La Toutebelle

le cirque bleu chagall

Marc Chagall – Le cirque bleu – 1950

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La Toutebelle

Sous le chapiteau-forteresse, la Toutebelle
flirte avec le firmament
Sur son trapèze, le rayon bleu la captive
l’arrête, la relâche, ample mouvement de balancier.
Plus légère qu’une bulle
de champagne, de savon, la funambule
déplie ses membres dans la nuit.
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Sous la géode des étoiles, son amie la lune sourit
et l’encourage d’un clin d’oeil.
Souplesse de chat, la Toutebelle a sept vies,
Oiseau sur la branche, écho subtil
La petite fée illumine son palais de paillettes.
Son justaucorps pourpre souligne son ventre
et ses seins en leur aurore
Bouche concentrée, joues rosissantes,
Cheveux couleur châtaigne ondoyant dans le courant.
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Le coq se prend pour le hibou et hulule
Il répond au trapèze-crécelle
La Toutebelle réussit un saut périlleux
traverse le fond de l’air, passe sous le feu du miroir
se rétablit…..in extrémis….
Le trapèze la récupère, la porte, la soutient.

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Tout en bas, la jument s’inquiète :
Pesanteur, balançoire et atterrissage sans heurts
Son orchidée est si fragile, son coeur se serre :
Le fil de la vie est un jeu de dé.
Les yeux noyés de pleurs, elle guette dans ce brouillard,
Une goutte de sueur glissant comme la rosée,
annonçant la fatigue des muscles.
Elle admire la splendeur de la jeune liane hors de sa forêt,
La sirène hors de l’eau s’épanouit
Comme un poisson hors de l’étang.

jeudi-poesie

Les mots étaient au nombre de 50 au départ et  40 à l’arrivée : ici

Joseph Kessel – l’armée des ombres

Mon hôte maintenant est le baron de V…Et mon logement un beau château Louis XIII. La propriété comprend un parc, un bois, un étang, des terres étendues et riches. On ne peut imaginer un refuge plus sûr et plus agréable. Je vais pouvoir rétablir les liaisons et former des plans avec tranquillité. Le baron se met entièrement à mon service. C’est un personnage. Un long nez, le teint brûlé par le soleil et le vent, des yeux petits et durs, il tient à la fois du loup et du renard. Il n’aime que ses terres et la chasse. Ancien officier de cavalerie, bien entendu. Sa femme et ses enfants vivent dans la terreur. Le seul être qui lui en impose est sa sœur aînée, vieille fille qui ne quitte jamais sa culotte de cheval. Le baron de V…était un ennemi juré de la République. Il avait composé avant la guerre, avec ses métayers, ses valets de chiens et ses piqueurs, un peloton armé de fusils de chasse et de revolvers, qui était destiné à enlever d’assaut, à cheval, la préfecture voisine, en cas d’insurrection royaliste. Ce peloton, parfaitement organisé, parfaitement entraîné, existe toujours. Mais il agira contre les allemands. Les armes ne manquent pas. On fait de nombreux parachutages sur les terres du baron. Il n’appartient à aucune organisation de résistance. Mais il les aide toutes. Quand sa femme et ses enfants sont couchés, il part avec sa sœur, à cheval tous les deux, faire la réception des parachutes.
C’est à ce féodal que m’a confié notre chef de secteur, secrétaire de syndicat. J’ai plaisanté le baron de V…sur sa complicité avec un révolutionnaire. Il m’a dit : »je préfère, Monsieur, une France rouge à une France qui rougisse ».
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Joseph Kessel – l’armée des ombres

Sous les vents de Neptune – Fred Vargas

sous les vents de neptune

Adamsberg est de retour, plus sensible que dans les tomes précédents. Il faut dire que l’enquête qu’il essaie de mener le concerne de très près : une jeune fille a été découverte poignardée avec un trident (encore un coup de Neptune ?) et cet assassinat ressemble trait pour trait à un meurtre, qui a empoisonné la jeunesse d’Adamsberg. A cette époque, le jeune frère d’Adamsberg, Raphaël, avait même été accusé du meurtre et obligé de fuir : 30 ans que les deux frères ne se sont pas vus.
L’originalité de l’histoire tient aussi au stage que doivent suivre les policiers français au Québec. Le doux accent et le franc parler des chums de la police valent le détour !
Plus que l’enquête policière c’est l’ensemble des personnages qui est réjouissante :

On soupçonne un traître dans le commissariat : Danglard est-il net ou complice ?

Camille reviendra-t-elle ?

Clémentine et Josette arriveront-elles à hacker le FBI ? (Euh je m’égare) , Rettancourt (j’adore son prénom : Violette) aura-t-elle le dos assez large ?

Adamsberg est-il un serial Killer ?

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En tout cas ce tome m’a emballé (presque autant que pour « L’homme à l’envers » qui est pour moi le meilleur Vargas – en même temps je ne les aie pas tous lus)

Un peu de surnaturel, des jeux de mots …. Bref un excellent moment !

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Deux extraits :

A Paris

[…] – Josette, elle va où elle veut dans ses souterrains, déclara Clémentine. Et des foyes la voilà à Hambourg, et des foyes la voilà à New-York.
– Pirate informatique ? demanda Adamsberg, stupéfait. Hacker ?
– Aqueuse, exactement, confirma Clémentine avec satisfaction. Josette, elle pique aux gros et elle donne aux maigres. Par les tunnels. Faut me boire ce verre,  Adamsberg.
– C’était cela, Josette, les « transferts » et les « répartitions » ? demanda Adamsberg.
– Oui, dit-elle en croisant rapidement son regard. J’égalise.

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et au Québec :

— Tu fais équipe avec qui, demain ? lui demanda Sanscartier en l’accompagnant à la voiture.
— Ginette Saint-Preux.
— C’est une bonne chum de fille. Tu peux être sur tes aises.
— Mais tu me manqueras, dit Adamsberg en lui serrant la main. Tu m’as rendu un grand service.
— Comment ça se peut-tu ?
— Ça se peut, voilà tout. Et toi ? Avec qui travailles-tu ?
— Avec celle qu’est tendre d’entretien. Tu peux-tu me rappeler son nom ?
— Tendre d’entretien ?
— Grosse, traduisit Sanscartier, embarrassé.
— Ah. Violette Retancourt.
— Excuse-moi de ramener la question, mais quand t’auras pogné ce maudit mort, même dans dix ans, tu pourras-tu me le faire assavoir ?
— Ça t’intéresse à ce point ?
— Oui. Et j’ai pris amitié sur toi.
— Je te le dirai. Même dans dix ans.

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Challenge Polar chez Sharon

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