L’exil d’Hortense – Jacques Roubaud

HORTENSE

Par amour pour son Prince, Hortense a accepté de s’exiler en Poldévie, futur royaume de son amoureux. Celui-ci, fort préoccupé par les affaires de son pays, la délaisse un peu, et Hortense fait l’apprentissage de la solitude. On y retrouve d’anciens amis des deux précédents tomes, Carlotta et Laurie. Et surtout on fait connaissance avec ce beau pays qu’est la Poldévie. J’irais bien habiter dans la capitale Queneautown (rue Boris Vian) ou alors au col du Faiwmurr qui emmène vers la Poldodamie. Cependant je trouve le climat un peu rude :  » De longues périodes de pluie seront interrompues par de courtes mais violentes averses »
Vous aurez compris que dans ce pays imaginaire, on peut croiser jeux de mots et clins d’oeil à la pelle. De nombreuses aventures plus tard, Hortense réfléchira sur la Fidélité, la Jalousie, l’Amitié avec l’esprit philosophique qu’on lui connait. Je dois dire qu’étant peu fan de Shakespeare, de nombreuses allusions ont du me passer à des kilomètres. Sachez seulement qu’un chat Hotello et qu’une chatte Ophélie viendront à la rescousse de la demoiselle en détresse.
Je retiens aussi pour un exil futur qu’il n’y a pas de voitures en Poldévie mais des calèches tirées par de robustes poneys montagnards. L’emblème de ce beau pays est l’Escargot.

En conclusion de cette trilogie : très plaisante (surtout le premier tome)

Un extrait :
La Poldadamie, aussi ancienne et montagnarde que sa voisine et rivale, la Poldévie, lui a longtemps disputé et lui dispute encore la première place dans ces contrées que l’histoire et la géographie « pour une fois unies dans leurs efforts » leur ont allouées sur notre globe. Le récit des rapports complexes et mouvementés de ces deux peuples occuperait (et occupe , dans l’Encyclopaedia Poldevica, à laquelle nous renvoyons le lecteur) de nombreux volumes, et nous nous limiterons ici à quelques maigres quoique incontournables données.
Selon l’étymologie populaire que l’on ne doit pas entièrement négliger (car qui sait la part de vérité enfouie dans ses proférations) […]: « Poldévie » comme « Poldadamie » proviennent par différenciation sexuelle de « Polhumanité », qui n’est en fait qu’une variation de « PolPol », le suffixe Pol, en poldève commun archaïque (pré-indo-européen, proche du Polis grec : la « cité » ; le propre de l’homme est de vivre en cités ») , désignait « l’homme » ou plus exactement « ce qu’il y a d’humain dans l’homme » (c’est le même suffixe qui se retrouve dans l »opposition que fait la critique poldève entre l’art commercial et l’art véritable, le « Pol-art »). Il y aurait donc eu à distinguer dans la Polpolie originelle ce qui était Pol d’Eve de ce qui était Pol d’Adam, et les deux peuples en auraient été issus. Le poldève moderne, l’homme [ou femme] de la rue, a conservé d’ailleurs ce dicton significatif : « Je ne le connais ni poldève, ni poldadam ».

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Et aussi Challenge Lieux Imaginaires chez Coralie

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L’enlèvement d’Hortense – Jacques Roubaud

HORTENSE

A la fin du premier tome, le Lecteur apprenait qu’Hortense se mariait. Nous la retrouvons donc , jeune épouse malheureuse, son gentil Narrateur du premier tome se révélant être un Jaloux.
Après un premier chapitre modèle du genre en suspense et tension qui monte (un meurtre est commis ! la victime connait son meurtrier mais le Lecteur ignore qui est la Victime et qui est le Meurtrier), Jacques Roubaud nous entraîne dans la suite des aventures d’Hortense et de son prince Poldève, ancien et peut être futur amant. Le dernier chapitre est également un modèle du genre, clins d’oeil nombreux à Agatha Christie, je dois dire que même avec les indices je n’avais pas trouvé le meurtrier !
Jacques Roubaud s’amuse à convoquer tous les ressorts du roman policier : les jumeaux et les clones, l’inspecteur très futé et son adjoint qui le met en valeur, l’amoooouuur, un enlèvement burlesque et une évasion totalement improbable grâce à une super-héroïne, un dénouement mathématique par A+B.

En conclusion : toujours intéressant mais moins surprenant que le premier tome. Pour les amateurs de policier, je précise que ce roman n’est pas un roman policier mais plutôt une parodie….

 

un extrait :

Qu’est ce que la Beeranalyse? Examinons le composition et étymologie du mot. Beer vient de l’anglais ; c’est un mot anglais qui veut dire « bière » . Il vient de l’allemand Bier (en français « Bière »). Analyse contient ana, comme dans « Anna ». Enfin il y a lyse, qui sert à terminer le mot harmonieusement. Beer+Anna+Lyse donne Beeranalyse.
La Beeranalyse vient après de nombreuses autres x-analyses, dont elle est le couronnement ; il y a d’abord la patanalyse, d’Alfred Jarry ; il y a eu la psychanalyse avec ses diverses branches anciennes ou récentes comme la S’aimeanalyse de Julio Bouddheveau. Et le père Sinouls, enfin, a inventé, la Beeranalyse.
Cela se passe comme ça : le patient, ou la patiente, entre dans le cabinet de consultation du père Sinouls. Il y a un bureau, un fauteuil devant le bureau, une lampe et des papiers sur le bureau. Il y a un divan. Jusque là, rien de bien nouveau. Mais attention : dans la plupart des analyse classiques, le patient s’allonge sur le divan et parle. L’analyste est assis à son bureau et lit son courrier. Le père Sinouls avait opéré une coupure épistémologique d’une importance décisive, qui sera désormais incontournable..
C’est lui qui s’allongeait sur le divan avec sa bière. Le/la Beeranalysé/Beeranalysée s’asseyait au bureau et parlait.

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La belle Hortense – Jacques Roubaud

HORTENSE

Dans ce premier tome, Jacques Roubaud nous fait découvrir le quartier de Sainte Gudule dans la Ville. Arpenter ce quartier et connaître ses habitants est un vrai plaisir: Il y a Eusèbe l’épicier qui épie les touristes, la boulangère, tendre comme une brioche, Hortense et ses amours, un antiquaire au nom prédestiné (Mr Nanderthal), un policier (car il y a dans ce livre une simili-enquête), un journaliste pour aider l’inspecteur (amoureux d’Hortense – le journaliste pas l’inspecteur), un mystérieux prince Poldève (amoureux d’Hortense), une petite fille observatrice, un chat Alexandre Vladimirovitch (peut être lui-même l’incarnation d’un prince poldève), l’aide de l’inspecteur, Mr Arapède (j’adore ce nom : je savais déjà par ma grand mère ce qu’était un arapède et vous ?) …

La Poldévie est au centre de ce roman. Pour en savoir plus sur la Poldévie, c’est ici (et très instructif)

En bref, Jacques Roubaud convoque une foule de personnages qui prennent tour à tour la parole pour parler de tout et de rien ou aussi du fameux criminel « la Terreur des quincailleries » (je rassure les éventuels lecteurs de ce billet, pas de crime sanglant). Jacques Roubaud balade ses lecteurs et lectrices à grands coup de digressions, de parenthèses, de listes, d’entre-chapitres et j’en passe. La séduction d’Hortense par ….(je ne vous dirais pas qui) est un pur bonheur….

J’ai adoré la forme plus que l’histoire en elle-même puisque même le Lecteur apparaît et apostrophe l’Auteur qui le renvoie dans ses buts (ainsi que l’Editeur, le Commercial, le Correcteur….).

Jacques Roubaud fait partie de l’Oulipo (avec Queneau, Pérec…) et c’est en soi toute une aventure, même si je pense n’avoir pas vu tous les jeux de mots, clins d’oeil….Un rapide tour sur le net m’a appris que je n’avais pas vu que le nom du journaliste Mornacier était l’anagramme de Romancier….Les références à Queneau et « Pierrot mon ami » sont nombreuses (et m’ont donné envie de lire ce livre)

En conclusion : un premier tome plus qu’intrigant, je file lire la suite où d’après la quatrième de couv un poney poldève ferait son apparition en Guest star…

Un extrait :

Les six princes Poldèves, bien que partisans résolus de la modernisation de la Poldévie, n’en oublièrent pas pour autant le passé. Les abondantes royalties qu’ils percevaient leur permirent de financer aisément le transport, pierre par pierre et salade à salade simultanément, de la chapelle dédiée au malheureux prince Luigi Voudzoï et du potager y afférent dont l’entretien fut confié à un maraîcher de Saint Mouëzy-sur-Eon.
Le soleil émergeait lentement des brumes matinales et éclairait le carré de sombres, prospères et tendres à la fois laitues, marquant l’emplacement symbolique de la fatale chute de cheval qui avait autrefois abrégé la vie de l’infortuné Luigi. Une délicieuse et passéiste odeur de crottin de cheval montait de l’humus fraîchement retourné, légèrement exotique toutefois, les salades du potager, en effet, étaient nourries du crottin de petits poneys montagnards poldèves, amenés à grands frais hebdomadairement et par avion.

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Le tunnel – Ernesto Sabato

LE TUNNEL

Juan Pablo Castel a tué Maria Iribarne, la femme qu’il aimait passionnément. Du fonds de sa prison, il raconte leur rencontre dans la galerie où il expose. Il relate ensuite sa quête pour retrouver cette femme mystérieuse qui s’est intéressée non pas à sa peinture dans sa globalité mais à un détail infime de la dite peinture.
Dans un livre très court (140 pages), Ernesto Sabato  dévoile la psychologie de Juan Pablo et on suit le cheminement (la folie?) de la pensée du peintre. Car Juan Pablo est fou, à n’en pas douter. Il s’imagine des scénarios, ce qu’il dirait si son amour disait ceci ou cela, il tire des conclusions abracadabrantes mais toujours avec une logique imparable (pour lui). D’une situation anecdotique, Maria ferme la porte de la pièce où elle se trouve pour lui parler au téléphone, il bâtit toute une histoire d’infidélité, voire de prostitution un peu plus tard. De syllogisme douteux en interprétation alambiquée mais auxquels il croit passionnément il se fait (et nous donne) une image totalement floue et mystérieuse de Maria.

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Maria et la prostituée ont eu une expression semblable ; la prostituée simulait le plaisir ; Maria simulait donc le plaisir ; Maria est une prostituée.

Juan Pablo est un être égocentrique, antipathique , il déteste ses contemporains, se croit supérieur, mais au bout du compte on éprouve tout de même de la pitié pour ce créateur incapable de vivre une aventure « normale » : il faut qu’il se torture et torture les êtres qu’il aime.

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Je retournai chez moi avec la sensation d’une solitude absolue. Généralement, cette sensation d’être seul au monde s’accompagne d’un orgueilleux sentiment de supériorité : je méprise les hommes, je les vois sales, laids, incapables, avides, grossiers, mesquins. Ma solitude ne m’effraie pas, elle est pour ainsi dire olympienne.

Leur passion est destructrice, même si Maria sait dès le début que cela va la détruire, elle n’arrive pas à sortir des griffes de ce redoutable amant, cruel et manipulateur.

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Enfin le passage qui « explique » le titre

En tout cas il n’y avait jamais qu’un tunnel, obscur et solitaire : le mien, le tunnel où j’avais passé mon enfance, ma jeunesse, toute ma vie. Et dans un de ces passages transparents du mur de pierre j’avais vu cette jeune femme et j’avais cru naïvement qu’elle avançait dans une autre tunnel parallèle au mien, alors qu’en réalité elle appartenait au vaste monde, au monde sans limites de ceux qui ne vivent pas dans des tunnels.

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Première participation pour le mois Argentin organisé par Denis du blog Bonheur de lire avec cet excellent roman que je recommande fortement.

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Le tunnel est le premier volet d’une trilogie qui se poursuit avec « Héros et tombes » et « l’ange des ténèbres ».

et première participation aussi au challenge Amérique Latine d’Eimelle

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et Challenge Tour du monde en 8 ans  chez Helran 

challenge tour-monde-8-ANS

Paul Auster – Le voyage d’Anna Blume

le voyage d anna blume

Dystopie. Dans un futur proche (mais non daté), Anna Blume quitte son pays pour se rendre dans un autre pays (aucun des deux n’est nommé dans le livre). Son frère journaliste a disparu alors qu’il menait une enquête. Elle raconte son arrivée dans ce monde post-apocalyptique où survivre est un combat de tous les instants.

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On se dit que tôt ou tard tout cela devait prendre fin. Les choses tombent en morceaux et s’évanouissent alors que rien de neuf n’est créé. Les gens meurent et les bébés refusent de naître. Durant toutes les années que j’ai passées ici, je ne peux me rappeler avoir vu un seul nouveau-né. Et pourtant il y a toujours de nouveaux arrivants pour remplacer les disparus. Ils affluent des campagnes et des villes de la périphérie, tirant des chariots où s’empilent en hauteur toutes leurs possessions, ou encore dans des voitures délabrées qui passent en pétaradant, et ils sont tous affamés, tous sans abris.

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Un livre très sombre avec quelques lueurs d’espoir et l’écriture envoutante de Paul Auster. Tout et très habilement construit : son arrivée dans cette ville où c’est la loi du plus fort qui prime, où il n’y a plus de société, plus de solidarité. Un gouvernement fantôme organise la « levée des corps » décédés pendant la nuit pour éviter les épidémies, ce même gouvernement vend des licences aux gens pour ramasser les ordures et trouver des objets à recycler et c’est à peu près tout ce que fait ce gouvernement.
Anna cherche son frère et un autre journaliste. Elle erre dans les rues, trouve un travail de « chasseur d’objets » ou elle arpente les rues avec un caddie accroché par une corde à sa taille pour qu’on ne le lui vole pas.

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Néanmoins c’est l’activité que j’ai tentée – la chasse aux objets. J’ai eu la chance de commencer avant que mes fonds ne soient épuisés. Même après avoir acheté le permis (dix-sept glots), le chariot (soixante-dix glots), une laisse et une nouvelle paire de chaussures (cinq glots et soixante et onze glots), il me restait encore plus de deux cents glots. C’était une bonne chose, car j’avais ainsi droit à une certaine marge d’erreur, et à ce moment là j’avais besoin de tout ce qui pouvait m’aider. Tôt ou tard ce serait périr ou nager, mais j’avais alors quelque chose à quoi me raccrocher : un morceau de bois flottant, un bout d’épave pour soutenir mon poids.

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Dans ce monde où le suicide est monnaie courante, Anna ne baisse pas les bras, rencontre quelques personnes qui lui permettent de garder espoir. Elle se rappelle aussi le temps heureux de son enfance et consigne son histoire dans un cahier (une longue lettre à un destinateur inconnu).

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Un dernier extrait (Anna a trouvé refuge dans la bibliothèque de la ville)

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De jour comme de nuit , il fallait des bougies quand on se rendait dans les rayons. Les livres étaient situés au coeur du bâtiment, et il n’y avait donc de fenêtres dans aucun des murs. Comme l’électricité était coupée depuis longtemps, nous n’avions d’autre solution que de transporter notre éclairage. A une époque, disait-on, il y avait eu plus d’un million de volumes dans la Bibliothèque nationale. Ce nombre avait été fortement réduit avant mon arrivée, mais il en restait encore des centaines de mille, et c’était une avalanche imprimée ahurissante. Il y avait des livres posés droit sur leur étagère tandis que d’autres jonchaient chaotiquement le plancher et que d’autres étaient encore amoncelés en tas désordonnés. Il y avait bien un règlement de la bibliothèque – et il était rigoureusement appliqué – qui interdisait de sortir les livres hors du bâtiment, mais un grand nombre d’entre eux avaient néanmoins été dérobés et vendus au marché noir. De toute façon, on pouvait se poser la question si la bibliothèque en était encore une. Le système de classement avait été complètement chamboulé , et, avec tant de volumes déplacés, il était virtuellement impossible de trouver un ouvrage qu’on aurait précisément recherché. Si on considère qu’il y avait sept étages de rayonnages, dire qu’un livre n’était pas à sa place revenait à déclarer qu’il avait cessé d’exister. Même s’il était physiquement présents dans ces locaux, le fait était que personne ne le retrouverait jamais. J’ai fait la chasse à un certain nombre de vieux registres municipaux que voulait Sam, mais la plupart de mes incursions dans ces locaux n’avaient d’autre but que de ramasser des livres au hasard. Je n’aimais pas beaucoup me trouver là, car je ne savais jamais sur qui je pouvais tomber et je devais respirer cette humidité froide avec son odeur de pourriture moisie. J’entassais autant d’ouvrages que je pouvais sous mes deux bras et je remontais dans notre chambre. Les livres nous ont servi à nous chauffer pendant cet hiver. En l’absence de tout autre combustible, nous les brûlions dans le poêle en font pour faire de la chaleur. Je sais que cela a l’air épouvantable, mais nous n’avions vraiment pas le choix. C’était soit cela, soit mourir de froid. L’ironie de la chose ne m’échappe pas – passer tous ces mois à travailler à un livre en même temps que nous brûlions des centaines d’autres ouvrages pour nous tenir chaud. Ce qu’il y a de curieux, c’est que je n’en ai jamais éprouvé de regret. Pour être franche, je crois que j’avais en fait du plaisir à jeter ces livres dans les flammes. Peut-être cela libérait-il quelque colère secrète en moi ; ou peut-être était-ce simplement une façon de reconnaître que ce qui leur arrivait n’avait pas d’importance. Le monde auquel ils avaient appartenu était révolu, et au moins ils étaient à présent utilisés à quelque chose.

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En conclusion : un roman sombre mais avec une mélodie indiscutable, je me suis attachée à Anna et ses amis.

Challenge « anticipation » organisée par Julie et « Mois américain » de Noctenbulechallengeanticipation

CHALLENGEmoisamericain

 Et le challenge lire sous la contrainte de Philippe où la contrainte est GN+GN (groupe nominal+ groupe nominal)

challenge-contrainte

 

A pied, à cheval et en fusée – Clifford Simak

CLIFFORDSIMAKCHEVAL

Il ne faut pas toujours se fier à la couverture d’un livre. Celui-ci par exemple est beaucoup mieux que la couverture ne le laisse paraître. Je l’ai trouvé dans une brocante et allez savoir pourquoi le titre m’a plu.
C’est l’histoire de Mike Ross, un aventurier découvreur de planètes. L’action se passe dans le futur (dans environ 20 siècles ;-)). Mike a été engagé par la mystérieuse Sara pour retrouver aux confins de l’univers un héros légendaire.

Un faux moine (Tuck comme dans Robin des bois ;-)) et Smith, un aveugle qui entend des voix, complètent cette folle expédition au départ de la Terre. Commence alors un périple à bord d’un vaisseau spatial puis la découverte d’une planète abandonnée et  étrange où des robots-chevaux-à-bascule, des Dadas, les accueillent. J’ai trouvé cette idée de chevaux-robots bien exploitée. J’ai beaucoup aimé aussi d’autres créatures de cette planète :  les étranges habitants d’arbres géants, un « poulpe » qui répond au doux surnom de « Hibou », des centaures qui jouent au polo avec la tête d’un robot en guise de balle.

Sous ces dehors d’aventurier avec gros bras et peu de cervelle, le héros Mike évolue et en devient attachant.

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En conclusion : sans être un chef d’oeuvre, j’ai passé un bon moment de lecture dans les transports en commun, j’ai ri plusieurs fois (et pas toujours au moment lors des scènes avec ces fameux Dadas) .

Du même auteur je vous recommande « Demain, les chiens » : je ferai un billet sur c livre  ….un jour…..

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Un petit extrait où on voit les Dadas pour la première fois (P 14)

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Je portai les jumelles mes yeux et les déplaçai lentement, jusqu’à ce qu’apparaisse la forme mouvante. Je ne vis tout d’abord qu’une tache qui avançait puis cela grossit lentement et se précisa. Des chevaux ? Il semblait proprement insensé qu’il pût y avoir des chevaux ici, et pourtant c’est bien ce que je croyais voir. Des chevaux blancs qui galopaient vers nous. Evidemment s’il y avait des chevaux ici , ils ne pouvaient être que blancs. Mais c’était de bien étranges chevaux et surtout ils avaient des jambes bien étranges. Ils ne couraient pas comme l’auraient fait des chevaux normaux, mais d’une manière incroyable, basculant d’avant en arrière.
Comme ils se rapprochaient, je pus les examiner plus en détail. C’étaient bien des chevaux. Ils en avaient parfaitement la forme, oreilles dressées, insolentes, naseaux luisants, crinières en l’air comme si le vent les soulevait, mais en fait absolument immobiles. On aurait dit des chevaux sauvages au galop qu’un artiste de quatre sous aurait dessinés pour un calendrier, figés à jamais dans l’attitude qu’il leur avait donnée. Et leurs jambes ? Je ne les voyais pas. En fait ils n’avaient pas de jambes, mais des bascules. Deux paires de bascule, une devant, une derrière, celle de devant plus étroite afin d’éviter qu’elle ne s’empêtre dans celle de derrière lorsqu’ils couraient, lançant d’abord la patte postérieure en avant, sur laquelle ils basculaient, tandis que la paire antérieure se soulevait puis à son tour touchait le sol et basculait.
Complètement ahuri, je rendis les jumelles à Sara.

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Challenge « anticipation » organisée par Julie et « Mois américain » de Noctenbulechallengeanticipation

CHALLENGEmoisamericain

et aussi Challenge totem de Liligalipette

challenge-totem

La quinzaine de l’imaginaire chez Aymeline

logo-15aine-imaginaire

et enfin Challenge organisé par Cécile  « Oh my couvertture » (une seule participation suffit 😉 où il faut trouver une couverture kitchissime 😉

challengecouverture

Barroco Tropical – José Eduardo Agualusa

barroco

Angola, de nos jours. Le narrateur, Bartolomeu, est journaliste. Un jour qu’il se promène en compagnie de sa maîtresse (en fait de promenade, celle-ci lui signale qu’elle veut rompre), les deux amants voit une femme leur tomber sous le nez – au sens propre car la femme tombe d’un avion. Il se trouve que Bartolomeu connaît cette femme et il se remémore leur unique rencontre.
Après ce démarrage sur les chapeaux de roues, l’auteur ralentit son rythme et dans un troisième chapitre nous présente pas moins de 15 personnages secondaires dont la ville de Luanda qu’il présente ainsi :

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Quand je suis né, Luanda utilisait encore en entier son beau nom chrétien sonore : Sao Paulo da Assunçao de Luanda. Vieille matrone mulâtre, elle était orgueilleuse de sa parenté avec des villes comme La Havane, Saint Louis en Casamance ou Sao Sebastiao do Rio de Janeiro. Ce furent d’ailleurs les Brésiliens qui lui portèrent secours quand, en 1641, les Hollandais profitèrent de la distraction ibérique pour occuper la Forteresse de Sao Miguel. J’ai vu ma ville devenir africaine. J’ai vu les fiers immeubles de la ville basse – que la bourgeoisie coloniale avait abandonnés quelques jours avant l’indépendance – être occupés pas les déshérités des bidonvilles. Je les ai vus (ces déshérités) élever des poules dans les garde-mangers, des chevreaux dans les chambres et allumer avec les bibliothèques abandonnées par les colons des feux au milieu des salons. J’ai vu plus tard ces mêmes déshérités quitter les appartements en ruine en échange de fortunes (quelque-uns) ou d’une demi-douzaine de centimes (d’autres), et être remplacés par la toute nouvelle bourgeoise urbaine, ou par des expatriés grassement payés. J’ai vu tomber le beau palais de Dona Ana Joaquina à coups de marteau, pour être remplacé par une réplique en mauvais béton, et j’ai pensé que c’était une métaphore des temps nouveaux – le vieux système colonial et esclavagiste remplacé par une réplique dérisoire dans le jargon néfaste de bidonvilles. Plus tard (trop tard), j’ai compris qu’il n’y avait aucune métaphore, juste une grande bâtisse qui s’effondrait.

N
Ce livre m’a fait une impression très forte: les personnages sont vivants et bien campés : le narrateur est tour est tour énigmatique, énervant, sensible et attachant. Sa maîtresse, la belle chanteuse, star internationale, est également mystérieuse et on ne comprend ses motivations de rupture qu’à la fin, lorsque celle-ci les expose dans son « élucidaire », terme qu’elle préfère à journal.

Je suis consciente de la lumière qui dort dans certains mots, de la nuit qui se cache dans d’autres. Il y a des métaphores qui explosent comme des grenades, des strophes capables de déclencher des éclairs sous nos yeux. Il m’est déjà arrivé de chanter les mêmes vers des centaines de fois sans les comprendre. Et soudain, sur une scène quelconque, Le Bozar à Bruxelles, Le Finlândi Hall à Helsinki, le Koninklijk Theater Carré à Amsterdam, sur une scène quelconque, cette même chanson prend feu et se révèle : elle s’ouvre comme une porte sur un monde dont je ne soupçonnais pas l’existence. Quand je me sens perdue, je m’assieds et j’écris. Quand je suis irrémédiablement perdue, je chante.
Je chante pour m’en sortir.
Qu’est ce que j’écris ? je consigne ce qui m’arrive, tentant de comprendre ce qui m’est arrivé. Je n’invente rien. Je n’ai pas besoin d’inventer quoi que ce soit. Je ne suis pas écrivain. Je pourrais appeler cela journal aveugle, car il ne comporte pas de dates. Je préfère l’appeler Elucidaire.

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Bartolomeu va ensuite mener l’enquête sur l’accident de la femme tombée de l’avion dans un Angola soumis à la corruption et où narguer le pouvoir en place a pour conséquence de se retrouver à l’hôpital psychiatrique chez le redoutable Tata Ambroise, enchaîné et privé de tout dignité.
De nombreuses histoires se croisent et s’entrecroisent : celle de la fillette-chien qui erre dans les bidonvilles, celle du père de Kianda, un ancien terroriste, celle de deux jumeaux qui a force d’opiniâtreté réalisent leur rêve de devenir stylistes, celle de Barbara Dulce la femme trompée de Bartolomeu, celle de Dalmatien (un chauffeur de taxi) et de Mickey (un autre homme) , je vous laisse découvrir la raison de leur surnom.
Ce livre fait la part belle à la musique (Barroco Tropical du titre est une chanson de Kianda) : musique Africaine mais aussi portugaise et brésilienne

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Une fois n’est pas coutume je vous met la quatrième de couverture qui intrigue sans en dire trop sur l’histoire :

Une femme tombe du ciel et s’écrase sur la route devant Bartolomeu au moment où éclate une tempête tropicale et où sa maîtresse lui annonce qu’elle le quitte. Il décide de percer ce mystère alors que tout change autour de lui, il découvre que la morte, mannequin et ex-miss, avait fréquenté le lit d’hommes politiques et d’entrepreneurs, devenant ainsi gênante pour certains, et il comprend qu’il sera la prochaine victime.

Il croise les chemins d’une chanteuse à succès, d’un trafiquant d’armes ambassadeur auprès du Vatican, d’un guérisseur ambitieux, d’un ex-démineur aveugle, d’un dandy nain, d’une prêtresse du candomblé adepte du mariage, d’un jeune peintre autiste, d’un ange noir ou de son ombre. Il explore la ville de Luanda en 2020, métaphore de la société angolaise où les traditions ancestrales cohabitent difficilement avec une modernité mal assimilée. Il s’enfonce dans la Termitière, gratte-ciel inachevé mais déjà en ruine où les riches vivent dans les étages tandis que les pauvres et les truands occupent les sous-sols. Il nous montre une ville en convulsion où l’insolite est toujours présent et intimement mêlé au prosaïque et au quotidien, où la réalité tend à être beaucoup plus invraisemblable que la fiction.
Dans une prose magnifique cet amoureux des mots définit son pays comme une culture de l’excès, que ce soit dans la façon de s’amuser ou dans la façon de manifester ses sentiments ou sa souffrance.

Un livre que je recommande fortement puisque l’histoire est intéressante d’un côté et que le contexte est également captivant. Des réflexions sur la démocratie, l’esclavage , la place de la langue et des dialectes comme dans ce dernier extrait :

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Dalmatien l’a regardé , atterré :
– Vous êtes en train de dire que l’esclavage a été une bonne chose?
– Réduire quelqu’un en esclavage est une chose abominable. La traite négrière a enrichi certaines familles africaines, sans parler des européens, évidemment mais elle a ruiné le continent. Ce que je suis en train de dire c’est que quelquefois les mauvaises actions produisent de bons résultats. En tout cas il me semble plus facile de défendre l’esclavage que la sorcellerie ou le tribalisme.

– Je ne suis pas d’accord. Ce que vous appelez tribalisme, général, je l’appellerais nationalisme ethnique. Le fait qu’un Bacongo soit orgueilleux de son lignage et veuille ce qu’il y a de mieux pour son peuple n’a rien de négatif au contraire. Pourquoi les Flamands, les Catalans et les Basques pourraient pratiquer le tribalisme et pas les Bacongos ?
Benigno dos Anjos Negreiros ne s’attendait pas à cette résistance de la part du chauffeur de taxi. Il a hésité un instant. Puis il a souri, content. Mon beau-père n’apprécie peut être pas la démocratie, mais il apprécie un bon débat :
– Je suis un patriote. J’ai lutté dans les forêts de ce pays contre les troupes portugaises. A l’époque notre slogan était « un seul peuple, une seule nation ».
–  Je préfère l’unité dans la diversité. Un grand nombre de nations, une seule patrie, a rétorqué Dalmatien. La plupart des pays du monde sont composés de plusieurs nations. Le combat contre la diversité est le propre d’une pensée totalitaire. Vous vouliez l’indépendance, c’est vrai mais à condition que l’Angola conserve le modèle colonial.
–  Le modèle colonial ?
– Dalmatien a raison, suis-je intervenu, amusé. Les nationalistes urbains, éduqués dans la métropole et très souvent fils ou petits-fils de Portugais, ne connaissaient que le modèle colonial, et après avoir pris le pouvoir ils ont essayé de l’imposer. Un seul peuple, une seule nation. Ce qui veut dire, d’après vos camarades, que pour construire un pays il faut détruire les identités ethniques. De la pure idéologie coloniale. Voyez ce qui s’est passé avec la langue portugaise. Avant l’indépendance, moins de cinq pour cent des Angolais parlaient le portugais comme langue maternelle. Aujourd’hui , nos jeunes ne parlent plus que le portugais.

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Livre lu dans le cadre du Challenge le tour du monde pour l’Angola

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L’Angola est une ancienne colonie portugaise indépendante depuis 1975 et qui est sortie d’une guerre civile sanglante en 2002.

Comme la grenouille sur son nénuphar – Tom Robbins

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Dans ce roman, Tom Robins nous interpelle, nous bouscule, nous mène en bateau dans trois jours échevelés. Le choix du mode de narration y est pour beaucoup car il utilise, chose assez rare dans les romans, la seconde personne du singulier. Alors si tu es une jeune femme de trente ans, forcément cela te parle. Pour ma part j’ai douze ans de plus 😉 mais je suis restée très jeune et cela m’a parlé aussi.

La rencontre improbable entre Gwendolyn (une jeune trader de trente ans, c’est à elle que s’adresse Tom Robbins en disant « tu » donc ce TU c’est Toi, tu me suis ?)  et de Larry Diamond, ex-trader, exilé à Tombouctou. Gwendolyn est désespérée. La Bourse où elle travaille a plongé (comme toutes les bourses du monde). Et elle se retrouve en ce début de long weekend de Pâques, seule à se ronger les sangs …pour son avenir, les traites de son appartement  ….et il faut bien le dire pour les moyens plus que limites qu’elle a utilisé pour essayer de faire fructifier le capital des clients de sa boîte. Alors quand Larry débarque de sa vie, il a l’attrait de la nouveauté  (Il vient de Tombouctou) et surtout il connait plein de ficelles pour les « placements boursiers».

L’action se passe après 1987 et son célèbre Krach. Je dirais au début des années 90 car on ne croise pas de téléphone portables ni Internet.  Gwendoline a donc beaucoup de choses à faire en ce long weekend (sauver sa peau) mais aussi partir à la recherche de sa meilleure amie et voisine, Q-JO  qui a disparu (justement la dernière personne à l’avoir vue est le fameux Larry) et elle doit retrouver le singe régénéré (oui, oui , tu as bien lu, O toi lecteur, il s’agit d’un singe régénéré qui a rencontré Dieu, à moins que ce ne soit l’inverse- passage hilarant p 86 et 87 qui explique ce qu’est un singe régénéré).

Tu auras compris, O toi lecteur, que ce livre est déjanté, mais pose quand même de bonnes questions : qui suis-je, où vais-je ? Quel est le sens de ta vie ? pourquoi passer sa vie à travailler pour gagner toujours plus ?  Pourquoi le monde marche-t-il sur la tête ? La vie n’est-elle pas ailleurs ? Pourquoi les grenouilles disparaissent elle ? Y a-t-il un  remède au cancer ? Pourquoi la glace à la banane est-elle la meilleure ?

Pour savoir le pourquoi du comment du titre, je te conseille, O toi qui t’es égaré dans ce blog, de lire ce livre (qui m’a bien fait rire, un peu moins cependant que « Féroce infirme Retour des pays chauds » que je te recommande fortement, O toi lecteur égaré)

Pour ma part,  j’ai écouté Larry et suis partie dans mon Tombouctou virtuel.

Un extrait, O toi qui me lit, si mon laïus ne t’a pas trop fait tourner la tête ?

Il t’est difficile de soutenir que ta rencontre avec Diamond manque d’intérêt. Et quoi qu’il puisse présumer, tu n’es pas de ces femmes qui considèrent chaque mâle qu’elles rencontrent comme le partenaire potentiel d’un compromis domestique. Mais des fées ? D’abord il vous ridiculise- ridiculise- oui ! – tous les deux avec ses délires publics au sujet de kidnappeurs de grenouilles venus de l’espace, et maintenant voilà qu’il te parle de fées. De Grâce ! Si tout ça est une blague, qu’il en fasse profiter le cafard. Tu as d’autres choses à faire.

– C’est décevant parce que j’espérais presque qu’on pourrait faire des affaires ensemble : j’ai un plan….mais il est sûrement préférable que je m’en occupe toute seule. Pour ce qui est de …. euh, la partie sexuelle, ce sont des choses qui arrivent. Sans regrets. Dans la mesure où n’as pas de maladie. Tu n’en as pas, hein, dis ? (il se contente de sourire, et le reflet de son sourire n’a pas du tout l’air déplacé à côté de la vermine dans la vitrine.) Tu vois, tu es vraiment impossible. (L’ironie qu’il y a à demander à quelqu’un atteint d’un cancer s’il n’a pas de maladie te passe carrément au-dessus de la tête.) Et puis je ne peux absolument pas supporter tes frasques en public. Toutes ces scènes.

– Vraiment ? Tu étais plutôt en forme hier soir au Bull & Bear, toi aussi.

– Oh, ça va. Oui j’ai un peu perdu le contrôle récemment. Il m’est arrivé d’être un peu légère, parfois. C’est pas facile en ce moment pour moi, ça.

–  Qui es-tu alors Gwendolyn ?

Tu soupires, mordilles ta lèvre inférieure, et te détournes de la vitrine.

– Je suis un jockey blackboulé d’un cheval boiteux dans une course truquée. Mais je n’abandonne pas. J’irai jusqu’à la ligne d’arrivée. Et je me débrouillerai toute seule.

Et pour ceux qui se diraient « encore un passage de livre avec un canasson », je répondrai : Lis ce livre, O toi qui t’es égaré par ici et tu connaîtras le secret du poney sauvage blanc (trois passages avec ce poney blanc que je ne mets pas ici ;-))

Et vous connaissez vous des livres écrit principalement à la deuxième personne du singulier ?

Livre lu dans le cadre du Mois américain en LC avec Noctenbule autour de Tom Robbins

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Et du challenge Animaux du monde de Sharon

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La conjuration des imbéciles – John Kennedy Toole

conjuration

L’histoire en quelques mots : Ignatius Reilly est un imbécile. Il a 30 ans, n’a jamais rien fait de ses dix doigts, il vit chez sa mère qu’il maltraite (psychologiquement). Il grogne, rote, a des opinions tranchées sur tout et un ego démesuré. En plus il est antipathique ! L’anti-héros par excellence.

Sa mère a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts et le force à trouver un travail. Il est donc embauché aux Pantalons Levy, une entreprise en débâcle (le dirigeant ne s’en occupe pas car il déteste cette entreprise, œuvre de son père). Le lecteur suit donc les premiers pas de ce Reilly dans le monde du travail….

J’ai un avis très mitigé sur ce livre, car même si j’ai ri deux ou trois fois, ce livre n’a QUE des personnages antipathiques (même la mère de Reilly que j’ai un peu apprécié au début est rapidement antipathique) et sur 600 pages c’est long.

De bons passage cependant, et une histoire assez intéressante (suspens sur les activités illicites qui se déroule dans le bar), on suit la rédaction d’une lettre qui va mettre le feu au poudre mais les monologues d’Ignatius Reilly sont vraiment longs et lassants.

J’ai apprécié certains dialogues, le côté absurde des raisonnements de Reilly, les réflexions du balayeur du bar, le rôle d’un certain perroquet…..

En conclusion : Une critique assez féroce de la société américaine dans les années cinquante (même si le livre a été publié en 1980 il a été écrit en 1959), qui ne m’a pas emballée ;-(

Un extrait : un dialogue entre Mr Levy le patron des Pantalons Levy et Mme Levy suite à une pseudo révolution que Reilly a organisé aux Pantalons Levy (page 208)

– Comment savoir ce qui lui est passé par la tête ? il veut que je vire le type qui lui a renversé ses plantes et puis encore un autre qui lui a tailladé son écriteau. Il dit que les ouvriers de l’atelier sont des malfrats qui n’ont pas de respect pour lui. Il dit qu’ils veulent sa peau. Je vais donc aller à l’atelier pour parler avec Palermo, qui n’est évidemment pas là, et qu’est-ce que je trouve ? tous les ouvriers ont des briques, des bâtons, des chaînes- y’en a partout ! ils sont tous dans tous leurs états et ils me racontent que ce gars, Reilly, c’est lui le gros chameau, leur a dit d’apporter tout ça pour attaquer le bureau et filer une volée à Gonzalez.

– Quoi ?

– Il n’arrêtait pas de leur répéter qu’ils étaient sous-payés et surexploités.

– Je suis bien d’accord avec lui, dit Mme Levy. Hier encore Susan et Sandra m’ont écrit à ce propos. Leurs petits copains, à la fac, leurs ont dit qu’à les entendre parler de leur père – toi – on aurait dit un planteur vivant de l’esclavage. Elles sont dans tous leurs états, comme tu dis. Je voulais t’en parler mais j’ai eu tellement d’ennui avec ce nouveau sèche-cheveux que ça m’est sorti de l’esprit. Elles veulent que tu augmentes les salaires de ces malheureux, sans quoi elles ne reviendront plus à la maison.

–  Non mais, elles se prennent pour qui, ces deux-là !

– Elles se prennent pour tes filles, au cas où tu l’aurais oublié. Elles ne te demandent qu’à pouvoir te respecter. Elles disent que tu devras améliorer les conditions de travail et les salaires de tes employés, sinon elles ne remettront plus les pieds à la maison.

–  Alors ça y est c’est les gens de couleur qui les intéresse tout d’un coup ? Fini les petits gommeux, déjà ! Ils n’ont pas tenu longtemps !

– Et voilà ! Tu attaques tes propres filles une fois de plus. Tu vois ce que je te disais ? C’est pour ça, que moi non plus, je ne peux pas te respecter. Si l’une de tes filles était un cheval et l’autre un joueur de base-ball, tu serais aux petits soins pour elles.

– Si l’une était un cheval et l’autre un joueur de base-ball nous serions dans une meilleure situation ! elles nous rapporteraient de l’argent !

Livre lu dans le cadre d’une LC avec Noctenbule pour le  mois américain

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Challenge « romans cultes » de Métaphore

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et challenge à tous prix de  Laure repris par Asphodèle car ce livre a reçu le Pulitzer en 1981

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Hélène Grémillon – Le confident

Moustique, c’était le type au sourire grivois. Le jour où j’avais commencé mon travail à la poste, il m’avait proposé une chambre, son meilleur ami qui la louait avait été fait prisonnier, il voulait bien l’attendre, mais il avait besoin d’argent. Je n’aurais qu’à partir le jour où il reviendrait. Mais ces  trois années étaient passées sans qu’il revienne et sans que ni Moustique, ni moi ne trouvions à redire à la situation. Il était bordélique, moi maniaque. Au lieu de nous disputer, je rangeais son désordre et lui en mettait un peu dans ma vie, j’étais trop timoré pour le faire moi-même. C’est toujours par lui que j’ai rencontré mes petites amies. C’était comme si on n’habitait pas la même ville, moi je ne voyais pas les jolies filles, lui on aurait dit qu’il les créait. La moindre de ses conquêtes était charmante, et pour ma plus grand chance, avaient des amies qui l’étaient tout autant. Il y a des gens qui sont doués pour ça , pour dégoter la beauté partout où ils sont. Quand je lui demandais où ils les rencontraient, il me répondait toujours, « sous le sabot d’un cheval ». Depuis la mort de la mère d’Annie, j’avais du mal à supporter cette expression mais j’avais beau lui dire, il oubliait toujours. Il n’était pas méchant, Moustique il était comme ça.

– Tu vois, sous les sabots des chevaux, on en trouve beaucoup mais pas des comme elle. Je comprends maintenant pourquoi les miennes tu ne les voyais pas.

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Hélène Grémillon – Le confident

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Sur une idée de Chiffonnette

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