L’art de la joie – Goliarda Sapienza

Genre : Roman d’une héroïne hors du commun, Modesta, la mal nommée…

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Le but est terrifiant, La vie racontée par une fillette de 10 ans, très pauvre, qui vit avec sa mère, qui hurle sans cesse et sa sœur, demeurée. Revient alors le père de Modesta qui viole sa fille. Ellipse, et on retrouve Modesta dans un couvent, la vieille masure a brûlé avec père, mère et sœur a l’intérieur. Seule Modesta s’en sort…
Modesta est élevée par les sœurs du couvent voisin ; la mère supérieure, Leonora, la prend sous son aile. A sa mort (mazette quelle mort !), la jeune fille de 17 ans part quelque mois dans la famille de Leonora elle y rencontre une jeune fille de son âge…
Le ton est étrange :  Modesta est une jeune fille puis une femme très libre, mais parfois calculatrice et inhumaine. Puis le chapitre, d’après elle semble amoureuse de l’intendant du domaine ….C’es aussi une mère aimante, une amante passionnée …

Ce roman se passe en Italie (Modesta est née en 1900) et nous fait entrevoir les faits marquants du siècle : la misère des années 30,  l’accession au pouvoir de Mussolini, la seconde guerre mondiale et l’après guerre
Modesta une fois acceptée dans la famille de Leonora (elle accepte d’épouser le fils trisomique !!!) se passionne pour des études, la philosophie, le socialisme et le communisme…
J’ai eu l’impression que les personnages s’étaient évadés d’un autre siècle : la passion de Modesta m’a fait penser aux personnages féminins sans concession de Carole Martinez

Extraits

– Que de livres, ma mère ! Vous les avez tous lus ?
– Mais que dis-tu, petite folle ! J’ai étudié, oui, je sais quelques petites choses, mais je ne suis pas une savante. Seuls les docteurs de l’église ont tous le savoir du monde dans leurs mains.
– Moi aussi je deviendrai une savante !
– Folle que tu es ! Et à quoi cela te servirai-t-il, quand tu es une femme ? La femme ne peut jamais parvenir au savoir de l’homme.

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Le mal réside dans les mots que la tradition a voulus absolus, dans les significations dénaturées que les mots continuent à revêtir. Le mot amour mentait, exactement comme le mot mort. Beaucoup de mots mentaient, ils mentaient presque tous. Voilà ce que je devais faire : étudier les mots exactement comme on étudie les plantes, les animaux. Et puis, les nettoyer de la moisissure, les délivrer des incrustations de siècles de tradition, en inventer de nouveaux, et surtout écarter pour ne plus m’en servir ceux que l’usage quotidien emploie avec le plus de fréquence, les plus pourris, comme : sublime, devoir, tradition, abnégation, humilité, âme, pudeur, cœur, héroïsme, sentiment, piété, sacrifice, résignation.

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challenge pavé de l’été chez Brize

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Que lire un 27 août ?

Pendant tout le mois d’août, Danglard attendit avec confiance et fébrilité, pendant qu’Adamsberg vaquait sans accélérer aux tâches ordinaires. Son seul bref moment de tension était à l’heure du courrier, puis cela passait. Le tueur n’écrivait plus. Vers le 20 du mois, Adamsberg ne guettait plus le facteur et partait en promenades de plus en plus fréquentes. Il avait expliqué à Danglard que, après le 15 du mois, il fallait profiter activement des dernières chaleurs au lieu de se disperser dans la besogne des bureaux.
Il se mit en effet à tomber des hallebardes le 27 août, dès le matin. Adamsberg regarda longuement la flotte rincer les trottoirs par sa fenêtre ouverte, debout, les mains dans le dos. Il n’y avait eu que très peu d’orages depuis celui qui avait ouvert le début de cette affaire. Et il regrettait. Il y a des mois d’août où l’on peut se prendre pour Dieu tous les soirs, et d’autres où l’on reste seulement flic tous les matins.

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Fred Vargas – Coule la Seine

Laisser parler les pierres – David Machado

Portugal de nos jours

Valdemar a 15 ans : c’est un dur au collège : bagarres, insolences, mauvaises notes, renvois…Seule sa petite amie, Alice, trouve grâce à ces yeux. Lui est « gros », elle est anorexique…

Depuis qu’il a 6 ans son grand père Nicolau vit avec Valdemar, son père et sa mère.
Le grand père lui a raconté son séjour en prison à partir de 1947 et son désir de vengeance. Celui-ci est très diminué et ne quitte plus son lit que pour un fauteuil roulant, il perd la mémoire alors Valdemar se décide à écrire l’histoire de son grand père, entrecoupée de son histoire à lui et celle d’Alice.

Le fonds historique, pour la partie concernant le grand père est la dictature de Salazar
Sur dénonciation, Nicolau se retrouve une première fois en prison . Il réussit à s’évader au bout de plusieurs années de prison et retourne chez son ancienne fiancée, mariée à son rival. Il se fait arrêter le lendemain (dénonciation ?)

La description de la vie de cette homme est très dure : il a été rendu sourd par les tortures, ses mains ont été brisées
Malgré tout, doué d’un instinct de survie hors du commun, il résiste…Ce qui le sauve ? être un fabuleux conteur. Il raconte à ses bourreaux l’histoire d’un communiste imaginaire Dionisio et ils le croient …tant et si bien que ce Dionisio totalement imaginable finit par devenir célèbre et vivant !

J’ai aimé : l’alternance de points de vue entre la vie de Valdemar et celle de son grand père. C’est le premier livre que je lis  autour de la dictature de Salazar, celle ci n’a finalement rien à envier à celle de Franco, Ceaucesu et tant d’autres…La fin est surprenante,  l’évolution de Valdemar (d’adolescent rebelle à adolescent plus réfléchi) est très bien mise en avant…Et surtout j’ai apprécié la conclusion m^me s’il elle n’en est pas une  : il ne suffit pas d’avoir vécu l’Histoire pour en avoir une vision « réelle » : où est la vérité ? où sont les mensonges ?

J’ai moins aimé : des répétitions (sur les tortures, la prison), le rôle des parents de Valdemar n’arrive qu’à la toute fin …

Un extrait

Je sais ce qui va se passer quand mes jambes vont s’arrêter. Je sais que je vais devoir raconter une histoire, celle de mon grand-père, la mienne ; j’aurai toujours une histoire à raconter. Ma plaie va se refermer complètement et quand elle aura cicatriser, la douleur disparaîtra, elle ne sera plus qu’un souvenir. J’aurai à nouveau toute ma main avec cette belle ligne saillante sur la peau, et je pourrais continuer à écrire. Parce que je ne veux pas oublier. Le passé est toujours là. Le passé ne cesse de grandir et il sera extrêmement difficile de ne rien oublier.

Le peigne de Cleopâtre – Maria Ernestam

 

Stockholm de nos jours
Un peu en « pause au niveau professionnel », trois amis décident de monter leur société « le peigne de Cléopâtre » :  leur but est d’aider des personnes du voisinage dans différents domaines : comptabilité, juridique, architecture d’intérieur.
Mari est comptable et vient de se faire licencier par son associé.
Anna est gérante d’un café baptisé « le refuge » (le bien nommé) et souhaiterait gagner plus d’argent pour pouvoir adoucir les derniers jours de son père, malade.
Friedrich est un peu touche à tout (c’est le personnage qui m’a le plus touché par sa sensibilité , vient ensuite Anna pour son amour pour son père et sa fille …)

Au début tout se passe bien jusqu’au moment où Elsa, la voisine d’Anna, vient lui demander de tuer son mari.
Cruel dilemme pour les trois amis : a-t-on le droit de tuer un homme malfaisant comme on se débarrasserait d’un animal nuisible ?

Les trois amis ont eu chacun une enfance assez difficile et se mettent donc facilement à la place d’Elsa (femme battue mais surtout harcelée psychologiquement)

Tout l’art de l’auteur réside dans le fait qu’elle nous décrit le meurtre mais sans dire qui est le meurtrier : on sait juste que le  meurtrier est nommée  « Elle » mais qui donc a tué le mari d’Elsa ? Mari ? Anna ? Elsa ? Miranda, l’amie de Friedrich ? une homme déguisé en femme ? J’ai même soupçonné Jo l’employée du refuge…

La suite est bâtie donc avec beaucoup de suspense, de faux indices : comme dans « les oreilles de Buster » l’auteure arrive à nous faire ressentir de l’empathie pour un meurtrier (a moins qu’ils ne soient plusieurs)
Chacun des trois amis a des failles qui nous sont dévoilées petit à petit : ils sont tous les trois parfois borderline mais tellement attachants et avec une vrai qualité de réflexion sur le « sens moral » et la justice.

Alors qui a le droit de décider de la mort d’un homme ? A quel prix ? et si on se décide quel sera alors le nuisible suivant à éliminer ?

J’avais trouvé quelques uns des éléments mais la surprise est bien au rendez vous
Il est étiqueté « thriller » dans Babelio : je n’irai pas jusque là même si cette lecture m’a énormément plu.

Un extrait

Jeune homme, je ne suis pas juriste mais je sais pertinemment que si je demandais le divorce, mon mari me ferait vivre un enfer. Il s’en est donné à cœur joie pendant toute notre vie commune, alors la tyrannie, ça le connaît. Il sait exactement où appuyer pour que ça fasse mal. La culpabilité, la honte, la réputation, l’argent… Pour tout vous dire, après ce que j’ai vécu, je me fiche presque de la culpabilité et de la honte. Les problèmes de réputation ne me concernent pas. Mais avec un peu de chance, il me reste encore une dizaine d’années à vivre, et je veux les vivre pleinement. Après notre discussion de ce matin, je me suis dit qu’il n’était pas trop tard pour être heureuse. Pas trop tard pour… me mettre à fumer des cigares, ou, pourquoi pas, à porter des sous-vêtements en dentelle ! Mais d’abord, mon mari doit disparaître. Il ne doit plus jamais être en mesure de m’insulter ni de m’accuser de quoi que ce soit. Qu’une vieille dame souhaite vivre pleinement les quelques années qui lui restent, ça ne peut pas être complètement répréhensible, n’est-ce pas ?

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Challenge Polar et thriller chez Sharon 

Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

Londres XIXème.
Est-il utile de préciser l’histoire que tout le monde connaît ? Dorian Gray, jeune homme de 18 ans, fait le vœu, devant le tableau réalisé par un de ses amis de ne pas vieillir. Sans que l’on sache pourquoi, son vœu est exaucé, il ne vieillit plus et observe au fil des jours le tableau qui se couvre de rides à sa place.

Le début est est très drôle : la plume de l’auteur est alerte, il se moque des anglais, de la « bonne » société », des hommes et des femmes.
Il décrit également les relations entre Dorian Gray et ses deux principaux amis : Basil le peintre et lord Henry. Puis l’histoire tourne au drame dont Sibyl la « fiancée »   de Dorian fera les frais…
Quelle évolution !
De gentil et naïf (trop pour être vrai ?), Dorian Gray, pour rester jeune, devient un être arrogant et méprisant, entraînant tout son entourage avec ses « perversions » : opium, alcool , luxure, débauche….Pas étonnant que ce livre aie fait scandale à sa parution….

L’homosexualité (bisexualité ?) des trois personnages est évoqué à mots couverts (censuré en 1890)

La deuxième partie, vingt ans plus tard, très sombre, montre Dorian s’enfonçant de plus en plus dans ses addictions et sa méchanceté mais restant beau et jeune .
De plus en plus seul, il n’écoute pas les conseils de son ami Basil, le peintre ….
Il échappe « miraculeusement «  à la mort plusieurs fois jusqu’au moment où ….

Je connaissais le début et la fin et j’ai cependant été surprise plusieurs fois par les rebondissements de l’intrigue.

Quant à l’écriture faut-il préciser que c’est très bien écrit ?  on est à la fois subjugué et dégoûté par le personnage.

Un extrait :

Une pluie froide commençait à tomber, et les réverbères luisaient fantomatiquement dans le brouillard humide. Les public-houses se fermaient et des groupes ténébreux d’hommes et de femmes se séparaient aux alentours. D’ignobles éclats de rire fusaient des bars ; en d’autres, des ivrognes braillaient et criaient…
Étendu dans le hansom, son chapeau posé en arrière sur sa tête, Dorian Gray regardait avec des yeux indifférents la honte sordide de la grande ville ; il se répétait à lui-même les mots que lord Henry lui avait dits le jour de leur première rencontre :
« Guérir l’âme par le moyen des sens et les sens au moyen de l’âme… Oui, là était le secret ; il l’avait souvent essayé et l’essaierait encore. Il y a des boutiques d’opium où l’on peut acheter l’oubli, des tanières d’horreur où la mémoire des vieux péchés s’abolit par la folie des péchés nouveaux.

La lune se levait basse dans le ciel, comme un crâne jaune…
De temps à autre, un lourd nuage informe, comme un long bras, la cachait. Les réverbères devenaient de plus en plus rares, et les rues plus étroites et plus sombres… À un certain moment le cocher perdit son chemin et dut rétrograder d’un demi-mille ; une vapeur enveloppait le cheval, trottant dans les flaques d’eau…
Les vitres du hansom étaient ouatées d’une brume grise…
« Guérir l’âme par le moyen des sens, et les sens au moyen de l’âme. » Ces mots sonnaient singulièrement à son oreille…
Oui, son âme était malade à la mort… Était-il vrai que les sens la pouvaient guérir ?… Un sang innocent avait été versé… Comment racheter cela ? Ah ! il n’était point d’expiation !…

Livre lu dans le cadre du Challenge chez Madame lit, le thème d’août est « Un classique »

Je suis quelqu’un – Aminata Aidara

Source photo

Genre : Roman polyphonique

Estelle, jeune femme de 26 ans d’origine Sénégalaise, vit en région parisienne depuis qu’elle a 11 ans. Son père, s’est séparé de sa mère à cette période, Il choisit la date de son 26 ème anniversaire pour lui révéler un secret de famille. (Je ne le dis pas ici, c’est un peu l’enquête principale, en plus rien n’est sûr dans ce que dit le père, (affabulateur ?))

Estelle va essayer de surmonter seule ce que son père vient de lui apprendre (est-ce la réalité d’ailleurs, sa mère lui a raconté l’inverse ?).
Elle se réfugie un temps chez sa sœur puis chez sa mère, sans bien réussir à mettre des mots sur ce qu’elle a appris. Elle commence une introspection depuis son départ du Sénégal à maintenant. Elle a de nombreux cousins et cousines, trois sœurs (dont une restée au Sénégal). Son amie d’enfance part à Londres la laissant encore plus seule en ce mois d’août (je lis ce livre au bon moment sans l’avoir fait exprès)

L’écriture de l’autrice (italo-sénégalaise) est toute en circonvolutions, aller-retour présent-passé, images et senteurs…

En parallèle de son histoire, le livre présente les messages vocaux d’une cousine d’Estelle (messages qui restent sans réponse : Estelle jette son portable dans les escaliers pour ne pas être tentée de répondre) et des mails de son cousin (arrivé en France à l’âge de deux ans et qui y retourne pour la première fois pour ses 18 ans)
Estelle n’a pas de « vrai » métier : elle se revendique comme artiste, organisatrice de squat…

Une troisième partie raconte le témoignage de Cindy (une afro américaine, dont la sœur est une black Panther), amie avec Penda la mère, sur le fameux événement secret et sur d’autres aspects de la vie au Sénégal mais aussi au États Unis : discrimination….
Le témoignage d’Éric, l’ex compagnon de Penda et fils de harkis,  dans une longue lettre adressée à celle ci , nous entraîne vers une autre vision de cette famille.

Enfin, Penda la mère, prend la parole et raconte sa vie au Sénégal, son mariage forcé :…le fait de l’entendre parler de ses 4 filles et de son fils est émouvant. C’est de loin la partie que j’ai préféré, ce portrait de femme tout en subtilités…
Elle essaie de sortir sa fille de la dépression …et de remonter le moral à son neveu qui est traumatisé d’avoir été tabassé par la police au Sénégal…

Sur fonds de liens familiaux et d’enquête intérieure, c’est toute l’histoire des relations Sénégal-France que l’on devine : ambiguës, secrètes… La volonté de cette famille africaine de se libérer de ses jougs personnels et historiques donne de l’espoir (en particulier avec la fin que j’avais sentie venir mais qui est très bien amenée.)

En conclusion : enchantée de ma lecture

Un extrait (c’est Cindy qui parle):

Penda est désormais partie, elle a suivi un rêve d’amour, une des nombreuses promesses des hommes. Qu’elle ait été, au final, satisfaite ou non de son choix, elle aura toujours, pour moi, le mérite y avoir cru : profondément, éperdument. Elle a traîné avec elle trois de ses quatre filles, elle les a conduites dans la terre de l’ex-colonisateur, la France : elle n’est plus jamais revenue. Tandis que moi je suis restée, je reste et je resterai. Les States ne m’auront plus sous leurs griffes : je ferai de Gorée ma demeure éternelle.

Léopold Sédar Senghor, le premier président du Sénégal, venait ici pour réfléchir et composer ses poèmes. Moi je ne réfléchis pas : je survis. Dans le grand livre des visiteurs, j’ai baptisé ma visite à la Maison des Esclaves avec le titre du dernier livre de Georges Jackson, celui qui a lui a coûté la vie : blood in my eye. With Blood in my eye j’observe cette île, si tranquille, où les touristes discrets marchent en silence, conscients de la sacralité qui empêche les éclats de joie. With Blood in my eye je me montre, chaque jour, sur la terrasse qui surmonte les rochers noirs affreusement pareils à ceux de l’autre côté de Gorée, contre lesquels les esclaves trouvaient la mort.

Il faut qu’on parle de Kevin – Lionel Shriver

Je connaissais le sujet  de ce livre avant de le commencer : un jeune garçon commet un carnage dans son lycée quelques jours avant ses 16 ans. Sa mère revient sur les événements :

Voici ma lecture sur 4 jours

Le 20/07/2019
Une femme, Eva la cinquantaine, écrit à son mari Franklin.
Le sujet de ses lettres : essayer de comprendre comment Kevin, leur fils de 16 ans, est parti pour le lycée avec une arme et a tué 7 lycéens, un prof et une personne de la cantine. (2 survivants lors de cette attaque)
L’horreur absolue pour des parents ! Ceux de l’enfant assassin et ceux des victimes…

Le 21/07/2019
L’auteur dissèque dans ses lettres ce qui s’est passé depuis le début «Tomber enceinte » jusqu’au jour fatal le fameux « JEUDI », et ce de façon chronologique.
L’écriture est très directe, très abrupte, sans concession : ni pour elle (elle n’a jamais réellement désiré cet enfant), ni pour son mari (mais on n’a pas la réponse du mari aux lettres) ni pour le fameux Kevin, ni la société américaine pour laquelle il est normal que les armes soient en vente libre …

L’auteure (Lionel Shriver est le pseudo de Margaret Ann Shriver) alterne des passages dans le passé et des compte-rendus des visites qu’Eva rend à son fils incarcéré.
Son fils dès la maternelle présente une incapacité à se sociabiliser …Pour la mère, elle craque et en arrive à le brutaliser : une seule fois lorsqu’il a 6 ans (et porte encore des couches !).

En parallèle, Eva en dit plus sur son enfance : sa mère est agoraphobe, son père est mort en 1945 avant sa naissance, la grande partie de la famille de son père est morte pendant le génocide arménien … Qu’elle est lourde cette enfance qui n’en était pas une : cela rend Eva plus compréhensible : comment aimer un fils alors qu’elle même a été si peu aimée…

Le 22/07/2019
Le mari et père de Kevin est totalement absent. Je crois qu’elle écrit à un mort. Les face-à-faces en prison avec  son fils sont très durs : on sent la haine qu’il a pour l’humanité entière et sa mère en particulier : il est fier de son carnage (et ne regrette qu’une chose que la tuerie de Columbine, qui s’est produite juste après, ait fait plus de morts que « sa tuerie à lui ».)

Le 23/07/2019
Kevin est de plus en plus antipathique, jusqu’au carnage final, qui est raconté de façon presque chirurgicale …
Un livre effrayant…et marquant…
Kevin est-il né psychopathe ou l’est- il devenu parce qu’il a été négligé affectivement par sa mère et son père ? A chacun de se faire son avis…

Un extrait :

… – « C’est toujours la faute de la mère, pas vrai ? » a-t-elle dit tout bas, en ramassant son manteau. « Ce gamin a mal tourné parce que sa mère, elle est alcoolo ou accro à la drogue. Elle le laisse à l’abandon, elle lui apprend pas la différence entre le bien et le mal. Elle est jamais à la maison quand il rentre de l’école. Personne va jamais dire que le père est un poivrot, ou qu’il est pas à la maison quand il revient de l’école. Et personne non plus va jamais dire qu’il y a des enfants qu’ont la méchanceté. Croyez pas ces vieilles salades. Les laissez pas vous charger avec tous ces meurtres.

– LORETTA GREENLEAF ! [Appel du gardien.]

– C’est dur d’être une maman. Personne n’a jamais fait voter de loi disant qu’il faut être parfaite avant de tomber enceinte. Je suis sûre que vous avez fait de votre mieux. Vous êtes dans ce trou à rats par un beau samedi-après-midi ? Vous essayez encore. …

L’avis d’Ingannmic

Et challenge pavé de l’été chez Brize

Que lire un 15 Août ?

13 décembre 2000

Cher Franklin,
Lorsque j’ai mis un pied au travail ce matin, j’ai su immédiatement, à une pesanteur maligne et sombre du côté démocrate, que la « Floride », c’était terminé. Le sentiment de fin, dans les deux camps, a des saveurs de post-partum.
Mais si mes collègues des deux bords sont déçus de voir la fin d’un affrontement fort roboratif, je me sens plus inconsolable encore, exclue de leur sentiment partagé et unifiant de dépossession. Élevée à une puissance bien supérieure, cette solitude où je suis doit ressembler à l’expérience vécue par ma mère à la fin de la guerre, car le jour de ma naissance, le 15 août, coïncide avec le VJDay, victoire sur le Japon, qui vit l’empereur Hirohito annoncer sur les ondes sa reddition aux japonais. Apparemment, les infirmières étaient dans un tel état de béatitude qu’il était difficile d’obtenir d’elles une surveillance précise de la durée de ses contractions. En entendant sauter les bouchons de champagne dans le couloir, elle avait dû se sentir douloureusement abandonnée. Les maris de beaucoup d’infirmières allaient rentrer à la maison, mais pas mon père. Si le reste du pays avait gagné la guerre, les Khatchadourian de Racine, Wisconsin, y avaient perdu.

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Il faut qu’on parle de Kevin – Lionel Shriver

Quinzinzinzili – Régis Messac

Genre : roman de science-fiction post-apocalyptique

Livre paru en 1935 : Les premiers chapitres sont percutants : ils racontent le début de la seconde guerre mondiale : de la science-fiction ou de l’anticipation donc (ou alors une analyse plutôt fine de ce qui allait embraser le monde : le désir de plus d’espace du Japon et de l’Allemagne, l’escalade dans les combats : œil pour œil , dent pour dent jusqu’à l’éradication ou presque de l’humanité…)
Dumaurier est un des survivants de cette guerre totale : les pays se sont tous détruits (avec notamment venant du Japon une arme chimique dévastatrice : plus efficace que tank, missiles et autres sous-marins)
Dumaurier et une bande de gamins n’ont survécu que parce qu’ils était partis en randonnée et s’étaient cachés dans une grotte en Lozère au moment fatidique où l’attaque chimique a été lancée.
Ils restent bloqués pendant des jours dans cette grotte attendant que l’air redevienne respirable…Le guide de la randonnée essaie de sortir et revient, s’étouffant et fou…

La deuxième partie est un monologue du seul adulte survivant Dumaurier : il « étudie » l’évolution de cette microsociété qui n’a aucune règle : c’est la loi du plus fort (parfois de la plus forte), le ton est cynique désabusé, pessimiste … mais très bien écrit et très convaincant…La nouvelle « humanité » n’a-t-elle rien en commun avec l’ancienne ? ou plutôt est-ce un recommencement de l’âge de pierre avec ses superstitions (la découverte du feu, l’instinct de survie et de reproduction ?)

Les enfants de cette bande inventent un langage que Dumaurier a du mal à comprendre…Au début du livre, ils ont une dizaine d’années, à la fin environ 15 ans : c’est fou que des enfants livrés à eux-même pendant 5 ans peuvent devenir. Dumaurier, seul adulte, ne fait que les observer et est indifférent à leur « construction »..

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Au début de ma lecture, je me suis demandé si le propos n’allait pas se rapprocher de «Sa majesté des mouches » de William Golding et puis finalement – même si l’idée de départ est un peu la même – un groupe d’enfants se retrouve isolés et sans adultes, ce sont des livres très différents.
Voici les différences que j’ai notées :
  • Dans Quinzinzinzili les enfants, lorsqu’ils se retrouvent seuls, ont 10 ans et sont « de petits paysans ». Dans « sa majesté des mouches » les jeunes ont 15 ans et sont des membres de la haute société anglaise. Cet écart d’âge et de classe sociale fait évoluer les deux groupes de façon assez différente.
  • Dans Quinzinzinzili, il n’y a aucun espoir pour ces jeunes de revenir à la situation d’avant avec une famille : ils sont désespérément livrés à eux même alors que dans « sa Majesté des mouches » ils arrivent sur une île déserte suite à un accident d’avion et ne perdent pas espoir qu’on les retrouve un jour. Du fait de leur âge, ils essaient de s’organiser sur une organisation sociale qu’ils connaissent bien.
  • Dans Quinzinzinzili aucun espoir sur l’avenir de l’humanité alors que dans « sa majesté »  le héros Ralph reste – à peu près honnête – et fidèle en amitié (quoique mes souvenirs de cette lecture s’estompent : j’embellis peut être le personnage de Ralph (en tout cas sa majesté des mouches reste un livre qui est également classé « jeunesse » ce que n’est pas Quinzinzinzili))
Les points communs entre les deux livres :
  • Il existe  un désir (un besoin?), dans des circonstances de survie plus que compliquées, de se trouver un dieu. D’ailleurs dans ces deux livres le titre est justement le nom de ce « dieu » qui les aide à accepter ces conditions extrêmes.
  • Le besoin qu’ont les hommes de devenir leaders (dominants?) et d’en imposer aux autres par la force le plus souvent : question de survie ? Finalement la «Civilisation » , dans des conditions extrêmes, est vite oubliée pour faire place à la loi du plus fort : cinq ans d’écart d’âge et une condition sociale différente arrive quand même à un résultat identique mais au terme d’une plus longue durée : les hommes finissent par s’entretuer…
Quant aux années de publication 1935 pour Quinzinzinzili et 1954 pour sa majesté des mouches

 

En conclusion : pessimiste mais passionnant….

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Deux extraits :

L’humanité nouvelle débute par le matriarcat. Et la matriarche, par une curieuse déviation, a jeté son dévolu sur le plus faible. C’est lui qui sera le reproducteur, l’étalon de la race future. Un étalon tuberculeux. C’est la survivance du moins apte. Ha, ha, ha !
Quelle gourde, ce Darwin ! Et l’humanité, quelle farce planétaire ! Quelle farce cosmique ! Quelle farce… !

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Je me suis mis à étudier ces dégénérés comme on étudierait une colonie de fourmis.
Vraiment, ce ne sont plus des hommes, ni des fils d’homme. Pour tâcher de les comprendre, il me faut faire un effort, un effort considérable. Ils se sont fait à mon insu, quoique à mes côtés, tandis que je macérais dans mon découragement, un langage à eux, une explication du monde à eux, des habitudes, un genre de vie à eux.

 

Un livre repéré chez Inganmic 

 

Le 12 août j’achète un livre quebécois

J’avais participé l’an dernier à cet événement relayé par Madame Lit et je m’étais rendue compte que j’avais craqué pour 3 livres d’auteurs (damned la parité !)

Cet année je récidive avec deux livres :

Bondrée, de Andrée A Michaud (un thriller) et Niirlit de Juliane Léveille-Trudel 

J’ai déjà dans ma pal Kamouraska d’Anne Hébert (de quoi rétablir la parité mise à mal l’an dernier 🙂

Je vous en reparle en novembre

Bonne journée à tous