Que lire un 17 octobre ?

Nous avons fini vers quatre heures. À la suggestion de Ronnie, nous sommes allés boire deux trois pintes au Bolchévik. Je n’avais pas envie d’y aller, mais refuser aurait paru impoli. Je n’avais pas envie de ressembler à un diplômé de la fac, ni à un être humain, ni à rien de tel.
Le Bolchévik était un vieux bar du centre-ville, à la décoration et à la propreté douteuse. Il avait été ouvert au début des années vingt par le seul communiste d’Irlande. D’abord baptisé l’Octobre 17, il devint le Lénine parce que les clients demandaient sans arrêt ce qui s’était passé le 17 octobre. Le Lénine fut rebaptisé le Trotski, puis le Staline – qui jouit d’une brève popularité durant les dernières années de la Seconde Guerre mondiale –, puis le Khrouchtchev, le Gagarine, le Révolution, nom aussitôt abandonné au début des Troubles, et ensuite le Bolchévik. Le premier propriétaire était mort depuis belle lurette, mais ses descendants respectaient scrupuleusement les traditions de la nomenclature soviétique. Malheureusement les citoyens surnommaient aussi le Bolchévik la Chaude Bique et l’établissement était surtout fréquenté par des protestants réactionnaires de l’espèce la plus intransigeante. Il n’y avait pas de révolutionnaire et Rajinder ne se joignait jamais à nous. Au Bolchévik , Ronnie était toujours immensément heureux. Lui et les autres colons s’y sentaient chez eux, au cœur de leur destin.
J’ai échangé quelques platitudes éculées avec mes camarades de chantier. Ils m’ont encore reproché mon voyage imminent dans le Train de la Paix. Ils sont devenus sérieux. Ils se sont plaints. Ils ont évoqué leur peur de protestants, les conspirations qu’on ourdissait contre eux, Partout, les catholiques gagnaient du terrain, y compris juste en face d’eux s’ils avaient pu le deviner. La Commission du Juste Emploi mettait leurs ennemis sur le marché. Les cathos trouvaient assez d’argent pour acheter des biens dans les bons quartiers protestants où les maisons n’avaient pas de merde sur les murs. Le RUC n’avait même plus le droit de les descendre et lorsqu’un bon protestant foutait dehors l’un de ces infects salopards, et bien , comble du scandale, on le flanquait en prison comme s’il avait commis un crime. Les seins et la formation universitaire en moins, ces gars là me rappelait Aoirghe. Je n’ai rien dit.
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Eureka Street – Robert McLiam Wilson

Que lire un 7 septembre ?

Les bulletins du front devenaient de plus en plus alarmants, et le 7 septembre, juste avant l’aube, nous avons été réveillés par des coups insistants à notre porte. Le voisin de l’appartement d’en face, un médecin, se tenait sur le seuil en hautes bottes militaires, veste de chasse et casquette, sac à dos sur les épaules. Malgré sa hâte, il avait estimé nécessaire de prendre le temps de nous prévenir que les Allemands marchaient sur Varsovie, que le gouvernement avait été évacué à Lublin et que tous les hommes valides avaient la consigne de quitter la ville pour se regrouper sur l’autre rive de la Vistule, où une nouvelle ligne de défense allait être constituée.

Le pianiste – Wladyslaw Szpilman

Que lire un 13 août ?

L’année précédente, en 1925, le 13 août exactement, Pierre épouse Maria Boursin.
Après trente-deux ans de vie commune avec Marthe et parce qu’il l’a trouvée en pleurs en rentrant de voyage, Pierre épouse Maria–Marie.
Quelques jours plutôt, au cours d’une conversation entre amies, l’une d’elle, parlant d’une femme qu’elle n’aimait pas, avait lâché : « Elle est de celle qu’on n’épouse pas. » La phrase a fait mouche. Marthe a revu les années passées aux côtés de l’homme qu’elle aime. Elle s’est sentie tout à coup vieille, inutile, abandonnée, jalouse à en mourir.
Pierre, que l’idée du mariage n’a peut-être jamais effleuré, comprend devant cette détresse que ce que Marthe attend de lui ne peut plus attendre. Après l’aventure avec Renée, le doute a poussé en elle comme un chiendent, renforcé par une neurasthénie latente. Il n’est plus permis à Pierre de se dérober. Que Marthe soit sa muse, son inspiratrice, le patron visible ou dissimulé de ses tableaux, très bien, mais elle a besoin d’un engagement plus profond.

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Elle, par bonheur et toujours nue – Guy Goffette

Que lire un 13 août ?

(Extrait du New York Times, mercredi 13 août 1969, dernière édition.)
« La plus grande évasion collective de l’histoire des établissements psychiatriques de l’État de New York : trente-trois malades du Queensborough State Hospital de Queens se sont évadés hier soir durant une représentation de Hair au Blovill Theater, en plein cœur de Manhattan.
À 2 heures ce matin, dix d’entre eux avaient été repris par la police municipale et le personnel de l’hôpital mais vingt-trois resteraient introuvables.
Les malades étaient restés tranquillement assis durant le premier acte de la célèbre comédie musicale au Blovill Theater, mais ils commencèrent à ménager leur évasion au deuxième acte. La plupart d’entre eux se faufilèrent sur scène en dansant sur la musique de la première partie du deuxième acte « Where do I Go ? », ils se mêlèrent aux acteurs, puis gagnèrent les coulisses et enfin la rue. Les spectateurs ont cru, semble-t-il, que l’intervention des malades faisait partie de la représentation.
Les autorités hospitalières déclarent que quelqu’un aurait visiblement falsifié la signature d’un directeur de l’hôpital, le docteur Timothy J Mann, apposée sur des documents donnant ordre à des membres du personnel de prendre les dispositions nécessaires pour assurer le transport au théâtre de trente-huit malades du service des admissions en affrétant spécialement un car. Le docteur Luke Rhinehart que les documents falsifiés avaient invité à organiser et a dirigé cette expédition a déclaré que, occupé ainsi que les surveillants à retenir les trois ou quatre malades éventuellement dangereux, il avait été dans l’impossibilité de poursuivre la majorité des autres au moment de leur fuite dans les coulisses. Au total, cinq malades furent retenus dans l’enceinte du théâtre.
« Cette excursion n’aurait pas dû avoir lieu à une telle heure ni dans de telles conditions ; elle était en fait ridicule et je le savais, a-t-il dit mais j’ai essayé en vain par quatre fois de joindre le docteur Mann pour l’interroger sur ce que j’avais à faire et, faute d’y parvenir, je n’avais plus qu’à essayer de la mener à bien. »
D’après la police, l’importance de cette évasion collective, le caractère de certains patients qui en font partie, les faux nombreux et compliqués nécessaires pour tromper les membres du personnel responsable, semblent indiquer un complot d’envergure.
Parmi les évadés figurent Arturo Toscanini Jones, membre du Black Party qui avait fait naguère parler de lui en crachant à la figure du maire John Lindsay au cours d’un de ses bains de foule à Harlem, et le hippie bien connu Éric Cannon, dont les admirateurs ont récemment fait scandale pendant la messe de Pâques à la cathédrale Saint-John-the-divine.
La liste complète des évadés n’a pas encore été rendue officielle par les autorités de l’hôpital, qui attendent d’avoir pu prendre contact avec les familles des fugitifs.
La plupart d’entre étaient vêtus d’uniformes kaki et de T-shirt et ne portaient pas de chaussures de ville mais des tennis, des sandales ou des pantoufles. On apprend même, de source digne de foi, que certains étaient en veste de pyjama ou en peignoir de bain.
La police signale que certains malades pourraient avoir des réactions violentes si on l’on tentait de les arrêter et recommande à la population de n’approcher tout fugitif reconnu qu’avec prudence. Elle précise qu’il y a parmi eux demande deux membres du Black Party de Mr Jones.
Au moment de mettre sous presse, une enquête approfondie allait être engagée.
Les responsables du Blovill Theater et de Hair Productions, Inc. ; ont démenti avoir organisé cette évasion à titre publicitaire».

 

 

L’homme-dé – Luke Rhinehart

Que lire le 2 août ?

Elle ne pense presque plus à la guerre. Elle sait maintenant que les Allemands ne viendront pas jusqu’à Montréal, que sa famille n’est pas en danger. Qu’elle ne l’a d’ailleurs jamais été. La peur de l’année dernière s’est donc évanouie au fur et à mesure que les nouvelles, toujours terribles et sanglantes, arrivaient d’Europe où, disait-on, le conflit allait se confiner. Elle a suivi, sans trop le comprendre, le récit pigé ici et là que ses tantes et sa mère faisaient des combats en Pologne, Varsovie qui tient encore bon contre les assauts des hordes allemandes, la description de la fin tragique du steamer anglais Clintonia coulé par un sous-marin ennemi il y a quelques jours, le 2 août.

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La traversée des sentiments – Michel Tremblay

Que lire un 21 juillet ?

– Le jour de sa mort, il était aussi allé se promener en forêt, continua-t-elle. Le matin, au petit déjeuner, il nous a annoncé qu’il avait l’intention de faire une longue promenade. Il espérait voir quelque chose de nouveau, quelque chose qu’il n’avait jamais vu auparavant. Je lui ai fait des sandwichs et je lui ai donné un thermos avec une boisson. Et avant son départ je lui ai rappelé de prendre sa boussole. Au cas où il se perdrait dans la forêt. Elle est très grande, la forêt de l’autre côté de la route, tu comprends.
– Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?
– Ensuite… ensuite Paul a fait quelque chose de très dangereux. Quelque chose que tu ne dois jamais faire. Tu m’entends ? Il est allé sur la voie ferrée. Et quand le train est arrivé, Il devait être absorbé dans ses pensées, ou peut-être qu’il observait un animal ou quelque chose comme ça. Ce qui fait qu’il n’a pas entendu le train et qu’il a été percuté. Et qu’il a été tué.
– Est-ce qu’il a eu mal ? » demandai-je.
Maman secoua la tête. « Je ne crois pas. Ça s’est passé tellement vite. On n’a pas le temps de se demander si ça fait mal ou non. »
Après à l’instant elle continua à raconter, mais sa voix n’était plus la même.
« C’était le 21 juillet l’année avant ta naissance », dit-elle, et c’était comme si elle se parlait à elle-même. « En fait c’était le jour où ils ont marché sur la lune pour la première fois. Je me souviens que j’étais un peu inquiète vers le début de l’après-midi. Comme mal à l’aise. Stéphane était dans la cuisine, en train de faire la vaisselle. Il écoutait la radio. Il chantait une chanson qu’on entendait assez souvent cet été là. It’s the time of the season when your love runs high… Et tout à coup on a sonné à la porte. C’est moi qui ai ouvert. Devant la porte il y avait deux policiers. Ils ont demandé à entrer.

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Mon frère et son frère – Håkan Lindquist

Que lire un 14 juillet ?

On dit qu’il y eut, ce jour, près de deux cent mille personnes autour du monstre –ce qui représente la moitié de la ville, une fois retranchés les nouveau-nés, les vieillards et les malades, cela veut dire que tout le monde y est. Ce doit être une foule prodigieuse, une sorte de totalité. On ne voit jamais ça. La totalité se dérobe toujours. Mais ce matin-là, le 14 juillet, il y a les hommes, les femmes, les ouvriers, les petits commerçants, les artisans, les bourgeois même, les étudiants, les pauvres ; et bien des brigands de Paris doivent y être, attirés par le désordre et l’opportunité incroyable, mais peut-être aussi, comme tout le monde, par autre chose de plus difficile à nommer, de plus impossible à rater, de plus jubilatoire.
Dans la forteresse, l’inquiétude grandit. Le gouverneur grimpe sur les tours. Il entend l’immense foule râler, tout en bas, il la voit qui tribule autour comme un lavis bouillant. On dirait que Paris vient d’être frappée par une immense baguette de sourcier ; de toute part, ça s’écoule, entre les murs jaunis, à travers les jardins et le long des fosses. Il y a des gens partout. Il faut imaginer ça. Il faut imaginer un instant le gouverneur et les soldats de la citadelle jetant un œil par-dessus les créneaux. Il faut se figurer une foule qui est une ville, une ville qui est un peuple. Il faut imaginer leur stupeur. Il faut imaginer le ciel obscur, orageux, le lourd vent d’ouest, les cheveux qui collent au visage, la poussière qui rougit les yeux, mais surtout, la foule de toute part, au bord des fossés, aux fenêtres des maisons, dans les arbres, sur les toits, partout.
Durant sa longue histoire, la Bastille avait été déjà prise trois fois. La première, pendant la journée des barricades, le 13 mai 1588. La deuxième, lors de l’entrée d’Henri IV dans Paris ; elle résista quelques jours et finalement tomba. La troisième, durant la Fronde. Mais le 14 juillet, la Bastille n’est pas assiégée par le duc de Guise et quelques marauds, elle n’est pas tourmentée par les armées du roi de France, ni par celle du prince de Condé. Non. La situation est tout à fait nouvelle, sans exemple dans les annales. Le 14 juillet 1789, la Bastille est assiégée par Paris.

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14 juillet – Eric Vuillard

Que lire un 13 juillet ?

La nuit du 13 juillet 1789 fut longue, très longue, une des plus longue de tous les temps. Personne ne put dormir. Autour du Louvre, de petits groupes erraient, mutiques, dans une sinistre maraude. Les cabarets ne fermaient pas. Sur les quais, des solitaires périgrinèrent toute la nuit, ombres bizarres. Il faisait une chaleur écrasante, on ne pouvait pas trouver le sommeil ; dehors, on cherchait un peu de vent, un peu d’air. Paris entier ne dormait pas.
Ce fut l’un des plus beaux étés de tout le siècle. Un des plus chauds aussi. On rôtissait. Mais l’hiver avait été froid, si froid là, les racines avaient gelé à plus d’un pied sous terre. La faim s’était étendue sur la France, silencieuse d’abord, puis le désespoir était venu, puis la colère. Et maintenant il faisait très chaud. Trop chaud. La nuit les jeunes sortaient fouiller la ville, c’étaient de longues tournées depuis le faubourg. La France était alors un pays jeune, incroyablement jeune. Les révolutionnaires furent de très jeunes gens, des commissaires de vingt ans, des généraux de vingt-cinq ans. On n’a jamais revu ça depuis. Et cette jeunesse impatiente, le 13 juillet, fut incapable de dormir.

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14 Juillet – Eric Vuillard

Que lire un 7 juillet ?

– Comme je vous l’avais dit, Tomohiko Amada a quitté Vienne au début de 1939 pour rentrer au Japon. Il s’agissait officiellement d’une expulsion mais en réalité, l’artiste avait été « sauvé» des griffes de la Gestapo. Le ministère japonais des Affaires étrangères et son homologue nazi avaient eu une concertation secrète au terme de laquelle il avait été décidé qu’il serait simplement expulsé vers l’étranger, sans qu’on lui impute de crime. La tentative d’assassinat avait eu lieu en 1938 et on voit bien aujourd’hui que cette même année s’étaient déroulés une série d’événements majeurs. l’Anschluss et la Nuit de cristal. Plein de choses en mars, la Nuit de cristal en novembre. Après ces deux épisodes, les objectifs bellicistes d’Adolf Hitler étaient clairs pour tout le monde. Et l’Autriche elle-même a été incorporée dans ce mécanisme brutal. Au point de s’enfoncer dans une impasse. Des mouvements de résistance clandestins ont vu le jour, composés essentiellement d’étudiants, qui cherchaient à tout prix à entraver cette machine infernale. Et cette année-là, Tomohiko Amada a été arrêté pour son implication dans une tentative d’assassinat. Avez-vous maintenant saisi les circonstances qui entourent son arrestation ?
– Je crois que je comprends dans les grandes lignes, dis-je.
– Vous aimez histoire ?
– Peut-être pas de façon très approfondie, mais j’aime lire des livres ayant trait à l’histoire.
– Si l’on regarde l’histoire du Japon, il y a eu aussi, à peu près à la même époque, un certain nombre d’événements importants. Des événements fatals, qui interdisaient tout retour en arrière, qui conduisaient inéluctablement le pays à la catastrophe. Vous voyez lesquels ? »
Je tentai de réexaminer les connaissances historiques enfouies depuis très longtemps dans ma tête. Que s’était-il donc passé en 1938, autrement dit en l’an 13 de l’ère Shôwa ? En Europe, la guerre civile espagnole s’intensifiait. C’était sûrement à cette date là que la légion allemande Condor avait fait subir à Guernica un bombardement aveugle. Et au Japon… ?
« Est-ce cette année là qu’eut lieu l’incident du pont Marco-polo ? demandai-je.
– C’était l’année précédente, répondit Menshiki. L’incident du pont Marco-Polo se déroula le 7 juillet 1937, ce fut le prétexte au véritable déclenchement de la guerre entre le Japon et la Chine.
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Le meurtre du commandeur – livre 2 – Haruki Murakami

Que lire un 2 juillet ?

Aujourd’hui, 2 juillet, John l’Enfer ne s’intéresse pas aux molosses des Alleghanys. En temps normal, il se serait sans doute passionné pour cette affaire qui a de nombreux points communs avec l’exode du peuple Cheyenne abandonnant la région du haut Missouri pour s’enfoncer vers l’ouest. Mais depuis ce matin, trop d’événements se sont succédé ; et qui se contredisaient les uns des autres.
Il y a d’abord eu la visite des frères Robbins. John n’a pas rencontré ses avocats au parloir, mais dans une cellule spéciale équipée de tout le confort moderne : air conditionné, distributeur d’eau et de sodas, interphone relié avec le QG des surveillants. Bob et Jack paraissaient en grande forme. Ils étaient rasés de frais, portaient cravate et boutons de manchettes. Un homme grand et maigre les accompagnait ; John l’Enfer reconnut en lui un des notaires les mieux cotés de Long Island. En se relayant les avocats lurent à John les textes qui légalisait l’hypothèque de sa maison. Le notaire mit ses lunettes lorsque l’Indien apposa son paraphe au bas des documents. Jack prit les mains de John dans les siennes :
– Aussi facile que ça, mon vieux. Vous voilà à la tête de douze mille dollars.
Quand le candidat d’un jeu télévisé gagne douze mille dollars, on lui demande ce qu’il va en faire. La plupart des gens essaient alors d’avoir l’air intelligent ; ils parlent de réfections de toitures, de dons partiels aux organisations charitables. John l’Enfer n’eut pas besoin de réfléchir : Bob lui présenta aussitôt d’autres papiers qui transférait purement et simplement les douze mille dollars entre les mains des autorités judiciaires. Le Cheyenne ne les signa pas tout de suite :
– j’aimerais qu’on nous apporte du café. On le boirait tous ensemble, et après je donnerais l’argent.
Le notaire dit qu’il était logique qu’un homme voulût jouir le plus longtemps possible de la sensation de posséder douze mille dollars ; il ajouta que quatre cafés n’entameraient pratiquement pas la fortune provisoire de John l’Enfer.
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John L’Enfer – Didier Decoin