Ventorze : Dictionnaire des Orpherimes

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Ventorze : (n.m., néologisme de 1789-1791)

Sens 1 : dans le calendrier républicain temporaire – mois de la période des vents. Ventorze avait à l’origine été proposé par Fabre d’Eglantine qui souhaitait écrire un pamphlet contre louis XIV (pour faire une rime riche ventorze – quatorze). Cependant ce terme n’est pas parvenu jusqu’à nous suite à un différend entre Fabre d’Eglantine et Danton. Finalement les mots ventôse, pluviôse et ventôse ont été retenus et le pamphlet contre Louis XIV n’a pas vu le jour.

Sens 2 : vent de force 14

Rime avec : quatorze

Citations, sens 1 :

L’idée première qui nous a servi de base, est de consacrer, par le calendrier, le système agricole, et d’y ramener la nation en marquant les époques et les fractions de l’année par des signes intelligibles ou visibles pris dans l’agriculture et l’économie rurale :

  • Vendémiaize, Brumaize, Frimaize pour les mois pour les mois d’automne – terminaison en aize comme braize
  • Germinaze, Floréaze, Prairiase pour les mois de printemps – terminaison en aze
  • Nivorze, Pluviorze, Ventorze pour les mois d’hiver – terminaison en orze
  • Pour les autres mois, ceux d’été, nous réfléchissons. Ma chère épouse vient de préparer un homard thermidor, elle m’appelle, je vous quitte, j’ai faim.

Lettres de Fabre d’Eglantine à Danton (17 août 1790)

* *

On va être reçu à Paris. La foule est encore là, devant Notre Dame, puis à l’hôtel de Ville, mais l’averse rageuse la disperse.
 Il est prévu de faire une halte devant le collège Louis le Grand, cœur de l’université. Le carrosse s’arrête, mais la pluie, en ce 5 Ventorze,  est si forte que ni le roi ni la reine ne descendent de voiture.

Max Gallo – La révolution française – tome II 

 * *

Citation, sens 2 :

– […] Et pouvez-vous me donner ces six premières formes du vent, par ordre de difficulté ?

– La zéfirine, le slamino, le choo, la stèche…Euh…le crivetz et le furvent !

– Tu ne comptes pas le ventorze ?

– Le ventorze n’est pas un vent, c’est un ouragan….

 La horde du Contrevent – Alain Damasio 

 

 

 

 

 

Agenda ironique Août 2016 (avec un an de retard, si si)

Au pays des Points Cardinaux, le paisible petit peuple des Minuscules est retenu en otage par l’arrogant peuple des Majuscules. Son minuterritoire est cerné, de toutes parts par ESON, le chef du majuterritoire : il a placé en faction, à tous les points de fuite – à l’est, au sud, à l’ouest, au nord -, ses redoutables et impitoyables lieutenants, malabars homologues des Tom-pouces. Pourtant les Minuscules vont réussir à s’échapper de cette géhenne en empruntant des directions détournées : ensemble, ils ont composé un récit qui a convaincu ESON de leur rendre la liberté.

Comment y sont-ils parvenus ?

 

Nous devrons reconstituer ce récit (cohérent et persuasif), en vingt-six phrases, pas une de plus, pas une de moins. Chaque phrase commencera par chacune des lettres de l’alphabet, dans l’ordre abécédaire. Elle indiquera aussi la direction empruntée par l’audacieux minuscule. Et, voici que ça se corse, selon le principe OuLiPien lipogrammien (1), cette même lettre sera absente du reste de la phrase.

 

 

Artur, minuscule chez les minuscules, fut nommé illico presto fondé de pouvoir pour convertir le despote et prit un porte-voix pour qu’ESON l’entende.

 

Bazar l’infineztésimal, minuscule ainsi nommé pour son nez qui était à mi-chemin entre un nez de musaraigne et le nez d’un certain éléphant à costume vert, parent éloigné, lui soufflait les idées des autres : alterner flatterie et ironie devrait porter des fruits rapidement, pensaient les Minuscules.

– Cher sire ESON, débuta Artur de sa voix insignifiante, à peine amplifiée par le mégaphone, laissez-nous sortir de notre minuterritoire, nous pourrions aller jusqu’à la mer et vous rapporter du Krill, repas frugal qui nourrit tant de baleines ; nul doute qu’un tel régime vous irai bien au teint !

– Diantre ! fustigea ESON, on essaie de m’acheter, moi Timonier géant ès Majuscules ?

– Eh non, nous connaissons tous l’irritation à tous traits d’achats, compromissions, subtilisation du pouvoir à ton profit !

– Fichtre ! moi compromis, subtilisateur ? on aura tout entendu ! rugit ESON, qui de rage s’étrangle, et tousse si fort que sa splendide couronne – avec ESON en lettres capitales – en perd son E et devient SON.

– Garjeantua n’aurait pas mieux administré notre pays, une main de fer dans une moufle de velours, poursuivit Artur, faisant semblant de ne pas avoir remarqué la perte de la lettre couronnée. …

– Hurluberlus, morigéna ESON, rouge d’apoplexie, en s’avançant d’un pas vers Artur et Bazar, les porte-paroles des Minuscules, son immense armée sur les talons.

– Ignorez-vous que Madame Syntaxe, majesté du pays attenant au nôtre, songe à vous donner le rang de « grand Pourfendeur de la Majuscule et de Navarre » ?

– Jocrisses, vous dites que cette Reine d’Italique – car quel pays attenant au nôtre est gouverné par une femme ? -, veut m’anoblir ? ceci a vraisemblablement pour but de m’attirer loin de la frontière, me croyez-vous né de la dernière pluie ?

– Kaway notre voisin de l’ouest sera présent à cette cérémonie en parlant de pluie, renchérit Artur qui, épuisé de tant d’arguments, passa le porte-voix à Bazar qui ajouta : « La cérémonie se tiendra à Grasse, la capitale de l’Italique »

– Microcéphales, Nyctalopes et tutti quanti. Si vous croyez que je vais fléchir devant une ruse aussi vile…

– Niet, vous êtes trop rusé pour vous faire avoir comme cela, s’écria Bazar. Il serait dommage que vous ratiez ce gala de rois, d’ailleurs votre diadème fera pâlir de jalousie les hôtes de ces rois.

– Ophicléides dénaturés, ceci est un air de pipeau, que dis-je, de flute traversière, de vuvuzela, de tuba wagnérien.

– Partant dans une quinte de toux –SON à qui il manquait déjà son E – s’étouffa une deuxième fois et sa couronne vit s’envoler alors sa deuxième lettre le O ; rouge et essoufflé, S N une fois encore ne remarqua rien.

– Que le démon de Midi nous broie menu avec de l’ail et des fines herbes si nous te mentons cher Maître : nos voisins veulent réellement te distinguer comme un être suprême, souffla Bazar.

– Rhizopodes minuscules, savez-vous que moi seul connait le lieu de domicile du démon de Midi ?

– Sûrement Votre Royauté, cependant le démon vient de déménager, mentit de façon éhontée, Artur, revigoré d’avoir trouvé un point faible chez le dictateur.

– Tu crois que je vais gober que le Midi a déménagé ? s’esclaffa N qui, mal remis de ces deux accès de faiblesse, ne remarqua pas que le S de sa couronne roulait sur le sol près des E – O.

– Un effort encore, on y est bientôt, chantonnèrent les petits êtres amis de Bazar.

– Wisigoths ! essaya encore de rugir N qui était, il faut bien le dire, au nord de l’épuisement.

– Xylophones aphones ? suggéra Artur pour le titiller.

– Yukulélés lénifiants ? renchérit Bazar tout émoustillé.

– Zinzins,  je capitule, s’écria N dans une ultime convulsion, Artur et ses amis dansant autour de lui, et célébrant le rétablissement de la liberté dans le minuterritoire.

 

 

Agenda ironique d’août 2016 organisé par Martine

 

 

 

Perte de mots

Tout a commencé comme cela : un soir,  j’ai écrit le début d’un texte pour l’agenda « J’ai perdu mes repaires » et je suis allée me coucher ; le lendemain quand je me suis relue et j’ai vu que j’aurais dû écrire  » j’ai perdu mes repères », je ne me suis pas inquiétée, la fatigue sûrement… et puis cela a recommencé : le lendemain, j’ai perdu le dos de ma clarinette au lieu du do de ma clarinette ! J’ai mis cela sur le compte de mon téléphone – c’est que j’écris avec mon téléphone-, j’avais commencé juste après la perte de repaires une nouvelle histoire   : «j’ai  perdu mon encre » devenait « j’ai perdu mon  ancre »,  voilà tout pas d’inquiétude à avoir .. … Je ne perdais pas la tête d’ailleurs, quand je testais mon téléphone et que je disais l’encre de stylo il ne se trompait pas du tout avec l’ancre du bateau il se trompait uniquement quand je disais « j’ai perdu mon ancre », dur pour lui de s’y retrouver sans le contexte, pauvre téléphone … mais je me gare ou m’égare, je sens que je perds tout le monde ; et puis cette étrange perte des mots (oserai je dire hémotragie ?) me faisait découvrir d’autres horizons plus poétiques : je réussis à pondre un début de texte où dans un champ d’oiseaux, on assistait à la naissance d’un chant de fleurs, un mot pour un autre après tout cela restait des maux, pourquoi en faire toute une histoire ni en perdre l’appétit : mais le fait était là je n’avais plus fin, c’était la faim des haricots…cependant ce petit problème qui avait  commencé comme ça avec une confusion  « d’homophonie écrite » est entrain de prendre de lents pleurs  avec une homophonie approximative à l’oral :  une petite lettre  change de tant en tant à mon nain su et encore une autre… par exemple lundi, je suis allée faire une ballade entre midi et deux  et en rentrant au boulot j’ai dit « j’ai perdu baleine » au lieu de « j’ai perdu haleine » ….Ils me  regardent tous en biais au bureau, j’ai l’habitude ; si vous avez déjà connu ce problème de perte d’orthographe, merci de me faire cygne parce que c’est handicapant tout de même cette « maladie » …. si je perds mon orthographe que me restera-t-il ? Les œufs pour pleurer sa perte ?

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Ce mois ci, l’agenda ironique est chez Josephine : il faut évoquer la perte en une seule phrase ….

 

Perte et apesanteur

Ce mois ci, l’agenda ironique est chez Josephine : je suis en train de peaufiner mon idée (en une phrase !! ) ; En attendant, je recycle ce texte de 2012 sur une certaine perte …en plusieurs phrases…

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Ce matin, je n’ai pas senti tout de suite qu’il y avait un loup. J’étais tranquillement sous ma couette, hésitant à me lever. Le chant des mésanges me berçait doucement. Pour la première fois depuis dix jours, je me sentais légère comme une plume, je n’avais plus les jambes gonflées, les paupières lourdes, ni le cœur gros, impatient. Au dessus de ma tête, je ne voyais que le grand vélux occupant la moitié de la soupente qui me sert de chambre. Le ciel est parsemé de quelques traces d’avion, de belles lignes blanches bien parallèles et d’autres perpendiculaires, comme des lignes blanches d’un terrain de tennis, repeintes  avant le début d’un match.

Rien d’autre à part moi, le ciel, une bosse dans le lit à côté de moi qui indique que Bertrand n’est pas encore parti travailler et les mésanges. Un coup d’œil sur le réveil indique 8H00, tout va bien. L’important le matin, pour bien démarrer la journée, c’est la PREPARATION psychologique. C’est important la psychologie avant de mettre le pied par terre !

Après un quart d’heure de fainéantise bien méritée – cela fait quand même plusieurs semaines que je ne vais pas au boulot – je me suis enfin décidée à émerger du lit. J’avais besoin d’un petit déjeuner roboratif (c’est comme cela que me parle mon médecin alors je replace le vocabulaire qu’il m’apprend).  « jus de pomme, deux tartines beurre-confiture, surtout pas de café » a-t-il dit « cela vous mets sur les nerfs » !

Et c’est là que les choses se sont corsées !

En posant le pied par terre, je n’ai rencontré que le vide, au lieu du parquet flottant qu’il y a d’habitude à cet endroit ; le vide, nada  et c’est là que tout a basculé. Je voyais très bien le plancher qui était juste en dessous de mon lit comme d’hab, le problème ne venait pas de mon environnement mais de ma petite personne, (enfin petite c’est vite dit 1 mètre 70 et 75 kilos m’a dit la balance hier)  : je flottais ! dans l’air, je tiens à le préciser, pas dans les vapeurs d’alcool : je n’ai pas bu une goutte de quoi que ce soit plus fort que du jus de pomme depuis huit mois, je retombe en enfance !

Je tiens à préciser, que d’habitude, j’ai les pieds sur terre. Enfant,  âgée  de 8 ans à peine, ma mère disait de moi, que j’avais du plomb dans la cervelle, c’est dire ! Je suis une fille pratique, j’ai été élevée à la ferme : je n’ai jamais tourné de l’œil quand mes grands parents saignaient le chapon, j’ai su très tôt comment les bébés venaient au monde en observant les chats de la grange …    Mes connaissances de ce monde viennent plus de l’observation que des livres qui me tombent des mains dès que j’en ouvre un.

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je me suis donc retrouvée le visage collé au Velux à deux mètres cinquante du sol, Et là, je peux vous dire deux choses : d’abord le réchauffement climatique c’est une vaste fumisterie car le Vélux était GLACIAL, et l’autre que la vue de ma chambre en hauteur est magnifique. Voyant ma chambre comme je ne l’avais encore jamais regardé, les objets me paraissaient ridicules vus de là ! mon téléphone avait la taille d’une boite d’allumettes. Bon d’accord je n’avais pas pris le temps de mettre mes lunettes, mais quand même ! Le catalogue de jouets oublié par mon neveu la semaine dernière formait des taches de couleurs psychédéliques avec des barbouillages du même neveu.

Je me suis agrippée à la poignée du Velux et tout doucement, je me suis rapprochée en rampant, de l’armoire. Là, j’ai ris – non pas de me voir si belle dans mon vélux – mais du comique de la situation : je rampais au plafond, comme une baudruche remplie d’air.

Purée, que de poussière au dessus de l’armoire !!! L’armoire, c’est le seul objet que je voyais comme moyen de locomotion pour retourner sur le plancher des vaches.

Là dans ce contexte peu banal, j’ai soudain eu une révélation : j’avais réussi à ramper au plafond à plus de deux mètres du sol, sans ressentir le moindre vertige. Vraiment ce n’était pas banal ce phénomène d’apesanteur. Le mot m’est venu naturellement car si je vous ai dit, pas plus tard qu’il y a cinq minutes, que je lis peu, je connais mes classiques de Tintin par cœur et dans « On a marché sur la lune », on en parle de l’apesanteur et c’est exactement ce que je suis en train de vivre….une perte totale de mes repères : haut, bas, droite, gauche…

Moi, Béatrice Duchemin, je suis une tintinophile avertie, et je me dis que cela ne va pas durer, quelqu’un va appuyer sur la manette et je vais me fracasser au sol comme les Dupont et Dupond.

Je ne vais pas m’appesantir sur cette découverte, ce n’est pas mon genre de sangloter en vidant une boite de mouchoirs en papier, en attendant les pompiers. Et d’ailleurs qui aurait averti les pompiers ? Bertrand ? non il ronfle du sommeil du juste et ne m’a pas entendu faire la montgolfière !

Suis-je la seule dans ce cas là ? à flotter dans les airs à défaut de flotter dans mes vêtements. ?

Je suis une fille terre à terre, c’est pas à moi que l’on va faire avaler des couleuvres, il y a un truc ! forcément, ce n’est pas possible autrement, il y a un caméra cachée quelque part, c’est encore un coup de Bertrand, et  patin et couffin…. Ils vont bientôt tous sortir du placard en criant « surprise »

J’en suis là dans mes réflexions, toujours à me raccrocher à mon armoire normande, les pieds en l’air. IL faut que je retourne là haut dans le Velux pour voir ce qui ce passe dans la rue, voir si les autres gens du quartier sont touchés par cette apesantite aigüe. Bertrand n’est pas touché lui mais cela ne veut rien dire :  je suis devenue « apesantée » en sortant de sous la couette. Avant il n’y avait aucun symptôme.

Dehors, tout est normal : le grillage du jardin est à sa place, les arbres dans l’allée sont solidement rattachés au sol avec leur racines, le coq remue sa caroncule – encore un mot que m’a appris Bertrand, il est fort mon chéri, tout cela pour parler de la crête du coq. Et là j’ai entendu la voix de Bertrand, paniquée. D’habitude sa voix  est délicieuse, veloutée, admirative. Mais là il avait l’air stressé (par mon ascension céleste imprévue ?). Sa voix était tranchante comme la lame d’un couteau.

Et là le retour à la réalité a été très rude, j’ai atterri sur mon lit comme la baleine échouée que je suis depuis trois mois. Plouch ! a fait la baleine.

« Mince, Béatrice,  tu n’as rien senti ? le lit est trempé, il faut partir de suite à la maternité. tu as perdu les eaux !»

 

Texte de 2012 récupéré de mon ancien blog (au cas où je n’arriverai pas à finaliser mon idée pour l’agenda ironique)

Concerto du dimanche

Quand la cuisinière referme mon couvercle, je ne me sens plus de joie et tous les dimanches cela recommence. Je frétille me sentant la reine de la cuisine, et que ça papote, et que ça gigote, petits et grands épluchant les légumes, taillant des morceaux de viande, des oignons pleureurs. Après ces préparatifs, je ne me sens plus d’aise, le fonds de ma marmite chauffant sur le cercle. Aujourd’hui c’est un pot-au-feu qui fait fondre légumes et limousine (la vache pas la voiture). Ils sortent tous de la cuisine, se regroupant pour prendre l’apéro comme ils disent. Pendant ce temps, je mitonne, fredonne, assisonne, bouillonne  et espionne :  Les poireaux se lancent dans un tango torride, les navets dans une java rythmée par la batterie de cuisine. De retour, la cuisinière esquisse quelques pas enjoués, et surveille mon siflet : La vapeur essoufflée, relâche la bride, assouplissant pommes de terre et navets.

Encore quelques minutes ma cocotte, chantonne la fée du logis qui part installer la table de ses invités. Quand le sifflet retentit et appelle trois fois, la dame accourt et libère ma soupape, Pshitttt, Pshitttt, Pshitttt…

Un filet s’élève et fait entendre ma voix de casserole, il est temps de me dégoupiller en prenant les précautions d’usage. Imperturbable, je chante les futures agapes.

La famille tout à coup débarque avec envie, les papilles émerveillées, les yeux écarquillés, les narines inspirant le fumet. Ils se damneraient pour un copieux pot-au-feu, chouette voici revenu l’hiver et ses grandes tablées pleine de cousins. Les petits clament rieurs que madame est servie… pas besoin de mettre les petits plats dans les grands, et moi cocotte sans couvercle je trône au milieu de la table.

Même la tante revêche me trouve diététique, cuisson sans gras et sans beurre, je n’ai pas mon pareil pour réussir à plaire à tous, mélangeant rapidement arômes et saveurs.  Ils racleront tout ces gourmets drolatiques, et voteront après le dessert pour l’élu du prochain dimanche : poule au pot, Henri IV mon sauveur, a parlé.

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Ma participation (hors délai) à l’agenda ironique de juin hébergé par Clémentine 

MAIS SI LES OBJETS, À LEUR TOUR, PARLAIENT… DE NOUS ? IMAGINEZ LA VERVE D’UNE LAMPE, D’UNE ASSIETTE OU D’UNE VIEILLE GODASSE ET SON REGARD POSÉ SUR LES HUMAINS QUE NOUS SOMMES.

L’IRONIE EST, COMME TOUJOURS, UN INGRÉDIENT FORTEMENT CONSEILLÉ !

UNE PETITE CONTRAINTE POUR LA ROUTE? VOUS DEVREZ GLISSER À L’INTÉRIEUR D’UN TEXTE EN PROSE PLUSIEURS ALEXANDRINS DISSÉMINÉS ÇA ET LÀ, MAIS QUI, MIS LES UNS À LA SUITE DES AUTRES, FORMERONT UN POÈME EN RIMES PLATES, CROISÉES OU EMBRASSÉES.

Il y a dans ce texte en prose un poème caché : le trouverez vous ? (publication jeudi prochain parce que le jeudi c’est Poésie)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nichoir

Je ne suis qu’une maison minuscule, bâtie par les hommes pour leurs petits amis. Maison aérienne pour amis aériens. Ils m’ont fait à l’image de leur maison à eux ces bipèdes facétieux : un toit, 4 murs, une porte entrouverte. Mes hôtes n’ont qu’à pousser la minuscule porte et je les garde à l’abri du vent, de la pluie. Les humains m’ont appelé « nichoir », cela me plait de les contempler d’en haut.
Cette année le printemps maladif a chassé tristement les giboulées de février.
La lune, large et pâle, qui semble se hâter vers son rendez vous avec le soleil entonne un petit chant guilleret : « Je veux aimer pour vivre et vivre pour aimer ».
Sur le chemin du bord du fleuve lentement, les petits enfants remontent l’allée avec leurs jumelles autour du cou, la mamie les a bien sermonnés : il ne faut pas effrayer rouge-gorges, mésanges et pinsons. Elle chantonne « Tu es venu me dire que l’Amour est devant, pourquoi, comment ? ». Et moi, pauvre bâtisse fragile dans l’arbre, je les observe se poser toutes ces questions : Qui donc a fait pleurer les saules riverains ? Est-ce le frêle moineau assis en souverain ? Ils y vont forts ces humains à accuser ainsi un moineau ! comment un oiseau pourrait-il faire pleurer un saule ? c’est comme si je vous disais qu’une hirondelle pouvait faire le printemps …ne t’en va pas moineau : Reviens sur mon balcon, recommence ton chant
L’arbre dans lequel ils m’ont installé ploie sous le poids de grappes mauves et odorantes
Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las, en rêve je tombe dans l’herbe gorgée de rosée : Voici dans le gazon les corolles ouvertes, je me prends à vouloir bouger, fragile roulotte sans destrier, mordant la terre chaude où poussent les lilas.
L’autre nichoir dans l’arbre voisin est resté perché, fier dans sa transparence ensoleillée :
Devant toi et moi, une assemblée de fées vertes s’est réunie, pépiant et racontant l’ivresse de l’air et de la pluie ; un arc en ciel est né ce matin, après l’orage qui m’a délogé. Plancher sur la terre, je m’enivre du chant des oiseaux, et des enfants, qui rayonnent tous sourires ; qui du printemps fêtent le réveil. Il ne faudra pas surtout que j’oublie, si un jour je remonte dans mon arbre entouré de tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil, non il ne faudra pas que j’oublie que dans mon nom « nichoir », il y a choir.

!

Ma participation à l’agenda ironique de juin hébergé par Clémentine 

Mais si les objets, à leur tour, parlaient… de nous ? Imaginez la verve d’une lampe, d’une assiette ou d’une vieille godasse et son regard posé sur les humains que nous sommes.

L’ironie est, comme toujours, un ingrédient fortement conseillé !

Une petite contrainte pour la route? Vous devrez glisser à l’intérieur d’un texte en prose plusieurs alexandrins disséminés ça et là, mais qui, mis les uns à la suite des autres, formeront un poème en rimes plates, croisées ou embrassées.

Il y a dans ce texte en prose un sonnet caché : le trouverez vous ? (publication jeudi prochain parce que le jeudi c’est Poésie)

Anaphrases musiquées ou musiques anaphrasées ?

 

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Bonjour à tous chers auditeurs,
Nous recevons aujourd’hui le groupe de rock alternatif : les Bidons snobs
Pour ceux qui ne les connaîtraient pas nous avons de gauche à droite : Bison Ravi (batterie de cuisine), Rauque Anonyme (à la voix off course), Avida Dollars à l’air-guitar, Marguerite de Crayoncour aux crayons, Anna Coluth au luth, et la toujours aussi timide Carli Bruna aux choeurs.
Ils vont nous interpréter leur nouvel opus : « quelqu’un m’a dit »

Carli Bruna : (fredonnant)

On me dit que notre prose n’apporte aucun repos,
Que notre avenir n’est qu’un navire sans bosco.
On me dit que les images dans l’écran nacré ne sont que fausses magies
Pourtant quelqu’un m’a dit
Qu’une étreinte fait figure d’éternité,
C’est quelqu’un qui m’a dit que l’on peut s’aimer encore.
Serait-ce possible alors?

Bison Ravi (grave)
Alors là ça ne va pas du tout on avait dit que les paroles seraient différentes, je bois :
On me dit que la police ne jure que par la picole
Que nos voyages vers les îles seront couronnés d’ananas et de goyaves .
On me dit que les minuteries dans l’écran nacré ne sont que mutineries
Pourtant quelqu’un m’a dit
Que la station Opéra peut devenir station Apéro ,
C’est quelqu’un qui m’a dit que l’on peut s’enivrer encore.
Serait-ce possible alors que le métro amer devienne une rame morte ?
Serait-ce possible alors ?

Rauque Anonyme :

Mais ça va pas du tout les gars, on avait dit des propos concrets pour nos concerts, c’est quoi ces images à la mort-moi-l-n’œuf, des paroles qui n’ont aucun rythme encore moins du logarithme n’est pas rien ou de l’algorithme. On avait dit que le refrain serait « si tu t’imagines que quelqu’un m’a dit »

Avida Dollars : Je suis d’accord avec Rauque ma voisine
Il faut revoir nos chansons, notre crédo devrait être la Turbulence, la turbulence qui permet d’enculbuter les nantis. A bas le respect ! A quoi ça sert l’amour ?   Marguerite ton avis ?

Marguerite des Crayons : Je suis pour une reprise de la Souche : « j’suis bidon »

J’suis qu’une meuf à rime,  Bourrée d’aspirine
And I just go with my friend parisien, un pseudo émir
J’suis bidon. J’suis bidon

Valentyne : Désolée pour ce contretemps, chers auditeurs laissons donc les Bidons Snobs peaufiner leur futur programme ! A vous les studios !!!

 

Ma participation à l’agenda ironique de mai avec le thème défini par Alphonsine

et Marianne Slavan des Heures Dilettantes : « Ecrire avec en fonds sonore de « Quelqu’un m’a dit » de Carla Bruni et insérer 5 titres de chansons.

Et le thème de mai de la Licorne : Anaphrases où il faut écrire un texte
qui comprendra au moins cinq anaphrases ( une phrase qui contient plusieurs anagrammes …). Il y a 14 anaphrases à trouver et aussi les anagrammes des chanteurs du groupe 🙂

Maudit…

Chez Supergaufrette : Source photo

Nous devisions tranquillement, ma sœur et moi, quand Martine publia ici le thème de l’agenda ironique d’avril ; par nous je veux dire : moi Palagie et ma sœur Palatigne. Le sujet était la mer, les embarcations et les embruns. J’adore naviguer sur les mers interdites et accoster les rivages barbares…. J’ai navigué à travers bien des bibliothèques et j’ai vogué sur les océans…mais là je dois dire que nous avions décroché un pompom (de marin)

Dans un sursaut avant le 22 avril, Valentyne nous sortit à nouveau, nous ses deux PAL jumelles, constituées de tous les livres qu’elle souhaite lire ou relire. Par je ne sais quel malencontreux vent bientôt nous ne fûmes plus d’une pièce mais multitude : que s’était il passé ? nous ne pouvons le dire avec certitude !

Peut-être Valentyne  eut-elle un ras-le-hors-bord dont elle est coutumière. Peut être fut elle prise dans un courant littéraire qui l’emporta ! Peut-être se prit elle de plein fouet une phrase des « vagues » de Virginia Wolf …  nul ne le sait ! En tout cas le résultat fut là : nous éparpillées sur le sol, Valentyne échouée sur la tranche et répétant en boucle : je suis complétement schlass, la schlassitude me guette.

De notre aventure il ne me reste que quelques flashs : Le vent commençait à hurler, les livres entrechoquaient leurs pages ; leur grain Velin rugissait, sautait, craquait autour de nous comme un feu blanc sur la prairie, un feu dans lequel nous brûlions sans être consumés, immortels dans la gueule même de la mort ! Nous appelions en vain les autres carnets, livres de poche et best-sellers. Autant valait hurler dans la cheminée d’une fournaise que de héler les copains dans un tel orage. Cependant les nuages volants, l’écume de l’encre devenaient encore plus noirs avec la nuit qui tombait ; il n’y avait aucun indice des murs du salon.

Nul doute que ce désastre devait être dû à un monstre, pour le moins de la taille de Moby Dick ou du K, un monstre qui se cachait aussi dans les profondeurs des pages et sa force colossale et sa ruse démoniaque. Le K est un poisson de très grande taille, affreux à voir et extrêmement rare. Selon les mers et les riverains, il est indifféremment appelé kolomber, kahloubrha, kalonga, kalu, kalitude, balu, chalung-gra. Les naturalistes, fait étrange, l’ignorent. Quelques-uns, même, soutiennent qu’il n’existe pas…

Valentyne, minuscule sur cette mer de livre, essayait d’harenguer une foule de playmobil pour qu’ils viennent à sa rescousse ; elle criait : «  Allons, nagez, nagez, de grâce ! Peu importe le soufre, les diables sont assez bons bougres. Bon, voilà qui va bien, c’est un coup qui vaut ses mille livres, c’est un coup qui ramasse les enjeux ! »

Éparpillées mais plein de combattitude, ma sœur et moi essayâmes de ramener Valentyne de sa dérive sémantique. Le coeur lourd, nous poussâmes trois hourras et, pareils au destin, nous plongeâmes aveuglément dans la solitude océane. Tous nos efforts furent vains : Regarde la marée montante qui est en train de tout submerger. De quoi est-elle faite ? De chansons, de chansonnettes, de paroliers, de musiquette… bref d’une marchandise d’usage courant.

Sur ce champ de bataille, un de ceux dont personne ne se souvient , là-bas, à la page 47 de l’atlas où il y a une grande tâche jaunâtre avec quelques noms contenant beaucoup de h, éparpillés çà et là, on a trouvé l’autre jour, lors d’un sondage effectué en vue d’une éventuelle prospection géologique, on a trouvé donc un génie. Le génie de la petite sirène ? me demandai-je..

Pour se sortir de ce mauvais pas Valentyne essayait d’éponger des larmes de fonds mais elle buvait la tasse tant et plus que je l’ai cru perdue : elle eut alors une idée de génitude : voyant les similitudes de son odyssée avec celle de Moby Dick, elle se contorsionna pour libérer les baleines de son soutien-gorge …cependant nous ne connûmes pas la suite : le Maudit Bic de Valentyne avait perdu toute son ancre…

680 mots pour l’agenda ironique d’avril

Les extraits (légèrement modifiés)

Moby Dick

Le vent commençait à hurler, les vagues entrechoquaient leurs boucliers ; le grain rugissait, sautait, craquait autour de nous comme un feu blanc sur la prairie, un feu dans lequel nous brûlions sans être consumés, immortels dans la gueule même de la mort ! Nous appelions en vain les autres canots. Autant valait hurler dans la cheminée d’une fournaise que de héler les bateaux dans un tel orage. Cependant les nuages volants, l’écume et le brouillard devenaient encore plus noirs avec la nuit qui tombait ; il n’y avait aucun indice du vaisseau. La mer rageuse empêchait tous les essais que nous faisions pour écoper.

En parfaite harmonie avec la houle, Moby Dick poursuivait sa course, serein, dérobant au regard humain son corps criblé de harpons et l’horreur de sa terrible mâchoire. Il cachait aussi dans les profondeurs de l’eau et sa force colossale et sa ruse démoniaque.

Allons, nagez, nagez, de grâce ! Peu importe le soufre, les diables sont assez bons bougres. Bon, voilà qui va bien, c’est un coup qui vaut ses mille livres, c’est un coup qui ramasse les enjeux !
Le coeur lourd, nous poussâmes trois hourras et, pareils au destin, nous plongeâmes aveuglément dans la solitude océane.

J’adore naviguer sur les mers interdites et accoster les rivages barbares.

J’ai navigué à travers bien des bibliothèques et j’ai vogué sur les océans.

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Le K Dino Buzatti

Littérature, art ?… tout ça c’est des grands mots..,, Mais l’art au jour d’aujourd’hui ne peut être qu’une denrée, comme un bifteck, un parfum, un litre de vin. De quel art s’occupent les gens ? Regarde la marée montante qui est en train de tout submerger. De quoi est-elle faite ? De chansons, de chansonnettes, de paroliers, de musiquette… bref d’une marchandise d’usage courant. Voilà la gloire. Tu as beau écrire, toi, des romans très intelligents et même géniaux, le dernier des yéyés t’écrasera sous le poids de ses triomphes. Le public va droit au solide, à ce qui lui donne un plaisir matériel, palpable, immédiat. Et qui ne lui coûte pas de fatigue. Et qui ne fasse pas travailler le cerveau…

Sur un champ de bataille, un de ceux dont personne ne se souvient , là-bas, à la page 47 de l’atlas où il y a une grande tâche jaunâtre avec quelques noms contenant beaucoup de h, éparpillés çà et là, on a trouvé l’autre jour, lors d’un sondage effectué en vue d’une éventuelle prospection géologique, on a trouvé donc un général.

Le K est un poisson de très grande taille, affreux à voir et extrêmement rare. Selon les mers et les riverains, il est indifféremment appelé kolomber, kahloubrha, kalonga, kalu, balu, chalung-gra. Les naturalistes, fait étrange, l’ignorent. Quelques-uns, même, soutiennent qu’il n’existe pas…

 

Éponger des larmes de fonds Mind the Gap in « Les-cinq-sens-dessus-dessous »

 

Bateau ou papillon ?

Le bateau – Matisse (vers New York ici)

Bateau ou papillon

Je voguai toutes ailes dehors, frêle esquisse

Caboter très peu pour moi, je suis cabochard

Direction la haute mer à travers le brouillard

Mon reflet de Klein Schmetterling(*), bleu Matisse

 

Les poissons me frôlaient coursant le  firmament

L’arc en ciel chantonnait avec les étoiles chromatiques

Bleu couleur chaude, j’évitai le glacial Arctique

Direction New York la belle et son fourmillement

 

La Liberté me rendit minuscule sous son fier regard

Haute dame en dentelle me saluant, vieux briscard

Moi penché sous le vent, elle droite comme la justice

 

Je fus tout tourneboulé de ces flots fantastiques

Tremblant tête à l’envers et drisses élastiques

Que la belle et son vert de gris ne me file la jaunisse

 

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(*) Papillon bleu en allemand

Jeudi Poésie Chez Asphodèle

et le jeu d’avril chez la Licorne (poésie rimant avec art, tisse, tique, ment)

 

 

Les trois mousquetaires dans un bateau de Patience Steinbock

Le premier lundi du mois d’avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les Huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s’enfuir les femmes du côté de la Grande-Rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d’endosser la cuirasse et, appuyant leur contenance quelque peu incertaine d’un mousquet ou d’une pertuisane, se dirigeaient vers l’hôtellerie du Franc Meunier, devant laquelle s’empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compact, bruyant et plein de curiosité.

D’artagnan et Athos descendirent, se mirent en selle près de leurs compagnons, et nous nous mîmes en marche tous huit : Athos sur le cheval qu’il devait à sa femme, Aramis sur le cheval qu’il devait à sa maîtresse, Porthos sur le cheval qu’il devait à sa procureuse, et  d’Artagnan sur moi, Rabastas, le cheval qu’il devait à sa bonne fortune, la meilleure maîtresse qui soit.

Nous avions  reçu pour mission d’escorter Milady vers la Martinique, terre des héritiers de Pierre Velain d’Esnambuc, pour la mettre hors d’état de nuire. Nous décidâmes de partir tous huit, plus notre prisonnière  dans un gallion royal « la Couronne » (la coque du vaisseau faisait 167 pieds de long hors-tout, ou 200 pieds depuis le bâton de pavillon jusqu’à l’éperon ;  46 pieds de large au maître-bau , avec un tirant d’eau de 17 pieds)

Rassurés de savoir notre prisonnière au cachot les quatre avaient entamé une petite belote en devisant gaiement :

 

  • Un pour tous, tous pour un !
  • Athos, Porthos arrêtez de tricher ou je vous embroche tous comme des ortolans !
  • Il semble qu’on tienne en réserve, à notre intention, un vent d’est particulièrement aigre.
  • Par-dessus bord l’encombrement, mon frère ! Que l’esquif de ta vie soit léger, qu’il porte seulement le nécessaire, un logis accueillant et des plaisirs simples, un ou deux amis dignes de ce nom, un être que tu aimes et qui t’aime, un chat, un chien, une pipe ou deux, de quoi manger et de quoi te vêtir à ta suffisance, et un peu plus qu’assez à boire, car la soif est chose à éviter.

Nous les chevaux étions tranquillement dans la cale à côté du cachot de Milady quand soudain, les trois autres chevaux furent pris d’un mal de mer certain, vraisemblablement dû au parfum de Milady…

Quant à moi j’ai découvert un excellent préservatif contre le mal de mer, c’est de me balancer. On se tient debout au milieu du pont, et quand le bateau roule et tangue, on penche son corps de côté et d’autre, de façon à le tenir toujours vertical. Quand la proue se relève, on s’incline en avant, jusqu’à ce que le pont touche presque votre nez ; quand c’est la poupe qui se soulève, on s’incline en arrière. Cela va très bien une heure ou deux ; mais on ne peut pas se balancer pendant une semaine.

Les trois autres ruèrent, se cabrèrent et s’entêtèrent jusqu’à ce que le terre fut enfin en vue…

Nous ne chavirâmes pas : je me borne à constater le fait, ne pouvant en fournir une quelconque raison. J’ai souvent réfléchi à ce phénomène depuis, sans jamais parvenir à une conclusion satisfaisante.

Peut-être cela fut-il dû à ce fameux esprit de contradiction inhérent à toutes choses en ce monde. Voyant notre conduite, le bateau en aurait conclu que nous voulions nous suicider, en conséquence de quoi il aurait tout fait pour nous décevoir. C’est la seule explication plausible que j’aie jamais trouvée.

Milady, pendant le trajet, était parvenue à détacher la corde qui liait ses pieds : en arrivant sur le rivage, elle sauta légèrement à terre et prit la fuite. Mais le sol était humide ; en arrivant au haut du talus, elle glissa et tomba sur ses genoux.

A suivre…..

Source photo 

 

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C’était un extrait du futur livre « Les trois mousquetaires dans un bateau » de Patience Steinbok que vous pouvez retrouver ici

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Ma participation à l’agenda ironique d’avril concocté par Martine avec pour sujet croisière

Je m’aperçois après publication que j’ai oublié la consigne sur les mots en ‘itude », va falloir que je fasse un autre texte …..

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Avez-vous reconnu des passages ? sur 648 mots de ce texte il doit y en avoir à peu près 225 mots des « trois mousquetaires », 266 mots de « trois hommes dans un bateau » et le reste est de moi (je vous laisse faire le calcul)

 

Voici  pour les curieux les extraits bruts des « trois mousquetaires » d’Alexandre Dumas

Le premier lundi du mois d’avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les Huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s’enfuir les femmes du côté de la Grande-Rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d’endosser la cuirasse et, appuyant leur contenance quelque peu incertaine d’un mousquet ou d’une pertuisane, se dirigeaient vers l’hôtellerie du Franc Meunier, devant laquelle s’empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compact, bruyant et plein de curiosité.

D’Artagnan et Athos descendirent, se mirent en selle près de leurs compagnons, et tous quatre se mirent en marche : Athos sur le cheval qu’il devait à sa femme, Aramis sur le cheval qu’il devait à sa maîtresse, Porthos sur le cheval qu’il devait à sa procureuse, et d’Artagnan sur le cheval qu’il devait à sa bonne fortune, la meilleure maîtresse qui soit.

Un pour tous, tous pour un !

Ou je vous embroche tous comme des ortolans !

Milady, pendant le trajet, était parvenue à détacher la corde qui liait ses pieds : en arrivant sur le rivage, elle sauta légèrement à terre et prit la fuite. Mais le sol était humide ; en arrivant au haut du talus, elle glissa et tomba sur ses genoux.

 

Et les extraits de « trois hommes dans un bateau » de Jérôme K Jérôme

Il semble qu’on tienne en réserve, à notre  intention, un vent d’est particulièrement aigre.

Par-dessus bord l’encombrement, mon frère ! Que l’esquif de ta vie soit léger, qu’il porte seulement le nécessaire, un logis accueillant et des plaisirs simples, un ou deux amis dignes de ce nom, un être que tu aimes et qui t’aime, un chat, un chien, une pipe ou deux, de quoi manger et de quoi te vêtir à ta suffisance, et un peu plus qu’assez à boire, car la soif est chose à éviter.

Quant à moi j’ai découvert un excellent préservatif contre le mal de mer, c’est de me balancer. On se tient debout au milieu du pont, et quand le bateau roule et tangue, on penche son corps de côté et d’autre, de façon à le tenir toujours vertical. Quand la proue se relève, on s’incline en avant, jusqu’à ce que le pont touche presque votre nez ; quand c’est la poupe qui se soulève, on s’incline en arrière. Cela va très bien une heure ou deux ; mais on ne peut pas se balancer pendant une semaine.

Nous ne chavirâmes pas : je me borne à constater le fait, ne pouvant en fournir une quelconque raison. J’ai souvent réfléchi à ce phénomène depuis, sans jamais parvenir à une conclusion satisfaisante.

Peut-être cela fut-il dû à ce fameux esprit de contradiction inhérent à toutes choses en ce monde. Voyant notre conduite, le bateau en aurait conclu que nous voulions nous suicider, en conséquence de quoi il aurait tout fait pour nous décevoir. C’est la seule explication plausible que j’aie jamais trouvée.