Cette histoire-là – Alessandro Baricco

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Épopée d’un homme ordinaire dans un XXème siècle peu ordinaire.Cette histoire-là est formidablement racontée par Alessandro Baricco.
Ultimo naît en 1898. Son père et sa mère sont fermiers, durs à la tâche dans une région d’Italie plutôt pauvre. Fragile, il manque mourir plusieurs fois avant ses 5 ans. Un jour, son père l’emmène voir une course fabuleuse, une des toutes premières courses automobiles, des bolides leur passent sous le nez dans d’un fracas et à un train inimaginable. Tous deux en sont émerveillés pour leur vie entière. Cela changera la vie du père, qui vend ses 26 vaches pour monter un garage dans un coin perdu où il ne passe aucune voiture : nous sommes en 1903…
Un certain comte D’Ambrosio s’arrêtera avec son automobile de 931 kilos et là aussi la vie sera changée.

Ultimo grandit et bascule dans l’âge adulte à 15 ans.
Dans la deuxième partie, plus opaque, on retrouve le soldat Ultimo Parri sur le front à Caporetto,  lors de la première guerre mondiale.
Le narrateur change et nous apporte une autre vision d’Ultimo avec en toile de fonds le carnage humain que furent ces 4 années.

La troisième partie est celle du journal d’une émigrée russe aux USA . Là aussi, Elisaveta nous décrit un autre Ultimo, 25 ans cette fois, silencieux et secret.
Et cela continue ainsi avec une partie où le narrateur est le frère d’Ultimo en 1947… Puis Elisaveta revient et rencontre le père d’Ultimo…..dans les années 50….
Au final, Alessandro Baricco nous emmène dans une longue balade avec de nombreux mensonges, rebondissements, fausses pistes, virages finement négociés, freinages brusques, sorties de route et belles voitures…..
J’ai beaucoup aimé la complexité du personnage d’Elisaveta, tour à tour amoureuse, méchante, cruelle, tenace, attachante, fragile et ….
Du grand art avec une fin à laquelle je ne m’attendais pas …
Tout au long du livre, une écriture fluide en lignes, courbes, virages et dos d’âne qui donnent envie de crier comme son héros : ULTIMO PARRI…

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Premier extrait : p 48
Le comte D’Ambrosio enclencha la vitesse, en se demandant ce qui, chez ce petit garçon, n’était pas normal. Il se le rappelait la veille, sous cette pluie, penché sur la bicyclette, sous l’enseigne G A R A G E : si absurde que cela puisse paraître, il y avait surtout lui, dans ce petit paysage : tout le reste était un pas derrière. Tout à coup l’idée lui vint qu’il avait déjà vu quelque chose de semblable, et c’était justement dans les tableaux qui racontent la vie des saints. Ou du Christ. Il y avait toujours des tas de gens, et certains pouvaient même faire des choses bizarres, c’était le saint qu’on voyait tout de suite, pas besoin de le chercher, ce que les yeux captaient en premier c’était le saint. Ou le Christ. Si ça se trouve je suis en train de trimbaler l’Enfant Jésus dans la campagne, se dit-il en riant tout bas : et il se tourna vers lui. Ultimo regardait droit devant, les yeux tranquilles, sans se soucier de l’air et de la poussière : sérieux. Il ne tourna même pas la tête, quand il dit à haute voix :
– Plus vite, s’il vous plaît.
Le comte D’Ambrosio recommença à s’occuper de la route et vit le dos-d’âne juste devant lui, absurde et évident, dans la paresse de la campagne. En d’autres circonstances, il aurait relâché l’accélérateur pour accompagner la bosse du terrain avec la force légère d’une inertie contrôlée. Ce fut avec un certain étonnement qu’il se surprit tel un gamin à mettre les gaz. Sur le talus, les 931 kilos du monstre de fer se détachèrent du sol avec une élégance qu’il avait gardé par-devers soi, secrètement, depuis longtemps. Le comte D’Ambrosio entendit le moteur rugir dans le vide, et devina le battement d’ailes des roues qui s’enroulaient dans l’air. Les mains serrées sur le volant, il lança un cri de surprise pendant que le petit garçon à côté de lui, avec une froideur et une joie tout autres, hurlait, curieusement, son propre nom, à gorge déployée.
Nom et prénom, pour être exact.
La voiture, ce fut Libero Parri qui dut venir la récupérer, avec la carriole et les chevaux. Ils la tirèrent jusqu’à l’atelier et il leur fallut ensuite travailler dessus une semaine. Pour voler, elle avait volé et bien. C’est après qu’elle s’était un peu désunie.

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Deuxième extrait (page 275) : le narrateur est le petit frère d’Ultimo
Et je vois le vert émeraude de l’herbe, la courbe douce d’une colline à peine esquissée, une vague rangée d’arbres fruitiers, le lit sec d’un petit cours d’eau, un tas de bois à couper, la clarté sombre d’un sentier, les dépressions inégales du terrain, un maquis de fleurs, le profil acéré d’un roncier, une palissade au loin, la terre remuée d’un champ abandonné, une pyramide branlante de bidons d’essence, des buissons qui ont poussé suivant un ordre mystérieux, une carcasse d’avion au soleil, quelques roseaux au bord du marais, le ventre d’un réservoir ouvert, l’ombre des arbres sur le sol, la souple descente en piqué des petits oiseaux sur l’herbe, la toile d’araignée des branches au milieu des feuilles, le reflet tremblant des flaques d’eau, beaucoup de nids légers, un calot militaire dans l’herbe, le jaune d’épis solitaires, une empreinte de pas toute sèche dans la boue du sentier, le pendule des tiges trop longues dans le vent, le vol de l’insecte incertain, la racine soulevée au pied du chêne, les tanières cachées de bestioles frénétiques, le bord dentelé de feuilles sombres, la mousse sur les pierres, le papillon sur un pétale bleu, les petites pattes recroquevillées du bourdon en vol, les pierres bleuâtres dans le lit à sec du ruisseau, la maladie qui brûle les fougères, le reflet vert sur le dos du poisson dans l’étang, la larme de sève sur l’écorce l’arbre, la rouille d’une faucille oubliée, la toile d’araignée et l’araignée, la bave de l’escargot et la fumée de la terre. Puis je vois les automobiles, flamboyantes. (p275)

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Challenge il viaggio chez Eimelle où le thème de janvier est « Italie contemporaine » (livre paru en Italie en 2005)

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Le roi de Kahel – Tierno Monénembo

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Tierno Monénembo annonce d’emblée qu’il s’agit d’un roman et pas d’une biographie même si le personnage principal Aimé Olivier de Sanderval a réellement existé . Embarquement immédiat vers le Fouta-Djalon, un coin paradisiaque d’Afrique de l’ouest gouverné par un almâmi (imam) et une multitude de rois.
1880 :  Aimé Olivier débarque au Fouta Djalon. A 40 ans, il est industriel et son souhait est de faire traverser ce beau pays par un chemin de fer, d’apporter à l’Afrique et  la France coopération et richesses ….Mais pour cela il faut négocier avec les peuls, les anglais, les français…

Petit à petit, Aimé devient Yémé et se fait adopter par le peuple peul jusqu’à devenir « roi » du Kahel, un peu par la ruse et parfois par la force (tout en restant plutôt respectueux des populations locales ….enfin respectueux par rapport aux autres colonisateurs)
Aimé est un personnage attachant qui est très opiniâtre et aussi ouvert à la culture qu’il rencontre. On suit ses pas sur 30 ans, entre aller-retour à Lion et au Fouta Djalon…….l’Afrique, son parfum enivrant, son peuple rusé et fier, ses princesses africaines… et aussi la dysenterie et les serpents….. …..les ruses des uns et des autres pour mettre la main sur ce pays de Cocagne…

Aimé est tour à tour un visionnaire, un illuminé, un père absent et présent ….. un mari aimant et volage …..un trafiquant d’armes aussi…. . Un beau portrait d’un homme et d’un pays …

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Un extrait où Aimé Olivier essaie de convaincre un ministre « d’investir » dans le Fouta-Djalon.

– Tenir l’Afrique par le Sénégal et le Soudan, c’est tenir le sabre par la lame ! Sans le Fouta-Djalon, nous risquons de tout perdre là-bas !
Il s’interrompit quelques instants pour se diriger vers la mappemonde collée au mur :
– Revoyons un peu, si vous le voulez bien, monsieur le ministre, la carte du monde. Qu’avons-nous autour de notre pauvre France ?
Il prit la règle et montra d’un air grave l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne, rien que des ennemis ! Comment survivre dans ce guêpier ? L’Afrique ! Il n’y avait pas d’autre solution ! « Elle doit être le corps et nous l’esprit ! », insista-t-il. Il avait compris, lui, dès son arrivée à Gorée, qu’elle devait immédiatement cesser d’être une simple réserve d’esclaves et d’oléagineux pour devenir, minutieusement dégrossie sous le scalp d’Athènes et de Rome, une amie, une alliée, une province française. Alors, la France pourrait y lever une grande armée ; grâce à elle, la conquête de l’Italie serait facile ainsi que le passage par le Brenner vers l’Autriche. L’Allemagne n’aurait plus le choix : la paix éternelle et peut-être même l’union face à une Angleterre ennemie de l’Europe. Et comment faire de l’Afrique une province française ? En faisant du Fouta-Djalon sa base, c’était aussi évident que le nez au milieu du visage.

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Deuxième extrait , sa rencontre avec une princesse africaine (p 48)

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Le lendemain, il reçut la visite de Taïbou. Elle entra avec cette lenteur soigneusement étudiée qui indique chez les Peuls la noblesse et le rang. Elle était plus resplendissante que la dernière fois : plus de tresses et de bijoux, plus d’éclat et de grâce ! Ses épaules étaient recouvertes d’un frêle châle de dentelle qui laissait entrevoir ses seins pulpeux et fermes aux bouts cernés d’aréoles couleur de miel et sur lesquels venait battre un réseau dense de colliers de joncs et de perles. Son visage aux traits réguliers luisait avec des reflets de cuivre dans la lumière du soleil naissant. De profil, elle avait l’air d’une gamine malgré sa taille élancée et ses seins arrondis.
Mais de ses beaux yeux en forme de gousses sortait un regard d’aigle propre à ceux qui sont nés pour gronder et ordonner. Elle n’avait que vingt-quatre ans, vingt-huit tout au plus, dans ce pays isolé où, hormis pour quelques familles fortement arabisées, l’état civil était inconnu. Mais c’était la femme la plus puissante du Fouta. On la disait riche, indépendante et belliqueuse. Elle disposait d’autant d’or et  de terre que son prince de mari. Ses amants se  comptaient par dizaines et ses esclaves par milliers. Imbattable à cheval, elle marchait elle-même à la tête de ses six mille guerriers. Les légendes les plus folles couraient  à son sujet. On disait qu’elle mutilait ses esclaves et faisait troncher le cou aux jeunes gens qui ne lui plaisaient plus. Ceux qui avaient le malheur de se retrouver dans sa ligne de mire couraient, un jour ou l’autre, un véritable dilemme :  le couteau d’Aguibou ou son poison à elle.

En conclusion : Un roman dépaysant où j’ai appris énormément sur l’Afrique et la colonisation.

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Ys, Claire et Kathel ont lu Le terroriste noir et Karine a lu  le roi de Kahel

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Challenge « Lire le monde » (Guinée) avec Sandrine, Challenge Top 50 organisé par Claire catégorie « Livre tiré d’une histoire vraie », Challenge à tous prix chez Asphodèle (prix Renaudot 2008)

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Aujourd’hui « j’écris en CAPITALES un projet minuscule » – 9 décembre

La fin de l’année approche et je fais un petit point  des lectures faites au long de l’année et de mes futures lectures. Pour 2016, mon projet sera de remettre en route mon tour du monde littéraire, grâce à Sandrine.

Les nomimés seront peut être les suivants :

Johannesburg – Afrique du Sud – Nadine Gordimer  – Bouge toi
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Algérie – Boualem Sansal – 2084 la fin du monde. L’histoire se déroule non pas à Alger mais en Abistan (capitale inconnue à cette date)
Botswana – Alexander McCall Smith – Le club des philosophes amateurs. L’action se passe à Edimbourg, tranquille capitale écossaise (ce n’est pas moi qui le dit mais la quatrième de couverture)
Côté d’ivoire – Ahmadou Kourouma – En attendant le vote des bêtes sauvages (république du Golfe – pays imaginaire – je donnerai le nom de la capitale dès que je la connais)
Égypte – Naguib Mahfouz –  Impasse des deux palais – Le Caire
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Guinée – Tierno Monemenbo – Le roi de Kahel – Je ne connais pas la capitale de la Guinée.
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Maurice – Ananda Devi – Le sari vert
L’action se passe à Curepipe, deuxième ville en nombre d’habitants après Port-Louis, la capitale de l’île Maurice
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Thimphu – capitale du Bouhtan – Kunzang Choden – Le cercle du karma
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Chine – Mo Yan – Grenouilles – région de Gaomi : il faudra que je me renseigne si c’est loin de Pékin.
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Corée du Sud – Nos jours heureux- Gong Ji-Young – Séoul
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Inde – Anita Nair – Compartiment pour dames .  L’action se passe dans un train mais la ville n’est pas précisée.
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Iran – Le goût âpre  des kakis – Zoyâ Pirzâd – des nouvelles….
Gageons qu’il y en aura une à Téhéran
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Vietnam – Duong Thu Huong – Sanctuaire du coeur – Hanoï
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Grèce – Vassilis Alexakis – L’enfant grec à Athènes
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366 réels à prise rapide (les règles sont ici)

1. écrire sur le vif : OK

2. pas plus de 100 mots :269 mots dont 11 CAPITALES

3. éléments réels de la journée : OK

4. suivre la consigne de la date : OK

Chroniques du Pays des mères – Elisabeth Vonarburg

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L’idée de départ de ce roman de Science-fiction est très originale. Dans un futur non daté, la terre est peuplée à 90% de femmes (et donc 10% d’hommes). Elisabeth Vonarburg raconte l’histoire de Lisbeï, une de ces femmes, mais aussi celle de Tula , sa soeur, celle de Selva sa mère…..
Et je dois dire qu’Elisabeth Vonarburg a réussi à m’intéresser pendant 635 pages fascinantes.
Tout d’abord, nous suivons la petite Lisbeï, agée de 5 ans. Elle vit dans une garderie. La mortalité des « enfantes » est très élevée du fait d’une Maladie dont on saura peu de chose (une « enfante » sur deux meurt avant ses 7 ans). Afin de se protéger, les femmes de la « tribu » de Lisbeï préfèrent séparer les enfants des mères à la naissance pour avoir moins de chagrin en cas de décès.
Au fur et à mesure que Lisbeï grandit, on en apprend plus sur cette communauté féminine où tout est fait pour la reproduction de la race humaine (recherche génétique, insémination artificielle). Cette société fonctionne avec toute une symbolique de couleurs  : il y a d’abord la garderie, puis les enfantes deviennent des « vertes », à l’âge de la puberté, elles deviennent des « rouges » et doivent accomplir un « service » (avoir un bébé par an), enfin quand elles ne sont plus fertiles elles deviennent des « bleues ».

Lisbeï est destinée à devenir la « mère  » de sa communauté jusq’au jour où…..

Elle devra partir de sa communauté, en rejoindre une autre (Wardenberg) où elle retranscrit toutes les différences avec sa propre communauté. Elle se destine à devenir historienne et étudie les papiers du grand Déclin (catastrophe nucléaire ? ), elle décide de partir explorer les Mauterres (terres très polluées par les hommes dans le passé)

Les personnages masculins sont peu nombreux mais très attachants, ils sont plus considérés comme des « géniteurs » que comme des citoyens à part entière (car ils portent en eux la responsabilité du Déclin, je caricature un peu). En particulier l’ami de Lisbeï (Toller) est fin et sensible et s’intéresse aux « enfantes » qu’il a engendrées (plus d’une centaine – insémination artificielle oblige – dont il n’en connait que très peu).

Ce livre est passionnant au niveau des analyses sur les rapports hommes-femmes, complètement faussés, sur la place de la religion (on n’a plus affaire à Dieu et à Jésus mais à Elli et sa fille). Le langage est très poétique : tout a été féminisé : on dit une « hiverne » et pas un « hiver », une « enfante » et pas « un enfant », une « chevale’ et pas un « cheval ».

Un extrait : (P 60)
La gardienne bleue s’appelait Antoné et c’était une Médecine. Elle avait vingt années. Elle aurait dû être une Rouge, mais elle n’avait jamais pu faire d’enfantes. Aussi était-elle une Bleue. C’était aussi une « pérégrine », une Bleue qui ne restait pas chez elle mais se promenait de Famille en Famille. Lisbeï était une Verte, ou une « dotta ». Les Mosta aussi étaient des Vertes, mais ce n’étaient pas des dotta. Il faudrait un certain temps à Lisbeï pour comprendre la nuance.
Les Bleues normales étaient celles qui ne pouvaient plus faire d’enfantes parce que leurs graines étaient épuisées, après 35 années, en général. Les Rouges seules étaient les  » mères », celles qui faisaient les enfantes. On les appelait aussi « génitrices ». Mots, catégories, hiérarchies, les réponses se multipliaient de façon vertigineuse de l’autre côté du mur de la garderie. La plupart du temps, Lisbeï ne savait même pas à quelles questions correspondaient ces réponses qu’on laissait tomber en passant, comme si elles allaient de soi.On croyait donner des explications : on lui révélait surtout la profondeur de son ignorance.

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En conclusion : tout simplement excellent. Merci Karine pour le conseil 

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Challenge à tout prix chez Asphodèle – Prix Philip K Dick (1993)

Challenge Québec O Trésor chez Karine et Grominou

Challenge « pavé de l’été » chez Brize

Challenge « un mois- une illustration » d’Angelselfie où la couverture doit comporter une bouche

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Aujourd’hui « rouge » – 20 avril

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Rouge comme le cœur de cette Volkswagen de ce livre lu la semaine dernière. Je lis couramment le coccinelle 1971 (une très bonne année 1971).
Un livre étonnant qui mène le parallélisme entre voiture et écriture. Laissez vous emporter par un journaliste dont le père vient d’être emporté par un arbre à infarctus. Pour réussir à survivre, celui ci devient père d’un Coccinelle (oui un coccinelle, pas une).
L’auteur démonte pour nous le processus du deuil : déni, dépression, colère et pas tout à fait acceptation, mais presque.
Les moments inoubliables : la clef à molette qui discute avec le psychiatre de l’auteur, les jeux de mots sur transmission, les réflexions sur l’écriture en particulier et la mécanique en général .
Les mots qui m’ont plu : des lingots d’heures qui servent à réparer la dite coccinelle, l’huile de souffrance, les brindistoire et autres balivernales sans compter les nuagélands (nuages en forme de goélands ?)
N’oubliez pas de lire la postface intitulée SAV.
Vous n’avez rien compris à mon billet du jour ? c’est fait exprès pour vous donner envie de lire monsieur Christopher Boucher et son premier roman : « Comment élever votre Volkswagen ».
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1. écrire sur le vif : KO (billet écrit hier)

2. pas plus de 100 mots : 192 mots

3. éléments réels de la journée : KO

4. suivre la consigne de la date : OK

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Une citation pour la route Page 85 :
Les VégéBagnoles étaient des véhicules construits à partir de tomates, piments, concombres ou aubergines génétiquement modifiés et arrosés jusqu’à ce qu’ils mesurent 2 mètres de haut, avec un moteur naturel fait de pépins. Elles roulaient bien et étaient alimentées par la pluie et le soleil. Leur seul inconvénient était qu’elles ne duraient que six mois, peu importe la qualité de l’entretien et du traitement. Alors, leurs portes ne fermaient plus, les pneus devenaient mous et blettes, le toit commençait à devenir marron, et il vous fallait dire au revoir à votre VégéBagnole et payer un AutoGriculteur pour qu’il aille dans son champ de voitures vous en choisir une nouvelle.
 
Félicitations à Christopher Boucher, à Théophile Sersiron pour la traduction, et Mattias Lehman pour les illustrations et le Nouvel Attila pour l’édition française (clic sur le lien pour lire les 15 premières pages du livre).
À  jeudi pour un autre extrait 🙂
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Challenge top 50 chez Claire dans la catégorie avec des « personnages non humains »
On croise au détour des pages un castor gynécologue, une vache sur un tracteur, des ChiensMunicipaux ……et bien sûr le fameux Coccinelle, qui n’a pas la langue dans le capot.
NAISSANCE VOLKSWAGEN
challenge top 50 challengeusa

Aujourd’hui « Livre posé » – 10 janvier

 ange tenebres
Aujourd’hui, j’ai arrêté ma lecture et posé ce livre « L’ange des ténèbres » d’Ernesto Sabato ….définitivement.

Le premier tome de cette trilogie « le tunnel », m’avait enthousiasmée, le deuxième  » Héros et tombes » m’avait paru longuet pour la première partie mais la deuxième avec « le rapport sur les aveugles » et la paranoïa de l’auteur dudit rapport m’avait passionnée. Pour ce dernier tome « L’ange des ténèbres », je jette l’éponge à la 290ème page (sur 442). Ce n’est pas inintéressant, mais il s’agit plus d’un essai sur l’écriture, le marxisme et le communisme, que d’un roman. Trop d’érudition peut-être aussi… je ne retiens pas le nom des personnages …je m’ennuie, je laisse tomber.
Je n’ai pas tout perdu puisque j’ai trouvé deux passages magnifiques sur l’écriture (et les chevaux).

366 réels à prise rapide (les règles sont ici)

1. écrire sur le vif : OK

2. pas plus de 100 mots : 120 mots

3. éléments réels de la journée : OK

4. suivre la consigne de la date : OK

challenge top 50

 Challenge top 50 chez Claire catégorie « Un livre que vous n’avez jamais terminé »

Chevaux échappés – Mishima

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Japon 1932 – Isao Iinuma est un jeune homme d’un peu moins de vingt ans. Etudiant, athlète accompli, il est idéaliste et admiratif devant un livre de Tsunamori Yamao qui traite d’un mouvement politique « Société du vent divin ». Ce livre retrace le parcours de samouraïs au XIX ème siècle qui décident d’assassiner des hommes corrompus puis de se donner la mort par Seppuku (suicide par éventration). Isao, à l’aide de ses amis, veut renouveler l’ « exploit  » relaté dans ce livre et faire disparaître les dix hommes les plus corrompus du Japon, puis se sacrifier comme leurs modèles.

Deuxième tome de la tétralogie la Mer de la fertilité, on retrouve quelques personnages du premier tome en particulier Honda, l’ami de Kiyoaki – le héros du premier tome- et Iinuma, qui est le père d’Isao et l’ancien précepteur de Kiyoaki. Honda, qui est devenu un juge respecté, reconnaît en Isao la réincarnation de son ami Kiyoaki. Il décide alors de le suivre puis de l’aider.

J’ai failli abandonner ce livre car le début est très lent et pour tout dire morbide (particulièrement les 50 pages retranscrites de ce livre « Société du vent divin » qui n’est qu’attaques, morts violentes et suicides).

Je n’ai pas adhéré ni aux convictions nationalistes de Isao, ni dans sa vision du suicide magnifié au rang de sacrifice.

Cependant après ce démarrage plus que difficile, l’histoire m’a fortement intéressée, les préparatifs des attentats, l’arrestation, le procès, qui est absolument passionnant. Qui a trahi ? quels sont les sentiments très ambigus de tous les personnages et en particuliers ceux de Makiko, la presque fiancée de Isao ? du père d’Isao , de Honda qui abandonne son travail pour défendre Isao ?

Un petit extrait :

Isao et ses deux amis restèrent chez le lieutenant Hori jusqu’à neuf heures du soir, ce dernier leur ayant offert un dîner apporté par un traiteur. Une fois qu’il avait laissé de côté ses questions subtiles, la conversation de l’officier devenait à la fois intéressante et profitable, très propre à éveiller leur enthousiasme. L’état pitoyable des affaires étrangères, le programme économique du gouvernement qui ne faisait rien pour atténuer la misère des campagnes, la corruption des politiciens, la montée du communisme, et aussi, les partis politiques qui avaient diminués de moitié le nombre de divisions de l’armée et qui, en se faisant les champions des économies sur l’armement, exerçaient une pression constante sur les militaires. Au cours de cet entretien, on évoqua les efforts du Zaibatsu Shinkawa pour acheter des dollars américains, chose dont Isao avait déjà entendu parler à son père. Selon le lieutenant, le groupe Skinkawa avait fait montre d’une grande réserve depuis l’Incident du Quinze Mai. Cependant continua l’officier, il n’y avait aucune raison de faire confiance à l’autodiscipline de ces gens-là. (p 146)

En conclusion : Un livre très pointu sur cette période d’histoire du Japon. J’ai arrêté plusieurs fois ma lecture pour aller voir quels étaient les évènements cités. Pour plus de renseignement sur l’incident du 15 Mai qui est cité à de nombreuses reprises, allez lire l’article Wikipédia).  Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains, Isao étant pour ma part, mystique (pour ne pas dire fou). Mais je ne regrette pourtant pas cette lecture car les 150 dernières pages m’ont happée par leur analyse fine des sentiments et motivations humaines.

Livre Lu dans le cadre du challenge Japon d’Adalana et aussi dans le cadre du challenge pavé de l’été de Brize (Neige de printemps est le premier volume d’une tétralogie, le tome 2 s’intitule « Chevaux échappés » (ce billet),  le tome 3 a pour titre  « Le temps de l’aube » et le tome 4 « l’ange en décomposition »). Les deux premiers tomes font 400 pages chacun 😉

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Et bien sûr le challenge Totem de Liligalipette 🙂

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Et celui de Sharon « Animaux du monde »

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Tombouctou – Paul Auster

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L’histoire de Willy Christmas et de Mr Bones est raconté par ce même Mr Bones. Celui-ci comme le nom l’indique est un chien. Willy est SDF et erre dans New york puis dans Baltimore à la recherche de son institutrice, qui voyait en lui un grand écrivain.

Willy est malade, il sent sa fin arriver et avant de mourir, il voudrait confier son « oeuvre » poétique à cette institutrice. Mr Bones nous raconte la vie de Willy mais aussi la sienne et celle des personnages qu’il rencontre avant et après la mort de Willy : Willy , bien sûr , mais aussi sa mère, son institutrice, un petit garçon adorable d’origine chinoise, une mère au foyer qui s’ennuie et se sent prisonnière de sa vie, malgré un mari, des enfants gentils et une petite maison en banlieue (le rêve américain en quelque sorte)

Ce livre m’a énormément plu. J’ai aimé le choix de départ qui est de faire parler et de faire réfléchir le chien (même si ce n’est pas plausible qu’un chien parle ainsi). Il s’agit d’une fable sur la vie, la mort, la difficulté de vivre, seul ou accompagné, et aussi la difficulté d’écrire.

Le chien se retrouve seul et essaie de se trouver une famille mais le souvenir de Willy l’entraîne vers une nostalgie dont il n’arrive pas à sortir.

Certains avis sur Babelio ont trouvé ce livre très triste, même si je ne l’ai pas ressenti (le fait que le narrateur soit un chien m’a certainement donné de la distance 😉 )

Un extrait :

Afin de célébrer l’évènement, Willy courut à Manhattan, dès le lendemain matin, et se fit tatouer sur le bras droit une image du père Noël. Ce fut une épreuve pénible, mais il supporta volontiers les aiguilles, triomphant de se savoir désormais porteur d’un signe visible de sa transformation, une marque qu’il garderait sur lui à jamais.

Hélas, quand rentré à Brooklyn, il montra fièrement à sa mère ce nouvel ornement, Mme Gurevitch piqua une colère furieuse, avec crise de larmes et incrédulité rageuse. Ce n’était pas seulement l’idée du tatouage qui la mettait hors d’elle (bien que cela en fît partie, compte tenu que le tatouage était interdit par la loi juive – et compte-tenu du rôle qu’avait joué de son vivant le tatouage des peaux juives), c’était ce que représentait ce tatouage-ci , et dans la mesure où Mrs Gurevitch voyait, dans ce Père Noël en trois couleurs sur le bras de Willy, un témoignage de trahison et d’incurable folie, la violence de sa réaction était sans doute compréhensible. Jusqu’alors, elle avait réussi à se persuader que son fils finirait par guérir tout à fait. Elle attribuait à la drogue la responsabilité de son état, et pensait qu’une fois les résidus néfastes chassés de son organisme et son taux sanguin redevenu normal, ce ne serait qu’une question de temps avant qu’il éteigne la télévision et reprenne ses études. Mais là , c’était fini. Un coup d’oeil au tatouage, et toutes ces attentes vaines, tous ces espoirs trompeurs se brisèrent à ses pieds comme du verre. Le Père Noël venait de l’autre bord. Il appartenait aux presbytériens et aux catholiques romains, aux adorateurs de Jésus et tueurs de juifs, à Hitler et à tous ces gens-là. Les goys avaient pris possession du cerveau de Willy, et une fois qu’ils s’insinuaient en vous, jamais ils ne vous lâchaient. Noël n’était qu’une première étape. Dans quelques mois, ce serait Pâques, et alors ils ramèneraient leurs croix et se remettraient à parler de meurtre, et il ne faudrait pas longtemps pour que les sections spéciales prennent la porte d’assaut. Elle voyait cette image du père Noël, tel un blason sur le bras de son fils, mais en ce qui la concernait, ç’aurait aussi bien pu être un svastika.

Willy se sentait franchement perplexe. Il n’avait eu aucune mauvaise intention, et dans ce bienheureux état de remords et de conversion dans lequel il se trouvait, offenser sa mère était le dernier de ses désirs. Mais il eut beau parler et s’expliquer, elle refusa de l’écouter. Elle le repoussait à grands cris, le traitait de nazi, et comme il s’obstinait à essayer de lui faire comprendre que le père Noël était une réincarnation du Bouddha, un être saint dont le message au monde était tout amour et compassion, elle menaça de le renvoyer l’après -midi même à l’hôpital. Ceci rappela à XWilly une phrase qu’il avait entendu prononcer par un compagnon de misère à Saint Luke’s : « Tant qu’à m’abrutir, je préfère une bonne biture à une lobotomie » – et soudain il sut ce qui l’attendait s’il laissait sa mère agir à sa guise. Alors au lieu de continuer à fouetter un cheval mort, il enfila son pardessus, sortit de l’appartement et partit en droite ligne vers je ne sais où.

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Livre lu dans le cadre du Challenge « Jacques a dit de Métaphore » où le sujet est  de lire un roman avec un nom de ville dans le titre. Dans ce livre, Tombouctou représente pour Mr Bones le paradis où est parti Willy et où il pourra le rejoindre un jour.

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Et il rentre aussi dans le challenge « Lire sous la contrainte » de Philippe où la contrainte de la 10ème session est « un titre de 10 lettres »

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Neige de printemps – Mishima

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Japon, 1912. Kyoaki a 19 ans. Il est le fils du  marquis et de la marquise Matsugae de noblesse très récente (deux générations seulement). Afin de l’éduquer, ses parents le confient tout jeune au comte Ayakura et à sa femme, qui sont issus d’une très vieille famille noble (27 générations!!), il reçoit la même éducation que Satoko, la fille du comte, âgée de deux ans de plus que Kiyoaki.

A 12 ans, son éducation est « complétée » par un précepteur Inuima, (qui l’accompagnera jusqu’à ses 19 ans) et il entre au collège.

Sous prétexte de nous raconter l’histoire d’amour de   Kiyoaki et de Satoko, Mishima nous entraîne dans un Japon de la fin de l’ère Meiji et du début de l’ère Taissho.

J’ai beaucoup aimé cette histoire. Au début, Kiyoaki n’est pas très sympathique, il est imbu de sa personne, nonchalant, orgueilleux. Il ne sait ce qu’il veut être, pauvre petit garçon riche et triste à qui tout est acquis sans travail. Il est méprisant envers les attentions de Satoko, lui écrit une lettre horrible, puis la supplie de ne pas la lire et de la brûler. Une vraie girouette, il se réveille bien tard (trop) quand Satoko devient inaccessible.

Les personnages secondaires sont également savoureux et intéressants : son ami Honda,  fidèle en dépit des « mauvais traitements » que lui inflige Kiyoaki ; Inuima, le précepteur qui essaie de dynamiser Kiyoaki, le vénère et le déteste tout à la fois ; la grande mère de Kiyoaki est une solide paysanne qui ne mâche pas ses mots ; Tadeshina, la dame de compagnie de Satoko est un modèle de ruse et de manipulation ; des princes siamois en visite au Japon apporte un regard étranger sur l’histoire qui se déroule inexorablement .

Enfin, j’ai beaucoup appris des coutumes japonaises du début du 20ème siècle : les mariages arrangés dans la famille impériale, les règles et l’étiquette lors des réceptions données par le Marquis Matsugae. Les descriptions de la fête des cerisiers et de la  nature environnante sont éclatantes de couleurs et de vie, toutes en poésie.

Dans le japon post guerre russo-japonaise, l’ère Meiji touche à sa fin, l’empereur est décédé.  L’histoire se déroule sur un an, celle du deuil en hommage à cet empereur, les saisons se succédant jusqu’à la Neige de printemps, fatale à ce couple.

En conclusion : une histoire très intéressante et émouvante qui m’a énormément plu, j’aurais aimé toutefois en savoir plus sur les états d’âme de Satoko, femme entière et amoureuse, qui arrive à se rebeller contre son sort, déterminé par son rang de naissance (et aussi par la bêtise de Kyoaki).

Un petit extrait

Le maître d’hôtel entra annoncer que la voiture attendait. Les chevaux hennissaient et leur haleine sortait toute blanche de leurs naseaux, montant en spirale dans les ténèbres d’un ciel hivernal. Kiyoaki aimait l’hiver, voir les chevaux déployer fièrement leur puissance alors que leur odeur musquée habituelle s’amoindrit et que leurs sabots rendent un son clair sur le sol glacé. Par une chaude journée de printemps, un cheval au galop n’est trop évidemment qu’un animal qui sue sang et eau. Mais un cheval lancé dans une tempête de neige ne faisait plus qu’un avec les éléments, enveloppé dans les tourbillons de l’aquilon, la bête incarnait le souffle glacial de l’hiver.

Kiyoaki se plaisait à aller en voiture, surtout quand tel ou tel souci l’assaillait. Car les cahots le jetaient hors du rythme régulier, tenace de ses ennuis. Les queues qui s’arquaient aux croupes dénudées proches de la voiture, les crinières qui flottaient furieuses dans le vent, la salive tombant en ruban luisant des dents grinçantes – il lui plaisait de goûter le contraste entre cette force brutale des animaux et les élégantes décorations intérieures du véhicule. (p 80)

Livre Lu dans le cadre du challenge Japon d’Adalana et aussi dans le cadre du challenge pavé de l’été de Brize (Neige de printemps est le premier volume d’une tétralogie : le tome 2 s’intitule « Chevaux échappés » (billet à venir courant septembre),  le tome 3 a pour titre  « Le temps de l’aube » et le tome 4 « l’ange en décomposition »). Les deux premiers tomes font 400 pages chacun 😉

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