Les trois mousquetaires dans un bateau de Patience Steinbock

Le premier lundi du mois d’avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les Huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s’enfuir les femmes du côté de la Grande-Rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d’endosser la cuirasse et, appuyant leur contenance quelque peu incertaine d’un mousquet ou d’une pertuisane, se dirigeaient vers l’hôtellerie du Franc Meunier, devant laquelle s’empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compact, bruyant et plein de curiosité.

D’artagnan et Athos descendirent, se mirent en selle près de leurs compagnons, et nous nous mîmes en marche tous huit : Athos sur le cheval qu’il devait à sa femme, Aramis sur le cheval qu’il devait à sa maîtresse, Porthos sur le cheval qu’il devait à sa procureuse, et  d’Artagnan sur moi, Rabastas, le cheval qu’il devait à sa bonne fortune, la meilleure maîtresse qui soit.

Nous avions  reçu pour mission d’escorter Milady vers la Martinique, terre des héritiers de Pierre Velain d’Esnambuc, pour la mettre hors d’état de nuire. Nous décidâmes de partir tous huit, plus notre prisonnière  dans un gallion royal « la Couronne » (la coque du vaisseau faisait 167 pieds de long hors-tout, ou 200 pieds depuis le bâton de pavillon jusqu’à l’éperon ;  46 pieds de large au maître-bau , avec un tirant d’eau de 17 pieds)

Rassurés de savoir notre prisonnière au cachot les quatre avaient entamé une petite belote en devisant gaiement :

 

  • Un pour tous, tous pour un !
  • Athos, Porthos arrêtez de tricher ou je vous embroche tous comme des ortolans !
  • Il semble qu’on tienne en réserve, à notre intention, un vent d’est particulièrement aigre.
  • Par-dessus bord l’encombrement, mon frère ! Que l’esquif de ta vie soit léger, qu’il porte seulement le nécessaire, un logis accueillant et des plaisirs simples, un ou deux amis dignes de ce nom, un être que tu aimes et qui t’aime, un chat, un chien, une pipe ou deux, de quoi manger et de quoi te vêtir à ta suffisance, et un peu plus qu’assez à boire, car la soif est chose à éviter.

Nous les chevaux étions tranquillement dans la cale à côté du cachot de Milady quand soudain, les trois autres chevaux furent pris d’un mal de mer certain, vraisemblablement dû au parfum de Milady…

Quant à moi j’ai découvert un excellent préservatif contre le mal de mer, c’est de me balancer. On se tient debout au milieu du pont, et quand le bateau roule et tangue, on penche son corps de côté et d’autre, de façon à le tenir toujours vertical. Quand la proue se relève, on s’incline en avant, jusqu’à ce que le pont touche presque votre nez ; quand c’est la poupe qui se soulève, on s’incline en arrière. Cela va très bien une heure ou deux ; mais on ne peut pas se balancer pendant une semaine.

Les trois autres ruèrent, se cabrèrent et s’entêtèrent jusqu’à ce que le terre fut enfin en vue…

Nous ne chavirâmes pas : je me borne à constater le fait, ne pouvant en fournir une quelconque raison. J’ai souvent réfléchi à ce phénomène depuis, sans jamais parvenir à une conclusion satisfaisante.

Peut-être cela fut-il dû à ce fameux esprit de contradiction inhérent à toutes choses en ce monde. Voyant notre conduite, le bateau en aurait conclu que nous voulions nous suicider, en conséquence de quoi il aurait tout fait pour nous décevoir. C’est la seule explication plausible que j’aie jamais trouvée.

Milady, pendant le trajet, était parvenue à détacher la corde qui liait ses pieds : en arrivant sur le rivage, elle sauta légèrement à terre et prit la fuite. Mais le sol était humide ; en arrivant au haut du talus, elle glissa et tomba sur ses genoux.

A suivre…..

Source photo 

 

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C’était un extrait du futur livre « Les trois mousquetaires dans un bateau » de Patience Steinbok que vous pouvez retrouver ici

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Ma participation à l’agenda ironique d’avril concocté par Martine avec pour sujet croisière

Je m’aperçois après publication que j’ai oublié la consigne sur les mots en ‘itude », va falloir que je fasse un autre texte …..

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Avez-vous reconnu des passages ? sur 648 mots de ce texte il doit y en avoir à peu près 225 mots des « trois mousquetaires », 266 mots de « trois hommes dans un bateau » et le reste est de moi (je vous laisse faire le calcul)

 

Voici  pour les curieux les extraits bruts des « trois mousquetaires » d’Alexandre Dumas

Le premier lundi du mois d’avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les Huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s’enfuir les femmes du côté de la Grande-Rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d’endosser la cuirasse et, appuyant leur contenance quelque peu incertaine d’un mousquet ou d’une pertuisane, se dirigeaient vers l’hôtellerie du Franc Meunier, devant laquelle s’empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compact, bruyant et plein de curiosité.

D’Artagnan et Athos descendirent, se mirent en selle près de leurs compagnons, et tous quatre se mirent en marche : Athos sur le cheval qu’il devait à sa femme, Aramis sur le cheval qu’il devait à sa maîtresse, Porthos sur le cheval qu’il devait à sa procureuse, et d’Artagnan sur le cheval qu’il devait à sa bonne fortune, la meilleure maîtresse qui soit.

Un pour tous, tous pour un !

Ou je vous embroche tous comme des ortolans !

Milady, pendant le trajet, était parvenue à détacher la corde qui liait ses pieds : en arrivant sur le rivage, elle sauta légèrement à terre et prit la fuite. Mais le sol était humide ; en arrivant au haut du talus, elle glissa et tomba sur ses genoux.

 

Et les extraits de « trois hommes dans un bateau » de Jérôme K Jérôme

Il semble qu’on tienne en réserve, à notre  intention, un vent d’est particulièrement aigre.

Par-dessus bord l’encombrement, mon frère ! Que l’esquif de ta vie soit léger, qu’il porte seulement le nécessaire, un logis accueillant et des plaisirs simples, un ou deux amis dignes de ce nom, un être que tu aimes et qui t’aime, un chat, un chien, une pipe ou deux, de quoi manger et de quoi te vêtir à ta suffisance, et un peu plus qu’assez à boire, car la soif est chose à éviter.

Quant à moi j’ai découvert un excellent préservatif contre le mal de mer, c’est de me balancer. On se tient debout au milieu du pont, et quand le bateau roule et tangue, on penche son corps de côté et d’autre, de façon à le tenir toujours vertical. Quand la proue se relève, on s’incline en avant, jusqu’à ce que le pont touche presque votre nez ; quand c’est la poupe qui se soulève, on s’incline en arrière. Cela va très bien une heure ou deux ; mais on ne peut pas se balancer pendant une semaine.

Nous ne chavirâmes pas : je me borne à constater le fait, ne pouvant en fournir une quelconque raison. J’ai souvent réfléchi à ce phénomène depuis, sans jamais parvenir à une conclusion satisfaisante.

Peut-être cela fut-il dû à ce fameux esprit de contradiction inhérent à toutes choses en ce monde. Voyant notre conduite, le bateau en aurait conclu que nous voulions nous suicider, en conséquence de quoi il aurait tout fait pour nous décevoir. C’est la seule explication plausible que j’aie jamais trouvée.

 

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27 réflexions au sujet de « Les trois mousquetaires dans un bateau de Patience Steinbock »

  1. Ping : Agenda ironique, la récapitulitude de vos appareillages. – Écri'turbulente, c'est en écrivant qu'on devient écrevisse.

  2. Mouahahaha, l’idée est excellente ! recyclage et compost sont les deux mamelles de la meilleure littérature (en existe-t-il seulement une autre qui vaille qu’on en cause ?).
    Pour la suite, ça continue avec les mêmes auteurs ou tu invites d’autres chevaux ? A défquid de Jeanne Bourrin ?)Je vois bien Rossinante et Crin-Blanc se glisser dans la fine équipe !

  3. Bonne idée, il va falloir que je m’y essaie un de ces quatre.
    J’essaierai de laisser à mon inspiration le choix des textes à mêler.
    Tu as réussi à rendre le texte si fluide qu’à aucun moment je n’aurais deviné ton bricolage.
    Outils performants plus compétence au sommet donnent plus que roulis ou que tangage.
    Tu viens de nous le prouver.
    Chapeau Valentyne.

  4. Heureusement que tu cites tes sources pour éviter ce que certains hommes politiques ou certains lapins crétins ont eu à affronter un jour dans leur vie, le plagiat ! Donc, cet amusant exercice de style est très réjouissant et encore plus si l’on sait que ce n’est pas fini et que tu vas devoir te coltiner la même consignitude que nous autres. A la revoyure…

  5. Je me vois obligé de relever une coquille (pas de noix, pas un frêle esquif car, avec un tirant d’eau de 17 pieds, ce qui indiquerait qu’un unijambiste a réussi à se faire enrôler, cela ferait de l’esquif tout sauf frêle) car tu parles de 3 mousquetaires, or tu en cites 4… N’y aurait-il pas mal-comptage dû à une faible connaissance de la table de 1 ???… Table bien plus subtile, je vous l’accorde, que son énoncé n’énonce !!
    Mais bref, s’il t’était possible -et agréable- de m’éclairer sur l’incongruité à forte consonance artistique que voilà, j’en serais fort aise !!
    Merci et bravo pour ce tour de force (et ce, en dépît de 3 n’égale pas 4) !

    • Les trois mousquetaires comme tu le dis si bien finalement étaient 4 , c’est une réalité historique (je viens d’aller vérifier sur wiki c’est dire si mes sources sont amplement vérifiées … ) Cela m’arrangeait bien pour la belote !!!
      Bises o lecteur attentif 🙂

      • J’ai une autre question ! Alors, ils étaient 4 mais seuls 3 étaient cités ! Le savaient-ils et, si oui, pourquoi n’ont-ils rien dit ? Est-ce par timidité ? Par peur de ne pas savoir compter et de n’être finalement que 3 malgré leurs nombreux comptes où ils tombaient toujours sur 4 ? Est-ce à dire, s’ils savaient bien compter, que l’un d’eux n’était pas bien considéré par les 3 autres ? Si oui, qu’avait-il fait ? Et pourquoi l’avait-il fait ? Avait-il une bonne raison de le faire ou était-ce un mauvais jugement de sa part ? Si oui, n’aurait-on pu rien faire pour les rabibocher ? Genre une conciliation ou une thérapie de troupe ? Si oui, dans ce dernier cas, qui devait prendre en charge les frais de la thérapie ? Les services du roi ou plutôt le département mousquetarial ?
        Enfin, et je pourrais m’arrêter là si je le voulais, serait-il possible de glisser un erratum dans le titre genre « Les 3 mousquetaires + 1) ?

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