Nirliit – Juliana Léveillé-Trudel

Un livre en deux parties
Dans la première une femme, canadienne, raconte un été dans le grand nord. Tous les ans, elle vient passer deux mois, juillet et août, dans cette contrée où l’hier dure 10 mois et l’été seulement deux. Elle est éducatrice et s’occupe d’adolescents inuits.
Elle s’est fait des amis dans ce petit village du bout du monde. En particulier Eva. On sait dès le début qu’Eva est morte, juste avant son arrivée (noyée, le corps n’a pas été retrouvé).
Dans cette partie on apprend ce qui est arrivé à Eva : le sujet est donc triste, et le regard extérieur de cette narratrice nous fait comprendre tout l’isolement de ce village : alcool, suicide, mal traitance, racisme des « blancs » envers les inuits…. Peu d’espoir donc dans cette partie (livre que je conseille cependant tant l’écriture sait amener à changer de point de vue sur le mode de vie des inuits)

Dans la deuxième partie, la narratrice est repartie au Canada et le lecteur suit la vie d’Elijah, le fils d’Eva. Il a une vingtaine d’années et est déjà père d’une petite fille de deux ans, Cecilia. Mataa, la mère de l’enfant, l’a eu à 16 ans. Dans cette contrée, tout semble difficile tant le climat est oppressant et le village isolé : les habitants semblent être pris d’une frénésie en été et hiberner l’hiver.
Cette partie m’a beaucoup plus émue que la première : la petit fille de  Mataa et d’Elijah y est pour beaucoup….

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 Extraits :

Nous vivons dispersés sur cet énorme continent, dans des villes et des villages qui portent de jolis noms à faire rêver les Européens, de jolis noms qu’on s’empresse de traduire parce que nous sommes si fiers de savoir que « Québec » veut dire « là où le fleuve se rétrécit » en algonquin, que « Canada » signifie « village » en iroquois et que « Tadoussac » vient de l’innu et se traduit en français par « mamelles ». Nous avons de jolis mots dans le dictionnaire comme toboggan, kayak et caribou, il fut une époque où des hommes issus des générations de paysans de père en fils entendaient l’appel de la forêt et couraient y rejoindre les « Sauvages », il fut un temps où nous étions intimement liés, nous avons la mémoire courte, hélas.

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Toi, Eva, tu es allée rejoindre d’autres statistiques, celles des femmes victimes de violence. Pas la violence conjugale, mais ça aurait pu, il y a de l’amour violent entre les murs de ces maisons identiques, il y a de la jalousie féroce, il y a confusion entre aimer et posséder, vous qui possédez beaucoup mais si peu de choses.
Votre maison ne vous appartient pas. Votre terrain non plus. Tout ça vous est gracieusement prêté par le gouvernement. N’est-ce pas qu’on est fins ? On vous pique votre territoire, mais on vous le prête après. Est-ce pour ça que vous avez tellement besoin de posséder ? Des motoneiges, des bateaux, des quads, des camions pour faire le tour d’un village de quatre rues. Pour vous échapper de vos maisons surpeuplées où vous vivez les uns sur les autres. Vous manquez d’espace dans votre immensité nordique. Comment ça se fait que toute cette richesse ressemble tellement au tiers-monde ?

Québec à l’honneur chez Yueyin, Karine:), et Madame lit