La chorale des maîtres bouchers – Louise Erdrich

Genre  : saga familiale

Tout commence en 1918, Fidélis Waldvogel (Oiseaux des bois pour les non germanistes) rentre de la guerre dans une Allemagne vaincue. Là il épouse Eva, enceinte de son meilleur ami, mort dans les tranchées.
Dans le deuxième chapitre, nous découvrons aux États-Unis Delphine et Cyprian, ils sont tous deux artistes, saltimbanques. Delphine retourne dans le Dakota du Nord rendre visite à son père.

En Europe, Fidélis décide d’émigrer aux États-Unis (on ne connait pas les raisons exactes de ce choix : fuir le marasme économique de l’après-guerre ? ) et il s’arrête dans le Dakota du Nord. Fidélis est boucher.

Dans ce roman on suit donc alternativement Eva et Fidélis d’une part et d’autre part Cyprian et Delphine. Delphine est le personnage que j’ai préféré tant par sa ténacité, sa fidélité en amitié et aussi son pragmatisme. Il s’agit là d’un roman où on s’attache énormément aux personnages, Fidélis le silencieux, Eva lumineuse qui règne sur son foyer, Cyprian qui n’ose mettre des mots sur son homosexualité, Delphine qui s’occupe de son père défaillant et alcoolique.
De 1920 à 1945 nous allons donc suivre ces deux couples qui finiront par se rejoindre quand Delphine se met à travailler avec Eva à la boucherie…au milieu de Franz, Markus, Emil et Erich, des quatre garçons d’Eva et Fidelis…

Les personnages secondaires (mention spéciale à Clarisse, la croque-mort, et amie d’enfance de Delphine) apportent également une vision de l’époque, essentiellement aux USA (avec la Grande Dépression et la prohibition) et par ricochet en Allemagne. Les événements, heureux et aussi malheureux, s’enchaînent sans temps morts mais sans précipitation. En parallèle, le shérif mène une simili-enquête sur des morts suspectes et cela  maintient également le suspense à un niveau intéressant sans être prenant.

Enfin, la fin nous éclaire sur le mystère de la naissance de Delphine et apporte une lumière intéressante sur les événements passés…

En conclusion : un excellent roman de personnages…

Un extrait

Delphine posa une main sur son dos pour le réveiller, et en s’éveillant il prit sa main dans la sienne et la tint contre sa joue. Pendant un long moment, il la tint là, et puis il lui parla, lui expliqua que si elle l’épousait, jamais plus elle n’aurait le moindre souci. Il n’irait jamais avec des hommes, il lui serait fidèle de la façon la plus totale qui soit. Les sensations, ces choses qui le poussaient, qui lui faisaient rechercher la compagnie des hommes, il y renoncerait. Il mettrait un frein à ses pensées. Il serait différent. Et il en était capable parce qu’il l’aimait, assura-t-il, et si elle l’aimait en retour, ils seraient heureux.
Delphine s’assit à côté de lui, et non en face, où elle devrait le regarder dans les yeux, juste à côté de lui où elle pouvait lui passer les bras autour des épaules. Il n’y avait rien qu’elle puisse véritablement répondre face à sa confiance – si elle ne l’avait pas vu avec l’autre homme, peut-être l’aurait-elle cru. Mais elle l’avait vu, et ce qu’il faisait était – elle ne pouvait nommer la chose avec précision, elle ne pouvait la formuler sinon avec maladresse -, ce qu’elle avait vu était lui. Vraiment Cyprian. Si quelqu’un avait une essence vitale, la sienne était dans ce prompt frémissement entre les deux hommes, leur énergie et leur plaisir, et même son bonheur, qu’elle avait ressenti depuis l’endroit où elle se cachait parmi les feuilles, et qui était toujours là, se transformant en hâte au moment où elle sortait à découvert.

LC avec Eva et Patrice que je remercie pour cette proposition de lecture commune (car c’est un livre vers lequel je ne serais pas allée spontanément) et l’avis d’Agnès (Anne-yes?)