Manuel d’exil – Comment réussir son exil en 35 leçons – Velibor Colic

Le titre est léger et un peu trompeur car il ne s’agit pas ici d’un manuel mais des réflexions d’un écrivain bosniaque qui se réfugie en France pour des raisons politiques.
C’est la guerre dans son pays, il a été soldat et obligé de déserter puis de fuir.
Il parle uniquement anglais et raconte ses difficultés d’intégration en France :
Il y a d’abord la barrière de la langue mais ce n’est pas la raison principale : il n’a quasiment aucun espoir de retourner dans son pays et il s’agit pour lui de repartir à zéro (presque SDF) alors qu’en Bosnie c’était un écrivain reconnu.Il a des difficultés à mettre des mots sur son exil et le début est plein d’autodérision sur ce qu’il arrive à écrire se comparant sans cesse à ses écrivains préférés (et inatteignables? )
.
Dès les premiers jours de mon exil je suis persuadé d’avoir un cancer de quelque chose : cancer de la gorge ou des poumons, tumeur au cerveau ou crabe particulièrement malin niché dans mes intestins. Je ne suis pas vraiment hypocondriaque, je crois dur comme fer que j’ai les maladies de mes trois artistes préférés du jour. Le matin je suis Modigliani et je tousse ma tuberculose, l’après-midi j’ai le cancer des poumons nommé Raymond Carver et le soir je suis alcoolique, donc Hemingway. Et ainsi de suite. Le lendemain je suis aveugle à la Borges, épileptique comme Dostoïevski et toujours ivrogne tel Fitzgerald. J’ai un large choix, l’histoire de la littérature ressemble à un dictionnaire médical.
Mon manuscrit est un vrai manuscrit, écrit à la main. Lignes serrées, pour économiser la place, j’énumère mes observations, mes pensées et mes jurons. Je suis en même temps anti-guerre et anti-paix, humaniste et nihiliste, surréaliste et conformiste, le Hemingway des Balkans et probablement LE plus grand poète lyrique yougoslave de notre temps. J’ai juste un détail à régler : mes textes sont beaucoup plus mauvais que moi-même. Ma Weltanshauung est universelle, et mon écriture n’est qu’un interminable inventaire de choses et d’êtres que je ne verrai plus jamais. (p 19)
.

La couverture donne une bonne idée de comment se sent l’auteur.
Il est dans l’expectative, il n’ose pas traverser (il ne connaît pas les usages de son nouveau pays), il est seul dans une foule indifférente et floue…

Nous le suivons sur plusieurs années (il obtiendra la nationalité française et peut se rendre ensuite comme il le souhaite dans toute l’Europe (Italie, Hongrie) sans être inquiété mais sans être réellement serein … (syndrome post- traumatique ?)

Coïncidences de lecture, il s’agit du troisième livre que je lis récemment où la solitude est le sentiment général : hasard  ou la solitude est un thème prisé pour les auteurs originaires de l’est ? (bientôt deux autres  billets ici même)
Il s’agit également du deuxième livre du mois où le personnage principal est obèse (il devient obèse dans le cas présent)

Pour tout dire, je m’attendais à un livre un peu plus drôle, j’ai été influencée par la quatrième de couverture qui met l’accent sur l’humour alors que mon sentiment dominant est tristesse et solitude …

Un bon roman malgré ce petit bémol de décalage entre la quatrième et ma lecture….

**
Egle Vasiliauskas est d’abord une blonde, enfin une Lituanienne et enfin une étudiante en quatrième année de littérature française. Habillée telle une jeune fille de très bonne famille, elle traverse l’Europe avec ses socquettes blanches, ses chemises bien repassées et ses valises carrées et propres. Nous faisons connaissance ou Ana Café.
– Êtes-vous français ? me demande-t-elle.
Je lis Le Monde, attablé devant mon double crème.
– Parfois, et vous ?
Elle est spécialiste des deux Marguerite, Duras et Yourcenar, et de Simone de Beauvoir.
– Et moi, dis-je, je suis perecionniste . Spécialiste de Georges Perec.
– Perecionniste, ça ne veut rien dire.
– D’accord, rétorqué-je, alors je suis camusionniste.
–Comment, soupire-t-elle,peut-on être aussi peu sérieux et se prétendre écrivain !
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Un livre vu chez Kathel et chez Ingannmic
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18 réflexions au sujet de « Manuel d’exil – Comment réussir son exil en 35 leçons – Velibor Colic »

  1. Merci pour le lien ! Je l’avais trouvé très drôle, personnellement, mais c’est vrai que c’est aussi un récit tragique, dont il émane, comme tu l’écris, une grande solitude.. c’est sans doute ce curieux mélange de mélancolie et de dérision qui m’a le plus marqué.

    • Beaucoup de solitude et on a l’impression parfois qu’il n’arrive pas à surmonter son exil … en même temps comme je n’y aie jamais été confrontée (à l’exil) c’est difficile de se mettre à sa place …

  2. Merci pour ta nouvelle participation ! Je me souviens que ce titre faisait partie des chroniques de l’an dernier, c’est sympa de le retrouver.

  3. Je l’ai acheté d’occasion il y a quelques mois en pensant à un roman divertissant et drôle. Si on y trouve plus de profondeur, ça me donne envie de le ressortir enfin de ma bibliothèque !
    Merci pour le partage 🙂

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