Ils vont tuer Robert Kennedy – Marc Dugain

LC avec Edualc 

Quand la petite histoire se mêle à la grande…..

 

Un sexagénaire, prof d’histoire à l’Université retourne sur les lieux de son enfance, avec Lorna son ancienne étudiante et compagne actuelle.

On apprend dans le premier chapitre qu’il a été très heureux jusqu’au moment il y a eu un drame familial. Le lecteur connaitra ce drame bien plus tard et Marc Dugain nous prend par la main alternant les chapitres sur la vie de ce professeur d’université (nommé O’ Dugain, son presque double ?)  avec des chapitres sur la vie de John Fitzgerald Kennedy et de son frère Robert.

Côté famille du narrateur : Le père du narrateur, psychiatre soignant les anciens déportés par l’hypnose est très distant, limite indifférent, sa grand-mère est juive et  a survécu en France à la guerre de 40 et sa mère est irlandaise et reste plus dans l’ombre. Son père et sa grand mère ont dû quitter la France au début des années 50 pour le Canada et ils ne parlent quasiment jamais de cette époque…L’assassinat de JF Kennedy en 63, quand le narrateur a  9 ans, le marque énormément.

Le narrateur, qui a seize ans à la mort de sa mère et dix-sept à la mort de son père (deux suicides étant la version officielle), est persuadé que la mort de ses parents est en lien avec celle de Robert Kennedy. C’est là qu’a résidé tout l’intérêt de ce livre pour moi : au-delà de l’enquête qu’il mène, j’ai essayé de faire la part des choses entre les évènements historiques relatés et les interprétations de ce professeur ; passionnant et quasiment impossible, je ne sais absolument pas quelle part d’invention et de réalité sont présentes dans ce roman où j’ai appris énormément de faits sur les deux Kennedy.

A un moment, on trouve l’auteur sensé et convaincant et deux pages après on a l’impression de se retrouver dans la peau d’un paranoïaque de la plus belle sorte…

En conclusion : intéressant et déstabilisant…..

* *

Trois extraits :

 

En fait, une curieuse prémonition m’avait amené à penser, quelque part dans un coin de mon esprit, que la mort de mes deux parents était liée à celle des Kennedy. Cette prémonition, que l’on pourrait tout aussi bien considérer comme une illumination, datait de mon adolescence, et c’est elle qui m’avait orienté vers des études d’histoire contemporaine où je m’étais spécialisé dans « la passion Kennedy », titre de mes travaux. « Passion » s’entendait comme le martyre des deux frères.

 

* *

L’Amérique est alors le pays qui exerce la plus grande pression sur les individus quant à la réussite. Au-delà du bien et du mal, on sépare les gagnants et les perdants. C’est dans ce terreau de réprouvés que se dessinent ces destins de tueurs solitaires les plus nombreux du monde.

* *

La contre-culture a compris très vite que ce mouvement, miné par la drogue et les bonnes intentions, qui vendait de l’amour à crédit, allait se fracasser sur la réalité, celle d’un monde poussé par la force irrésistible de l’appropriation. La dimension spirituelle de notre mouvement était empruntée à la brocante de l’esprit amérindien, à des philosophies d’Extrême-Orient qui, à l’usage, n’avaient pas eu de meilleur effet sur les instincts primaires des individus. De cette pause de quelques années dans la course à l’accumulation et à la prédation, il restera, pour ceux qui ont survécu au voyage psychédélique, une impressionnante créativité musicale, cinématographique et, surtout, une libération sans précédent de la condition féminine.

 

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Au revoir 2017 ….

Voici venu le temps du rire et des chants  du bilan de lecture 2017

Dans la catégorie « pavé romanesque »  : La fiancée américaine de Eric Dupont

Dans la catégorie « biographie romancée » Légende d’un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant

Meilleure « Lecture Commune » :  La mémoire est une chienne indocile d’Elliot Perlman 

Catégorie « auteur le plus apprécié de l’année » :  Du domaine des murmuresLa terre qui pencheLe cœur cousu de Carole Martinez

Catégorie « Le livre le plus surprenant » : Effacement  de Percival Everett à égalité avec Izo de Pascal de Duve et avec La fille automate de Paolo Bacigalupi

Et vous ?  votre coup de coeur 2017 ?

Devinette sur liste de livres

Bonjour à tous

Si vous avez un peu de temps entre deux préparatifs de réveillon, voici une liste de livres que j’ai noté en lisant un ….livre. Il faut trouver le livre et l’auteur en question : A vous de jouer !

La rôtisserie de la reine Pédauque – Anatole France 

Saint Glinglin – Raymond Queneau 

Papillon de nuit – James Sallis 

1275 âmes – Jim Thomson 

L’affreux pastis de la rue des merles – Carlo Emilio Gadda 

Les sept boules de cristal – Le temple du soleil – Hergé

L’introuvable – Dashiell Hammett

Le pêcheur de serpents – Marcel Le Chaps 

Monsieur Zéro – Jim Thomson

Les choses – Georges Perec 

Les diaboliques – Jules Barbey D’Aurevilly 

L’ensorcelée,  La bague d’Annibal,  Mémoranda – Jules Barbey D’Aurevilly 

Touchez pas au grisbi – Albert Simonin

Maigret et Simenon (pas de titre cité, Maigret au Picratt’s? pour la blanquette de veau )

La mort du Maestro – Raoul Whitfield

Tout dans le coffre – Loren D. Estleman

Ne fais pas à autrui – Arthur Lyons

Le quai des eaux troubles – Ted Wood

Madame Bovary – Gustave Flaubert 

Don Quichotte – Miguel de Cervantes

Zazie dans le métro – Raymond Queneau 

En attendant Godot – Samuel Beckett

La divine comédie : L’enfer –  Dante 

Des clics et des cloaques – Jim Thomson

A la recherche du temps perdu – Albertine – Marcel Proust  

Vaurien – Jim Thomson  

Arsène Lupin – Maurice Leblanc

Jim Thomson, coucher avec le diable – Michael MacCauley

On achève bien les chevaux – Horace McCoy

Mémoires d’outre-tombe – François René de Châteaubriand

Les arnaqueurs – Jim Thomson 

Le lien conjugal – Jim  Thomson 

La disparition – Georges Perec 

La cosmogonie macroqa – Francis Mizio (pas trouvé trace de ce livre !)

On tue aussi les anges – Kenneth Jupp

Les enfants du limon – Raymond Queneau 

L’étranger – Albert Camus

Feu follet – Pierre Drieu la Rochelle 

Le ventre de Paris – Emile Zola 

Ulysse – James Joyce 

Tropique du cancer – Henry Miller 

La muse gaillarde – Raoul Ponchon

Le privé du Cosmos – Kilgore Trout  (pseudonyme de Philipp Jose Farmer)

Abattoir 5, Le breakfast du champion  – Kurt Vonnegut 

Les raisins de la colère – John Steinbeck

Hamlet –  William Shakespeare  

Poisson chat – Jérôme Charyn  

San Antonio – Certaines l’aiment chauve – Frédéric Dard (pas de livres cités précisément)

Robert Sims Reid – Un trop plein de ciel (pas cité de façon explicite)

La petite sœur – Raymond Chandler 

Goethe – les souffrances du jeune …(Détourné) 

La nausée – JP Sartre 

Justine – Lawrence Durrell

Plexus – Henry Miller 

Dans le labyrinthe – Alain Robbe-ggillet 

Le guépard – Giuseppe Tomasi Di Lampedusa 

Petit déjeuner chez Tiffany -Truman Capote

 

Et j’ai bien dû en rater quelques uns 😉

 

Bilbo le hobbit – JRR Tolkien

Dernier billet lecture de l’année avec Bilbo le Hobbit recommandé par Aymeline 

J’ai bien aimé suivre Bilbo dans ses aventures avec les nains à la recherche du trésor et dans son combat contre Smaug (même si à mon goût les poneys n’ont pas un assez grand rôle). Cependant je n’ai  pas  ressenti la magie que j’avais trouvée au « seigneur des anneaux « , lecture  qui m’avait vraiment marquée : Il faut dire que j’avais 20 ans au moment de cette lecture (aujourd’hui j’ai plus du double et Bilbo est quand même très « jeunesse » (j’ai trouvé le ton drôle mais les personnages un peu caricaturaux ) 

Le meilleur moment de cette lecture est que mon fiston m’a vu en lire un chapitre tous les soirs début décembre et qu’il est rentré un soir, hilare, parce que sa prof de français  lui a donné ce livre à lire 🙂 : il l’a d’ailleurs lu deux fois plus vite que moi (il a deviné les pages que j’ai un peu passées vite (l’épisode des araignées) et le verdict est tombé (tout ça ne vaut pas Harry Potter) 

Un extrait :

Jusqu’à la fin de ses jours, Bilbo ne devait jamais oublier comment il s’était trouvé dehors, sans chapeau, sans canne, sans argent, sans rien de ce qu’il prenait généralement pour sortir; il avait laissé son second petit déjeuner àdemi consommé, la vaisselle aucunement faite ; ayant fourré ses clefs dans la main de Gandalf, il avait dévalé le chemin de toute la vitesse de ses pieds poilus, passé devant le grand Moulin, traversé l’Eau et couru sur un mille et plus.

Il était bien essoufflé, en arrivant à Près de l’Eau comme onze heures sonnaient, et il constata alors qu’il avait oublié son mouchoir !

« Bravo ! » s’écria Balïn qui, du seuil, surveillait la route.

A ce moment, tous les autres tournèrent le coin, venant du village. Ils étaient montés sur des poneys, dont chacun était chargé de tout un attirail de bagages, ballots, paquets. Il y en avait un très petit, apparemment destiné à Bilbo.

« En selle, tous les deux, et partons ! dit Thorïn.

– Je suis navré, dit Bilbo, mais je suis venu sans chapeau, je n’ai pas de mouchoir et je n’ai pas d’argent. Je n’ai trouvé votre mot qu’à dix heures quarante-cinq, pour être précis.

– Ne soyez pas précis, dit Dwalïn, et ne vous en faites pas ! Il vous faudra vous passer de mouchoir et de bien d’autres choses avant d’arriver au terme du voyage. Quant au chapeau, j’ai dans mes bagages un capuchon et une cape de rechange. »

Et voilà comment ils partirent de l’auberge par un beau matin juste avant le mois de mai, au petit trot de poneys bien chargés; et Bilbo portait un capuchon vert foncé (un peu délavé par les intempéries) et une cape de même couleur, empruntés à Dwalïn Ils étaient trop grands pour lui, et il avait un air assez comique. Ce que son père Bungo aurait pensé de lui, je n’ose y songer. Sa seule consolation était de ne pouvoir être pris pour un nain, puisqu’il n’avait pas de barbe.

Ils n’avaient pas parcouru beaucoup de chemin, que parut Gandalf, splendidement monté sur un cheval blanc. Il apportait une provision de mouchoirs, ainsi que la pipe et le tabac de Bilbo. Aussi, après cela, le groupe poursuivit son chemin tout à fait gaiement ; on raconta des histoires, on chanta des chansons en chevauchant toute la journée, hormis naturellement les arrêts pour les repas. Ceux-ci ne se produisaient pas tout à fait aussi souvent que Bilbo l’eût souhaité, mais il commençait cependant à trouver que les aventures n’étaient pas si désagréables après tout.

 

 

 

Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Il s’agit du livre préféré d’Aymeline et nous explique tout ici 

La fille automate – Paolo Bacigalupi

Un roman de science-fiction enthousiasmant. D’abord déroutant parce que je connaissais de nom l’auteur et qu’il est américain, alors comme le roman se passe en Thaïlande, cela  m’a surprise au début.

Comme dans le troupeau aveugle, le monde tel que nous le connaissons a disparu et c’est une lutte dans la simple survie pour les humains : tsunamis, montée des eaux, épidémie…mais la comparaison s’arrête là car « le troupeau aveugle » est un livre très sombre, alors que dans celui là il reste un espoir, de l’amour aussi …grâce à Emiko…

Emiko, la fille automate du titre est une « créature » inventée par des chercheurs japonais, elle a été abandonnée en Thaïlande par son « maître » rentré au Japon. Elle tente de survivre dans un bar où elle est maltraitée. La manipulation génétique qu’elle a subie l’empêche de se rebeller et elle est contrainte d’accepter son « esclavage ». En dehors de cette fille automate, l’auteur nous présente une multitude de personnages tous plus fouillés les uns que les autres :  Hock Seng, un chinois, unique survivant d’une très nombreuse dynastie, est assez difficile à cerner. D’un côté, il fait semblant d’aider M. Lake, un américain, de l’autre on sent qu’il joue son propre jeu, sans savoir bien lequel.

Mr Lake, lui, est à la recherche d’un mystérieux savant qui serait capable de créer de nouveaux légumes résistants aux multiples épidémies que connait ce monde….Il y a aussi Jaidee, le policier incorruptible qui fait la chasse aux trafiquants en tous genres, notamment ceux, qui en important des produits génétiquement modifiés, ont également importé des maladies terrifiantes….Sa collègue Kainya prend  également de l’importance au fil des chapitres.

Je me suis énormément attachée à cette fille automate et à tous ces personnages, qui ne sont ni bons ni méchants mais seulement occupés à essayer de survivre et de faire survivre leur famille, nation ou pays…

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Le billet chez Yueyin 

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Un extrait P 56

– Les cheshires sont là, annonce M. Lake.

Hock Seng regarde dans la direction indiquée par le yang guizy. À la périphérie des flaques de sang, les formes tremblotantes des félins sont apparues, mélanges d’ombre et de lumière attirés par l’odeur de charogne. L’Américain grimace de dégoût, mais le Chinois a un certain respect pour les chats de l’enfer. Ils sont malins, florissants là où on les méprise, presque surnaturels dans leur ténacité. Parfois, on dirait qu’ils flairent le sang avant même qu’il ne coule. Comme s’ils entrapercevaient l’avenir et savaient d’où viendrait leur prochain repas. Les miroitements félins s’approchent furtivement des mares de sang. Un boucher en éloigne un d’un coup de pied, mais il y en a trop pour les repousser et sa réaction est sans conviction.

Lake avale un autre trait de whisky.

– Nous ne nous en débarrasserons jamais.

– Il y a des enfants pour les chasser, explique Hock Seng. Une prime n’est pas si coûteuse. Le diable d’étranger grimace son mépris.

– Nous avons des primes aussi dans le Midwest.

Nos enfants sont plus motivés que les vôtres. Mais le vieil homme ne conteste pas les mots de l’étranger. Il proposera la prime de toute manière. Si on laisse les chats s’installer, les ouvriers lanceront des rumeurs que les Phii Oun, le farceur cheshire, a causé la calamité. Les chats de l’enfer clignotent, tachetés et roux, noirs comme la nuit – ils apparaissent et disparaissent tandis que leur corps prend les couleurs de l’environnement. Dans la flaque de sang, ils sont rouges.

Il a entendu dire que les cheshires ont été créés par un cadre des calories, un homme de PurCal ou d’AgriGen sans doute, pour l’anniversaire de sa fille. Un cadeau d’anniversaire quand la petite princesse a atteint l’âge de l’Alice de Lewis Carroll.

Les invités de l’enfant sont repartis avec leurs nouveaux animaux de compagnie, qui se sont accouplés avec des félins naturels. En vingt ans, les chats de l’enfer s’étaient répandus sur tous les continents tandis que le Felis domesticus disparaissait de la face du monde, remplacé par une chaîne génétique dominante dans 99 % des cas. Les bandeaux verts de Malaisie haïssent autant les cheshires que les Chinois mais, d’après ce que sait le vieil homme, les chats de l’enfer y prospèrent encore.

 

 

 

J’étais derrière toi – Nicolas Fargues

 

Un roman étrange.  Le narrateur est un homme, trentenaire, marié, deux enfants. Au début je l’ai trouvé égoïste et « à baffer ». Il a « failli » tromper sa femme, lui avoue sa demi-trahison, lui dit qu’il la quitte pour se rétracter 20 minutes après.

Un mufle quoi !

Et puis sa femme (on n’aura pas sa vision des choses) se venge de la presque adultère. C’est l’escalade dans leur rapports, scènes, crise de larmes, coups, masochisme et déchirements..

Pour faire le point, le narrateur part un week-end en Italie avec son père et sa belle-mère. En Italie il rencontre Alice qui lui fait des avances.

En Italie le narrateur ne m’agace plus il m’est même presque sympathique, et puis sa femme, si ce qu’il dit est vrai est « gratinée », pas étonnant qu’il ait besoin d’air et d’aventures…

Le style est un style plus « parler » qu’« écrit » comme une longue confession qu’il adresse à un ami. Ce style m’a un peu gênée au début mais il n’en est que plus réel. Le premier agacement passé, ce livre m’a beaucoup plu, avec ce narrateur plein de contradictions et de sensibilité.

 

Un extrait :

Je pense que je suis trop sensible. Je pense que je suis trop orgueilleux. Je pense que l’orgueil et la sensibilité ont fait de moi un salaud. Je pense que, tout compte fait, je n’ai pas supporté d’être trompé. Je pense qu’il ne faut pas que j’oublie que, dans toute cette histoire, c’est moi qui ai porté le premier coup, le pire. Mais je pense aussi que premier coup pas, tout ce qui est arrivé devait arriver. Je pense que je me suis sauvé la vie. Lorsque l’image d’Alex me vient à l’esprit  je procède à d’énormes efforts d’autosuggestion : non, tu ne peux et ne doit pas te sentir  responsable d’elle. Je me rends compte que le bon sens et la logique n’y font rien : une si longue et si forte relation surpasse tous les refuges de la rationalité et de l’évidence : je suis coupable. Je n’avais pas le droit de faire une chose pareille. Pas après nous être tant aimés avec Alex. Nous nous étions fait trop de promesses, notre union était une telle évidence, j’ai ni plus ni moins brisé un pacte sacré de confiance. Je pense que cela me tue d’avoir renoncé à Alex après l’avoir tant aimée. Je me demande avec effroi si je l’aime encore. Je pense aussi que toute cette histoire peut se résumer à une constatation simple : Alex, ses exigences, son caractère, c’était trop pour moi. Que je n’étais pas celui qui lui fallait, que j’ai voulu essayer de tout mon être. Que, au bout du compte, je n’ai pas été à la hauteur et puis que j’ai fini par jeter l’éponge, point à la ligne. Qu’on ne peut pas vivre avec une femme qu’on craint trop, qu’on redoute jusque dans le lit. Que la vie n’est pas faite pour cela. Je pense que l’on s’est connu très jeunes et que nous avons payé au prix fort, l’un comme l’autre, notre inexpérience de la vie. Je pense à la belle formule d’un ami, dans sa lettre récente : « Votre couple, c’était un peu l’alliance d’un alezan  et d’une lionne, duo splendide ô combien !, mais attelage imprévisible et imprévoyant. » Je pense : Erreur de casting.

 

 

La contrainte chez Philippe est « verbe être » pour cette 35ème session

Le troupeau aveugle

Ecrit en 1972, ce roman d’anticipation n’est pas loin de la réalité presque cinquante ans plus tard. Le monde est pollué, au-delà du tenable, les personnes sont malades (pas de la peste mais pas loin)

Il faut des bouteilles à oxygène pour traverser certaines rues, la mer méditerranée est une mer morte, quelques idéalistes essaient de vivre plus sainement en faisant pousser leurs légumes bios mais sont pourchassés par des multinationales avides de profits…bref un livre dérangeant …quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?

Un livre très dense, où on assiste à des émeutes, plus loin on comprend qui est derrière tout cela : alors volonté de nuire ou inconscience ?  c’est la loi du chacun pour soi dans un monde qui se délite.

Les narrateurs sont multiples : journalistes, médecins, femmes au foyer, Austin Train un militant qui a prédit la catastrophe depuis longtemps, des témoignages de survivants d’un monde qui court à sa perte.

Glaçant….

 

* * 

Quelques extraits :

 

Kitty Walsh ? Asseyez-vous. J’ai de mauvaises nouvelles, mais j’ai bien peur que vous ne soyez pas la seule fautive. Vous n’auriez jamais dû garder ça si longtemps. Vous avez une salpingite aiguë, (c’est à dire une inflammation des trompes de Fallope, des ovaires jusqu’à l’utérus). Vous ne pourrez jamais avoir de bébé.”

– “Vous appelez cela une mauvaise nouvelle ? Qui voudrait faire venir un bébé dans ce monde pourri ?”

* *

-“Mman” fit le petit garçon d’une voix sérieuse,

– “Je te déteste.”
Et il lui enfonça dans le ventre le couteau du boucher qu’il avait apporté.

 

 

 

Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Livre recommandé par Mo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La gifle – Roxanne Bouchard

 

La gifle – Roxanne Bouchard

 

Pour ce dernier jour du mois québécois, voici un très court roman (107 pages) qui a su me convaincre.

L’auteure Roxane Bouchard alterne des passages « théoriques » numérotés de I à VII sur ce qu’est une gifle (à ne pas confondre avec une mornifle, une claque ou une taloche) avec des chapitres numérotés de 1 à 7, plus « pratiques », où la tension monte : on devine assez vite qui va être le fameux giflé mais qui peut être le (ou la) giflante ? Avec un ton qui ne manque pas d’humour, Roxane nous emmène au Québec mais dans un Québec qui pourrait aussi se passer en Italie car ce roman met en scène des familles d’origines italiennes vivant à Québec.

Alors qui de la Mamma Gonores Minella, de sa rivale Angelina Galvani, de la galeriste Isabella di Stephano, de la future mariée Alicia Galvani, ou d’un de ses 12 frères (12 ! ) ou de la pulpeuse peintre Camelia Soriano va claquer, gifler ? et pour quel motif ?

Jubilatoire 🙂

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Un extrait (Chapitre I) :

Au Québec, on ne giflait pas. On fessait, on donnait des volées, des raclées, des coups de poing. Des fois, on se faisait swigner une claque en arrière de la tête, on recevait une tape ou une taloche. Même la baffe ne faisait pas partie des activités courantes. La limite de l’exotisme, chez nous, c’était de se faire sacrer une mornifle.

La gifle et tous ses dérivés européens : le soufflet, la beigne, la calotte, la giroflée (à cinq feuilles), la mandale, le pain, la Talmouse, la tarte et la torgnole ne faisaient  pas, pour ainsi dire, partie de nos élans quotidiens.

Et pour cause : nos ancêtres, ces trapus Canadiens français qui maniaient courageusement la charrue dans la glèbe d’un pays dur, n’avaient pas vraiment de temps à perdre avec ces frivolités de la cour. Quand un homme a une terre en bois debout à défricher  à la hache pour faire vivre sa famille, on peut comprendre que les galanteries coquines, les mœurs aristocratiques, les duels de bout d’épée et les soufflets vengés par le Cid lui passent  cent pieds par-dessus la tête.

Aussi, pour remettre un voisin à sa place, le Survenant optait pour une solide bagarre à grands coups de poings sur le bord de l’étable alors que, pour activer les enfants paresseux, le coup de pied au cul avait généralement la cote.

Nous appartenons à un peu peuple vaillant qui a construit ses terres malgré l’hiver et les moustiques. Nous avons hérité de l’orgueil rugueux du labour et du réflexe qui fesse. C’est pourquoi, quand on abordait jadis le sujet de la gifle devant nos ancêtres, ils étiraient dédaigneusement un petit sourire en coin. Pour eux, la gifle, c’était une moumounerie pompeuse imitant le salut coincé de la reine d’Angleterre.

Ce n’est qu’en juillet 1972, dans un petit village du Bas-du-Fleuve, que la première gifle a brutalement retenti sur une joue québécoise, importée par une main italienne.

 

Le mois de novembre est québécois chez Yueyin et chez Karine

 

Création du Grand Prix des Blogueurs Littéraires

Aux urnes 🙂 chez Agathe 🙂

Agathe The Book

Longtemps, les blogueurs ont été peu reconnus et peu crédibles. Petit à petit, ils sont devenus réellement influents par la multiplicité et la visibilité des réseaux. L’avènement d’instagram et de chroniques accessibles à tous a renforcé cette influence, là où la bienveillance et l’ouverture d’esprit des blogueurs contrastent de plus en plus avec l’avis tranchant ou biaisé des grands intouchables de la littérature française.
N’ayant souvent comme formation littéraire que leur expérience et leur amour des livres, ils sont pour autant tout à même d’émettre une critique fondée sur le style narratif ou l’intrigue d’un roman. Les auteurs recherchent de plus en plus leurs avis et les maisons d’édition font appel à eux pour nombre de partenariats. L’absence notable de rémunération leur confère ainsi une impartialité et objectivité uniques. Les blogueurs et les blogueuses sont avant tout des passionnés ouverts sur le monde, ayant à coeur de partager leur centre…

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Griffintown – Marie-Hélène Poitras

Griffintown – Marie-Hélène Poitras

Ouvrir un livre québécois est toujours une aventure parce que le livre est écrit en français mais un français qui peut nous surpendre à tout moment, comme ça, au détour d’un paragraphe.

Dès l’incipit de Griffintown on est ailleurs :

Le jour se lève sur Griffintown après le temps de survivance, les mois de neige et de dormance.

[..] Derrière l’écurie, le ruisseau a dégelé et ses eaux noires courent vers le canal, vives et furieuses. Il a beaucoup neigé en avril. Une âme bienveillante a dilué un peu de vodka dans les abreuvoirs pour que les rares chevaux qui restent puissent boire pendant la saison froide. L’oscillation constante entre gel et dégel a sévèrement entaillé les rues, les transformant en véritables pièges à calèches. Il faut avoir connu les jours et les nuits de Griffintown pour entrevoir dans ce décor ingrat la possibilité d’un été fécond.

 

Quelques mots sur l’histoire : Billy le lad s’occupe toute  l’année de l’écurie, Paul le patron est plus un gestionnaire.  Cette écurie se trouve à quelques centaines de mètres du métro à Québec mais c’est déjà un autre monde : le monde des calèches et des cochers, dont le métier est de « promener les touristes » dans Québec (à mi-chemin donc entre des cow-boys et des attrape-nigauds). C’est un monde dur que décrit Marie-Hélène Poitras, un monde de laissé-pour-compte qui ne vivent et ne travaillent que six mois dans l’année, au contact de ces fameux chevaux et qui le reste du temps essayent de survivre à l’hiver.

Dans les premières pages on sait que le patron de l’écurie va mourir, assassiné. Par qui ? pourquoi ? c’est un peu le sujet du livre mais pas tant que ça, le sujet est surtout de décrire ce monde au bord de la disparition, un monde  où il n’y a pas réellement de lois.

On a liquidé le patron. L’ordre des choses, jusque-là immuable, vient d’être renversé. Il y aura des questions d’honneur à soupeser, peut-être une vengeance à orchestrer et probablement un message à décoder. Les hommes de chevaux vont devoir rétablir la justice ou s’en fabriquer une et l’imposer. En règle générale, les policiers ne viennent pas au Far Ouest ; les autorités laissent les hommes de chevaux régler leurs affaires entre eux, en autant que leurs histoires ne débordent pas les frontières du territoire. Ce qui se passe à Griffintown reste à Griffintown ; il en a toujours été ainsi.

 

Le meurtre du patron n’est pas à l’avant de la scène, plutôt même un prétexte : on suit surtout les débuts professionnels de Marie, jeune femme naïve, qui veut vivre aucontact des chevaux et de la nature. Elle se lance, pleine d’enthousiasme, dans sa première saison en tant que cochère.

 

Extrait (page 83)

Sur le chemin du retour, John réitère ses conseils une dernière fois : « Parle des Indiens aux touristes européens, d’architecture et d’histoire aux Américains, pointe le magasin de costumes aux familles et rappelle aux rares Montréalais qui montent à bord la signification du « je me  souviens ». Pique par les tronçons de ruelles lorsque c’est trop engorgé ailleurs, évite le plus possible les segments de la rue Saint-Paul en pavé uni – ravageur pour les sabots –, prends garde de rester prise dans la pente de la côte Bonsecours à un feu rouge, et si c’est sur le point d’arriver, pars au trot voire au galop, épargne ton cheval. Les stands devant la basilique et en bas de la place Jacques-Cartier sont le territoire des cochers expérimentés, tant que tu sauras pas reculer, évite-les et  garde un profil bas. Si un touriste te tape sur les nerfs, tu le fais descendre, exactement comme Alice a fait avec toi, souviens-toi qu’il y a un seul maître à bord de la calèche : le cocher. Méfie-toi des camions qui transportent un baril de ciment pivotant ; certains chevaux, convaincus que le baril va leur rouler dessus, s’emballent lorsque les camions s’approchent d’eux. Évite de mettre ton fric dans le coffre arrière quand le Rôdeur surveille ta calèche, et quand tu sollicites les touristes, ça se fait entre le nez de ton cheval et le coffre de la calèche, ne dépasse pas les limites de ton territoire – comme chez les putes.  Tiens-toi loin de la Mouche. De toute façon, tu dois pas être le genre de fille qui emprunte du fric à un shylock… Change la couche de ton cheval dès qu’il y a du crottin dedans, sinon les mouches arrivent et les cochers vont te tomber dessus. Et je ne parle même pas des résidents du quartier, qui nous haïssent presque autant que les chauffeurs de taxi. Ici, ta place, faut que tu la gagnes. T’auras pas à te rapporter à Billy. Si sa calèche et son cheval reviennent intacts, que tu loades un peu et que tu ramènes de l’argent à l’écurie, il te laissera tranquille. Ce sont les cochers entre eux qui régissent le milieu. En d’autres mots, si tu fais pas l’affaire, tu le sauras bien assez vite. Dernière chose : à la fin de la journée, garde ton fouet pas trop loin, comme je te l’ai enseigné. Un cocher rentre à l’écurie les poches pleines et ça se sait. »

 

En conclusion : frais et rude à la fois, dépaysant et plein d’humour, une réussite.

Le mois de novembre est québécois chez Yueyin et chez Karine