Les fourmis – Boris Vian

fourmisLecture commune avec Noctenbule, l’oeil qui fume  et Rosemonde (lien à venir)

Petite déception avec ce recueil de nouvelles de Boris Vian. Les nouvelles m’ont semblé d’intérêt très inégal. De bonnes trouvailles au niveau du style mais j’ai eu beaucoup de mal à me concentrer sur la lecture et les personnages.

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La première nouvelle m’a beaucoup plu. « Les fourmis » est le titre de cette nouvelle. Le narrateur est un jeune soldat qui combat sur une plage (de Normandie?). Boris Vian arrive à raconter les horreurs de la guerre sur un ton désinvolte et ironique. Tout le monde meurt autour de ce jeune homme, les uns déchiquetés par les obus, les autres criblés de balles et cependant le style m’a fait sourire plusieurs fois. « On est de plus en plus encerclés, ça nous dégringole dessus sans arrêt. Heureusement, le temps commence à se dégager, il ne pleut guère que neuf heures sur douze, d’ci un mois, on peut compte sur du renfort par avion. Il nous reste trois jours de vivres. » (p 16)

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Une autre nouvelle m’a également plu ‘La route déserte » : des scènes très visuelles et un humour très noir (voir macabre) dont voici un extrait  » Un jeune homme allait se marier. Il terminait ses études de marbrier funéraire et en tous genres. Il était de bonne famille, son père dirigeait la section K des Chaudières Tubulères et sa mère pesait soixante sept kilos. Ils vivaient au numéro 15, rue des Deux-frères, le papier de la salle à manger, malheureusement n’avait pas changé depuis 1926 et représentait des oranges sur un fond bleu de prusse, ce qui est laid. De nos jours on n’aurait rien mis et ceci sur un fond de couleur différente, plus claire par exemple. Il s’appelait Fidèle, et son père Juste. Sa mère aussi avait un nom. Comme tous les soirs, il pris le métro pour se rendre à son cours, une pierre tombale sous le bras et ses outils dans une petite valise. A cause de la pierre, il se payait des couchettes afin d’éviter les remarques souvent acides, et pouvant abîmer le grain poli du calcaire, que l’on s’attire dans les voitures ordinaires, à voyager très chargé « (p 77).

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Conclusion : onze nouvelles mais seulement deux qui m’ont plut (pour les autres je dois diRe m’être un peu ennuyée). Cependant c’est toujours un auteur intéressant à lire car au détour d’un paragraphe , on tombe parfois sur une pure merveille comme cet extrait : « Il se réveilla en sursaut. L’aspirine l’avait fait transpiriner : comme en vertu du principe d’Archimerdre, il avait perdu un poids égal à celui du volume de sueur déplacé, son corps s’était soulevé au- dessus du matelas, entraînant les draps et les couvertures, et le courant d’air ainsi produit ridait la mare de sueur dans laquelle il flottait ; de petites vagues clapotaient sur ses hanches. Il retira la bonde de son matelas et la sueur se déversa dans le sommier. Son corps descendit lentement et reposa de nouveau sur le drap qui fumait comme un cheval-vapeur. La sueur laissait un dépôt gluant sur lequel il glissait dans ses efforts pour se relever et s’accoter à l’oreiller spongieux. (p 56) »

Livre lu dans le cadre du challenge Vian chez Oeil qui fume

challenge VIAN

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Peut-être

DELVAUX

Paul Delvaux

Devant la porte close et illuminée, la jeune femme blonde toute de rouge vêtue s’interroge, dans une immobilité inquiète et silencieuse.
A gauche d’un long convoi sinistre, l’inconnue aux longs cheveux ondulés, hésite à entrer, inquiète de l’accueil prévisible.
En face d’un long train de marchandise, baignée dans une lune et une nuit sans nuage, l’étrangère au manteau rouge, compte les secondes avant de pousser cette porte tant espérée et tant redoutée. Dans cette rue sans personne, ell se sent seule face au monstre qui l’attend peut être. Dans la nuit douce mais sans étoiles, elle ne peut compter que sur elle même. Passant le long du mur blanc, l’enfant prodigue, repart d’un pas pressé. Dans un futur proche, elle reviendra et osera pousser cette porte, d’un geste calme et décidé, lors d’une nuit étoilée…. peut être.

.Texte écrit dans le cadre de cet atelier (cours d’écriture créative à distance) que m’a fait connaître Cécile d’Ecrimagine

Capitaine, mon capitaine …

olivia-desir-histoire

Dans un futur proche …..

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– Accusé, levez vous. Veuillez décliner votre identité et profession !

– George Rémi. Profession ? Sans pour le moment !

– Sans ?

– Oui je suis mort donc sans profession.

– Ne croyez pas que cela va arrêter les poursuites, profession antérieure ?

– Dessinateur, humoriste.

– Je vais commencer par les faits qui vous sont reprochés : Nous avons dans la salle 56 personnages et organismes qui ont porté plainte contre votre personnage le capitaine Haddock et son vocabulaire à la gomme. Votre avocat a été commis d’office et se tient à vos côtés. Ne le réveillez pas, il a eu une dure semaine.

– Premier plaignant l’Académie Française porte plainte pour l’expression Analphabète diplômé : « Cela ne se peut » a-t-elle dit.

– Là, je proteste un analphabète peut avoir appris à écrire et à lire et a tout oublié il peut donc être diplômé. D’ailleurs , le capitaine ne dit pas la teneur du diplôme.

– Silence, vous pourrez vous défendre à la fin du procès.

La Société Protectrice des Peuples en Voie de Disparition est là aussi et vous accuse de racisme , et ce n’est pas la première fois !! Mr Georges Rémi : je crois que vous êtes bon pour une peine tenant compte de la récidive. Apaches, Aztèques, cromagnons, Inca de carnaval, ostrogoths, Zapothèques, papou des Carpathes ! Le ku klux klan s’est aussi joint à cette plainte et porte plainte en plus pour diffamation.

– ???

– La SPA maintenant, ce n’est pas un mystère, c’est elle qui a le plus à se plaindre de votre personnage : Elle vous accuse de cruauté envers animaux , votre compte est bon : je cite les vocables relevés : babouins, coléoptères (Le secret de la Licorne), macaques, mérinos et brebis galeuse, ornithorynque, grenouilles, crétins des alpes (le Trésor de Rackham le rouge) , morues dans un carton à chapeau : pauvres bêtes ! Sans compte le « sale bête » mille fois employé !

-????

– Un dénommé Milou porte plainte également pour la mention de « sac à puces »

– Non pas çà , pas Milou, je défaille !

– Un dénommé Eeguab de la Société Protectrice des Fleurs estime ses protégées attaquées par l’expression « Loup-garou à la graisse de renoncule ». Les renoncules n’ont pas mérité cela !

– Arf, terrible, je vais finir ruiné, tondu, étripé….

– La Société des Grands Chefs Etoilés porte plainte pour manque de respect à la cuisine et atteinte à la respectabilité d’aliments comme le cornichon, la coloquinte, les faux jetons à la sauce tartare , les gardes côte à la mie de pain, les têtes de lard ainsi que non respect du matériel pour moule à gaufres. Pauvres Gaufres, un si bon dessert ainsi bafoué.

-????

– La société des Obèses porte plainte pour atteinte à la dignité humaine pour « gros plein de soupe »

-????

– Voici tout les faits qui vous sont reprochés. Avez vous quelque chose à ajouter ?

L’avocat commis d’office se réveille , s’étire et grommelle en mâchant son chewing gum :

– Oui votre honneur si je peux me…..

– Votre temps de parole est passé. Voici le verdict : Pour les 56 chefs d’inculpation vous êtes reconnu comme ………….coupable.
Votre condamnation maintenant et ne comptez pas sur une libération anticipée pour bonne conduite !
En vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous félicite pour cette façon de revigorer la langue française et de faire découvrir la lecture à nos jeunes et moins jeunes.
En vertu de quoi, je vous condamne à être présent à perpétuité dans toutes les écoles et bonnes bibliothèques. Et aussi à faire ce coloriage pour Eeguab : de magnifiques renoncules. La séance est levée; merci de votre attention

-????

renoncule

Les mots collectés par Olivia
secret – mystère – dessert – gomme – mâcher – chewing-gum – s’étirer – libération – tondre – brebis – galeuse – puce – sale

hadock

JD Salinger – L’attrape-coeur

Holden Caulfield, 16 ans, vient de se faire renvoyer de son lycée, à quelques jours des vacances de Noël. Effrayé par ce que ses parents vont dire, il décide de ne pas rentrer directement chez lui, mais de passer les trois jours avant les vacances dans New York. Petit à petit on en apprend plus sur son grand frère,  DB qui écrit des scénarios à Hollywood, sur son père qui ne pense qu’au travail, sur sa mère…et aussi sur sa soeur Phoebe. 

Au départ, j’ai trouvé le personnage un peu caricatural, l’ado dans toute sa splendeur, qui s’exprime difficilement, avec des phrases toutes faites, et qui répète en boucle « c’est dingue », « ça me tue ». Jusqu’au moment où il rédige une dissertation pour un de ses camarades de pension. A ce moment, pour ma part cela a été le vrai tournant du livre, et j’ai changé d’avis sur ce grand escogriffe grandi trop vite. Dans cette dissertation il parle de son petit frère Allie, décédé d’une leucémie.
Parce qu’Allie était gaucher. Ce qui prêtait à description c’est qu’y avait des poèmes écrits sur les doigts et partout. A l’encre verte. Mon frère les copiait sur son gant pour avoir quelque chose à lire quand il était sur le terrain et qu’il attendait que ça redémarre. Maintenant il est mort, mon frère. Il a eu une leucémie, il est mort quand on était dans le Maine, le 18 juillet 1946. Vous l’auriez aimé. Il avait deux ans de moins que moi mais il était dans les cinquante fois plus intelligent. Il était super-intelligent. Ses professeurs écrivaient tout le temps à ma mère pour lui dire quel plaisir çà leur faisait d’avoir Allie dans leur classe. Et c’était pas du baratin. Ils le pensaient pour de vrai. Non seulement Allie était le plus intelligent de la famille mais en bien des façons il était le plus chouette. Il se mettait jamais en rogne. Les rouquins, on dit qu’ils se mettent en rogne facilement, mais Allie jamais. Je vais vous dire le genre de rouquin que c’était. J’ai commencé à jouer au golf quand j’avais à peine dix ans. Je me souviens d’une fois, l’année de mes  douze ans, je plaçais la balle sur le tee, et j’ai eu l’impression que si je me retournais je verrais Allie. Je me suis retourné. Et tout juste il était là, assis sur son vélo, de l’autre côté de la clôture- y avait cette clôture qui entourait le terrain- et il était là, à cent cinquante mètres de moi qui me regardait faire. Voilà le genre de rouquin que c’était. Bon Dieu, on n’a jamais vu un môme aussi chouette. Pendant les repas çà lui arrivait de rire tellement en pensant à quelque chose qu’il en tombait presque de sa chaise. C’était l’année de mes treize ans et mes vieux allaient être forcés de me faire psychanalyser et tout parce que j’avais brisé toutes les vitres du garage. Je leur en veux pas. Je couchais dans le garage,  la nuit où Allie est mort, et j’ai brisé toutes les foutues vitres à coups de poing, juste comme ça. J’ai même essayé de démolir aussi les vitres du break qu’on avait cet été-là, mais ma main était déjà cassée et tout, alors j’ai pas pu. Un truc idiot faut bien le dire, mais je savais plus trop ce que je faisais et vous, vous savez pas comment il était, Allie. J’ai encore quelquefois une douleur à la main par temps de pluie, et je peux pas serrer le poing – pas le serrer complètement- mais à part çà je m’en fiche. J’ai jamais eu l’intention d’être chirurgien, ou violoniste. (p49)
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Après ce passage, je n’ai plus lâché ce livre et j’ai trouvé Holden, tour à tour sensible, passionnant, émouvant et pathétique, si seul au monde.
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Le type de la Navy et moi on s’est servi de l' »Enchanté d’avoir fait votre connaissance ». Un truc qui me tue. Je suis toujours à dire  « Enchanté d’avoir fait votre connaissance » à des gens que j’avais pas le moindre désir de connaître. C’est comme çà qu’il faut fonctionner si on veut rester en vie. (P101)
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Enfin, il décide de fuguer pour de bon et veut dire au revoir à sa petite soeur Phoebe, 10 ans, une môme que j’ai trouvé époustouflante de sagesse et de répartie.
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Un dialogue entre le frère et la soeur explique le titre du roman :
« – Tu connais la chanson « Si un coeur attrape un coeur qui vient à travers les seigles? Je voudrais…
– C’est « Si un corps rencontre un corps qui vient à travers les seigles ». C’est un poème. De Robert Burns.
– Je le sais bien que c’est un poème de Robert Burns. » Remarquez, elle avait raison, c’est  « Si un corps rencontre un corps qui vient à travers les seigles ». Depuis j’ai vérifié. Là j’ai dit : « Je croyais que c’était  « Si un coeur attrape un coeur ». Bon. Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champ de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux, – je veux dire pas de grandes personnes – rien que moi. Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. Ce que j’ai à faire c’est attraper les mômes s’ils s’approchent trop près du bord. Je veux dire, s’ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C’est ce que je ferais toute la journée. Je serais l’attrape-cœurs et tout. D’accord , c’est dingue, mais c’est vraiment ce que je voudrais être seulement çà. D’accord c’est dingue. p194
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En conclusion : j’ai adoré (et pour jeudi prochain le 4 juillet, je viens de programmer une petite citation qui m’a fait hurler de rire).
attrape coeu en anglais cheval
Challenge roman Culte de Métaphore
challenge-romans-cultes
Challenge 100 livres de Bianca
challenge-des-100-livres-chez-bianca

Kenzaburô Oé – Une existence tranquille

Jadis, du temps où j’étais encore insouciante, mon père m’avait dit, tandis que nous passions l’été dans la maison de montagne de Gumma, que je courais comme un poulain. Sur cette bicyclette que je n’avais pas prise depuis un certain temps, je pédalais en secouant effectivement les épaules à la manière d’un cheval, et je pris vers le nord la première rue croisée à partir de l’avenue des bus, en scrutant soigneusement les deux côtés de chaque carrefour. J’arrivais à l’extrémité nord de la rue et rattrapai la suivante que je pris en direction du sud. C’est alors que je vis à l’endroit où la haie vive d’oliviers odorants, bien dense, qui entourait une vieille demeure, laissant la place à celle de cyprès nains mal entretenue de la maison voisine, deux silhouettes, une grande, une petite, entremêlées.

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Kenzaburô Oé – Une existence tranquille

 

Sur une idée de Chiffonnette

citation

Courts poèmes (avec mots imposés)

Camargue
Au soir de sa vie
Il sommeille, pieds dans l’eau,
Le vieux flamant rose,
Dans le feu du soleil
Sera-t-il là demain ?
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Fait divers  
« Au secours, au secours ! »
Criaient les légumes,
Au fond de la casserole.
« Nous ne sommes pas assez vieux pour bouillir,
La coupable est la cuisinière
Ne vous fiez pas à son tablier bleu et rose
Mr Poireau ! Il n’est plus temps de sommeiller
Menez l’enquête et arrêtez-la
Ce soir il sera trop tard
Et c’est vraiment pas de chance de finir en pot au feu »
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Danse
Feu Follet danse
Jamais il ne sommeille
Du pied il marque la cadence
Un, deux, trois soleil
Il tourbillonne et étincelle
Pas le temps de devenir vieux
Un peu de rose, un peu de bleu
C’est lui le feu d’artifice
Demain soir, c’est la Saint Jean
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Textes écrits dans le cadre de cet atelier (cours d’écriture créative à distance) que m’a fait connaître Cécile d’Ecrimagine
Il fallait écrire de courts poèmes  en partant des mots sommeiller, bleu, rose, vieux, demain, soir, feu 

Kenzaburô Oé – Une existence tranquille

existencetranquilleAu Japon, Mâ est une jeune étudiante en littérature française de 22 ans. Elle vit avec ses deux frères. Son frère aîné Eoyore a quatre ans de plus qu’elle et son autre frère est plus jeune de deux ans. Leurs parents partent pour 8 mois au Etats Unis, le père ayant eu une invitation d’une université américaine. Quoi de plus banal, ces trois « enfants » sont adultes et peuvent vivre seuls! le fait principal est que le frère aîné Eoyore est handicapé mental et que ces quelques mois vont se révéler difficiles pour sa soeur Mâ.

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J’ai trouvé ce personnage admirable. Si jeune, et elle arrive à s’occuper de son grand frère : celui-ci travaille dans un centre pour handicapé, il compose aussi de la musique, parle peu, écoute beaucoup. Le petit frère est moins présent, car concentré sur un examen difficile d’entrée à l’université. Pendant ces huit mois, on suit les aventures quotidiennes de ces trois jeunes gens, des interrogations de Mâ sur son enfance, ses pensées sur la difficulté que son père éprouve d’avoir à s’occuper d’un enfant lourdement handicapé (ce qui explique une sorte de dépression et cette « fuite » aux Etats Unis). Mâ ne baisse pas les bras devant les difficultés, elle prend son frère en charge, l’accompagne partout, se démène pour qu’il fasse du sport et soit heureux. Elle consigne tout cela dans un « journal de la maison » qu’elle envoie régulièrement à ses parents.
Un livre où la musique a également une très belle part, Eoyore étant compositeur. Il prend des cours auprès d’un Mr Shigetô qui, avec sa femme, veille également sur les trois jeunes gens.
Etrangement avec la distance, Mâ arrive à mieux dialoguer avec son père, à admettre que des fois elle est en colère contre lui et sa façon d’être avec Eoyore.

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C’est une histoire qui m’a particulièrement touchée du fait que mon frère aîné (de deux ans) était également handicapé mental. Je ne me suis pas du tout identifiée à Mâ (plutôt au père et à sa « fuite ») mais je l’ai beaucoup admirée pour son dévouement. Un livre pas du tout triste malgré un sujet difficile et comme le dit Eoyore à la fin, ces huit mois ont consisté en « une existence tranquille ».

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Un petit extrait (Mâ discute avec Mme Shigetô de son frère et d’une aventure qui leur est arrivée dans le bus où des écolières ont appelé Eoyore « raté ». En fait de discussion l’extrait choisi est plutôt un assez long monologue)

En réfléchissant sur ma conduite, je crois avoir malgré tout enfermé mon frère dans un lieu particulier. C’est la conversation de l’autre jour qu’y a fait penser. Je l’ai enfermé dans un lieu où il est traité comme quelqu’un de particulier, et non comme une personne de rien du tout. A des yeux extérieurs, évidemment cette particularité doit sembler encore au -dessous du rien du tout, comme le prouvent les mots « Espèce de raté! ». Moi, j’ai grandi dans l’idée que même si Eoyore était handicapé, puisque je l’aimais avec son handicap, ça n’avait pas d’importance. A partir d’un certain moment, j’ai même brandi son handicap comme un étendard…
Encore maintenant, je continue à penser que c’est la bonne attitude à avoir vis à vis de la société extérieure. Mais à l’intérieur de la famille, est-ce que je ne suis pas trop habituée à le considérer comme une personne étrange et drôle, en oubliant de le voir objectivement ? En oubliant que, mis à part son handicap, c’est une personne ordinaire, de rien du tout ? Dans le groupe de bénévoles auquel j’appartiens, on discute souvent de l’autonomie des handicapés, et pourtant je crois bien n’avoir jamais pensé à établir avec mon frère des relations qui tiennent compte de son autonomie.
L’autre jour, je regardai Eoyore distribuer des tracts à de inconnus sur le trottoir d’en face. J’ai rarement observé mon frère pendant un certain temps et à une telle distance. Et il m’a semblé que peut-être ses gestes étaient trop lents et son expression trop bonhomme, mais qu’il était en tout cas traité comme quelqu’un d’ordinaire par les gens qui lui prenaient ses tracts. C’était aussi la première fois qu’il entrait en contact de manière aussi directe avec la société extérieure, mais j’ai eu le sentiment de découvrir la personne vraiment ordinaire, cette personne de rien du tout qu’il est.

Ma participation au challenge d’Adalana où le mois de juin est consacré à Kenzaburô Oé.

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participation au challenge A tous prix de Laure : prix Nobel de littérature en 1994.

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Ode à ma momie

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Ma Zombie

J’fais un p’tit roupillon dans mon plumard bien au chaud
Quand d’nulle part, surgie du seigneur des anneaux
Tu débarques … visqueuse comme une grenouille
C’est comme une épidémie, passer de vie à trépas
J’ai peur des revenants, et de leur teint blafard

J’ai du abuser sur l’guacamole
Zombie, Ma Zombie tu dois sortir après minuit
J’t’aime,tu m’fais frémir ma belle momie
Zombi, Ma Zombie, ma belle sorcière
T’es jolie comme un ver
Sortie d’l’enfer

J’aime ton maquillage sauce ketchup
Ton visage est symétrique comme un cyclope
Ça me plait tu es vraiment au top
J’ai mon guide de survie dans la poigne
Tu m’as tout pris, même mon âme
Pour la rajouter à ton potage à la citrouille
J’aime pas la soupe, donne moi de l’arachide

Zombie, ma Zombie, pas de souci après minuit
J’t’aime,tu m’fais frémir ma belle momie
Zombi, Ma Zombie, ma belle sorcière
T’es jolie comme un vers
Saison en enfer

Zombie, j’aime ton teint mauve, tes plaies, tes cicatrices
Tout’ décomposée, tu soupires et craches tes maléfices
Ca fait flipper, y compris les sorciers
J’aime ta morphologie, ton ossature et ton squelette
Et ton squelette

Zombie, Mon p’tit Génie tu sors du bois après minuit
J’t’aime,tu m’fais frémir ma belle momie
Zombi, Ma Zombie, ma belle sorcière
T’es jolie comme un verre
Sylvaner

J’ai un pt’it grain mais j’tai en odeur de senteur
Ton parfum qui embaume, c’est pas de la lavande
Ton arôme qui s’dégage c’est le 13 de chez Fossoyeur
A ta source je respire cette offrande

Zombie, Ma Zombie tu sors du bois après minuit
J’t’aime,quel soulagement ma belle momie
Zombi, Ma Zombie, ma belle sorcière
T’es jolie comme un cafetière
Café amer

Liste des mots collectés par Olivia
soulagement – soupirer – souci – bois – source – senteur – génie – cafetière – grain – arôme – lavande – mauve – embaumer – momie

Avez vous reconnu la chanson de départ ?  

Jonathan Coe – La vie très privée de Mr Sim

Citation

Mes grands-parents, paternels je veux dire, avaient vécu dans le coin jusqu’à leur mort (à quelques mois d’écart), dans les années soixante-dix. J’étais donc plus ou moins en pays de connaissance, dans un de ces paysages perdus de mon enfance. Non pas que j’aie beaucoup fréquenté mes grands-parents. Mon père n’avait jamais été proche d’eux. Il les tenait à distance, comme il tenait tout le monde.

Au rond-point, prenez la deuxième sortie.

Je n’avais pas l’intention de traverser Lichfield, pas le centre-ville en tout cas. J’allais contourner le quart est de la ville. Dans le temps, avant les autoroutes, avant les rocades, traverser l’Angleterre faisait sans doute voir du pays. On passait dans la grand-rue, à cheval parfois, en remontant assez loin ; on s’arrêtait dans les pubs du centre-ville (ou au relais de poste, à l’auberge de la diligence, appelez ça comme vous voudrez). A présent, tout le réseau routier semblait conçu pour vous en empêcher au contraire. Les routes étaient là pour qu’on ne rencontre pas les gens, pour ne surtout pas s’approcher des lieux où l’humanité se rassemble.

Jonathan Coe – La vie très privée de Mr Sim

Sur une idée de Chiffonnette

citation

Pas facile de voler des chevaux – Per Petterson

PASFACILEDEVOLDERDESCHEVAUXTrond Sander, 70 ans, vit isolé dans un village de Norvège. Il raconte…. par bribes..pêle-mêle : Ce qu’il a vécu quand il avait 15 ans en 1948… ses relations avec son père… sa découverte de la réalité de la vie des adultes…. les drames de l’existence…l’immédiate après guerre en Norvège, sa vie de vieil homme dans un bourg isolé.
Avec son ami Jon, lui aussi 15 ans, leur jeu est de « voler des chevaux » à leur voisin. Voler des chevaux est un bien grand mot, il s’agit « juste » de les monter à cru dans le pré …et de se prendre pour des cow-boys…
Avec une écriture très fluide, très proche de la nature, Per Petterson nous emmène entre adolescence, âge adulte et réflexions sur la vie (et la fin de vie).
Trond Sander, est veuf, il a une fille à qui il parle peu… on sent tout la difficulté à communiquer. Ce livre est l’histoire de l’été de ses quinze ans où il est passé de l’enfance à l’âge adulte….A 70 ans, on le sent serein, il savoure ses dernières années et en profite pour se remémorer les instants heureux et malheureux de sa vie, de celle de son père, de Jon et de sa famille.
J’ai trouvé la description de ses relations avec son père très juste et très intéressante. Grâce à un voisin, Trond apprend que son père s’est engagé dans la résistance pendant la guerre et que « voler des chevaux » avait un autre sens pour lui. Son regard d’adolescent observe et ne comprend pas la vie des adultes. Il est tour à tour vif, révolté, effondré, amoureux….
La nature sauvage a une très belle part dans ce livre.
En conclusion  : un livre que je recommande fortement.

Deux extraits : 

Début novembre. Il est neuf heures. Les mésanges viennent se cogner à la fenêtre. Un peu assommées, il leur arrive de reprendre leur vol, mais parfois elles tombent et se débattent un moment dans la neige fraîche avant de retrouver l’usage de leurs ailes.(Incipit)

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Jon et moi avions fini de traverser le pré.. Nous marchions sur la route, et nous avions beau connaître le chemin comme notre poche, tout nous paraissait différent. Nous allions voler des chevaux, et ça se voyait. Nous étions des criminels. ça transforme les gens, ça change quelque chose dans leur regard et dans leur façon de marcher c’est inévitable. Et voler des chevaux, c’était ce qu’il y avait de pire. Nous connaissions les lois qui régnaient à l’ouest de Pecos, nous dévorions les illustrés et leurs histoires de cow-boys. Et même si en réalité nous étions si loin à l’est de Pecos qu’on pouvait aussi bien dire le contraire ; ça dépend dans quel sens on regarde le monde. Et ces lois étaient sans pitié. Si tu étais pris, on t’attachait à une branche d’arbre, une corde autour du cou ; du chanvre grossier contre ta peau douce. Puis quelqu’un donnait une tape sur le cul du cheval et tu courais dans le vide comme s’il y allait de ta vie. (p 35)

L’avis d’Eeguab est ici.

Livre lu dans le cadre de plusieurs challenges 😉

« Jacques a dit » de Métaphore : « doubles initiales »

challenge-jacques1

Challenge Totem de Liligalipette

challenge-totem

Challenge lire sous la contrainte de Philippe avec la contrainte « Phrase négative »

Le titre devra donc comporter une négation c’est-à-dire, normalement le petit mot « ne » suivi de « pas, rien, jamais, plus » ou précédé de « personne, rien, nul« .

challenge-contrainte

Challenge « animaux du monde » de Sharon

CHALLENGE-animaux

Challenge « tour du monde » d’Helran pour la Norvège

challenge tour-monde-8-ANS

Et enfin challenge à tout prix de Laure
challenge-a-tous-prix

‘Pas facile de voler des chevaux’ a obtenu le prix littéraire européen Madeleine Zepter le 7 décembre 2006.

‘Pas facile de voler des chevaux’ a reçu le prix des lecteurs de littérature européenne dans le cadre du Prix de littérature européenne de Cognac 2007.