d’Edualc est ici 

Du domaine des murmures – Carole Martinez

Troisième et dernière lecture  avec Carole Martinez et son « Du domaine des murmures »

J’ai l’impression de me répéter mais quel portrait de femme (après ceux des femmes du « cœur cousu » et de  Blanche dans « la terre qui penche ») !

Au début, j’ai eu du mal à ressentir une quelconque émotion avec cette jeune fille qui veut devenir la servante de Dieu mais celle-ci, loin d’être une bigote obtuse, fait place à une jeune femme têtue mais très « rationnelle » :  quel courage de s’opposer à son père, à son époque, à son statut de femme obéissante. Elle choisit de s’emmurer vivante (et aussi de de se trancher l’oreille) alors mystique ? folle?

À partir du moment où elle se retrouve prisonnière dans une chapelle avec juste une fenestrelle à barreaux pour que ses repas soient apportés, Esclamonde gagne en profondeur : Ses réflexions sur ses contemporains sont convaincantes ; elle mets les mots sur la folie de son père, les ambitions de l’évêque, l’évolution de  son ancien fiancé et surtout l’amour qu’elle porte à  son enfant (mais j’en ai déjà trop dit)

Elle réussit tout enfermée qu’elle est à avoir une action sur le monde.

Contrairement à ce que j’avais imaginé, je n’étais pas seule dans ma retraite . Chaque jour, dès que j’ouvrais mon volet, je recevais maintes visites. Mon oreille mutilée écoutait patiemment les confidences de nos gens qui m’imploraient de prier pour leur salut ou pour celui de leurs proches. Et mon âme qui entendait leurs fautes mieux que quiconque se tournait vers le Christ pour tenter à force de larmes d’obtenir un pardon.

 

En plus d’une histoire intéressante, avec des surprises, Carole Martinez sait susciter des images poétiques et presque magiques….

Un extrait :

Le destrier fantôme n’a pas tardé à ressortir du lit de sa rivière pour brouter entre les tombes et galoper par le pays dans un bruit de tonnerre. Dès le lendemain de la mort de Benjamin, ce monstrueux cheval avait été aperçu aux quatre coins du comté, chacun jurait l’avoir entendu ou vu filer devant sa porte ou sa fenêtre. On avait d’abord cru que l’aube le balayait, que la lumière ne faisait reculer, exerçant son pouvoir sur lui comme sur la plupart des créatures infernales, mais bien vite un berger avait dit l’avoir croisé en plein jour sous l’orage emportant un pauvre gars inconnu sur son dos à un train d’enfer. Alors les méfaits de la bête s’étaient multipliés, si bien qu’au bout d’une lune seulement on ne tenait plus compte de ses victimes. Ce merveilleux étalon à la blancheur surnaturelle guettait les pèlerins sur les chemins et noyait dans la Loue tous ceux qui tentait de le monter.

La mort était revenue au pays sous les traits d’un cheval.

Ses victimes cependant n’étaient jamais gens du cru. Il faut dire que, sachant toute l’histoire, les natifs des Murmures ne s’y frottaient pas. Nombreux étaient ceux qui se vantaient de l’avoir croisé sur une route avançant à contresens et d’être passés à ses côtés sans même le regarder.

.

Challenge trilogie de l’été organisé par Philippe.

Cette année, plutôt qu’une trilogie, j’ai choisi de lire trois livres de Carole Martinez

La terre qui pencheLe coeur cousu, Du domaine des murmures

 

Jolie libraire dans la lumière – Franck Andriat

Quel beau portrait de femme : une femme tour à tour un peu perdue, désespérée, aimante, opiniâtre, mère et sœur…et aussi libraire.

Marilyne m’a charmée et je dois dire que l’auteur la met bien en valeur, avec une lumière tamisée et pleine de tendresse. Elle a fait de sa passion – les livres – son métier et découvre un jour un livre qui justement met en scène une Marilyne et son petit garçon… comme elle… la Marilyne du livre a un frère, comme elle…j’ai beaucoup aimé ce parallèle entre la vraie vie et le livre, un miroir …et bien plus encore..

Autour de la librairie, Marilyne, qui s’est forgée une carapace pour ne plus souffrir, finira par rencontrer un amoureux des livres « Vous étiez baignée de lumière pendant que vous lisiez. Vous m’avez donné envie de rencontrer cette histoire. »  puis un peu plus tard un vieux monsieur, qui lui en apprendra beaucoup sur elle même…« Vous souvenez-vous de moi ? demanda-t-elle avec un merveilleux sourire. -Je ne vous ai jamais oubliée. »

:

Quelques extraits :

Elle a conçu sa librairie comme un lieu de vie où les marins lecteurs prennent plaisir à faire escale. Malgré le flot des nouveautés qui submergent le métier, elle s’oblige à laisser à ses clients de l’espace où déambuler et, dans un coin, elle a installé deux chaises de jardin et une petite table sur laquelle, chaque semaine, elle dépose ses coups de cœur. Les gens vont là pour savoir ce qu’elle a lu, ce qui l’a émue et, pour certains, c’est le premier endroit où ils font une pause après lui avoir dit bonjour. Nombreux sont celles et ceux qui en venant chez elle, sont en recherche de repères ; ils savent que, dans un livre, ils découvriront une question essentielle ou une réponse attendue. Ça fait presque dix ans qu’elle a acheté le fonds, dix ans qu’elle cherche chaque jour comment mettre en valeur ces auteurs qu’elle admire et leurs mots qui la font vivre.

 

… elle aime ausculter le silence retrouvé du magasin ; elle ferme les yeux et se laisse envahir par les mots qui s’échappent des livres posés sur les tables, qui se transforment en papillons pour voler dans la pièce et l’habiller d’histoires.

 

Livre recommandé par Philippe (son avis est ici )

L’avis de Mind est ici 

 

Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Le coeur cousu – Carole Martinez

J’ai commencé à accrocher à la lecture juste après le retour en arrière de l’auteur. En effet, le début est âpre et j’ai eu du mal avec cette dureté de Soledad, une jeune femme, qui raconte son arrivée dans le monde avec Frasquita sa mère au bord de l’épuisement …un monde désertique et aride…

J’ai peur toujours de cette solitude qui m’est venue en même temps que la vie, de ce vide qui me creuse, m’use de dedans, enfle, progresse, comme le désert et où résonnent les voix mortes.

Retour en arrière donc avec Frasquita la jeune fille, puis jeune mariée puis jeune mère, animée par une passion quasiment mystique, la couture :

Ce n’est qu’une boîte à couture, murmura la mère. Rien qu’une boîte à couture!

Regarde ces couleurs ! Comme notre monde paraît fade comparé à ces fils ! Tout chez nous est gâté par la poussière et les couleurs sont mangées par l’éclat du soleil. Quelle merveille ! Même dans la lumière grise ces bobines resplendissent ! Il doit exister des pays de pleines couleurs, des pays bariolés, aussi joyeux que le contenu de ce coffret.

Il faut ensuite se laisser emporter par la magie, magie des mots finement tissés autour de ce couple et de leur enfants, la folie du père, les efforts de la mère, le mutisme d’Angela , Clara la simplette, Martirio l’extra-lucide et la crinière rousse du seul frère..

Le réalisme magique n’est jamais loin : le don pour la couture (Frasquita coud des robes qui illuminent les mariées, recoud le coq qui causera leur perte, soigne les blessures des blessés de la guerre….)

Ce don subtilement évoqué leur apportera  à la fois bonheur et malheur, passion et folie..

Par moment j’ai retrouvé le souffle qui m’avait emportée avec « Cent ans de solitude  » fresque sur la passion et la folie également …

En conclusion : Presque aussi bien que « la terre qui penche »

Un extrait :

L’ogre entra dans le village pendant l’office de dimanche, au beau milieu du printemps, alors que la moitié des femmes en âge de faire des petits avaient le ventre plein.

Depuis plusieurs mois déjà, la Blanca formait Rosa, la fille aînée des Capilla, afin qu’elles soient deux à aider ces soirs de pleine lune où les bébés sortiraient tous à la fois. Mais, d’après Anita, la sage-femme savait déjà qu’elle ne pourrait pas rester terrée plus longtemps. La Blanca sentait sa présence, le savait en marche vers elle.

Il mit pied à terre sur la place de la fontaine. Ses cheveux, son habit, son cheval semblaient avoir été découpés à l’emporte-pièce dans une nuit mutilée, à la lune et aux étoiles arrachées. Son âne qui trottait derrière lui était chargé d’un fatras de sacs et de caisses.

Un étranger à Santavela était déjà un événement en soi, mais aucun étranger tel que lui, aucun savant chargé de plantes, de graines, de pierres originaires du monde entier, ne s’était jamais aventuré si loin sur le sentier qui menait au village.

À la sortie de l’église, tous le virent et chacun se précipita chez soi, évitant soigneusement de croiser son regard.

 

 

Challenge trilogie de l’été organisé par Philippe.

Cette année, plutôt qu’une trilogie, j’ai choisi de lire trois livres de Carole Martinez

La terre qui penche, Le coeur cousu, Du domaine des murmures

 

 

 

Le réveil du coeur – François d’Epenoux

Un livre en deux parties, deux narrateurs

La première est centrée sur l’histoire de Jean avec Leila, jeune couple parisien, qui finissent par avoir un petit garçon. J’ai apprécié l’humour de Jean et de son père (ci dessous c’est ici Jean qui « parle):

Je me sens rare, pur, étincelant parce que joyau humain parmi d’autres joyaux, je me sens libre et tendre, indulgent pour moi-même et pour ceux qui m’entourent et, tiens, assez confiant que mon fils sera un jour dans ce monde comme un glaçon dans l’eau, pas un poisson, non, un glaçon, parce qu’un poisson, ça peut toujours être pêché, énucléé, coupé en morceaux, congelé et décongelé et passé à la poêle, tandis qu’un glaçon, mais un glaçon, c’est merveilleux, un glaçon ça ne peut que tinter, puis fondre, puis se fondre dans de l’or liquide au creux d’une paume avant de réchauffer le coeur d’un valeureux parmi tant d’autres – oui, c’est si bon d’être un glaçon, un doux glaçon dans l’eau et, oui, tu seras un glaçon, mon fils.

C’est une histoire de couple comme beaucoup, confronté à la difficulté de passer du stade de couple à celui de parents avec un nourrisson, incompréhension entre les deux et puis finalement la séparation…. En filigrane, Jean nous brosse le portrait de son père « le vieux » qui a fini par s’arrêter dans les années 60. Il est réfractaire à toute modernité.  Au début on croit qu’il a perdu sa femme et en fait celle-ci est partie du fait de ses infidélités.

La deuxième partie a lieu six ans plus tard et le narrateur change.  Cette fois ci, c’est le vieux qui se confie : il récupère pour un mois son petit-fils à Lacanau et là c’est une nouvelle histoire  qui commence : La plage, la pêche, faire du vélo, parcourir les marchés, se passer de jeux vidéos…

Le bonheur, ça va être nos parties de grenouille, de fléchettes, de pétanque, nos bains de mer d’initiés, à l’heure où les autres désertent la plage, nos châteaux de sable toujours plus grand, nos quatre-quarts et nos crêpes toujours mieux réussies. Le bonheur, ce sera de voir fondre nos glaces de Pinocchio le long de nos doigts, de nous barbouiller de sucre avec des chichis brûlant d’huile, de me laisser vaincre au jacquet et aux dames presque sans le faire exprès, et surtout, surtout, victoire suprême, de constater les progrès de Malo au diabolo – il n’est plus un batteur de fond de salle, mais un chef d’orchestre !

C’est grâce à Malo, le petit fils, que le vieux se remettra en cause et grandira, il arrêtera de dire que tout était mieux dans le bon vieux temps et passera même à Skype….Heureusement d’ailleurs car ce personnage jusque-là était pour le moins caricatural…

Ces gens qui montrent leur tronche et font la promotion de leur petite existence à longueur de pages, ça donne la nausée. Facebook, sous couvert de simplicité, c’est le canal mondial de la vantardise auto-centrée. Regardez comme je m’amuse à cette fête ! Regardez comme je suis beau, comme je suis belle ! Regardez comme la plage où je me trouve est ensoleillée, surtout pendant que vous bossez comme des cons ! Regardez le cassoulet que je vais manger ! Regardez l’assiette de cassoulet que je viens de manger ! Regardez comme elle est chouette ma vie ! Comme je suis chic, drôle, cool, bien entouré ! Vous avez vu ma nouvelle cuisine ? Oui, mais on s’en fout ! Vous avez lu mon affligeante pensée du jour ! Oui, mais on s’en fout ! Parce que c’est ça, en fait, qu’on a envie de hurler à tous ces gens : On s’en fout de ton menu, de tes guibolles sur le sable et ton séjour aux Bahamas ! Tu comprends, ça ? On s’en fout de ton impudeur, de ton égocentrisme et de ta petite vie qui ne passionne que toi ! Moi je, moi je ! Bientôt, ils filmeront leurs crottes… ça me rend hystérique.

 

Une chronique familiale qui m’a fait passer un très bon moment merci Gibulène

img_0536

Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

 

 

Le caillou – Sigolène Vinson

Livre recommandé et chroniqué ici par Mind the gap

Tout d’abord, j’ai eu beaucoup de mal  à « rentrer » dans ce livre.

Voici l’histoire : une prof de français a démissionné de l’enseignement, elle vit depuis toute seule dans son appartement, pour subsister elle fait quelques remplacements dans la restauration, fuit les contacts humains, bref s’enlise dans la dépression. Son unique ambition est de devenir un caillou :  « Je sais bien qu’on dit : « malheureux comme les pierres ». Mais je mettrais ma main à couper que les cailloux ne sont jamais aussi désespérés qu’ils en ont l’air. Ce sont les hommes qui sont désemparés. »

Bref un personnage ni très sympathique, ni très dynamique….mais très lucide

J’oubliais que mon langage n’avait de sens que pour moi. Depuis quelque temps, je vivais recluse, et mon vocabulaire s’était appauvri, ma syntaxe réduite à la plus simple expression, comme si la solitude m’avait rendue aphone. Les sons qui sortaient de ma gorge étaient ceux de l’Homme placé à l’isolement ou alors, ceux d’un enfant sauvage que seule la nécessité, la faim en un mot, pousse à s’exprimer.

Jusqu’au jour où elle rencontre son voisin un retraité qui va changer sa vie.

« Au fond, c’est bien utile d’avoir un petit vieux qui perd la boule sous la main, on peut prendre la mesure de l’inévitable et verser dans le pessimisme sans aucune obscénité. »

Ce retraité est un passionné de sculpture et va réussir à lui donner un élan (la sculpture est très présente dans ce livre et certains passages sont magnifiques).

La narratrice  part pour la Corse et là ….tout change…

J’ai eu de mal à rentrer dans ce livre parce que justement le personnage principal n’est pas sympathique : ce laisser-aller démissionnaire m’a plombé, cette femme un peu dépressive (voire beaucoup : Je suis à l’orée de disparaître, parce que la vie n’est pas habitable.) et puis d’un seul coup son voisin la fait réagir et au milieu du livre il y a un rebondissement que je ne vous révèlerai pas, le procédé m’a beaucoup plu et m’a convaincue.

En conclusion  : un livre plutôt déprimant au début et qui a su me conquérir dans la deuxième partie. (Merci Mind pour le conseil)

 

 

Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

La terre qui penche – Carole Martinez

Voilà un livre enthousiasmant (bon il m’intimidait avant de l’ouvrir parce que j’avais lu l’avis d’Asphodèle , celui de Kathel, Lydia et d’autres encore…). Et puis je me suis laissée emportée par la personnalité de Blanche, la jeune narratrice (12-13 ans). Pas facile d’être une fille au Moyen-Age. Traitée comme du bétail et donnée à marier à un simple d’esprit qui est aussi l’héritier du seigneur voisin, Blanche reste combative et profite de l’opportunité qui lui est donnée d’apprendre à lire. Elle est surprenante et ne se laisse pas abattre. Lors de son périple au Domaine des murmures, que de rencontres elle fera, passant ainsi de l’enfance à l’âge adulte : son fiancé, Aymon , simple mais si attachant, Pierre le jeune menuisier qui leur vient en aide, et aussi finalement son père, un inconnu froid pour elle, qu’elle découvre sous un nouveau jour, celui d’avant la mort de sa mère emportée par la peste noire comme la moitié de la population à cette époque. Une autre des rencontres magiques aura lieu avec la Loue (à la fois rivière, femme amoureuse ou jalouse, protectrice un jour, meurtrière le lendemain)

Entre les passages où Blanche la jeune fille raconte ce qui lui arrive, une autre voix se mêle à l’histoire, c’est la voix de Blanche, vieille dame morte qui raconte ses souvenirs modifiés par le temps  et apporte du recul au récit…

En conclusion : A lire absolument …pour tout l’histoire et le style envoutant

Quelques extraits

 

– Blanche, ton père sera ici tout à l’heure, il a des projets pour toi. Va préparer tes affaires ! Tu peux prendre tout ce que je t’ai donné. Tu es venue sans rien, tu n’as plus de fiancé, plus d’avenir aux Murmures, mais tu auras au moins gagné quelques habits ici.
– S’il vous plaît, gardez-moi !
– Et comment le pourrais-je ? Nous n’avons plus d’enfant à te faire épouser. Ton père arrive, il faudra le suivre. Les filles n’ont pas leur mot à dire dès qu’il est question de les marier. Les filles n’ont rien à dire d’une façon générale.

 

La loue, à la fois rivière et sorcière (une vouivre) est un personnage à part entière

La femme se lève, gigantesque beauté. Elle déplie gracieusement ses rondeurs dans le paysage comme un être surnaturel. Elle appartient à cette terre, certaines de ses formes sont modelées dans la continuité des rochers, des nuages, des arbres, la traîne verte de sa cotte coule jusqu’à la Loue, elle devient plus terreuse à mesure qu’elle se rapproche de l’eau troublée. Sous le soleil, le tissu est plein de remous et de reflets confus et il touche sa chair de si près qu’elle paraît presque nue.

 

Et enfin Bouc, le cheval, celui par qui tout arrivera :

Deux fois, j’ai été a tes côtés pour sortir de ces bois, deux fois j’aurais pu choisir le monde sauvage mais j’ai préféré t’accompagner jusqu’ici. Tu n’es responsable de rien. Je t’ai adoptée, Blanche, je t’ai aimée petite, dure et butée, prête à tout réinventer, prête à tous les mensonges pour survivre. Je t’aurais suivi en enfer. J’ai été ton père cheval. Tu as grandi, Blanche, mais je serais toujours là sous tes pieds, je serais la terre qui te porte, je serai la couleur des champs, je serai les labours. Tu peux m’appeler Terre. Ne viens pas demain.

 

Livre recommandé par Lydia (son avis ici )

 

Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

 

Challenge trilogie de l’été organisé par Philippe.

Cette année, plutôt qu’une trilogie, j’ai choisi de lire trois livres de Carole Martinez

La terre qui penche, Le coeur cousu, Du domaine des murmures

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une – Raphaelle Giordano

 

Le ton est léger et enjoué. Camille presque 40 ans, souhaite changer sa vie. Un soir où elle rentre tard du boulot, elle a un léger accident de voiture et rencontre un routinologue (j’adore cette spécialité 😊)

J’ai trouvé des points intéressants dans ce livre : de bons conseils pour se (re)prendre en main, faire plus attention aux autres (enfants, conjoints, collègues…) , changer le cours de sa vie, mais aussi pas mal de clichés genre « quand on veut on peut ». Un point en particulier m’a passablement agacée (attention spoiler : Heureuse de se mettre à son compte, Camille démissionne et son boulot et cherche APRES à trouver des financements pour son projet. Franchement qu’est-ce que ce conseil à la noix , on envoie tout balader et on réfléchit après ?)

En conclusion :  une lecture agréable, à mi-chemin entre roman et développement personnel, mais du coup je reste un peu sur ma faim, parce que les personnages ne sont pas suffisamment convaincants ou approfondis pour un roman et que les conseils en développement personnel restent un peu light (oui j’ai beaucoup lu de livres sur le développement personnel dans ma première vie 😊, là je commence ma troisième vie 😊)

.

Un extrait :

– (…) Voilà… Maître Wu est dans la cour. Je vous laisse aller à sa rencontre. Je serai dans la cuisine. A tout à l’heure…
Claude me fit passer la première. J’arborais déjà un sourire chaleureux, avenant, tandis que mes yeux balayaient la cour. Puis mon sourire s’affaissa. Je ne voyais personne. Déception. Maître Wu était peut-être parti?

Devant mon air dépité, Claude précisa :

– Le voilà…

Mais je ne voyais toujours personne.

– Là, Camille! m’indiqua-t-il d’un geste.

Je suivis la direction de son doigt. Confortablement installé sur un coussin brodé, un splendide chat persan somnolait tranquillement, allongé de tout son long. Il se dégageait de lui un mélange de majesté et de paix absolue. J’accusai le coup, puis, retrouvant mes esprits, me tournai vers le joyeux plaisantin. Trois quarts d’heure de route pour ça?

.

Livre recommandé par Prudence dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

img_0536

Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Réparer les vivants – Maylis de Kerangal

 

Ce livre a fait beaucoup parler de lui alors je connaissais l’histoire : Simon un jeune homme est en coma dépassé après un accident de la route. En l’espace de quelques heures, les parents doivent « encaisser » la nouvelle et donner leur accord pour le don de ses organes ; les médecins doivent procéder à plusieurs transplantations. En perdant la vie, Simon rend la vie possible pour une personne en attente d’un cœur, une autre en attente de reins …

C’est l’histoire d’une course contre la montre et cette partie là est très bien retranscrite, on sent très bien dans l’écriture l’urgence de la situation.

Le début est enthousiasmant, on a l’impression d’être avec Simon et ses deux amis et de partager leur passion pour le surf. La suite est également convaincante, le désespoir des parents, la gêne des deux parents des amis survivants de l’accident, la sollicitude du personnel de l’hôpital, la réaction de la petite amie, l’innocence de la petite soeur qui n’est pas mise de suite au courant.

En fait ce livre est passionnant mais une chose m’a gênée : à une page, le père est contre le don d’organe pour son fils et la page suivante il donne son accord … trop rapide à mon avis …mais cela reste un tout petit bémol d’une très belle lecture…

En espérant ne jamais être confrontée à ce choix terrible…

 

un extrait ici

:

.

Livre recommandé par Kathel (son avis ici) et Quichottine dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

img_0536

Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Hérétiques – Leonardo Padura

 

Un pavé de 600 pages (écrit très petit)

En fait presque trois romans en un.

Première partie :  Leonardo Padura nous emmène à la Havane en 1939 lors du terrible épisode du Saint Louis. Ce bateau emmène d’Europe 900 juifs loin du régime nazi,  le  gouvernement cubain avait délivré 900 visas mais refuse finalement de laisser accoster le bateau, Les Etats Unis de Rossevelt refusent aussi d’accueillir ces personnes qui retourneront alors en Europe, vers l’Holocauste. Cet épisode est vu au travers des yeux d’un enfant, Daniel 10 ans, qui habite depuis peu à la Havane chez son oncle. Son père, sa mère et sa petite sœur Judith sont sur le Saint Louis et repartiront vers la Hollande, puis Auswitch.

20 and plus tard, on suit le jeune Daniel quelques temps avant la prise de pouvoir de Fidel Castro… En 2007, Elias, le fils de Daniel,  charge l’ancien policier Mario Conde de faire la lumière sur une double enquête : la mystérieuse disparition d’un tableau de Rembrandt amené par les grands parents sur le Saint Louis (tableau réapparaissant à Londres 70 ans après) et les raisons du départ précipité de Daniel de l’île en 1958…. Une enquête passionnante tant sur le plan historique que pour la présence des personnages…

 

La deuxième partie raconte dans la Hollande de XVII siècle la réalisation de ce fameux tableau de Rembrand : érudit mais aussi un peu long …

 

Dans la troisième partie, on retrouve la petite nièce d’Elias Kaminski qui s’inquiète de la disparition de son amie et amante. A nouveau Leonardo Padura nous dresse un portrait passionnant de Judith  la jeune emo disparue et une critique du régime de Cuba, régime qui laisse une jeunesse désespérée, n’ayant que peu d’avenir :  l’exil ou la pauvreté..

Un extrait :

Le docteur Isaías Kaminsky prendrait finalement la décision de soumettre le tableau à une expertise rigoureuse. Homme plus curieux et spirituel que son géniteur, il décida de mettre aux doutes et emporta la toile à Berlin lors de son voyage en Allemagne pour épouser la belle Esther Kellerstein en 1928. Il prit alors rendez-vous avec deux spécialistes de la ville, grands connaisseurs de la peinture hollandaise de la période classique, et leur présenta le portrait du jeune juif semblable au Jésus de l’iconographie chrétienne et… tous deux certifièrent que, même si cela ressemblait plus à une étude qu’à une œuvre terminée, il s’agissait sans doute d’une peinture appartenant à la série  des tronies (nom donné par les hollandais aux représentations de bustes) peints dans les années 1640 dans l’atelier de Rembrandt, donnant une image très humaine du Christ. Mais ils ajoutèrent  que cette toile tout particulièrement, presque de façon certaine, avait  été peinte… Par Rembrandt !

Quand il fut fixé sur l’origine et la valeur du tableau, Isaías Kaminski le fit nettoyer et restaurer, et il écrivit aussitôt une longue lettre à son frère Joseph, déjà établi à la Havane et  en passe de devenir Pepe Cartera, pour lui raconter les détails de la fabuleuse confirmation. Grâce à l’avis des spécialistes, Isaías  pensait alors qu’il devait y avoir une grande partie de vérité dans ce qu’avait dit, supposément, ce mythique juif séfarade hollandais, supposément peintre, quand il avait supposément remis la toile au rabbin –pourquoi ? pourquoi la donner à quelqu’un alors que déjà cette époque elle devait être de grande valeur ? – qui , après avoir échappé tant de fois aux épées et aux chevaux des Cosaques, fut rattrapé par la peste noire qui dévastait la ville de Cracovie et alla agoniser dans les bras du Docteur Moshé Kaminsky.

=

En conclusion : Un roman passionnant (j’avoue avoir cependant passé quelques pages de la deuxième partie sur la vie de Rembrandt et de son jeune disciple…)

l

Ma participation au mois Espagnol et Littérature hispanophone chez Sharon et au challenge « Lire sous la contrainte » organisé par Philippe avec comme contrainte ‘pas de déterminant »