Le pays qui te ressemble – Fabrice Colin

Nous avions loué un camping-car six places. Robuste, puissant et dur au mal, nous avait certifié le loueur en caressant la portière comme s’il parlait d’un cheval de trait : on ne fait pas mieux que les marques allemandes. Marilyne et moi l’avions réservé un mois auparavant au terme d’une recherche sur Internet de trois heures trente chrono, et papa était allé le récupérer ce matin même là où il l’avait garé la veille au soir, c’est-à-dire dans un arrondissement voisin. La bête était équipée tout confort, avec deux lits doubles et fixes pour les adultes et deux couchettes superposées dans le fond – je prenais celle du haut, gagnée comme toujours à pile ou face. Nous disposions d’une douche et de toilettes séparées ainsi que d’une télé dont nous ne nous servirions jamais. Il avait été convenu avec Jude que nous n’emporterions qu’une tablette en plus du PC portable de Marilyne : l’idée – qui le concernait au premier chef – était de se dé-sin-to-xi-quer. Dans cette optique, il avait laissé son IPhone à la maison. Il y a avait de quoi être admiratif.
J’avais rangé mon porte-documents secret au fond de l’armoire sous une pile de tee-shirts. A l’intérieur : trois noms et trois adresses. La première se trouvait au coeur de Rome : 1418 kilomètres, treize heures et demie de route sans pause en passant par Florence. (p 52)

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Le pays qui te ressemble – Fabrice Colin