Les cosmonautes ne font que passer – Elitza Gueorguieva

D’abord le titre m’a fait sourire « Les cosmonautes ne font que passer » avec une jolie jeune femme souriante et son casque CCCP.

Le début est intriguant puisque l’auteur s’adresse à la petite fille bulgare qu’elle était quand elle avait sept ans, en lui parlant à la deuxième personne du singulier. Sous ses dehors un peu enfantins – puisque c’est une petite fille qui parle – le fond est intéressant, résolument féministe. La petite fille confond spatial – elle a sept ans – et spécial. Le titre du premier chapitre est donc « la conquête spéciale » et pendant tout le livre la petite fille va essayer de devenir cosmonaute (en passant par parachutiste, scaphandrière…). Les autres titres de chapitres sont aussi très drôles : Youri Gagarine n’est pas une cantatrice d’opéra, Youri Gagarine a été kidnappé par des extraterrestres, le Père Noël t’envoie le bonjour…

La petite fille observe son entourage : sa mère qui n’arrête pas de fumer, son père qui se retrouve au chômage, son grand-père un « vrai » communiste. J’ai ri du décalage entre les mots d’enfants et la réalité :  par exemple elle dit que le camarade Todor Jivkov, chef de l’Etat, est « vilain » et la mère panique, file dans la salle de bain et revient catastrophée en disant « Nous voici dissidents ».  La tension des adultes est palpable à travers les yeux d’une enfant qui ne comprend pas la situation. L’absurde de la situation fait à la fois rire et trembler.

On assiste aux essais infructueux de la petite fille et de son amie Constantza qui veulent chacune devenir la future Valentina Tereshkova, première femme cosmonaute soviétique.
La petite fille grandit, vit la chute du mur de Berlin – à 10 ans – elle croit que Berlin est un homme. Lentement la Bulgarie sort de l’étreinte soviétique et plonge vers la misère. Il faut des heures pour acheter de quoi se nourrir, le cousin de la petite fille se découvre une vocation de « mafioso « (mutra dans le livre)
La petite fille devient ado, se passionne pour Kurt Cobain qui remplace dans son cœur Youri Gagagine ….obligé de descendre de son piédestal car communiste…
De 7 à14 ans, vu par les yeux d’une enfant, un monde se délite : il ne reste que la misère ou l’exil …et Kurt Cobain…

Au delà de l’histoire le ton m’a beaucoup plus : le « tu « de l’auteur interpelle et je me suis sentie proche de cette petite fille qui fait les 400 coups et ne veut pas grandir trop vite ….

Hasard de lecture : c’est la deuxième livre en moins d’un mois que je lis un roman où l’action est relatée par un enfant de 7 ans : j’ai aussi beaucoup aimé le ton de « Lignes de faille » de Nancy Huston : la naïveté et la candeur de l’enfance font passer bien des messages…

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Un extrait

« Décidément, tout t’est interdit en ce moment. Grimper sur des arbres, se balancer trop haut, sauter d’un tremplin ne sont pas des activités de petite fille, te dit ta mère en allumant sa première cigarette de la journée, et tu comprends que l’élévation spatiale, comme tout ce qui est glorieux en général, est réservé aux garçons. Il y a comme une distribution des tâches : tous les garçons que tu connais, ou dont on te parle, camarades, voisins, cousins veulent devenir des cosmonautes un jour, c’est une évidence, cela va de soi et ce serait étrange, voire extravagant que cela soit autrement.» (page 26)

 

Lire le monde chez Sandrine pour la Bulgarie

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