La vie parfaite – Silvia Avallone

J’avais été conquise par « D’acier » de la  même auteure. Celui ci m’a également plu avec un bémol que je cite en fin de billet.
Dans ce roman Silvia Avalonne met face à face le parcours de deux femmes : d’un côté Adele 18 ans (presque une enfant) et Dora la trentaine.

Premier chapitre, on assiste à l’accouchement d’Adele et on est quasiment sûr à la fin du chapitre qu’elle va  « donner » la petite fille à l’adoption.
Dans tout le reste du roman, Silvia Avalonne nous fait revivre les neuf mois précédents, pour expliquer ce qui s’est passé jusqu’à ce moment où Adèle quitte la clinique. Dora, elle, n’arrive pas avoir d’enfants et a enchainé fécondation in vitro sur PMA..
Il y a de nombreux personnages autres dans ce roman : Manuel, le petit ami d’Adele qui la  laisse tomber dès qu’il sait qu’elle est enceinte. Au tout début du livre, on sait qu’il est en prison, on apprendra pourquoi au cours du livre. Zino l’ancien ami de Manuel va soutenir la future maman qui refuse d’avorter s’imaginant que Manuel reviendra…

Il y a aussi la mère et la soeur d’Adele, son père qui sort de dix ans de prison…

Il s’agit d’un roman où les personnages habitent un quartier très pauvre de Bologne et  à part Dora et son mari il y a peu d’espoir pour ces personnes :  chômage, précarité, mafia locale.

Un excellent roman qui m’a surtout plu pour le parcours d’Adele. Le personnage de Dora bien qu’assez fouillé m’a laissé plus de côté  (j’ai du mal avec les personnes qui se laissent déborder par leurs obsessions, même si effectivement le fait de désirer un enfant peut tourner à l’obsession)
J’ai aussi beaucoup aimé le personnage de Zino un ami d’Adele, qui petit à petit prend plus d’importance.

Enfin j’ai adoré la fin à laquelle je ne m’attendais pas du tout.

Un roman très riche même si j’ai un petit bémol à formuler (spoiler, vous pouvez passer ce paragraphe) :  la vraisemblance sur le temps qu’il faut pour adopter un enfant : 9 mois !.  L’auteure dit en fin du roman qu’effectivement certaines choses ne se passent pas ainsi en Italie (en France,  il est impossible d’adopter un enfant en neuf mois, c’est un parcours du combattant de plusieurs années, comme en Italie) et là, l’adoption se fait (presque) en trois coups de cuillères à pot.

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Un extrait :

« C’est bien, je sens que tu n’as pas peur.» La voix de l’obstétricienne était calme, exprimait une confiance que personne jamais ne lui accordait. « Tu fais tout comme il faut, continue comme ça. Même celles qui ont trente ans ne sont pas aussi courageuses. »
Les femmes de trente ans, elles avaient déjà une poussette. Et un petit lit, une table à langer, les félicitations de la famille, des tas de cadeaux. Un petit nœud, rose ou bleu, pour que tout le monde sache.
Adele, chez elle, n’avait rien.
Personne à qui dire quelque chose.
Juste l’acmé de la contraction qui explosait, et son cœur bloqué dans la glace.
Enfin, la douleur lâcha prise.
« Vide t’es poumons maintenant, vide- les le plus possible. »
Et pendant que la douleur sombrait, que ses poumons s’ouvraient et qu’elle remontait à la surface, elle se rappela tout à coup un matin, le plus beau, l’hiver dernier, quand Zeno Et elle s’étaient réveillés ensemble. La lumière poussiéreuse qui passait à travers les stores, le bruit du café dans la cuisine, et lui qu’il la chatouillait derrière les oreilles : « Allez les filles, levez-vous. »
Elle rouvrit les yeux.
« Combien de centimètres ?
On va voir ça.
Ça fait combien d’heures ?
Sept. Tout va bien. On va écouter son cœur. »
Son cœur.
Adele se leva et alla se recoucher. Elle profita des trente, quarante secondes que la contraction lui laissait pour poser la main sur son ventre et le caresser. La force dont elle avait besoin pour en supporter une autre, pour survivre encore sept heures, ou sept mois, ou sept ans, était toute entière dans ce cœur. Ce battement que Marilisa amplifia soudain. Qui devint immense.
« Écoute le galoper, le petit cheval. »
Marilisa l’appelait parfois comme ça : « le petit cheval ». Ou « le petit diable » . Ou «la demoiselle ». Elle ignorait qu’elle avait déjà un prénom. Tout le monde l’ignorait, même Zeno. C’était un secret entre sa fille et elle.

L’Italie est à l’honneur chez Madame Lit 

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Les huit montagnes – Paolo Cognetti

En parlant, elle me montra une photographie d’Anita : une petite fille blonde, fluette, tout sourires, les bras autour d’un chien noir plus grand qu’elle. Elle me raconta qu’elle l’avait inscrite en première année de maternelle. Ça n’avait pas été facile de la convaincre à se conformer à certaines règles. Au début elle était comme une petite sauvage, soit elle se disputait avec quelqu’un, soit elle se mettait à hurler, soit elle s’asseyait dans un coin et ne parlait plus de la journée. Elle commençait peut-être bien à se civiliser, maintenant. Lara rit.

Elle dit : « Mais ce qu’elle préfère, c’est quand je l’amène  dans une ferme. Là, elle se sent vraiment à la maison. Elle laisse les veaux lui lécher les mains, tu sais, avec leur langue râpeuse, et elle n’a même pas peur. Pareil pour les chèvres, les chevaux. Elle est à l’aise avec tous les animaux. J’espère qu’elle gardera au moins ça, qu’elle ne l’oubliera jamais. »

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 Les huit montagnes – Paolo Cognetti

Les huit montagnes – Paolo Cognetti

Lecture commune avec Edualc

Pietro se souvient de son enfance. De ses parents qui ont dû abandonner leur campagne italienne pour venir travailler à la ville…. exode rural des années 70…

Le père de Pietro a du mal à se faire à cette nouvelle vie, alors chaque été il part se ressourcer à Grana dans un petit village de montagnes. Il chausse ses brodequins et part 15 jours en randonnée, parfois fois seul, parfois avec son fils, jamais avec sa femme qui reste au village. 

Paolo nous conte donc cette relation père-fils, que j’ai trouvé juste même si parfois bancale. Le père parle peu et le fils peu également. Beaucoup d’incompréhension de part et d’autre. Le fils n’aime pas partir randonner (mal des montagnes) mais il se force pour faire plaisir à son père. En parallèle de la relation père-fils nous suivons également l’amitié naissante entre Pietro et Bruno, un villageois du même âge que lui …. Leurs différences culturelles ne les empêchent pas de devenir amis et presque frères même s’ils se voient juste deux mois par an.

Dans une deuxième partie Pietro après une absence d’un quinzaine d’années revient à Grana. Bruno est devenu maçon puis éleveur, Pietro est photographe-journaliste et fait régulièrement des long séjours dans l’Himalaya et ailleurs , quasiment toujours dans un coin montagneux

La relation se renoue…là aussi faite de beaucoup de silence et de non-dits…Adultes, qu’avons nous fait de nos rêves d’enfants ? Réagissons nous toujours par rapport à l’éducation reçue ? 

Ce livre m’a plu pour la finesse des relations entre les personnes avec cependant une certaine tristesse pour Bruno, enfant délaissé par ses parents et qui en porte une trace indélébile….

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Un extrait :

Le vallon de Grana à la mi-novembre était brûlée par la sécheresse et le gel. Il avait la couleur de l’ocre, du sable, de la terre cuite, comme si dans les prés un incendie était passé et avait déjà été éteint. Dans la forêt il faisait encore rage. Sur les flancs de la montagne les flammes d’or et de bronze des mélèzes illuminaient le vert tranchant des sapins, et lorsqu’on levait les yeux au ciel, elles réchauffaient l’âme. Dans le village en contrebas, par contre, c’était l’ombre qui règnait. Le soleil n’arrivait pas au fond de la vallée et la terre était dure sous les pieds, couverte çà et là d’une croûte de givre. Sur le petit pont de bois, quand je me baissai pour boire, je surpris l’automne en train de jeter un sort à mon torrent : la glace dessinait des pistes et des galeries, mettait sous verre les blocs humides, piégeait les touffes d’herbe sèche en les transformant en sculptures.(p267)

La trêve – Primo Levi

Le spectacle de la démobilisation russe que nous avions déjà admiré à Katowice se poursuivait maintenant sous une autre forme, jour après jour, sous nos yeux ; il n’y avait plus de chemin de fer, mais sur la route devant la Maison Rouge, on voyait passer d’ouest en est des lambeaux de l’armée victorieuse, en détachements compacts ou épars à toute heure du jour ou de la nuit. Des hommes passaient à pied, souvent avec leurs chaussures sur l’épaule pour économiser les semelles car la route était longue ; en uniforme ou sans uniforme, avec ou sans armes, certains chantant allègrement, d’autres blafards et épuisés. Certains portaient sur le dos des sacs ou des valises ; d’autres les objets les plus disparates, une chaise rembourrée, un lampadaire, des marmites en cuivre, une radio, une pendule. D’autres défilaient sur des charrettes ou à cheval, d’autres encore en moto, par groupes, ivres de vitesse, dans un fracas infernal. Des autocars Dodge de fabrication américaine passaient bourrés d’hommes jusque sur le coffre et sur les garde-boue. D’autres traînaient à une remorque toute aussi bondée. Nous vîmes une de ces remorques rouler sur trois roues : à la place de la quatrième on avait mis un pin, en position oblique, de façon qu’une extrémité appuie sur le sol en y glissant. Au fur et à mesure elle s’usait, on poussait le tronc un peu plus bas pour maintenir le véhicule en équilibre. Juste avant la Maison Rouge, un des trois pneus survivant s’affaissa ; les occupants, une vingtaine, descendirent, basculèrent la remorque sur le bord du chemin et s’entassèrent à leur tour sur l’autocar déjà bondé qui repartit dans un nuage de poussière tandis que tous criaient Hourra.

Puis, d’autres véhicules insolites, tous surchargés. Des tracteurs agricoles, des fourgons postaux, des autobus allemands anciennement affectés à des lignes urbaines qui portaient encore des plaques avec les noms des terminus de Berlin ; et d’autres au moteur en panne, remorqués par des engins motorisés ou par des chevaux. 

Vers les premiers jours d’août, cette migration multiple commença  à changer sensiblement de nature. Petit à petit, les chevaux commencèrent à l’emporter sur les moyens de traction mécanique. Une semaine plus tard il n’y avait plus qu’eux : la route leur appartenait. Ce devaient être tous les chevaux de l’Allemagne occupée, par dizaines de milliers chaque jour. Ils passaient interminablement, dans une nuée de mouches et de taons, dans une odeur forte, las, en sueur, affamés ; poussés et stimulés par les cris et les coups de fouet de jeunes filles, une par cent chevaux et plus, à cheval elles aussi sans selle, jambes nues, rouges et échevelées. Le soir, elle poussaient les chevaux dans les prairies et dans les bois sur les bords des routes pour qu’ils puissent paître en liberté et se reposer jusqu’à l’aube. Il y avait des chevaux de trait, des chevaux de course, des mulets, des juments avec leur poulain qui tétait, de vieilles haridelles ankylosées, des ânes  ; nous nous aperçûmes bien vite que non seulement ils n’étaient pas comptés mais que leurs gardiennes ne  se souciaient pas le moins du monde des bêtes qui quittaient la route fatiguées, malades ou estropiées, ou qui se perdaient durant la nuit. Il y avait tant et tant de chevaux ! Quelle importance s’ il en arrivait à destination un de plus ou un de moins ? 

Mais pour nous, à peu près privés de viande depuis dix-huit mois, un cheval de plus ou de moins avait une énorme importance. Le premier à ouvrir la chasse ce fut, naturellement, l’homme de Velletri. Il vint nous réveiller un matin, ensanglanté de la tête aux pieds et tenant encore à la main l’arme élémentaire dont il s’était servi, un éclat d’obus attaché par des courroies au bout d’un bâton à deux pointes.

De l’enquête que nous menâmes (car il ne s’expliquait pas bien oralement) il résulta qu’il avait donné le coup de grâce à un cheval probablement mourant : le pauvre animal avait un aspect plutôt louche : ventre gonflé qui résonnait comme un tambour, bave à la bouche ; il devait avoir rué toute la nuit, en proie à Dieu sait quels tourments car, couché sur le côté il avait creusé avec ses sabots dans l’herbe deux profonds demi-cercles de terre brune. Mais nous le mangeâmes tout de même.

Par la suite plusieurs couples de chasseurs bouchers se constituèrent, qui ne se contentaient plus d’abattre les chevaux malades ou égarés, mais qui choisissaient les plus gras, les faisaient délibérément sortir du troupeau et les abattaient ensuite dans le bois. Ils agissaient de préférence aux premières lueurs de l’aube ; l’un couvrait d’un morceau de tissu les yeux de l’animal et l’autre lui assénait  le coup mortel (quand il l’était) sur la nuque. 

Ce fut une période d’absurde abondance : il y avait de la viande de cheval pour tout le monde, sans aucune limitation, gratuitement . 

Tout au plus les chasseurs demandaient-ils pour un cheval abattu deux ou trois rations de tabac. Partout dans la forêt et, quand il pleuvait, dans les couloirs et sous les escaliers de la Maison Rouge on voyait  des hommes et des femmes occupés à cuire d’énormes biftecks de cheval aux champignons sans lesquels, nous autres qui revenions d’Auschwitz, aurions tardé encore bien des mois à retrouver nos forces.

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 La trêve – Primo Levi

La trêve – Primo Levi

Le récit de Primo Levi débute fin janvier 1945 : Auschwitz vient d’être libéré par l’Armée Russe. 800 personnes survivantes les premiers jours puis seulement une centaine les jours suivants. L’armée russe organise le déplacement des rescapés vers un camp en attendant la fin de la guerre. En mai 1945, avec la capitulation de l’Allemagne, Primo Levi et ses compagnons pensent qu’ils ne tarderont plus à être rapatriés en Italie. On suit Primo dans sa redécouverte de la vie tout d’abord en compagnie d’un grec qui le prend sous son aile quelques temps, puis dans un camp (camp avec des barbelés et où il faut en théorie un laisser-passer mais où tout le monde sait où est l’issue avec des barbelés coupés). 

Étrangement les rescapés sont envoyés vers l’est  et ne regagneront l’Italie et la Roumanie qu’en octobre 1945 après de longs mois d’errance, en compagnie de soldats de l’Armée Rouge, victorieuse mais très désorganisée.

Pas s’apitoiement dans ce récit, juste la volonté de raconter ce qui s’est passé après la libération des camps : la difficile réadaptation, la solidarité entre anciens déportés, l’espoir d’un retour proche, les difficultés à se nourrir dans une Europe en ruine, le regard de la population sur leur maigreur et leurs habits de bagnards …

Après avoir survécu au pire, Primo Levi et ses compagnons connaissent une vie certes très difficile mais qu’ils savent rendre pleine d’humour grâce à leur débrouillardise : 

La poule et la nuit passée en plein air nous firent autant de bien que des médicaments. Après un sommeil réparateur, bien que nous eussions dormi à même le sol, nous nous réveillâmes le matin en excellente forme et d’excellente humeur. Nous étions contents parce qu’il y avait du soleil, parce que nous nous sentions libres, à cause de la bonne odeur qui montait de la terre et aussi parce qu’à deux kilomètres il y avait des gens qui ne nous voulaient pas de mal mais qui étaient vifs et rieurs ; ils avaient commencé par nous tirer dessus il est vrai, mais ensuite nous avait bien accueilli et même vendu un poulet. Nous étions contents parce que ce jour là (demain, nous ne savions pas ; mais ce qui peut arriver le lendemain n’a pas toujours d’importance) nous pouvions faire des choses dont nous étions privées depuis très longtemps, comme boire l’eau d’un puits, nous étendre au soleil au milieu de l’herbe haute et vigoureuse, humer l’air de l’été, allumer un feu et cuisinier, aller dans les bois pour chercher des fraises et des champignons, fumer une cigarette en regardant loin au-dessus de nos têtes un ciel purifié par le vent.

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Un livre qui sait rester sobre avec à la fois une langue acérée et pleine d’humour. 

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Incipit – Le dégel

Les premiers jours de janvier 1945, sous la poussée de l’Armée Rouge désormais proche, les Allemands avaient évacué en toute hâte le bassin minier de Silésie. Alors qu’ailleurs, dans des conditions analogues, ils n’avaient pas hésité à détruire par le feu et par les armes les camps et leurs occupants, dans le district d’Auschwitz ils n’agirent pas de même : des ordres supérieurs (émanant d’Hitler en personne, à ce qu’il paraît) imposaient  de « récupérer » coûte que coûte, tout homme apte à travailler. Aussi tous les prisonniers valides furent ils évacués, dans des conditions effroyables, sur Buchenwald et Mauthausen et les malades abandonnés à leur sort. L’intention première des Allemands était, semble-t-il, de ne laisser personne en vie dans les camps de concentration mais une violente attaque aérienne de nuit et la rapidité de l’avancée russe les firent changer d’avis et prendre la fuite, en laissant là leur devoir et leur tâche.

À l’infirmerie du camp de Buna-Monowitz nous étions restés huit cents. Cinq cents environ moururent de maladie, de froid et de faim avant l’arrivée des Russes et deux cents autres, malgré les secours, les jours qui suivirent immédiatement. 

La première patrouille russe arriva en vue du camp vers midi, le 27 janvier 1945. Charles et moi la découvrîmes  avant les autres ; nous transportions à la fosse commune le corps de Somogyi, le premier mort de notre chambrée. Nous renversâmes la civière sur la neige souillée car la fosse commune était pleine et l’on ne donnait pas d’autre sépulture : Charles enleva son bonnet pour saluer les vivants et les morts. C’étaient quatre jeunes soldats à cheval qui avançaient avec précaution, la mitraillette au côté, le long de la route qui bornait le camp. Lorsqu’ils arrivèrent près des barbelés, ils s’arrêtèrent pour regarder, en échangeant quelques mots brefs et timides et en jetant des regards lourds d’un étrange embarras sur les cadavres en désordre, les baraquements disloqués et sur nous, rares survivants.

Ils nous semblaient étonnamment charnels et concrets, suspendus (la route était plus haute que le camp) sur leurs énormes chevaux, entre le gris de la neige et le gris du ciel, immobiles sous les rafales d’un vent humide, annonciateur de dégel.

Challenge – lire sous la contrainte chez Philippe avec la contrainte « accent circonflexe »

Cette histoire-là – Alessandro Baricco

cette histoire la

Épopée d’un homme ordinaire dans un XXème siècle peu ordinaire.Cette histoire-là est formidablement racontée par Alessandro Baricco.
Ultimo naît en 1898. Son père et sa mère sont fermiers, durs à la tâche dans une région d’Italie plutôt pauvre. Fragile, il manque mourir plusieurs fois avant ses 5 ans. Un jour, son père l’emmène voir une course fabuleuse, une des toutes premières courses automobiles, des bolides leur passent sous le nez dans d’un fracas et à un train inimaginable. Tous deux en sont émerveillés pour leur vie entière. Cela changera la vie du père, qui vend ses 26 vaches pour monter un garage dans un coin perdu où il ne passe aucune voiture : nous sommes en 1903…
Un certain comte D’Ambrosio s’arrêtera avec son automobile de 931 kilos et là aussi la vie sera changée.

Ultimo grandit et bascule dans l’âge adulte à 15 ans.
Dans la deuxième partie, plus opaque, on retrouve le soldat Ultimo Parri sur le front à Caporetto,  lors de la première guerre mondiale.
Le narrateur change et nous apporte une autre vision d’Ultimo avec en toile de fonds le carnage humain que furent ces 4 années.

La troisième partie est celle du journal d’une émigrée russe aux USA . Là aussi, Elisaveta nous décrit un autre Ultimo, 25 ans cette fois, silencieux et secret.
Et cela continue ainsi avec une partie où le narrateur est le frère d’Ultimo en 1947… Puis Elisaveta revient et rencontre le père d’Ultimo…..dans les années 50….
Au final, Alessandro Baricco nous emmène dans une longue balade avec de nombreux mensonges, rebondissements, fausses pistes, virages finement négociés, freinages brusques, sorties de route et belles voitures…..
J’ai beaucoup aimé la complexité du personnage d’Elisaveta, tour à tour amoureuse, méchante, cruelle, tenace, attachante, fragile et ….
Du grand art avec une fin à laquelle je ne m’attendais pas …
Tout au long du livre, une écriture fluide en lignes, courbes, virages et dos d’âne qui donnent envie de crier comme son héros : ULTIMO PARRI…

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Premier extrait : p 48
Le comte D’Ambrosio enclencha la vitesse, en se demandant ce qui, chez ce petit garçon, n’était pas normal. Il se le rappelait la veille, sous cette pluie, penché sur la bicyclette, sous l’enseigne G A R A G E : si absurde que cela puisse paraître, il y avait surtout lui, dans ce petit paysage : tout le reste était un pas derrière. Tout à coup l’idée lui vint qu’il avait déjà vu quelque chose de semblable, et c’était justement dans les tableaux qui racontent la vie des saints. Ou du Christ. Il y avait toujours des tas de gens, et certains pouvaient même faire des choses bizarres, c’était le saint qu’on voyait tout de suite, pas besoin de le chercher, ce que les yeux captaient en premier c’était le saint. Ou le Christ. Si ça se trouve je suis en train de trimbaler l’Enfant Jésus dans la campagne, se dit-il en riant tout bas : et il se tourna vers lui. Ultimo regardait droit devant, les yeux tranquilles, sans se soucier de l’air et de la poussière : sérieux. Il ne tourna même pas la tête, quand il dit à haute voix :
– Plus vite, s’il vous plaît.
Le comte D’Ambrosio recommença à s’occuper de la route et vit le dos-d’âne juste devant lui, absurde et évident, dans la paresse de la campagne. En d’autres circonstances, il aurait relâché l’accélérateur pour accompagner la bosse du terrain avec la force légère d’une inertie contrôlée. Ce fut avec un certain étonnement qu’il se surprit tel un gamin à mettre les gaz. Sur le talus, les 931 kilos du monstre de fer se détachèrent du sol avec une élégance qu’il avait gardé par-devers soi, secrètement, depuis longtemps. Le comte D’Ambrosio entendit le moteur rugir dans le vide, et devina le battement d’ailes des roues qui s’enroulaient dans l’air. Les mains serrées sur le volant, il lança un cri de surprise pendant que le petit garçon à côté de lui, avec une froideur et une joie tout autres, hurlait, curieusement, son propre nom, à gorge déployée.
Nom et prénom, pour être exact.
La voiture, ce fut Libero Parri qui dut venir la récupérer, avec la carriole et les chevaux. Ils la tirèrent jusqu’à l’atelier et il leur fallut ensuite travailler dessus une semaine. Pour voler, elle avait volé et bien. C’est après qu’elle s’était un peu désunie.

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Deuxième extrait (page 275) : le narrateur est le petit frère d’Ultimo
Et je vois le vert émeraude de l’herbe, la courbe douce d’une colline à peine esquissée, une vague rangée d’arbres fruitiers, le lit sec d’un petit cours d’eau, un tas de bois à couper, la clarté sombre d’un sentier, les dépressions inégales du terrain, un maquis de fleurs, le profil acéré d’un roncier, une palissade au loin, la terre remuée d’un champ abandonné, une pyramide branlante de bidons d’essence, des buissons qui ont poussé suivant un ordre mystérieux, une carcasse d’avion au soleil, quelques roseaux au bord du marais, le ventre d’un réservoir ouvert, l’ombre des arbres sur le sol, la souple descente en piqué des petits oiseaux sur l’herbe, la toile d’araignée des branches au milieu des feuilles, le reflet tremblant des flaques d’eau, beaucoup de nids légers, un calot militaire dans l’herbe, le jaune d’épis solitaires, une empreinte de pas toute sèche dans la boue du sentier, le pendule des tiges trop longues dans le vent, le vol de l’insecte incertain, la racine soulevée au pied du chêne, les tanières cachées de bestioles frénétiques, le bord dentelé de feuilles sombres, la mousse sur les pierres, le papillon sur un pétale bleu, les petites pattes recroquevillées du bourdon en vol, les pierres bleuâtres dans le lit à sec du ruisseau, la maladie qui brûle les fougères, le reflet vert sur le dos du poisson dans l’étang, la larme de sève sur l’écorce l’arbre, la rouille d’une faucille oubliée, la toile d’araignée et l’araignée, la bave de l’escargot et la fumée de la terre. Puis je vois les automobiles, flamboyantes. (p275)

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Challenge il viaggio chez Eimelle où le thème de janvier est « Italie contemporaine » (livre paru en Italie en 2005)

challenge italie

Aujourd’hui « la terre » – 1er novembre

oncle aquatique

J’ai cent mots pour vous dire que ce petit livre de 4 nouvelles est une pure merveille. Poésie en premier avec l’histoire de Qfwfq qui nous raconte les temps anciens où la lune était proche de la Terre et où il suffisait d’une échelle pour y grimper. Beaucoup d’humour ensuite avec l’oncle aquatique, toujours dans des temps forts anciens, qui nous raconte le passage des poissons de l’eau à la terre ferme. Italo Calvino nous parle ensuite du dernier dinosaure sur terre : entre réalité et métaphore. La conclusion remet à l’honneur la lune, fille de la terre, avec une chute extraordinaire.

366 réels à prise rapide (les règles sont ici)

1. écrire sur le vif : OK

2. pas plus de 100 mots :100 mots

3. éléments réels de la journée : KO livre lu cette semaine

4. suivre la consigne de la date : OK (la terre des temps ancien est bien un personnage de premier plan dans ces nouvelles)

Gianni Rodari et Alessandro Sanna

CAFOUILLAGE

Quel cafouillage ! Gianni Rodari et Alessandro Sanna

Vous connaissez l’histoire du petit chaperon jaune ? Qui rencontre une girafe, un cheval dans la forêt ?
Eh bien si vous connaissez vos classiques, vous répondrez que le chaperon est forcément rouge, qu’il n’y a aucun cheval dans cette histoire mais un loup et puis vous rirez comme nous lorsque vous comprendrez qui raconte l’histoire d’un petit chaperon jaune…..et pourquoi….. car la chute est excellente !

(Âge jusqu’à 7 ans mais à 9 ans et 44 ans nous sommes toujours contents de le relire)

RODARI ET SANNA CHEVAL BLEU RODARI 4 RODARI 3 RODARI 2

 

Et si on inventait des nombres ? Gianni Rodari et Alessandro Sanna

rodari 1

Photo du net

Vous apprendrez à compter de presque en presque : presque un , presque deux …presque six…
Quand vous serez au point, vous passerez aux trimilliards de fourmillards de…..Le but est donc d’inventer des mots, de malmener les tables de multiplication (trois fois deux pot au feu….)
Et aussi savoir combien pèse une larme d’enfant…

Pour enfant plus grand que « quel cafouillage » (CP-CE1)

Deux livres découverts à la bibliothèque après la lecture de ce livre pour grands enfants qui veulent inventer des histoires pour les petits  « Grammaire de l’imagination » (j’adore ce titre)

grammaire imagination

 

Mois italien chez Eimelle

Venise grand canal italie

D’acier – Silvia Avallone

dacier

Dès le premier chapitre le malaise est présent et va grandissant : Un homme regarde des ados à la jumelle. Une brune et une blonde jouent au volley en bikini sur la plage.  Plus tard,  on apprend que cet homme est le père de la blonde, Francesca.

Et cela devient alors franchement glauque (mais formidablement bien écrit) ce père qui refuse de voir sa fille grandir, ce père qui n’a de père que le nom…..

Les filles sont complices et font plaisir à voir, innocentes et perverses à la fois. Une des deux mères est comme effacée (battue), l’autre militante et amoureuse d’un voyou.

Entre Anna et Franscesca, 14 ans, c’est leur dernier été insouciant et en symbiose (si on peut dire), presque jumelles jusqu’au jour où Anna rencontre Mattéa plus âgé.
En parallèle de l’amitié délurée des deux filles, on suit aussi la vie d’Alessio, le frère d’Anna. A 23 ans, il a déjà travaillé 7 ans dans l’aciérie voisine, il complète son maigre revenu en trempant dans des histoires louches de drogue et de petits larcins.

Au début,  j’ai cru que ce livre se déroulait en Italie dans les années 60 :  le côté terriblement dur du travail, la misère, l’inertie des services sociaux et d’un médecin indifférent aux bleus qui recouvrent une adolescente … Et bien non l’action se passe au début des années 2000 et cela fait un peu peur… Des adolescentes borderline et attachantes, des jeunes adultes abrutis de travail et de drogues, des adultes maltraitants, dépassés  ou indifférents…. C’est l’Italie des années 2000 ? On doit aussi trouver cela en France dans certains quartiers….

L’écriture est un vrai coup de poing d’une jeune italienne (25 ans à la sortie de ce livre) qui a remporté le prix prix Campiello Opera Prima.

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Un extrait :

Ca veut dire quoi, grandir dans un ensemble de quatre barres d’immeubles d’où tombent des morceaux de balcon et d’amiante, dans une cour où les enfants jouent à côté des jeunes qui dealent et des vieilles qui puent? Quel genre d’idée tu te fais de la vie, dans un endroit où il est normal de na pas partir en vacances, de ne pas aller au cinéma, de ne rien savoir du monde, de ne pas feuilleter les journaux, de ne pas lire de livre, où la question ne se pose même pas ?

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L’avis  de Jean Charles

Challenge à tout prix d’Asphodèle (prix Campiello Opera Prima 2010)
Challenge Top 50 chez Claire pour un livre dont l’auteur a moins de 30 ans
Challenge « mois Italien » Chez Eimelle

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Aujourd’hui « Comme une gosse » – 16 octobre

Aujourd’hui j’ai voulu jouer avec les mots, comme une gosse.
J’ai lu que la langue française comprenait 698 mots d’origine italienne.

698 italianismes – Presque autant finalement que d’anglicismes (un peu plus de 1000).

Comme je suis joueuse, je vous propose de me laisser ici même votre italianisme préféré (qui peut ne pas être dans la liste donnée en lien car il y a environ 200 mots cités sur les presque 700 existants)
Je ferai  un texte avec vos mots ! quand ce texte sera-t-il en ligne ?  Mais pronto voyons, ou illico presto !

Tchao 😉

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366 réels à prise rapide (les règles sont ici)

1. écrire sur le vif : OK

2. pas plus de 100 mots : 83 mots

3. éléments réels de la journée : OK

4. suivre la consigne de la date : OK