Une disparition inquiétante – Dror Mishani

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Une enquête sur la disparition d’un adolescent plus qu’intéressante.

Au début l’alternance des points de vues dans les premiers chapitres m’a un peu gênée. On suit d’abord l’inspecteur Avraham Avraham de la Police de Tel Aviv dans son enquête sur la disparition d’Ofer 16 ans. Puis sans transition le lecteur est projeté dans la tête du voisin du jeune homme. Ce voisin lui a donné des cours d’anglais pendant quelques semaine  et paraît pour le moins malsain. Une fois le rythme pris de cette alternance de point de vue, je dois dire que l’évolution de l’enquête m’a passionnée.

Le lecteur devine assez vite qu’il ne s’agit pas d’une fugue mais l’auteur est très très fort pour nous égarer vers de fausses pistes. Le policier, 37 ans, est très humain et essaie de résoudre le mystère de son mieux. Il se sent coupable de n’avoir pas pris la mère du disparu au sérieux le jour de la déclaration de la disparition, il est parfois jaloux de ses collègues et tremble encore devant sa mère…

De battue en faux indices, et aussi avec un peu de machiavélisme de la part des enquêteurs, l’énigme sera résolue (à moins que la police là encore ne se soit laissée manipuler par plus rusée qu’elle ) 

Le fait que l’action se passe à Tel aviv est également intéressant et dépaysant : Au début l’inspecteur avance même que la littérature policière est peu développée en Israël car il n’y a presque pas de faits criminels, des ado de 16 ans reçoivent des convocations pour le service militaire…

En conclusion : une enquête qui m’a tenue en haleine le week-end dernier.

Depuis ce titre, deux autres enquêtes de cet inspecteur Avraham sont sorties, et j’aurais plaisir à le suivre à nouveau (ce flic à l’instinct faillible …)

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Ma participation au « mois du polar » organisé par Sharon et au challenge « lire sous la contrainte » de Philippe avec la contrainte « article indéfini » et « lire le monde » chez Sandrine

Un livre repéré chez Kathel 

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Si le grain de meurt – André Gide

Le capitaine Julian, que nous avions rencontré chez le général Leclerc, mit à notre disposition des chevaux de l’armée et s’offrit à nous accompagner hors les murs. Je n’avais jusqu’à présent connu de chevauchées que celles du manège, fastidieux défilé des élèves sous les regards critiques du maître qui rectifiait les positions ; mornes tours et retours, une heure durant, dans une morne salle close. Le petit alezan arabe que je montais était peut-être un peu trop fougueux à mon gré, mais quand j’eus pris le parti de laisser pousser sa pointe et galoper tout son soûl, je ne mesurai plus ma  joie. Bientôt, je me vis seul, ayant perdu mes compagnons, ma route, et fort peu soucieux de retrouver avant la nuit ni l’un ni l’autre. Le soleil couchant inondait d’or et de pourpre l’immense plaine qui s’étend entre Tunis et la montagne de Zaghouan et que jalonnent de loin en loin quelques arches énormes de l’antique aqueduc en ruine ;  et je l’imaginais celui-là même qui portait à Carthage les eaux limpides du nymphée. Un étang d’eaux saumâtres semblait un lac de sang ; je suivis des bords désolés d’où quelques flamants s’envolèrent.

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Si le grain de meurt – André Gide  (page 291)

Izo – Pascal de Duve

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Un jour de pluie au jardin du Luxembourg .

Le narrateur, dont on saura très peu de chose hormis son statut d’étudiant, « rencontre » un homme étrange, chapeau melon, costume noir et grosses chaussures bombées.

L’homme semble tout droit sorti de Golconde, ce tableau de Magritte. Il est une « goutte » de cet orage étrange qui a trempé Paris.

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L’homme se contente de répéter ce que dit le narrateur. Il n’a pas de nom, pas de mémoire, ne maîtrise pas le langage

Le narrateur décide de prendre cet homme étrange sous son aile. Après une nuit à l’hôtel, ils se retrouvent dans Paris. Commence alors une épopée qui m’a tenue sous le charme de cet étrange Izo. En effet, dans la rue, une femme croit reconnaître l’inconnu sous le nom d’Izobretenikhoudojnika, qui signifie l’imaginaire du peintre en langue russe. L’homme au chapeau melon répondra dès lors  à ce doux nom vite transformé en Izo.

Ce qui m’a plu ?

  • Un regard naïf sur le Paris de la fin des années 80 : le métro, sa carte orange et ses tickets, les supermarchés et les étiquettes de prix, ses cafés et l’agitation des rues.
  • des coïncidences et des rencontres incroyables
  • Les tics de langage d’Izo qui finit souvent ses phrases, par oui, oui (et aussi par non, non)
  • des réflexions faussement « innocentes » d’Izo (sur l’Ayatollah Khomeini, sur l’art, sur la religion)

Si au départ Izo ne parle pas le français ni aucune langue, il est d’une prodigieux intelligence et apprend très vite : le perse, le chinois, l’arabe. La moindre balade dans un supermarché ou dans les rues devient le prétexte pour observer d’une manière nouvelle une situation très banale a la base.

Izo apprend à lire en quelques jours (avec les albums de Tintin) puis dérive rapidement vers le dictionnaire.

  • les « erreurs de langage » d’un Izo se réclamant « réfugié poétique demandant un quart de toujours » (au lieu de réfugié politique demandant une carte de séjour)

Très intelligent Izo n’en reste pas moins très naïf et ne comprend pas certains situations qui font rire le lecteur.

  • Derrière cette apparente légèreté, Izo mène une réflexion sur la mémoire, son absence de souvenirs d’enfance, et se tourne dans la religion dans l’espoir de trouver un sens à la vie, religions qu’il finira par rejeter.

La quête spirituelle prendra un tour inattendu qui m’a également beaucoup plu (même si elle est plutôt tragique)

En lisant la postface on en apprend d’ailleurs beaucoup plus sur cet Izo qui n’est que le portrait de l’auteur lui même face à un monde qui lui échappe (Pascal de Duve décèdera du sida trois ans après la parution d’Izo)

Enfin ce passage m’a parlé car il représente quelques tableaux que je connais de Magritte (j’en connais très peu alors je me dis que j’ai dû rater plein d’autres passages faisant allusion à Magritte)

Ensuite Izo écrivait que le décès d’Odile Crock n’était plus pour lui une énigme douloureuse ; il avait fini par comprendre et accepter que « comme toutes les autres choses, la vie aussi a une fin » ; que « beaucoup de gens l’oublient et trouvent que la mort est quelque chose de très grave alors que, en fait, c’est quelque chose de normal qui arrive à tout le monde ; oui ».

Dans le paragraphe suivant, il prétendait avoir trouvé « le panneau secret dans la bibliothèque des souvenirs» ; il assurait avoir pu le faire pivoter, et explorer, le temps d’un éblouissement, la vastitude de la pièce cachée, haute comme une cathédrale », avec « ses rayons d’archives sur lesquelles reposait une poussière vierge comme une première neige » ; suivait alors un récit tout à fait désopilant, évoquant une « Mer des origines, qui seule le Premier Jour avait connu un Hier », et de laquelle Izo serait sorti, « tout petit et tout ruisselant, en long manteau noir et chapeau melon assorti » ; heureusement que sur la plage, « papa et papa attendaient, très grands, en longs manteaux noirs et chapeaux melons assortis » ; il paraît aussi qu’ils « toussotaient d’aise en constatant qu’il n’y avait aucune bosse dans mon petit chapeau, qu’il ne manquait aucun bouton à mon petit manteau, et que les lacets de mes petites chaussures étaient noués comme il fallait » ; ensuite, Izo aurait grandi « dans une maison aux fenêtres éclairées » à un endroit où « l’azur de midi surplombait une éternelle obscurité de minuit » parce que « la lumière et l’ombre ne se fréquentaient pas », s’échangeant uniquement « un vent vertical où se croisaient une odeur épicée de nuit d’été et un parfum frais de matin de printemps » ; Izo confessait aussi avoir été « un enfant difficile » qui « horrifiait parfois posément papa et papa en leur disant, je crois que je vais être méchant ; oui »,  et auquel « papa et papa » racontaient alors pour l’effrayer, ce qui se passait dans le château maudit » qui était « situé sur le sommet d’un rocher accroché dans le ciel au-dessus de la Mer » ; dans une de ses salles immenses, sous un ciel menaçant, une forêt de quilles hostiles bordait une grève inquiétante sur laquelle galopait désespérément un jockey perdu, affolé de ne pas apercevoir la fin du chemin » ; dans l’espace adjacent,  « un homme venait toujours d’égorger une femme », et, avant de reprendre sa valise et son manteau et son chapeau déposés sur une chaise, « s’attardait tragiquement en plongeant rêveusement son regard dans les profondeurs d’un grand gramophone aphone », dans une troisième pièce, « des messieurs en noir n’en finissaient pas de danser avec des femmes pour les tuer d’épuisement », sur un air « macabrement muet » ;  le paysage nocturne peint à même les parois « représentait les arbres sinistres, ivres de plaisir » ; entre-temps, dans le donjon, « lové sur un divan un premier cercueil attendait lascivement le corps de la femme égorgée » ; d’autres bières en chaleur « préféraient patienter au balcon en regardant le brasillement de la Mer », par lequel d’ailleurs, les flots négociaient avec le ciel « quelque secret compromis de lumière » tout en courtisant la plage où venaient se divertir les mystères ».

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Le château de Pyrénées

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L’art de la conversation

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La mémoire

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Le jockey perdu (que vous pouvez retrouver ici)

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Etude de l’assassin menacé

En conclusion : Un auteur que je ne connaissais pas du tout (même de nom) et qui dans la postface est comparé à Queneau, Vian et Marcel Aymé (si, si)

Un coup de cœur (et si vous voulez connaître ma définition du coup de cœur , c’est un livre qu’on a envie de relire juste après avoir dévoré la dernière page)

Participation à l’agenda ironique de février organisé par Jo avec le thème « critique littéraire»

Résultat du concours « Avatar de la jument verte »

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Et voici le quarté (et u peu plu gagnant…)

Ce fut très serré et il a failli y avoir photo à l’arrivée

Les votes ont désigné Cécile et sa jument lettrée avec 10 votes (talonnée de près par Célestine, Syl – 9 votes – elles mêmes devançant Martine d’une courte encolure – 8 votes).

Merci à tous (participants et votants

Pour les gagnantes du quarté, merci de m’envoyer votre adresse pour l’envoi de votre Tikado.

Je vais de ce pas changer mon avatar 🙂

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Au bonheur des ogres – Daniel Pennac

Je reçois le coup de plein flanc. Pas le temps de reprendre mon souffle qu’une autre attaque, frontale, cette fois, m’envoie au tapis. Je n’ai plus qu’à me mettre en boule, me rassembler au maximum, laisser pleuvoir, attendre que ça passe tout en sachant que ça ne passera pas. Et ça ne passe pas ; ça me tombe dessus de tous les côtés à la fois. L’image qui me vient alors est celle de ces marins américains dont le bateau s’est fait couler quelque part dans le Pacifique, vers la fin de la guerre. Les hommes à la mer s’étaient agglutinés, pour faire bloc, et flottaient en se tenant les coudes, comme une immense flaque humaine. Les requins avaient attaqué cette galette en commençant par les bords, grignotant, grignotant, jusqu’au cœur.

C’est exactement ce que Stojil est en train de me faire. Il a repoussé mes forces autour de mon roi et attaque de tous les côtés à la fois. Cette capacité qu’il a de jouer simultanément des diagonales et des perpendiculaires indique le Stojil des grands soirs. Tant mieux, d’ailleurs, car quand il ne voit pas, Stojil, il triche ! Le seul type au monde capable de tricher aux échecs. Toutes ses pièces chevauchent deux ou trois cases, la vue de l’adversaire se brouille, le monde chavire, le moral tomba zéro, car la vraie mort des valeurs, c’est un échiquier flou. Ce soir, pas besoin de ça. Il voit ! Il voit et j’admire. Toutes ses attaques se font à la découverte. Un cheval fait son bond de crabe et le fou jaillit par en-dessous, aussi net et inattendu qu’une lame. Le cheval, en retombant, plante aussi sa fourchette dans sa part de gâteau. Si je gare ma jambe, on me bouffe le bras, si je rentre la tête, je meurs étouffé. Pas à dire, c’est le Stojil des grandes nuits.

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Au bonheur des ogres – Daniel Pennac

 

Mes lectures 2017

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Voilà les recommandations de douze (enfin un peu plus ;-)) amis de ce blog 🙂 et ce que je vais lire en 2017. Dans l’ordre d’arrivée, mais pas forcément de lecture cette année, nous avons :

1 – Lydia : « La terre qui penche » de Carole Martinez

2 – Gwenaelle : « La mémoire est un chienne indocile » d’Elliot Perlman

3 – Kathel et Quichottine  : « Réparer les vivants » de Maylis de Kerangal  

4 – Philippe  « Jolie libraire dans la lumière » » de Frank Andriat.

5 – Prudence « ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » de Raphaëlle Giordano

6 – Ingannmic : « Effacement » de Percival Everett 

7 – Aymeline : « Bilbo le Hobbit » de JRR Tolkién 

8 – Gibulène : « Le Réveil du coeur » de François d’Epenoux 

9 – Mind : « Le Caillou » de Sigolène Vinson, 

10 – Émilie : « Délivrances » de Toni Morison

11 – Mo : « Le troupeau aveugle » de John Brunner

12 – Soène :  Jeanne Bénameur « Profanes » ou « L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage » de Haruki Murakami

13 – La Licorne : « Le cas Malaussène » de Daniel Pennac

14 – Moglug : L’homme qui rit de Victor Hugo

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Pour qui cloche le merle – Patience Steinbock

Pour qui cloche le merle – Patience Steinbock

 Et pour voir la couverture c’est ici

Chères lectrices et chers lecteurs de ce modeste blog

Après mon aventure avec des G**gle glass que je relatais ici, j’ai voulu retenter l’expérience et commencer une lecture sur une liseuse connectée avec ce nouveau titre «Pour qui cloche le merle » de Patience Steinbock.

Un livre « lu » sur la toute nouvelle liseuse que m’a prêtée G**gle et qui devrait contenter tous les adeptes de la lecture et aussi ceux, de plus en plus nombreux, des livres audio. En effet on peut «lire» ce roman soit en mode « Total » et alors c’est Patience et sa douce voix qui raconte l’histoire, soit en mode « lecture seule avec bruitages» avec les G**gle Glass sur le nez et là le lecteur lit à son rythme et il entend les bruits de fonds. J’ai testé le mode « lecture seule avec bruitage », je m’explique : L’innovation technologique de cette liseuse est qu’elle s’adapte à la vitesse de lecture de la personne (grâce à la géolocalisation de vos yeux sur le texte au moyen des Google Glass).

Ainsi on entend via les branches des fameuses lunettes, les petits bruits d’oiseaux ou le fameux merle, on entend les cloches sonner pile au bon moment … Par exemple au moment où vous lisez cette phrase « Il tendit la main vers la mitraillette, sortit le chargeur qui était dans le magasin, en prit d’autres dans sa poche, regarda dans le canon, remit un chargeur en place, puis regarda vers le bas de la pente (1)» retentit le bruit le claquement sec d’une mitraillette que l’on recharge ajoutant une tension incroyable au récit.

Autre exemple, le bruit des cloches de l’église ponctuent crescendo l’affrontement des deux clans. Enfin, le lecteur entend arriver Justine Putet bien avant la lecture avec le grincement de ses chapelets.

Voici pour la forme.

Sur le fonds, Patience Steinbock nous emmène dans un charmant petit village  de Clochemerle. Bon jusque-là ça sent le plagiat et bien pas du tout car Patience sait renouveler le genre.  Ce roman est le deuxième que je lis dans cette nouvelle collection que j’avais présentée ici. Gallimard fusionne deux romans mais ce roman ne s’arrête pas à la fusion de « Pour qui sonne le glas » et « Clochemerle » . L’histoire est pour le moins décapante : Sans trop vous en dire, l’action passe dans un petit village imaginaire Clochemerle où on retrouve certains personnages des deux romans : certains étant pour l’installation d’une antenne sur les fameuses vespasiennes de leur village – par G**gle – et d’autres résolument contre…

Ce roman met en scène une multitude de personnages,  Patience n’en  a inventé aucun mais elle a su les mettre en valeur. Nous retrouvons donc le héros de « Pour qui sonne le glas » Robert Jordan, qui nous raconte d’un œil  ironique l’arrivée dans ce petit village de G**gle qui souhaite installer des « Gogues connectées ».

Les habitants de Clochemerle seront également divisés : ceux au sud du pont pro G**gle et ceux du Nord-antiG**- projettent même de faire sauter le pont (fallait bien mettre quelques passages de Pour qui sonne le glas…)

J’attends avec impatience le troisième opus de Patience Steinbock qui, selon des sources autorisées, bénéficierait de la technologie « olfactive » dont on dit grand bien…

Je vous remercie de votre attention 

Valentyne

 (1) Phrase tirée de Pour qui sonne le glas

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Ma participation à l’agenda ironique de février hébergé par Jobougon avec pour thème « écriture d’un chronique littéraire »  je cite

Choisir un livre et en faire une critique littéraire.
Que vous l’ayez lu ou pas.
Qu’il existe réellement ou pas.
Qu’un livre intrus se soit glissé distraitement dans le lot.
Que vous rêviez de l’écrire, ou pas.
Ou qu’il soit, peut-être encore soigneusement conservé dans quelque bibliothèque secrète ou interdite.
Que sais-je encore…
L’idée, c’est d’écrire une critique littéraire qui donne soit envie de le lire, soit au contraire, nous en dissuade.

Martiens, go home ! Fredric Brown

Ce fut chez les militaires que l’arrivée des martiens sema le plus de victimes, dans le monde entier.

Partout, des sentinelles vidèrent leurs armes sur eux. Les Martiens goguenards, les encourageaient à continuer.

Les soldats sans armes à leur disposition chargeaient sur eux. Certains se servirent de grenades. Des officiers employèrent la baïonnette.

Le résultat fut un vrai carnage – chez les soldats,  s’entend. Le prestige des Martiens devait s’en trouver accru.

Le pire supplice intellectuel fut celui qu’endurèrent les officiers en charge dans des installations ultrasecrètes. Car ils ne furent pas long à se rendre compte (ceux, du moins qui étaient intelligents) qu’il n’était plus désormais question de secret, ultra ou autre. Pas pour les Martiens. Ni pour personne d’autre, vu la prédilection des Martiens à colporter des commérages.

Ce n’était pas qu’ils fussent attirés par les questions militaires. Leur examen des dossiers concernant les bases secrètes de fusées et les superbombes les laissait parfaitement indifférents.

  • Des c…ades, Toto, dit au général commandant la base « Able » (la plus ultrasecrète de toutes) le Martien assis sur le bureau de ce dernier. Vous ne pourriez pas enfoncer une tribu d’Esquimaux, avec n’importe quelle de vos armes, s’il savait seulement varnoufler. Et nous pourrions leur apprendre, rien que pour vous faire marronner.
  • Et qu’est-ce que vous entendez par varnoufler, tonnerre de Dieu ? rugit le général en s’arrachant les cheveux.
  • Tu es un vilain curieux, Toto.

Le martien se tourna vers l’un de ses congénères. Ils étaient quatre en tout dans la pièce.

  • Hé, dit-il, couimons voir un peu chez les Russes. On comparera les plans secrets.

Tous deux disparurent.

L’un de ceux qui restaient dit à son compagnon :

  • Écoute-moi ça. Un vrai poème !

Et il se mit à lire à haute voix un document supersecret détenu dans le coffre-fort blindé. L’autre martien eut un rire méprisant.

Le général aussi eut un rire, qui n’était pas de mépris. Ce rire se continua jusqu’à ce que deux  de ses adjoints l’eussent emmené avec ménagement.

Le Pentagone était une maison de fous. Le Kremlin aussi. Or l’un et l’autre avaient plus que leur part de Martiens.

En effet ceux-ci témoignaient – et témoignèrent toujours – d’une scrupuleuse impartialité.

Ils se répartissaient partout en proportion. Aucun endroit ne les intéressait plus qu’un autre. Maison-Blanche ou chenil, c’était tout comme. Les plans d’installation de la station interplanétaire ou les détails de la vie sexuelle du plus humble balayeur de rues leur inspiraient le même ricanement.

Et partout, de toutes les façons, ils envahissaient l’intimité. Les mots mêmes d’intimité, de secret, n’avaient plus de sens, ni sur le plan individuel ni sur le plan collectif. Tout ce qui nous concernait sur ces deux plans les intéressait, les amusait et les dégoûtait.

Manifestement, leur propos était l’étude du genre humain. Ils ne prêtaient pas attention aux animaux (mais n’hésitaient pas à les effrayer ou les tourmenter si l’effet en retombait indirectement sur les hommes).

Les chevaux notamment les craignaient beaucoup, et l’équitation – tant comme sport que comme mode de locomotion – devint impraticable à force de danger.

Seul un casse-cou se fût enhardi, avec les Martiens dans les parages, à traire une vache sans l’attacher et lui immobiliser les pieds.

Les chiens piquaient des crises de nerfs. Beaucoup mordirent leurs maîtres, qui durent  s’en débarrasser.

Seuls les chats, passés les premières expériences, s’accoutumèrent à leur présence et la supportèrent avec un calme olympien. Mais les chats, comme chacun sait, ont toujours été des êtres à part.

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Martiens, go home ! Fredric Brown

A l’est de Pandémonium – De Patience Steinbock

Vous vous souvenez sans doute de ce livre qui avait défrayé la chronique en 2023 « A l’est de Pandémonium » – de Patience Steinbock édité chez Galligrasseuil. Eh bien figurez vous que sort bientôt – le 10 février parait-il – le deuxième roman de cette auteure (dont l’anonymat vaut celui d’Elena Ferrante il y a un peu moins d’une dizaine d’années)
N’ayant pas pu lire ce deuxième roman ayant pour titre « Pour qui cloche le merle »  (mais je ne désespère pas), je vous enjoins de vous replonger dans le premier dont voici un bref rappel :
 :
Quatrième de couv : 
 Bakiavélite, le narrateur du premier roman de Patience Steinbock est un téléphone, mais pas n’importe quel téléphone. 
Notre héros trône dans la salle du conseil de Monsieur le Diable, à l’est de Pandémonium. 
Ce téléphone est bien entendu au top de la technologie, répondeur enregistreur, sans fil, reconnaissance des voix et tutti-quanti. Ce livre liste les requêtes passées au Diable, ses réponses, ses conseils aux belles-mères jalouses, aux enfants pas si innocents.  Les dialogues du diable,  avec les chevaliers de l’apocalypse, sur fond de galops fougueux, sont tour à tour des moments de frustrations, d’impatience et d’intenses jubilations. Les espoirs du diable par rapport à ses plans  nous sont racontés par le menu. 
Notre téléphone vit consciencieusement sa vie de téléphone, neutre et stoïque,  jusqu’au jour où il tombe amoureux de la douce voix du répondeur de Dieu (car le répondeur de Dieu est une voix de femme). Il découvre alors avec espoir et stupeur des émotions qu’il ne soupçonnait pas.  Notre héros sent qu’il est l’heure de prendre un nouveau départ, de revendiquer sa liberté, de dépasser ses forfaits et limites. Les deux complices vont trafiquer les conversations, mettre leur grain de sel, de miel  et de fiel…. .ET CHANGER LE COURS DU MONDE.
 
QUELQUES AVIS

Un roman où le désir de vivre se mélange à l’angoisse de mourir. Une gifle que nous assène Patience Steinbock ! 

Une gigantesque fresque qui ne vous laissera pas une minute de répit. 
The Phone-house
 
Vous verrez votre téléphone d’un autre oeil à partir de maintenant.  
Orange – opérateur téléphonique
 
Un livre sacrilège qu’il ne faut absolument pas lire 
L’écho des écuries – y’a même pas un vrai cheval, juste de bruits de galop.
 .
Gageons que j’ai le temps de lire le deuxième opus de Patience (couverture  ici) d’ici le 19 février, fin de l’agenda ironique de février
Recyclage d’un texte de mon ancien blog pour l’agenda ironique de février organisé par Jobougon 

Le jeu : Nouvel avatar pour la Jument verte

Bonjour à tous et à toutes

Voici venu le temps des votes 😉

Ont participé au concours et je les remercie vivement :

Martine d’Ecriturbulente et sa jument de bois

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Monesille et sa jument de pierre

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Lydia et son timbre

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Célestine et sa jument à fleur

jument-verte

 

Cécile fait deux propositions : une jument lettrée et une zèbresse verte

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et Mind the gap prend des photos pendant ses vacances 🙂

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Edit du dimanche Syl se joint à la liesse et propose une jument à Chapeau Chinois

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Les votes sont ouverts  ( 2 choix possibles) :

 

 

Les votes sont ouverts pour 15 jours soit jusqu’au 19 février