Bondrée – Andrée A. Michaud

Je suis admirative devant le suspense et l’intérêt qu’a su susciter l’auteur Andrée A Michaud dans ce roman noir. Admirative, car sur une histoire au scénario finalement assez mince – une adolescente meurt la jambe coupée net dans un piège à ours (accident, crime ?) , elle réussit à être passionnante pendant 380 pages …
L’action se passe en 1967 : les points de vue alternent entre celui de la narratrice (Andrée comme l’auteure ) qui a douze ans et les différents protagonistes : la jeune fille assassinée, les parents d’Andrée, les deux enquêteurs, les voisins …
De temps en temps un intermède raconte une scène du passé et éclaire peu à peu l’affaire. Andrée nous dit tout dès le 10ème page: Zaza Mulligan et Sissy Morgan vont mourir et bien que l’on sache déjà beaucoup de choses dès le premier chapitre, je ne me suis pas ennuyée une seconde tant l’analyse de A A Michaud sonne juste, qu’elle se mette dans la peau d’un ado de douze ans, de dix-sept ans, d’un trappeur, d’une mère de famille ou d’un policier.
C’est l’été, les enfants vont se baigner dans le lac et se promener dans la forêt qui devient de plus en plus menaçante. Le premier décès peut passer pour un accident mais le deuxième fait venir la psychose du tueur en série.
Un des charmes de ce livre est aussi le mélange des langues : français, anglais, québécois apportant un dépaysement bienvenu (l’action se passe à Bondrée un village-frontière entre Canada et USA).

Personne ne sortira indemne de cet été étouffant …
La fin est très bien amenée et je ne m’y attendais pas du tout.

Un très bon suspense avec une bande son que j’ai apprécié : Lucy in the Sky , Procol Harum et son « A Whiter Shade of Pale »  et bien d’autres …

 

Un extrait :

Il ne pouvait en être certain, mais tout indiquait que Sissy Morgan avait été assommée avant d’être traînée jusqu’au piège qui lui serait fatal. Tant de violence le déconcertait et il espérait que la jeune fille n’était pas consciente au moment où le piège s’était refermé sur sa jambe, ce que démentaient pourtant les larmes séchées sur les joues grises. Il avait tenté de reconstituer l’ordre des agressions dans son carnet, la coupe des cheveux, le coup frappé, le piège, puis il avait éteint le néon qui grésillait au-dessus du corps et amené celui-ci dans la chambre froide. Il ne pouvait plus rien pour le moment, sinon aviser Michaud que son assassin était doublé d’un dangereux maniaque, ce que Michaud savait sûrement déjà, mais Steiner tenait à le dire dans ses mots à lui, des mots froids n’admettant aucune réplique. Il avait donc téléphoné au poste de police de Skowhegan, où un certain Anton Weslake l’avait assuré qu’il transmettrait son message à Michaud, qui se trouvait toujours là-bas, sur les lieux du crime, puis il était rentré chez lui.
Il était près de midi quand Michaud l’avait rappelé de Boundary. Celui-ci était épuisé, cela s’entendait dans sa voix éraillée, mais il semblait surtout anxieux, inquiet de ne pouvoir agir aussi rapidement pour empêcher la découverte d’une troisième victime. Il va recommencer, avait-il murmuré quand Steiner lui avait parlé de la brutalité du meurtre et il avait tout de suite pensé à Françoise Lamar, qui représentait logiquement la prochaine victime. Il avait envoyé un de ses agents chez les Lamar le matin même pour surveiller la jeune fille et le chalet, mais l’angoisse demeurait. Il savait d’expérience que ces détraqués, une fois qu’ils avaient joui du pouvoir que leur conférait la violation d’l’un corps, puis celle, conséquente, de l’intégrité d’un être, ne s’arrêtait pas à une seule agression. C’était cela qui l’inquiétait, que la violence progresse. Il avait d’abord envisagé la possibilité que la haine du tueur n’ait eu pour objet que Zaza Mulligan et Sissy Morgan, des aguicheuses, des intrigantes qui perturbaient l’ordre moral de Boundary, lui avait-on rapporté à demi-mot, mais l’humiliation et la douleur infligée à Sissy Morgan changeait la donne. La haine s’amplifiait et le tueur avait encore faim.

 

LC avec Enna et Sylire

Challenge Polar chez Sharon, et Québec à l’honneur chez YueyinKarine:), et Madame lit 

 

Nirliit – Juliana Léveillé-Trudel

Un livre en deux parties
Dans la première une femme, canadienne, raconte un été dans le grand nord. Tous les ans, elle vient passer deux mois, juillet et août, dans cette contrée où l’hier dure 10 mois et l’été seulement deux. Elle est éducatrice et s’occupe d’adolescents inuits.
Elle s’est fait des amis dans ce petit village du bout du monde. En particulier Eva. On sait dès le début qu’Eva est morte, juste avant son arrivée (noyée, le corps n’a pas été retrouvé).
Dans cette partie on apprend ce qui est arrivé à Eva : le sujet est donc triste, et le regard extérieur de cette narratrice nous fait comprendre tout l’isolement de ce village : alcool, suicide, mal traitance, racisme des « blancs » envers les inuits…. Peu d’espoir donc dans cette partie (livre que je conseille cependant tant l’écriture sait amener à changer de point de vue sur le mode de vie des inuits)

Dans la deuxième partie, la narratrice est repartie au Canada et le lecteur suit la vie d’Elijah, le fils d’Eva. Il a une vingtaine d’années et est déjà père d’une petite fille de deux ans, Cecilia. Mataa, la mère de l’enfant, l’a eu à 16 ans. Dans cette contrée, tout semble difficile tant le climat est oppressant et le village isolé : les habitants semblent être pris d’une frénésie en été et hiberner l’hiver.
Cette partie m’a beaucoup plus émue que la première : la petit fille de  Mataa et d’Elijah y ait pour beaucoup….

**

 Extraits :

Nous vivons dispersés sur cet énorme continent, dans des villes et des villages qui portent de jolis noms à faire rêver les Européens, de jolis noms qu’on s’empresse de traduire parce que nous sommes si fiers de savoir que « Québec » veut dire « là où le fleuve se rétrécit » en algonquin, que « Canada » signifie « village » en iroquois et que « Tadoussac » vient de l’innu et se traduit en français par « mamelles ». Nous avons de jolis mots dans le dictionnaire comme toboggan, kayak et caribou, il fut une époque où des hommes issus des générations de paysans de père en fils entendaient l’appel de la forêt et couraient y rejoindre les « Sauvages », il fut un temps où nous étions intimement liés, nous avons la mémoire courte, hélas.

* *

Toi, Eva, tu es allée rejoindre d’autres statistiques, celles des femmes victimes de violence. Pas la violence conjugale, mais ça aurait pu, il y a de l’amour violent entre les murs de ces maisons identiques, il y a de la jalousie féroce, il y a confusion entre aimer et posséder, vous qui possédez beaucoup mais si peu de choses.
Votre maison ne vous appartient pas. Votre terrain non plus. Tout ça vous est gracieusement prêté par le gouvernement. N’est-ce pas qu’on est fins ? On vous pique votre territoire, mais on vous le prête après. Est-ce pour ça que vous avez tellement besoin de posséder ? Des motoneiges, des bateaux, des quads, des camions pour faire le tour d’un village de quatre rues. Pour vous échapper de vos maisons surpeuplées où vous vivez les uns sur les autres. Vous manquez d’espace dans votre immensité nordique. Comment ça se fait que toute cette richesse ressemble tellement au tiers-monde ?

Québec à l’honneur chez Yueyin, Karine:), et Madame lit 

Music-Hall – Gaëtan Soucy

Voilà un livre étonnant …Et déroutant….Tout d’abord, on découvre Xavier, un jeune garçon, errant tout seul dans New York dans les années 1920. Il dit venir de Hongrie où sa soeur Justine est restée. Pour survivre, il fait partie, en tant qu’apprenti, d’une équipe de démolition. Car New-York est en pleine mutation : Des immeubles sont détruits et leurs habitants expulsés, de nouveaux immeubles sont construits. Tout cela a l’air bien anarchique et peu organisé… une drôle d’époque ….Pas de protection sociale, la loi du plus fort prédomine, les gens se retrouvent à la rue du jour au lendemain…

En plus de Xavier, les autres personnages cherchent leur place : que ce soit Peggy sa jeune voisine qui essaie de l’aider, Lazare le contremaître qui glisse doucement vers la folie ou  Le Philosophe, un vieil homme qui a pris Xavier sous son aile sur le chantier où celui ci est harcelé…Sans compter la grenouille qui joue du banjo (si vous n’êtes pas prêt à croire à une grenouille qui chante et joue du banjo dans un monde par ailleurs très réel, alors passez votre chemin…)

Au départ le livre est un peu long à démarrer, dans les 50 premières pages on se demande où on va arriver,  du coup j’ai fait l’Erreur Fatale : j’ai lu la quatrième de couverture. Pourtant je m’étais jurée de ne plus jamais lire une quatrième de couv’ et là la Rechute : la quatrième raconte tout !! jusqu’à  la page de 200 (sur 400) : Catastrophe, j’attendais ce que la quatrième disait qui allait arriver. Ça m’apprendra à ne pas respecter LE précepte « Tu ne liras jamais la quatrième de couve »
Ce petit inconvénient passé, à partir de la page 200, je suis réellement entrée dans l’histoire pour ne plus la lâcher : je l’ai trouvé passionnante :  Xavier gagne en épaisseur, je l’ai trouvé tour à tour naïf, excessivement intelligent, pudique à la limite de l’obsession, charmant et tête à claque.
Après le milieu de la démolition qui est magnifiquement décrite, Gaëtan Soucy nous invite  dans le milieu du music-hall avec l’autruche de la couverture et  avec des phénomènes de foire. Au milieu de tout ça nous  retrouvons Xavier et  sa grenouille ….
La fin est absolument splendide, totalement inattendue et crédible (enfin si vous croyez aux grenouilles qui jouent du banjo – ce qui est mon cas)

 

Un extrait : 

Lazare s’engage plus profondément dans la venelle. Odeur de vidange et de fruits pourris, d’huile rance. Flaques gluantes qui font crisser les semelles. Culs d’usines, entrepôts et garages, camions à la benne vide, rouille, souillures. Il croise un palefrenier en train de fouiller dans les appétissantes. Son cheval se tient, patient, à ses côtés ; la charrette est comble d’ordures. Le guenillou. C’est ce qu’il a répondu l’hiver dernier au médecin de la clinique qui lui demandait quel était son plus ancien souvenir, à lui Lazare. Le guenillou. La fois qu’il avait été écrasé par le cheval du guenillou. Il avait cinq ans. Il y avait les taches rouges des salicaires, de l’autre côté du chemin, qui l’appelaient comme un chœur d’anges. Sa mère eut un moment de distraction et le petit Lazare se précipita en riant vers les fleurs. Le cheval arriva en trombe, fracassant, occupant tout l’espace. Lazare ressentit ce que doit ressentir une alouette qui s’écrase contre une vitre. Il eut la clavicule cassée, les jambes rompues. Il s’évanouit en éprouvant une sensation d’une extraordinaire intensité, comme s’il venait d’être foudroyé de bonheur.

 

Le billet chez Karine qui m’a convaincue de lire ce livre et où vous pourrez découvrir le nom de la grenouille (je ne suis pas arrivée à l’écrire pour ce billet :-))

 

Québec en Novembre Chez Karine et Yueyin

L’avalée des avalés – Réjean Ducharme

– L’hiver déjà ! annonce Chamomor, entrant nu-pieds dans la chapelle.

Je regarde ses cheveux pleins de vent, ses yeux mouillés de vent. Qu’elle est belle ! Je regarde ses pieds. Elle a les pieds sales. Je me dis que c’est beau d’avoir les pieds sales.

– Que le temps passe ! Comme c’est vite fait le passé ! Quand j’étais petite comme toi, le temps ne passait jamais assez vite.

Quand je serai grande, je ne passerai pas mon temps à déambuler paresseusement dans l’herbe morte. Je serai partie pour un lieu d’où l’on ne revient pas, un lieu où on arrive en passant par des lieux où l’on ne s’arrête pas. Je monterai Pégase et monterai à l’assaut de l’Olympe, comme les Titans, comme Ajax d’Oïlée, comme Bellérophon. Je mourrai en pleine force, de l’explosion même de ma violence. Je me mesurai à la mort en plein midi, plein éveil, pleine gloire. Je me porterai à sa rencontre et porterai les premiers coups. Je connais l’issue de la bataille. Je sais que la lutte sera vaine. Je sais que mes soldats et mes chevaux devront donner l’assaut du bord d’un gouffre. Mais je me battrai quand même. S’il faut perdre, autant perdre beau. S’il faut que mes soldats et mes chevaux tombent au fond de l’abîme aux premiers pas de la charge, autant que ce soient mes chevaux les plus rapides et mes soldats les plus courageux.

=

L’avalée des avalés – Réjean Ducharme

L’avalée des avalés – Réjean Ducharme

Vacherie de vacherie ! (je reprends l’expression favorite de Bérénice, la narratrice de ce livre)

Quel livre !

Bérénice est une petite fille au début du livre (huit ans à peu près) et à la fin du livre elle a une vingtaine d’années.
Elle vit au Canada sur l’île des sœurs avec son père, sa mère et son frère qui a deux ans de plus qu’elle. Les parents se détestent et se déchirent : Ils décident de se séparer et gardent chacun un des enfants. Le père Einberg est juif et élève sa fille dans la religion juive. La mère est catholique et veut élever le fils, Christian,  dans sa religion à elle. Au début, j’ai cru que Bérénice était une sorte de petite sœur de Zazie (celle du métro) ; grande gueule, avec un franc-parler bien à elle et plutôt assez chipie.
En fait il n’en est rien : Bérénice est une petite fille qui souffre énormément des disputes continuelles de ses parents. Pour survivre à ce climat impossible et anxiogène,  elle a une affection démesurée pour son frère Christian.  Pauvre petite fille ! au début on est en totale empathie avec elle, écartelée entre son père et sa mère. Elle ne reçoit aucune tendresse, aucune attention si bien qu’un jour elle essaie de se laisser mourir.  Elle survivra à cette maladie (forte fièvre) et la ressemblance avec Zazie s’arrête là.  Bérénice, un peu après cette maladie, devient franchement antipathique : elle tue les chats de sa mère qu’elle dit détester, une page plus loin elle dit l’aimer. Elle en fait voir de toutes les couleurs à son entourage (entourage détestable de son père et sa mère, pas un pour rattraper l’autre, certes ils ont souffert pendant la guerre mais comme peut on torturer, psychologiquement, ainsi ses propres enfants). De rage, son père l’expédie chez son oncle, juif orthodoxe à New York pendant cinq ans. Son amie Constance la suit mais l’apaisement sera de courte durée.
Pendant cinq années, elle ne verra pas du tout son frère et lui écrira des lettres enflammées : l’aime-t-elle vraiment ce frère ou écrit elle ces lettres uniquement pour faire enrager son père qui lit tout son courrier ?
La petite fille espiègle et malheureuse du début du livre devient une adulte détestable et malheureuse qui se rend, contrainte et forcée par son père en Israël pour faire son service militaire.  La petite fille a disparu, reste une jeune adulte perturbée qui accomplira l’indicible.

Au delà de l’histoire très prenante, l’écriture de Réjean Ducharme est somptueuse et très poétique (Roman paru en 1966 en France, Wiki me dit qu’il a été en lice pour le prix Goncourt)

* *

J’appelle Christian à ma rescousse. Entre-temps, j’ai pris un quotidien de Montréal (La Pressée) et j’ai parcouru les quelques colonnes des annonces classées spécialisées dans les chambres à louer.
– Christian, mon chéri, si notre amitié n’est pas qu’un mot, aide-moi à débarrasser ma v       ie de ce fou furieux qu’est notre cher père !
– Non ! répond-il, imperceptiblement mais rigidement.
– Si tu es mon frère, véritablement, viens partager avec moi la misère dans laquelle je veux me réfugier pour échapper à l’impitoyable angoisse de ce fou furieux !
– Non ! répond-il, imperceptiblement mais rigidement.
–  Nous louerons un meublé crasseux et truffé de cafards, dans un sous-sol, dans le quartier de Montréal où les pires taudis sont !
– Non ! répond-il, imperceptiblement mais rigidement.
– Je t’entretiendrai, comme dans les films français la péripatéticienne parisienne entretient son Jules. Tu verras ; je trouverai vite un emploi. J’ai la langue bien pendue, je suis débrouillarde et courageuse. Je sais danser. Je sais jouer du cor anglais, du clairon et du trombone. Je suis capable de donner des leçons de karaté. Pour augmenter mes revenus, j’apprendrai la dactylographie et la sténographie. Les pornographes s’arrachent les dactylographes qui sont sténographes ! Je parle toutes sortes de langues. J’ai un diplôme de mécanique ; entre cinq heures et sept heures, je réparerai des pneus crevés, huilerai des joints Cardan, remplacerai des bougies, changerai des balais, servirai de l’essence. Je travaillerai jour et nuit ; j’amènerai tant d’eau au moulin que tu pourras t’acheter une voiture sport européenne. Nous mettrons de l’argent de côté et, chaque année, nous ferons les touristes : nous irons à Cunaxa. A Cunaxa, nous courrons parmi les ruines de la défaite de Cyrus, nu-pieds et nu-jambes comme quand nous étions tous petits. Je nous vois à Cunaxa comme si j’y étais. Je nous vois nous baisser pour ramasser le fer qu’a perdu le cheval de Tissapherne quand il se mit à poursuivre les Dix Mille …
– Non ! répond-il, imperceptiblement mais rigidement.

Québec en Novembre Chez Karine et Yueyin

Devinette : trouver le titre et l’auteur

L’hiver est passé. Le printemps est commencé. Il pousse des cheveux verts au travers de la paillasse où la neige a dormi. Il pousse des cheveux doux tout le long de mes pas. Je marche sur la terre et dans l’air, derrière Christian. Gréés d’un cahier, d’une plume et d’un encrier, nous dressons un inventaire en règle de notre faune. Nous sommes des Christophe Colomb. Pied carré par pied carré, nous découvrons l’île. Quarante-deux criquets. Vingt-trois fourmis. Trois bousiers. Un chat. Tout est compté, même Mauriac, le chat que Chat Mort adore. Christian inscrit tout, de sa plus belle encre. Presque à chaque pas, nous écrasons la queue d’un rat. Christian en a inscrit deux mille  pour faire un compte rond.La plus grande richesse de la République d’Afrique du Sud est les diamants. La nôtre  est les rats. Nous avons repéré deux nœuds de couleuvres derrière la corde de bois accôtée contre le dos du pavillon du jardinier. Un renard erre dans les roseaux, maigre et triste, qui cherche pour rien son sentier emporté par les glaces. Six marmottes montent la garde sur le bord de la carrière de charbon. Elles ne restent à la surface de la terre qu’aussi longtemps qu’elles s’y croient les seuls vivants. Elles s’en effacent aussitôt qu’elles voient remuer quelque chose. Leur cou se tordant et se détordant à une vitesse inouïe, elles guettent. Elles passent leur vie à regarder pour s’assurer qu’elles sont seules. Christian frappe une roche de son bâton. Il en jailli deux éclairs : deux belettes. Nous avons deux écureuils, et leur queue est plus grosse qu’eux. Quand ils courent, leur queue flotte comme la plume d’autruche au casque d’un lancier chargeant, comme une plume d’autruche à la queue d’une torpille. Les deux écureuils se poursuivent dans le tunnel, et leurs griffes en battent le métal comme d’une grêle. Largué une nuit par un avion, le tunnel, grand cylindre côtelé, est demeuré comme il est tombé : allongé de travers dans le sable de la poupe de l’île. Christian dit que, parmi les animaux qui nous manquent, il y en a que nous ne connaissons même pas. Par contre, il y en a, comme le chien et le cheval, dont l’absence nous fait excessivement honte. Demain nous aurons notre chien. Nous nous attacherons le premier chien sans médaille que nous rencontrerons sur la route en revenant de l’école. Demain, en revenant de l’école, nous aurons un sac et nous y fourrerons tout ce que nous rencontrerons de criquets, de sauterelles, de blattes, d’escargots, de rhinocéros et d’éléphants. Plus il y aura d’animaux sur l’île, plus nous serons riches. Nous avons écrit une lettre à Chat Mort. Nous la mettrons sous son assiette quand Einberg n’y sera pas. C’est une requête où sont énumérés avec la plus grande précision tous les animaux qui nous manquent. « Chère maman, une chèvre, une vache, un cochon, un cheval, un boa, un panda, un aptéryx… Signé : Christian – Bérénice. »

.

Réponse demain ici même 😉

Un ange cornu avec des ailes de tôles – Michel Tremblay

En treize chapitres, Michel Tremblay nous fait part de sa passion pour les livres. Cela commence très tôt,  à trois ans il ne sait pas encore lire mais il emmène des livres à sa grand-mère qui ne peut pas se déplacer. Cela continue ainsi de chapitre en chapitre : sa première lecture de « grand »  : « L’auberge de l’ange-gardien » de la comtesse de Ségur, sa découverte de Tintin et de la BD qu’il méprise au départ avant de se laisser subjuguer par cet univers, sa découverte des romans d’aventures de Jules Verne, sa passion pour les contes avec Blanche Neige et les sept nains – il essaie pendant plusieurs semaines de changer la fin de ce conte par sympathie pour les nains, sa rencontre-choc avec la littérature québécoise et « Bonheur d’occasion » de Gabrielle Roy, sa découverte quand il est adolescent de Victor Hugo (des pages très drôles où Michel Tremblay se sert de Victor Hugo pour contester les Frères qui enseignent dans son collège de jésuites). Enfin il raconte également ses multiples virées dans les bibliothèques et notamment ses stratagèmes pour emprunter un livre « Orage sur mon corps » d’André Béland, livre qu’il n’arrivera jamais à  emprunter d’ailleurs car la censure veille : il faut être majeur pour pouvoir emprunter un livre traitant d’homosexualité. Il découvre dans d’autres  livres que son homosexualité n’est pas une chose isolée et que beaucoup d’hommes sont comme lui.

A chaque chapitre, il y a des passages savoureux de dialogues avec sa maman qui, elle, lit très peu mais qui encourage sa soif de lecture. Le lecteur suit donc le jeune Michel de ses 3 ans jusqu’à ses 25 ans, de la passion de la lecture à  la concrétisation de sa passion de l’écriture avec la publication  d’un recueil « Contes pour buveurs attardés ».

Le ton de Michel Tremblay est absolument adorable : il est drôle, caustique, ironique et à la fois tendre et bienveillant avec sa maman.  En résumé un livre qui m’a autant plu que « Bonbons assortis », un peu bâti sur la même idée : raconter des tranches de vie de son enfance jusqu’à ce qu’il devienne jeune adulte.

* *

Deux extraits et l’incipit ici

La Saskatchewan a toujours flotté dans l’appartement de la rue Fabre, puis celui de la rue Cartier, gigantesque fantôme aux couleurs de blé mur et de ciel trop bleu. Quand maman nous racontait les plaines sans commencement ni fin, les couchers de soleil fous sur l’océan de blé, les feux de broussailles qui se propageaient à la vitesse d’un cheval au galop, les chevaux, justement, qu’elle avait tant aimés, avec un petit tremblement au fond de la voix et les yeux tournés vers la fenêtre pour nous cacher la nostalgie qui les embuait, j’aurais voulu prendre le train, le long train qui prenait cinq jours pour traverser tout le Canada, l’amener au milieu d’un champ sans limite bercé par le vent du sud et le cri des engoulevents et lui dire : « Respire, regarde, touche, mange tout le paysage, c’est mon cadeau. »

**

Je lisais les aventures de Robert Grant le plus tard possible, jusqu’à ce que ma mère menace de retirer l’ampoule de ma lampe de chevet, en fait, puis je rêvais une partie de la nuit de la traversée de l’Atlantique, du détroit de Magellan, des paysages chiliens, de la Cordillère des Andes… Mon lit était un bateau qui quittait volontiers ma chambre de la rue Cartier pour foncer vers le 37e parallèle à la recherche de la source du Gulf Stream.
Je devenais un marin accompli en même temps que Robert Grant, j’apprenais à monter un magnifique cheval argentin à la robe noire en compagnie de Thalcave, le beau Patagon à moitié nu dont le portrait me troublait tant à la page 95, je traversais à guet le Rio de Raque et le Rio de Tubal, je grimpais des murs de porphyre – les quebradas –, je cherchais en vain mon père au creux des forêts de séquoias ou sur le pic des montagnes enneigées. On disait de Robert Grant qu’il grandissait et se développait rapidement, qu’il devenait un homme ; moi, je lisais au milieu des miettes de gâteaux ou de biscuits au gingembre et je restais désespérément l’enfant envieux qui n’avait pas de destin grandiose.

Québec en Novembre Chez Karine et Yueyin

Je suis un écrivain japonais – Dany Laferrière

Dès le début je suis restée sous le charme de cet écrivain (Japonais? Haïtien ?Québécois?)
Pourquoi ?
Parce que Dany Laferrière est à la fois rempli de doutes (il a écrit 14 livres mais il a l’air en panne pour le suivant, il n’a au départ que le titre  « Je suis un écrivain japonais ») et aussi rempli d’autodérision. Je crois que l’autodérision est ce qui met plaît le plus quand un écrivain parle de son rapport à l’écriture (cf le billet sur « La promesse de l’aube« , billet que je n’ai pas écrit mais il est dans ma tête et comme je vous livre toutes mes pensées …)

L’auteur va chez son poissonnier qui lui instille un doute supplémentaire : a-t-il le droit d’utiliser ce titre ? se demande-t-il en cuisinant son saumon.

Ensuite Dany Laferrière remonte à son enfance caribéenne (que je connaissais pour l’avoir découvert dans « L’énigme du retour« ), il lisait Mishima dans son petit village durement frappé par la malaria.

Dany Laferrière nous balade à travers le monde : Déambulation dans le métro à Montréal avec « La route étroite vers les districts du nord de Basho » dans la main, voyage intérieur en Haîti,  rencontre avec Bjork (une autre île) puis Midori, une chanteuse japonaise de rock (qui est semble-t-il une célébrité au Québec), plusieurs escales au café Sarajevo, un autre rencontre avec son propriétaire (grec) qui réclame son loyer hebdomadaire.

Quelques chapitres sont un peu déroutants car on se demande sans cesse où est la frontière entre la réalité ét la fiction.  L’écrivain suit Midori et 6 japonaises (les sept samouraï  ? )

Ce livre est très drôle car il met en avant les clichés que nous avons tous plus ou moins autour du Japon (touristes avec leur appareil photo, cerisiers et geishas), et ce pays reste pourtant mystérieux. Les personnages japonais ont tous un nom d’écrivain japonais (Murakami, Mishima, Tanizaki, Brautigan – rayez la mention inutile). En effet, ce livre qui n’est pas encore écrit par l’auteur déclenche une « folie » au pays du soleil levant : enthousiasme mais aussi racisme ordinaire …

Sous ces dehors légers et humoristiques, les questions sont d’actualité : qu’est ce que l’identité, a-ton le droit d’écrire sur quelque chose que l’on n’a pas vécu ? Pourquoi les sociétés actuelles sont-elles racistes ?

En bref un excellent moment

Un extrait :

Le téléphone, de nouveau. J’ai beau dire « allô », aucune réponse. J’entends pourtant le souffle de la personne au bout du fil. Finalement une petite voix murmure :
– J’étais assise pas loin de vous dans le métro il y a trois jours.
– Vous dites ?
– J’étais sur la même rangée que vous, et vous lisiez Basho.
Je n’arrivais pas à faire un lien entre la voix et le visage. Je m’attendais un accent asiatique.
– Ah oui, je me souviens…
– Là, vous me confondez avec la chinoise en face de vous que vous n’arrêtiez pas de regarder.
– Cela arrive souvent, fais-je, on regarde quelqu’un alors qu’on est regardé sans le savoir par quelqu’un d’autre.
– Elle, elle est chinoise, mais moi, je suis japonaise. C’est normal, vous étiez dans le quartier asiatique.
– Et comment faites-vous pour savoir qu’elle est chinoise ?
– Ma mère est coréenne et mon père japonais, je sais ce que c’est… Si elle n’est ni coréenne, ni japonaise, c’est qu’elle est chinoise.
Elle rit toujours.
– Et pour les rires… Y a-t-il une différence ?

– Pas tellement. Par contre, le vagin japonais est placé en diagonale et celui de la Coréenne est à l’horizontale. Je ne sais pas pour la Chinoise si ça se trouve elle est verticale. Nous sommes des filles géométriques.
Je ris.
– C’est bizarre vous n’avez aucun accent… Vous parlez comme vous et moi.
Là, elle a vraiment ri. Un rire du fond du ventre. C’est tout de même étonnant que malgré tous ces déplacements sur la planète – personne ne veut ou ne peut rester chez lui – ce soit l’accent qui détermine le plus la place des gens dans la société mondaine. Plus que la race ou la classe. L’accent dit la race et la classe. Une asiatique parle en français avec un accent anglais, c’est presque du bouturage.

,

 

Québec en Novembre Chez Karine et Yueyin

Journée autour de Dany Laferrière

 

La gifle – Roxanne Bouchard

 

La gifle – Roxanne Bouchard

 

Pour ce dernier jour du mois québécois, voici un très court roman (107 pages) qui a su me convaincre.

L’auteure Roxane Bouchard alterne des passages « théoriques » numérotés de I à VII sur ce qu’est une gifle (à ne pas confondre avec une mornifle, une claque ou une taloche) avec des chapitres numérotés de 1 à 7, plus « pratiques », où la tension monte : on devine assez vite qui va être le fameux giflé mais qui peut être le (ou la) giflante ? Avec un ton qui ne manque pas d’humour, Roxane nous emmène au Québec mais dans un Québec qui pourrait aussi se passer en Italie car ce roman met en scène des familles d’origines italiennes vivant à Québec.

Alors qui de la Mamma Gonores Minella, de sa rivale Angelina Galvani, de la galeriste Isabella di Stephano, de la future mariée Alicia Galvani, ou d’un de ses 12 frères (12 ! ) ou de la pulpeuse peintre Camelia Soriano va claquer, gifler ? et pour quel motif ?

Jubilatoire 🙂

.

Un extrait (Chapitre I) :

Au Québec, on ne giflait pas. On fessait, on donnait des volées, des raclées, des coups de poing. Des fois, on se faisait swigner une claque en arrière de la tête, on recevait une tape ou une taloche. Même la baffe ne faisait pas partie des activités courantes. La limite de l’exotisme, chez nous, c’était de se faire sacrer une mornifle.

La gifle et tous ses dérivés européens : le soufflet, la beigne, la calotte, la giroflée (à cinq feuilles), la mandale, le pain, la Talmouse, la tarte et la torgnole ne faisaient  pas, pour ainsi dire, partie de nos élans quotidiens.

Et pour cause : nos ancêtres, ces trapus Canadiens français qui maniaient courageusement la charrue dans la glèbe d’un pays dur, n’avaient pas vraiment de temps à perdre avec ces frivolités de la cour. Quand un homme a une terre en bois debout à défricher  à la hache pour faire vivre sa famille, on peut comprendre que les galanteries coquines, les mœurs aristocratiques, les duels de bout d’épée et les soufflets vengés par le Cid lui passent  cent pieds par-dessus la tête.

Aussi, pour remettre un voisin à sa place, le Survenant optait pour une solide bagarre à grands coups de poings sur le bord de l’étable alors que, pour activer les enfants paresseux, le coup de pied au cul avait généralement la cote.

Nous appartenons à un peu peuple vaillant qui a construit ses terres malgré l’hiver et les moustiques. Nous avons hérité de l’orgueil rugueux du labour et du réflexe qui fesse. C’est pourquoi, quand on abordait jadis le sujet de la gifle devant nos ancêtres, ils étiraient dédaigneusement un petit sourire en coin. Pour eux, la gifle, c’était une moumounerie pompeuse imitant le salut coincé de la reine d’Angleterre.

Ce n’est qu’en juillet 1972, dans un petit village du Bas-du-Fleuve, que la première gifle a brutalement retenti sur une joue québécoise, importée par une main italienne.

 

Le mois de novembre est québécois chez Yueyin et chez Karine

 

Griffintown – Marie-Hélène Poitras

Griffintown – Marie-Hélène Poitras

Ouvrir un livre québécois est toujours une aventure parce que le livre est écrit en français mais un français qui peut nous surpendre à tout moment, comme ça, au détour d’un paragraphe.

Dès l’incipit de Griffintown on est ailleurs :

Le jour se lève sur Griffintown après le temps de survivance, les mois de neige et de dormance.

[..] Derrière l’écurie, le ruisseau a dégelé et ses eaux noires courent vers le canal, vives et furieuses. Il a beaucoup neigé en avril. Une âme bienveillante a dilué un peu de vodka dans les abreuvoirs pour que les rares chevaux qui restent puissent boire pendant la saison froide. L’oscillation constante entre gel et dégel a sévèrement entaillé les rues, les transformant en véritables pièges à calèches. Il faut avoir connu les jours et les nuits de Griffintown pour entrevoir dans ce décor ingrat la possibilité d’un été fécond.

 

Quelques mots sur l’histoire : Billy le lad s’occupe toute  l’année de l’écurie, Paul le patron est plus un gestionnaire.  Cette écurie se trouve à quelques centaines de mètres du métro à Québec mais c’est déjà un autre monde : le monde des calèches et des cochers, dont le métier est de « promener les touristes » dans Québec (à mi-chemin donc entre des cow-boys et des attrape-nigauds). C’est un monde dur que décrit Marie-Hélène Poitras, un monde de laissé-pour-compte qui ne vivent et ne travaillent que six mois dans l’année, au contact de ces fameux chevaux et qui le reste du temps essayent de survivre à l’hiver.

Dans les premières pages on sait que le patron de l’écurie va mourir, assassiné. Par qui ? pourquoi ? c’est un peu le sujet du livre mais pas tant que ça, le sujet est surtout de décrire ce monde au bord de la disparition, un monde  où il n’y a pas réellement de lois.

On a liquidé le patron. L’ordre des choses, jusque-là immuable, vient d’être renversé. Il y aura des questions d’honneur à soupeser, peut-être une vengeance à orchestrer et probablement un message à décoder. Les hommes de chevaux vont devoir rétablir la justice ou s’en fabriquer une et l’imposer. En règle générale, les policiers ne viennent pas au Far Ouest ; les autorités laissent les hommes de chevaux régler leurs affaires entre eux, en autant que leurs histoires ne débordent pas les frontières du territoire. Ce qui se passe à Griffintown reste à Griffintown ; il en a toujours été ainsi.

 

Le meurtre du patron n’est pas à l’avant de la scène, plutôt même un prétexte : on suit surtout les débuts professionnels de Marie, jeune femme naïve, qui veut vivre aucontact des chevaux et de la nature. Elle se lance, pleine d’enthousiasme, dans sa première saison en tant que cochère.

 

Extrait (page 83)

Sur le chemin du retour, John réitère ses conseils une dernière fois : « Parle des Indiens aux touristes européens, d’architecture et d’histoire aux Américains, pointe le magasin de costumes aux familles et rappelle aux rares Montréalais qui montent à bord la signification du « je me  souviens ». Pique par les tronçons de ruelles lorsque c’est trop engorgé ailleurs, évite le plus possible les segments de la rue Saint-Paul en pavé uni – ravageur pour les sabots –, prends garde de rester prise dans la pente de la côte Bonsecours à un feu rouge, et si c’est sur le point d’arriver, pars au trot voire au galop, épargne ton cheval. Les stands devant la basilique et en bas de la place Jacques-Cartier sont le territoire des cochers expérimentés, tant que tu sauras pas reculer, évite-les et  garde un profil bas. Si un touriste te tape sur les nerfs, tu le fais descendre, exactement comme Alice a fait avec toi, souviens-toi qu’il y a un seul maître à bord de la calèche : le cocher. Méfie-toi des camions qui transportent un baril de ciment pivotant ; certains chevaux, convaincus que le baril va leur rouler dessus, s’emballent lorsque les camions s’approchent d’eux. Évite de mettre ton fric dans le coffre arrière quand le Rôdeur surveille ta calèche, et quand tu sollicites les touristes, ça se fait entre le nez de ton cheval et le coffre de la calèche, ne dépasse pas les limites de ton territoire – comme chez les putes.  Tiens-toi loin de la Mouche. De toute façon, tu dois pas être le genre de fille qui emprunte du fric à un shylock… Change la couche de ton cheval dès qu’il y a du crottin dedans, sinon les mouches arrivent et les cochers vont te tomber dessus. Et je ne parle même pas des résidents du quartier, qui nous haïssent presque autant que les chauffeurs de taxi. Ici, ta place, faut que tu la gagnes. T’auras pas à te rapporter à Billy. Si sa calèche et son cheval reviennent intacts, que tu loades un peu et que tu ramènes de l’argent à l’écurie, il te laissera tranquille. Ce sont les cochers entre eux qui régissent le milieu. En d’autres mots, si tu fais pas l’affaire, tu le sauras bien assez vite. Dernière chose : à la fin de la journée, garde ton fouet pas trop loin, comme je te l’ai enseigné. Un cocher rentre à l’écurie les poches pleines et ça se sait. »

 

En conclusion : frais et rude à la fois, dépaysant et plein d’humour, une réussite.

Le mois de novembre est québécois chez Yueyin et chez Karine