Six fourmis blanches – Sandrine Collette

C’est la nuit et ce n’est pas la nuit. Il neige à nouveau de temps en temps, des averses qui donnent des gifles, et mes vêtements sont mouillés, mes cheveux aplatis et trempés sous le bonnet. Je suis exténuée, usée par le sentiment de ne pas avancer, de ne pas progresser, de ne plus rien attendre. Le froid me fait pleurer de fatigue.

Lever les pieds, l’un après l’autre. J’ignorais que cela pouvait être si difficile, et si douloureux. Mes jambes, mes talons sont traversés par des lames glacées qui me donne l’impression d’aller sur des tessons de verre. Mais je n’ai pas le choix : il faut suivre les autres. Quand nous ralentissons, que nous nous arrêtons parfois, avec l’impression d’être en train de mourir, Vigan crie du haut de la file : Marchez ! Sa voix autoritaire résonne dans nos têtes, nous arrache à une drôle de torpeur. Marchez ! entendons-nous encore, et nous obéissons tels de vieux chevaux, l’échine courbée, toute notre confiance, toutes nos émotions mortes au-dedans de nous.

Au fond de moi, un tout petit espoir subsiste, le même depuis ce matin : la montagne sa part. Elle a eu Étienne. Statistiquement, nous avons atteint le quota – de quoi, je le sais à peine, de perte normale ou admise, je suppose, comme dans l’armée. Je vois bien que mon raisonnement est fallacieux, quand je pense aux cordées entières qui dévissent des sommets, aux gens qui se noient par dizaines lors d’un naufrage en mer. Mais j’espère quand même. Parce que je n’ai rien fait pour mériter cela.

Rien transgressé, rien outrepassé, rien tué. C’est la montagne. Encore une fois, le manque de chance. Le hasard. Bien sûr, je me demande, pourquoi moi ? Et pourquoi nous. Qu’il n’y ait pas de réponse, cela me sidère. Alors la porte est ouverte à tous les excès et toutes les injustices. Peut-être sommes-nous mis à l’épreuve. Peut-être la force et l’obstination que je mets à marcher encore et encore apportent-elles quelque chose au monde, que d’autres partagent, que d’autres utilisent. Mon énergie se dilue dans l’univers, et ma conscience s’étend par-dessus les montagnes. 

Toutes ces petites choses qui ne me consolent pas.

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Six fourmis blanches – Sandrine Collette

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Maudit…

Chez Supergaufrette : Source photo

Nous devisions tranquillement, ma sœur et moi, quand Martine publia ici le thème de l’agenda ironique d’avril ; par nous je veux dire : moi Palagie et ma sœur Palatigne. Le sujet était la mer, les embarcations et les embruns. J’adore naviguer sur les mers interdites et accoster les rivages barbares…. J’ai navigué à travers bien des bibliothèques et j’ai vogué sur les océans…mais là je dois dire que nous avions décroché un pompom (de marin)

Dans un sursaut avant le 22 avril, Valentyne nous sortit à nouveau, nous ses deux PAL jumelles, constituées de tous les livres qu’elle souhaite lire ou relire. Par je ne sais quel malencontreux vent bientôt nous ne fûmes plus d’une pièce mais multitude : que s’était il passé ? nous ne pouvons le dire avec certitude !

Peut-être Valentyne  eut-elle un ras-le-hors-bord dont elle est coutumière. Peut être fut elle prise dans un courant littéraire qui l’emporta ! Peut-être se prit elle de plein fouet une phrase des « vagues » de Virginia Wolf …  nul ne le sait ! En tout cas le résultat fut là : nous éparpillées sur le sol, Valentyne échouée sur la tranche et répétant en boucle : je suis complétement schlass, la schlassitude me guette.

De notre aventure il ne me reste que quelques flashs : Le vent commençait à hurler, les livres entrechoquaient leurs pages ; leur grain Velin rugissait, sautait, craquait autour de nous comme un feu blanc sur la prairie, un feu dans lequel nous brûlions sans être consumés, immortels dans la gueule même de la mort ! Nous appelions en vain les autres carnets, livres de poche et best-sellers. Autant valait hurler dans la cheminée d’une fournaise que de héler les copains dans un tel orage. Cependant les nuages volants, l’écume de l’encre devenaient encore plus noirs avec la nuit qui tombait ; il n’y avait aucun indice des murs du salon.

Nul doute que ce désastre devait être dû à un monstre, pour le moins de la taille de Moby Dick ou du K, un monstre qui se cachait aussi dans les profondeurs des pages et sa force colossale et sa ruse démoniaque. Le K est un poisson de très grande taille, affreux à voir et extrêmement rare. Selon les mers et les riverains, il est indifféremment appelé kolomber, kahloubrha, kalonga, kalu, kalitude, balu, chalung-gra. Les naturalistes, fait étrange, l’ignorent. Quelques-uns, même, soutiennent qu’il n’existe pas…

Valentyne, minuscule sur cette mer de livre, essayait d’harenguer une foule de playmobil pour qu’ils viennent à sa rescousse ; elle criait : «  Allons, nagez, nagez, de grâce ! Peu importe le soufre, les diables sont assez bons bougres. Bon, voilà qui va bien, c’est un coup qui vaut ses mille livres, c’est un coup qui ramasse les enjeux ! »

Éparpillées mais plein de combattitude, ma sœur et moi essayâmes de ramener Valentyne de sa dérive sémantique. Le coeur lourd, nous poussâmes trois hourras et, pareils au destin, nous plongeâmes aveuglément dans la solitude océane. Tous nos efforts furent vains : Regarde la marée montante qui est en train de tout submerger. De quoi est-elle faite ? De chansons, de chansonnettes, de paroliers, de musiquette… bref d’une marchandise d’usage courant.

Sur ce champ de bataille, un de ceux dont personne ne se souvient , là-bas, à la page 47 de l’atlas où il y a une grande tâche jaunâtre avec quelques noms contenant beaucoup de h, éparpillés çà et là, on a trouvé l’autre jour, lors d’un sondage effectué en vue d’une éventuelle prospection géologique, on a trouvé donc un génie. Le génie de la petite sirène ? me demandai-je..

Pour se sortir de ce mauvais pas Valentyne essayait d’éponger des larmes de fonds mais elle buvait la tasse tant et plus que je l’ai cru perdue : elle eut alors une idée de génitude : voyant les similitudes de son odyssée avec celle de Moby Dick, elle se contorsionna pour libérer les baleines de son soutien-gorge …cependant nous ne connûmes pas la suite : le Maudit Bic de Valentyne avait perdu toute son ancre…

680 mots pour l’agenda ironique d’avril

Les extraits (légèrement modifiés)

Moby Dick

Le vent commençait à hurler, les vagues entrechoquaient leurs boucliers ; le grain rugissait, sautait, craquait autour de nous comme un feu blanc sur la prairie, un feu dans lequel nous brûlions sans être consumés, immortels dans la gueule même de la mort ! Nous appelions en vain les autres canots. Autant valait hurler dans la cheminée d’une fournaise que de héler les bateaux dans un tel orage. Cependant les nuages volants, l’écume et le brouillard devenaient encore plus noirs avec la nuit qui tombait ; il n’y avait aucun indice du vaisseau. La mer rageuse empêchait tous les essais que nous faisions pour écoper.

En parfaite harmonie avec la houle, Moby Dick poursuivait sa course, serein, dérobant au regard humain son corps criblé de harpons et l’horreur de sa terrible mâchoire. Il cachait aussi dans les profondeurs de l’eau et sa force colossale et sa ruse démoniaque.

Allons, nagez, nagez, de grâce ! Peu importe le soufre, les diables sont assez bons bougres. Bon, voilà qui va bien, c’est un coup qui vaut ses mille livres, c’est un coup qui ramasse les enjeux !
Le coeur lourd, nous poussâmes trois hourras et, pareils au destin, nous plongeâmes aveuglément dans la solitude océane.

J’adore naviguer sur les mers interdites et accoster les rivages barbares.

J’ai navigué à travers bien des bibliothèques et j’ai vogué sur les océans.

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Le K Dino Buzatti

Littérature, art ?… tout ça c’est des grands mots..,, Mais l’art au jour d’aujourd’hui ne peut être qu’une denrée, comme un bifteck, un parfum, un litre de vin. De quel art s’occupent les gens ? Regarde la marée montante qui est en train de tout submerger. De quoi est-elle faite ? De chansons, de chansonnettes, de paroliers, de musiquette… bref d’une marchandise d’usage courant. Voilà la gloire. Tu as beau écrire, toi, des romans très intelligents et même géniaux, le dernier des yéyés t’écrasera sous le poids de ses triomphes. Le public va droit au solide, à ce qui lui donne un plaisir matériel, palpable, immédiat. Et qui ne lui coûte pas de fatigue. Et qui ne fasse pas travailler le cerveau…

Sur un champ de bataille, un de ceux dont personne ne se souvient , là-bas, à la page 47 de l’atlas où il y a une grande tâche jaunâtre avec quelques noms contenant beaucoup de h, éparpillés çà et là, on a trouvé l’autre jour, lors d’un sondage effectué en vue d’une éventuelle prospection géologique, on a trouvé donc un général.

Le K est un poisson de très grande taille, affreux à voir et extrêmement rare. Selon les mers et les riverains, il est indifféremment appelé kolomber, kahloubrha, kalonga, kalu, balu, chalung-gra. Les naturalistes, fait étrange, l’ignorent. Quelques-uns, même, soutiennent qu’il n’existe pas…

 

Éponger des larmes de fonds Mind the Gap in « Les-cinq-sens-dessus-dessous »

 

Justine Niogret – Chien du heaume

Pour la première fois depuis longtemps, le chevalier avait un air de joie et de plaisir collé au visage, et Chien se sentit mieux de le voir presque sourire. Ils prirent trois chevaux, que Bruec gardait encore par habitude, dans l’écurie désertée du castel de broe . Les stalles avaient autrefois été remplies et tout à côté se trouvait un chenil effondré, autrefois si fourni que les aboiements des chiens s’entendaient de la salle même du grand feu. Tout ceci avait disparu, car si un nouveau chevalier dans le château des brumes avait réveillé la région et donné envie aux artisans, dresseurs et soigneurs de venir y gagner leur or, les hivers trop rudes et la solitude du lieu les en avaient doucement repoussés saison après saison. Les bêtes étaient ainsi mortes sans donner de nouvelles têtes, ou tombées malades sans être soignées, au fil des ans et des fatigues des hommes, du manque de mains pour faire le travail qu’auraient demandé de nouvelles naissances.
Pourtant les trois montures étaient belles, grandes et fortes, et n’auraient en aucun cas démérité aux côtés de celles que Chien avait vues sur les champs de bataille. La femme détestait ces animaux de guerre, sept fois plus lourds que les combattants humains. Ils étaient trop rapides pour espérer les semer lorsqu’ils vous chargeaient, trop agressifs pour éviter qu’ils vous poussent sous les coups de leurs maîtres. De fait, ces bêtes de combat étaient dressées à être aussi mauvaises que les pires voleurs des coins des routes ; c’étaient des forces de la nature à quatre jambes, aux sabots ferrés et taillés pour ouvrir les chairs. Même les hommes vêtus d’acier ne savaient pas tenir face à eux dans la bousculade. Ils savaient mordre aussi bien que frapper du pied, se cabrer, retomber sur les gens et les écraser, comme les ailettes de la masse d’arme se creusent un chemin et fouaillent dans la cervelle de l’homme frappé. De fait, les chevaux de guerre étaient des épées, mais sachant réfléchir.
Bruec avait choisi un alezan à tête large, à la liste jaunâtre, dont il tendit les rênes à Chien. Il se garda pour lui un hongre presque blanc, aux yeux d’un rose éteint, et attacha à sa selle, les longes d’une jument grise et musclée qui porterait leurs provisions et une part de leurs marchandises dans ses fontes. La bête avait une expression d’intelligence toute semblable à celle des poissons que l’on tire hors de l’eau et la mercenaire fit un détour pour ne pas passer à sa portée, de peur de se faire donner un coup de pied. Elle était rarement montée sur des animaux de cette taille et elle grimpa sur la selle de son alezan avec toute la grâce dont elle était capable, devinant dans l’instant que le voyage serait douloureux.
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Justine Niogret – Chien du heaume

Bateau ou papillon ?

Le bateau – Matisse (vers New York ici)

Bateau ou papillon

Je voguai toutes ailes dehors, frêle esquisse

Caboter très peu pour moi, je suis cabochard

Direction la haute mer à travers le brouillard

Mon reflet de Klein Schmetterling(*), bleu Matisse

 

Les poissons me frôlaient coursant le  firmament

L’arc en ciel chantonnait avec les étoiles chromatiques

Bleu couleur chaude, j’évitai le glacial Arctique

Direction New York la belle et son fourmillement

 

La Liberté me rendit minuscule sous son fier regard

Haute dame en dentelle me saluant, vieux briscard

Moi penché sous le vent, elle droite comme la justice

 

Je fus tout tourneboulé de ces flots fantastiques

Tremblant tête à l’envers et drisses élastiques

Que la belle et son vert de gris ne me file la jaunisse

 

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(*) Papillon bleu en allemand

Jeudi Poésie Chez Asphodèle

et le jeu d’avril chez la Licorne (poésie rimant avec art, tisse, tique, ment)

 

 

Numéro 11- Jonathan Coe

Le musée abritait une collection permanente, mais il y avait aussi une exposition temporaire dans la partie arrière du bâtiment. Cet espace était consacré pour l’heure au « Bestiaire » d’un jeune artiste Barcelonais nommé Josep Baqué.
Baqué avait passé sa jeunesse nomade entre Marseille, Düsseldorf et l’Avesnois – où il sculptait des pierres tombales, entre autres choses – mais il était rentré à Barcelone en 1928 pour y exercer durant les quarante ans qui lui restaient à vivre le métier d’agent de la circulation.
Pendant cette période, on savait qu’il faisait des dessins, dont certains étaient recherchés par les collectionneurs, quoique , « modeste jusqu’à l’excès » , il refusât de les vendre. Cependant , personne ne mesura sa productivité jusqu’à sa mort en 1967, où sa famille découvrit 1500 dessins de tous formats et de toutes formes. Presque tous représentaient des animaux fabuleux ou semi-fabuleux, rendus en couleur vives et d’un pinceau rudimentaire avec un souci du détail qui confinait à l’obsession. Il avait peint des dragons, des lézards, des créatures mi-chevaux mi-flamants, des serpents de mer, des tortues, des poissons multicolores, le regard hanté par la tristesse tous tant qu’ils étaient ; ils avaient peints de drôles d’insectes, des scarabées aux ailes de papillons, des mille-pattes aux lèvres rouges et lippues découvrant leurs dents d’hydre.

Autres « maximonstres » ici  

:

Numéro 11-  Jonathan Coe

Les trois mousquetaires dans un bateau de Patience Steinbock

Le premier lundi du mois d’avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les Huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s’enfuir les femmes du côté de la Grande-Rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d’endosser la cuirasse et, appuyant leur contenance quelque peu incertaine d’un mousquet ou d’une pertuisane, se dirigeaient vers l’hôtellerie du Franc Meunier, devant laquelle s’empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compact, bruyant et plein de curiosité.

D’artagnan et Athos descendirent, se mirent en selle près de leurs compagnons, et nous nous mîmes en marche tous huit : Athos sur le cheval qu’il devait à sa femme, Aramis sur le cheval qu’il devait à sa maîtresse, Porthos sur le cheval qu’il devait à sa procureuse, et  d’Artagnan sur moi, Rabastas, le cheval qu’il devait à sa bonne fortune, la meilleure maîtresse qui soit.

Nous avions  reçu pour mission d’escorter Milady vers la Martinique, terre des héritiers de Pierre Velain d’Esnambuc, pour la mettre hors d’état de nuire. Nous décidâmes de partir tous huit, plus notre prisonnière  dans un gallion royal « la Couronne » (la coque du vaisseau faisait 167 pieds de long hors-tout, ou 200 pieds depuis le bâton de pavillon jusqu’à l’éperon ;  46 pieds de large au maître-bau , avec un tirant d’eau de 17 pieds)

Rassurés de savoir notre prisonnière au cachot les quatre avaient entamé une petite belote en devisant gaiement :

 

  • Un pour tous, tous pour un !
  • Athos, Porthos arrêtez de tricher ou je vous embroche tous comme des ortolans !
  • Il semble qu’on tienne en réserve, à notre intention, un vent d’est particulièrement aigre.
  • Par-dessus bord l’encombrement, mon frère ! Que l’esquif de ta vie soit léger, qu’il porte seulement le nécessaire, un logis accueillant et des plaisirs simples, un ou deux amis dignes de ce nom, un être que tu aimes et qui t’aime, un chat, un chien, une pipe ou deux, de quoi manger et de quoi te vêtir à ta suffisance, et un peu plus qu’assez à boire, car la soif est chose à éviter.

Nous les chevaux étions tranquillement dans la cale à côté du cachot de Milady quand soudain, les trois autres chevaux furent pris d’un mal de mer certain, vraisemblablement dû au parfum de Milady…

Quant à moi j’ai découvert un excellent préservatif contre le mal de mer, c’est de me balancer. On se tient debout au milieu du pont, et quand le bateau roule et tangue, on penche son corps de côté et d’autre, de façon à le tenir toujours vertical. Quand la proue se relève, on s’incline en avant, jusqu’à ce que le pont touche presque votre nez ; quand c’est la poupe qui se soulève, on s’incline en arrière. Cela va très bien une heure ou deux ; mais on ne peut pas se balancer pendant une semaine.

Les trois autres ruèrent, se cabrèrent et s’entêtèrent jusqu’à ce que le terre fut enfin en vue…

Nous ne chavirâmes pas : je me borne à constater le fait, ne pouvant en fournir une quelconque raison. J’ai souvent réfléchi à ce phénomène depuis, sans jamais parvenir à une conclusion satisfaisante.

Peut-être cela fut-il dû à ce fameux esprit de contradiction inhérent à toutes choses en ce monde. Voyant notre conduite, le bateau en aurait conclu que nous voulions nous suicider, en conséquence de quoi il aurait tout fait pour nous décevoir. C’est la seule explication plausible que j’aie jamais trouvée.

Milady, pendant le trajet, était parvenue à détacher la corde qui liait ses pieds : en arrivant sur le rivage, elle sauta légèrement à terre et prit la fuite. Mais le sol était humide ; en arrivant au haut du talus, elle glissa et tomba sur ses genoux.

A suivre…..

Source photo 

 

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C’était un extrait du futur livre « Les trois mousquetaires dans un bateau » de Patience Steinbok que vous pouvez retrouver ici

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Ma participation à l’agenda ironique d’avril concocté par Martine avec pour sujet croisière

Je m’aperçois après publication que j’ai oublié la consigne sur les mots en ‘itude », va falloir que je fasse un autre texte …..

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Avez-vous reconnu des passages ? sur 648 mots de ce texte il doit y en avoir à peu près 225 mots des « trois mousquetaires », 266 mots de « trois hommes dans un bateau » et le reste est de moi (je vous laisse faire le calcul)

 

Voici  pour les curieux les extraits bruts des « trois mousquetaires » d’Alexandre Dumas

Le premier lundi du mois d’avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les Huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s’enfuir les femmes du côté de la Grande-Rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d’endosser la cuirasse et, appuyant leur contenance quelque peu incertaine d’un mousquet ou d’une pertuisane, se dirigeaient vers l’hôtellerie du Franc Meunier, devant laquelle s’empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compact, bruyant et plein de curiosité.

D’Artagnan et Athos descendirent, se mirent en selle près de leurs compagnons, et tous quatre se mirent en marche : Athos sur le cheval qu’il devait à sa femme, Aramis sur le cheval qu’il devait à sa maîtresse, Porthos sur le cheval qu’il devait à sa procureuse, et d’Artagnan sur le cheval qu’il devait à sa bonne fortune, la meilleure maîtresse qui soit.

Un pour tous, tous pour un !

Ou je vous embroche tous comme des ortolans !

Milady, pendant le trajet, était parvenue à détacher la corde qui liait ses pieds : en arrivant sur le rivage, elle sauta légèrement à terre et prit la fuite. Mais le sol était humide ; en arrivant au haut du talus, elle glissa et tomba sur ses genoux.

 

Et les extraits de « trois hommes dans un bateau » de Jérôme K Jérôme

Il semble qu’on tienne en réserve, à notre  intention, un vent d’est particulièrement aigre.

Par-dessus bord l’encombrement, mon frère ! Que l’esquif de ta vie soit léger, qu’il porte seulement le nécessaire, un logis accueillant et des plaisirs simples, un ou deux amis dignes de ce nom, un être que tu aimes et qui t’aime, un chat, un chien, une pipe ou deux, de quoi manger et de quoi te vêtir à ta suffisance, et un peu plus qu’assez à boire, car la soif est chose à éviter.

Quant à moi j’ai découvert un excellent préservatif contre le mal de mer, c’est de me balancer. On se tient debout au milieu du pont, et quand le bateau roule et tangue, on penche son corps de côté et d’autre, de façon à le tenir toujours vertical. Quand la proue se relève, on s’incline en avant, jusqu’à ce que le pont touche presque votre nez ; quand c’est la poupe qui se soulève, on s’incline en arrière. Cela va très bien une heure ou deux ; mais on ne peut pas se balancer pendant une semaine.

Nous ne chavirâmes pas : je me borne à constater le fait, ne pouvant en fournir une quelconque raison. J’ai souvent réfléchi à ce phénomène depuis, sans jamais parvenir à une conclusion satisfaisante.

Peut-être cela fut-il dû à ce fameux esprit de contradiction inhérent à toutes choses en ce monde. Voyant notre conduite, le bateau en aurait conclu que nous voulions nous suicider, en conséquence de quoi il aurait tout fait pour nous décevoir. C’est la seule explication plausible que j’aie jamais trouvée.

 

Pourquoi je ne suis pas sûre de participer à l’agenda ironique : Avril et Croisière

Parce que j’ai les courses à faire et que les têtes de gondoles chez Carrouf sont moins sexy que les gondoles à Venise.

Parce que je partirai bien en péniche avec un cheval de halage mais avec une ballade en péniche j’ai peur de canaliser ma créativité. 

Parce que le secret de La licorne a déjà été découvert par les RG.

Parce que prendre un caboteur peut rendre cabotine. 

Parce qu’il y a 349 entrées dans wiki sous le nom bateaux dont une galéasse , il y a donc foultitude de choix d’embarcations et je n’arrive pas à me décider (la galéassitude me guette).

Parce que mon bateau préféré est le bateau ivre et que je vous ai déjà fait le coup.

Parce que je confonds bâbord et tribord ainsi  que latitude et longitude. 

Parce qu’un trimaran n’est pas toujours drôle.

Parce que mon boulot demande des aptitudes qui me manquent, cette semaine a été une galère, et j’ai beaucoup ramé. 

Parce que mon navigateur déraille et quand j’écris « poisson vogue » il m’affiche ceci :

(à sa décharge mon téléphone a traduit comme à son habitude : « poisson vole »)

Parce que partir sur un rafiot à l’aventure me fait peur si je n’ai pas entrevu « la possibilité d’une île » avec Mr Houellebarque. 

Parce que mon Espace à peine rodé (ou en pleine décrépitude) a coulé….une bielle et que je suis restée en rade (de Brest) 

Parce qu’il faut que je retourne aux courses : Ce soir c’est salade niçoise il me faut des anchois et du thon « petit navire » .

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Ma non participation à l’agenda ironique de Martine

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Il y a juste 7 mots en itude (j’essaie de faire mieux avec mon idée de texte d’ici le 22 avril, j’ai déjà le titre : « Bateau » 🙂) 

 

Le jour où ……Ian McEWAN a écrit pour l’agenda Ironique…

Le jour où ……Ian McEWAN a écrit pour l’agenda Ironique…Dimanche, je prends connaissance du sujet de l’agenda ironique d’avril, organisé par Martine qui nous propose de partir en croisière, et quelques heures après je découvre ceci  dans le magazine Lire :

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Dans une coque de noix – Ian McEWAN (extrait) – sortie en librairie le 13 avril

 

Me voici donc, la tête en bas dans une femme. Les bras patiemment croisés, attendant, attendant et me demandant à l’intérieur de qui je suis, dans quoi je suis embarqué. Mes yeux se ferment avec nostalgie au souvenir de l’époque où je dérivais dans mon enveloppe translucide, où je flottais rêveusement dans la bulle de mes pensées à travers mon océan privé, entre deux sauts périlleux au ralenti, heurtant doucement les limites transparentes de ma réclusion, la membrane révélatrice qui résonnait, tout en les atténuant, des voix de comploteurs unis par un projet ignoble. C’était au temps de ma jeunesse insouciante. Là, entièrement retourné, sans un centimètre à moi, les genoux repliés contre mon ventre, mes pensées comme ma tête sont bien engagées. Je n’ai pas le choix, mon oreille est plaquée jour et nuit contre ces parois sanguinolentes. J’écoute, je prends mentalement des notes, et je suis troublé. Je distingue des confidences funestes sur l’oreiller et je suis terrifié par ce qui m’attend, par ce à quoi je risque d’être mêlé.

Je suis immergé dans des abstractions, et seules leurs relations proliférantes créent l’illusion d’un monde connu. Quand j’entends « bleu », que je n’ai jamais vu, j’imagine une sorte d’événement mental assez proche de « vert » – que je n’ai jamais vu. Je me considère comme un innocent sur qui ne pèsent ni allégeances ni obligations, un esprit libre, malgré l’exiguïté de mon séjour. Personne pour me contredire ou me réprimander, pas de nom ni d’ancienne adresse, pas de religion, de dettes, d’ennemis. Sur mon agenda, s’il existait, ne serait notée que ma date de naissance à venir. Je suis, ou j’étais, contrairement à ce que disent aujourd’hui les généticiens, une ardoise vierge. Mais une ardoise glissante, poreuse, dont aucune salle de classe ni aucun toit de cottage n’aurait l’usage, une ardoise qui se couvrirait elle-même de caractères jour après jour, à mesure qu’elle grandirait et deviendrait moins vierge. Je me considère comme un innocent, mais il semble que je sois mêlé à un complot. Ma mère, béni soit son cœur à l’incessant bruit de pompe, semble impliquée.

 

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Le jour où chez CarnetsParesseux

Cette nuit je l’ai vue – Drago Jancar

Mais elle aimait vraiment les chevaux. Peut-être plus que les gens.  Peu à peu, je commençais à comprendre pourquoi ça l’avait tellement énervée que nous les militaires, on envoie les chevaux sous les bombes, c’est-à-dire sous les obus. C’étaient les derniers jours d’août qui s’acheminaient lentement vers l’automne… Le matin, je me présentais à la caserne, où les officiers, par quelques remarques douteuses, raillaient ma double vie, l’après-midi, je le passais avec elle au manège et avec les deux chevaux, j’échangeais à peine quelques mots avec son mari quand il venait la chercher. C’était de plus en plus rare, le plus souvent, il l’amenait et son chauffeur venait la chercher. Léo Zarnik était probablement très occupé, non seulement par son travail mais aussi par la chasse aux sangliers et aux cerfs. Mon élève n’était visiblement pas gênée par cette mise à mort. Elle était gênée par le fait que nous entraînions les chevaux à la guerre car ils pouvaient être atteints par des bombes, c’est-à-dire des obus. Je voyais que son mari transportait des fusils de chasse sur le siège arrière, un jour, il dit qu’il inviterait au tir à la cible. Mais visiblement il oublia son invitation sur l’instant.

La première fois que nous fîmes ensemble quelques tours de manège, elle sur Lord et moi sur Vranac, et qu’elle descendit de cheval assez prestement, je l’applaudis. J’avoue, chère madame, que je ne m’attendais pas à des progrès si rapides. On pourrait dire que vous savez déjà monter. Et en plus, Lord vous accepte vraiment bien.

Mieux que vous, il me semble, dit-elle.

Excusez-moi, je voulais dire qu’il vous considère comme sa patronne. Patronne, dit-elle, quel mot idiot ! C’est ainsi, dis-je, quand il obéira à vos ordres, quand il comprendra vos mots, alors nous serons vers la fin de nos leçons.

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Cette nuit je l’ai vue – Drago Jancar