Mariage 2

Salut c’est LUBIE, vous me reconnaissez ?

Depuis que mon patron Alfred sait qu’il va emmener les mariés à l’église dans sa calèche, il est tout tourneboulé. Il passe son temps à passer le chiffon sur la calèche sous prétexte qu’elle est poussiéreuse, il aspire mon tapis de selle persan et cire  le harnais trois fois par jour. Pour tout dire il a l’air un peu perdu.

Moi, cela ne me fait ni chaud, ni froid. Pourtant, c’est moi la jument alezane, qui va la tirer cette carriole mais je suis très calme, sereine.

Enfin j’étais sereine jusqu’au début de la semaine. Depuis je commence à comprendre la situation particulièrement perturbante que va occasionner ce mariage. Figurez vous que depuis que ce mariage est connu, que la date est fixée, que les invités ont reçu leur carton d’invitation, c’est devenu un défilé permanent à la ferme.

Tout d’abord, on a eu la visite de Blanche,  la fleuriste, mardi je crois. Elle voulait voir Alfred, la calèche et bien sûr moi pour décider des fleurs qu’elle allait mettre dans la corbeille, pour l’harmonie des couleurs, et patati et patata. Elle disait qu’elle hésitait encore sur des pivoines, des pétunias ou des impatiences. Comme j’écoutais attentivement ce qu’ils disaient, les deux devant mon enclos, j’ai réagi tout de suite. Il n’est pas question que je me transforme, ni moi ni la calèche, en bouquet de fleurs. D’abord je suis allergique au pollen.

Pour leur montrer ma désapprobation au sujet de ces fleurs, je leur aie montré mes dents vertes. Comme  dit parfois ma copine Soène « Tu lui montres les dents vertes et ensuite tu as la paix ». Moi j’ai toujours les dents vertes, rapport à la belle herbe qu’il y a dans mon pré, surtout que c’est le printemps et que la nuit la pluie rafraîchit ma prairie. Mais je ferme cette parenthèse, qui n’a rien à voir avec mes préoccupations actuelles.

Ensuite, j’ai grignoté les fleurs de son chapeau, à la fleuriste ! Vous l’auriez vu repartir en courant, la péronnelle, en se tenant son chapeau de paille et en criant : « Finalement on va y aller avec parcimonie avec les fleurs sur la calèche et la jument ». Alfred lui courrait après en disant  « Pardon, pardon, vous savez, elle a l’air un brin excentrique, la Lubie, mais c’est une perle »

Après la fleuriste, le lendemain on a vu débarquer le photographe de la future noce. Il voulait m’habituer, avec Alfred, au déclenchement du flash. C’est terrible le flash, Paf ! au moment où on s’y attend le moins, cela éblouit : cela m’a mis sur les nerfs pour la journée. Le photographe était persévérant et il a attendu patiemment que je ne sursaute plus à chaque prise de vue. Heureusement, ce cher Alfred m’a parlé gentiment en me donnant des pommes à croquer et aussi en me disant qu’il allait embaucher un petit page pour la noce pour me chouchouter (et me donner des pommes)

 Enfin le pompon, cela a été samedi. Je m’étais tranquillement évadée de mon pré pour aller goûter les plants de pommes de terre d’Alfred. Bonne pâte, je partageais même mon repas avec une horde de poules qui picoraient sur le mur, quand  je me suis trouvée nez à nez ou plutôt nez à museau avec un drôle de petit animal qui cavalait à quatre pattes à toute allure. Il était habillé bizarrement avec un petit chapeau ridicule surmonté d’oreilles de lapins. Mais j’ai vu tout de suite que ce n’était pas un lapin. Il n’avait pas de petite queue sur son derrière ! Je l’ai reniflé et là ça sentait pas la rose (d’ailleurs je m’y connais en fleur – y’a qu’à demander à la fleuriste).

 J’allais passer mon chemin tranquillement, en l’ignorant ce pantin, quand soudain j’ai entendu de grands cris «  Mon Octave, cette jument va piétiner mon Octave !! », et la mère du bonhomme à quatre pattes est arrivée à toute allure, avec Alfred sur les talons. Les larmes faisaient de drôles de traces sur son visage poudré, pauvre femme. Pathétique ! j’ai jamais mangé de lapins, moi ! La malheureuse a récupéré son rejeton en me lançant un regard assassin. C’est là que j’ai compris que le lapin, en fait c’était un  bébé.

« Alfred, a-t-elle dit, paniquée, mais que fait votre jument dans le potager ». Là Alfred était tout gêné et c’est Octave heureusement qui a sauvé la situation. Il donnait de vigoureux coups de pieds en l’air, comme s’il était sur un pédalo, et il a ouvert la bouche, avec deux quenottes de lapin très mimi. Il a postilloné un « DADA » tonitruant.

Je l’aime moi cet Octave, il sait parler aux juments !

Les mots collectés et les autres participants sont chez Asphodèle .

Poussiéreux(se) – pluie – pré – persévérante – parcimonie – picorer –  page – perdu(e) – pétillant(e) – pédalo – putréfaction- pollen –  pardon –persan – pivoine – partage – poudrer

Je n’ai pas mis procastination qui était facultatif

Je ne suis pas arrivée à mettre putréfaction

Ce texte est ma participation au jeu du mois d’avril 2012 d’azacamopol (billet rapatrié de mon ancien blog)

Suite demain (même heure, même endroit)

Le texte de présentation de ABC pour Blanche, la fleuriste est ici  

Et celui du petit Octave de Cécile MDL est ici   

 

À vendredi pour la suite 🙂

 

 

Abraham le poivrot – Angel Wagenstein

Il était aussi connu sous le nom de Manouche la Clarinette, ce qui ne lui rendait guère justice puisque, outre la clarinette, il jouait divinement de tous les instruments et que s’agissant de musique, il n’existait pour lui aucun domaine inaccessible. Cela restait vrai du classique, par exemple d’Amadeus Mozart et de sa petite musique de nuit que Manouche Aliev enrichissait généreusement d’acrobatiques variations tziganes jusqu’à la transformer en grande musique de minuit.
Manouche était un véritable tablent, plein de grandeur et de furie. Dans les moments de suprême inspiration passaient dans ses yeux les lueurs de feux de camp tziganes, les crinières de chevaux au galop et les démons qui incendiaient ses veines brûlaient comme raki de Karlovo trois fois bouilli pour inonder les âmes de l’éclat des étoiles.

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Abraham le poivrot – Angel Wagenstein 

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Sur une idée de Chiffonnette

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