L’échappée – Valentine Goby

Plus tard, Madeleine marche avec Jeanne le long des quais de la Vilaine. C’est une heure pour elles, entre le ménage des chambres et le service de midi trente, les journées sont si longues. Madeleine a glissé ses mains dans la poche ventrale de son manteau. Elle tient la rustine entre ses doigts. Elle garde les yeux rivés sur l’eau vert sombre, d’apparence immobile, que seul son pas met en mouvement derrière les volutes des rambardes. Les reflets des lampadaires se tordent à la surface, huileux, brisés par le remous en une multitude de rayures horizontales. Des policiers à cheval remontent le canal en sens inverse, à la limite du trottoir. Le claquement des sabots sur les pavés, doux, cadencé, se superpose aux mélopées d’un accordéon. C’est reposant et triste. Peut-être à cause du contact de la rustine, Madeleine pense à Mylène Châtelle le nom de liquide et sombre couché près de celui de Liszt sur la partition de Joseph Schimmer. C’est une jeune fille, décide Madeleine. Morte. Son corps blanc, enveloppé de voiles, flotte sur le canal. Dérive, imperceptiblement, sur l’eau presque statique. Ses cheveux bruns sont dénoués, ils reposent à la surface, souples, traversés d’ondulations lentes. Elle s’enfonce dans l’eau verte.Elle coule, son visage n’est plus qu’un halo pâle, une tache laiteuse absorbée par la vase, il disparaît.
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L’échappée – Valentine Goby

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