Effacement – Percival Everett

Voilà un livre qui vaut le détour (livre recommandé par Ingannmic, son avis ici)

D’abord j’ai adoré la forme : un journal d’un écrivain américain qui livre à la fois ses impressions sur l’écriture et l’art et qui nous fait partager son quotidien : ses relations avec sa mère atteinte d’Alzheimer, ses relations avec ses frère et sœur, son éditeur, ses relations sentimentales …

Thelonious Monk Ellison (Monk pour ses amis) est un écrivain qui a publié des analyses érudites sur des auteurs grecs ou sur le « nouveau roman ».

Aux Usa, il a peu de succès car le fait qu’il soit noir fait que le public attend de lui une certaine littérature (une littérature « noire , comprenez : qui mette en avant des «noirs»)

J’ai la peau noire, les cheveux frisés, le nez épaté, certains de mes ancêtres étaient esclaves et j’ai été gardé à vue par des policiers pâlots dans le New Hampshire, l’Arizona et en Géorgie ; selon la société dans laquelle je vis, donc, je suis noir ; c’est ma race.

Un jour, il lit un extrait d’un livre (atroce) d’une femme noire « Not’ vie à nous au ghetto» et rédige une parodie (parodie qui est présente intégralement dans le livre), ce livre compte tout attente devient un best seller, et Monk se retrouve confronté à un cruel dilemme : perdre son honneur ou ne pas pouvoir subvenir aux besoins de sa mère dépendante..

Ce que j’ai le plus aimé dans ce livre est bien la surprise. On passe d’un épisode « réel » de l’auteur avec sa mère avec une discussion fictive (ou pas)  entre Hitler et Eckhart («Souvenez vous que vous êtes allemand. Gardez notre sang pur ») puis un épisode réel puis une discussion fictive (ou pas) de Rothko et Alain Resnais… sur la valeur artistique des rectangles, De Kooning et Rauschenberg sur la notion d’effacement du titre….

Puis on revient à des souvenirs d’enfance et de ce qu’il a vécu à 10 ans. Cela pourrait semble un peu foutoir mais pas du tout :  La transition entre tous ses « moments » est facilité par la typographie. A chaque changement de narration, le lecteur est « prévenu » par trois croix.

Bref, tout m’a plu dans ce livre le fonds et la forme, l’écrivain pris entre ses convictions sur le fait qu’un écrivain peut écrire sur tout et pas seulement sur le milieu d’où il vient et la dure réalité de la vie quotidienne.

J’ai eu un peu peur au début de ne pas arriver à finir (je n’ai pas compris un seul mot de la conférence sur le « nouveau roman » mais je crois que c’était fait exprès).

Autre tout petit bémol : le style de « Pataulogie », le livre dans le livre, est très « grossier », dans le sens bourré de clichés (étonnant que les lecteurs américains n’aient pas vu qu’il s’agissait d’une parodie tellement c’est gros!!!)…donc 80 pages un petit peu longuettes… mais si ce faux « livre » n’avait pas été inclus, il est presque certain que j’aurais regretté qu’il n’y soit pas….

Le point principal est qu’il remet en cause tous nos préjugés : En refermant ce livre, je m’aperçois que j’avais un préjugé sur ce livre : En voyant la couverture, et sans avoir lu la quatrième, je m’étais imaginé que le sujet était l’histoire d’un homme noir dans le couloir de la mort (qui allait donc être effacé)…Etrange non, ce préjugé juste sur la couverture?

En bref une excellente lecture qui réussit à mêler écriture, racisme, préjugés en tout genre , coming out, droit à l’avortement , Alzheimer et art sans paraître complètement superficiel …

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Livre recommandé par Ingannmic dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

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Délivrances – Toni Morrison

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Etats- Unis de nos jours (1993-2013).

Délivrances – au pluriel. Le titre est très bien trouvé pour ce roman choral. Dans un récit aux chapitres qui se répondent les uns aux autres, l’auteur nous raconte   la difficile enfance de Lula Ann, qui a eu le malheur de naître « très très noire » dans une famille où la mère et le père pouvaient paraître quasiment « blancs ». La mère cherchera à étouffer Lula Ann à la naissance, le père quittera le foyer familial à ce moment-là, persuadé de l’infidélité de sa femme.

Vingt ans plus tard, Lula Ann a réussi dans sa vie professionnelle ; elle est cadre dans une grande entreprise de cométiques, roule en jaguar, s’habille chez de grands couturiers, a changé de prénom et se fait appeler Bride « fiancée » . C’est un portrait très touchant de cette jeune femme qui est à la fois si sûre d’elle dans sa vie professionnelle et si désarmée dans sa vie privée. J’ai aimé aussi rencontrer et avoir la version de la délivrance des deux autres personnages : Sofia, l’institutrice que Lula Ann a contribué à envoyer en prison, et Booker le petit ami qui la quitte un jour sans crier gare. Bride va mener son enquête pour comprendre les raisons de cette fuite …pour finir par se retrouver : leur délivrance sera commune.

Un roman très dense, où on ressort plein d’espoir.

J’avais six ans et je n’avais encore jamais entendu les mots « négresse » ni « salope », mais la haine et la répugnance qu’ils contenaient se passaient de définition. Exactement comme par la suite, à l’école, quand on me soufflait ou me criait d’autres insultes, aux définitions mystérieuses mais au sens limpide. Noiraude. Topsy(1). Face de charbon. Sambo (2).  Ooga booga. Ils faisaient des bruits de primates et se grattaient les côtes en imitant les singes du zoo. Ils me traitaient comme un phénomène de foire, étrange, salissant comme de l’encre renversée sur du papier blanc. Je ne me plaignais pas à l’institutrice pour cette même raison qu’avait eue Sweetness de me mettre en garde au sujet de M.Leigh : je pouvais être temporairement exclue, voire renvoyée. Donc je laissais les injures et les brimades circuler dans mes veines comme du poison, comme des virus mortels, sans antibiotiques à ma disposition. Ce qui, en fait, était une bonne chose maintenant que j’y pense, parce que j’ai développé une immunité tellement forte que la seule victoire qu’il me fallait remporter, c’était de ne plus être une « petite négresse ».  Je suis devenue une beauté profondément ténébreuse qui n’a pas besoin de Botox pour avoir les lèvres faites pour être embrassées, ni de cure de bronzage pour dissimuler une pâleur de mort. Et je n’ai pas besoin de silicone dans le derrière. J’ai vendu mon élégante noirceur à tous ces fantômes de mon enfance et maintenant ils me la payent. Je dois admettre que forcer ces bourreaux – les vrais et d’autres comme eux – à baver d’envie quand ils me voient, c’est plus qu’une revanche. C’est la gloire.

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(1) Toute jeune esclave noire, dans le roman de Harriet Beecher Stowe, La case de l’oncle Tom (1852)

(2) Héros du livre pour enfants écrit par Helen Brodie Bannerman, Sambo le petit noir (1889)

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Livre recommandé par Emilie dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Un enfant de la balle – John Irving

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Je suis rarement déçue par un roman de John Irving. Pour ce pavé, cependant, ce n’est pas l’enthousiasme habituel : d’abord il y a de nombreuses digressions et retours dans le passé. D’habitude cela ne me gêne pas, mais pendant cette lecture, je n’arrivais pas trop à me concentrer. 

Quelques mots sur l’histoire : Le docteur Daruwalla est le personnage principal, il est chirurgien-orthopédiste. Né en Inde, il est parti pour ses études au Canada où il s’est établi avec son épouse autrichienne. Trente ans plus tard, il passe la plupart de son temps au Canada et revient de temps en temps en Inde. Dans son pays natal, il soigne gratuitement les enfants défavorisés, essayant de faire admettre des orphelins dans un cirque pour les sortir de la misère de la rue. Il mène une double vie, docteur le jour et scénariste pour film « policier hindou » avec comme héros récurrent l’inspecteur Dhar, à la fois admiré et détesté par le peuple hindou. L’acteur qui incarne Dhar est le fils adoptif du Dr Daruwalla, et c’est de loin le personnage le plus intéressant : énigmatique et plein d’humour. 

Mine de rien de digression en digression, j’ai appris de nombreuses choses sur l’Inde. Le Dr Daruwalla mène l’enquête avec le faux inspecteur (Dhar) et un vrai inspecteur sur un meurtre qui a été commis dans un club de golf très fermé. Le sujet du livre n’est pas l’enquête puisque l’on  connaît assez rapidement le coupable, mais bien les moeurs des personnages …

Finalement, j’ai lu ce livre tout début juillet et même si mon avis en refermant le livre était mitigé, deux mois après ce livre reste très frais dans ma mémoire et finalement le bilan est assez positif malgré quelques longueurs.

Un extrait :

Lorsqu’ils sortirent entre les deux rangées de tentes, ils virent que les artistes étaient déjà en costumes ; on faisait déjà prendre l’allée centrale aux éléphants.  Dans les coulisses du grand chapiteau, les chevaux étaient en ligne. Un machiniste avait déjà sellé le premier. Puis, un entraîneur donna une bourrade avec son bâton à un grand chimpanzé, et l’animal fit un saut en hauteur d’au moins un mètre cinquante. Le cheval s’avançait, nerveux ; il avait fait un pas ou deux lorsque le chimpanzé atterrit sur la selle. Il s’y est mis à quatre pattes ; et lorsque l’entraîneur toucha la selle de son bâton, il fit un saut périlleux avant sur le dos du cheval ; puis un second.

L’orchestre était déjà sur sa plate-forme, au-dessus de l’arène, qui se remplissait encore. Les visiteurs allaient gêner le passage s’ils restaient en coulisses, mais Monsieur Das, le présentateur, n’avait pas paru, et il n’y avait personne pour leur indiquer leurs sièges. Martin Mills suggéra qu’ils en prennent tout seuls, avant que le chapiteau ne soit plein. Le docteur Daruwalla n’appréciait pas cette désinvolture. Tandis qu’ils se disputaient sur la conduite à tenir, le chimpanzé qui faisait les sauts périlleux à cheval fut distrait. Il fut distrait par Martin Mills.

Ce chimpanzé était un vieux mâle, nommé Gautam, parce que tout bébé, il offrait déjà une ressemblance frappante avec Bouddha : il pouvait rester dans la même position et fixer le même objet pendant des heures. Avec l’âge, ses capacités de méditation s’étaient développées, et il pouvait pratiquer certains exercices répétitifs ; les sauts périlleux à cheval n’en étaient qu’un exemple. Gautam  pouvait répéter le mouvement indéfiniment ; que le cheval galope ou reste immobile, il atterrissait toujours sur la selle.  Depuis quelques temps, toutefois, il ne manifestait plus le même enthousiasme dans ses sauts périlleux ni dans ses autres activités ; Kunal, son entraîneur, mettait cette baisse de régime sur le compte de la passion du gros singe pour une jeune femelle nommée Mira. Mira venait d’arriver au Grand Nil  bleu, et l’on voyait Gautam soupirer pour elle, souvent dans des moments peu propices.

S’il apercevait Mira lorsqu’il faisait ses sauts périlleux, il ratait la selle, et même le cheval. C’est pourquoi Mira montait un cheval très en avant dans le cortège d’animaux qui défilaient sous le grand chapiteau lors de la parade de présentation. C’est seulement lorsque le vieux chimpanzé faisait ses échauffements en coulisse qu’il pouvait apercevoir Mira ; on la tenait près des éléphants parce qu’il avait peur d’eux.

Le pavé de l’été chez Brize (716 pages)

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Et quelquefois j’ai comme une grande idée – Ken Kesey

 

et quelquefois Etats-Unis – 1961

Les Stamper sont des bûcherons dans l’état de l’Oregon : Le père est blessé – une jambe et un bras dans le plâtre – alors le fils aîné Hank décide de rappeler son petit frère Leeland pour lui demander de venir travailler dans l’exploitation familiale. Les deux frères ne se sont pas vus depuis 16 ans. C’est le début d’une folie qui va durer quelques semaines à peine et où personne ne sortira indemne.

Hank veut briser la grève qui sévit dans la région et veut à tout prix honorer une grosse commande de bois que lui a fait une société en aval de la Wakonda River. Leeland, citadin en manque de repères, veut se venger (de son père ? de son frère ?). Viv, la femme de Hank, veut exister et se sentir utile. Les syndicalistes essaient de ramener Hank à la raison et de respecter la volonté des autres bûcherons de faire la grève….
Dès le départ, le ton est donné, le milieu est âpre et la vie dans cette contrée dominée par la nature ne fait pas de cadeaux : « Celui qui avait choisi l’endroit où suspendre ce bras au bout de sa perche avait tout fait pour donner à la scène le même air de défi à la fois comique et sinistre que la vieille maison ; celui qui s’était démené pour que le bras vienne osciller bien en vue depuis la route avait aussi pris la peine de replier tous les doigts avant de les attacher, tous sauf le majeur, de sorte que cette provocation à la raideur universelle demeure, dressée dans son mépris, bien reconnaissable par n’importe qui. »
Au terme de 892 pages très très denses (il y a de multiples narrateurs par chapitre et ce n’est pas toujours aisé de savoir qui parle), le lecteur comprendra ce passage énigmatique. Il aura aussi pris quelques bains glacés dans la Wakonda river, vibré pour Hank, Leeland, Joe ou Viv, cotoyé des gens simples et vrais…

Un vrai bonheur tant pour les personnages que pour l’histoire pleine de suspense….
En bref , un coup de coeur

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Deux extraits :

Joe était de si bonne humeur qu’elle surpassait même sa bonne humeur habituelle. Il avait échappé aux hostilités de la veille, étant monté se coucher sans rien savoir de la reprise de la guerre froide entre Hank et moi, et il avait passé une nuit pleine de rêves visionnaires de fraternité, tandis que sa chère famille se déchirait à l’étage du dessous, loin de son Utopie : un monde coloré plein de guirlandes et d’arbres de mai, d’oiseaux bleus et d’azalées, où l’homme est bon pour son prochain simplement parce que la vie est plus marrante ainsi. Pauvre imbécile de Joe, avec ta cervelle en Meccano et ton monde désordonné… On raconte que quand il était gosse, ses cousins avaient vidé sa chaussette de Noël et remplacé les cadeaux par du crottin de cheval. Joe avait jeté un œil au fond de la chaussette et s’était précipité vers la porte, les yeux brillants d’excitation. « Attends, Joe, où tu vas ? Il t’as apporté quoi le Père Noël ? ». Si l’on en croit l’histoire, Joe se serait arrêté dans l’entrée pour chercher une longe : « Il m’a apporté un joli petit poney, mais il s’est échappé. Si je me dépêche je pourrais le rattraper. »
Et depuis ce jour-là, on dirait bien que Joe a accepté tous les malheurs de l’existence comme des gages de bonne fortune, et toute la merde du monde comme un signe indiquant la présence de poneys Shetland à proximité immédiate, des étalons pur sang caracolant juste un peu plus loin. Si quelqu’un s’était avisé de lui montrer que le poney n’existait pas, ou n’avait même jamais existé, seulement une blague et de la merde, il aurait dit merci pour l’engrais et planté un potager. Si je m’avisais de lui dire que mon désir de l’accompagner à l’église n’avait pour seul motif que d’honorer mon rendez-vous avec Viv, il se serait réjoui de me voir consolider mes liens avec Hank en apprenant à mieux connaître sa femme. (Page 428)

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Allongé dans sa chambre, Lee espère qu’il ne va pas tomber malade. Les trois semaines qui viennent de s’écouler tourbillonnent au grand galop sous son crâne comme un manège de chevaux de bois. « La tête qui tourne, diagnostique-t-il, le facteur hasch ». Chaque mésaventure, chaque contusion, la moindre égratignure et la plus petite ampoule viennent caracoler devant ses yeux, toutes façonnées dans le moindre détail par la précision horlogère d’un sculpteur sur bois chevronné. Elles défilent devant lui tel un régiment de cavalerie ciselé. Allongé l’air rêveur au centre de ce dispositif tourbillonnant, il tente de décider quel étalon il enfourchera ce soir. Après quelques minutes d’examen scrupuleux, il choisit « Celui-ci, là » – une fière pouliche, flancs élancés, garrot bien dessiné, voluptueuse crinière dorée, à l’oreille dressée de laquelle il se penche pour murmurer : « Vraiment, tu aurais dû le voir…. comme une bête primitive brutal et beau à la fois ».
Et à l’autre bout du couloir, affalé sur une chaise en bois au dossier dur, débarrassé de sa chemise et de ses souliers, Hank respire bruyamment à travers un nez obstrué de caillots pendant que Viv tamponne ses blessures à l’aide d’un coton imbibé d’alcool. Il tressaille, sursaute et glousse à chaque passage du tampon froid, et les larmes coulent rouge sur ses joues. Viv rattrape les larmes mêlées de sang dans son coton.
(Page 493)

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La chanson qui donne le titre à ce livre, chantée par Eric Clapton :

Sometimes I lives in the country
Sometimes I lives in town
Sometimes I haves a great notion
To jump into the river an’ drown

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Quelquefois j’habite à la campagne
Quelquefois c’est en ville que je vis
Et quelquefois j’ai comme une grande idée
De me jeter dans la rivière aussi

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Challenge américain chez Noctenbule

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Retour à Little Wing – Nicolas Butler

Quand je me réveille, je fais souvent cent pompes, juste parce que. Parce que pourquoi pas, bordel ? Parce qu’à la télé, on montre toujours les mêmes grosses merdes. De vieilles infos recyclées en nouvelles infos et les vieux problèmes ressassés sans arrêt comme si ça devait me toucher ou m’énerver. Voilà ce que j’en ai glané, moi : de plus en plus de gens, de moins en moins de planète, et le tout qui serait réchauffe de plus en plus ; ça résume à peu près la situation en ce qui me concerne.
Les gens aiment bien régler mon poste sur le genre de programme qu’il pense que j’aime d’habitude un documentaire sur la nature est ou à propos de chevaux.
Ça me donne l’impression d’être dans une maison de retraite ou un truc dans ce genre, avec une infirmière bien intentionnée qui entre dans ma vie pour choisir ce que je dois regarder, comme si j’étais pas fichu de me servir de la télécommande. Je pense qu’ils le font parce qu’ils savent plus quoi me dire, parce qu’ils sont tristes pour moi ou parce qu’ils me croient triste. Mais vous savez quoi ? La plupart du temps, je le suis pas. Je suis pas triste. Je m’emmerde mortellement, voilà tout. Je m’emmerde tellement que si je regarde un documentaire sur les chevaux sauvages du Colorado, je pense plus qu’à une chose : si j’étais un cheval sauvage, je déguerpirais et je galoperais sans jamais m’arrêter.

J’ai une furieuse envie de m’enfuir et je sais même pas où je veux aller. N’importe où, sans doute. Je sais qu’ils me croient pas capable de me débrouiller seul, mais c’est totalement faux. Je suis pas très intelligent – j’en suis conscient – mais je suis pas idiot. Et dans ma situation, j’ai l’impression d’être en cage. Je crois que les gens oublient que j’ai monté un nombre incalculable de taureaux et des chevaux, que je me suis bagarré dans des bars d’ici à Baton Rouge en passant par Boise et, qu’avant mon accident, je pouvais entrer dans un bar, n’importe lequel, aborder une fille et avoir une sacrée bonne chance d’en faire mon amie pour la nuit. Les doigts dans le nez. Je suis un homme. Je suis une personne, bon sang. Et je tiens plus en place.

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Retour à Little Wing – Nicolas Butler

Aujourd’hui « liberté chérie » – 11 août

Cher Dan F.

Veuillez excusez mon écriture pataude, je n’ai pas l’habitude d’écrire. Je tenais à vous féliciter pour votre excellent livre, un livre dans lequel je me suis reconnu.
Vous avez su rester libre dans la jungle qu’est New York, comme mon ancêtre a essayé de rester libre dans l’Autriche de l’Anschluss puis dans celle de l’après guerre.

« Liberté, j’écris ton nom » a dit Eluard : encore un qui avait tout compris !! L’important c’est la liberté.

J’essaie en ce moment d’écrire la biographie (autorisée) de ma chère amie Boucle d’or. C’est énormément de boulot de recherches mais je ne m’avoue pas vaincu. J’espère trouver un éditeur mais « il ne faut pas vendre la peau…… et patati et patata ».

Je n’oublie pas notre devise : « Liberté, égalité et frères de nous « 

Votre Teddy B.

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366 réels à prise rapide (les règles sont ici)

1. écrire sur le vif : OK

2. pas plus de 100 mots : 133 mots

3. éléments réels de la journée : KO

4. suivre la consigne de la date : OK

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Enigme : Il faut trouver deux titres de livres et leurs deux auteurs.

Petite précision : ces deux personnages  ne sont pas présents dans le même livre. Dans le deuxième livre, le personnage en question n’a pas de nom, je l’ai surnommé Teddy B pour simplifier (Et donner un indice :-)).

Réponses exclusivement dans les commentaires et pas par mail.(règles complètes du jeu-concours ici)

Un privé à Babylone – Richard Brautigan

Finalement, elle a parlé, après s’être humecté les lèvres.
« Ecoutez, espèce de gros flic, dit-elle. Pour commencer, les menottes sont trop serrées. Ensuite, j’ai envie de boire une bière. Tertio, je suis riche et je m’en tire déjà pas mal comme çà. Et puis, en plus, vous ne pouvez rien prouver. Tout ce que vous avez, c’est une série de preuves indirectes, et mes avocats se feront un plaisir de les mettre en pièces, que c’en sera un vrai bonheur. Quand ils vous auront amené à la barre, une fois qu’ils en auront fini avec vous, le commissariat de police vous mettra en retraite anticipée pour troubles mentaux. Cela ou alors la prochaine affaire sur laquelle vous vous retrouverez consistera à balayer derrière les chevaux avec une petite pelle dans les écuries de la police. Cela vous paraît un peu plus clair maintenant ? »
Personne n’avait jamais dit au sergent Rink avant qu’il était une espèce de gros flic.
Il est resté planté là, incrédule.
Il avait joué et il fallait qu’il abatte sa main.
« Réfléchissez-bien » dit-elle.. Et puis elle a baissé les yeux vers ses poignets entravés en prenant un air exaspéré, quelque chose de très bien fait. Après ça, elle a regardé le sergent droit dans les yeux. Elle n’a pas baissé les siens.
Moi je suis resté là, comme au cinéma, à regarder tout cela se dérouler sous mes yeux. Le prix du billet ne s’élevait qu’à un voyage au cimetière à minuit dans une voiture volée après avoir tiré dans la jambe d’un nègre plus un arrêt chez moi pour mettre le corps d’une prostituée assassinée dans mon réfrigérateur.
Pas cher.
« Je crois que vous bluffez, dit le sergent Rink.
– Vous n’êtes tout de même pas aussi bête que vous en avez l’air, dit la blonde riche. Vous savez à quoi ça ressemble vingt-cinq ans de crottin?

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Un privé à Babylone – Richard Brautigan 

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Sur une idée de Chiffonnette

citation

Aujourd’hui « Elle ressemblait à  » – 2 juillet – Moon Palace – Paul Auster

Moon Palace – Paul Auster

Une ou deux fois par quinzaine, oncle Victor m’envoyait une carte postale. C’étaient en général de ces cartes pour touristes, aux quadrichromies criardes : couchers de soleil sur les montagnes Rocheuses, photos publicitaires de motels routiers, cactus, rodéos, ranchs pour touristes, villes fantômes, panoramas du désert. On y lisait parfois des salutations dans la ligne dessinant un lasso, et il y eut même une mule qui parlait, avec au-dessus de sa tête une bulle de bande dessinée : « un bonjour de Silver Gulch ». Les messages au verso étaient brefs, des griffonnages sibyllins, mais j’étais moins affamé de nouvelles de mon oncle que d’un signe de vie occasionnel. Le vrai plaisir se trouvait dans les cartes elles-mêmes,  et plus elles étaient ineptes et vulgaires, plus j’étais heureux de les recevoir. Il me semblait que nous partagions une blague complice chaque fois que j’en trouvais une dans ma boîte aux lettres, et j’ai même été jusqu’à coller les meilleures (la photo d’un restaurant vide à Reno, une grosse femme à cheval à Cheyenne) sur le mur au-dessus de mon lit. Mon compagnon de chambre comprenait pour le restaurant vide, mais pas pour la cavalière. Je lui expliquai qu’elle ressemblait étrangement à l’ex-femme de mon oncle, Dora. Vu la façon dont les choses vont en ce monde, disais-je, il y a de fortes chances pour que cette femme soit Dora elle-même.

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Moon Palace – Paul Auster

366 réels à prise rapide (les règles sont ici)

1. écrire sur le vif : KO

2. pas plus de 100 mots : 234 mots

3. éléments réels de la journée : KO , livre lu en décembre 2014

4. suivre la consigne de la date : OK

Dalva – Jim Harrison

Bon Dieu, ai-je pensé, je me suis égaré sur leurs terres et ils vont me pendre haut et court ! La horde assourdissante s’est arrêtée en cercle autour de moi : un mélange de cow-boys et de fermiers en salopette. Un type énorme a sauté de son cheval et m’a soulevé comme une grosse plume pour m’installer derrière la selle d’un autre cavalier. Il m’a dit qu’ils avaient tous pensé « que je m’étais fait planter par un crotale », idée à laquelle une nausée m’a saisi. Personne ne m’avait prévenu qu’il y avait des serpents à sonnettes dans la région.

La ferme était celle de Naomi ; ne me voyant pas revenir au bout d’un moment, elle avait improvisé une battue pour me retrouver. Dans sa cour il y avait d’autres hommes appuyés contre des camionnettes ou des véhicules quatre roues motrices. Certains buvaient de la bière. Le gros type m’a fit descendre de cheval et m’a propulsé entre les bras de Naomi.
– Bière, j’ai croassé, et l’on m’a tendu une boîte glacée ouverte, que j’ai engloutie en une seule goulée avant qu’on m’en donne une autre.
Frieda, qui elle aussi était là, m’a demandé – assez mal à propos selon moi- où était la veste qu’elle m’avait prêtée. Je me suis senti dans l’obligation d’adresser un discours de remerciements à cette foule, mais ma voix tremblait trop, si bien que Naomi a pris la parole à ma place. Puis elle m’a emmené vers la maison, et je n’ai pu m’empêcher de saluer avec force gestes de la main et hochements de tête, ce qui a provoqué des applaudissements unanimes.
Naomi m’a fait couler un bain, puis préparé un cocktail géant. Allongé dans la baignoire, j’ai imaginé Dalva jeune fille dans cette même baignoire après une journée passée à galoper à travers la campagne. Cette image a provoqué une érection, laquelle a disparu au seul souvenir de mon horrible aventure, qui je le savais, amuserait beaucoup cette garce de Dalva. Au lycée, j’avais travaillé comme serveur au country club local qui, en plus du terrain de golf habituel, incluait une écurie, un manège pour les reprises et un parcours de saut en extérieur. J’avais remarqué à l’époque que l’équitation avait un effet bénéfique sur le postérieur des jeunes filles habillées en cavalières comme si les rebonds sur la selle et le frottement du cuir accordaient à leur croupe des proportions harmonieuses et rendaient leurs cuisses souples et musclées. (p 174)

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Dalva – Jim Harrison

L’ours est un écrivain comme les autres – William Kotzwinkle

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Un titre accrocheur, une photo que je trouve rétro et drôle : il ne m’en fallait pas plus pour emprunter ce livre à la bibli.

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L’histoire en quelques mots : Un écrivain, Arthur Bramhall, vient de finir son roman. Comme son précédent roman a fini brulé dans l’incendie de sa maison, il décide cette fois d’enterrer son manuscrit. Un ours passe et lui vole le livre. L’ours part à New york et rencontre le succès, sous le pseudo de Dan Flakes.
Dan Flakes rencontre du beau monde : un éditeur mickeyphobique (le néologisme est de moi), une attachée de presse un peu amoureuse, une écrivaine de best-sellers déjantée, un révérend qui essaie de devenir homme politique …. un peu caricaturaux ces personnages secondaires mais savoureux … et puis nous sommes dans une satire de l’édition et d’un certain milieu new-yorkais.
Arthur Bramhall, lui de son côté rencontre des fermiers, des gens de la campagne : bûcherons ….il mène l’enquête pour retrouver son voleur d’ours jusqu’au jour où ……

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Plusieurs éléments m’ont plu dans ce livre :

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– Suivre l’ours qui s’humanise de plus en plus (il fait laver ses slips tous les jours ;-)).
– Suivre en parallèle Arthur, l’écrivain dépressif, qui devient de plus en plus « animal ». Les deux métamorphoses se suivent en parallèle (avec une prédominance pour l’ours du titre).

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– Les dialogues sont savoureux : les gens s’adressent à Dan Flakes, l’ours répond par courtes phrases et onomatopées, en complet déphasage avec son interlocuteur. Par exemple, Dan parle de sa caverne (où il hiberne chaque année) et le journaliste en face lui répond caverne de Platon. Le dialogue se poursuit ainsi chacun restant sur son idée….

– Quelques passages m’ont fait énormément rire (je sais, c’est mal de rire de quelqu’un qui vient de se couper le gros orteil à la tronçonneuse….)

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Le passage ci-dessous est mon préféré (peut être un effet d’une solidarité équine)

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« Dan, on peut en parler. Quelle est ta véritable orientation sexuelle ? Les hommes ou les femmes ?
 » Les bretzels ». L’ours jeta un regard par dessus son épaule. Une forte odeur de transpiration équine parvenait jusqu’à ses narines ; il avisa un policier à cheval, qui tournait le coin de la rue dans sa direction.
Les gants du policier étaient d’une propreté impeccable ; ses bottes rutilaient, il montait son cheval avec machisme, et son cheval était un cheval macho. Il aimait chier en plein carrefour, au vu et au su de tout le monde, avant de repartir d’un pas altier. Il trottait fièrement à cet instant, après avoir lâché un tas de crottin splendide devant une grande galerie d’art, le tout assaisonné d’un pet. Le cheval et son cavalier gratifièrent l’ours d’un regard chargé de mépris. Qu’est ce que ce gros lard fiche avec une belle pépée ? se demanda l’agent de la police montée. Viens par ici, ma jolie, je vais te donner quelque chose à chevaucher.
Lui et moi, tous les deux, renchérit son cheval macho. Mais un effluve des plus déconcertants parvint alors aux naseaux du cheval. Je sens bien ce que je sens ? se demanda-t-il, puis il se figea. D’un coup de talon à la John Wayne, le policier intima à sa monture d’avancer alors que celle-ci humait l’air à nouveau. Elle avait appris à garder son calme dans les foules, à ne pas réagir aux coups de feu ni aux jets des lances à incendie, mais nulle part le manuel de dressage de la police montée de New-York n’évoquait un Ours dans La Rue. Le cerveau du cheval se trouvait bombardé de vieilles images de ses congénères dévorés par les ours qui – petite touche finale issue de l’inconscient collectif des chevaux – roulaient ensuite en boule le cuir évidé de leurs proies pour marquer leur territoire. Dans un hennissement, le cheval rua, en proie à des visions de ses tripes arrachées. Le policier s’aggripait aux rênes, tandis que le cheval donnait des ruades, battant l’air de ses sabots, terrorisé. Le policier décolla de la selle et ses bottes viriles perdirent leurs virils étriers. Non, ce n’est pas possible, se dit-il en se sentant glisser vers l’arrière puis, quand le cheval rua de nouveau, descendre le long de son arrière-train, s’agrippant à sa queue au passage. L’homme tomba lourdement sur le bitume de Spring Street avant de se redresser tant bien que mal aussitôt essayant de prétendre qu’il avait volontairement sauté de selle par l’arrière, qu’il s’agissait d’un désarçonnement d’opérette, mais il avait le casque sur les yeux et son cheval fuyait au galop . (p134-135)

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En conclusion : un très bon moment de détente, humour décalé et satire.

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Challenge USA chez Noctenbule  / Rentrée Littéraire 2014  chez Hérisson (Livre sorti en France en octobre 2014 , écrit en 1996)
Challenge top 50 chez Claire dans la catégorie « livre drôle »

Challenge chez Sharon « Animaux du monde »

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