Journal d’un stylo 4

Salut c’est moi Bique, le stylo de Valentyne,

.
Après une courte convalescence, je suis reparti du bon pied (en même temps j’en n’ai qu’un).
Je vous rassure, je vais beaucoup mieux maintenant. Valentyne s’est très bien occupée de moi. J’avais perdu tout mon encre. Elle m’a transfusé avec un produit de son invention et j’écris à nouveau. Je me demande ce qu’elle a mis dans cette encre, peu importe, seul compte le résultat : soit c’est de l’encre sympathique, soit c’est de l’encre ordinaire et je profite des fabuleux pouvoirs de l’effet Placebo. Peu importe l’encre pourvu qu’on aie l’ivresse . J’ai fait un ENORME travail sur moi même et je sais maintenant que jamais je ne pourrais faire le tour du monde par mes propres moyens. Mais faire le tour du monde reste mon but alors je complote.

Vous suivez ? pas sûr , je vous explique. L’idée m’est venue lors de ma convalescence forcée : Valentyne, pour que je me sente moins seul m’avait rangé dans la boîte à chaussures où sont rangés les crayons de son fiston. J’étais là, couché au milieu de feutres martyrisés, de crayons de couleurs machouillés, d’un crayon à papier à la triste mine, d’un stabilo qui n’éclaire plus rien tellement il a servi, de ciseaux édentés. Presque un cercueil cette boîte. Mais ces pauvres diables m’ont redonné le goût de vivre. « Eloge d’une vieillesse heureuse » est leur leitmotiv. Quoi de mieux pour des feutres de se mettre au service de l’imagination d’un garnement de 6 ans : peu importe si les juments sont vertes, les fraises jaunes, cela donne de la couleur aux sentiments.

Nous sommes installés tranquillement dans la cuisine (« interdiction d’avoir des feutres dans le salon et dans les     chambres!  » a dit bien fort Valentyne à sa terreur de fiston, en serrant bien fort dans sa main sa dernière acquisition à la librairie « Etre un parent plus calme, serein, heureux »).

La nuit , la maison est à nous : le frigo et le lave-vaiselle ronronnent et rythment nos salsas endiablées. Car je crois que c’est là la clef de ma guérison. Avec les copains marqueurs, nous dansons, virevoltons toute la nuit, créant des arabesques folles dans les cahiers du susnommé fiston. « J’aime quand la danse guérit » m’a dit la nuit dernière, le feutre turquoise, pointe écrasée, pathétique mais resplendissant de vie. A moins qu’il n’ait dit « J’aime quand la danse gaie rit » , allez savoir… « Il faut arrêter de tout vouloir contrôler » a t il rajouté dans sa grande sagesse. « Si tu ne peux réaliser ton rêve, fais en sorte que les autres les réalisent pour toi. » m’a également sussuré un ciseau (des ciseaux?) qui faisait entrechats et grands écarts.

La danse a changé ma vie : avant j’étais torturé , je rendais visite à mon psy (Monsieur Freud s’est très bien occupé de moi) , je lui parlais de mon problème de page blanche, de mon sentiment d’abandon, de la difficulté d’avoir été et de ne plus être, de ma difficulté à accepter la part féminine qui est en moi. Il me répondait « Devenez androgyne, ça ira mieux! » alors que cela va à l’encontre de mon vrai moi : je suis un stylo bique que diantre!

Avec la danse, rien de paranormal ou d’extraordinaire, mais on arrête de se prendre le capuchon. On écoute la musique (je préfère le rythme du lave-vaisselle en programme rapide à celui du réfrigérateur plus monotone ! et vous ??). Bref, je revis, et je m’exprime même si c’est en traces illisibles sur du papier pas canson, je ne mets pas de mots sur mes sentiments mais mon corps revit, devient plus souple. On ne va pas contre sa nature et je reste droit comme un i : vous ne me verrez pas faire du swing-gomme, mais à mon humble niveau , je lâche prise et j’applique l’adage de mon nouveau gourou « le stylo orange » : « quand vos zestes parlent pour vous » à moins qu’il n’ait dit « quand vos gestes parlent pour vous » , allez savoir… . Le matin, nous nous dépêchons de ranger le bazar que nous avons mis dans nos danses endiablées et je souris quand Valentyne s’exclame en buvant son café , interrogeant son cher et tendre : « Notre maison est elle malade ? j’ai l’impression de ranger tous les soirs et tous les matins , le foutoir est revenu »

Et moi je souris, dans mon for intérieur, je contemple les dessins de la nuit. Cette nuit j’ai dessiné une carte du monde, une sorte d’image subliminale, où on a l’impression que la Norvège est à un jet de pierre de la France. Je me répète comme un mantra ce que Sigmund m’a appris « Les grandes choses peuvent se manifester par de petits signes». J’arriverai à les persuader de faire le tour du monde. Au fait j’ai appris ce que Valentyne avait mélangé à mon encre : du coca (light quand même) et maintenant j’écris du Freud sous coke.

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7 réflexions au sujet de « Journal d’un stylo 4 »

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