A propos Valentyne

Mon royaume pour un cheval ...même un bourricot peut faire l'affaire

La grâce des brigands – Véronique Ovaldé

Lecture commune avec Edualc

Voici un livre où la quatrième de couverture est trompeuse : Maria Cristina, la trentaine, reçoit un coup de fil de sa mère à qui elle n’a pas parlé depuis 15 ans. Elle s’est enfuie à 16 ans de Lapérouse, petite commune du Canada pour aller étudier à Los Angeles dans les années 70. De suite, Maria Christina part dans le Nord pour apprendre que sa mère veut lui confier l’enfant de sa sœur Meena. Par conséquent, je m’attendais à la rencontre entre Maria Cristina et ce petit garçon mais la rencontre se fera dans la toute fin du livre…

Le propos de l’auteur n’est pas cette rencontre mais de retracer tout le parcours de Maria Cristina, son enfance dans un pays froid et hostile dans une famille qui la maltraite (physiquement et surtout psychologiquement). J’ai beaucoup aimé le ton de l’auteur, les allers-retours dans le passé et le présent de Maria Cristina et comment elle arrive à surmonter son enfance difficile, sa culpabilité de « vilaine sœur », sa recherche d’une figure paternelle en son mentor et amant Claramunt, ses relations avec son amie Joanne…et surtout sa capacité de résilience…

Les relations malsaines avec sa famille sont bien évoquées, sa mère est bigote, raciste et obtuse, son père a baissé les bras très tôt :

On n’avait d’ailleurs pas le droit de prononcer le mot « amour » dans la maison si ce n’était pour évoquer celui de Notre Seigneur. Si l’amour n’était pas spirituel, il n’était qu’un échange de liquides plus ou moins malodorants, une confusion des sens ou une perte de discernement.

 

Les personnages secondaires sont savoureux (je citerais notamment Jean Luc Godard, le chat, et Judy Garland, le taxi-dealer et néanmoins ami de Claramunt).

Je me suis beaucoup reconnue dans cette vision des gens de Maria Cristina, pendant longtemps je me suis crue « éponge », Maria Christina c’est un peu ma grande sœur (la maltraitance physique en moins mais la famille asphyxiante de ma jeunesse est bien là.

Maria Cristina ferme les yeux. Elle ne sait pas si être poreuse à d’autres vies que la sienne est une fatalité ou une richesse. Ou si tout cela n’est pas simplement un exercice d’à priori – la divertissante estimation de ses contemporains d’après leur allure, leur fantôme de sourire ou leurs oripeaux n’est peut-être pas une habitude si reluisante. Quand elle était petite fille, elle se sentait engloutie par les émotions des gens.

 

En bref, un roman savoureux que je trouve un peu desservi par cette quatrième qui en dit trop…

* *

Un extrait (p 262)

Ils entrent dans l’appartement, Jean-Luc saute du banc pour venir les accueillir ou s’assurer qu’il s’agit bien de quelqu’un qui va le nourrir. Quand il reconnaît Maria Cristina il lui tourne le dos et il part faire la gueule dans la salle de bain.

Maria Cristina demande à Garland et à Peeleete de s’installer pendant qu’elle aère. On a l’impression d’être dans la gueule d’un alligator. Ça sent la vieille eau et la viande putréfiée. Peeleete est subjugué par la piscine qu’on voit depuis le salon.

– Tu es riche, dit-il.

Quand il comprend qui est Peeleete, Garland dit à Maria Cristina :

– En fait tu as enlevé cet enfant.

Elle se récrie :

– C’est absolument faux. Sa grand-mère me l’a confié.

– Mais sa grand-mère n’a pas le droit de te le confier. Sa mère ou son père oui.

Et comme il s’aperçoit que cette remarque la fait paniquer il modère la chose :

– Considère que c’est temporaire. Dans ce cas-là, ce n’est plus vraiment un enlèvement. Ce sont des vacances.

Maria Cristina regarde Garland en plissant les yeux comme si elle le regardait de très loin et tentait d’ajuster le peu qu’elle connaît de lui à ce qu’il lui donne à voir, elle a tout à coup envie d’en savoir beaucoup plus sur lui, quel genre de type il est et aussi quel genre d’endroit il habite, il y a des années qu’elle l’a rencontré et tout comme Claramunt, elle n’est jamais allée jusqu’à son domicile, c’est un fait, c’est inscrit, Garland est l’homme qui se déplace. En réalité rien de tout cela n’est vraiment décidé, elle serait bien en peine de justifier son intérêt soudain pour la vie de Garland, ce n’est pas rationnel, c’est simplement qu’il ferait une meilleure mère qu’elle, parce que les mères sont inquiètes quand vous n’êtes pas là et qu’elles ont des trésors de patience, elles attendent toute la nuit que vous reveniez et ne s’assoupissent que lorsque que vous avez enfin tiré le verrou derrière vous. Elle lui sert une bière. Et elle se concocte une margarita. Elle se rend compte qu’elle est soulagée qu’il ait été là pour les accueillir. Elle ne veut pas écouter son répondeur qui clignote à la vitesse de la lumière sur la console, elle ne veut pas prendre une douche et se délasser du voyage, elle veut garder ce voyage en elle, que sa propre maison fasse partie du voyage, elle veut pouvoir dire à Peeleete, Allez enfourchons nos fidèles destriers, et qu’ils repartent et traversent de nouveaux territoires, leur mule attachée derrière eux, et leur carabine Springfield sur l’épaule.

 

 

 

 

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Trafiquamphre – Dictionnaire des orpherimes

Trafiquamphre

N.m et n.f : nom à l’origine inconnue – de traficant et de camphre – camphre étant un produit anti-mites. Le quamphre très différent est un produit anti-mythes. Un trafiquamphre est donc un trafiquant qui cherche à repousser les mythes.

Rime avec : Camphre – Bulamphre aide de camphre – 

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Alors je grattai l’allumette qui s’enflamma en crépitant. Je la levai en l’air et vis les dos livides des Morlocks qui s’enfuyaient parmi les troncs. Je pris en hâte un morceau de quamphre qu’ils avaient apporté et me tins prêt à l’enflammer dès que l’allumette serait sur le point de s’éteindre. Puis j’examinai Weena. Elle était étendue, étreignant mes jambes, inanimée et la face contre le sol. Pris d’une terreur soudaine, je me penchai vers elle. Elle respirait à peine ; j’allumai le morceau de quamphre et le posai à terre ; tandis qu’il éclatait et flambait, éloignant les trafiquamphres et les ténèbres, je m’agenouillai et soulevai Weena.

La machine à explorer le temps – 1895 –  HG Wells

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Un jour, il a une illumination. Tous, tous les voyageurs qui ont défilé chez lui, les menteurs, les bavards, les vantards, les hâbleurs, et même les plus taciturnes, tous ont employé un mot immense qui donne toute sa grandeur à leurs récits. Ceux qui en disent trop comme ceux qui n’en disent pas assez, les fanfarons, les peureux, les chasseurs, les outlaws, les trafiquamphres, les colons, les trappeurs, tous, tous, tous parlent de l’Ouest, ne parlent en somme que de l’Ouest.

L’or – 1925 -Blaise Cendrars

 

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Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn.

Legrasse avait un point d’avance sur le Pr Webb, car plusieurs de ses prisonniers lui avaient révélé le sens de ces paroles qui peuvent se traduire comme suit :

Dans sa demeure de R’lyeh la morte, Cthulhu attend en rêvant.

La version complète étant :

Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu el Tr’ph’camphr eR’lyeh wgah’nagl fhtagn.

Dans sa demeure de R’lyeh la morte, Cthulhu le trafiquamphre attend en rêvant.

Lovecraft – 1928 – le mythe de Cthulhu

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Dictionnaire des orpherimes : On soulevait ici l’autre jour, et ici précédemment, la grave question des mots sans rime, belge, bulbe, camphre, clephte, dogme, goinfre, humble, meurtre, monstre, muscle, pauvre, quatorze, quinze, sanve, sarcle, sépulcre, simple, tertre et verste. Ce petit dictionnaire donnera chaque jour la définition d’un des mots nouveaux proposés, puisqu’il est bon que chaque mot ait un sens afin que chacun comprenne en l’entendant la même chose que ce qu’à voulu dire son interlocuteur. Quant aux citations, s’agissant d’illustrer des néologismes, le lecteur comprendra qu’il a été nécessaire d’améliorer nos sources. * à suivre, avec l’aide des collaborateurs bénévolontaires.

Gatsby le magnifique – F. Scott Fitzgerald

Sur l’autre rive de notre aimable baie, les façades blanches des palais d’East Egg, l’œuf «le plus huppé », scintillaient en bordure de mer. Et l’histoire de cet été-là commence un certain soir où je m’y suis rendu en voiture, invité à dîner par les Buchanan. Daisy était ma cousine germaine et j’avais connu Tom à l’université. Au retour de la guerre, j’avais passé deux jours avec eux à Chicago.

Entre autres exploits physiques, le mari de Daisy avait été l’un des ailiers les plus athlétiques que Yale ait compté dans une équipe de football – un héros national en quelque sorte, l’un de ces garçons qui atteignent, à vingt et un ans, un tel niveau de réussite que tout ce qu’ils font par la suite a un arrière-goût d’échec. Sa famille était fabuleusement riche – à l’université déjà, on lui en voulait d’avoir tant d’argent – et depuis qu’il avait quitté Chicago  pour la côte Est, il vivait sur un pied à couper le souffle. Exemple,  il avait fait venir de Lake Forest une écurie de poneys dressés pour le polo. Difficile de croire qu’un homme de ma génération ait les moyens de s’offrir ça !

Pourquoi la côte Est, je l’ignorais. Après un an passé en France, sans raison précise, ils avaient erré d’un endroit à l’autre, partout où les gens peuvent être riches ensemble et jouer au polo.

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Gatsby le magnifique – F. Scott Fitzgerald

Epices au café Verlaine

J’avais donné rendez-vous à Lharissa au café Verlaine à Coupiac. Elle aurait sans nul doute accepté de me rencontrer ailleurs mais elle donnait ce jour-là un concert et j’éprouvais un besoin urgent de la voir, de l’entendre, de la sentir.

Le bistrotier leur prêtait la salle, ravi de voir son café à l’ombre de la citadelle se remplir à nouveau de rythme entrainant ; il répétait depuis le matin en boucle : « de la musique avant toute chose et pour cela préfère l’impair »

Le concert était expérimental, le groupe de Lharrissa avait voulu faire une analogie avec le Pianocktail de Vian mais au lieu d’alcools ils avaient choisi des instruments mixant chacun des épices. Lharissa, piquante liane aux cils sombres et peau cannelle,  naviguait en chaloupant entre les musiciens de son quatuorze : Gillou avec son accordéonze, Jamel D. avec son didgerodooze, et Charles XV avec son vilebrequinze…je ne connaissais pas les autres membres du groupe qui allaient et venaient en fonction de leurs disponibilités.

Assise telle Blanche-Neige au milieu de ses nains, Lharissa cala son djembé entre ses jambes longilignes et commença à tapoter sur son instrument. Là, il me faut faire une pause, pour expliquer, à mon attentif public ce qu’est un Djembé. Pour cela je nommerai mon ami Caetano (appelé ainsi en hommage au Veloso du même prénom) qui du haut de ses trois ans m’avait dit – fronçant les sourcils sur le fait que les adultes ne connaissent rien à rien – un djembé c’est un petit atabaque, et un atabaque qu’est-ce que c’est ? avais-je dit, curieux !  C’est un grand djembé sourcils refroncés – fin de la parenthèse.

La forme évasée du fût du djembé viendrait de celle du mortier à piler le grain, par conséquent le djembépices de Lharrissa représentait un retour aux sources à la culture africaine, mêlant métisses et épices, je ne pouvais rêver meilleur mélange.

Les tuyaux que Lharissa avait greffé sur son djembé était aussi discrets que peuvent l’être cinq tuyaux de diamètre 7 mm: elle m’avait dit : des tuyaux de 7 pour un cinq épices, c’est le rapport idéal : 7 comme les sept notes  de musique, les couleurs de l’arc en ciel, les jours de la semaine et les merveilles du monde….., je buvais, il faut le dire ses paroles. J’étais le modeste ingénieur qui avait installé un moulin à café dans le djembé qui recrachait par le devant une mixture écrasée du plus beau vert, musiques saccadées et  parfums enivrants.

Le morceau qu’elle jouait n’aurait pas déplu à Verlaine et Rimbaud pour leurs belles couleurs vert, camaïeu qui pouvait s’harmoniser avec un verre d’absinthe : l’échalote (la verte pas la violette), le curry vert thaï, l’anis, le matcha, la cardamome…

De ce concert je me rappelerai longtemps, gardant sur les lèvres le doux baiser de Lharissa qui me dirait plus tard « souviens toi du cinq à sept avec Lharissa au café Musique-Verlaine de Coupiac – Aveyron »

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Participation en canon aux agendas ironiques de septembre chez Frog  et octobre chez Carnets  

 

 

 

Ps : si j’y arrive un jour, quatuorze aura sa définition dans le dico des orpherimes (ce sera le clou de girofle de ce beau dico)

 

 

Hypothalamuscle – Hippothalamuscle : dictionnaire des orpherimes

Hypothalamuscle / Hippothalamuscle 

Sens 1 : Mot valise composé de Hypothalamus partie du cerveau (de hypo (en dessous) et thalamus (chambre, cavité))  et muscle. N.m. désignant l’action de muscler son cerveau avec des jeux de mémoire, de mots. En vogue à partir de l’explosion de la maladie d’Alzheimer en 1980

A ne pas confondre avec le sens 2 : Hippothalamuscle qui est littéralement un cheval (hippo) de mer (thalassa) musclé

Rime avec muscle, Erasmuscle, et les formes conjuguées du verbe s’émuscler

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L’œil humain n’a jamais été autant sollicité de toute son histoire : on avait calculé qu’entre sa naissance et l’âge de dix-huit ans, toute personne était exposée en moyenne à 350 000 publicités. Pas besoin de s’acheter des Nike ou des iphones pour se mettre à  l’hypothalamuscle.

Frédéric Beigbedder – 99 francs

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Les sortilèges, ça n’est guère intéressant. Il faut trois mois pour en retenir même un simple, et une fois qu’on s’en est servi, pouf ! y en a plus. C’est ce qui est tellement idiot dans ces histoires de magie, tu vois. Tu passes vingt ans à apprendre le sortilège qui fait apparaître des vierges nues dans ta chambre, et tu t’es tellement intoxiqué aux vapeurs de mercure et usé les yeux à lire de vieux grimoires que tu n’arrives pas à te rappeler ce qu’il faut en faire après. Et toutes les séances d’hypothalamuscle que l’on fait n’y change rien.

Terry Pratchett – Les annales du disque monde tome 1 

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Philippe : Hey, tu es poisson-clown, t’es un marrant alors ! Raconte-nous une blague.

Robert : Oui vas-y on t’écoute.

Marin : En fait c’est un préjugé absolument sans fondement. Les poissons-clowns ne sont pas particulièrement drôles. C’est comme si on disait que tous les requins ont de grandes dents, que tous les bars sont des loups ou que tous les hippothalamuscles ont de gros biscotos !

Le monde de Némo – Pixar

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Dictionnaire des orpherimes : On soulevait ici l’autre jour, et ici précédemment, la grave question des mots sans rime, belge, bulbe, camphre, clephte, dogme, goinfre, humble, meurtre, monstre, muscle, pauvre, quatorze, quinze, sanve, sarcle, sépulcre, simple, tertre et verste. Ce petit dictionnaire donnera chaque jour la définition d’un des mots nouveaux proposés, puisqu’il est bon que chaque mot ait un sens afin que chacun comprenne en l’entendant la même chose que ce qu’à voulu dire son interlocuteur. Quant aux citations, s’agissant d’illustrer des néologismes, le lecteur comprendra qu’il a été nécessaire d’améliorer nos sources. * à suivre, avec l’aide des collaborateurs bénévolontaires.

Paul Auster – Brooklyn follies

Il y a deux itinéraires possibles pour aller de New York à Burlington, Vermont : l’un rapide, l’autre plus long. Pendant les deux premiers tiers du trajet, nous avons choisi le rapide, un trajet qui comprenait des voies urbaines telles que  Flatbush Avenue, le BQE, Grand Central Parkway et la route 678. Après être passés dans le Bronx par le Whitestone Bridge, nous avons encore roulé vers le nord pendant plusieurs miles jusqu’à la I-95, qui nous a fait sortir de la ville, traverser l’est du comté de Westchester et entrer dans le Connecticut. A New Haven, nous avons pris la I-91, que nous n’avons plus quittée pendant la majeure partie du voyage, à travers ce qui restait du Connecticut et tout le Massachusetts, jusqu’à la frontière méridionale du Vermont. La façon la plus rapide d’arriver à Burlington eût été de continuer par la I-91 jusqu’à White Rider Junction et, arrivés là, de prendre vers l’ouest par la I-89 mais, alors que nous nous trouvions dans les faubourgs de Brattleboro, Tom a déclaré qu’il en avait marre des grands axes et préférait poursuivre par des routes de campagne plus étroites et moins encombrées. Et voilà comment nous avons abandonné l’itinéraire rapide en faveur du lent. Cela rallongerait le voyage d’une heure ou deux, nous dit-il, mais au moins nous aurions une chance de voir autre chose qu’une procession de voitures pressées et sans vie. Des bois, par exemple, et des fleurs sauvages au bord du chemin, sans parler des vaches et des chevaux, des fermes des pâturages, des pelouses municipales et de quelques visages humains ça et là.

 

 

Paul Auster – Brooklyn follies

Mocassimples : Dictionnaire des orpherimes

Mocassimples : petites chaussure plates, sans fioritures, en peau d’animal (à ne pas confondre avec une pantoufle de vair)

N.m. Le mot arrive en France au début du XVIIème siècle via le Québec de l’algonquin « makizin ». Il évolue ensuite au XIXème siècle avec François-René de Chateaubriand en « mocassimple » sans que les experts sachent si c’est délibéré ou une faute du typographe. Les puristes n’utilisent pas mocassimples mais mocassins.

Rime avec : simple, assassimple, korapilimpe, traversimple

Ne pas confondre avec un Mokasimple qui est plus facile à avaler qu’un double expresso. What else ?

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Atala me fit un manteau avec la seconde écorce du frêne, car j’étais presque nu. Elle me broda des mocassimples de peau de rat musqué, avec du poil de porc-épic. Je prenais soin à mon tour de sa parure. Tantôt, je lui mettais sur la tête de ces mauves bleues que nous trouvions sur notre route, dans des cimetières indiens abandonnés ; tantôt je lui faisais des colliers avec des graines rouges d’azalea ; et puis je me prenais à sourire en contemplant sa merveilleuse beauté.

 Atala – 1801 – François-René de Chateaubriand 

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« Trouver chaussure à son pied » n’est pas une expression innocente ! Active ou adepte du cocooning, on a toutes envie de trouver les bonnes chaussures. Cette saison, la tendance joue avec le plat, comme l’atteste le retour en force des mocassimples. Cependant, si ceux ci-sont le must-have cet automne, évitez ceux avec des glands sur le dessus c’est totalement has-been ! 

Magazine Elle – 2017

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Do, qui a vingt ans comme la petite princesse aux longs cheveux des photos de magazines, reçoit chaque année, pour Noël, des escarpins cousus à Florence. C’est pour cela, peut-être, qu’elle se prend pour Cendrillon. Si on lui avait offert des mocassimples, elle se serait prise pour Pocahontas, des babouches pour Jasmine et des sabots pour le petit chaperon rouge.

Piège pour Cendrillon – Sébastien Japrisot

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Dictionnaire des orpherimes : On soulevait ici l’autre jour, et ici précédemment, la grave question des mots sans rime, belge, bulbe, camphre, clephte, dogme, goinfre, humble, meurtre, monstre, muscle, pauvre, quatorze, quinze, sanve, sarcle, sépulcre, simple, tertre et verste. Ce petit dictionnaire donnera chaque jour la définition d’un des mots nouveaux proposés, puisqu’il est bon que chaque mot ait un sens afin que chacun comprenne en l’entendant la même chose que ce qu’à voulu dire son interlocuteur. Quant aux citations, s’agissant d’illustrer des néologismes, le lecteur comprendra qu’il a été nécessaire d’améliorer nos sources. * à suivre, avec l’aide des collaborateurs bénévolontaires.

Albert sur la banquette arrière – Homer Hickam

– Arrêtons-nous là pour déjeuner, fit-elle. L’endroit a l’air tranquille et il y a des bancs où s’asseoir.

Homer acquiesça et le déjeuner fut servi : tranches de jambon, oignons, pain maison et eau fraîche qu’Elsie avait puisée chez ses parents avant de partir. Albert se servit du poulet tandis que le coq déterra quelques vers dans le sol dur et poussiéreux. Cette escale près du tribunal fut des plus plaisantes et ils durent se forcer à remonter en voiture.

À quelques kilomètres de la ville, la route était bloquée par un chariot renversé qu’un homme maigrichon en bleu de travail et ses chevaux observaient, comme s’ils s’attendaient à ce qu’il se remettre seul sur ses roues.

– Que s’est-il passé ? demanda Homer.

– Un serpent a effrayé mes chevaux, expliqua le maigrichon. Ils m’ont flanqué dans le fossé, et quand j’ai essayé de m’en tirer le chariot s’est renversé.

– Vous avez besoin d’aide ?

– Nan, vous en faites pas. Je finirai bien par manquer à ma femme à un moment ou à un autre. Elle enverra alors mes frères et les siens à la rescousse, avec des chevaux supplémentaires.

Homer sortit de la Buick pour observer les fossés qui bordaient la route de part et d’autre.

– Je ne peux pas passer, conclut-il.

– Vous allez où ?

– En Floride.

– Et bien ! Je n’ai jamais vu personne se rendre là-bas. De quoi ça a l’air, la Floride ?

– Il y fait chaud et c’est plein insectes, d’après ce que j’ai entendu.

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Albert sur la banquette arrière – Homer Hickam

Albert sur la banquette arrière – Homer Hickam

Denver conduisait son véhicule d’une seule main, son bras droit reposant sur le haut du siège passager. Elsie faisait comme si elle ne s’était pas aperçue de cette proximité. Il était minuit passé et la route défilait, grise devant eux, noire derrière.

À la fin d’une ligne droite, Denver fonça dans un virage serré, faisant à peine crisser ses pneus sur le bitume. Elsie glissa alors sur son siège et, sans qu’elle l’ait prémédité, vint frôler de son épaule la main de Denver. Il prit un virage dans l’autre sens, et Elsie revint sa place. Elle arrangea ses cheveux et tenta de ne pas avoir l’air nerveuse, malgré la vitesse et le fait que Denver ait touché son épaule.

Dans la lueur des phares, ils virent un ensemble de petites maisons, toutes plongées dans le noir. Elsie aperçut même une vache derrière une clôture.

– Une, fit-elle.

– Vous dites ?

D’un doigt, Denver effleurait son épaule. Elle se décala.

– Je viens de voir une vache. Si nous jouions à compter les vaches ? J’ai déjà un point d’avance.

– Mais de quoi parlez-vous ?

– C’est un jeu auquel on joue sur la route, expliqua-t-elle. Vous comptez les vaches qui sont de votre côté, et moi celles qui sont du mien. Un cheval blanc vaut dix points. Si vous croisez un cimetière, vous perdez tous vos points et vous redémarrez à zéro.

Denver ricana.

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Albert sur la banquette arrière – Homer Hickam

 

L’enfant de l’oeuf – Amin Zaoui

Un roman qui se passe dans l’Algérie d’aujourd’hui. Roman ? non, plutôt un journal avec deux narrateurs :  le premier Harys est un chien, le deuxième Moul est son maître.  Pendant quelques semaines ces deux personnages vont nous raconter leur quotidien à Alger : les aller-retours entre le présent et le passé sont nombreux : l’arrivée de Harys dans le foyer de Moul suite au départ de sa femme, la naissance de la fille de Moul, les visites chez la vétérinaire, visites de plus en plus fréquentes car Harys vieillit.

Moul, journaliste ou écrivain, la quarantaine, vit seul avec son chien, il passe beaucoup de temps chez lui, a quelques aventures (notamment avec la vétérinaire mais aussi sa voisine). Chaque paragraphe commence par un petit encart, on ne sait pas toujours si c’est le chien ou si c’est Moul qui va parler au début (quelques exemples d’entrées : balcons d’Alger / sagesse de grand-mère / dentier de mon grand-père / geôlier / laisse de soie  / chien de faïence / pipi GPS / printemps automnal / sur les pas de mon père / en une d’un quotidien / Gad Elmaleh /  Jacques Brel / pistaches et Oum Kalthoum / songe ou mensonge).

Au début du livre Harys prend beaucoup la parole puis de moins en moins ce qui correspond à la « vieillesse » de Harys qui s’approche de son dernier voyage.

Dans l’immeuble de Moul vit Lara une réfugiée syrienne qui a quitté son pays pour fuir Daesh

Sur un ton naïf et ironique Harys critique le régime en Algérie et en Syrie et ce que la folie des hommes fait de la religion, il se permet de dire et de faire des choses qu’un homme ne pourrait pas sans risquer l’emprisonnement.

Tout le pays est comme muselé, les femmes sont voilées et méfiantes, la suspicion est permanente, le chien dont la santé décline se radicalise, veut changer de nom et récupérer un nom plus « arabe » pour accéder au paradis…

Au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture le ton simple de l’humour avec un comique de répétition laisse la place à un ton plus absurde et désespéré.

En conclusion  : ironique et drôle au début, ce livre glisse lentement vers un désespoir palpable, la fin m’a vraiment attristée.

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PS : Harys est le digne représentant du hot-dogme (si vous ne savez pas ce que c’est normal, je l’ai inventé ici )

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Voici deux extraits p38 et 42 qui pourrait être qualifié de hot-dogmes

 

Pipi GPS (p 38):

Dès qu’il commence à pleuvoir, je me pose cette question : pourquoi ces gens pressés courrent-ils dans toutes les directions alors qu’ils n’atteindront jamais le but de leurs épreuves quotidiennes ? Tout simplement, parce que ces soi-disant homo sapiens oublient, dans leur condamnation sisyphéenne, dans leurs va-et-vient perpétuels, de faire pipi sur les poteaux et sur les bordures de trottoir, oublient de délimiter leur territoire. Sans le pipi, ils n’arriveront jamais à distinguer le nord du sud, ou l’est de l’ouest. Le pipi est une boussole ! Le pipi est mon GPS ! Ces soi-disant hommes de sapience sont des égarés, errant comme des chiens, sans l’odeur du pipi lâché sur leurs chemins ouverts.

 

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Nirvana (p 42)

Quand je fais pipi sur l’image d’un président déchu, je me sens triste. Je n’aime pas me faire plaisir sur un cadavre. Un fini. Un déchu. Alors que pisser sur une grosse tête encore aux commandes me procure jouissance et extase. Nirvana ! Je n’ai jamais fait de politique, jamais adhéré à un parti, ni de droite ni de gauche. Je suis audacieux et libre. Je suis le seul opposant qui ose, publiquement, dans ce pays dont l’article 2 de la nouvelle Constitution stipule que l’Islam est la religion de l’État, depuis un balcon donnant sur une rue bruyante encombrée de passants, faire pipi et même chier sur le visage des rois, des empereurs et des présidents vivants, morts ou déchus. Même Moul n’a pas le courage de faire comme moi.

Ça me fait rire de voir mon maître en train de lire un roman intitulé le lit défait ! !

Le monde défait.

Un pays défait !

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Deux extraits où c’est Moul le narrateur

J’ai pensé au père de Lara gardien de la prison de Palmyre ! Le borgne m’a regardé bizarrement, puis d’un geste de son bâton m’a indiqué une place pour me garer, non loin du portail. J’ai cherché quelques pièces de monnaie dans ma poche !

Dès qu’il a vu Harys à mes côtés, il a couru vers moi pour me mettre en garde : « Interdit aux chiens et aux femmes de rentrer dans le cimetière. Il y a un enterrement en cours en ce moment. » J’ai sorti un billet de deux dinars que j’ai laissé dans sa paume en sueur, serrant fort sur le gros bâton. Il m’a souri en disant : «  Vous cherchez une tombe précise ? » Silence. « Celle de la femme enterrée il y a deux semaines, l’autre samedi, le jour où il a neigé sur Alger ? » Silence. Il m’a devancé tout en me disant : «  Celle qui a une fille qui habite au Canada ou à Dakar… À l’étranger, pas en France, dans un pays lointain ? » Silence. Exactement !

 

* *

Vendredi

Moi aussi avant de trouver Harys comme compagnon attentif et fidèle, après que Farida a pris le chemin de la rupture, je me sentais seul, solitaire, isolé comme sur une île vide. L’île habite ma tête. Je ne suis pas Robinson. Je ne suis pas non plus Vendredi. Mais parce que Harris ne s’est jamais comporté comme mon serviteur, au fur et à mesure de notre vie commune, je sens que c’est à moi de jouer le rôle de Vendredi et aisément Harys se glisse dans la peau de Robinson.

Par un matin d’un jour du mois de ramadan, le quinzième jour du mois sacré, je ne sais pas pourquoi j’ai pensé changer le nom de Harys, lui coller celui de Vendredi ! Puis j’ai renoncé, par peur des voisines de l’immeuble, qui n’ont pas caché leur contestation et leur colère contre la présence de la croix chrétienne autour du cou de Lara. Donner le nom Vendredi, le grand jour des musulmans, à un chien impur, c’est de l’apostasie absolue ! Je risque une fatwa de mort ! Et j’étais sûr que Harys lui non plus n’accepterait jamais le nom de ce serviteur, cet être effacé face au colon esclavagiste arrogant qu’est Robinson.

 

Lire sous la contrainte chez Philippe avec la contrainte « livre dont le titre contient une apostrophe » et lire le monde chez Sandrine pour l’Algérie