Top Ten Tuesday : Les dix plus belles couvertures

Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français pour une 2e édition sur le blogue Frogzine.

Le sujet de cette semaine est : Les dix plus belles couvertures

J’ai un peu changé le sujet : les dix livres que j’ai lu, uniquement tentée par leur couverture

Nancy Huston : Danse noire

Olga Tokarczuk : Sur les ossements des morts

Dinaw Mengestu  : Les belles choses que porte le ciel

Angel Wagenstein : Abraham le poivrot (Un livre pris presque au hasard à la bibliothèque, juste parce que Chagall est mon peintre préféré et que la couverture de l’édition 10-18 m’a plu : Un livre que je n’aurais jamais pris avec la couverture originale.)

Emmanuèle Réné : Quitter Moscou (Pour la même raison que le livre précédent)

Kasuo Ishiguro : Le géant enfoui (légère déception)

Leonor de Recondo : Amours  (légère déception)

Martin Suter : Elephant

Jérôme Garcin : Galops : perspectives cavalière tome 2 (une mine d’or de citations avec des chevaux et bizarrement aucune citation de ce livre sur ce blog)

Silvia Avalone  : Marina Bellezza (légère déception)

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L’avalée des avalés – Réjean Ducharme

– L’hiver déjà ! annonce Chamomor, entrant nu-pieds dans la chapelle.

Je regarde ses cheveux pleins de vent, ses yeux mouillés de vent. Qu’elle est belle ! Je regarde ses pieds. Elle a les pieds sales. Je me dis que c’est beau d’avoir les pieds sales.

– Que le temps passe ! Comme c’est vite fait le passé ! Quand j’étais petite comme toi, le temps ne passait jamais assez vite.

Quand je serai grande, je ne passerai pas mon temps à déambuler paresseusement dans l’herbe morte. Je serai partie pour un lieu d’où l’on ne revient pas, un lieu où on arrive en passant par des lieux où l’on ne s’arrête pas. Je monterai Pégase et monterai à l’assaut de l’Olympe, comme les Titans, comme Ajax d’Oïlée, comme Bellérophon. Je mourrai en pleine force, de l’explosion même de ma violence. Je me mesurai à la mort en plein midi, plein éveil, pleine gloire. Je me porterai à sa rencontre et porterai les premiers coups. Je connais l’issue de la bataille. Je sais que la lutte sera vaine. Je sais que mes soldats et mes chevaux devront donner l’assaut du bord d’un gouffre. Mais je me battrai quand même. S’il faut perdre, autant perdre beau. S’il faut que mes soldats et mes chevaux tombent au fond de l’abîme aux premiers pas de la charge, autant que ce soient mes chevaux les plus rapides et mes soldats les plus courageux.

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L’avalée des avalés – Réjean Ducharme

L’avalée des avalés – Réjean Ducharme

Vacherie de vacherie ! (je reprends l’expression favorite de Bérénice, la narratrice de ce livre)

Quel livre !

Bérénice est une petite fille au début du livre (huit ans à peu près) et à la fin du livre elle a une vingtaine d’années.
Elle vit au Canada sur l’île des sœurs avec son père, sa mère et son frère qui a deux ans de plus qu’elle. Les parents se détestent et se déchirent : Ils décident de se séparer et gardent chacun un des enfants. Le père Einberg est juif et élève sa fille dans la religion juive. La mère est catholique et veut élever le fils, Christian,  dans sa religion à elle. Au début, j’ai cru que Bérénice était une sorte de petite sœur de Zazie (celle du métro) ; grande gueule, avec un franc-parler bien à elle et plutôt assez chipie.
En fait il n’en est rien : Bérénice est une petite fille qui souffre énormément des disputes continuelles de ses parents. Pour survivre à ce climat impossible et anxiogène,  elle a une affection démesurée pour son frère Christian.  Pauvre petite fille ! au début on est en totale empathie avec elle, écartelée entre son père et sa mère. Elle ne reçoit aucune tendresse, aucune attention si bien qu’un jour elle essaie de se laisser mourir.  Elle survivra à cette maladie (forte fièvre) et la ressemblance avec Zazie s’arrête là.  Bérénice, un peu après cette maladie, devient franchement antipathique : elle tue les chats de sa mère qu’elle dit détester, une page plus loin elle dit l’aimer. Elle en fait voir de toutes les couleurs à son entourage (entourage détestable de son père et sa mère, pas un pour rattraper l’autre, certes ils ont souffert pendant la guerre mais comme peut on torturer, psychologiquement, ainsi ses propres enfants). De rage, son père l’expédie chez son oncle, juif orthodoxe à New York pendant cinq ans. Son amie Constance la suit mais l’apaisement sera de courte durée.
Pendant cinq années, elle ne verra pas du tout son frère et lui écrira des lettres enflammées : l’aime-t-elle vraiment ce frère ou écrit elle ces lettres uniquement pour faire enrager son père qui lit tout son courrier ?
La petite fille espiègle et malheureuse du début du livre devient une adulte détestable et malheureuse qui se rend, contrainte et forcée par son père en Israël pour faire son service militaire.  La petite fille a disparu, reste une jeune adulte perturbée qui accomplira l’indicible.

Au delà de l’histoire très prenante, l’écriture de Réjean Ducharme est somptueuse et très poétique (Roman paru en 1966 en France, Wiki me dit qu’il a été en lice pour le prix Goncourt)

* *

J’appelle Christian à ma rescousse. Entre-temps, j’ai pris un quotidien de Montréal (La Pressée) et j’ai parcouru les quelques colonnes des annonces classées spécialisées dans les chambres à louer.
– Christian, mon chéri, si notre amitié n’est pas qu’un mot, aide-moi à débarrasser ma v       ie de ce fou furieux qu’est notre cher père !
– Non ! répond-il, imperceptiblement mais rigidement.
– Si tu es mon frère, véritablement, viens partager avec moi la misère dans laquelle je veux me réfugier pour échapper à l’impitoyable angoisse de ce fou furieux !
– Non ! répond-il, imperceptiblement mais rigidement.
–  Nous louerons un meublé crasseux et truffé de cafards, dans un sous-sol, dans le quartier de Montréal où les pires taudis sont !
– Non ! répond-il, imperceptiblement mais rigidement.
– Je t’entretiendrai, comme dans les films français la péripatéticienne parisienne entretient son Jules. Tu verras ; je trouverai vite un emploi. J’ai la langue bien pendue, je suis débrouillarde et courageuse. Je sais danser. Je sais jouer du cor anglais, du clairon et du trombone. Je suis capable de donner des leçons de karaté. Pour augmenter mes revenus, j’apprendrai la dactylographie et la sténographie. Les pornographes s’arrachent les dactylographes qui sont sténographes ! Je parle toutes sortes de langues. J’ai un diplôme de mécanique ; entre cinq heures et sept heures, je réparerai des pneus crevés, huilerai des joints Cardan, remplacerai des bougies, changerai des balais, servirai de l’essence. Je travaillerai jour et nuit ; j’amènerai tant d’eau au moulin que tu pourras t’acheter une voiture sport européenne. Nous mettrons de l’argent de côté et, chaque année, nous ferons les touristes : nous irons à Cunaxa. A Cunaxa, nous courrons parmi les ruines de la défaite de Cyrus, nu-pieds et nu-jambes comme quand nous étions tous petits. Je nous vois à Cunaxa comme si j’y étais. Je nous vois nous baisser pour ramasser le fer qu’a perdu le cheval de Tissapherne quand il se mit à poursuivre les Dix Mille …
– Non ! répond-il, imperceptiblement mais rigidement.

Québec en Novembre Chez Karine et Yueyin

Devinette : trouver le titre et l’auteur

L’hiver est passé. Le printemps est commencé. Il pousse des cheveux verts au travers de la paillasse où la neige a dormi. Il pousse des cheveux doux tout le long de mes pas. Je marche sur la terre et dans l’air, derrière Christian. Gréés d’un cahier, d’une plume et d’un encrier, nous dressons un inventaire en règle de notre faune. Nous sommes des Christophe Colomb. Pied carré par pied carré, nous découvrons l’île. Quarante-deux criquets. Vingt-trois fourmis. Trois bousiers. Un chat. Tout est compté, même Mauriac, le chat que Chat Mort adore. Christian inscrit tout, de sa plus belle encre. Presque à chaque pas, nous écrasons la queue d’un rat. Christian en a inscrit deux mille  pour faire un compte rond.La plus grande richesse de la République d’Afrique du Sud est les diamants. La nôtre  est les rats. Nous avons repéré deux nœuds de couleuvres derrière la corde de bois accôtée contre le dos du pavillon du jardinier. Un renard erre dans les roseaux, maigre et triste, qui cherche pour rien son sentier emporté par les glaces. Six marmottes montent la garde sur le bord de la carrière de charbon. Elles ne restent à la surface de la terre qu’aussi longtemps qu’elles s’y croient les seuls vivants. Elles s’en effacent aussitôt qu’elles voient remuer quelque chose. Leur cou se tordant et se détordant à une vitesse inouïe, elles guettent. Elles passent leur vie à regarder pour s’assurer qu’elles sont seules. Christian frappe une roche de son bâton. Il en jailli deux éclairs : deux belettes. Nous avons deux écureuils, et leur queue est plus grosse qu’eux. Quand ils courent, leur queue flotte comme la plume d’autruche au casque d’un lancier chargeant, comme une plume d’autruche à la queue d’une torpille. Les deux écureuils se poursuivent dans le tunnel, et leurs griffes en battent le métal comme d’une grêle. Largué une nuit par un avion, le tunnel, grand cylindre côtelé, est demeuré comme il est tombé : allongé de travers dans le sable de la poupe de l’île. Christian dit que, parmi les animaux qui nous manquent, il y en a que nous ne connaissons même pas. Par contre, il y en a, comme le chien et le cheval, dont l’absence nous fait excessivement honte. Demain nous aurons notre chien. Nous nous attacherons le premier chien sans médaille que nous rencontrerons sur la route en revenant de l’école. Demain, en revenant de l’école, nous aurons un sac et nous y fourrerons tout ce que nous rencontrerons de criquets, de sauterelles, de blattes, d’escargots, de rhinocéros et d’éléphants. Plus il y aura d’animaux sur l’île, plus nous serons riches. Nous avons écrit une lettre à Chat Mort. Nous la mettrons sous son assiette quand Einberg n’y sera pas. C’est une requête où sont énumérés avec la plus grande précision tous les animaux qui nous manquent. « Chère maman, une chèvre, une vache, un cochon, un cheval, un boa, un panda, un aptéryx… Signé : Christian – Bérénice. »

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Réponse demain ici même 😉

Un ange cornu avec des ailes de tôles – Michel Tremblay

En treize chapitres, Michel Tremblay nous fait part de sa passion pour les livres. Cela commence très tôt,  à trois ans il ne sait pas encore lire mais il emmène des livres à sa grand-mère qui ne peut pas se déplacer. Cela continue ainsi de chapitre en chapitre : sa première lecture de « grand »  : « L’auberge de l’ange-gardien » de la comtesse de Ségur, sa découverte de Tintin et de la BD qu’il méprise au départ avant de se laisser subjuguer par cet univers, sa découverte des romans d’aventures de Jules Verne, sa passion pour les contes avec Blanche Neige et les sept nains – il essaie pendant plusieurs semaines de changer la fin de ce conte par sympathie pour les nains, sa rencontre-choc avec la littérature québécoise et « Bonheur d’occasion » de Gabrielle Roy, sa découverte quand il est adolescent de Victor Hugo (des pages très drôles où Michel Tremblay se sert de Victor Hugo pour contester les Frères qui enseignent dans son collège de jésuites). Enfin il raconte également ses multiples virées dans les bibliothèques et notamment ses stratagèmes pour emprunter un livre « Orage sur mon corps » d’André Béland, livre qu’il n’arrivera jamais à  emprunter d’ailleurs car la censure veille : il faut être majeur pour pouvoir emprunter un livre traitant d’homosexualité. Il découvre dans d’autres  livres que son homosexualité n’est pas une chose isolée et que beaucoup d’hommes sont comme lui.

A chaque chapitre, il y a des passages savoureux de dialogues avec sa maman qui, elle, lit très peu mais qui encourage sa soif de lecture. Le lecteur suit donc le jeune Michel de ses 3 ans jusqu’à ses 25 ans, de la passion de la lecture à  la concrétisation de sa passion de l’écriture avec la publication  d’un recueil « Contes pour buveurs attardés ».

Le ton de Michel Tremblay est absolument adorable : il est drôle, caustique, ironique et à la fois tendre et bienveillant avec sa maman.  En résumé un livre qui m’a autant plu que « Bonbons assortis », un peu bâti sur la même idée : raconter des tranches de vie de son enfance jusqu’à ce qu’il devienne jeune adulte.

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Deux extraits et l’incipit ici

La Saskatchewan a toujours flotté dans l’appartement de la rue Fabre, puis celui de la rue Cartier, gigantesque fantôme aux couleurs de blé mur et de ciel trop bleu. Quand maman nous racontait les plaines sans commencement ni fin, les couchers de soleil fous sur l’océan de blé, les feux de broussailles qui se propageaient à la vitesse d’un cheval au galop, les chevaux, justement, qu’elle avait tant aimés, avec un petit tremblement au fond de la voix et les yeux tournés vers la fenêtre pour nous cacher la nostalgie qui les embuait, j’aurais voulu prendre le train, le long train qui prenait cinq jours pour traverser tout le Canada, l’amener au milieu d’un champ sans limite bercé par le vent du sud et le cri des engoulevents et lui dire : « Respire, regarde, touche, mange tout le paysage, c’est mon cadeau. »

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Je lisais les aventures de Robert Grant le plus tard possible, jusqu’à ce que ma mère menace de retirer l’ampoule de ma lampe de chevet, en fait, puis je rêvais une partie de la nuit de la traversée de l’Atlantique, du détroit de Magellan, des paysages chiliens, de la Cordillère des Andes… Mon lit était un bateau qui quittait volontiers ma chambre de la rue Cartier pour foncer vers le 37e parallèle à la recherche de la source du Gulf Stream.
Je devenais un marin accompli en même temps que Robert Grant, j’apprenais à monter un magnifique cheval argentin à la robe noire en compagnie de Thalcave, le beau Patagon à moitié nu dont le portrait me troublait tant à la page 95, je traversais à guet le Rio de Raque et le Rio de Tubal, je grimpais des murs de porphyre – les quebradas –, je cherchais en vain mon père au creux des forêts de séquoias ou sur le pic des montagnes enneigées. On disait de Robert Grant qu’il grandissait et se développait rapidement, qu’il devenait un homme ; moi, je lisais au milieu des miettes de gâteaux ou de biscuits au gingembre et je restais désespérément l’enfant envieux qui n’avait pas de destin grandiose.

Québec en Novembre Chez Karine et Yueyin

Devinette : Le jour où ….j’ai cru que « joual »  était le mot québécois pour cheval

Voici l’incipit d’un livre : Il faut trouver le titre  de ce livre et son auteur

Rêvez-vous, comme moi, dans le style de l’auteur que vous lisiez avant de vous endormir ? Si oui, enfourchez mon joual le plus tard possible, le soir, partez avec dans votre sommeil, il est plus fringant que jamais malgré les bien-pensants et les baise-le-bon-parler-français, il piaffe d’impatience en vous attendant et, je vous le promets, il galope comme un dieu ! Voyez-vous, j’aimerais pouvoir penser que j’ai la faculté de faire rêver, moi aussi. 

Quelques recherches m’ont permis de trouver la définition de joual : Langue populaire du Québec basée sur le français et langlais.

Et quelques recherches supplémentaires m’ont permis de dire aussi que  joual c’est cheval 

Réponse de la devinette demain 🙂

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Le jour où chez CarnetsParesseux

Je suis un écrivain japonais – Dany Laferrière

Dès le début je suis restée sous le charme de cet écrivain (Japonais? Haïtien ?Québécois?)
Pourquoi ?
Parce que Dany Laferrière est à la fois rempli de doutes (il a écrit 14 livres mais il a l’air en panne pour le suivant, il n’a au départ que le titre  « Je suis un écrivain japonais ») et aussi rempli d’autodérision. Je crois que l’autodérision est ce qui met plaît le plus quand un écrivain parle de son rapport à l’écriture (cf le billet sur « La promesse de l’aube« , billet que je n’ai pas écrit mais il est dans ma tête et comme je vous livre toutes mes pensées …)

L’auteur va chez son poissonnier qui lui instille un doute supplémentaire : a-t-il le droit d’utiliser ce titre ? se demande-t-il en cuisinant son saumon.

Ensuite Dany Laferrière remonte à son enfance caribéenne (que je connaissais pour l’avoir découvert dans « L’énigme du retour« ), il lisait Mishima dans son petit village durement frappé par la malaria.

Dany Laferrière nous balade à travers le monde : Déambulation dans le métro à Montréal avec « La route étroite vers les districts du nord de Basho » dans la main, voyage intérieur en Haîti,  rencontre avec Bjork (une autre île) puis Midori, une chanteuse japonaise de rock (qui est semble-t-il une célébrité au Québec), plusieurs escales au café Sarajevo, un autre rencontre avec son propriétaire (grec) qui réclame son loyer hebdomadaire.

Quelques chapitres sont un peu déroutants car on se demande sans cesse où est la frontière entre la réalité ét la fiction.  L’écrivain suit Midori et 6 japonaises (les sept samouraï  ? )

Ce livre est très drôle car il met en avant les clichés que nous avons tous plus ou moins autour du Japon (touristes avec leur appareil photo, cerisiers et geishas), et ce pays reste pourtant mystérieux. Les personnages japonais ont tous un nom d’écrivain japonais (Murakami, Mishima, Tanizaki, Brautigan – rayez la mention inutile). En effet, ce livre qui n’est pas encore écrit par l’auteur déclenche une « folie » au pays du soleil levant : enthousiasme mais aussi racisme ordinaire …

Sous ces dehors légers et humoristiques, les questions sont d’actualité : qu’est ce que l’identité, a-ton le droit d’écrire sur quelque chose que l’on n’a pas vécu ? Pourquoi les sociétés actuelles sont-elles racistes ?

En bref un excellent moment

Un extrait :

Le téléphone, de nouveau. J’ai beau dire « allô », aucune réponse. J’entends pourtant le souffle de la personne au bout du fil. Finalement une petite voix murmure :
– J’étais assise pas loin de vous dans le métro il y a trois jours.
– Vous dites ?
– J’étais sur la même rangée que vous, et vous lisiez Basho.
Je n’arrivais pas à faire un lien entre la voix et le visage. Je m’attendais un accent asiatique.
– Ah oui, je me souviens…
– Là, vous me confondez avec la chinoise en face de vous que vous n’arrêtiez pas de regarder.
– Cela arrive souvent, fais-je, on regarde quelqu’un alors qu’on est regardé sans le savoir par quelqu’un d’autre.
– Elle, elle est chinoise, mais moi, je suis japonaise. C’est normal, vous étiez dans le quartier asiatique.
– Et comment faites-vous pour savoir qu’elle est chinoise ?
– Ma mère est coréenne et mon père japonais, je sais ce que c’est… Si elle n’est ni coréenne, ni japonaise, c’est qu’elle est chinoise.
Elle rit toujours.
– Et pour les rires… Y a-t-il une différence ?

– Pas tellement. Par contre, le vagin japonais est placé en diagonale et celui de la Coréenne est à l’horizontale. Je ne sais pas pour la Chinoise si ça se trouve elle est verticale. Nous sommes des filles géométriques.
Je ris.
– C’est bizarre vous n’avez aucun accent… Vous parlez comme vous et moi.
Là, elle a vraiment ri. Un rire du fond du ventre. C’est tout de même étonnant que malgré tous ces déplacements sur la planète – personne ne veut ou ne peut rester chez lui – ce soit l’accent qui détermine le plus la place des gens dans la société mondaine. Plus que la race ou la classe. L’accent dit la race et la classe. Une asiatique parle en français avec un accent anglais, c’est presque du bouturage.

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Québec en Novembre Chez Karine et Yueyin

Journée autour de Dany Laferrière

 

Asta – Jon Kalman Stefansson

Ce livre est l’histoire d’Asta, née dans les années 1950 à Reykjavík, mais pas seulement : c’est aussi l’histoire d’Helga la mère d’Asta, de Zigvaldi le père, de Josef…..

Le livre débute avec une scène d’amour fou entre Helga et Zigvaldi. Dans le deuxième chapitre, on apprend sans transition que les parents se sont séparés peu après cette scène et qu’Asta a 20 ans.

La construction en aller-retour dans le temps m’a un peu déroutée mais c’est un parti pris de l’auteur : en effet, l’histoire est racontée essentiellement du point de vue de Zigvaldi,  celui-ci vient de tomber d’une échelle et  il repense à sa vie et à celle d’Asta.  Par conséquent, comme il est blessé très gravement, son histoire n’est pas pas du tout racontée dans l’ordre chronologique mais dans l’ordre où ses souvenirs lui arrivent : un jour Asta a deux ans,  on la retrouve dans les pages suivantes à 40 ans puis à 20 ans avec une petite fille Sonesja, puis à 17 ans à nouveau.
Au début ce va et vient temporel m’a gênée car j’avais envie de savoir ce que devenait Asta quand elle est adolescente. A 17 ans c’est une jeune fille rebelle et elle est envoyée dans une ferme dans le nord de l’Islande, une sorte de « punition » pour son comportement quelque peu violent.

Plus tard, je me suis laissée aller et emporter par l’histoire d’Asta sans plus faire attention aux changements d’époque sans transition. Asta  se livre également dans quelques chapitres où on lit des lettres à son « amour » (dont on ne connaîtra pas le nom, on peut juste deviner (ou pas)).

Ce livre met en scène Asta et ses relations avec les hommes : En particulier le tendre et mystérieux Joseph qui sera dans le même ferme l’été de leurs 17 ans. Petit à petit on va découvrir ce qui est arrivé  et pourquoi elle a laissé sa fille à la charge de son père et sa belle-mère.
C’est  un roman aussi très dur sur les choix de vie que l’on prend à un moment et qui font totalement basculer une vie  en un clin d’œil.

Un passage m’a fortement marqué : celui où la mère d’Asta, Helga profite de sa ressemblance avec Elizabeth Taylor pour faire croire à sa belle-mère que la photo d’Elizabeth Taylor qu’elle a chez elle est une photo d’elle-même (difficile d’être une femme au foyer en Islande dans les années 50 quand on voit – ou croit voir- une vie idéale sur grand écran).

En conclusion : un livre déroutant mais très intéressant une fois que j’ai accepté de me laisser guider par les souvenirs de Sigvaldi…

* *

À ce moment-là, Asta, le fermier et la Land-Rover ont enfin quitté le fjord. Le paysan a allumé la radio, il tourne le bouton dans l’espoir de mieux capter les émissions, mais ce n’est pas concluant. C’est à peine s’ils distinguent les mots à travers les grésillements. On dirait qu’ils sont sur une route menant hors du monde. Mais bon, on ne peut plus parler de route, c’est à peine une piste, à peine un sentier. Les grandes mains puissantes du fermier s’agrippe au volant, la voiture se perd en ruades comme un cheval fou. Asta est si pâle que le fermier s’arrête, elle a tout juste le temps de descendre du véhicule avant de vomir sur une touffe d’herbe printanière qui perce à travers la neige, mais elle n’a plus rien à vomir, elle a l’estomac vide depuis longtemps comme en atteste le sac sur le plancher de la vie. Puis ils se remettent en route, en entrant dans un autre fjord, si ce n’est qu’Asta marche par intermittence à côté de la voiture tandis que, secoué dans tous les sens en passant sur les touffes d’herbe, les plaques de neige et les cailloux, le fermier se cramponne de toutes ses forces au volant. (Page 68)

 

Livre lu dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire organisée par Rakuten 

Du même auteur, j’avais aimé cette trilogie

#Asta  #Jon Kalman Stefansson #MRL18 #rakuten

 

 

Le livre mystère 3

Un livre qui fait la part belle aux livres. Trouverez vous le titre de ce roman dans lequel les livres ci-dessous sont cités  ? 

1- Le premier jardin d’Anne Hébert
2- L’écume des jours de Boris Vian
3- Ces enfants de ma vie de Gabrielle Roy
4- Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand  Céline
5- Djamilia de Tchinguiz Aïtmatov
6- Le silence de la mer de Vercors
7- Les trois roses jaunes de Raymond Carver
8- Demande à la poussière de John Fante
9- Voyage en Irlande avec un parapluie de louis Gauthier
10- Échine de Philippe Djian
11- L’œil américain de Pierre Morency
12- Maryse de Francine Noël
13- Paris est une fête d’Ernest Hemingway
14- Patience dans l’azur de Hubert Reeves
15- Option Québec de René Lévesque
17- Robinson Crusoe de Daniel Defoe
18- Le petit prince d’Antoine de Saint Exupéry
19- Menaud, Maître draveur de Félix-Antoine Savard
21- Le dernier des mohicans de James Fenimore Cooper
22- L’île au trésor de Robert Louis Stenvenson
23- Agaguk d’Yves Thériault
24- L’espagnole et la pékinoise Gabrielle Roy
25- Port Minou d’Antonia Barber
26- Jacques Cartier journal
27- Poussières d’étoiles Hubert Reeves
28- Croc blanc de Jack London
29- Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway
30- L’attrape cœurs de J.D Salinger
31- L’Avalée des avalés de Réjean Ducharme
32- Salut Galarneau de Jacques Godbout
33- Le grand Meaulnes d’Alain-Fournier
34- Sur la route de Jack Kerouac
35- Bonjour tristesse de Françoise Sagan
36- Lettre à un jeune poète de Rainer Maria Rilke
37- La storia d’Elsa morante
38- Les bons sentiments de Marylin French
39- Le cœur est un chasseur solitaire de Carson Mc Cullers
40- Dévadé de Réjean Ducharme
41-La détresse et  l’enchantement  de  Gabrielle Roy

Réponse demain ici même  🙂