Vol au dessus d’un nid de coucous

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Le prologue est iciici et ici 😉
 .
Ce matin, Alfred est arrivé dans mon box,  EUPHORIQUE ! Pour ceux qui n’ont pas suivi, je m’appelle Lubie , je suis une voluptueuse jument alezane, et Alfred est mon patron, fermier et néanmoins ami depuis ma naissance.
Je disais donc qu’Alfred était euphorique, transfiguré !  » Marcel est pas mort » bafouillait-il ! Et il a parlé pendant un quart d’heure expliquant que Marcel avait prêté sa voiture à un lointain cousin et que c’est lui qui avait eu l’accident et qu’on l’avait enterré sous le nom de Marcel. Pendant ce temps, Marcel était en vacances (sans télé et sans téléphone) pour se ressourcer dans un pavillon de chasse aux confins du Larzac) .
 ;
Alfred m’a bichonnée, pomponnée et attelée au cabriolet. Maintenant que Marcel est revenu, le mariage de Clément et Marie n’est plus décalé et la fête va avoir lieu « bientôt bientôt » comme dit Alfred.
On est donc partis tous les trois comme au bon  vieux temps.  Moi trottinant devant le cabriolet et Marcel et Alfred devisant poésie. Un voyage tranquille moins épuisant que d’emmener la charrette de légumes au marché !
Je les entendais citer poèmes et extraits de chansons :
 ;
Il est plus d’un silence, il est plus d’une nuit,
Car chaque solitude a son propre mystère :
Les bois ont donc aussi leur façon de se taire
Et d’être obscurs aux yeux que le rêve y conduit. (1)
 ;
Disait Alfred
.
 ;Cette obscure clarté qui tombe des étoiles (2)
Répondait Marcel
 ;
Les draps sont blancs
pour quel sommeil ?
Ils gémissent sous le vent
dans la courbe du verger
épinglés au fil des heures
l’eau rêve contre la pierre (3)
Renchérissait Alfred.
Qu’importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse (4)
Soupirait Marcel
 ;
Moi, je n’écoutais que d’une oreille,  j’aime bien la poésie MAIS uniquement quand il y a des animaux dedans, comme les chats d’un certain Beau de l’Air ( j’aimerais bien le rencontrer ce Beau ténébreux )
 ;
Les Chats
Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin;
 ;
J’aime les chats, ces lions chauves qui viennent ronronner et chasser les souris de mon box. Car, il faut vous dire que quand j’étais petite, ma maman me racontait l’histoire de Cendrillon. Depuis, j’ai peur des souris, des citrouilles et des dindons. Cela m’a donné plus d’une insomnie : savoir qu’une fée pouvait changer une citrouille en carrosse, des dindons en chevaux, des souris en laquais !! et si un jour l’inverse arrivait et que je le retrouvais dinde et non plus pouliche ! Si un jour j’ai des poulains, jamais je ne leur raconterais Cendrillon, cette histoire d’horreur !
J’ai donc parfois peur d’un rien, d’une souris, d’une citrouille, des arbres. Un jour un gland m’est tombé sur la tête : je vous entends rire :  avoir peur d’un gland ! On voit que vous ne vous en êtes jamais pris un par surprise sur la tête !
.
 ;« La vie n’est qu’un éternel recommencement » disait aussi ma maman alors je me méfie de tout et si quelque chose est inhabituel , je fonce et je réfléchis après.
 .
C’est ainsi que tout a basculé.  Marcel a déclamé un poète qu’il adore : Lamartine
« Ô temps, suspends ton vol ! »
 ;
J’ai entendu « O Taon suspend ton vol »
J’ai horreur des taons, ces gros insectes qui me piquent. Pour ne pas être piquée, j’ai donc piqué un sprint pour échapper à cette menace.
Je me suis arrêtée un peu plus loin après une sarabande échevelée (écriniérée ?) quand j’ai trouvé le cabriolet bien léger : Alfred et Marcel hilares se baignaient dans un champ de coucous jaunes, des fesses jusqu’aux oreilles !
 ;
Vol plané dans un nid de coucous !
 coucous
Primula veris ou Silene flos-cuculi)
Fleur de coucous Source
 ;
Les mots collectés par Asphodèle :
Vol,  chat, transfigurer, chauve, blanc, solitude, silence, matin, se ressourcer, ivresse, ténébreux, épuisant, insomnie, étoilé, fête, rêver, sommeil, voyage, chanson, fesse, recommencement, voluptueux, sarabande, passeur, prologue, pavillon.
J’ai remplacé étoilé par étoiles. Je n’ai pas mis passeur
 ;
 .
(1) François Sully Prudhomme
(2) Corneille, Le Cid
(3) Hélène Cadou
(4) Alfred de Musset
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42 réflexions au sujet de « Vol au dessus d’un nid de coucous »

  1. Je ris… décidément Alfred et Marcel font la paire… et Lubie des siennes encore une fois.
    Nos compères connaissent leurs auteurs sur les bouts des doigts. 🙂

    Bises et douce soirée Valentyne.

  2. Ping : LES PLUMES 37, les textes de la Nuit ! | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

      • Les bibliothècaires ne savent pas ce qu’ils ratent !
        je crois que Marcel Aymé est stupidement pris pour un auteur pour mômes ; et il paye son individualisme et son caractère peu accommodant à une époque où il fallait mieux avoir des amis du bon côté du manche (voire des deux côtés, et savoir en changer).

        Mais soyons égoïste, ça en fait plus pour ceux qui l’aiment 🙂

  3. Excellent, j’aime tes trouvailles (écrinièrée !) et tes détournements de mots ! Pauvre jument traumatisée par Cendrillon, je n’aurais pas pensé que ce conte était si violent !

  4. Quelle imagination encore une fois ! Et cette Lubie un peu effarouchée (Cendrillon violent ? Non ? J’y crois pas 😆 ) !!! J’ai ri quand ils ont atterri dans le champ de coucous ! Bravo pour les poésies, j’ai reconnu celui d’Hélène Cadou… mais pas Sully Prud’Homme ! 😉

  5. J’ai raté les 3 épisodes « mariage » mais j’y reviendrai car décidément ta Lubie me plaît, Valentyne 😆
    Et le passage sur les chats est trop trognon ! Le Beau de l’Air devait bien les aimer également, il sait en parler comme un grand poète 😆
    Bon dimanche et gros bisous

  6. De belles trouvailles: aller chercher des textes poétiques pour placer les mots d’Asphodele, c’est fameux. Je n’y aurait pas pensé.
    Elle est attachante cette Lubie. Bref, un texte où l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.
    🙂

  7. Ah, j’adore, et je ris aussi, quelle fantaisie, quelle culture ! Le Larzac a de ces surprises ! et cela amène aussi des commentaires hilarants, lubie cuitée, je m’en vautre dans les coucous !
    Bises

  8. je rigole encore, j’ai même lu deux fois cette histoire abracadabrante ! Lubie est une pouliche bien attachante, je comprends tout à fait des phobies ! Beaucoup de contes devraient être décortiqués (ils l’ont été je crois, et c’est plutôt marrant d’en lire les différentes interprétations) et surtout, ne pas être racontés à nos petits. Mais il y a dans la « vraie » vie, des horreurs encore pire ou au moins autant que celles que l’on pouvait lire autrefois. Malheureusement. Amicalement

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