Michel Tremblay – Bonbons assortis

BONBONASSORTISSept nouvelles sur l’enfance de Michel Tremblay. Sept moments à la fois tendres et drôles. Michel nous raconte des anecdotes entre ses 6 et ses 8 ans. Lui et sa famille habite au Québec, dans un appartement plutôt grand mais où les 10 habitants ont parfois l’impression de vivre les uns sur les autres. Ces personnages sont hauts en couleur avec la grand-mère Tremblay, sa fille Robertine et ses deux enfants, son fils (le père de Michel), la belle fille (la mère de Michel), les deux frères de Michel et enfin deux oncles célibataires « qui cherchent du travail ».

La première nouvelle est la plus émouvante. Un conseil de famille se déroule pour savoir qu’offrir à la voisine qui se marie. En effet, la famille est pauvre et n’a pas les moyens d’un cadeau. D’un côté, il y a la fierté d’offrir quand même quelque chose, et aussi la peur du « qu’en-dira-t-on » si aucun cadeau n’est offert, et de l’autre il y a l’impossibilité matérielle. C’est alors la mère de Michel qui sauve la situation jusqu’au moment où Michel….mais je vous laisse faire cette découverte…

La deuxième nouvelle décrit un violent orage vu pas les yeux de Michel : un très beau portrait de son père et un parler Québécois qui fait mouche.

On n’avait pourtant rien annoncé de particulier pour cette nuit-là, à part une belle pluie d’août qui viendrait enfin dissiper cette horrible et collante humidité que nous avions eu à endurer sans relâche plusieurs semaines de suite. Un front froid s’avançait ; on disait qu’il balaierait tout le Québec d’un air sec et vivifiant, précurseur de l’automne. Toute la maisonnée s’était préparée à cette pluie en soupirs de satisfaction et remarques désobligeantes pour le maudit été trop chaud, trop long, trop collant. Ma grand-mère prétendait soudain détester l’été, ma tante Robertine rêvait au mois d’octobre, mes frères parlaient déjà de hockey. Six mois plus tard, aux premiers frémissements du printemps ils profèreraient des horreurs semblables au sujet de l’hiver. Ma mère déclara que les habitants des pays tempérés ne sont jamais contents et qu’ils critiquent tout le temps ; ma grand-mère lui répondit que le Canada n’était tempéré qu’au printemps et à l’automne. Le reste du temps, c’était un pays insupportablement excessif.

« L’hiver y fait trop frette, pis l’été y fait trop chaud. Moé, j’me contenterais du mois de mai ou ben du mois de septembre à l’année ! Y paraît qu’au Paradis terrestre, là ; c’était le mois de septembre à l’année ! Y avait tout le temps des fruits, pis tout le temps des légumes ! Y pouvaient en manger du frais à l’année longue, les chanceux ! Tiens, ça veut même dire, Nana, que quand t’es venue au monde, un 2 septembre, y faisait la même température qu’au Paradis terrestre! « 

Ma mère a posé ses deux mains sur ses hanches comme lorsque j’avais fait un mauvais coup et que le ciel allait me tomber sur la tête.

« Madame Tremblay ! Franchement ! Vous lisez trop pour croire des niaiseries pareilles ! Qui c’est qui est allé tchéker ça ? Hein ? Y avais-tu un météorologue au Paradis terrestre ? C’est-tu dans la Bible, coudonc ? Dieu inventa le mois de septembre et vit que c’était bon ? Vous êtes trop intelligente pour croire ça !

– Chus comme toé, chère tite-fille! J’cré ce qui fait mon affaire ! » Ma mère, bouche-bée, était retournée à sa besogne. (P57)

Ce recueil est un véritable plaisir, alternant moment de tendresse, de disputes, on a envie de croire au père Noel du petit Michel.

. Il n’ y a pas trop de termes québécois que je n’ai pas compris. Mais cela m’a rappelé une conversation lors d’un dîner d’amis il y a trois mois , l’assemblée était nombreuse et parmi tout ce monde, A. une sympathique québécoise nous a bien fait rire avec des expressions québécoises : j’ai surtout retenu le terme « gosses » et la définition de ce terme au Québec et là de retrouver ce terme dans la bouche du père de Michel, à propos de l’engouement de la famille pour Luis Mariano m’a fait hurler de rire. Voici donc cet extrait :

Dès la première écoute, mon père a protesté. « Avec les culottes qu’y porte sur le portrait, y peut bien chanter avec c’te voix haute là ! Y chante comme un serrement de gosses ! »

Protestations véhémentes de la part des femmes présentes.

Evidemment, papa en a remis : « C’pas une chanteur,c’te gras-là, c’t’un …euh comment y appellent ça, donc , en Arabie, les gars avec la queue coupée qui gardent les harems…des neunuques ! C’est un neunuque ! Vous vous pâmez devant un neunuque ! »

Les femmes l’envoyèrent lire son journal dans sa chambre et remirent le disque depuis le début.

Pendant une grande partie de la soirée, la voix de Luis Mariano s’éleva dans la salle à manger. Maman se tenait le cœur à deux mains, grand-maman écrasait de temps en temps une larme furtive, ma tante Robertine faisait les yeux ronds, signe chez elle, d’une grande concentration, Hélène haussait les épaules en fouillant dans sa propre collection de 78 tours à la recherche de quelque chose de moins larmoyant et surtout de plus swignant.

En conclusion : un excellent moment de lecture en compagnie de ce petit Michel et de sa famille. Un recueil de nouvelles très bien assorties !

Challenge : Québec en septembre de Karine et  Yueyin

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Challenge francophone de Denis

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Challenge Commonwealth d’Alexandra

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16 réflexions au sujet de « Michel Tremblay – Bonbons assortis »

    • oui l’humour est bien présent 🙂
      Peut être aussi que le fait d’avoir un enfant de l’âge de ce petit Michel l’a rendu aussi particulièrement attrayant (Il a une façon adorable de nous faire croire au père Noël dans deux nouvelles dont je n’ai pas parlé ;-))
      Je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir ton billet sur cette LC ….. ce soir j’espère 😉

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  4. Si tu aimes le Québec et Michel Tremblay, essaie aussi Mordecai Richler que les québecois se mettent à retraduire et à redécouvrir. Le pauvre c’est un juif, québecois anglophone, qui possède un humour ravageur. « le monde de Barney » par exemple.

  5. Ping : La traversée de la ville – Michel Tremblay | La jument verte

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