Si j’étais toi

Si j’étais toi, parfois je m’autoriserais à hurler 

Percer les tympans des uns et des autres qui savent clamer leurs vérités 

S’élancer, respirer, laisser le cri 

S’animer et s’accumuler au fonds du lit

 

Si j’étais toi j’essaierais de danser

D’apprivoiser la musique comme on apprivoise la rosée

Savoir se lâcher et se laisser porter par les notes 

Mordre la vie et chanter dans les gargotes 

 

Si j’étais toi je conjuguerais le verbe être à tous les temps 

Ou alors le verbe s’épanouir ?

S’évanouir ? 

Devenir ? 

 

Si j’étais toi je me réfugierais dans un lieu isolé 

Je regarderais l’hiver givrer les fenêtres 

Je fixerais le feu qui crépite dans la cheminée 

Je reconstituerais des forces pour le printemps

 

Alors seulement après, si j’étais toi,  je réapparaîtrais à la surface 

Je m’étirerais 

Je laisserais ces yeux trop longtemps baissés s’éclairer 

J’entendrais ses articulations rouillées grincer 

Et après les cris et le retrait je fleurirais… comme un perce neige nouveau-né

.

L’agenda ironique de janvier 2018 est chez Victohugotte 🙂 Cours y vite, cours y vite

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Le jour où… j’ai découvert que j’avais déménagé de la pieuvre rouge à la banane bleue 

Ce soir je suis rentrée à la maison et j’ai appris (révision de Géographie de Première avec Ponette) les notions de pieuvre rouge et de banane bleue 

Cela a illuminé ma journée et maintenant vous avez mon adresse pour m’envoyer une carte postale :

La jument verte

Chemin du Mont-Blanc

74999 La banane bleue 

Bon comme je suis un peu sourde, au début j’avais compris pieuvre rouge et baleine bleue 

Un titre de billet culte non ? « Le jour où… j’ai découvert que j’avais déménagé de la pieuvre rouge à la baleine bleue »

:

Le jour où chez CarnetsParesseux

Lettre à Cyclopédie

Chère Cyclopédie,

Je t’écris suite à la parution de ton annonce dans le mensuel « agenda ironique » de décembre dernier.

Ton message « Silence suspect, se voir qd, où ? Courage, lutte avt éclaircie. Trust in you babe. C.  »  m’a, il faut bien le dire, chamboulé. Depuis hier soir, il neige, les nuages sombres s’accumulent sur ma tête – des sortes de Cirrhus black, je me demande si ton annonce n’était donc pas prémonitoire. Donc ce matin, je me suis levé, phénomène rare ces temps-ci , j’ai laissé mon traverssimple de nouveau célibataire  sur le lit et je  suis sorti de chez moi et de ma dépression hivernale : Je me suis dit « Jojo cela ne peut pas continuer comme ça »;  j’ai lutté, lutté contre les éléments, j’avais mis mon pull-overste, mon chapauvre,  mes moccassimples (jamais je ne renierais mes origines Cherokee) , et suis donc parti dans le froid hivernal, direction la bibli, où je pouvais espérer avoir une connexion internet correcte pour t’écrire ces quelques mots. « Pour moi la vie va commencer », c’est ce que je chantonnais pour ne pas voir la neige recouvrir mes mocassimples, j’aurai dû mettre mes bottes fourrées à lacets rouges, c’est sûr. Une fois à la bibli, le bibliothécaire m’a offert une tisane de mirabelge noyée dans le muscatorze : J’ai plongé dans ses yeux bleus, me demandant un instant si je ne l’avais pas vu récemment dans le petit écran ? il a bien vu que j’étais sous le choc de la découverte de ton annonce  : Babe, cela faisait des années que personne ne m’avait appelé Baby. Je me revois adolescent avec Magratte (tu te rappelle le nom de ma guitare ? ) que je chatouillais  avec mes mains d’argents :  » baby I’ve got you Baby », mais je ne suis plus un Bad Boy, il y a longtemps maintenant que j’ai refermé la boite de pandore, ces pommes magiques et empoisonnées, ses tablettes de chocolat gagnants comme ce fou de Charlie dans la chocolaterie.

A la bibli plus de connexions internet, nous étions seuls au monde, le bibliothécaire et moi à regarder les flocons tomber : J’avais des ronds étranges devant les yeux : tu sais un peu comme quand on va chez l’ophtalmo et qu’il nous demande si on voit un point rouge au milieu du rond vert ou un point vert au milieu du rond rouge : pour moi le cercle rouge est toujours totalement séparé du vert et je n’arrive plus à accommoder ma vue.

Il m’a dit cash : « Johnny, tu peux pas continuer comme ça avec Cyclopédie, tu as perdu tout sens commun ». Tu me connais, je suis un peu parano depuis Las Vegas et ma perte du paradis mais le fait qu’un inconnu à la bibli me dise ton nom m’a fait douter de ma raison. Sibyllin, il a rajouté : « Nom d’une pipe en boite, il ne faut plus prendre les parapluies pour des sirènes ! », si tu veux je serai ton aide-de-camphre, je connais plein de tisane pour te requinquer !

Tu comprendras qu’avec tout ce qui m’est arrivé aujourd’hui, j’ai besoin de vacamphres : je pars sur mon bateau que tu connais bien ce soir pour les Caraïbes, pour Sainte Lucie je précise (et ces 25 degrés toute l’année), Saint Barth est surpeuplé en ce moment mais à part dans les Caraïbes où penses tu que je puisse trouver une sirène ? Heureusement qu’il ne m’a pas dit « Nom d’une pipelette en boite, il ne faut plus prendre les paradigmes pour des citrouilles ! »  il aurait fallu que je mette les voiles pour le pays de Cendrillon et depuis Alice je fuis tous les contes et j’en jauni à l’idée.

Chère Cyclopédie, excuse-moi partenaire, de ce silence que tu as eu raison d’appeler suspect, je te prie de m’excuser, je te promets de me secouer les puces et de réagir : donne-moi vite de tes nouvelles :  Tu es la fille du soleil, ma panthère noire,  j’en oublie toutes les autres : Gabrielle, Laura, Pony , Carole, Jeanie, Marie, Vanessa, Clémence, Amber,  Adeline). J’embrasse aussi ta sœur Pénéloppédie, j’aime ce doux nom de Pénéloppédie qui me fait penser à mon autre Pénéloppe, la Cruz )

 

Ton Johnny qui t’aime et qui restera pour toujours ton petit ours en peluche

PS : On se retrouve comme prévu sur le tournage des Animaux fantastiques ?

Ton Johnny Depp pour la vie

 

 

L’agenda ironique de décembre 2017 est chez Clémentine et Anne avec un collage de Anne et une phrase à placer« Nom d’une pipe en boite, il ne faut plus prendre les parapluies pour des sirènes! ». quelques mots complètement inventés, de déclinaisons alambiquées ou de situations invraisemblables. Et, cerise sur la maréchaussée,  c’est que nous aimerions beaucoup, mais alors beaucoup, en plus de tout ça, qu’il soit présenté sous forme de lettre.

 

Remerciements :

Je remercie Martine pour son idée de R’né qui m’a permis de trouver ceci :

Et aussi Tu dînes ce soir pour l’idée originale de ces lettres à C. Les chansons à écouter sont celles de Johnny en particulier :  Requiem pour un fou 

Et bien entendu Glomérule et Carnets qui soulevaient ici l’autre jour, et ici précédemment, la grave question des mots sans rime.

Magic…..

Mardi dernier, j’ai reçu une proposition pour une intervention pour Christmas Time, chez un opérateur de bigophonie (que je ne citerai pas, secret d’amateuriste of course). Cette missive m’indiquait une adresse dans Paris 10ème, rue des petites écuries, un nom de rue qui sent bon comme une odeur de crottin, frais comme j’aime.

Je me présentai donc ce samedi à cette adresse. C’était un remue-ménage capharnaümesque : un monde fou, des caméras et des cameramans, des photographes, des cascadeurs, des reporters, des acrobates, des pyramides d’iphones, des grimeuses, des vendeurs de hot-dog, des badauds affamés et des curieux frigorifiés, mais contents de participer à cette fête. En bref, une expérience sensitive comme j’en ai peu connu!

,Je fus reçue par une charmante jeune femme avec une robe trapèze méga-courte qui m’a très gentiment commenté mes attributions. Je serai « mentor technique en animaux magiques » pour the SCENE WITH THE HORSE. Je me voyais déjà non pas en tête d’affiche mais au moins comparée à Mario voire à Bartabas. J’ai eu tout de suite un coup de foudre pour ce canasson, qui était d’une teinte entre ivoire et cygne, une ossature robuste et vaporeuse, une robe moirée et bien brossée, une corne tressée sur son chanfrein…. Un pur bijou. J’ai chuchoté à son intention : « Bonjour, Fiston ! Comment te surnommes tu ? «

Sans attendre de réponse, Miss Robe-trapèze me prévenait d’un ton froid : « son nom est Canson du Papetier, un peu sourd, Canson n’en fait qu’à sa tête, son comportement est digne d’un enquiquineur de première : pour preuve trois cascadeurs avaient été mis par terre …. d’où ma présence en tant que dresseuse.

Son museau était aussi doux que du papier de soie justement et nous avons commencé une grande discussion (j’ai bien vu que Canson avait un type asiatique, et je baragouine couramment japoney)

A un moment, un homme a crié dans un mégaphone que c’était mon tour avec « ce fichu bourrin ».

Je me suis dit que c’était évident que The Horse se soit vexé. S’entendre nommer « Bourrin » çà vous siérait à vous ? Pourtant Canson paraissait motivé et prêt à se courber en quatre pour tourner cette pub !

Je me suis approchée de Marco, cascadeur de son état, que j’avais vu faire des acrobaties, juste avant sur une fusée, et j’ai écouté attentivement ses consignes.

The Operator in chief disait : « On fait d’abord une maxi séquence et ensuite on zoome ! toi, oui toi, Miss « mentor technique en animaux magiques »   tu dois juste faire courir The Bourrin au bon moment (pour ce faire j’avais hérité d’une botte de carottes à agiter sous son nez avec une sorte de canne à pêche géante (on ne voit rien sur ma photo-souvenir, ce prodige fait en postprod quand même !!)

The Operator chief a poursuivi : « A un moment on va mettre à fond, tous gaz dehors et on devra donner une vision d’une course aérienne. Tu as tout compris ? Excite Canson en même temps avec ta voix et avec ces carottes »

J’ai acquiescé et Canson du Papetier aussi pour prouver qu’on était compagnons et partenaires.

Marco, the cascadeur, avait un air un peu démoniaque avec son déguisement rouge et outremer en strass, mais je crois que c’est juste du fait de son habitude à chevaucher des fusées et non pas des chevaux……

D’un bond, Marco est monté sur Canson. J’ai agité mes carottes comme une pom-pom women pour mettre Canson en route. Cet équidé a été très coopératif jusqu’au moment où Marco s’est déporté en arrière (pas extraordinaire son assiette à ce monsieur) et c’est à ce moment que Canson a craqué : ce poids du cascadeur a dû froisser une vertèbre à moins que ce ne soient un des feux de fusée qui ont chambardé son imagination féconde. Je ne vois que ça pour transformer un canasson si patient en furie déchaînée. Canson a rué comme un Quater-Horse de rodéo et Marco a fait un très charmant Take-off in the sky; notre pauvre cascadeur est tombé dans un bac d’orangers avec un grand craaaaaaaaaaac. Je me suis retrouvée aussi 4 fers ont the air dans cette affaire.

J’ai entendu Marco reprendre ses esprits et grogner en recrachant ses dents : « ouh, ouh, ouh   donn…..moi un …..mède ! »  Je me demandais bien ce que ce pauvre homme disait sans dents ? un intermède ? Un Archimède ?

A peine je me suis redressée et ai reconnecté mes neurones, que j’ai enfin compris. Marco désirait un remède sur ses bosses ! j’ai essayé de rendre service en attendant nos bienaimés pompiers….

Et Canson me direz-vous ?

Je ne sais pas où ce phénomène est parti : j’ai vu sa dégaine une dernière fois, trottinant sur nos toits de Paris comme un fantastique acrobate !

 

Pour voir the texte of the beginning it’s here :

 

Ma participation au jeu de la Licorne sur le thème de Noël mais sans « L »  avec les mots fête, froid, fantastique, affamé, fiston

Paris – 1865 – Ligne E – Vers la Madeleine

Mr Zola est monté en haut de l’impériale, sa « gazette des tribunaux » sous le bras. D’habitude, il circule à pied quand il fait un soleil comme aujourd’hui. Aujourd’hui cependant, il n’a pas le temps de se balader, il travaille. Il a l’air oisif comme cela son journal déplié, le chapeau vissé sur la tête à côté des autres messieurs. Mais il n’en est rien, il suit une vieille femme et son cabas. Elle a un profil spectaculaire la vieille dame, un peu comme un bec de canard et ce profil entraperçu chez la boulangère lui a donné envie de la suivre, voir si le bec va tenir ces promesses inspirantes. Enfin bec de canard, de foulque pour être plus précis. La vieille dame en plus d’avoir un air remplumé a une voix de corneille, rauque et aigüe par moment. Elle marmonne toute seule en bas de l’omnibus.

Il est monté quasiment au terminus, boulevard Bourdon et se demande où la sorcière va descendre. Il est décidé à en faire la première héroïne de son grand roman, l’œuvre de sa vie. Elle pourrait être le départ d’une épopée autour des années 1850.

Elle a la tête des gens qui picolent de bon matin, nez en chou-fleur, yeux dans le vague. Elle traîne aussi la patte, est-ce l’alcool ou est-ce de naissance ?  En tout cas cette femme est bien trop vraie pour faire un personnage de roman, les critiques vont dire que je « charge trop la barque » réfléchit Emile. Je vais garder la boiterie pour la fille de cette femme. Femme si on peut dire, tant il y a chez elle une présence presque animale. D’abord lui trouver un nom …

Tiens déjà l’arrêt des filles du Calvaire, très bonne idée d’ailleurs ça il faudrait que la femme ait une large descendance et pourquoi pas un petit fils qui devient abbé et qui serait déchiré entre sa vocation religieuse et l’amour d’une femme. La femme descend à Capucine, je pourrais appeler mon héroïne Capucine Foulque, ce ne serait pas mal un nom de fleur accolé à un nom d’oiseau. Ou Jacinthe, Hortense, Marguerite ou alors Azalaïs, ça me plait bien ça Azalaïs Foulque, reste à me décider sur sa descendance. Asseyons-nous un moment pour noter tout cela avant que j’oublie. Mr Zola s’installe sur un banc, le journal même pas parcouru chiffonné par le trajet, en omnibus. Emile dessine dans son carnet un semblant d’arbre généalogique avec une Azalaïs Foulque, il griffonne fébrile jusqu’au moment où sonne midi. Midi ? Il sursaute et range son carnet. Pressé, il se dirige vers le café où il a rendez-vous, il en a oublié son ami qui doit déjà l’attendre.

Le journal est oublié sur le banc.  Chiffonné, il semble pathétique. Heureusement que le temps est sec et légèrement venteux. Vent qui le remet dans un pseudo ordre. Une femme boitillante le récupère et se rend au marché.

– J’vais vous reprendre des bettes, Mame Michaud, v’là pour les emballer, dit elle en tendant le journal.

– Ben sûr, Mame Colvert, j’vous en mets une livr’ pour vous et vot p’tiote ?

**

Participation à l’agenda ironique de novembre chez Martine avec comme sujet les Rougons Macabres et chez Filigrane  où il fallait rallonger une texte de Julio Cortazar.

 

 

 

Neuilly 1989 – Bus 82

Ce matin, Jules est parti comme tous les matins jusqu’au kiosque. Il voulait juste acheter le journal, quelques provisions pour sa journée avec Madeleine…mais les gros titres en ont décidé autrement… S’il rentre avec ce journal sous le bras avec les beaux yeux qui sont à la une, c’est sûr Madeleine, du haut de ces 81 ans va lui faire une scène… Elle a toujours détesté cette actrice, Elisabeth, (cette « snob qui a changé de prénom pour ne pas se confondre avec toutes les autres Elisabeth d’Hollywood »), que faire alors ? cacher le journal pour le lire en cachette de Madeleine plus tard ? mais Madeleine n’est pas née de la dernière pluie, il verra qu’il a les larmes aux yeux, son Elisabeth (la deuxième femme de sa vie après Madeleine) est morte, ici dans sa ville, à deux pas de chez lui.

Alors il regarde rapidement les bus à la station de l’hôpital Américain : s’il prend le 82 il en a pour une petite heure à aller jusqu’au jardin du Luxembourg (où il pourra téléphoner d’un café pour que Madeleine ne s’inquiète pas), il pourra s’arrêter aussi à la librairie de livres d’occasion pour ramener un présent à Madeleine, ce qui expliquera son escapade…

Le vieux monsieur tend un billet de 5 francs au conducteur et s’installe tranquillement au fond du bus : 10h00, l’heure de pointe est finie et il peut étendre son journal avec les pages spéciales en l’hommage à la star disparue. Elle avait son âge et celui de Madeleine, Beth, 81 ans, c’est toute sa vie qui défile en même temps que les stations de bus : Arrêt Victor Hugo- Poincaré, il revoit « l’homme qui jouait à être Dieu », Stop Tour eiffel : « Mort sur le Nil », arrêt Ecole Militaire :  « vingt mille ans sous les verrous »….Jules n’a qu’un seul regret, elle aurait dû accepter le rôle de Scarlett O’Hara dans « Autant en emporte le vent », elle aurait été magnifique dans l’incendie d’Atlanta, fière et incandescente.

Arrivé au Jardin du Luxembourg, il dépose la preuve de son infidélité (comme dirait Madeleine) sur un banc et poursuit son programme : coup de fil, puis librairie-alibi, avec le 82,  il sera rentré pour midi. Le papier est tout chiffonné sur le banc, encore un peu humide et salé des souvenirs de Jules. Le vent qui souffle en ce début octobre sèche les larmes que l’octogénaire a laissé sur le journal. Celui-ci reprend peu à peu une forme habituelle, jusqu’au moment où Michelle, 60 ans, le récupère… Elle parcourt l’horoscope, ne peut lire l’encart spécial tout détrempé puis séché, l’encre a coulé en larges trainées…elle est en retard pour préparer la soupe de maman Simone, 81 ans depuis peu…vite vite… Que pourrait-elle faire pour lui faire plaisir ? elle passe par le marché, choisit une tendre volaille et demande au maraîcher d’envelopper quelques bettes dans le journal où l’encre a délavé les yeux de la belle amie de Jules. Elle n’a pas reconnu l’ancienne star, son repas est en retard… Si vous croyez qu’elle a le temps de lire avec Maman qui l’attend…Elle ne saura donc pas que les blettes sont enveloppées dans leur presque homonyme, Bette Davis.

 

 

La consigne est ici 

Filigrane nous propose ce mois ci de rallonger ce texte


    Un monsieur prend l’autobus après avoir acheté le journal 
et l’avoir mis sous son bras. Une demi-heure plus tard, 
il descend avec le même journal sous le bras. 

Mais ce n’est plus le même journal,
c’est maintenant un tas de feuilles imprimées 
que ce monsieur abandonne sur un banc de la place.

A peine est-il seul sur le banc que le tas de feuilles imprimées 
redevient un journal, jusqu’à ce qu’une vieille femme le trouve, 
le lise et le repose, transformé en un tas de feuilles imprimées.
 
Elle se ravise et l’emporte et, chemin faisant,
 elle s’en sert pour envelopper un demi-kilo de blettes, 
ce à quoi servent tous les journaux 
après avoir subi ces excitantes métamorphoses. 
.
Julio Cortázar
« Cronopes et fameux »

Epices au café Verlaine

J’avais donné rendez-vous à Lharissa au café Verlaine à Coupiac. Elle aurait sans nul doute accepté de me rencontrer ailleurs mais elle donnait ce jour-là un concert et j’éprouvais un besoin urgent de la voir, de l’entendre, de la sentir.

Le bistrotier leur prêtait la salle, ravi de voir son café à l’ombre de la citadelle se remplir à nouveau de rythme entrainant ; il répétait depuis le matin en boucle : « de la musique avant toute chose et pour cela préfère l’impair »

Le concert était expérimental, le groupe de Lharrissa avait voulu faire une analogie avec le Pianocktail de Vian mais au lieu d’alcools ils avaient choisi des instruments mixant chacun des épices. Lharissa, piquante liane aux cils sombres et peau cannelle,  naviguait en chaloupant entre les musiciens de son quatuorze : Gillou avec son accordéonze, Jamel D. avec son didgerodooze, et Charles XV avec son vilebrequinze…je ne connaissais pas les autres membres du groupe qui allaient et venaient en fonction de leurs disponibilités.

Assise telle Blanche-Neige au milieu de ses nains, Lharissa cala son djembé entre ses jambes longilignes et commença à tapoter sur son instrument. Là, il me faut faire une pause, pour expliquer, à mon attentif public ce qu’est un Djembé. Pour cela je nommerai mon ami Caetano (appelé ainsi en hommage au Veloso du même prénom) qui du haut de ses trois ans m’avait dit – fronçant les sourcils sur le fait que les adultes ne connaissent rien à rien – un djembé c’est un petit atabaque, et un atabaque qu’est-ce que c’est ? avais-je dit, curieux !  C’est un grand djembé sourcils refroncés – fin de la parenthèse.

La forme évasée du fût du djembé viendrait de celle du mortier à piler le grain, par conséquent le djembépices de Lharrissa représentait un retour aux sources à la culture africaine, mêlant métisses et épices, je ne pouvais rêver meilleur mélange.

Les tuyaux que Lharissa avait greffé sur son djembé était aussi discrets que peuvent l’être cinq tuyaux de diamètre 7 mm: elle m’avait dit : des tuyaux de 7 pour un cinq épices, c’est le rapport idéal : 7 comme les sept notes  de musique, les couleurs de l’arc en ciel, les jours de la semaine et les merveilles du monde….., je buvais, il faut le dire ses paroles. J’étais le modeste ingénieur qui avait installé un moulin à café dans le djembé qui recrachait par le devant une mixture écrasée du plus beau vert, musiques saccadées et  parfums enivrants.

Le morceau qu’elle jouait n’aurait pas déplu à Verlaine et Rimbaud pour leurs belles couleurs vert, camaïeu qui pouvait s’harmoniser avec un verre d’absinthe : l’échalote (la verte pas la violette), le curry vert thaï, l’anis, le matcha, la cardamome…

De ce concert je me rappelerai longtemps, gardant sur les lèvres le doux baiser de Lharissa qui me dirait plus tard « souviens toi du cinq à sept avec Lharissa au café Musique-Verlaine de Coupiac – Aveyron »

.

Participation en canon aux agendas ironiques de septembre chez Frog  et octobre chez Carnets  

 

 

 

Ps : si j’y arrive un jour, quatuorze aura sa définition dans le dico des orpherimes (ce sera le clou de girofle de ce beau dico)

 

 

Décibelge : Dictionnaire des orpherimes

Décibelge : n.m et n.f d’origine belge

Sens propre : un décibelge est une unité de mesure belge mesurant un bruit désagréable.

Sens figuré : une décibelge est une figure de style dans les BD outre-quiévrain pour désigner une onomatopée particulièrement bruyante.

Rime avec : Belge  – Tour de babelge – ribambelge

* *

Et tous les visages se tournaient vers l’hôtel de l’Amiral tandis que maints passants pressaient le pas.

Il y avait certes quelque chose de mort dans la ville. Mais n’en était-il pas ainsi tous les dimanches matin? La sonnerie du téléphone résonna à nouveau. On entendit Emma qui répondait :

« Je ne sais pas, monsieur… Je ne suis pas au courant… Voulez-vous que j’appelle le commissaire?… Allô!… Allô!… On a coupé…

– Qu’est-ce que c’est? grogna Maigret, réveillé par les 1000 décibelges du téléphone.

Georges Simenon – Le chien jaune

* *

À quelques secondes du coup d’envoi, dans l’ambiance électrique des tribunes du stade de Saitama, tandis que les joueurs étaient déjà en place et que la rencontre allait commencer, le stade fut soudain survolé à basse altitude par quatre avions de chasse sidérants qui frôlèrent les toits et disparurent dans un vacarme tonitruant en laissant dans leur sillage d’inquiétants lambeaux de fumée et de sinistres réminiscences de guerre, de violence et d’attentats. Mais, à part ces décibelges militaristes, la soirée fut des plus douces. Le coup d’envoi du match fut donné, et lorsque, telle une délivrance inattendue, la Belgique ouvrit le score sur un spectaculaire retourné acrobatique de Wilmots, je bondis de mon siège, les bras au ciel, tournant sur moi-même et sautillant dans les gradins, ne sachant où aller, avec qui fêter l’événement, avant d’apercevoir un autre Belge tout aussi isolé que moi dans les tribunes.

Jean Philippe Toussaint – Football

* *

Pour parvenir à écrire ce chapitre sur les décibelges, je dois avouer avoir emprunté le casque de chantier de mon cher et tendre. Je l’avoue : je suis fragile des oreilles, mais je n’ai reculé devant aucun sacrifice pour la littérature. La preuve en image :

Patience Steinbock – Dictionnaires des ribambelges et autres figures de styles – Patience Steinbock – 2017

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Dictionnaire des orpherimes : On soulevait ici l’autre jour, et ici précédemment, la grave question des mots sans rime, belge, bulbe, camphre, clephte, dogme, goinfre, humble, meurtre, monstre, muscle, pauvre, quatorze, quinze, sanve, sarcle, sépulcre, simple, tertre et verste. Ce petit dictionnaire donnera chaque jour la définition d’un des mots nouveaux proposés, puisqu’il est bon que chaque mot ait un sens afin que chacun comprenne en l’entendant la même chose que ce qu’à voulu dire son interlocuteur. Quant aux citations, s’agissant d’illustrer des néologismes, le lecteur comprendra qu’il a été nécessaire d’améliorer nos sources. * à suivre, avec l’aide des collaborateurs bénévolontaires.

Vilebrequinze – Dictionnaire des orpherimes

Vilebrequinze : n.m rare, néologime de 1897

Sens 1 : Le vilebrequinze est un élément d’un moteur à 15 temps, qui permet par l’intermédiaire d’une bielge, la transformation du mouvement linéaire rectiligne du pistonze en un mouvement de rotation, et inversement.

Sens 2 : instrument de musique à 15 cordes

Rime avec :  quinze, cinze, requinze

* *

Christine avançait lentement, cahotant de-ci de-là comme une vieille ivrognesse montant péniblement une côte. La neige tombait de plus belle, inclinée par le vent.

Un des phares démolis par l’assaut clignota et se ralluma.

Un des pneus crevés se mit à se regonfler, puis ce fut le tour de l’autre.

La fumée diminua.

Le bruit irrégulier du moteur retrouva un rythme normal. Quinze tics, quinze tacs, une pause asthmatique entre chaque grincement.

Et le capot arraché réapparut peu à peu, comme une écharpe tricotée par des aiguilles invisibles ; le métal sortait de nulle part, partant de sous le pare-brise et allant vers l’avant.

Le pare-brise redevint parfaitement lisse.

Toutes les lampes se rallumèrent l’une après l’autre ; Christine avançait maintenant sans la moindre difficulté dans la tempête. L’indicateur de kilomètres reculait toujours…

Quarante-cinq minutes plus tard, Christine reposait dans l’obscurité du garage de feu Will Darnell, dans le box vingt. Le vent hurlait dehors, mais son moteur se refroidissait lentement, avec des petits claquements essouflés de son vilebrequinze infatigable.

Christine – Stephen King

* *

L’Amour se mesure sur la Jauge Vingt – plus exactement, la pression d’amour (PA) dans les alentours. Il est normal que la jauge indique un résultat entre dix et vingt pour cent. Mais si elle descend en dessous de quatre pour cent, alors vous avez peut-être un problème – la Volkswagen peut devenir triste, ralentir ou même s’arrêter complètement. Si ça arrive, il vous faut immédiatement trouver / écrire une histoire capable de le convaincre qu’il reste plus d’amour, d’attention, ou de compassion dans les alentours qu’il ne le pense. En cinq mots « alimenter le vilebrequinze ou périr »

Comment élever son Volkswagen – Christopher Boucher

 

* *

Le livre sur lequel Libero Parri et son fils Ultimo apprirent comment étaient faites les automobiles était en français (Mécanique de l’automobile*, Editions Chevalier). Ce qui explique que, pendant les premières années, quand vraiment ils ne s’en sortaient pas, couchés sous une Clément Bayard 4 cylindres ou penchés sur l’intérieur d’une Fiat 24 chevaux, Libero Parri ait eu coutume de sortir de l’impasse en disant à son fils :

– Appelle ta mère.

Florence arrivait les bras chargés de linge, ou la poêle à la main. Ce livre, elle l’avait traduit mot après mot, et elle se le rappelait par cœur : cartreize, pistonze, rotorze, vilbrequinze. Elle se faisait raconter le problème, sans accorder le moindre regard à l’automobile, remontait mentalement à la bonne page et délivrait son diagnostic. Puis elle faisait demi-tour et rapportait le linge à la maison. Ou la poêle.

Cette histoire là – Alessandro Barrico 

=

Dictionnaire des orpherimes : On soulevait ici l’autre jour, et ici précédemment, la grave question des mots sans rime, belge, bulbe, camphre, clephte, dogme, goinfre, humble, meurtre, monstre, muscle, pauvre, quatorze, quinze, sanve, sarcle, sépulcre, simple, tertre et verste. Ce petit dictionnaire donnera chaque jour la définition d’un des mots nouveaux proposés, puisqu’il est bon que chaque mot ait un sens afin que chacun comprenne en l’entendant la même chose que ce qu’à voulu dire son interlocuteur. Quant aux citations, s’agissant d’illustrer des néologismes, le lecteur comprendra qu’il a été nécessaire d’améliorer nos sources. * à suivre, avec l’aide des collaborateurs bénévolontaires.

Hippocamphre : dictionnaire des orpherimes

Hippocamphre

Sens 1 : Petit animal marin de la famille des hippocampes qui a comme particularité de rejeter une substance blanchâtre qui ressemble à du camphre.

Sens 2 : souvenir de vacances en forme d’hippocampe et fabriqué en camphre

Rime avec camphre- aide de camphre, bullamphre

* *

Notre famille, je dois le dire, grands-parents en tête, gambillait sur le plage, au complet, comme si nous n’avions jamais connu d’autres vocation. N’eût été l’obstination du grand-oncle N’ba N’ga, tout contact avec le monde aquatique aurait été perdu depuis longtemps..

Oui, nous avions un grand-oncle poisson… Quelque fut la saison, il suffisait de s’avancer sur les couches de végétation les plus molles et là dessous, à quelque pieds du bord, nous voyions la colonne montante de petites bulles qu’il dégageait en soufflant en dessous de la traîne opaque des hippocamphres.

Italo Calvino –  Cosmicomics 

* *

La maman des poissons elle est bien gentille

S’ils veulent prendre un petit verre

Elle les approuve des deux ouïes

Leur montrant comment sans ennuis

On les décroch’ de leur patère

La maman des poissons

Elle a l’oeil tout rond

On ne la voit jamais froncer les sourcils

Les petits l’aiment bien, l’hippocamphre

Itou, il sert de nounou et d’aide de camphre

Bobby Lapointe – La maman des poissons

* *

Sur la table du salon

Qui brille comme un soulier

Y’a un joli napperon

Et une huître cendrier

Y’a des fruits en plastique

Vachement bien imités

Dans une coupe en cristal

Vachement bien ébréchée

Sur le mur, dans l’entrée

Y’a les cornes de chamois

Pour accrocher les clés

D’la cave où on va pas

Les statuettes africaines

Côtoient sur l’étagère

Hippocamphres en simili-verre

Saloperies vénitiennes

Renaud – la mère à titi

 

 

Dictionnaire des orpherimes : On soulevait ici l’autre jour, et ici précédemment, la grave question des mots sans rime, belge, bulbe, camphre, clephte, dogme, goinfre, humble, meurtre, monstre, muscle, pauvre, quatorze, quinze, sanve, sarcle, sépulcre, simple, tertre et verste. Ce petit dictionnaire donnera chaque jour la définition d’un des mots nouveaux proposés, puisqu’il est bon que chaque mot ait un sens afin que chacun comprenne en l’entendant la même chose que ce qu’à voulu dire son interlocuteur. Quant aux citations, s’agissant d’illustrer des néologismes, le lecteur comprendra qu’il a été nécessaire d’améliorer nos sources. * à suivre, avec l’aide des collaborateurs bénévolontaires.