La belle Angèle

Quelques jours après qu’Angèle est partie pour sa dernière demeure, nous avons, nous aussi, été exilés, remisés, placardisés.  Nous tous, les derniers chéris de Angèle. Les gros bras de déménageurs nous ont mis sans considération dans des cartons et direction la remise au fonds du jardin. Nous étions finalement peu nombreux à avoir entouré les derniers jours de Angèle : un jeu de tarot, une poêle à frire, une bouilloire, son costume traditionnel : coiffe et tablier, un vase où meurt une verveine, un presse-purée ….un vieux cochon tire-lire, quelques livres et moi Federico, le fer à repasser. Qu’elle était belle, Angèle, jusque dans ses derniers jours, ses yeux bleus, sa douce peau ridée comme une pomme de septembre, et sa coiffe. Parce que sans fausse modestie, la coiffe d’Angèle je peux dire que c’est moi : tenez la preuve par l’image, voici Angèle le jour de ses 20 ans au début du 20ème siècle.

Vous noterez le pli fabuleux du tablier en dentelle qui tombe élégamment sur la robe de velours ornée de galons perlés, les petites ailettes de la coiffe qui mettent en valeur la nuque… (bon j’arrête là on va finir par se croire dans le bonheur des dames, le livre qu’Angèle aimait tant relire). Ouh là là…. comme j’avais bien repassé ce jour-là, tout ça pour ça ! nous voilà à la retraite, au rebut, au fonds d’un carton, inutiles….

Nous étions donc tous sur les étagères de la remise quand nous avons entendu les nouveaux arrivants investir la maison : ce fut une cavalcade telle que nous nous sommes tous regardés, effarés : forcément avec un bruit pareil, une chose était sûre : dans les nouveaux locataires de la petite maison, il devait forcément y avoir des ENFANTS !! nous tremblions de peur Ernestine et moi (j’en suis encore si retourné que j’ai oublié de vous présenter Ernestine, la bouilloire)

Pourquoi avoir peur d’enfants vous direz-vous, c’est que Angèle nous a toujours tenus éloignés des enfants : « Faites attention, disait-elle : ne vous approchez pas de Federico le fer à repasser (c’est moi) il est brûlant, ne vous approchez pas d’Ernestine elle est bouillante de thé.. je crains toujours le pire avec les petits »

Alors aujourd’hui, même si nous n’avons pas servi depuis deux mois et que nous sommes froids comme la remise, nous avons peur … non pas des enfants mais peur de leur faire mal…

Curieux, nous avons assisté à l’emménagement de la nouvelle famille : un papa, une maman, une fille à tresse en short orange et un garçon en salopette bleu (j’aime bien les shorts c’est rapide à repasser, mais je hais les salopettes : on a à peine repassé le haut que le bas est fripé …Bref vous comprendrez que j’avais un faible pour la petite fille, sa voix douce et bizarre me fait frémir)

L’après-midi, les gamins sont venus visiter la remise.

Nous tremblions encore un peu avec les amis mais finalement nous avons beaucoup apprécié de sortir de notre zone de confort …pour ma part, moi qui suis un fer incarné depuis plus de cent ans, j’ai été (dans une même après-midi de jeux et sans mentir) un paquebot sur la rivière, un vaisseau de Vampires Starwass et même j’ai été un chokeur cardiak (je ne suis pas sûr de l’orthographe, c’est la petite qui a dit cet objet là c’est un chokeur Kardiak pour réveiller ceux ki ont une krise Kardiak : elle a une drôle de façon de prononcer les mots la petite, elle ne doit pas être née dans le coin de Plougastel, « moi kan je serai grande je serai dokteur et je réveillerai les morts de krise cardiak, comme papi » a fini la petite dans un éclat de rire.

C’est à ce moment-là que nous avons entendu la voix du nouveau papa, appeler les enfants : « Angèle, Francis, à taaaable ! »

Nous nous sommes regardé avec Ernestine et avons dit dans un seul souffle : le futur docteur s’appelle Angèle…la vie recommence ….. Cela ne fait pas un pli…

.

 

Ecrit pour L’Agenda ironique qui est chez JoBougon avec comme thème « repassage et maison de retraite » et aussi pour  A vos claviers d’Estelle – 10 mots contenant le son ir (Investir / frire / frémir / mentir / rire / relire / vampire / pire / tire-lire)

Sources photos : ici, ici et

 

 

 

 

 

 

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17 réflexions au sujet de « La belle Angèle »

  1. Superbement participé didonque, attention fer chaud, thé pas mieux, ne blessons personne.
    En fait je rigole, je ne sais pas pourquoi je pense à la pièce de théâtre « le prénom » avec Patrick Bruel à qui je souhaite une très bonne fête en passant. Lancer du prénom et voir se déployer les plis du fou rire, en passant par du un peu jaune, puis ensuite en ne choquant que ceux qui auraient quelque chose de honteux à cacher.
    Merci merci merci mille et une fois encore valentyne, merci de ta participation.
    Faisons gaffe au « fer qui brûle n’amasse pas torchons ».
    Bisesssssss ❤ ❤ ❤

    • Je n’ai pas vu cette pièce de Bruel pourtant j’en ai entendu beaucoup parlé (en bien)
      Ah les pli du fou rire 😉
      C’est vrai cela on n’a pas entendu la voix des torchons (parce que c’est indémodable un torchon ?)

  2. Ping : L’agenda est là | L'impermanence n'est pas un rêve

  3. Bon jour,
    C’est un vrai cabinet de curiosités … vivants 🙂
    En tout cas, j’aime bien les salopettes si ce n’est les combinaisons … 🙂
    Merci à vous pour ce partage.
    Max-Louis

  4. Ping : A vos claviers #5 – Les textes | L'atelier sous les feuilles

  5. Ping : Les plumes en « elle  d’Asphodèle et de Mind | «La jument verte

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