En attendant Jeudi Poésie …

En écrivant ce texte pour les plumes, je suis tombée sur ce poème de Marcel Béalu (poète dont je n’avais jamais entendu parler)

L’oiseau vert

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J’ai connu un oiseau vert

Qu’on appelait Arnica

Il mangeait du seringua

Dans une assiette à dessert

.

J’ai connu un éléphant

Qui s’appelait Souris Blanche

Il se mourait d’amour pour

Un âne appelé Dimanche

.

Il y eu un petit pape

Qu’on appelait Papillon

Il avait le bras si long

Qu’on en fit une soupape

.

Oiseau bel oiseau joli

Qui te prêtera sa cage

La plus sage

La moins sage

Ou le roi d’Astragolie

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Marcel Béalu (1908 – 1993)

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Quelques jours plus tard, je retrouve ce même poète  dans ce recueil :

loup y es tu

La Toutebelle 

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Au sein des nuits de lune
Où les chats hurlent à la vie,
Quand du fonds des étangs les noyés
Perçant le suaire du brouillard
S’élancent vers le firmament glacial,
La Toutebelle dans sa forteresse de rosée
S’anime et danse afin d’apprivoiser
L’aspic qui sait mordre mon cœur.
Son palais est une bulle transparente
Qui s’évanouit au moindre heurt.
Fée devenue loche,
Blanche orchidée devenue tarentule,
Réfugiée au plus profond d’une forêt grise.
Sous le treillis des branches givrées
Crépite un feu de châtaignes
Mais les pleurs visqueux du gui
Reconstitueront sa splendeur.
L’œil du hibou est son miroir,
La cupule du gland son dé à coudre.
Quand réapparaît la géode de paillettes et de rayons
Où s’étireront à nouveau ses membres délicats,
Le taillis s’éclaire d’une tremblante aurore.
Les portes tapent dans la maison vide,
Écho sonore de la crécelle qui grince
Dans le regard de la Toutebelle
Lorsque son ventre fleurit
Comme une bouche de poisson hors de l’eau.

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:
Comme j’ai besoin de « contraintes » pour avoir des idées et que jeudi  4 février c’est Jeudi Poésie chez Miss Aspho (avec « production personnelle »), voici la liste de noms communs que je vais essayer d’utiliser dans un poème.

50 mots  : sein – nuit – lune – chat – vie – fonds – étang  – noyé – suaire – brouillard -firmament – forteresse – rosée – aspic – cœur – palais – bulle – heurt – fée – loche – orchidée – tarentule – forêt – treillis – branche – feu – châtaigne – pleurs – gui- splendeur – oeil – hibou – miroir – cupule – gland – dé  – géode – paillette – rayon – membre – taillis – aurore –  porte – maison – écho – crécelle – ventre – bouche – poisson – eau

j’ai cherché loche que je ne connaissais pas

Le grand violon – Henri Michaux

jeudi-poesie

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LE GRAND VIOLON

Mon violon est un grand violon-girafe ;
j’en joue à l’escalade,
bondissant dans ses râles,
au galop sur ses cordes sensibles et son ventre affamé aux désirs épais,
que personne jamais ne satisfera,
sur son grand cœur de bois enchagriné,
que personne jamais ne comprendra.
Mon violon-girafe, par nature a la plainte basse et importante, façon tunnel,
l’air accablé et bondé de soi, comme l’ont les gros poissons gloutons des hautes profondeurs, mais avec, au bout, un air de tête et d’espoir quand même,
d’envolée, de flèche, qui ne cédera jamais.
Rageur, m’engouffrant dans ses plaintes, dans un amas de tonnerres nasillards,
j’en emporte comme par surprise
tout à coup de tels accents de panique ou de bébé blessé, perçants, déchirants,
que moi-même, ensuite, je me retourne sur lui, inquiet, pris de remords, de désespoir,
et de je ne sais quoi, qui nous unit, tragique, et nous sépare.

Pablo Neruda – La centaine d’amour – 29

jeudi-poesie

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Tu arrives du Sud avec ses maisons pauvres,

dures régions du froid, du tremblement de terre

qui, même quand leurs dieux roulèrent dans la mort,

ont donné la leçon de la vie dans la glaise.

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Tu es un poulain de glaise noire, un baiser

de boue sombre, amour, coquelicot de glaise,

ramier du crépuscule éployé sur les routes,

tirelire à chagrin de notre pauvre enfance.

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Fille, tu as conservé ton coeur de pauvresse

et tes pieds de pauvresse habitués aux cailloux,

ta bouche qui n’eut pas toujours du pain ou délice.

;

Tu es du pauvre Sud, d’où est venue mon âme :

dans ton ciel ta mère lave toujours du linge

avec la mienne. Amie ainsi je t’ai choisie.

Louis Calaferte – Poèmes ébouillantés

jeudi-poesie

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Quand nous étions vêtus de lourds et verts manteaux
;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;et chaussés de nuages
;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;dans les sabots du ciel

Quand les rouges chevaux hennissaient sur les mers
et qu’aux oreilles blondes des douceurs enfantines
les grelots de midi scintillaient de leurs fleurs

Quand la brume d’hiver ensablait dans ses moufles
les chemins incertains et les forêts lointaines

Quand les rires avaient des peaux de mirabelles
dans la maison de jonc et le jardin d’osier

Quand les fenêtres crues s’ouvraient sur des campagnes
de serpolet bruyant aux paumes des ravines

Quand c’était ce temps- là ce temps-là ce vieux temps

Juan Gelman

jeudi-poesie

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La souffrance / est-elle défaite ou bataille ?/
réalité qui broies / es-tu compagne ?
tant de perfection te sauve de quoi ?/
Ne te fais-je pas mal ? Ne te juané-je ? /

te gelmané-je ? / ne te chevauchai-je
comme fou de toi ? tien poulain qui passe
se refusant à la mort répugnante ?/
celle qui pleure au pied de mes mouroirs ?/

ne suis-je pas là pour te paterner ?/
vas-tu m’excuser de tant te filier ?/
réel que tu subis comme accouchant /
ton souffroir /chante-t-il pour moi / contre moi ?/

me révèles-tu ce que je peux être ?/
m’ailes-tu /toi aile de ma fureur ?/
te dé-pouponnes-tu comme colombe
qui recherche un oeil aveugle pour voir ?

Juan Gelman, Lettre ouverte suivi de Sous la pluie étrangère, présenté et traduit de l’espagnol (Argentine) par Jacques Ancet, éditions caractères, 2011, p. 40 et 41

Pas de recueil de ce poète argentin à la bibliothèque où je vais (j’ai trouvé ce poème ici)

Le mois argentin est organisé par Denis du blog Bonheur de lire 

moisargentin

La montre – Théophile Gautier

jeudi-poesie

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La montre

Deux fois je regarde ma montre,
Et deux fois à mes yeux distraits
L’aiguille au même endroit se montre ;
Il est une heure… une heure après.
,
La figure de la pendule
En rit dans le salon voisin,
Et le timbre d’argent module
Deux coups vibrant comme un tocsin.
;
Le cadran solaire me raille
En m’indiquant, de son long doigt,
Le chemin que sur la muraille
A fait son ombre qui s’accroît.
,
Le clocher avec ironie
Dit le vrai chiffre et le beffroi,
Reprenant la note finie,
A l’air de se moquer de moi.
;
Tiens ! la petite bête est morte.
Je n’ai pas mis hier encor,
Tant ma rêverie était forte,
Au trou de rubis la clef d’or !
;
Et je ne vois plus, dans sa boîte,
Le fin ressort du balancier
Aller, venir, à gauche, à droite,
Ainsi qu’un papillon d’acier.
,
C’est bien de moi !Quand je chevauche
L’Hippogriffe, au pays du Bleu,
Mon corps sans âme se débauche,
Et s’en va comme il plaît à Dieu !
,
L’éternité poursuit son cercle
Autour de ce cadran muet,
Et le temps, l’oreille au couvercle,
Cherche ce coeur qui remuait ;
,
Ce coeur que l’enfant croit en vie,
Et dont chaque pulsation
Dans notre poitrine est suivie
D’une égale vibration,
,
Il ne bat plus, mais son grand frère
Toujours palpite à mon côté.
– Celui que rien ne peut distraire,
Quand je dormais, l’a remonté !

,

Théophile Gautier

HippogriffEsource Photo : Wikipedia

Chevaux de frise – Guillaume Apollinaire

Pendant le blanc et nocturne novembre
Alors que les arbres déchiquetés par l’artillerie
Vieillissaient encore sous la neige
Et semblaient à peine des chevaux de frise
Entourés de vagues de fils de fer
Mon cœur renaissait comme un arbre au printemps
Un arbre fruitier sur lequel s’épanouissent
……………………….Les fleurs de l’amour

Pendant le blanc et nocturne novembre
Tandis que chantaient épouvantablement les obus
Et que les fleurs mortes de la terre exhalaient
……………………….Leurs mortelles odeurs
Moi je décrivais tous les jours mon amour à Madeleine
La neige met de pâles fleurs sur les arbres
….Et toisonne d’hermine les chevaux de frise
……..Que l’on voit partout
…………Abandonnés et sinistres
………………..Chevaux muets
……Non chevaux barbes mais barbelés
…………Et je les anime tout soudain
;;;;En troupeau de jolis chevaux pies
Qui vont vers toi comme de blanches vagues
………………..Sur la Méditerranée
;;;;Et t’apportent mon amour
Roselys ô panthère ô colombes étoile bleue
………………..Ô Madeleine
Je t’aime avec délices
Si je songe à tes yeux je songe aux sources fraîches
Si je pense à ta bouche les roses m’apparaissent
Si je songe à tes seins le Paraclet descend
………….Ô double colombe de ta poitrine
Et vient délier ma langue de poète
…………..Pour te redire
…………..Je t’aime
Ton visage est un bouquet de fleurs
Aujourd’hui je te vois non Panthère
………………..Mais Toutefleur
Et je te respire ô ma Toutefleur
Tous les lys montent en toi comme des cantiques d’amour et d’allégresse
Et ces chants qui s’envolent vers toi
………………..M’emportent à ton côté
…………Dans ton bel Orient où les lys
Se changent en palmiers qui de leurs belles mains
Me font signe de venir
La fusée s’épanouit fleur nocturne
……………Quand il fait noir
Et elle retombe comme une pluie de larmes amoureuses
De larmes heureuses que la joie fait couler
::::::::Et je t’aime comme tu m’aimes
………………..Madeleine

Guillaume Apollinaire – Calligramme

citation

René Guy Cadou – Hélène ou le règne végétal

Tu es dans un jardin et tu es sur mes lèvres 
Je ne sais quel oiseau t’imitera jamais 
Ce soir je te confie mes mains pour que tu dises 
À Dieu de s’en servir pour des besognes bleues
 
Car tu es écoutée de l’ange tes paroles 
Ruissellent dans le vent comme un bouquet de blé 
Et les enfants du ciel revenus de l’école 
T’appréhendent avec des mines extasiées
 
Penche-toi à l’oreille un peu basse du trèfle 
Avertis les chevaux que la terre est sauvée 
Dis-leur que tout est bon des ciguës et des ronces 
Qu’il a suffi de ton amour pour tout changer
 
Je te vois mon Hélène au milieu des campagnes 
Innocentant les crimes roses des vergers 
Ouvrant les hauts battants du monde afin que l’homme 
Atteignent les comptoirs lumineux du soleil
 
Quand tu es loin de moi tu es toujours présente 
Tu demeures dans l’air comme une odeur de pain 
Je t’attendrai cent ans mais déjà tu es mienne 
Par toutes ces prairies que tu portes en toi

.

René Guy Cadou – Hélène ou le règne végétal

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Sur une idée de Chiffonnette

citation

Michel Garneau – Poésie

les chevals sont des animals doux et calmes

quand ils vont contents de se bien chevaucher

.

un petit cheval vient pour l’autre galopade

donnante et trotte en la neige de tous les sens

.

comme les dames quand elles lâchaient tout

pour chasser le chanteur et le surprendre

.

les plaisantes dames qui portent l’amour aux hanches

comme me porte le désir aux corps ventres si blancs

si chaleur cuisses et la tant surprise douceur des seins

.

au jardin de mon bestiaire les chevals se boivent

l’un l’autre en assoiffés allongés dans la source

.

au bestiaire de ma tête jardinière les chevals

s’offrent l’herbe miraculeuse de la légende d’amour

.

chevals à mes oreilles sont sonores noms des corps

où la force d’amour a mieux automne et mieux été

.

en des instants comme des chevaux accotés


« Les chevals sont des animals…», Les petits chevals amoureux, dans Poésies complètes, vol. 1, Montréal, Guérin Littérature/ L’Age d’homme, I988.

– Source ici 

Sur une idée de Chiffonnette

citation

Vénus Khoury-Ghata – Où vont les arbres ?

Nous fîmes le tour de la forêt sans croiser un seul arbre ami
Sans mettre la main sur un lambeau de la robe de Dieu ou de sa sainte écorce
Une mousse médisante semait la discorde entre arbres de passages et arbres résidants
Le soleil vieillissait
et les résineux inflammables prenaient leurs distances avec l’ultime étincelle
L’hiver arrivé plus tôt que prévu et le soleil imbu de sa dignité
La forêt migra sous notre toit avec sa horde de résineux nattés comme chevaux de parade

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Vénus Khoury-Ghata   – Où vont les arbres ? 

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Sur une idée de Chiffonnette

citation