Epépé – Ferenc Karinthy

Quelque part dans les années 1960.

Budaï est un linguiste hongrois renommé et part en avion pour la Finlande pour participer à un congrès professionnel.
Cependant à l’atterrissage il n’est pas en Finlande. Il suit la foule qui descend de l’avion et arrive dans un hôtel où personne ne le comprend. Et pourtant linguiste émérite, il connaît l’anglais, le français, l’allemand le russe et le finnois…. et il a des connaissances succinctes sur le chinois, le japonais et de multitudes autres langues.

Imaginez vivre dans une ville composée de millions d’habitants où pas un seul ne comprend un mot d’anglais ? Que répondriez vous si on vous disait « – Kiripidou labadaraparatchara… Patarachara… » ?
De plus, ce linguiste n’arrive pas à isoler les syllabes et bien entendre la prononciation qui semble fluctuer, même pour les nombres de un à dix …pour exemple il n’arrive pas à retenir le prénom de la liftière avec qui il réussit à établir un contact ténu.

J’ai beaucoup aimé l’opiniâtreté de Budaï et ses tentatives pour tenter de rejoindre l’aéroport ou une gare….Il a un esprit d’analyse affûté même si seul sa capacité de déduction ne lui permet pas de se sortir de ce labyrinthe… Sortant de l’hôtel, il se retrouve dans une ville où les boutiques sont bien achalandées (il en déduit qu’il n’est pas dans un pays de l’Est…)
Une foule immense se presse partout et Budaï finit par entrer dans un restaurant bondé, là aussi où il ne comprend pas une ligne du menu.
Il est dans une métropole immense, les immeubles d’une soixantaine d’étages ne sont pas rares, il  essaie de s’orienter sur un plan de métro : l’alphabet y est illisible : il examine les gens : il y a des blancs, des jaunes des noirs sans qu’une ethnie ne semble dominante …Il sympathise quelque temps avec la liftière de l’hôtel, croise un jour un homme avec un journal hongrois sous le bras (hallucinations ?). Ce journal ne paraît plus depuis 30 ans…
Il erre donc dans la ville essayant de se faire comprendre par une foule indifférente.
Son pécule de départ s’amenuise et il ne peut plus payer son hôtel (chambre 921, les chiffres sont les seuls éléments qu’il comprend dans ce monde).

Commence alors une rapide descente aux enfers : Ou comment se retrouver absolument seul dans une foule oppressante ..Que faire alors dans une ville sans connaissances, sans amis ou famille ?

C’est un livre assez étrange et assez effrayant : je me suis souvent mise à la place de Budaï qui se démène pour sortir de l’impasse où il se trouve. Il se retrouve totalement seul et les connaissances qu’il a ne lui sont d’aucun secours… non seulement il est illettré dans ce pays mais ne maîtrise pas non plus l’oral…
Ce livre est intemporel : une ville tentaculaire, immense, comme une fourmilière … Cela pourrait être n’importe où : Nord ? Est ? Ouest ? Sud ? Cela pourrait être aujourd’hui car hormis les cabines téléphoniques qui ont quasiment disparu de nos jours, tout est extrêmement plausible. La foule est omniprésente et m’a parfois mis mal à l’aise.

L’indifférence des gens m’a paru terrifiante mais d’un autre côté si demain un inconnu m’interpelle dans une langue totalement inconnue je réagirai comme eux … en passant mon chemin …

Un livre dévoré en quelques jours…Un seul regret, je n’ai pas compris dans les dernières pages pourquoi d’un seul coup cela partait dans une répression sanglante. En même temps comme nous voyons la scène à travers les yeux de Budaï et qu’il ne comprend pas non plus, c’est assez normal non ?

Le mot de la fin sera donc : nous sommes seuls face au monde et l’incommunicabilité est la règle ?

 

Une LC avec Noctenbule

Un extrait :

Enfin sorti de la halle, il se trouve dans un coin de la cour. Les portes s’ouvrent sur des ateliers de transformation, de remplissage de saucissons, de boudins et autres charcuteries, des machines broient et malaxent la chair. Bien qu’il ait laissé le merlin derrière lui, et que la boucherie de masse prenne petit à petit un aspect indifférent de production industrielle de viande, il n’arrive pas à se libérer des images aperçues à l’intérieur. Ses genoux flageolent, ses forces l’abandonnent au point qu’il doit se retenir à une balustrade pour ne pas défaillir… Dans le désespoir de sa solitude, pour chercher une compagnie dans cette commotion morale, il évoque la liftière en train d’allumer une cigarette à l’étage supérieur : il la sent maintenant très proche, il ressent une nécessité quasiment vitale de s’accrocher à elle, ne serait-ce qu’en pensée. Pourtant non seulement il est incapable de partager avec elle ce cauchemar vécu, mais il ne sait même pas le nom qu’il doit lui donner, à défaut de communication élémentaire : Bébé, Tétété, Épépé ?

Le mois de l’est est organisé par Goran , Eva et Patrice

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