Requins d’eau douce – Heinrich Steinfest

La victime, un homme très sportif, est retrouvé mort dans une piscine sur un toit-terrasse dans la ville de Vienne 🙂
Le meurtrier présumé est un requin:-) Il manque au cadavre une jambe et une main (non retrouvées dans la piscine).
L’enquête est confiée à l’inspecteur Lukastik. C’est la quatrième, qui raconte tout cela, qui m’a motivée à lire ce roman. Le fait est que j’avais adoré un autre livre d’Heinrich Steinfest (le poil de la bête).
Si vous aimez les livres avec beaucoup de rebondissements, de l’action, ce livre n’est pas fait pour vous : l’enquêteur est lent (ce n’est pas un défaut pour moi), l’histoire est racontée de son point de vue. Parfois pendant une page entière, l’auteur décrit tout ce qui passe par la tête de Lukastik avant de décrocher son téléphone. Les digressions sont nombreuses (philosophiques et musicologiques) et le lecteur voit quand l’inspecteur se fourvoie dans son enquête. le personnage n’en est que plus humain.
La fin ne m’a pas totalement convaincue mais j’ai tout de même passé un bon moment avec cet inspecteur qui sort des sentiers battus.

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Un extrait 

D’un geste du bras, le Dr Paul indiqua à Lukastik une chaise libre, tandis que de l’autre main il désignait le cadavre en disant :
– Il n’y a plus de doute. Cet homme a été tué par un requin.
Devant lui, alignés sur une plaque de verre posée sur un papier, se trouvaient plusieurs petits fragments. Il souleva l’un d’eux à l’aide d’une pincette, l’exposa à contre-jour et expliqua qu’il s’agissait d’un bel exemple de dent de requin.
– Et regardez ceci, dit-il en montrant un minuscule objet semblable à un caillou, qui luisait d’un éclat métallique. C’est une dent cutanée.
– Une dent cutanée ?
– Moi non plus, je ne connaissais pas, j’ai du faire un tour rapide sur Internet. Ça m’est toujours un peu désagréable.
– Qu’est-ce qui vous êtes désagréable ? D’aller sur Internet ?
Oui, fit Dr Paul. On a l’impression de tricher. Comme si on allait chercher son savoir dans une zone interdite. Comme si on braconnait sur le terrain de chasse des incultes et des anti-sportifs, de ceux qui, d’une pression de touche ou presque, font leurs courses au supermarché.
–Et donc, dans ce supermarché, vous êtes tombé sur des dents cutanées, en déduisit Lukastik.
– Des écailles placoïdes, précisa le Dr Paul, sur lesquelles reposent de belles petites dents en émail, d’une dureté incroyable. Un dispositif vraiment très pratique : atténue les frottements et protège comme une cotte de maille. Car le requin lui aussi n’est qu’une créature de chair, c’est-à-dire vulnérable. On a tendance à l’oublier quand on voit la bestiole. Les requins ne sont pas des insectes, ils n’ont pas leur robustesse : ils sont plutôt sensibles, craintifs, indolents. Mélancoliques. La plupart d’entre eux sont des vivipares, avec en plus une longue durée de gestation. Ça engendre forcément la mélancolie.
– Voilà qui n’est plus très scientifique, constata le policier.
– C’est vrai, je m’égare. Donc, j’ai trouvé dans le corps du mort les fragments de dents d’un requin, dents de la mâchoire et dents cutanées. La taille et la nature des blessures, sans oublier le fait que notre mort a eu la main et la jambe arrachée, semblent indiquer un poisson d’un certain volume. Cela dit, compte tenu de la faible profondeur du bassin, inutile de fantasmer sur une créature de cinéma de six mètres.
– Compte-tenu de la présence d’un bassin d’eau douce chlorée, on ne devrait pas pouvoir fantasmer du tout.
– Je suis de votre avis. L’homme a été tué ailleurs. Et nous devons évidemment supposer que ces blessures caractéristiques lui ont été infligées de façon artificielle. Que quelqu’un a simulé une attaque de requin avec minutie et compétence – sans compétence excessive, espérons le – qu’il a sectionné la jambe et la main comme l’aurait fait un requin et appliqué sur le mort des segments corporels du poisson.
– Et tout le sang ?
– Tout le sang? Je dirais plutôt qu’il y en a tout sauf assez. Si l’homme avait été tué dans le bassin on l’aurait sorti d’une soupe rouge, pas d’une petite ou légèrement teintée, d’un bouillon clair. Non, on ne peut pas vraiment parler d’une grande quantité de sang. Le mort s’était sans doute quasiment vidé avant d’être transféré. Le cadavre n’en était pas moins… Disons qu’il n’en était pas moins frais.
C’est-à-dire ?
Que l’homme est mort au cours de la nuit, probablement lors de la seconde moitié. Tout a dû se passer très vite, les préparatifs visant à simuler l’attaque, le déplacement du corps. Sans doute entre deux heures et quatre heures du matin.

Page 33 – 35

Challenge polar chez Sharon et Challenge animaux du monde chez Sharon

4 réflexions au sujet de « Requins d’eau douce – Heinrich Steinfest »

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