Que lire un 2 janvier à 1 heure du matin ?

Les jours passent, mon lecteur. Les semaines aussi. Comme j’ai bien mauvaise mémoire et que je n’ai pas tenu de journal à l’époque dont il va être maintenant question, la succession précise d’événements n’est pas plus claire dans mon esprit que dans ces pages. Les dés ne m’ont commandé d’écrire mon autobiographie que près de trois ans après ma découverte ; la valeur historique de mes faits et gestes n’était donc pas alors évidente pour moi.
D’autre part, il est probable que ma mémoire infidèle et sélective ne retienne que le plus important. Peut-être confère-t-elle à ma vie hasardeuse une structure qui s’estomperait si je me souvenais de tout. Supposons donc que ce que j’oublie est a priori insignifiant et, de même, que ce que je me rappelle est capital. Ce ne sera peut-être pas l’impression générale, mais on a ainsi une théorie commode de l’autobiographie. Et puis, si l’enchaînement des chapitres ou des scènes vous paraît particulièrement illogique, attribuez le soit à l’arbitraire de ma mémoire, soit au hasard de la chute d’un dé. Cela rend notre itinéraire plus psychédélique.
Dans mon évolution vers une hasardisation totale, ce qui se passa le 2 janvier 1969 à une heure du matin est le premier événement notable que je trouve maintenant à rapporter.
Je décidai de commencer la nouvelle année (je démarre toujours lentement) en confiant aux dés le soin de décider de mon destin à long terme.

Page 173

L’homme-dé – Luke Rhinehart

Les sortilèges du Cap Cod – Richard Russo

Richard Russo fait partie des auteurs que j’ai découverts récemment et qui m’enchantent.
Pas d’histoire extraordinaire ici : un homme, enseignant universitaire, a des difficultés dans son couple. Les deux époux ont tous les deux la cinquantaine et leur fille les a invités au mariage de sa meilleure amie au fameux cap Cod du titre. C’est l’occasion pour Jack de dérouler sa vie entière pour se demander quand son mariage a commencé à partir à vau l’eau. Il revient sur son enfance et surtout sur le couple étrange que formait ses parents. Le père octogénaire est décédé il y a six mois et Jack avait promis de disperser ses cendres au Cap Cod, là où celui-ci aurait vécu les plus beaux instants de sa vie. Sa mère (octogénaire également) le harcèle au téléphone….


Il s’agit d’un livre introspectif, à la fois lucide sur les dégâts du temps et fascinant d’ironie (le comique de répétition atteint des sommets dans l’autodérision et j’ai plusieurs fois éclaté de rire…pour être pas loin des larmes deux pages après)

Dans une deuxième partie, on retrouve nos (anti) héros, un an après, au mariage de leur fille Laura : après un an de séparation, est là l’occasion de se réconcilier ?

Si on devait plagier le titre d’un film célèbre ce serait deux mariages et deux enterrements …
une réussite pour ma part ce roman (peut-être parce que j’ai quasiment le même âge que les deux personnages principaux ….et que je me suis énormément identifiée à eux)

Un extrait :

C’était au sujet de l’endroit où ils passeraient leur lune de miel qu’ils avaient connu leur premier vrai désaccord. Elle penchait pour les côtes du Maine où elle allait en vacances quand elle était petite. Chaque été, la famille louait la même vieille baraque à moitié en ruines non loin de l’endroit où sa propre mère avait grandi. Les huisseries laissaient passer les courants d’air, la charpente craquait, et le parquet était tellement voilé que si un pion des petits chevaux tombait de la table de la cuisine, on courait après jusque dans le salon pour le récupérer. Mais ils y étaient habitués, et il y avait assez de place pour loger les parents, les cinq enfants et les éventuels visiteurs du week-end. Joy se souvenait des dîners en famille et des excursions le soir vers un parc d’attraction de la région, des parties de Monopoly et des tournois de Cluedo qui duraient la journée entière quand il pleuvait. Même après la mutation de son père dans l’Ouest, ils retournaient passer le mois de juillet dans le Maine, malgré les plages de galets et l’eau trop froide pour s’y baigner. Joy était allée jusqu’à suggérer de louer cette même maison pour leur lune de miel. Ce qui appelait la Grande Question numéro un : pourquoi Griffin l’avait-il convaincue d’aller au cap à la place ? Puisque l’opportunité leur était donnée de suivre les traces d’un mariage heureux – celui des parents de Joy l’avait été, sans l’ombre d’un doute -, pourquoi choisir l’exemple misérable donné par ses propres parents ?

Némésis – Philip Roth

Un livre qui ne m’a pas totalement convaincue.
Peut-être est-ce les circonstances de lecture : le sujet du livre est une épidémie de polio, un livre que je lis durant le deuxième confinement.
L’épidémie fait rage dans ce quartier pauvre de Newark en 1944. La canicule y est oppressante. Les victimes de cette épidémie sont presque tous de jeunes garçons de 12 ans.
J’ai trouvé que Roth restait en surface de ses personnages.

Le jeune homme au début est convaincant ,il souffre d’avoir été refusé dans l’armée du fait de sa mauvaise vue ; en Europe et dans le Pacifique la guerre fauche de jeunes hommes de vingt ans. Bucky Cantor décide alors de devenir professeur de sport pour accompagner les jeunes de son quartier…
J’ai trouvé ensuite qu’il tourne vite aux clichés : culpabilité, fuite en avant,… perte de foi en Dieu…
Pour tout dire j’ai également trouvé que la fin était un petit peu bâclée…
En bref pas convaincue du tout : après avoir été enthousiasmée par « le complot contre l’Amérique », j’en attendais sûrement trop ….

LC avec Edualc (qui, j’espère, aura plus apprécié que moi)

Deux extraits

Le grand-père, Sam Cantor, était venu tout seul en Amérique dans les années 1880, petit immigrant originaire d’un village juif de Galicie polonaise. Il avait appris à n’avoir peur de rien dans les rues de Newark, où il s’était fait casser le nez plus d’une fois dans des bagarres avec des bandes antisémites. Les agressions violentes contre les Juifs, chose courante pendant sa jeunesse dans les quartiers pauvres de la ville, contribuèrent beaucoup à former sa conception de la vie, et plus tard celle de son petit-fils. Il l’encouragea à se défendre en tant qu’homme, et à se défendre en tant de Juif, à comprendre qu’on n’en a jamais fini avec les combats qu’on mène, et que, dans la guérilla sans fin qu’est la vie, «quand il faut payer le prix, on le paye».

* *

Il faut qu’il convertisse la tragédie en culpabilité. Il lui faut trouver une nécessité à ce qui se passe. Il y a une épidémie, il a besoin de lui trouver une raison. Il faut qu’il se demande pourquoi. Pourquoi ? Pourquoi ? Que cela soit gratuit, contingent, absurde et tragique ne saurait le satisfaire. Que ce soit un virus qui se propage ne saurait le satisfaire. Il cherche désespérément une cause plus profonde, ce martyr, ce maniaque du pourquoi, et il trouve le pourquoi soit en Dieu soit en lui-même, ou encore, de façon mystique, mystérieuse, dans leur coalition redoutable pour former un destructeur unique. Je dois dire que, quelle que soit ma sympathie pour lui face à l’accumulation de catastrophes qui brisèrent sa vie, cette attitude n’est rien d’autre chez lui qu’un orgueil stupide, non pas l’orgueil de la volonté ou du désir, mais l’orgueil d’une interprétation religieuse enfantine, chimérique.

Que lire un 16 novembre ?

Un jour calme de novembre après les obsèques, Père partit et ne revint pas.
L’année de son départ, l’été à Old Buckram avait été d’une sécheresse biblique. Les sources montagneuses s’étaient taries et les dalles noires qui couvraient le lit d’Abbadon Creek s’étaient changées en os, mais l’automne avait apporté une pluie abondante et régulière qui, jour après jour, refusait de cesser. De nouveau, Abbadon Creek sortait de son lit, débordant d’une eau froide et trouble, et une lourde nappe de brouillard pesait sur chaque coin des sombres collines. Le sommet des montagnes était caché par des nuages qui ne bougeaient plus.
Le jour en question : le 16 novembre 1985. Un samedi. Trompé de pluie, sombre, la nuit tombant tôt.

Les jours de silence – Phillip Lewis

Par le vent pleuré – Ron rash

Dans ce roman, Ron Rash nous emmène au fin fond des USA : d’une part en 69 et d’autre part de nos jours (2016). L’action est vue du côté d’Eugène, le frère cadet. Il parle également de son grand frère, devenu chirurgien.
Ce roman raconte en parallèle l’été 69, la rencontre des deux frères avec Jane qui préfère se faire appeler Ligeia. Celle-ci partira à la fin de l’été : Officiellement, elle a fugué, pour les deux frères la version est que le grand frère Will a mis Jane dans un car en destination de la Floride. Or, 46 ans après, on découvre un corps et on apprend très rapidement qu’il s’agit de Jane. Eugène est sidéré : Il revisualise les 46 ans qui se sont écoulés et en vient à s’imaginer que son frère est coupable du meurtre de Jane.
Vérité ? Mensonge ? Accident ? Meurtre ?
Comme pour « un pied au paradis », ce n’est pas l’enquête policière qui est la plus importante mais bien les ressentis et les émotions des différents personnages. En à peine deux cents pages l’auteur arrive à nous brosser un portrait (très très) crédible de Eugène, 60 ans actuellement, 15 ans en 1969 ; de Will son grand frère, de leur mère et du grand-père, véritable tyran domestique. Le portrait de la jeune fille assassinée est également convaincant.
Quelle prouesse dans la narration car on se met tour à tour dans la peau de chaque personnage, j’ai soupçonné tout le monde, j’ai compatis devant l’ivrognerie d’Eugene, a un moment j’ai détesté Will puis je l’ai admiré puis encore un retournement de situation…
Bref une réussite…

Le titre « par le vent pleuré » est extrait d’un poème de Thomas Wolfe dans « l’ange exilé », qui est un livre qui a énormément marqué la mère des garçons et qui a également énormément influencé Eugène lui-même (Eugène étant le prénom d’un des personnages de l’ange exilé.)

Le mois américain chez Titine, et Challenge polar  chez Sharon

Au bord de la terre glacée – Eowyn Ivey

LC avec Edualc 🙂

Alaska – 1885

Ce roman alterne entre le journal du Colonel Forrester  en expédition pour cartographier l’Alaska en particulier la Rivière Wolverine et celui de son épouse, Sophie, qui elle, est restée (enceinte) à Vancouver. Sophie est passionnée d’ornithologie ; elle aime également dessiner les oiseaux et devient peu à peu férue de photographie.

Ce parallèle, sur une année de séparation, entre les deux trajectoires des époux est pour moi la force de ce livre, qui sait renouveler ainsi l’intérêt : sans les sentiments de Sophie, les aventures d’Allen en territoire inconnu seraient bien fades et inversement sans Allen, les tentatives de Sophie de capter la lumière et les oiseaux lors de séances photos auraient moins d’intérêt.

Pour relier le tout, ce roman fait également état de la correspondance de deux hommes : le premier est l’arrière-petit-neveu d’Allen et Sophie. Le deuxième est le conservateur du musée à qui le premier a envoyé les journaux intimes de ces deux aïeux. Plus d’un siècle plus tard, Sophie et Allen semblent revivre dans cet échange épistolaire…

Il y a d’un côté les rapports officiels du Colonel Forrester pour sa hiérarchie et de l’autre des carnets plus personnels empreints de réalisme magique et de légendes indiennes Midnouskis dans cette contrée âpre et sauvage….J’ai particulièrement aimé l’histoire de la naissance de Moses Picéa…

De nombreux croquis d’animaux et de cartes complète cette odyssée où j’ai appris (entre autre) que l’’Alaska a été « racheté » par les USA à la Russie en 1867.

Un extrait : Sophie parlant de la lumière

Je pense beaucoup à la lumière, à la manière dont elle se concentrait dans les gouttes de pluie ce matin où j’étais folle de bonheur, et cette façon inattendue qu’elle a de changer et se déplacer, de sorte que la maison est parfois sombre et fraîche, et la seconde d’après emplie de rayons dorés.
Père évoquait une lumière d’avant les étoiles, une lumière divine toujours évanescente mais presque toujours présente aux yeux de ceux qui savent la voir. Elle entre et elle sort des âmes des vivants et des morts, se replie dans les coins silencieux de la forêt et, à l’occasion, se révèle dans les rares véritables œuvres d’art.

Le mois américain chez TitineChallenge animaux du Monde Chez Sharon (les oiseaux ont un rôle important dans ce roman)

Challenge pavévasion chez Brize (624 pages en poche)

Au loin – Hernan Diaz

Le début de ce roman est marquant : un homme (âgé, car il a de longs cheveux blancs) émerge d’un lac glacé en Alaska. J’ai d’abord cru que cet homme était un indien.
Pas du tout, cet homme âgé va nous raconter sa vie depuis son départ de Suède lorsqu’il avait quinze ans.
Comment est il arrivé depuis la Suède jusqu’à ce lac gelé ?
Il part de la ferme familiale avec son frère mais ceux ci sont séparés avant de prendre le bateau à Portsmouth. Hakan arrive en Californie pendant la ruée vers l’or. Aucune date ne sera mentionnée dans ce livre, il faut dire qu’Hakan est illettré…
Nous voyons toute l’histoire à travers ses yeux et au début c’est très confus car il ne connait que 3-4 mots d’anglais…
Petit à petit, je me suis attachée à ce géant, à la sensibilité exacerbée…
Sa volonté du début de rejoindre son frère est admirable . Il pense que son frère est à New-York et décide de s’y rendre –  à pied – en partant de la Californie….
Que ce soit dans les déserts où il manque mourir de soif plusieurs fois ou pendant les longs hiver plus au nord, Hakan est opiniâtre … cette vie de solitude et d’efforts m’a attristée cependant….

Un extrait

Il avait depuis longtemps abandonné tout projet de retrouver Linus, d’aller jusqu’à New York. Ce renoncement ne devait rien à des obstacles concrets : au fait qu’il était un homme recherché, qui jamais ne réussirait à passer inaperçu ; qu’il n’avait ni argent ni moyens pour mettre son projet à exécution ; qu’il n’avait pas de cheval. Simplement, il n’avait plus ni objectif ni destination. Il n’avait plus même le désir de mourir, comme cela avait été le cas après les tragédie les plus dévastatrices de sa vie. Il était juste une chose qui continue à exister. Non parce qu’elles le voulait, mais parce qu’elle avait été ainsi conçue. Continuer d’exister avec le strict minimum était la ligne de moindre résistance. C’était naturel et par conséquent involontaire. N’importe quoi d’autre aurait requis une décision. Et la dernière décision qu’il avait prise avait été de creuser son abri. Et il continuait à creuser parce que tout bêtement, décider d’arrêter était au-dessus de ses forces.

Le mois américain chez Titine,

Au loin – Hernan Diaz

Ils vivaient comme des naufragés. À la maison, des journées entières passaient sans que personne ne prononçât un seul mot. Les deux garçons se réfugiaient aussi souvent que possible dans les bois ou dans les fermes abandonnées, où Linus racontait à Håkan quantité d’histoires – des aventures qu’il affirmait avoir vécues, des récits d’exploits qu’il tenait prétendument de la bouche de leur héroïque protagoniste, ou encore des descriptions de contrées lointaines qu’il semblait, étrangement, connaître dans les moindres détails. Compte tenu de leur isolement – et du fait que ces garçons ne savaient pas lire–, ces contes n’avaient pu trouver leur source que dans la prodigieuse imagination de Linus. Néanmoins, aussi extravagant qu’il puisse paraître, Håkan ne mettait jamais en doute leur véracité. Il vouait à son frère une confiance aveugle. Peut-être parce que, quelque bêtise qu’ait pu faire son cadet, Linus le défendait toujours et n’hésitait jamais à essuyer les reproches et encaisser les corrections à sa place. Sans Linus pour veiller à ce qu’il mange à sa fin, pour garder la maison au chaud pendant que leurs parents glanaient dans la campagne ou le distraire avec ses histoires quand la nourriture et le bois venaient à manquer, Håkan serait très vraisemblablement mort.
Tout changea le jour où la jument fut grosse. Lors d’une de ses visites, l’intendant ordonna au père d’ Håkan, Erik, de veiller au bon déroulement de la gestation – bêtes et troupeaux ayant payé un lourd tribut à la famine, cette naissance serait du pain béni pour l’écurie de plus en plus dépeuplée de son maître. Les mois passant, la jument grossit dans des proportions anormales. Et quand elle mit bas deux poulain, Erik, nullement surpris, décida, peut-être pour la première fois de sa vie, de mentir. Avec l’aide des garçons, il débroussailla un coin dans les bois et construisit un enclos, à l’abri des regards, où il cacha un des poulains sitôt qu’il fut sevré. Quelques semaines plus tard, le régisseur vint réclamer son frère. Éric laissa son poulain dans sa cachette et veilla à ce qu’il devienne un yearling vigoureux. Le moment venu, il le vendit à un meunier, dans une bourgade suffisamment éloignée de la ferme où personne ne le connaissait. Et le soir de son retour, il annonça à ses fils qu’ils partaient le surlendemain en Amérique –seuls. La vente du poulain ne lui permettait de payer que deux traversées. Et de toute façon, ajouta-t-il, il était hors de question qu’il s’enfuie comme un criminel. Leur mère, elle, ne dit rien.
Håkan et Linus, qui n’avaient jamais vu de ville, pas même en illustration, se hâtèrent de gagner Göteborg dans l’espoir d’y passer un ou deux jours, mais ils parvinrent juste à temps pour embarquer sur leur bateau à destination de Portsmouth. Une fois à bord, ils se partagèrent l’argent, au cas où il arriverait quelque chose à l’un d’eux. Durant cette partie du voyage, Linus décrivait longuement à Håkan toutes les merveilles qui les attendaient en Amérique. Ni l’un ni l’autre ne parlant anglais, le nom de leur destination se réduisait pour eux à un talisman abstrait : « Nujårk».

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Au loin – Hernan Diaz

Le pouvoir du chien – Thomas Savage

Montana -1925

Thomas Savage nous présente tout d’abord deux frères. Ils sont à la fois proches et sans points communs : Phil, 40 ans, est celui qui semble réussir tout ce qu’il entreprend : études, reprise du ranch (immense) de la famille, musique, vie sociale. Il est dur, impitoyable, charmeur aussi… Georges, de deux ans son cadet, est tout le contraire :il est foncièrement gentil, taciturne mais n’arrive pas à trouver sa place dans l’ombre de son grand frère.
Les parents, vieillissants, sont partis au loin pour fuir la rigueur du climat du Montana.
Dans un deuxième temps, l’auteur nous présente le docteur local et son épouse Rose. Ceux-ci ont un fils adolescent Peter, qui de l’avis de tous est efféminé et par conséquent harcelé à l’école.
Dépressif et alcoolique, le docteur finit par se suicider, suite à une humiliation de Phil, et quelques temps plus tard, par un étrange enchaînement de faits, Georges épouse Rose et l’emmène au ranch, où Phil lui déclare une guerre sournoise.
C’est à partir de ce moment de la rencontre entre Phil (le « mauvais » frère) et Rose que j’ai réellement accroché à ce livre…. La tension est à son comble : on se demande si Rose va perdre la tête, si elle s’imagine tant de noirceur ou si Phil a réellement la volonté de la détruire…
Lentement, je me suis dit que cela allait mal finir…. mais pour qui ?
En parallèle de l’histoire fort prenante de ce quatuor, Thomas Savage nous raconte un monde finissant : celui des grands ranchs où, petit à petit les chevaux sont remplacés par des tracteurs et moissonneuses batteuses, celui finissant également des indiens réduits à vivre en réserve mais dont les anciens se rappellent encore la liberté des grands espaces…
Un roman où la tension psychologique monte jusqu’à la fin surprenante…(même si la quatrième de couverture la laisse deviner).

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Deux extraits

Si le vent soufflait correctement et si vous aviez un bon odorat, vous pouviez sentir les parcs à bestiaux de Beech bien avant de les voir ; ils se situaient au bord de la rivière, presque à sec à cette période de l’année, rétrécie loin de ses berges et si tranquille qu’à sa surface se reflétaient la voûte du ciel vide, les pies qui battaient des ailes au-dessus en quête de charogne, de gauphres et de lapins morts de tularémie, ou d’un cadavre de veau boursouflé, victime de ce qu’ils appelaient dans la région la maladie du charbon. Oui, si le vent soufflait correctement et si vous aviez un bon odorat, vous perceviez l’odeur de l’eau, la puanteur de soufre et d’alcali dégagée par le ruisseau apathique qui se jetait dans la rivière devant les enclos et la polluait.

**

Il méprisait ce que jouait Rose, des morceaux qui n’étaient ni chair ni poisson – le genre de truc qu’elle avait sans doute pianoté dans son bastringue ou Dieu sait où ; et il savait fort bien pourquoi elle s’exerçait comme elle le faisait.
Ce vieux Georges avait vendu la mèche.
Le grandissime va venir dîner ici, avait dit George.
Eh bien, m’sieur, mais c’est qu’on monte dans le Gr-ra-and Monde remarqua Phil. On va sortir les rince-doigts? Et Phil avait ri. Voilà donc la manière dont George voulait introduire sa pianoteuse de femme dans le Gr-ra-and Monde ! Il se marrait en écoutant Rose s’escrimer sur son buffet tout neuf, faire bourde sur bourde, larguant ses notes comme des miettes de pain, et puis, quand elle avait fini, il jouait le morceau correctement.
Il fallut plusieurs jours à Rose avant de se rendre compte de ce qu’i faisait, et alors elle s’arrêta de jouer sauf s’il était dehors. Maintes et maintes fois, Phil entendit Rose s’interrompre lorsqu’il ouvrait la porte de derrière, et ça, c’était presque aussi bon que de la singer. Elle était facile à énerver. Comme elle avait les mains qui tremblaient, quand elle servait le café ! Phil ne supportait pas les gens qui se prennent eux-mêmes en pitié.

LC avec Ingannmic

Le mois américain chez Titine, Challenge animaux du Monde Chez Sharon

Silo tomes 1-2-3 – Hugh Howey

Tome 1

J’ai tout de suite été convaincue par l’univers de l’auteur. Je connaissais déjà un peu l’histoire avant le début de ma lecture : Dans un monde post-apocalyptique, une communauté vit dans un silo de presque 150 étages, sous terre
J’ ai beaucoup aimé les descriptions du mode de vie de cette communauté (métaphore de notre société avec l’intelligentsia qui vit en haut et ceux qui triment en bas…)
C’est une société très organisée car elle vit en espaces clos dans un univers très hostile : l’air est irrespirable en dehors du silo.
Cette société est autonome et à la fois évoluée (avec des serveurs informatiques, de l’électricité) et très primitive avec une justice expéditive : à la « moindre incartade » un contrevenant est envoyé dehors à une mort certaine, pour nettoyer les caméras autour du silo.
Le système politique est également bien décrit (une démocratie qui vire rapidement à la guerre civile) .
L’auteur prend le temps d’expliquer l’organisation de cette « tour » avant que l’histoire principale ne commence.
Les personnages de Juliette, de Lukas sont très convaincants. L’action progresse avec eux avec maints rebondissements et surprises. Enfin, Il y a une réelle solidarité dans ce silo et les femmes ont un rôle important à jouer.

Presque un coup de coeur …

Tome 2 – Silo Origines

Le début : L’histoire se passe en parallèle à deux époques. L’une en 2049 : on suit Donald, le député de la Georgie, dans l’organisation de la construction des silos. En toile de fonds, Charlotte, la soeur de Donald participe à une guerre (elle tue des gens avec un drone)
L’autre histoire se passe en 2110 dans le silo 1 chargé de surveiller tous les autres silos : Troy est le responsable.
Pendant 6 mois il travaille à la surveillance des silos et ensuite il est congelé (cryogénisé) quelques dizaines d’années.
Le silo 1 est différent de celui  décrit dans le tome 1 : plus automatisé, des ascenseurs à la place d’escaliers .
L’histoire se passe à plusieurs époques et plusieurs lieux : 2049, 2110, 2312 et 2345, silo 1, 12,17,18 et sait être passionnante sans perdre le lecteur par ces sauts dans le temps et dans les lieux.
J’ai aussi beaucoup aimé connaître la jeunesse de Jimmy, rencontré dans le tome 1 et arriver ainsi dans ce prequel à comprendre la construction du monde découvert dans ce même tome.

Tome 3 – Silo Générations

Un roman qui clôture une trilogie qui aura enchanté mon été …
Après Silo, où Hugh Howey nous plongeait dans ce monde clos post apocalyptique, et Silo Origines où il expliquait comment les silos avaient été érigés et pourquoi, j’ai poursuivi cette lecture addictive.
Donald, rencontré dans le tome 2 essaie de venir en aide au silo 18 avec l’aide de sa soeur (les siècles défilent entre deux cryogénisation)
Juliette est revenue plus forte de son combat à l’extérieur du silo et est élue maire (avec en prime une « idylle » avec Luke) et aussi Solo et les enfants du silo 17…
J’ai trouvé les trois tomes d’une grande et constante qualité tant dans la description de ce monde que dans la justesse des personnages.
Hugh Howey met en scène une société en miniature qui nous permet aussi de comprendre les motivations des individus et d’un groupe .

De l’action, de la « politique », de l’amitié saupoudrée d’un peu amour, la recette est très convaincante…

Une réussite ….

 

Challenge trilogie de l’été chez Philippe et Challenge mois américain chez Titine

Challenge pavévasion chez Brize (744 pages en poche, pour le tome 1, 704 pages pour le tome 2, le tome 3 fait moins de 600 pages)