Le week-end – Bernhard Schlink

Genre : Huis clos.

Christiane, la cinquantaine, invite pour le week-end une douzaine d’amis de son frère Jörg. Jusque là, rien de surprenant : on apprend vite que le frère en question sort de prison. Il a passé les vingt dernières années en cellule dans un quartier de haute sécurité, très isolé. Il vient d’être gracié par le président de la république. Son crime ? Terroriste avec la Fraction Armée Rouge …

Quelle drôle d’idée a eu sa sœur, me suis je dis …20 ans d’isolement et inviter un si grand nombre de personnes… les invités sont pour la plupart d’anciens camarades de fac : certains sont devenus profs, un autre dentiste ou même une femme évêque… ils étaient tous fortement politisés (extrême gauche) à la fac mais ils se sont tous «rangés» sauf Jörg qui s’est lancé dans la lutte armée (braquages, enlèvement…). Il y a aussi les « pièces rapportées », les conjoints des uns et des autres, l’avocat de Jörg qui a déposé sa demande de grâce… et un invité surprise…
L’ambiance est à la fois intéressante et un peu malsaine. Chacun s’observe et veut influencer Jörg dans sa nouvelle vie : faire amende honorable ou reprendre la lutte armée ? Qui a trahi Jörg et a prévenu la police l’envoyant vers une peine longue durée ? avoir un idéal pour « sauver l’humanité » autorise-t-il à tuer des innocents ?

Les personnages sont ambigus : tour à tour on les comprend et on les déteste…

J’ai particulièrement apprécié aussi le roman dans le roman (écrit par Ilse, une des amis de fac de Jörg : elle se met à la place de Jan (le complice ou le double de Jorg ?) pendant la préparation des ses attaques terroristes.
Un livre court, dérangeant mais passionnant …
Un auteur que je vais relire ….

 

Deux extraits

Si tu essaies, peut être que tu comprendras cet homme vieux qui n’a pas bien géré sa vie et qui ne sait pas comment s’en sortir. Meurtres, enlèvements et attaques de banques, cavales, prison, la révolution ratée – quel sens peut avoir une pareil vie de merde? Mais il faut tout de même bien trouvé un sens à la vie qu’on a ?

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Tout le monde dormait lorsque Margarete se réveilla. Elle se tourna sur le côté, posa ses pieds sur le sol et s’assit. Elle savait qu’il fallait faire des exercices, prendre les cachets qu’elle avait oubliés avant de s’endormir. Elle regarda par la fenêtre. Le ciel était dégagé, le clair de lune baignait le parc. Il éclairait aussi ses orteils. Elle prit cela comme une invitation à se lever, à descendre les marches et à sortir.
La maison et le village proche étaient dans l’ombre. A pas lents, elle se mit en marche. Mais marcher pieds nus était inhabituel : qu’allaient sentir ses pieds au pas suivant ? Serait-ce du gravier, qui freinerait en picotant, en chatouillant ? Ou une branche sèche qui se briserait avec un craquement? L’allée que préférait Margarete dans le parc était couverte d’herbe, et elle se réjouissait par avance d’en sentir les mèches tendres entre ses orteils. Puis, l’herbe sous ses pas, était encore plus agréable qu’elle ne l’avait imaginé.

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Livre lu dans le cadre des « feuilles allemandes » organisées par Eva