Par une nuit obscure je sortis de ma maison tranquille – Peter Handke

Un petit livre 200 pages
Les 100 premières sont passionnantes, le reste m’a semblé confus et m’a perdu.
Dans le début, nous faisons connaissance avec un homme (qui ne sera pas nommé, pas décrit)
On sait juste qu’il est pharmacien, qu’il vit dans la même maison que sa femme mais chacun dans sa partie de maison et qu’il a deux enfants adultes : un fils qu’il a « chassé «  et une fille, elle aussi pharmacienne et mariée à un pharmacien.
La description de ce lieu, Taxham, est assez envoûtante : un endroit isolé du monde moderne, tout en étant dans une enclave entourée d’un aéroport et d’importants moyens de communications, étrange.
Un jour d’été, ce pharmacien devient muet et part de chez lui : il rencontre deux autres hommes, un s’appelle « le poète » et l’autre appelé « le sportif « .. ils partent vers le Sud et se retrouvent en Espagne dans une ville étrange où bat une fête bizarre …
C’est à partir de ce début de road movie que j’ai peu au peu perdu pied : trop onirique ou conceptuel pour moi. Où l’auteur veut il en venir ? Mystère ! Un rendez vous manqué avec ce tout récent prix Nobel . Il me restera quand même en tête la première moitié, très belle sur l’incommunicabilité dans le monde moderne…

Un extrait

Au temps où se passe cette histoire, même les débouchés de chemins isolés, comme celui sur lequel ils se trouvaient, donnaient par un rond-point sur une route de campagne aussi petite et à l’écart qu’elle pût être et cela sur le continent tout entier.
Cette circulation en rond continuait sur les grandes routes et même beaucoup plus fréquemment, parce qu’il y avait un bien plus grand nombre d’accès. À peine s’était-on habitué à aller tout droit en s’ imaginant aller enfin vers un but, que déjà il fallait laisser un de ces ronds-points derrière soi, puis encore un et ainsi de suite.
Et à la fin d’un pareil voyage, eût-il duré la journée entière, on pouvait bien avoir perdu le sens de la direction dans laquelle on était allé ou même simplement l’impression d’avoir voyagé. C’était plutôt un vertige qui s’ installait comme après une trop longue partie de tours de manège, qui se serait terminée à l’arrivée dans un tout autre pays, à peu près à l’endroit même où elle avait débuté.
Une telle arrivée à une destination prétendument lointaine avait de quoi donner non seulement le vertige, mais aussi de quoi dégoûter de tout voyage ou même d’un simple départ, de quoi donner le mal du voyage – ce qui était pire encore que le mal de mer –, de faire prendre en horreur toute forme de déplacement.
De plus, du temps où se déroule cette histoire, il n’y avait plus guère de cols élevés à franchir en automobile. La plupart des cols d’Europe étaient pour ainsi dire hors service et, en règle générale, même les plus utilisables, à cause de chutes de pierres ou des masses végétales non évacuées. Au lieu de franchir le continent sur les hauteurs, par les cols, on le traversait presque exclusivement, en bas, par des tunnels aussi nombreux entre-temps que les ronds-points. Bien que les frontières d’État se fussent multipliées – il y en avait plus que jamais -, celles-ci restaient imperceptibles, quelque part, au milieu d’un de ces tunnels, d’autant plus que tous les contrôles frontaliers avaient été supprimés et qu’on ne voyait plus aucun douanier nulle part.
Ce tunnelage du continent contribuait à donner au temps passé en route quelque chose d’un voyage en train fantôme, on semblait descendre juste à côté de là où on était monté. Parti pour l’aventureux et grand pays étranger, on se retrouvait à la fin à sa propre porte, avec le heurtoir et un monogramme semblable sur l’essuie-pieds, dans une rue presque identique à celle dont on a depuis si longtemps chez soi l’habitude en ville, en banlieue ou à la campagne : on sort du tunnel et on est à la maison – où peut-être on ne voulait plus jamais retourner.
P 93

.

Livre lu dans le cadre des « feuilles allemandes » organisées par Eva

9 réflexions au sujet de « Par une nuit obscure je sortis de ma maison tranquille – Peter Handke »

  1. J’ai lu une fois Peter Handke, il y a longtemps certes, et j’ai aussi été un peu perdue, me demandant où l’auteur m’emmenait sans trouver de réponse. J’avoue ne pas avoir récidivé.

  2. A une époque j’ai tout lu, je crois bien, de Peter Handke. Il faudrait que je retrouve ses livres sur mes étagères…
    Bonne journée !
    BONHEUR DU JOUR (http//bonheurdujour.blogspirit.com)

  3. Je n’ai encore rien lu de l’auteur. J’avoue que je n’arrive pas à dissocier l’auteur de ses avis politiques (son soutien à Milosevis et Karadzic)… Dommage pour ses œuvres littéraires !

  4. Ping : Les feuilles allemandes 2019 – le bilan – Et si on bouquinait un peu ?

Poster votre avis

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s