De si jolis chevaux – Cormac Mccarthy

DESIJOLISCHEVAUX

Texas, 1949 – Le grand père de John Grady Cole vient de mourir. John Grady a 16 ans et il essaie de convaincre sa mère de ne pas vendre le ranch et qu’il est capable de le reprendre. Celle ci, comédienne, le somme de finir ses études et met le ranch en vente.
John Grady décide alors avec son ami Lacey Rawlings, 17 ans, de partir vivre au Mexique et de se faire embaucher dans un ranch.
Les jeunes gens partent et parviennent sans trop d’encombres au Mexique. En chemin, ils rencontrent un certain Jimmy Blevins, qui a à peine 14 ans et qui semble fuguer, lui aussi, mais vraisemblablement sur un cheval volé. Les trois jeunes gens poursuivent un moment leur route, jusqu’à la séparation par un orage particulièrement fort. Blevins perd son cheval et essaie de le récupérer avec ses deux « amis ». Les trois jeunes gens seront poursuivis pour vol de cheval.
Amateur de grands espaces, de galops et d’amours impossibles, arrêtez vous et venez passer un moment avec John Grady (un peu fou quand même le jeune homme !). Un livre très difficile par moment (pas très accueillants avec les soi-disant voleurs de chevaux, les mexicains). Si, en plus, les jeunes hommes font les yeux doux à leur fille, alors la vengeance ne se fait pas attendre.
Je ne me suis pas ennuyée un seul instant avec les aventures de John Grady et de son ami, Lacey. Un peu inquiète à un moment, je répétais en boucle « Cette histoire va mal finir »….et puis ouf !
Quelques difficultés de lecture cependant : des dialogues en espagnol (et non traduits) , des dialogues traduits mais où il n’est pas toujours facile de savoir qui parle (pas de tirets) et aussi des phrases loooongues.

En conclusion :  un peu dur à suivre…mais passionnant.

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Un extrait : p116 (pour ma part le tournant du livre)

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Les vachers les reconnurent à la façon qu’ils avaient de se tenir à cheval et les appelèrent caballeros et ils échangèrent du tabac avec eux et leur parlèrent du pays. Ils conduisaient le bétail vers l’ouest, franchissant à gué des ruisseaux et une petite rivière et débusquant devant eux des hardes d’antilopes et de biches à queue blanche tapies dans les bosquets d’énormes peupliers à travers lesquels ils passaient et ils continuèrent ainsi jusqu’à ce qu’ils arrivent en fin d’après midi à une clôture où ils prirent au sud avec le troupeau. Il y avait une route de l’autre côté de la clôture et sur la route il y avait des traces de pneumatiques et des traces de chevaux encore visibles après les récentes pluies et une jeune fille arrivait à cheval le long de la route et les dépassa et ils interrompirent leur conversation. Elle portait des bottes et un pantalon de cheval anglais et une veste d’amazone en serge bleue et elle tenait une badine à la main et le cheval qu’elle montait était un cheval de selle arable à robe noire. Elle était sans doute passée à cheval par la rivière ou par les bas-fonds marécageux car le cheval était mouillé jusqu’au ventre et les quartiers de cuir de la selle paraissaient plus foncé en bas sur les bords et ses bottes aussi. Elle était coiffée d’un chapeau de feutre noir à calotte plate et à large bords et ses cheveux noirs flottaient librement sous ce chapeau et lui tombaient dans le dos presque jusqu’à la taille et en passant devant eux elle tourna la tête et sourit et toucha le bord de son chapeau avec sa badine et les vachers touchèrent l’un après l’autre le bord de leurs chapeaux même ceux qui avaient fait semblant de ne pas la voir passer. Puis elle fit prendre à son cheval un amble d’école et disparut un peu plus loin sur la route.

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Challenge totem de Liligalipette , Animaux du monde chez Sharon, Challenge américain chez Noctenbule

Challenge à tout prix chez Asphodèle : Livre qui a reçu le prix National Book Award en 1992 – Premier tome d’une trilogie (j’ai emprunté la suite à la bibli)

 

Livre traduit par François Hirsch et Patricia Schaeffer  

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L’amazone – François Coppée

jeudi-poesie

En octobre, Asphodèle nous présentait un poème de François Coppée.

Quelques recherches plus tard, voici mon choix pour ce Jeudi Poésie :

L’Amazone

Devant le frais cottage au gracieux perron,
Sous la porte que timbre un tortil de baron,
Debout entre les deux gros vases de faïence,
L’amazone, déjà pleine d’impatience,
Apparaît, svelte et blonde, et portant sous son bras
Sa lourde jupe, avec un charmant embarras.
Le fin drap noir étreint son corsage, et le moule ;
Le mignon chapeau d’homme, autour duquel s’enroule
Un voile blanc, lui jette une ombre sur les yeux.
La badine de jonc au pommeau précieux
Frémit entre les doigts de la jeune élégante,
Qui s’arrête un moment sur le seuil et se gante.
Agitant les lilas en fleur, un vent léger
Passe dans ses cheveux et les fait voltiger.
Blonde auréole autour de son front envolée :
Et, gros comme le poing, au milieu de l’allée
De sable roux semé de tout petits galets,
Le groom attend et tient les deux chevaux anglais.
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Et moi, flâneur qui passe et jette par la grille
Un regard enchanté sur cette jeune fille,
Et m’en vais sans avoir même arrêté le sien,
J’imagine un bonheur calme et patricien,
Où cette noble enfant me serait fiancée ;
Et déjà je m’enivre à la seule pensée
Des clairs matins d’avril où je galoperais,
Sur un cheval très vif et par un vent très frais,
A ses côtés, lancé sous la frondaison verte.
Nous irions, par le bois, seuls, à la découverte ;
Et, voulant une image au contraste troublant
Du long vêtement noir et du long voile blanc,
Je la comparerais, dans ma course auprès d’elle,
A quelque fugitive et sauvage hirondelle.

Max-Liebermann-Reiter-und-Reiterin-am-Strand--1903Tableau de Max Liebermann

Le ciel de Bay City – Catherine Mavrikakis

BAYCITY

LC avec Karine :). Son billet est ici 

Amy Duchesnay est né dans le Michigan en 1961. Elle devrait s’appeler Amy Rosenberg. Mais sa mère a changé de nom car elle a été adoptée en France dans les années 40 par des paysans normands, les Duchesnay. Toute la famille de Denise, la mère d’Amy, a été exterminée dans les camps de concentrations nazis. Seules Denise et Babette, sa soeur, ont survécu, puis émigré aux Etats Unis dans les années 50.
A la maison, personne ne parle jamais de l’Holocauste mais toutes les nuits, Amy , 17 ans, revit ces moments dont personne ne lui a parlé, parle à sa soeur aînée décédée à la naissance (aux Etats-Unis), parle également à ses grands parents décédés à Auschwitz.
Le jour, elle est une ado presque normale, écoute le sulfureux Alice Cooper chanter « Welcome To my Nightmare », travaille au K-Mart, fait l’amour dans la voiture de ses petits amis. Elle espère aller un jour à l’université pour fuir la petite maison étriquée de son oncle et de sa tante. La nuit , elle revit le massacre d’innocents, les juifs pendant la guerre mais aussi les indiens d’Amérique exterminés bien avant sa naissance.

Ce livre est une claque ! Il alterne des périodes où Amy a 17 ans, ses tendances suicidaires, puis 20 ans plus tard. J’ai beaucoup aimé cette alternance passé-présent qui permet de  » s’aérer » entre deux passages très morbides  et aussi de voir qu’Amy va s’en sortir, avoir une fille Heaven qu’elle adore, …et devenir pilote d’avion pour rejoindre ce ciel qu’elle maudit tant….
Né un 4 juillet 1961, le jour de la fête nationale américaine,  la vie d’Amy prendra un tournant début juillet 1979…..quelques jours avant sa majorité…et le jour de cette même fête.
Un périple l’emmènera en Inde puis dix ans après en « visite » à Auschwitz pour essayer de comprendre ….

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En conclusion : Ce livre est une claque ! je l’ai déjà dit non ?
Une claque à lire. Je me demande dans quelle mesure ce livre est autobiographique : Catherine Mavrikakis est née à Chicago en 1961, d’un père grec et d’une mère française.

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Un extrait (p 37)

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Dans le ciel mauve de Bay City, il arrive que retombent les fumées grises d’Auschwitz, des camps désaffectés bien loin là-bas, de l’autre côté de l’océan, des camps dont ma mère et ma tante ne cessent de parler dans une langue apeurée que je ne réussis pas toujours à comprendre mais dont je sais la couleur cendrée. Au-dessus de nos têtes, les cadavres planent, les esprits voltigent et mêlent leurs corps éthérés, souffrants, hargneux aux gaz toxiques et chauds des usines essoufflées du Michigan. Il m’arrive de voir dans le ciel mauve la violence des temps guerriers, maudits. Ma mère et ma tante chuchotent. L’une dit à l’autre de se taire, de ne rien craindre. Ces deux là tentent d’oublier ce à quoi elles ont échappé, leur conversion au catholicisme, les multiples cachettes pendant la guerre, les secrets bien gardés dans une bigoterie minutieusement et authentiquement chrétienne ou dans la fierté républicaine. Loin des furies de l’Europe, des années après la terreur, l’horreur, le ciel de Bay City charrie encore quelque cadavres. Pour ces deux femmes, il reste gros d’un passé terrifiant, archaïque, cruel. Dans les mots de ma tante et de ma mère, l’Europe éclate tous les jours de son histoire insensée. Dans les mots des deux soeurs, mille secrets sont celés et la mort de leurs parents, partis en fumée, est inscrite. Pour ma mère et ma tante, il faut préférer le ciel de l’Amérique gonflé de son futur vide à tous les cieux du monde. Je devrais être heureuse d’être née là, sous ce ciel si mauve.

Billet enthousiaste chez Yueyin

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Challenge francophone de Denis (Les livres de C Mavrikakis sont publiés au Québec et Elle enseigne la littérature à l’université de Montréal)

Challenge « lire sous la contrainte » chez Philippe avec la contrainte suivante « Nom propre de lieu »challenge-contrainte

Challenge à Tout prix chez Asphodèle : Grand prix du livre de Montréal (2008).

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Vol au dessus d’un nid de coucous

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Le prologue est iciici et ici 😉
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Ce matin, Alfred est arrivé dans mon box,  EUPHORIQUE ! Pour ceux qui n’ont pas suivi, je m’appelle Lubie , je suis une voluptueuse jument alezane, et Alfred est mon patron, fermier et néanmoins ami depuis ma naissance.
Je disais donc qu’Alfred était euphorique, transfiguré !  » Marcel est pas mort » bafouillait-il ! Et il a parlé pendant un quart d’heure expliquant que Marcel avait prêté sa voiture à un lointain cousin et que c’est lui qui avait eu l’accident et qu’on l’avait enterré sous le nom de Marcel. Pendant ce temps, Marcel était en vacances (sans télé et sans téléphone) pour se ressourcer dans un pavillon de chasse aux confins du Larzac) .
 ;
Alfred m’a bichonnée, pomponnée et attelée au cabriolet. Maintenant que Marcel est revenu, le mariage de Clément et Marie n’est plus décalé et la fête va avoir lieu « bientôt bientôt » comme dit Alfred.
On est donc partis tous les trois comme au bon  vieux temps.  Moi trottinant devant le cabriolet et Marcel et Alfred devisant poésie. Un voyage tranquille moins épuisant que d’emmener la charrette de légumes au marché !
Je les entendais citer poèmes et extraits de chansons :
 ;
Il est plus d’un silence, il est plus d’une nuit,
Car chaque solitude a son propre mystère :
Les bois ont donc aussi leur façon de se taire
Et d’être obscurs aux yeux que le rêve y conduit. (1)
 ;
Disait Alfred
.
 ;Cette obscure clarté qui tombe des étoiles (2)
Répondait Marcel
 ;
Les draps sont blancs
pour quel sommeil ?
Ils gémissent sous le vent
dans la courbe du verger
épinglés au fil des heures
l’eau rêve contre la pierre (3)
Renchérissait Alfred.
Qu’importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse (4)
Soupirait Marcel
 ;
Moi, je n’écoutais que d’une oreille,  j’aime bien la poésie MAIS uniquement quand il y a des animaux dedans, comme les chats d’un certain Beau de l’Air ( j’aimerais bien le rencontrer ce Beau ténébreux )
 ;
Les Chats
Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin;
 ;
J’aime les chats, ces lions chauves qui viennent ronronner et chasser les souris de mon box. Car, il faut vous dire que quand j’étais petite, ma maman me racontait l’histoire de Cendrillon. Depuis, j’ai peur des souris, des citrouilles et des dindons. Cela m’a donné plus d’une insomnie : savoir qu’une fée pouvait changer une citrouille en carrosse, des dindons en chevaux, des souris en laquais !! et si un jour l’inverse arrivait et que je le retrouvais dinde et non plus pouliche ! Si un jour j’ai des poulains, jamais je ne leur raconterais Cendrillon, cette histoire d’horreur !
J’ai donc parfois peur d’un rien, d’une souris, d’une citrouille, des arbres. Un jour un gland m’est tombé sur la tête : je vous entends rire :  avoir peur d’un gland ! On voit que vous ne vous en êtes jamais pris un par surprise sur la tête !
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 ;« La vie n’est qu’un éternel recommencement » disait aussi ma maman alors je me méfie de tout et si quelque chose est inhabituel , je fonce et je réfléchis après.
 .
C’est ainsi que tout a basculé.  Marcel a déclamé un poète qu’il adore : Lamartine
« Ô temps, suspends ton vol ! »
 ;
J’ai entendu « O Taon suspend ton vol »
J’ai horreur des taons, ces gros insectes qui me piquent. Pour ne pas être piquée, j’ai donc piqué un sprint pour échapper à cette menace.
Je me suis arrêtée un peu plus loin après une sarabande échevelée (écriniérée ?) quand j’ai trouvé le cabriolet bien léger : Alfred et Marcel hilares se baignaient dans un champ de coucous jaunes, des fesses jusqu’aux oreilles !
 ;
Vol plané dans un nid de coucous !
 coucous
Primula veris ou Silene flos-cuculi)
Fleur de coucous Source
 ;
Les mots collectés par Asphodèle :
Vol,  chat, transfigurer, chauve, blanc, solitude, silence, matin, se ressourcer, ivresse, ténébreux, épuisant, insomnie, étoilé, fête, rêver, sommeil, voyage, chanson, fesse, recommencement, voluptueux, sarabande, passeur, prologue, pavillon.
J’ai remplacé étoilé par étoiles. Je n’ai pas mis passeur
 ;
 .
(1) François Sully Prudhomme
(2) Corneille, Le Cid
(3) Hélène Cadou
(4) Alfred de Musset

mariage 3

Bonjour tout le monde, c’est moi LUBIE, la jument, je suis de retour et je vous raconte les dernières nouvelles de la ferme.

Hier, Alfred était tout triste et a erré dans la ferme comme une âme en peine.

Il faut dire, que la veille, il était allé accompagner son ami Marcel Rastougnac dans sa dernière demeure, comme on  dit pudiquement. Pour ma part je suis moins pudique et comme dit ma chère maman «  le Marcel : il a bien bu et il a mourru »

Alfred et Marcel étaient très amis : ils s’étaient rencontrés à la communale et ne s’étaient jamais perdu de vus, il ont (avaient plutôt) une passion commune pour le bon vin.

Marcel, je l’ai rencontré plein de fois quand il venait discuter avec Alfred et je l’aimais bien. Ils partaient de bon matin, avec leur panier de pique nique, je tirais la carriole et je les écoutais. Le soir, je les ramenais, un peu éméchés.

Marcel, il a fait de belles études et il parle comme un livre, un vrai poète. Un jour il a dit une belle phrase d’un certain  Rainer Maria Rilke : «  Un seul vers. Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseauxet savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. »

J’étais tout à fait d’accord avec ce qu’il disait, Marcel, surtout sur les animaux, moins sur les villes, car Alfred et moi on n’est jamais parti de Havreberge sur Galur et pourtant on connaît la vie… et on sait être poètes à nos heures.

Une des discussions que j’ai préférée entre les deux acolytes est celle des Haïkus.

– Aïe coup ?  a dit Alfred, qui lui a arrêté ses études au certificat d’études, tu t’es cogné ?

– Mais non Alfred , haïku H A I K U : il s’agit d’un poème de forme japonaise : il faut trois vers : un de cinq syllabes, un de sept et pour finir un de cinq. Comme Alfred le regardait les yeux écarquillés, Marcel a poursuivi :

– Tiens je te donne un exemple de Basho, un grand poète japonais

Dans le vieil étang

Une grenouille saute

Un ploc dans l’eau !

Là Alfred, a souri et il a dit : « ça y est j’ai compris ! » et il s’est entraîné avec Marcel, qui lui prodiguait des conseils. « De plus, en général, un Haïku vante la nature et les saisons et il n’y a pas à se soucier des rimes, bref de l’émotion à l’état pur ».

Depuis cette  sortie mémorable, de temps en temps Alfred lâche un haïku spontané

Vendanges commencées

Aux pieds foulés, le raisin

Bouteilles dégustées

Ou alors

Robe jaune mordorée

Un verre de Monbazillac

Soleil retrouvé

Moi aussi je m’y essaie, (en toute modestie bien sûr) et je trouve mes haïkus pas mal, enfin pour des haïkus japoneys. En voici quelques uns :

Hiver

Flocons froids cette nuit

Pirouette quatre fers en l’air

Dès demain matin

 

Printemps

Semailles au printemps

Sillons bien tracés, engrais naturel

Odeur de fumier.

Eté

Cheval évadé

Jument séduite, caressée

Poulain dans le pré

Automne

Fraîcheur matinale

L’épouvantail frissonne et

Enfile son champ d’ail

Et un dernier pour la route en clin d’œil d’un autre  Marcel  que j’aime beaucoup

Robe verte délavée

Grivoise et très coquine

La jument bavarde

Allez salut la compagnie, la prochaine fois je m’exprime en alexandrins : j’ai tout noté du cours de Marcel.

C’était ma participation au jeu d’Azacamopol du mois de mai 2012 où il fallait évoquer des souvenirs du regretté Marcel, et aussi au jeu de Rebecca où il fallait s’entraîner à écrire des Haïkus.

Billet rapatrié de mon ancien blog 🙂

A demain pour un épisode inédit 😉

Mariage 2

Salut c’est LUBIE, vous me reconnaissez ?

Depuis que mon patron Alfred sait qu’il va emmener les mariés à l’église dans sa calèche, il est tout tourneboulé. Il passe son temps à passer le chiffon sur la calèche sous prétexte qu’elle est poussiéreuse, il aspire mon tapis de selle persan et cire  le harnais trois fois par jour. Pour tout dire il a l’air un peu perdu.

Moi, cela ne me fait ni chaud, ni froid. Pourtant, c’est moi la jument alezane, qui va la tirer cette carriole mais je suis très calme, sereine.

Enfin j’étais sereine jusqu’au début de la semaine. Depuis je commence à comprendre la situation particulièrement perturbante que va occasionner ce mariage. Figurez vous que depuis que ce mariage est connu, que la date est fixée, que les invités ont reçu leur carton d’invitation, c’est devenu un défilé permanent à la ferme.

Tout d’abord, on a eu la visite de Blanche,  la fleuriste, mardi je crois. Elle voulait voir Alfred, la calèche et bien sûr moi pour décider des fleurs qu’elle allait mettre dans la corbeille, pour l’harmonie des couleurs, et patati et patata. Elle disait qu’elle hésitait encore sur des pivoines, des pétunias ou des impatiences. Comme j’écoutais attentivement ce qu’ils disaient, les deux devant mon enclos, j’ai réagi tout de suite. Il n’est pas question que je me transforme, ni moi ni la calèche, en bouquet de fleurs. D’abord je suis allergique au pollen.

Pour leur montrer ma désapprobation au sujet de ces fleurs, je leur aie montré mes dents vertes. Comme  dit parfois ma copine Soène « Tu lui montres les dents vertes et ensuite tu as la paix ». Moi j’ai toujours les dents vertes, rapport à la belle herbe qu’il y a dans mon pré, surtout que c’est le printemps et que la nuit la pluie rafraîchit ma prairie. Mais je ferme cette parenthèse, qui n’a rien à voir avec mes préoccupations actuelles.

Ensuite, j’ai grignoté les fleurs de son chapeau, à la fleuriste ! Vous l’auriez vu repartir en courant, la péronnelle, en se tenant son chapeau de paille et en criant : « Finalement on va y aller avec parcimonie avec les fleurs sur la calèche et la jument ». Alfred lui courrait après en disant  « Pardon, pardon, vous savez, elle a l’air un brin excentrique, la Lubie, mais c’est une perle »

Après la fleuriste, le lendemain on a vu débarquer le photographe de la future noce. Il voulait m’habituer, avec Alfred, au déclenchement du flash. C’est terrible le flash, Paf ! au moment où on s’y attend le moins, cela éblouit : cela m’a mis sur les nerfs pour la journée. Le photographe était persévérant et il a attendu patiemment que je ne sursaute plus à chaque prise de vue. Heureusement, ce cher Alfred m’a parlé gentiment en me donnant des pommes à croquer et aussi en me disant qu’il allait embaucher un petit page pour la noce pour me chouchouter (et me donner des pommes)

 Enfin le pompon, cela a été samedi. Je m’étais tranquillement évadée de mon pré pour aller goûter les plants de pommes de terre d’Alfred. Bonne pâte, je partageais même mon repas avec une horde de poules qui picoraient sur le mur, quand  je me suis trouvée nez à nez ou plutôt nez à museau avec un drôle de petit animal qui cavalait à quatre pattes à toute allure. Il était habillé bizarrement avec un petit chapeau ridicule surmonté d’oreilles de lapins. Mais j’ai vu tout de suite que ce n’était pas un lapin. Il n’avait pas de petite queue sur son derrière ! Je l’ai reniflé et là ça sentait pas la rose (d’ailleurs je m’y connais en fleur – y’a qu’à demander à la fleuriste).

 J’allais passer mon chemin tranquillement, en l’ignorant ce pantin, quand soudain j’ai entendu de grands cris «  Mon Octave, cette jument va piétiner mon Octave !! », et la mère du bonhomme à quatre pattes est arrivée à toute allure, avec Alfred sur les talons. Les larmes faisaient de drôles de traces sur son visage poudré, pauvre femme. Pathétique ! j’ai jamais mangé de lapins, moi ! La malheureuse a récupéré son rejeton en me lançant un regard assassin. C’est là que j’ai compris que le lapin, en fait c’était un  bébé.

« Alfred, a-t-elle dit, paniquée, mais que fait votre jument dans le potager ». Là Alfred était tout gêné et c’est Octave heureusement qui a sauvé la situation. Il donnait de vigoureux coups de pieds en l’air, comme s’il était sur un pédalo, et il a ouvert la bouche, avec deux quenottes de lapin très mimi. Il a postilloné un « DADA » tonitruant.

Je l’aime moi cet Octave, il sait parler aux juments !

Les mots collectés et les autres participants sont chez Asphodèle .

Poussiéreux(se) – pluie – pré – persévérante – parcimonie – picorer –  page – perdu(e) – pétillant(e) – pédalo – putréfaction- pollen –  pardon –persan – pivoine – partage – poudrer

Je n’ai pas mis procastination qui était facultatif

Je ne suis pas arrivée à mettre putréfaction

Ce texte est ma participation au jeu du mois d’avril 2012 d’azacamopol (billet rapatrié de mon ancien blog)

Suite demain (même heure, même endroit)

Le texte de présentation de ABC pour Blanche, la fleuriste est ici  

Et celui du petit Octave de Cécile MDL est ici   

 

À vendredi pour la suite 🙂

 

 

Abraham le poivrot – Angel Wagenstein

Il était aussi connu sous le nom de Manouche la Clarinette, ce qui ne lui rendait guère justice puisque, outre la clarinette, il jouait divinement de tous les instruments et que s’agissant de musique, il n’existait pour lui aucun domaine inaccessible. Cela restait vrai du classique, par exemple d’Amadeus Mozart et de sa petite musique de nuit que Manouche Aliev enrichissait généreusement d’acrobatiques variations tziganes jusqu’à la transformer en grande musique de minuit.
Manouche était un véritable tablent, plein de grandeur et de furie. Dans les moments de suprême inspiration passaient dans ses yeux les lueurs de feux de camp tziganes, les crinières de chevaux au galop et les démons qui incendiaient ses veines brûlaient comme raki de Karlovo trois fois bouilli pour inonder les âmes de l’éclat des étoiles.

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Abraham le poivrot – Angel Wagenstein 

k

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Sur une idée de Chiffonnette

citation

mariage

Salut la compagnie, je m’appelle Lubie.

Oui oui vous avez bien lu, Lubie comme une lubie.

C’est Alfred qui m’a trouvé ce prénom.

Alfred ce n’est pas mon père, c’est mon patron, mon ami, mon confident, en un mot le propriétaire de la ferme où je suis née au mois de juin il y a sept ans.

Je suis arrivée par surprise avec trois semaines d’avance, et c’est pour cela qu’Alfred m’a appelé Lubie : je suis souvent en avance, mais aussi parfois en retard, en un mot un peu imprévisible surtout pour une jument normande. Enfin à moitié normande !

Les chevaux normands sont placides, prévisibles moi c’est tout l’inverse.  Ma mère, me dit souvent que je ressemble beaucoup à mon père, un anglo-arabe qui passait par là, et avec lequel elle a eu une formidable mais éphémère histoire d’amour.

Je suis donc métisse : Normande matinée d’anglo-arabe, alezane, de jolie chaussettes montantes, des balzanes dit on par ici. Des crins longs et délavés. Des grands yeux de biche ; ça c’est Alfred qui le dit car je n’ai jamais approché une biche d’assez près pour voir si c’est vrai ! c’est pas compliqué, moi, quand , je vois une biche, (un chevreuil ou un cerf me fait le même effet) je me mets dans tout mes états et j’essaie de montrer que je cours aussi vite que tous ces cervidés. Et alors Alfred dit : « çà y est Lubie a remis cela et a fait la nouba ! » d’un ton un peu fâché.

Mon boulot à la ferme, c’est  d’emmener les légumes au marché le dimanche matin avec la  charrette, ou alors je tire le cabriolet qui va chercher le médecin.  Je suis trop fine et pas assez résistante pour les travaux de labours que fait ma maman.

Un matin Alfred est venu me voir dans ma stalle, tout excité en agitant un papier rose et crème, que j’ai essayé de manger, car quand même, l’heure du petit déjeuner était bien passée depuis 5 minutes.

Il m’a lu précautionneusement le papier  en articulant bien, parce que j’ai parfois la comprenette un peu lente :

 Clément et Marie

Ont le plaisir de vous annoncer

leur mariage en l’église Saint Martin-pêcheur

De Veules les Roses

Le samedi 32 juin

 

Sur le coup, je n’ai pas compris pourquoi cette annonce le mettait dans un tel état d’euphorie l’Alfred. Et ensuite, tout s’est éclairé : Alfred m’a raconté que les mariés lui avait demandé de les conduire de chez eux à l’église avec son cabriolet …. Et c’est donc moi qui vais amener les tourtereaux en calèche à l’église. « C’est une grande responsabilité, pour toi Lubie, m’a dit Alfred : il va falloir être à la hauteur. »

Là j’ai pas tout compris, bien sûr que la calèche est à la bonne hauteur, cela fait 5 ans que je la tire et puis çà veut dire quoi responsabilité ? Dès fois il est vraiment bizarre l’Alfred !

 

Billet de mars 2012 récupéré de mon ancien blog 🙂

Suite demain (même heure , même endroit)

 

 

 

Tag : où lisez-vous ?

Taguée par Asphodèle, voici les lieux et les titres dont je me souviens 😉

Mes premières lectures :  principalement dans ma chambre dans les Ardennes : Hansel et Gretel à 7 ans, le monde de Flicka, la série « l’étalon noir » un peu plus tard.

LIEU ETALON NOIR LIEUFLICKA

A 10 ans, je me souviens de loooongues vacances à  Marseille : mon  grand-père était gravement malade :  les plus longues vacances que j’ai jamais eues avec la mer à 2 pas sans pouvoir y aller : j’ai lu la collection presque complète  » les 6 compagnons »

.LIEU SIXCOMP
A 15 ans, crise d’appendicite aigüe : une semaine d’hôpital à Rethel  : Les émigrés du Roi Colette Davenat (lu deux fois en une semaine), j’en frémis encore (lol)

lieucolettedavenat
A 18 ans :  Stage en Allemagne dans la restauration : j’avais emporté 3 pavés à peine pour 2 mois : Le monde selon Garp de John Irving (lu 3 fois en deux mois), aucun souvenir des deux autres titres 😉

LIEUGARP

.A 20 ans, pendant mes études à Montpellier :  fin de ma  période Stephen King et période « Le seigneur des agneaux »

ANNEAU

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A 30 ans : à Vaucresson, enceinte de ma fille, j’ai lu, échouée sur mon canapé, comme une baleine, non pas Moby dick, mais l’intégrale  « Angélique » : 13 tomes en six semaines de congé prénatal.

lieuangelique

A 35 ans, séjour de 6 mois en Martinique : je me rappelle de Raphael Confiant et du « Meurtre du Samedi-Gloria » que j’ai adoré et aussi d’une auteure Marie-Reine de Jaham et une saga autour d’une famille béké.

lieuconfiantsamediglorialieu marireinejaham

A 40 ans,  deux lectures-révélations au ski à Orcières (je ne skie pas : je hais la neige) : Le bonheur des ogres » et « la fée Carabine » de Daniel Pennac 😉

lieufeecarabineLIEUBONHEUR

Depuis 2008, dans le métro exclusivement :  une très grande liste…..

J’en profite pour vous faire part d’une citation d’Italo Calvino extraite de « Si par une nuit un voyageur » sur un lieu de lecture original que je n’ai jamais testé.

Il n’est pas facile de trouver la bonne position pour lire, c’est vrai. Autrefois, on lisait debout devant un lutrin. Se tenir debout c’était l’habitude. C’est ainsi que l’on se reposait quand on était fatigué d’aller à cheval. Personne n’a jamais eu l’idée de lire à cheval ; et pourtant lire bien droit sur ses étriers, le livre posé sur la crinière du cheval , ou même fixé à ses oreilles par un harnachement spécial, l’idée te paraît plaisante. On devrait être très bien pour lire, les pieds dans des étriers ; avoir les pieds levés est la première condition pour jouir d’une lecture.

Challenge Québec O Trésor

Je me suis inscrite à ce challenge organisé par Karine:) et Grominou. Les comparses ont demandé leur avis aux blogueurs et blogueuses sur leurs coups de coeur québécois. Et le résultat de ce référendum planétaire est cette méga liste de 107 titres 😉

Le but est de lire cinq ouvrages québécois d’ici le 30 septembre 2015 (Catégorie fleurdelysé)
Mes choix : (susceptibles de changement of course)
Cousture Arlette, Les Filles de Caleb
Hébert Anne – Les fous de bassan
Saucier Jocelyne – Il pleuvait des oiseaux
Vonarburg Elisabeth – Chroniques du pays des mères
Poitras Marie-Hélène – Griffintown
quebec chroniques quebec filles de caleb quebec fou de bassan quebec griffintown quebec il pleuvait des oiseaux

Bonnes lectures 😉

Billets récapitulatifs ICI et ICI

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