Il faut qu’on parle de Kevin – Lionel Shriver

Je connaissais le sujet  de ce livre avant de le commencer : un jeune garçon commet un carnage dans son lycée quelques jours avant ses 16 ans. Sa mère revient sur les événements :

Voici ma lecture sur 4 jours

Le 20/07/2019
Une femme, Eva la cinquantaine, écrit à son mari Franklin.
Le sujet de ses lettres : essayer de comprendre comment Kevin, leur fils de 16 ans, est parti pour le lycée avec une arme et a tué 7 lycéens, un prof et une personne de la cantine. (2 survivants lors de cette attaque)
L’horreur absolue pour des parents ! Ceux de l’enfant assassin et ceux des victimes…

Le 21/07/2019
L’auteur dissèque dans ses lettres ce qui s’est passé depuis le début «Tomber enceinte » jusqu’au jour fatal le fameux « JEUDI », et ce de façon chronologique.
L’écriture est très directe, très abrupte, sans concession : ni pour elle (elle n’a jamais réellement désiré cet enfant), ni pour son mari (mais on n’a pas la réponse du mari aux lettres) ni pour le fameux Kevin, ni la société américaine pour laquelle il est normal que les armes soient en vente libre …

L’auteure (Lionel Shriver est le pseudo de Margaret Ann Shriver) alterne des passages dans le passé et des compte-rendus des visites qu’Eva rend à son fils incarcéré.
Son fils dès la maternelle présente une incapacité à se sociabiliser …Pour la mère, elle craque et en arrive à le brutaliser : une seule fois lorsqu’il a 6 ans (et porte encore des couches !).

En parallèle, Eva en dit plus sur son enfance : sa mère est agoraphobe, son père est mort en 1945 avant sa naissance, la grande partie de la famille de son père est morte pendant le génocide arménien … Qu’elle est lourde cette enfance qui n’en était pas une : cela rend Eva plus compréhensible : comment aimer un fils alors qu’elle même a été si peu aimée…

Le 22/07/2019
Le mari et père de Kevin est totalement absent. Je crois qu’elle écrit à un mort. Les face-à-faces en prison avec  son fils sont très durs : on sent la haine qu’il a pour l’humanité entière et sa mère en particulier : il est fier de son carnage (et ne regrette qu’une chose que la tuerie de Columbine, qui s’est produite juste après, ait fait plus de morts que « sa tuerie à lui ».)

Le 23/07/2019
Kevin est de plus en plus antipathique, jusqu’au carnage final, qui est raconté de façon presque chirurgicale …
Un livre effrayant…et marquant…
Kevin est-il né psychopathe ou l’est- il devenu parce qu’il a été négligé affectivement par sa mère et son père ? A chacun de se faire son avis…

Un extrait :

… – « C’est toujours la faute de la mère, pas vrai ? » a-t-elle dit tout bas, en ramassant son manteau. « Ce gamin a mal tourné parce que sa mère, elle est alcoolo ou accro à la drogue. Elle le laisse à l’abandon, elle lui apprend pas la différence entre le bien et le mal. Elle est jamais à la maison quand il rentre de l’école. Personne va jamais dire que le père est un poivrot, ou qu’il est pas à la maison quand il revient de l’école. Et personne non plus va jamais dire qu’il y a des enfants qu’ont la méchanceté. Croyez pas ces vieilles salades. Les laissez pas vous charger avec tous ces meurtres.

– LORETTA GREENLEAF ! [Appel du gardien.]

– C’est dur d’être une maman. Personne n’a jamais fait voter de loi disant qu’il faut être parfaite avant de tomber enceinte. Je suis sûre que vous avez fait de votre mieux. Vous êtes dans ce trou à rats par un beau samedi-après-midi ? Vous essayez encore. …

L’avis d’Ingannmic

Et challenge pavé de l’été chez Brize

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Une fille facile – Charles Willeford

Après le pavé 22/11/63, j’avais envie d’une lecture courte.
Je pensais en prenant ce livre de 220 pages me diriger vers un polar type James Hadley Chase ou William Irish avec un détective, une enquête et de belles pépées.
Et bien pas du tout : Helen est bien une « pépée » comme on pourrait s’y attendre mais elle est bien plus que ça.
Quand Harry la rencontre dans un bar, il sait tout de suite qu’elle est soûle (et alcoolique), normal : il est lui même alcoolique. Presque siamois, ces deux-là décident de vivre ensemble, ils se confient l’un à l’autre et c’est passionnant : une grande détresse de part et d’autre et l’auteur arrive à nous les rendre attachants et même indulgents vis à vis de leur addiction.
L’action se passe au début des années 50 à San Francisco. Harry est un ancien GI, il a essayé de reprendre des études d’art en rentrant de sa mission de soldat … sans succès … dépressif, alcoolique mais également lucide alors qu’Helen ….
C’est un livre très noir, sombre…

La fin est doublement surprenante mais je n’en dirai pas plus pour ne pas divulgâcher. L’avant dernière phrase claque comme ….une évidence ? Une mystification de la part de l’auteur ?

J’ai lu ce livre car il était cité dans Mars club, un roman sur la vie en prison d’une jeune femme condamnée à perpétuité. Dans Mars Club, le professeur qui donne des cours d’anglais aux détenus leur fait lire (ou leur parle) d’ « une fille facile » : pas sûr que ça aide les détenus de lire ce livre …le désespoir va crescendo…. mais quelle force dans le propos …. un livre marquant !

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Extrait p 132

Dans mon rêve je courais rapidement le long d’un énorme clavier de piano. Les touches blanches faisaient de la musique sous mes pas rapides au fur et à mesure que je marchais sur elles. Mais les touches noires étaient collées ensemble et ne résonnaient pas. En essayant d’échapper à la musique discordante des touches blanches, je tentai de courir sur les touches noires, glissant et trébuchant pour garder mon équilibre. Bien que nous pouvant apercevoir le bout du clavier, je sentais que je devais atteindre cette extrémité. Ce ne serait possible que si je courais assez vite et assez fort. Mon pied glissa sur une touche noire arrondie. Je tombé lourdement sur le côté et mon corps étalé couvrit trois des vastes touches blanches qui résonnèrent en discordances aiguës et violentes. Les notes étaient laides et sonores. Je quittai le clavier du piano d’une roulade mais je ne réussis pas à me remettre debout et tombai dans une énorme masse de brouillard qui tourbillonnait en rouleaux jaunes et silencieux. Et je me mis à descendre en flottant, flottant, flottant. La lumière qui entourait ma tête était comme de l’or lumineux et brillant. Les gants que j’avais sur les mains étaient en peau de chamois jaune citron avec trois coutures noires sur le dessus. Je n’aimais pas ces gants, mais je n’arrivais pas à les enlever malgré tous mes efforts. Ils étaient collés à ma chair. La colle d’un orange brillant coulait du gant pour s’étaler sur mes poignets.

Les femmes de Heart Spring Mountain – Robin MacArthur – Concours en fin de billet :-)

Roman choral –  Chaque chapitre indique le personnage mis en avant et l’année.
Tour à tour, on suit donc Léna en 1956, Vale et Bonnie en 2011, Hazel de nos jours en 1956 et en 1974 et aussi Debbie, Stevens, Andy …tout ça dans le désordre. C’est à la fois assez difficile à suivre mais cela met également du piquant dans la découverte….
J’ai donc eu un peu de mal au début à savoir qui était la fille, la mère, la sœur, la tante la grand-mère, le cousin ou le frère (mais il me manque aussi quelques neurones, manque dû à la canicule ?)

Le point de départ : en 2011, Vale, jeune femme d’environ 25 ans, apprend que Bonnie, sa mère a été portée disparue lors d’une tempête, Irene, comparable à celle plus célèbre nommée Katrina.
Vale repart donc dans le Vermont pour rechercher sa mère dans un paysage dévasté.
En parallèle, elle découvre que son arrière grand mère était vraisemblablement une indienne : pourquoi cette origine indienne a-t-elle été masquée ? reniée ?
Pourquoi Bonnie n’a jamais connu son père ? Pourquoi Vale non plus ?

Tour à tour, l’auteur nous fait ressentir les émotions de ses différentes personnages (avec une nature qui veut reprendre ses droits …et qui se venge …)

En conclusion : Une écriture convaincante pour ce premier roman (une fois repérés les liens familiaux entre tous les personnages)

Et maintenant le concours : .

J’ai gagné ce  livre chez Sallyrose (merci à elle :-))

Je vous propose de gagner ce roman à votre tour : Je reprends donc l’idée de Sally
Elle demandait aux participants de nommer leur auteur américain préféré :
Ont été nommés Henri Miller, Paul Lynch, Edward Abbey, Dean Koontz, John Irving, John Steinbeck , Stephen King, Brandon Sanderson, John Grisham , Paul Auster, Patricia Cornwell, Philip Roth.  Une seule femme donc ….

Pour participer il faut laisser un commentaire ici même en disant quelle est votre écrivaine (ou autrice ou auteure comme vous préférez) américaine préférée (américaine au sens USA du terme :-))

Bisesssss

Vous pouvez participer jusqu’au 07/07/2019 à 19h19
Résultat du tirage au sort le 8 juillet …..à peu près vers 20h08 🙂

 

Le groupe Facebook #Picabo River Book Club est ici 

22/11/63 – Stephen King

Genre : voyage dans le temps

Cela faisait très longtemps que je lorgnais sur ce pavé de 1056 pages (en poche)

Je rejoins un grand nombre de lecteurs qui disent que ce roman est très addictif (448 avis sur Babelio à ce jour)
J’ai profité de quelques jours de congés pour le dévorer.

Le début est un tout petit peu lent à se mettre en route mais passées les 100 premières pages c’est réellement dur de le lâcher.

Sauf si vous vivez sur une île déserte vous connaissez le principe : un homme, prof d’anglais, voyage dans le temps et essaie de sauver JFK !
Un de ses amis lui dévoile une faille temporelle derrière son snack.
Il s’y prend longtemps à l’avance : de 2011 il se trouve propulsé en 1958.
Il a donc presque cinq ans pour empêcher cet assassinat.
C’est là toute la force de ce roman pour ma part : la plongée dans les années 50 et début des 60’s: les belles voitures, le vrai goût de la nourriture avant le fast food, les relations plus confiantes avec les gens …mais aussi la ségrégation. La guerre de Corée vient juste de finir, celle du Vietnam commence…toute une époque se déroule sous nos yeux à la fois vivante et documentée.
Et puis les personnages sont réellement convaincants : Jake Epping en prof d’anglais, héros ordinaire, évolue tout au long du livre avec beaucoup d’humour.

Il y a même une idylle (parfaite pour une lecture de vacances) et aussi de l’amitié avec Al son mentor, Harry celui par qui tout commence ….King réussit même à faire prendre vie à Lee Harvey Oswald….

Sinon, vous avez bientôt des vacances ?

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Un extrait (page 678)

« Cela changerait-t-il quelque chose si je te disais que le docteur Ellerton en personne a accepté de participer au spectacle ? »
Elle en a momentanément oublié ses cheveux et m’a dévisagé avec stupeur.
« Quoi ?
– Il veut bien être l’arrière-train de Bertha.»
Bertha la Ponette Dansante était une création en toile des élèves de la section arts plastiques. Bertha allait et venait sur scène durant plusieurs des sketches mais son grand numéro était une danse où elle agitait la queue au son de « Back in the Saddle again » de Gene Autry. (La queue était mue par une corde actionnée par le deuxième larron du duo Bertha.) Les gens du cru (qui n’étaient pas réputés pour leur sens de l’honneur sophistiqué) trouvaient Bertha à se tordre.
Sadie éclata de rire. Je voyais bien que ça lui faisait mal, mais c’était plus fort qu’elle. Elle se laissa aller en arrière contre le dossier du canapé, une main sur le front comme pour empêcher son cerveau d’exploser. « D’accord ! dit-elle quand elle put de nouveau parler. Je te laisse faire, juste pour voir ça. » Puis elle me foudroya du regard. « Mais je viendrai voir pendant la répétition générale. Tu ne me feras pas monter sur scène pour que tout le monde puisse me dévisager comme une bête de foire et murmurer : « Oh, regarde cette pauvre fille. » C’est bien compris ?
– C’est compris », lui ai-je assuré.
Et je l’ai embrassée. Voilà un premier obstacle de franchi. Le suivant serait de convaincre le chirurgien le plus réputé de Dallas de venir à Jodie en pleine canicule estivale pour caracoler sous quinze kilos de toile en forme d’arrière-train de cheval… Car je ne lui en avais pas encore parlé.
En fait, ça n’a pas posé de problème. Ellerton s’est illuminé comme un gosse quand je lui ai soumis l’idée. « J’ai même un peu d’expérience pratique, m’annonça-t-il. Ma femme n’arrête pas de me dire que je suis un vrai cheval. »

Un livre repéré chez Brize (et de nombreux autres blogs)

Dommage que je l’ai lu avant le 21/06/2019, il aurait alors pu compter pour le pavé de l’été (heureusement j’en ai d’autres)

Sinon vous avez bientôt des vacances ?

Challenge « lire sous la contrainte chez Philippe » où la contrainte est « sans nom commun »

Jours de juin – Julia Glass

Genre : un pavé intimiste où il y a pas beaucoup d’action mais qui sait rester captivant.

Dans la première partie, le personnage principal est Paul, la soixantaine. Il est écossais et part en voyage organisé en Grèce. C’est la première fois qu’il voyage depuis la mort de sa femme (décédée d’un cancer en quelques mois). C’est l’occasion pour lui de revenir sur sa jeunesse, la rencontre avec sa femme, la naissance de leurs trois garçons : Fenno, puis des jumeaux Dennis et David.
C’est une personne attachante mais très réservée : il n’a jamais réussi à comprendre les désirs de sa femme, ni réellement accepté l’homosexualité de son fils aîné. Il raconte comment son fils est devenu un étranger pour lui, se demande s’il pourrait retomber amoureux un jour …

La deuxième partie a lieu 6 ans après : le narrateur est Fenno, le fils de Paul. Lui  et ses frères se retrouvent pour les obsèques de Paul.
C’est la partie la plus longue et la plus intéressante : une réunion de famille où chacun se souvient, avec toutes les distorsions que peut amener la mémoire d’un même fait. Dennis et David sont tous les deux mariés, l’un père de famille avec d’adorables petites filles. Il s’agit aussi pour Fenno d’essayer de mettre des mots sur son homosexualité et le sida qui décime le milieux des ses amis : vivre diminué jusqu’à la phase terminale ou précipiter la fin de vie ? Il décortique ses relation avec son ami Mal, critique littéraire, et Tony un talentueux photographe très mystérieux.

La troisième partie a lieu encore 5 ans après et met en scène principalement Fern, une jeune femme enceinte de 5 mois : elle a été invitée à un weekend de trois jours chez un ancien amant, Tony l’ami de Fenno . Elle se sent coupable …on ne saura qu’à la toute fin la raison de sa culpabilité…Là aussi les discussions, l’observation des personnages est hypnotisante : tout ce monde se croise, se dévoile …ou pas…

Un grand roman de personnages tous plus convaincants les uns que les autres.

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Un extrait :

« Encore un effort, les enfants ! Il y a de quoi se désaltérer après le tournant », crue Jack en descendant de son âne. Il fait des signes énergiques en direction des retardataires. Ils ont atteint le bois après une chevauchée éprouvante à flanc de montagne, et même Marjorie, qui suit Paul de près, a l’air défait. « Vous êtes un être détestable, détestable », dit-elle à Jack en mettant pied à terre. Son chemisier blanc est gris de poussière, avec des taches ovales sous les bras.
« Vous prétendiez être une cavalière, Marj.
Cela signifie que je monte à cheval, jeune homme. » Jack rit et l’entoure de son bras. « On n’a rien sans mal. » Il aide Irène à descendre de cheval, puis Jocelyn. Leurs maris, Ray et Solly, sont à mi-chemin de la buvette. Les quadruplées sont restées à paresser sur la plage. « Pas de bière ! crie  Jack aux hommes. Je ne veux pas d’accident sur le chemin du retour. »
Paul attend que Jack ait attaché les ânes. Le bois est plus petit qu’il pensait, un bosquet d’arbres rabougris, tordus par le vent. Un endroit désolé, desséché, justifiant à peine la montée. À l’exception de deux ânes qui somnolent au loin, il semble que personne d’autre n’ait emprunté ce sentier ridicule.

Ariel – Sylvia Plath

De Sylvia Plath, j’ai lu en lecture commune avec Edualc « La cloche de détresse« . Ce livre, au titre très juste, m’avait donné envie de poursuivre avec cette auteure.
Avant de commencer ce recueil de poèmes, je savais donc que Sylvia Plath s’est suicidée à l’âge de 30 ans et qu’Ariel est un recueil publié à titre posthume.

Je lis très peu de recueils de poèmes et de plus je sais très mal en parler.
Que dire de celui-ci, si ce n’est qu’à presque toutes les pages, la détresse de Sylvia Plath est prégnante, presque obsédante.

Il y a des moments de pure tendresse pour ses enfants et des moments de désespoir, parfois même dans la même strophe.

Quels sont les sujets abordés par ces poèmes ?

D’abord la maternité avec par exemple le premier poème « chant du matin » sur la venue au monde d’un de ses enfants : on sent les jeunes parents ébahis et émerveillés par l’arrivée de ce nouveau-né :  «  Les voyelles lumineuses s’élèvent comme des ballons « .

Comme dans la « cloche de détresse » Sylvia Plath manie l’ironie et surtout l’autodérision. Par exemple, toujours dans le premier poème, elle écrit :
« un seul cri et je saute hors du lit, trébuche, bovine et florale
Dans ma chemise de nuit victorienne.
Tu ouvres une bouche aussi nette qu’une gueule de chat. »

Parmi les autres thèmes revenant souvent :  l’holocauste, sa haine pour son père et  pour sa mère, l’hôpital et la mort.

La postface est aussi captivante  que le recueil en lui-même, puisqu’elle  éclaire d’une façon intéressante pour la néophyte que je suis, l’état d’esprit de Sylvia Plath au moment où elle écrit les mots : J’ai  appris (ou réappris si je l’avais oublié) que son père est mort quand elle avait une dizaine d’années et que c’était un nazi, cela fait ressortir d’une façon tout autre le poème « Dame Lazare » dont voici le début :

Ça y est, je l’ai encore fait.
Tous les dix ans, c’est réglé,
Je réussis –

 

Comme un miracle ambulant, ma peau devient
Aussi lumineuse qu’un abat-jour nazi,
Mon pied droit

 

Un presse-papier,
Mon visage un délicat
Mouchoir juif.

Et cela continue ainsi …

Des mots d’une grande force … et d’un désespoir que rien ne peut combler ….
A lire par petites touches pour ne pas se laisser envahir par tant de détresse…

Livre lu dans le cadre du Challenge chez Madame lit, le thème de juin est « Un recueil de poésie »

et Challenge « lire sous la contrainte chez Philippe » où la contrainte est « sans nom commun »

Tendre jeudi – John Steinbeck

Quelques années se sont écoulées entre « Rue de la sardine » qui se déroulait vers la fin des années 30 et « Tendre jeudi » qui se situe en 1947….

Le temps d’un seconde guerre mondiale et même un peu plus …

Mack est toujours là, l’épicerie aussi mais l’épicier chinois a été remplacé par un épicier mexicain.
La tenancière de la maison close « L’ours » est décédée mais sa sœur a repris l’affaire.
Voilà cette rue durement touchée par le chômage (à peine 1947 et l’homme a déjà surexploité la mer qui ne donne plus de poisson). Doc retrouve ses voisins après de longues années de mobilisation dans l’armée.
Il est toujours sympathique, attentif à ses compatriotes mais il manque de buts dans la vie et même m’a paru déprimé (à la limite de la dépression). Jusqu’au jour où arrive Suzy, jeune, honnête et presque illettrée, dans ce village de Monterey… Le choc n’en sera que plus fort avec Doc, âge mûr, honnête et scientifique en panne de motivation…
Heureusement que ses amis sont là pour organiser des fêtes : j’ai alterné entre rires et larmes

En conclusion : un deuxième roman qui m’a beaucoup plu, un tout petit peu moins que « Rue de la sardine » : la surprise de la découverte n’étant plus au rendez vous.

Tendre jeudi – John Steinbeck

Doc essayait désespérément de retrouver sa vie ancienne, vœu pitoyable de l’homme qui veut redevenir petit garçon, oubliant les douleurs de l’enfance. Doc tomba à genoux et, de sa main en forme de pelle, creusa un trou dans le sable mouillé. Il observa l’eau de mer qui y pénétrait et des petites falaises qui s’écroulaient aux bords du trou. Un crabe minuscule fila entre ses doigts. Derrière lui, une voix dit :
« Pourquoi creusez-vous ?
– Pour rien, dit Doc, sans se retourner.

– Il n’y a pas de coquillages ici.

– Je sais », dit Doc, et une de ses voix intérieures dit : « Je veux être seul. Je ne veux ni parler, ni expliquer, ni discuter. Il va falloir que j’écoute les vues de cet inconnu sur l’océanographie. Je ne me retourne pas. »

La voix derrière lui ajouta :
– « Il y a du métal dans l’eau. Il y a assez de magnésium dans un kilomètre-cube d’eau de mer pour recouvrir tout le pays.
– Me voilà frais, pensa Doc. On dirait que j’attire les raseurs.
– Je suis un prophète », il avoua.
Doc fit demi-tour toujours agenouillé.
– «D’accord, dit-il, moi aussi. Mais parlez toujours. »
C’était la première fois de sa vie qu’il était discourtois avec quelqu’un qu’il ne connaissait pas.
Ce quelqu’un était un grand personnage barbu avec le regard vif et innocent d’un bébé en bonne santé. Il portait une salopette en haillons, une chemise bleue qui tournait au blanc et il était pieds nus. Le chapeau de paille qu’il avait sur la tête était orné de deux trous, ce qui prouvait que le chapeau avait été la propriété d’un cheval avant d’être la sienne.
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Tendre jeudi – John Steinbeck

Sous le règne de Bone – Russel Bank

Chapman le narrateur a 13 ans. En rupture familiale (il lui faut à tout prix éviter son beau père) il squatte l’appartement d’un de ses amis Russ, 16 ans, en rupture familiale lui aussi.
Plattsburh, état de New-York, c’est assez effrayant de savoir que les enfants aux États Unis sont si peu protégés. Chapman ne dit pas ce que lui a fait son beau père mais des allusions ne font aucun doute.
Pour survivre, Chapman (Chappie) vend de l’herbe et fait de petits trafics. Pour payer le loyer de leur appartement, les deux adolescents « s’acoquinent » avec un groupe de bikers, qui se droguent et volent du matériel hi-fi. Le jour où Russ vole les voleurs, leur monde déjà instable vole en éclat : ils doivent fuir et se faire passer pour morts.
L’auteur nous présente les États-Unis sous un angle très sombre: pauvres gamins livrés à eux mêmes, victimes d’abus en tout genre, et pour lesquels la drogue est la seule échappatoire.

Dans le début de leur cavale Chappie et Russ rencontrent deux frères (drogués aussi) qui sont les frères de Nicole, rescapée de l’accident de bus dans le livre « De beaux lendemains » …Nicole qui m’avait beaucoup émue dans ce livre …

Un peu plus tard, Chappie se retrouve seul : Russ préfère rentrer chez lui et essayer de se réconcilier avec sa famille.
Nous suivons Chappie dans une sorte de voyage initiatique (parfois lucide, parfois halluciné pour cause de diverses substances , un voyage qui l’emmènera de rencontre en rencontre.  Chappie devenu Bone (changer de nom permet il d’entamer une nouvelle existence ?) sauve Froggie une petite fille d’un pervers.
Les deux enfants rencontrent un jamaïcain en situation illégale qui les accueille chaleureusement….

Russel Banks excelle à faire parler des adolescents, en même temps déconnectés de la vie réelle et tellement lucides sur le peu de chances qu’ils ont dans leur vie …

Un très grand roman qui nous permet de suivre Chappie, 13 ans puis 14 puis 15, devenu le Bone du titre, de Plattsburg jusqu’à Montego Bay, Jamaïque.

En bref : Bone ou « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort »

 

Un extrait

Je lui ai demandé si elle savait où mon père s’était tiré après le divorce, puisque à ma connaissance il n’était resté ni Au Sable ni à Plattsburgh. Personne en ville ne m’en avait jamais parlé. C’était une sorte d’étranger mystérieux du nom de Paul Dorset, avec l’accent et le look de JFK, qui était un jour entré dans Au Sable sur son grand cheval, s’était trouvé la plus jolie fille du coin, l’avait mise enceinte et épousée, et puis un autre jour à la suite d’une méchante histoire l’étranger avait de nouveau quitté la ville sur son grand cheval, et à part la fille et ses proches parents nul ne se souvenait de lui ou de son passage. Ils demandaient, mais qui c’était, cet homme masqué? Et lui, il s’écriait, Oh Yo-o ! Silver, au galop!

Les grandes marées – Jim Lynch

Miles, le narrateur, a 13 ans. Il vit au bord de l’océan Pacifique dans l’état de Washington et il est passionné par la faune et la flore qui se trouvent près de chez lui …
Jim Lynch fait un portrait très attachant de ce jeune garçon, qui n’est plus un enfant mais pas encore réellement un ado. Il est insomniaque et fait souvent des virées tout seul la nuit sur son canoë : c’est ainsi qu’une nuit il va découvrir le calamar géant de la couverture, calamar géant qui va attirer l’attention des médias ..et aussi d’une secte … Tout au long de cet été, Miles va découvrir bien d’autres choses d’encore…

Le temps de deux petits mois, il va évoluer, nous raconter ses balades avec son meilleur ami Phelps (asperge plutôt hilarante), son amour  (non partagé) et ses fantasmes pour sa voisine Angie, qui a 18 ans autant dire un siècle de plus que lui. Côté adultes, il assiste impuissant aux disputes entre ses ses parents. Ses visites quotidiennes à son autre voisine, âgée et atteinte de la maladie de Parkinson, lui font prendre conscience du temps qui passe.

Miles saute du coq à l’âne et nous livre un condensé de fraîcheur et de réflexions pas si naïves que cela sur l’homme et sa place dans le monde, sur  la célébrité et le rapport aux médias. Les humains de ce 21ème siècle essaient de trouver un but à leurs vies ….ou un nouveau prophète…

Quelques frayeurs et découvertes plus tard, je regarde mon petit bonhomme différemment depuis que j’ai lu ce livre : il peut se passer tout cela dans la tête d’un garçon de 12-13 ans …?

Livre repéré chez Edualc ici

Un extrait :

Quand nous atteignîmes le rivage, je les traitai comme des élèves de primaire. Je leur dis de glisser la tête entre les rochers pour écouter les bernacles claquer leurs portes. À l’instar de la plupart des gens, ils n’arrivaient pas à croire que ces petites croûtes bosselées abritaient des animaux vivants, et encore moins des bestioles qui retenaient hermétiquement de l’eau de mer dans leur coquille chaque fois que la marée se retirait. Je leur expliquai comment les vers tubicoles se recroquevillaient ou emprisonnaient de l’eau à l’aide de filaments qui fonctionnaient à la manière de bouchons, puis comment les natices se contractaient en faisant coulisser des portes elles aussi, ou encore comment les crabes et les puces de sable s’enterraient sous les pierres pour rester le plus humide possible jusqu’au retour de la mer.
Après quoi, je déambulai sur la grève en leur indiquant où ils devaient marcher pour ne pas risquer de s’enliser dans la boue. Je leur fis remarquer que dans la mer la vie s’invitait en chaque chose, chaque interstice, chaque coquille, et même entre les grains de sable. S’ils ralentissaient l’allure et laissaient errer leurs regards, ils s’apercevraient qu’une bonne partie de ce qui leur semblait figé bougeait en réalité, à l’image de ces treize minuscules bernard-l’ermite que je leur désignai, avec leurs coquilles identiques de bigorneaux à carreaux marron et blanc. Je leur montrai la vie qui se superpose à la vie, les bernacles et les berniques collées sur des huîtres, elles-mêmes accrochées les unes aux autres, et montées sur le dos de coquilles plus grosses, avec des bernacles par-dessus tout ça, comme s’il y avait eu une soirée Super Glue la veille.

 

Challenge « petit bac  » chez Enna pour l’adjectif « Grandes »

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