Destination PAL 2020

Je ré-embarque avec Lililgalipette ici et le challenge Destination PAL de l’été 🙂
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1- Le champ de personne – Daniel Picouly
2- Geisha – Arthur Golden
3-Les buveurs de lumière – Jenni Fagan
4- Les vies parallèles de Boris Vian – Noel Arnaud
5- La beauté des jours -Claudie Gallay
6- Glaise – Franck Bouyse
7- Le chinois – Henning Mankel
8- David Golder – Irene Nemirovski
9- Mari et femme -Wilkie Collins
10- Les oubliés du dimanche – Valérie Perrin
11- La coquetière – Linda D Cirino
12- Du bout des doigts – Sarah Waters
et vous ? des lectures en perspectives ? Bizzzzzz

La famille Lament

Tout commence dans les années 50 en Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwé)
Nous découvrons à la maternité Julia Lament (et Howard, son mari, et le bébé qui n’a pas encore de nom)
Après un rebondissement que je ne citerai pas (mais qui m’a fait venir les larmes aux yeux), la jeune famille part à Bahrein pour le métier de Howard, ingénieur.
Julia élève le petit Will, 3 ans, et se lie d’amitié avec une américaine, Trixie, qui a un fils du même âge. A peine arrivé à un poste, Howard a la bougeotte et envisage un nouveau pays.
Ce sera ensuite la Rhodésie du Nord juste avant son indépendance pour devenir la Zambie, l’Angleterre, les USA. La famille s’agrandit…
La vie de cette famille est toute simple, parfois drôle, parfois triste …chaque déménagement est à la fois une aventure et une perte d’amitié. J’ai beaucoup aimé cette famille « normale » à qui je me suis attachée.. 18 ans d’une vie avec des événements historiques en filigrane afin de se situer dans le temps.

Le début et la fin m’ont semblé rocambolesques …
Déménager dans 4 pays différents en une dizaine d’années peut paraître peu habituel mais une fois qu’ils ont déménagé, finalement ils reproduisent la même « Cellule familiale » : « papa travaille, maman est à la maison » qui mE fait dire « famille normale»…

La quatrième de couverture salue ce premier roman de l’écrivain George Hagen en le comparant à John Irving. J’adhère à cette comparaison, on sent que l’auteur a mis de « l’âme » et de « l’amour » dans tout ce petit monde ….

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Un extrait :

« Les Etats-Unis sont un pays grossier, vraiment laid, dit-elle en regardant par une fenêtre dont le rebord était couvert de papiers de chewing-gum et de gobelets à soda. Je suppose qu’il faut en accepter les merveilles avec la vulgarité. L’esprit humain est comme ça après tout. » Elle aspira profondément, comme si cet esprit humain flottait dans l’air au-dessus du port de New-York. Puis elle lança à Will un coup d’oeil curieux.
« Tu es heureux, ici en Amérique? »
Will haussa les épaules. « L’Angleterre me manque. Tous les endroits dont je me souviens me manquent… Et aussi certaines des personnes que j’ai laissées.
– Vraiment? »
Will fit oui de la tête. « J’en rêve tout le temps.
-Moi aussi, je rêve de gens, avoua Rose. Même la personne la plus heureuse a des regrets. On ne peut pas se réjouir d’une journée de soleil si l’on n’ a jamais connu que des journées de soleil, pas plus qu’on ne peut pleurer la perte de quelqu’un qu’on n’a jamais rencontré. Le bonheur et la tristesse vont de pair.
-J’ai l’impression d’en savoir plus long sur la tristesse que sur le bonheur, dit Will.
-Je suis sûre que ça changera. »

 

S.O.S – Joseph Connolly

Londres-new-York : 6 jours sur le Transyslvania – un paquebot de croisière !

Nicole a gagné la « croisière de sa vie » et embarque mari (alcoolo) et 2 ados à bord. Tom a perdu son épouse Mary et embarque seul.
Dwight et Marlene rentrent à New-York avec leurs deux ados après un périple autour du monde
Aggie et Nobbie, retraités, embarquent enthousiastes pour leur 17eme croisière.
Jennifer et Stacy (mère et fille) ont choisi de se rendre au mariage de la soeur de Jennifer, qui réside à New-York
, en bateau car Jennifer est « phobique en avion »
Jilly et Sammy sont en couple et tous les deux barmaid et barman sur le Transylvania.
Steward est l’assistant du capitaine du navire (au bord de la dépression).
J’ai beaucoup ri avec ce roman : il y a une reconstitution de scène du film Titanic (pour Jennifer et Earl) , des (mini)drames de la cinquantaine (Dwight, l’américain millionnaire et David l’anglais complètement fauchés sont « gratinés »), des quiproquos en tout genre entre les protagonistes, des amours éphémères qui se jouent lors de ses 6 jours.
Le ton est délicieusement ironique : Chacun en prend pour son grade et on se demande qui va finir par dessus bord avant l’arrivée à New York ….

 

un extrait

Comme Charlene exprimait son plaisir sans mesure à faire la connaissance de David, Nicole tendait la main à Dwight, tout en sifflant à l’adresse de son mari, non sans hostilité :
« Tu pourrais au moins me présenter, David. Bonsoir, Dwight –enchantée. Je suis Nicole. Charlene me disait que vous ne partagez guère notre enthousiasme pour la Royal Navy–nos petits cols-bleus. C’est vrai ?
– Il ne s’agit pas des vôtres – c’est la marine en général qui ne me dit pas grand-chose. L’armée de terre – ça c’est un truc d’homme. Enfin d’après moi, hein.
– Dwight, sourit Charlene, est un vét’ du Vietnam. N’est-ce pas, Dwight ? » Nicole ouvrit des yeux immenses, tout brillants d’approbation.
« Oh, par exemple, mais c’est extraordinaire. Je trouve ça merveilleux.» Puis à l’adresse de David : « tu entends ça, David ? » (Évidemment qu’il avait entendu.)
« Je trouve simplement fantastique que quelqu’un se donne la peine de s’occuper des animaux dans un pays si terriblement bizarre. Ce n’est pas trop inconfortable ? De vivre là-bas ? Et cette histoire de guerre, là, ça ne vous a pas trop compliqué la vie ? » Dwight la fixait sans rien dire – et c’est David qui déclara » (pour eux deux) :
« On y va ? »
Dwight eut un bref hochement de tête. «On y va. »

L’homme-dé – Luke Rhinehart

Le narrateur est psychiatre, à New-York
Il est jeune (32 ans), marié, deux enfants de 25 et 20 kilos, un brin dépressif (il alterne entre euphorie, idées de viol et de meurtre ou encore de suicide) . Madame ne travaille pas et cela n’a pas l’air de trop fonctionner dans le couple. Côté professionnel, il s’entend moyennement avec son associé (jalousie réciproque ?). Un jour de déprime, il joue ses futures actions aux dés : 1- je reste chez moi, 2-je vais violer la voisine (et femme de son confrère psychiatre) etc…
Puis cela devient une spirale infernale et il ne peut plus RIEN faire sans laisser les «choix» aux dés.

Le narrateur est Luke Rhinehart et l’auteur aussi, ce qui rend la lecture étrange : où commence le roman ? où commence la fiction ?
Luke Rhinehart (l’auteur ou le personnage? ) sont parfois drôles parfois lugubres et inquiétants. Comme par exemple quand il initie son fils de 7 ans aux dés ! Pauvre môme : faire ça à un môme !
Pour les adultes qu’il essaie « d’initier » aux « dés » , cela ne m’a pas gêné , chacun a son libre arbitre une fois adule (ou croit l’avoir) mais pas les enfants !

Hormis ce passage qui m’a un peu gênée, j’avoue être admirative du style de l’auteur : c’est fou ce qu’un petit mot comme dé peut modifier des mots : Luke dé-vit (dé-vie) , prends des dé-cisions, invoque Dé à la place de Dieu dans certaines phrases …des filles o-dé-o-dé s’effeuillent….

Il y a une séance de psychanalyse entre Luke et Jacob son associé qui m’a beaucoup fait rire (où comment les associations de mots font dire n’importe quoi sous couvert d’un pseudo « réalité » psychanalytique). Dans une autre scène, Luke est déclaré « guéri » alors que le lecteur sait déjà quelle énormité Luke s’apprête à faire.

Ce livre est paru au tout début des années 1970 et il y a en toile de fonds les blacks panthers, Nixon , la guerre du Vietnam, la libération sexuelle …

Un livre a la fois dé-sopilant et dé-structuré …

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Extrait :

« Le travail de votre fils est fort en progrès. Ses compositions d’histoire sont de nouveau sympathiquement bourrées d’erreurs, et sa conduite est parfaitement instable (très bien). Ses maths sont encore un peu forcées côté précision mais son orthographe est un vrai plaisir. J’ai particulièrement apprécié qu’il écrive « démocrassie » avec « 2 s »

Avec joie et docilité – Johanna Sinisalo

Dystopie
Finlande de nos jours
Vanna nous raconte tout d’abord son enfance. A l’âge de 4 ans,ses parents meurent dans un accident de la route et elle et sa soeur sont recueillies par leur grand-mère en Finlande. On apprend les réalités de la vie de ce pays par les yeux d’enfants. Les petites filles sont élevées pour devenir de parfaites ménagères et il existe une « cérémonie » qui détermine le sexe des filles : une fille peut devenir soit une Eloï, soit une Morlock. Etre une Eloï signifie devenir domestiquée mais avec une vie relativement facile (avec mari, enfants,sécurité) ; être désignée Morlock revient à être « déclassée », utilisée pour du travail physique très pénible, être stérilisée et devenir une esclave. La grand-mère, consciente du danger, élève les deux filles pour qu’elles soient « reconnues » comme Eloïs , c’est le cas sans doute pour Manna, la plus jeune soeur, mais pas pour Vanna l’aînée, celle ci devient donc officiellement Eloï même si elle se sait Morlock à l’intérieur. Les hommes eux sont partagés également en deux groupes , les virilos à qui tout est permis et les infras réduits en esclavage.
Au delà de l’histoire passionnante de Vanna qui recherche sa soeur disparue un an après son mariage, c’est tout une société de faux semblants et de mensonges qui est décrite. Côté personnages masculins, Jare gagne peu à peu la confiance de Vanna.
Le roman alterne l’histoire vue pr Vanna, quelques témoignages de Jare, et des extraits de pseudo- encyclopédie démontrant l’infériorité de la femme (juste bonne à faire des enfants et tenir le foyer)

Cette dystopie où les femmes sont réduites en esclavage (que ce soit les Eloïs ou les Morlocks, cela reste de l’esclavage) est aussi intéressante que La servante écarlate de Margaret Atwood.

Gabacho – Aura Xilonen


Traduit de l’espagnol (Mexique) par Julia Chardavoine.

En cherchant un autrice mexicaine , je suis tombée par hasard sur Aura Xilonen
Et ça fait mal (c’est constructif et positif ce que je dis) . Aura Xilonen fait mal en mettant en scène l’histoire de ce jeune mexicain qui traverse le Rio Grande pour essayer de survivre aux Usa. Parce qu’il crevait au Mexique …

Liborio, le narrateur, raconte sa vie actuelle – homme à tout faire dans une librairie – en relatant, dans des chapitres en italique, sa vie au Mexique et le début de sa clandestinité aux States…

Sa vie actuelle est compliquée, très compliquée : il se retrouve sans domicile car il a voulu aider une jeune femme harcelée dans la rue. Des gangs lui tombent dessus, le tabassent , des policiers le rançonnent.
Il croit un moment trouver de l’aide auprès d’une femme étrange, jusqu’à la trahison (selon lui)..
Bref, le style est percutant, l’écriture orale, on se prend un direct au coin d’une page … puis on croit qu’il va s’en sortir … et puis ça part dans une autre direction …

J’ai cru au début que ce jeune homme avait une vingtaine d’années mais finalement il a plutôt seize-dix sept ans mais, ce qu’il a vécu, l’a fait mûrir vite. Je me rends compte que l’auteure avait 19 ans à la parution de ce livre : quelle force dans la narration….une claque, je vous dis…

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Mention spéciale au courage de Naomi 10 ans qui devient l’amie de Liborio : (avec un clin d’oeil à Quichottine)

« Dis-moi, Liborio, m’a demandé Naomi deux jours après avoir pris Don Quichotte de la Manche, ça veut dire quoi rhabdomancien, en abondance, panoptique, cestui-là, yard, lépreux, abside et pourboire ?
– Je veux bien t’expliquer, mais seulement si toi, tu me dis ce que ça veut dire googler, twitter, stalker, runner, linker, Instagrammer, Whatsapper, parce que je capte que dalle ! »

La fin « rose bonbon » m’a paru cependant un peu « facile » même si cela ne retire rien à ce roman qui m’a fait alterner des larmes au rire … (larmes au début, rire à la fin du roman)

Chez Enna, catégorie gros mot (Gabacho signifiant Plouc en espagnol)

Le mois espagnol (et lusophone) est chez Sharon, les logos sont concoctés par Belette

Le marchands de passés – José Eduardo Agualusa

Un tout petit livre mais très fort.

Premier chapitre, on se demande qui est le narrateur : un poète ? peut-être, en tout cas un amoureux des mots.
Après ce mystérieux narrateur, nous rencontrons Félix Ventura, à Luanda, en Angola. Félix est albinos, bouquiniste et habite avec le narrateur (qui rit mais ne peut pas parler – en dehors de ses réflexions intérieures).
Un peu plus loin, il y a un indice sur le narrateur, je me suis dit, non ce n’est pas possible, l’auteur n’aurait pas osé ! Page 23, j’ai eu la confirmation de l’identité du narrateur ; incroyable ! j’étais déjà ferrée….
Au début de l’histoire, un homme étrange vient voir Félix et lui demande de lui constituer son passé. Jusque-là, Félix s’occupait uniquement de forger des passés de toutes pièces, mais sur des personnes réelles – juste redorer un blason en quelque sorte ; là, ce que demande son client, c’est de lui faire non seulement une identité mais aussi de faux papiers, une vie totalement inventée. Qu’a donc José Buchmann à se reprocher pour qu’il veuille ainsi faire table rase de toute sa vie…?

Un roman prenant entre rêves (nombreux) et réalité (magique) …Marquant…

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Deux extraits

(Incipit)
Je suis né dans cette maison et j’y ai grandi. Je n’en suis jamais sorti. Lorsque vient le soir j’appuie mon corps contre le cristal des fenêtres et je contemple le ciel. J’aime voir les flammes hautes, les nuages au galop et, au-dessus, les anges, des légions d’ange, qui secouent les étincelles de leur chevelure, en agitant leurs grandes ailes en flammes. C’est toujours le même spectacle. Tous les soirs, pourtant je viens jusqu’ici, et je m’amuse et je m’émeus comme si je le voyais pour la première fois. La semaine dernière Félix Ventura est arrivé plus tôt et m’a surpris à rire pendant que là dehors, dans l’azur agité, un énorme nuage courait en rond, comme un chien tentant d’éteindre le feu qui lui embrasait la queue.
– Ah, c’est incroyable ! Tu ris ?
L’étonnement de cette créature m’a irrité. J’ai eu peur mais je n’ai pas bougé d’un muscle. L’albinos a ôté ses lunettes noires, les a rangées dans la poche intérieure de sa veste, puis il l’a quittée lentement, mélancoliquement, et accrochée avec soin sur le dossier d’une chaise. Il a choisi un disque de vinyle et l’a placé sur le vieil électrophone. Berceuse pour un fleuve, de Dora la Cigale, une chanteuse brésilienne qui, je pense a connu quelques notoriété dans les années 70. Ce qui m’amène à le supposer, c’est la pochette du disque. C’est le dessin d’une femme en bikini, noire, jolie, avec de larges ailes de papillons attachées dans le dos.
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Le passage ci dessous  est un extrait du rêve numéro trois entre le narrateur et Félix Ventura.
Il a changé de sujet. Il a raconté qu’il avait assisté, quelques jours plus tôt, à la présentation d’un nouveau roman d’un écrivain de la diaspora. C’était un emmerdeur, un indigné professionnel, qui bâtissait toute sa carrière à l’étranger, en vendant au lecteur européen l’horreur de la nation. La misère a beaucoup de succès dans les pays riches. Le modérateur, poète local, député du parti de la majorité, avait fait l’éloge du nouveau roman, en même temps qu’il fustigeait l’auteur parce qu’il trouvait que son point de vue sur l’histoire récente du pays était falsifié. Une fois le débat ouvert, tout de suite, un autre poète, lui aussi député, et plus connu pour son passé de révolutionnaire que pour son activité littéraire, a levé la main :
– Dans vos romans, vous mentez volontairement ou par ignorance ?
Il y a eu des rires. Un murmure d’approbation. L’écrivain a hésité trois secondes. Puis il a contre-attaqué :
– Je suis menteur par vocation, a-t-il hurlé. Je me régale à mentir. La littérature est le seul moyen que possède un véritable menteur pour se faire accepter socialement.
Il a ensuite ajouté, plus sobrement, en baissant la voix, que la grande différence entre les dictatures et les démocraties, c’était que dans le premier système il n’y a qu’une vérité, la vérité imposée par le pouvoir, alors que dans les pays libres chacun a le droit de défendre sa propre version des événements.La vérité, a-t-il dit, est une superstition. Louis Félix, cette idée l’a impressionné.
– Je pense que ce que je fais est une forme avancée de la littérature, m’a-t-il confié. Moi aussi je crée des intrigues, j’invente des personnages, mais au lieu de les garder prisonniers dans un livre je leur donne vie, je les jette dans la réalité.
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Le mois espagnol (et lusophone) est chez Sharon, les logos sont concoctés par Belette

 

Les intermittences de la mort – José Saramago

L’action se passe dans un pays qui ne sera pas nommé, on sait cependant qu’il s’agit d’une monarchie constitutionnelle, à la population majoritairement catholique.
Un 31/12, d’un seul coup, la mort arrête sa moisson : plus personne ne meurt dans ce pays de 10 millions d’habitants.
Passé le moment de stupeur, la population alterne entre euphorie (l’immortalité tout de même !!) et la dépression (les malades ne meurent plus mais restent agonisants !)
Apres quelques passages très drôles sur le rôle des fossoyeurs, des assureurs sur la vie, une famille trouve « la solution »  à ce problème de non-mort. Mais je n’en dirai ps plus sur l’histoire qui sait se renouveler : 300 pages sur la vacance de la mort cela m’aurait semblé un peu long.
Que de trouvailles dans ce roman… entre l’Eglise, la maphia (ceci n’est pas une faute de frappe, j’ai bien écrit maphia), la monarchie, les journalistes, les pays voisins …tout le monde en prend pour son grade…
Quant à la mort ? C’est un personnage à part entière (presque en chair et en os (osons !) qui découvrira que la vie peut avoir du sens …
Un livre déconcertant avec des phrases longues, alambiquées, et aussi une absence de majuscule aux noms propres qui m’a un peu gênée … après l’aveuglement, je compte bien poursuivre avec l’auteur … qui nous a fait faux bond en 2010…

 

un extrait

Pendant ce temps, le premier ministre parle au téléphone avec le roi, il lui explique pourquoi il avait décidé de ne pas lui faire part de la lettre de la mort et le roi répond que oui, il comprend parfaitement, alors le premier ministre lui dit qu’il regrette infiniment le dénouement funeste que le dernier coup de cloche à minuit imposera à la vie ne tenant plus qu’à un fil de la reine mère, et le roi hausse les épaules, mieux vaut pas de vie du tout que ce peu de vie-là, aujourd’hui elle, moi demain, d’autant plus que le prince héritier commence déjà à trépigner d’impatience et à demander quand viendra son tour d’être roi constitutionnel. Cette conversation intime terminée, assortie de touches de sincérité inusitées, le premier ministre donna à son chef de cabinet l’ordre de convoquer tous les membres du gouvernement pour une réunion de de la plus haute urgence, Je veux tout le monde ici dans trois quarts d’heure, à vingt-deux heures précises, dit-il, il faudra que nous discutions, approuvions et mettions en œuvre les palliatifs nécessaires pour réduire à un minimum le chaos et la chienlit de toute nature que la nouvelle situation ne manquera pas d’engendrer dans les prochains jours, Vous voulez parler de la quantité de défunts qu’il va falloir évacuer en un laps de temps record, monsieur le premier ministre, Ça, c’est encore ce qui importe le moins, mon cher, les établissements de pompes funèbres existent pour s’occuper de ce genre de problèmes, d’ailleurs pour eux la crise est finie, ils doivent être en train de se frotter les mains et de calculer ce qu’ils vont gagner, par conséquent qu’ils enterrent les morts comme c’est de leur ressort, mais nous il nous incombe de nous occuper des vivants, par exemple, d’organiser des équipes de psychologues pour aider les gens à surmonter le traumatisme de devoir à nouveau mourir alors qu’ils étaient convaincus qu’ils vivraient à tout jamais, Oui, cela sera sûrement très pénible, je l’avais pensé moi-même, Ne perdez pas de temps, que les ministres rassemblent leurs secrétaires d’état respectifs, je les veux tous ici à vingt-deux heures tapantes, si quelqu’un vous pose la question, dites qu’il est le premier à être convoqué, les ministres sont comme des enfants en bas âge, ils sont friands de bonbons.

 

Le mois espagnol (et lusophone) est chez Sharon, les logos sont concoctés par Belette

 

Et participation (en retard) pour le challenge de madame Lit (Mars était le mois pour lire un Prix Nobel – José Saramago a eu ce prix en 1998)

Sans nouvelles de Gurb – Eduardo Mendoza

Genre : Roman humoristique tenu sous la forme d’un journal – A la recherche du Gurb perdu

Le narrateur est un extra terrestre, en mission sur Terre.
Il a atterri dans son vaisseau spatial avec son subordonné (le Gurb du titre)
Il envoie celui ci en mission pour découvrir la terre et surtout les moeurs de ses habitants.
Ces extraterrestres ont la particularité de pouvoir prendre une apparence humaine.
Il faut donc vous imaginer Gurb sous les traits passe-partout de Madonna 🙂
Quant au narrateur, il va prendre des traits différents tous les jours (car il se lance à la recherche de Gurb qui disparaît des le début de sa mission)
Le narrateur n’ a aucune idée du fonctionnement des humains et cela donne des situations pétillantes et inattendues du fait de sa naïveté et de son franc-parler.

C’est un livre qui m’a bien fait rire par son comique de situation et de répétition.
Je pense être passée à côté de pas mal de gags (car je n’ai pas fait espagnol et il me manque des références culturelles autour de l’histoire espagnole)
Sur ce, je vous quitte, j’ai des beignets à finir et Madonna m’attend…

 

Quelques extraits

20 h. 00 J’ai tant marché que mes chaussures fument. J’ai perdu un talon, ce qui me force à un déhanchement aussi ridicule que fatigant. J’enlève mes chaussures, j’entre dans un magasin et, avec l’argent qu’il me reste du restaurant, j’achète une paire de chaussures neuves moins pratiques que les précédentes, mais fabriquées dans un matériau très résistant. Equipé de ces nouvelles chaussures appelées skis, j’entreprends de parcourir le quartier de Pedralbes.

* *

15 h 00 Je décide de parcourir systématiquement la ville au lieu de rester toujours au même endroit. Ainsi les probabilités de ne pas trouver Gurb seront dix fois moins élevées, soit 900° millions, ce qui laisse encore le résultat incertain. Je marche en suivant le plan héliographique idéal que j’ai incorporé à mes circuits internes en quittant le vaisseau. Je tombe dans une tranchée ouverte par la Compagnie Catalane du Gaz.
15 h 02 Je tombe dans une tranchée ouverte par la Compagnie Hydroélectrique de Catalogne.
15 h 03 Je tombe dans une tranchée ouverte par la Compagnie des Eaux de Barcelone.
15 h 04 Je tombe dans une tranchée ouverte par la Compagnie Nationale du Téléphone.
15 h 05 Je tombe dans une tranchée ouverte par l’Association des riverains de la rue Corcega.
15 h 06 Je décide de renoncer au plan héliographique idéal et de marcher en regardant où je mets les pieds.

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Le mois espagnol est chez Sharon, les logos sont concoctés par Belette

Requins d’eau douce – Heinrich Steinfest

La victime, un homme très sportif, est retrouvé mort dans une piscine sur un toit-terrasse dans la ville de Vienne 🙂
Le meurtrier présumé est un requin:-) Il manque au cadavre une jambe et une main (non retrouvées dans la piscine).
L’enquête est confiée à l’inspecteur Lukastik. C’est la quatrième, qui raconte tout cela, qui m’a motivée à lire ce roman. Le fait est que j’avais adoré un autre livre d’Heinrich Steinfest (le poil de la bête).
Si vous aimez les livres avec beaucoup de rebondissements, de l’action, ce livre n’est pas fait pour vous : l’enquêteur est lent (ce n’est pas un défaut pour moi), l’histoire est racontée de son point de vue. Parfois pendant une page entière, l’auteur décrit tout ce qui passe par la tête de Lukastik avant de décrocher son téléphone. Les digressions sont nombreuses (philosophiques et musicologiques) et le lecteur voit quand l’inspecteur se fourvoie dans son enquête. le personnage n’en est que plus humain.
La fin ne m’a pas totalement convaincue mais j’ai tout de même passé un bon moment avec cet inspecteur qui sort des sentiers battus.

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Un extrait 

D’un geste du bras, le Dr Paul indiqua à Lukastik une chaise libre, tandis que de l’autre main il désignait le cadavre en disant :
– Il n’y a plus de doute. Cet homme a été tué par un requin.
Devant lui, alignés sur une plaque de verre posée sur un papier, se trouvaient plusieurs petits fragments. Il souleva l’un d’eux à l’aide d’une pincette, l’exposa à contre-jour et expliqua qu’il s’agissait d’un bel exemple de dent de requin.
– Et regardez ceci, dit-il en montrant un minuscule objet semblable à un caillou, qui luisait d’un éclat métallique. C’est une dent cutanée.
– Une dent cutanée ?
– Moi non plus, je ne connaissais pas, j’ai du faire un tour rapide sur Internet. Ça m’est toujours un peu désagréable.
– Qu’est-ce qui vous êtes désagréable ? D’aller sur Internet ?
Oui, fit Dr Paul. On a l’impression de tricher. Comme si on allait chercher son savoir dans une zone interdite. Comme si on braconnait sur le terrain de chasse des incultes et des anti-sportifs, de ceux qui, d’une pression de touche ou presque, font leurs courses au supermarché.
–Et donc, dans ce supermarché, vous êtes tombé sur des dents cutanées, en déduisit Lukastik.
– Des écailles placoïdes, précisa le Dr Paul, sur lesquelles reposent de belles petites dents en émail, d’une dureté incroyable. Un dispositif vraiment très pratique : atténue les frottements et protège comme une cotte de maille. Car le requin lui aussi n’est qu’une créature de chair, c’est-à-dire vulnérable. On a tendance à l’oublier quand on voit la bestiole. Les requins ne sont pas des insectes, ils n’ont pas leur robustesse : ils sont plutôt sensibles, craintifs, indolents. Mélancoliques. La plupart d’entre eux sont des vivipares, avec en plus une longue durée de gestation. Ça engendre forcément la mélancolie.
– Voilà qui n’est plus très scientifique, constata le policier.
– C’est vrai, je m’égare. Donc, j’ai trouvé dans le corps du mort les fragments de dents d’un requin, dents de la mâchoire et dents cutanées. La taille et la nature des blessures, sans oublier le fait que notre mort a eu la main et la jambe arrachée, semblent indiquer un poisson d’un certain volume. Cela dit, compte tenu de la faible profondeur du bassin, inutile de fantasmer sur une créature de cinéma de six mètres.
– Compte-tenu de la présence d’un bassin d’eau douce chlorée, on ne devrait pas pouvoir fantasmer du tout.
– Je suis de votre avis. L’homme a été tué ailleurs. Et nous devons évidemment supposer que ces blessures caractéristiques lui ont été infligées de façon artificielle. Que quelqu’un a simulé une attaque de requin avec minutie et compétence – sans compétence excessive, espérons le – qu’il a sectionné la jambe et la main comme l’aurait fait un requin et appliqué sur le mort des segments corporels du poisson.
– Et tout le sang ?
– Tout le sang? Je dirais plutôt qu’il y en a tout sauf assez. Si l’homme avait été tué dans le bassin on l’aurait sorti d’une soupe rouge, pas d’une petite ou légèrement teintée, d’un bouillon clair. Non, on ne peut pas vraiment parler d’une grande quantité de sang. Le mort s’était sans doute quasiment vidé avant d’être transféré. Le cadavre n’en était pas moins… Disons qu’il n’en était pas moins frais.
C’est-à-dire ?
Que l’homme est mort au cours de la nuit, probablement lors de la seconde moitié. Tout a dû se passer très vite, les préparatifs visant à simuler l’attaque, le déplacement du corps. Sans doute entre deux heures et quatre heures du matin.

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Challenge polar chez Sharon et Challenge animaux du monde chez Sharon