Portrait de femme – Henry James 

– Vous saurez à quel point je suis heureuse de faire votre connaissance si je vous dis que seule la certitude de vous rencontrer m’a menée jusqu’ici. Je ne viens jamais voir mon frère, je le fais venir chez moi. Sa colline est impossible, je ne sais vraiment pas ce qui lui a pris. Sincèrement, Osmond, un jour ou l’autre, tu vas épuiser mes chevaux et, s’ils se blessent, tu devras m’en donner une autre paire. Je les entendais corner tout à l’heure en montant, je te l’assure. C’est très désagréable d’entendre ses chevaux souffler quand on est en voiture ; on a l’impression qu’ils ne sont pas ce qu’ils devraient être. Bien que j’ai manqué de beaucoup de choses, j’ai toujours de bons chevaux. Mon mari manque d’instruction mais je crois qu’il connaît les chevaux . Généralement, les Italiens n’y entendent rien, mais lui, avec ses faibles lumières, s’emballe pour tout ce qui est anglais. Mes chevaux sont anglais et ce serait vraiment une pitié qu’ils soient fourbus. Je dois vous dire, poursuivit-elle en s’adressant directement à Isabel, qu’Osmond ne m’invite pas souvent. Je ne crois pas qu’il aime que je vienne chez lui. Je suis venu aujourd’hui de mon propre chef. J’aime rencontrer des têtes nouvelles et je suis sûre que vous êtes une vraie nouveauté.

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Portrait de femme – Henry James 

Eux sur la photo – Hélène Gestern

Roman épistolaire.

Hélène passe une petite annonce avec une photo (celle de la couverture), le nom de sa mère et celui d’un homme qu’elle ne connaît pas. Elle est en quête de personnes ayant connu sa mère, morte quand Hélène avait trois ans. Son père a toujours refusé de lui parler de celle-ci (il va jusqu’à la gifler quand, petite, elle évoque le prénom de Nathalie – Natalia? )
Hélène a 38 ans, célibataire, sans enfant et elle essaie de comprendre ce qui est arrivé à sa mère : elle ne sait rien d’elle ni son vrai prénom ni son nom de jeune fille et encore moins comment elle est morte. La belle-mère d’Hélène, qu’elle aime beaucoup, est en train de mourir (maladie d’Alzheimer) et elle s’autorise alors à faire des recherches sur sa petite enfance.

Stéphane répond à la petite annonce : c’est son père sur la photo.
Commence alors une correspondance entre Hélène et Stéphane. Il a un peu plus de 40 ans, célibataire, sans enfants. Il est chercheur en botanique et part souvent dans des pays lointains, vit le reste du temps en Angleterre ; Hélène vit à Paris, d’où la correspondance…
Hélène et Stéphane ont tous les deux eu une jeunesse marquée par le manque d’affection, ils ressentent une grande complicité de ce fait l’un pour l’autre et décident de  mener donc l’enquête sur le passé de leur parents …

Voici un livre assez prenant, bâti réellement comme une enquête ..Des indices, des fausses pistes, un ou deux témoins providentiels….

J’ai beaucoup aimé la vivacité de ton des deux protagonistes, leurs failles qu’ils se dévoilent petit à petit.
Entre deux lettres (ou courriel ou sms), l’auteur décrit une photo (le premier chapitre décrit la photo de la couverture, un autre une réunion de famille de Stéphane, un autre le Paris des année 50…). Cela apporte aussi une dynamique et un suspense au récit puisque le lecteur lit la description des photos avant que Hélène et Stéphane n’en parlent ou ne la retrouvent dans un carton.

En bref : un très bon moment avec  à la fois des sentiments subtils et une enquête assez passionnante.

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Ce ne sont pas des fantômes que nous avons exhumés : ils sont bien vivants, à croire qu’ils n’en finiront jamais de semer la détresse autour d’eux. Je crois bien que je les hais. Et une des raisons de cette haine, c’est que leur histoire pèse sur la nôtre, de tout son poids, jusqu’à l’asphyxie, et que je suis terrifié à l’idée de te perdre. Alors j’ai repris la plume, comme aux premiers jours de notre correspondance, dans l’espoir que le maléfice aura été conjuré, je ne sais pas trop comment, à l’heure où ces mots arriveront jusqu’à toi.

Éclaire-moi.

Stéphane

 

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Aujourd’hui, Stéphane, lorsque je pense à eux deux, je mesure la force de leur lien, ce lien qui nous a conduits l’un vers l’autre à trente-sept ans de distance, à partir d’une improbable coupure de journal. Je me dis que ce matin ensoleillé, à Saint-Malo, la tendresse de notre premier café partagé, dans la lumière rase de février qui faisait onduler la mer comme cristal et feuille d’or, c’est à eux que nous le devons. Oui, c’étaient eux sur la photo, qui nous parlaient, nous appelaient…Je les contemple jusqu’au vertige et je crois les entendre nous dire qu’il faut vivre maintenant, saisir la chance qu’ils ont laissé échapper.


Hélène

Chez Madame Lit , le thème du mois est « roman épistolaire ».

C’est le coeur qui lâche en dernier – Margaret Atwood

Genre : Dystopie burlesque ?

Les États Unis sont durement touchés par la crise économique : Charmaine et Stan sont expulsés de leur maison et vivent dans leur voiture. Ils sont au chômage, quasiment sans ressources, comme la moitié de la population des USA.
La loi du plus fort est redevenue la norme. Stan refuse dans un sursaut d’amour-propre l’aide de son frère, Conor, qui est un chef de gang.

Margaret Atwood a su me surprendre dans cet opus qui commence sous un angle très sombre. Pour survivre dans ce monde effrayant, Charmaine et Stan acceptent d’emménager à Positron, une ville isolée du monde où la vie des gens est coupée en deux. Pendant un mois il ont une existence « normale » avec pavillon de banlieue et boulot pépère dans une ville idyllique où les voitures ont été bannies ; le mois suivant il sont « prisonniers » dans une « prison modèle » …cela permet d’héberger deux couples par roulement (des Alternants) dans une même maison, le travail est partagé, la sécurité est garantie… il y a un certain manque de liberté mais dehors la vie est pire que la jungle ….

Charmaine et Stan s’ennuient cependant  assez rapidement …

Le livre s’inscrit dans un univers assez sombre puis un premier rebondissement va faire dévier la trajectoire de Stan et Charmaine…vers le tragique…. puis un deuxième rebondissement fait virer à nouveau l’histoire et cette fois vers le burlesque…
J’avoue avoir beaucoup ri pendant la deuxième partie (très cinématographique grâce à Elvis, Marilyn, des hommes en vert et un certain nounours bleu) alors que la première m’avait paru très sombre.

Margaret Atwood m’a fait passer de la peur au fou-rire et je la remercie : la dystopie burlesque, c’est un genre qui existe ?

 

Un extrait :

Ed arrête le PowerPoint, chausse ses lunettes de lecture, consulte une liste. Quelques points pratiques : ils recevront leur nouveau mobile dans le hall principal. En même temps, ils toucheront leurs allocations logement. Tout est expliqué en détail sur les feuilles vertes de leur chemise, mais, en bref, tout le monde à Consilience vivra deux vies : prisonnier un mois, gardien ou employé de la ville le mois suivant. Tout le monde aura un Alternant. Les pavillons accueilleront donc quatre personnes au moins : le premier mois, ils seront occupés par les civils, le deuxième mois par les prisonniers du premier mois, qui s’y installeront en endossant le rôle des civils. Et ainsi de suite, mois après mois, à tour de rôle. Qu’ils imaginent les économies réalisées sur le coût de la vie, lance Ed, avec ce qui peut être soit un tic, soit un clin d’œil.

 

Challenge Margaret Atwood  chez Littérama  

Que lire un dimanche de Pâques ?

Chez les Angellier, on mettait sous clef les papiers de famille, l’argenterie et les livres : les Allemands entraient à Bussy. Pour la troisième fois depuis la défaite le bourg allait être occupé par eux. C’était le dimanche de Pâques, à l’heure de la grand-messe. Il tombait une pluie froide. Au seuil de l’église, un petit pêcher rose, en fleur, agitait lamentablement ses branches. Les Allemands marchaient par rang de huit ; ils étaient en tenue de campagne, casqués de métal. Leurs visages gardaient l’air impersonnel et impénétrable du soldat sous les armes, mais leurs yeux interrogeaient furtivement, avec curiosité, les façades grises de ce bourg où ils allaient vivre. Personne aux fenêtres. Devant l’église, ils entendirent les sons de l’harmonium et un bourdonnement de prières ; mais un fidèle effarouché ferma la porte. Le bruit des bottes allemandes régna seul. Le premier détachement passé, un gradé s’avança à cheval ; la belle bête à la robe pommelée semblait furieuse d’être forcée à une allure si lente ; elle posait ses sabots sur le sol avec une précaution rageuse, frémissait , hennissait et secouait sa tête fière. De grands chars gris de fer martelèrent les pavés. Puis venaient les canons sur leurs plate-formes roulantes, un soldat couché sur chacune d’elles, le regard à la hauteur de l’affût. Ils étaient si nombreux qu’une espèce de tonnerre ininterrompu ne cessa de résonner sous les voûtes de l’église pendant tout le temps que dura le sermon du curé. Les femmes soupiraient dans l’ombre. Lorsque décrut ce grondement d’airain apparurent les motocyclistes entourant l’auto du commandant. Derrière lui, à une distance convenable, les camions chargés jusqu’au bord de grosses boules de pain noir firent vibrer les vitraux. La mascotte du régiment – un chien-loup maigre, silencieux, dressé pour la guerre, accompagnait les cavaliers qui fermait la marche. Ceux-ci, soit parce qu’ils formaient au régiment un groupe privilégié, soit parce qu’ils étaient très loin du commandant qui ne pouvait les voir, ou pour toute autre raison qui échappait aux Français, se tenaient d’une manière plus familière, plus cordiale que les autres. Ils parlaient entre eux et riaient. Le lieutenant qui les commandait regarda avec un sourire le pêcher rose, humble, tremblant, battu par le vent aigre ; il cueillit une branche. Autour de lui, il ne voyait que des fenêtres fermées. Il se croyait seul. Mais derrière chaque volet clos un œil de vieille femme, perçant comme un dard, épiait le soldat vainqueur.

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Suite française – Irène Némirovsky

Les grandes marées – Jim Lynch

Miles, le narrateur, a 13 ans. Il vit au bord de l’océan Pacifique dans l’état de Washington et il est passionné par la faune et la flore qui se trouvent près de chez lui …
Jim Lynch fait un portrait très attachant de ce jeune garçon, qui n’est plus un enfant mais pas encore réellement un ado. Il est insomniaque et fait souvent des virées tout seul la nuit sur son canoë : c’est ainsi qu’une nuit il va découvrir le calamar géant de la couverture, calamar géant qui va attirer l’attention des médias ..et aussi d’une secte … Tout au long de cet été, Miles va découvrir bien d’autres choses d’encore…

Le temps de deux petits mois, il va évoluer, nous raconter ses balades avec son meilleur ami Phelps (asperge plutôt hilarante), son amour  (non partagé) et ses fantasmes pour sa voisine Angie, qui a 18 ans autant dire un siècle de plus que lui. Côté adultes, il assiste impuissant aux disputes entre ses ses parents. Ses visites quotidiennes à son autre voisine, âgée et atteinte de la maladie de Parkinson, lui font prendre conscience du temps qui passe.

Miles saute du coq à l’âne et nous livre un condensé de fraîcheur et de réflexions pas si naïves que cela sur l’homme et sa place dans le monde, sur  la célébrité et le rapport aux médias. Les humains de ce 21ème siècle essaient de trouver un but à leurs vies ….ou un nouveau prophète…

Quelques frayeurs et découvertes plus tard, je regarde mon petit bonhomme différemment depuis que j’ai lu ce livre : il peut se passer tout cela dans la tête d’un garçon de 12-13 ans …?

Livre repéré chez Edualc ici

Un extrait :

Quand nous atteignîmes le rivage, je les traitai comme des élèves de primaire. Je leur dis de glisser la tête entre les rochers pour écouter les bernacles claquer leurs portes. À l’instar de la plupart des gens, ils n’arrivaient pas à croire que ces petites croûtes bosselées abritaient des animaux vivants, et encore moins des bestioles qui retenaient hermétiquement de l’eau de mer dans leur coquille chaque fois que la marée se retirait. Je leur expliquai comment les vers tubicoles se recroquevillaient ou emprisonnaient de l’eau à l’aide de filaments qui fonctionnaient à la manière de bouchons, puis comment les natices se contractaient en faisant coulisser des portes elles aussi, ou encore comment les crabes et les puces de sable s’enterraient sous les pierres pour rester le plus humide possible jusqu’au retour de la mer.
Après quoi, je déambulai sur la grève en leur indiquant où ils devaient marcher pour ne pas risquer de s’enliser dans la boue. Je leur fis remarquer que dans la mer la vie s’invitait en chaque chose, chaque interstice, chaque coquille, et même entre les grains de sable. S’ils ralentissaient l’allure et laissaient errer leurs regards, ils s’apercevraient qu’une bonne partie de ce qui leur semblait figé bougeait en réalité, à l’image de ces treize minuscules bernard-l’ermite que je leur désignai, avec leurs coquilles identiques de bigorneaux à carreaux marron et blanc. Je leur montrai la vie qui se superpose à la vie, les bernacles et les berniques collées sur des huîtres, elles-mêmes accrochées les unes aux autres, et montées sur le dos de coquilles plus grosses, avec des bernacles par-dessus tout ça, comme s’il y avait eu une soirée Super Glue la veille.

 

Challenge « petit bac  » chez Enna pour l’adjectif « Grandes »

Le groupe Facebook #Picabo River Book Club est ici 

Que lire un 15 avril ? Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris plus un) – Francis Dannemark

Deuxième livre pour ce mois belge organisé par Anne

Avis un peu mitigé…

D’un côté, j’ai beaucoup aimé le ton et la tendresse qui se dégage du personnage principal (Alice 72 ans) qui raconte sa vie à son neveu Paul, la cinquantaine. Ils se rencontrent pour la première fois. La mère de Paul (Soeur d’Alice) vient de mourir et c’est à cette occasion qu’Alice souhaite rencontrer Paul. La rencontre ne s’est pas faite avant car Alice a vécu dans le monde entier : Belgique, Angleterre, Irlande, États Unis, Inde, Australie…

De l’autre côté, une fois compris le mode de narration, je suis un peu restée en dehors de l’histoire. En effet on comprend vite que les huit maris d’Alice vont mourir (non pas qu’elle les assassine, cette chère Alice, c’est juste le hasard : accident, maladie suicide…)
Alice ne baisse pas les bras et poursuit son petit bonhomme de chemin : elle éprouve du chagrin à chaque perte mais la vie (et son optimisme) la font rebondir à chaque fois.
Chaque chapitre a donc pour titre le prénom du mari en question et j’attendais un peu ce qui allait lui arriver au pauvre homme.

La fin est juste parfaite et rattrape ce bémol de « prévisibilité ».

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Un extrait :

Vous avez fait un long séjour en Italie ?

– Presque un mois. Mais ça nous a donné envie de recommencer ! Au printemps, quand tout serait en fleurs. Donc Maggie a cassé sa tirelire et a obtenu un nouveau congé. Nous sommes allées d’abord en Grèce, puis à Rome et en Toscane. Toutes ces couleurs ! Ces parfums qu’on pouvait toucher et qui faisaient tourner la tête ! C’était somptueux. Pourtant, nous avons failli ne jamais arriver en Italie…

– Plus d’argent pour les billets de retour ?
– Non, nous les avions en poche. Mais le 15 avril, Nous étions arrivés à Volos, un petit port en Thessalie. De là, nous comptions, après quelques jours de farniente, nous remettre en route vers l’Italie. Le lendemain à l’aube, Maggie m’a réveillée en me disant qu’il fallait partir, qu’elle ne se sentait pas bien. Je ne l’avais jamais vue comme ça, nerveuse, impatiente. Je n’ai pas discuté, j’ai fait mes bagages et nous avons trouvé un bateau qui allait à Athènes et, là, un autre bateau qui nous a emmenées en Italie. En route Maggie a retrouvé son humeur habituelle ; je ne lui ai pas posé de questions. Mais bientôt nous avons appris que trois jours après notre départ, la ville de Volos avait été entièrement détruite par un terrible tremblement de terre qui avait fait beaucoup de victimes…

Rue de la sardine – John Steinbeck

– Californie – années 30 –
John Steinbeck excelle à nous raconter la vie des habitants dans ce petit quartier à Monterey, près de l’océan. Il y a d’abord Lee Chong, l’épicier chinois et Doc, responsable du laboratoire de biologie marine.
Il y a aussi toute une équipe de « bras cassés » qui vivent  dans une usine désaffectée, propriété de Lee Chong : dans l’équipe il y a Mack, Gay le mécano de génie et quelques autres : Eddie, Hughie, Hazel…
La bande de comparses, espèces de de pieds Nickelés, pas piqués des hannetons, décident un jour d’aider Doc. Doc n’est pas docteur,  son boulot c’est essentiellement de ramasser des étoiles de mer, des poulpes et autres curiosités marines pour des instituts de recherche. Il est très apprécié dans le quartier et les gars décident d’organiser une grande fête : pour cela il faut gagner de l’argent et les lascars gardent rarement un boulot plus d’une semaine ….

Leur façon de se procurer de l’alcool m’a fait sourire, l’expédition en Ford T de Mack et de ses amis à elle seule vaut le détour :  un précis de mécanique hilarant comme on n’en fait plus :-). Sous des dessous légers, il y a aussi une réflexion « philosophique » sur le monde dans lequel nous évoluons : le passage de la pêche à la grenouille au système monétaire  m’a donné le fou-rire, ce qui n’est pas si fréquent…(p135)

Un roman assez court, 200 pages, mais à la fois très drôle et plein de tendresse pour ses personnages. En parlant de tendresse, la suite de cet opus s’appelle « Tendre jeudi » (Je connais ma prochaine lecture de Steinbeck)

 

Un extrait

Quelqu’un devrait se décider à écrire un essai sur les effets moraux, physiques et esthétiques du modèle T sur la nation américaine. Deux générations d’Américains en savent davantage sur les engrenages de la Ford que sur le clitoris, sur le système planétaire de son changement de vitesse que sur le système solaire des étoiles.
Chez nous, le modèle T a modifié pour une grande part la notion de propriété. Les clefs anglaises ont cessé d’être un objet personnel, et une pompe pour gonfler les pneus appartient désormais à celui qui l’a ramassée en dernier. Un très grand nombre des bébés de l’époque a été conçu dans un modèle T, et beaucoup y sont nés. La fameuse théorie du « home » anglo-saxon a été tellement bouleversée qu’elle ne s’en remettra jamais.

.Un 

La contrainte chez Philippe est « animal »

Que lire un 12 avril ? Rue de la sardine – John Steinbeck

Mack avait tout son temps. Tôt ou tard, Doc tomberait dans le filet ; il attendait. Si seulement Doc pouvait le premier lui fournir l’occasion, il se méfierait moins. En règle générale, c’était la tactique de Mack.
« Il y a longtemps que je n’ai pas vu Hazel. Il n’est pas malade, au moins ?
– Il n’en a pas envie. » Là il prit l’offensive : « Non, Hazel va très bien. Seulement, lui et Hughie, y sont en train de se chamailler. Y a huit jours que ça dure. Moi je me tiens à carreau, pasque j’y connais rien, pas plus qu’y s’y connaissent rien ; en attendant, y se font la gueule…
– À propos de quoi ?
– Et bien voilà ! Hazel, il est tout le temps en train de fouiner dans les calendriers, enfin les machins sur les astres, les jours de chance, les trucs comme ça… Hughie, y dit qu’il est maboul et Hazel y répond que si vous connaissez le jour qu’un type est né, vous pouvez dire ce qui va lui arriver… Hughie, lui ça le fout en rogne, y dit qu’Hazel est une nouille, qu’il est en train de se faire avoir. Pasque vous comprenez, il les paye, Hazel, les papelards. Moi, tout ça, je m’en balance,. Vous, Doc, qu’est-ce que vous en pensez?
– Je serais plutôt du côté d’Hughie … »
Doc commençait à injecter le liquide bleu.
« Oh ! Mais, hier soir, c’est que ça chauffait ! Y m’ont demandé quand j’étais né. Ben, le douze avril, que je leur ai dit. Alors Hazel, il est allé acheter un de ces papelards, et y m’a lu ma destinée. Y avait pas mal de choses vraies, enfin je veux dire, surtout ce qu’est bon. Au fond, je trouve que chaque type est assez grand pour le savoir, quand il a quelque chose de bon ! Y disaient sur le papelard, que j’étais  chic, et un brave type, épatant avec les amis… Hazel, y trouve que c’est la vérité… Vous, Doc, quand c’est que c’est, votre anniversaire ? »
Au terme de ce long discours, la question paraissait toute simple. Pourquoi diable aurait-elle caché une arrière-pensée ? Si Doc n’avait été rompu aux astuces de Mack, Il eût tout bonnement répondu : « le 18 décembre. » Comme il le connaissait, il répliqua : « le 27 octobre… Demander donc à Hazel ce que cette date signifie…
–Tout ça, c’est probablement de la blague ! poursuivit Mack. Mais Hazel prend ça sérieusement, vous pouvez pas imaginer ! Je vais lui demander de regarder… »
Lorsque Mack eut fermé la porte, Doc se demanda à quoi rimait la comédie. C’était bien son style habituel, et sa technique. Doc fit sa découverte un peu plus tard, quand la rumeur prit consistance. Pour le moment, il éprouvait un soulagement, car il avait redouté le pire.

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Rue de la sardine – John Steinbeck

Que lire un 10 avril ? Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris plus un) – Francis Dannemark

Alice s’est arrêtée de chanter et deux énormes larmes ont lentement coulé sur ses joues.
–Tu vois, ça ne rate jamais, a-t-elle dit avec un sourire qui n’en menait pas large. Lui, il a continué à jouer. Je suis resté à côté de lui, muette. À la fin, il m’a regardée, il m’a lancé un sourire radieux et il a dit : « Don’t be a stranger, dear. » Après le concert, il m’a prévenue qu’il avait des choses à régler avec son manager, qu’il me rejoindrait chez nous plus tard. Chez nous, j’ai trouvé une lettre. Il disait qu’il n’aurait jamais imaginé qu’on puisse être aussi merveilleusement heureux que durant ces années que nous avions passées ensemble. Le lendemain matin, un policier est venu me dire qu’on avait repêché son corps dans la Tamise.
Deux jours plus tard, le 10 avril, Paul McCartney annonçait qu’il quittait les Beatles. «The end of an era », a résumé un journaliste. Je ne savais pas que les Beatles allaient se séparer, mais je savais que Nick allait partir et que personne n’aurait pu l’en empêcher.
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Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris plus un) – Francis Dannemark

Portrait de femme – Henry James

Voilà un livre assez passionnant et plein de suspense. Je ne m’attendais pas du tout à cela.

1870 – Isabel Archer est une jeune femme américaine de 23 ans. Son père est mort récemment, la laissant presque sans un sou. Sa tante Lydia lui propose un séjour en Europe. Isabel est belle, intelligente, instruite…
Le lecteur apprend qu’elle a refusé une demande en mariage avant son départ pour l’Europe, celle de Caspar Goodwood, un homme d’affaires. Il est fou amoureux d’elle et va même jusqu’à la suivre en Angleterre pour tenter de la convaincre de l’épouser.

En Angleterre, Isabel reçoit une deuxième proposition de mariage, cette fois celle d’un Lord qui tombe amoureux en trois visites. Son cousin Ralph est aussi un peu amoureux d’elle…. Son oncle lui lègue une grosse fortune la rendant indépendante financièrement. Isabel Archer va-t-elle faire les bons choix dans uns société où le rôle d’une femme est de se marier et de faire des enfants ?
Le style est suranné (le livre paru en 1880), et est un témoignage également d’une époque de la haute bourgeoisie avec réceptions, sorties au théâtre….

Isabel contre tout attente refuse toute proposition de mariage  : 3 refus en quelques semaines : elle voudrait un peu découvrir le monde avant de s’engager dans une vie matrimoniale. Elle suit donc sa tante en Italie à Florence et c’est à ce moment là que j’ai trouvé que l’intrigue devenait passionnante : on y rencontre une amie de Lydia, Mme Merle et un certain Mr Ossmond, ami de Mme Merle : et à partir de là on ne sait pas à qui on a affaire :  à Mme de Merteuil et à au Vicomte de Valmont ? A Machiavel ?  les intentions des ces deux-là ne sont pas très claires et on se demande où cela va nous emmener : vers le malheur de la belle Isabel ?

Le style est parfois difficile : longues phrases, dialogues plein de sous entendus d’une autre époque mais ce livre est finalement un pavé de 688 pages où l’on ne s’ennuie pas : la fin est pleine de révélations.  Isabel, selon les critères d’aujourd’hui, se révèle bien attachée aux conventions, quitte à se rendre malheureuse (mais ceci est un autre sujet).

Un extrait (page 76)
Le soin de faire les honneurs du pays lui incombait naturellement. Me Touchett était confiné dans son fauteuil et sa femme avait adopté l’attitude d’une visiteuse rébarbative, si bien que le devoir et l’inclination se combinaient harmonieusement pour tracer devant Ralph sa ligne de conduite. Il n’était pas un grand marcheur mais flânait à travers le domaine avec sa cousine ; la persistance du beau temps, que des prévisions lugubres sur le climat anglais avait dissuadé Isabel d’espérer, favorisait la promenade. Pendant les longs après-midi, dont la longueur était à la mesure de son ardeur satisfaite, ils allaient en barque sur la rivière, la chère petite rivière, disait Isabel, dans la rive opposée semblait toujours intégrée au premier plan du paysage. Ou bien ils parcouraient le pays en voiture, dans le phaéton bas et spacieux, monté sur deux larges roues, que Mr Touchett avait beaucoup utilisé jadis mais dont il avait maintenant cessé de profiter. Isabel l’adorait . Manipulant les rênes d’une façon que le groom qualifiait de savante, elle ne se lassait pas de conduire les excellents chevaux de son oncle le long des routes sinueuses et les chemins de traverse parsemés de tous les traits campagnards qu’elle avait secrètement espéré découvrir : cottages à colombages et coiffés de chaume, vieilles auberges garnies de treillis et sablées, parcelles anciennes de communaux périmés, échappées des parcs déserts, haies touffues du plein d’été. Lorsqu’ils revenaient à la maison, les jeunes gens y trouvaient généralement le thé servi sur la pelouse ; Mrs Touchett ne s’était pas dérobée à la dure nécessité de tendre une tasse à son mari mais, d’ordinaire, les deux époux observaient le silence ; le vieux monsieur avait la tête rejetée en arrière et les paupières closes ; penchée sur son tricot, son épouse arborait la mine incroyablement profonde de certaines femmes lorsqu’elles observent le mouvement de leurs aiguilles.