Ada – Antoine Bello

– Tu permets, Parker, le coupa Weiss. Continuez inspecteur. Que reprochez-vous à Passion d’automne ?
Franck s’empara de son exemplaire, qu’il avait copieusement annoté.
– Déjà, c’est une drôle d’idée d’avoir situé l’action en Angleterre au début du siècle dernier…
– Pourquoi ? Les ères élisabéthaine et victorienne ont inspiré de nombreux romans sentimentaux. Ada a préféré la période 1907–1910 qui correspond à la fin du règne d’Édouard VII, afin de profiter de l’engouement pour des séries télévisées comme Downton Abbey ou Mr Selfridge.
– Jamais entendu parler…
– Parce que vous n’êtes pas dans la cible. 85 % des lecteurs de romans à l’eau de rose sont des femmes. Elles connaissent mieux l’arbre généalogique des Windsor que les statistiques à la Battle de Derek Jeter.
– De toute façon, intervint Dunn, les études montrent que le cadre historique n’a que peu d’influence sur le niveau des ventes. C’est la qualité du scénario qui prime.
– Justement, parlons-en ! Je n’ai jamais vu un tel tissu d’invraisemblances.
Il chaussa ses lunettes.
– Page 12, Henry le palefrenier déclame du Tennyson en étrillant le cheval de Lady Margareth : « Si j’avais une fleur chaque fois que je pense à toi, je pourrais marcher dans mon jardin pour toujours » !
Qu’est-ce qui vous chagrine, inspecteur ? Qu’un lad récite de la poésie ? Mais Tennyson était le Dylan de son époque. Et puis n’oubliez pas que Henry a été élevé par une institutrice…

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Ada – Antoine Bello