Le sillage de l’oubli – Bruce Machart

Il était censé vider un bidon sur les balles de foin du rez-de-chaussée, mais il ne put s’y résoudre quand il vit cette petite pouliche noire enfermée dans sa stalle tandis qu’il se tenait là, l’épaule en feu et agité de spasmes. Il y avait dans cette bête quelque chose de doux qui faisait qu’elle ne méritait pas qu’on lui fasse du mal, quelque chose dans ses grands yeux sombres et dans les petits tremblements hésitants qui agitaient ses oreilles. Elle était inquiète, sur le qui-vive, avec ses flancs lisses et bien étrillés, ses jambes longues et robustes, et Joe avait l’impression de voir s’incarner en elle des générations de chevaux soigneusement croisés : c’était comme si la contempler chaque jour vous donnait l’orgueilleuse certitude qu’à force de prudence et de soins patients, vous laisseriez en ce monde une trace que même votre mort ne pourrait effacer.

,

Le sillage de l’oubli  – Bruce Machart 

k

.

Sur une idée de Chiffonnette

citation