Devinette : trouver le titre et l’auteur

L’hiver est passé. Le printemps est commencé. Il pousse des cheveux verts au travers de la paillasse où la neige a dormi. Il pousse des cheveux doux tout le long de mes pas. Je marche sur la terre et dans l’air, derrière Christian. Gréés d’un cahier, d’une plume et d’un encrier, nous dressons un inventaire en règle de notre faune. Nous sommes des Christophe Colomb. Pied carré par pied carré, nous découvrons l’île. Quarante-deux criquets. Vingt-trois fourmis. Trois bousiers. Un chat. Tout est compté, même Mauriac, le chat que Chat Mort adore. Christian inscrit tout, de sa plus belle encre. Presque à chaque pas, nous écrasons la queue d’un rat. Christian en a inscrit deux mille  pour faire un compte rond.La plus grande richesse de la République d’Afrique du Sud est les diamants. La nôtre  est les rats. Nous avons repéré deux nœuds de couleuvres derrière la corde de bois accôtée contre le dos du pavillon du jardinier. Un renard erre dans les roseaux, maigre et triste, qui cherche pour rien son sentier emporté par les glaces. Six marmottes montent la garde sur le bord de la carrière de charbon. Elles ne restent à la surface de la terre qu’aussi longtemps qu’elles s’y croient les seuls vivants. Elles s’en effacent aussitôt qu’elles voient remuer quelque chose. Leur cou se tordant et se détordant à une vitesse inouïe, elles guettent. Elles passent leur vie à regarder pour s’assurer qu’elles sont seules. Christian frappe une roche de son bâton. Il en jailli deux éclairs : deux belettes. Nous avons deux écureuils, et leur queue est plus grosse qu’eux. Quand ils courent, leur queue flotte comme la plume d’autruche au casque d’un lancier chargeant, comme une plume d’autruche à la queue d’une torpille. Les deux écureuils se poursuivent dans le tunnel, et leurs griffes en battent le métal comme d’une grêle. Largué une nuit par un avion, le tunnel, grand cylindre côtelé, est demeuré comme il est tombé : allongé de travers dans le sable de la poupe de l’île. Christian dit que, parmi les animaux qui nous manquent, il y en a que nous ne connaissons même pas. Par contre, il y en a, comme le chien et le cheval, dont l’absence nous fait excessivement honte. Demain nous aurons notre chien. Nous nous attacherons le premier chien sans médaille que nous rencontrerons sur la route en revenant de l’école. Demain, en revenant de l’école, nous aurons un sac et nous y fourrerons tout ce que nous rencontrerons de criquets, de sauterelles, de blattes, d’escargots, de rhinocéros et d’éléphants. Plus il y aura d’animaux sur l’île, plus nous serons riches. Nous avons écrit une lettre à Chat Mort. Nous la mettrons sous son assiette quand Einberg n’y sera pas. C’est une requête où sont énumérés avec la plus grande précision tous les animaux qui nous manquent. « Chère maman, une chèvre, une vache, un cochon, un cheval, un boa, un panda, un aptéryx… Signé : Christian – Bérénice. »

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Réponse demain ici même 😉

Un ange cornu avec des ailes de tôles – Michel Tremblay

En treize chapitres, Michel Tremblay nous fait part de sa passion pour les livres. Cela commence très tôt,  à trois ans il ne sait pas encore lire mais il emmène des livres à sa grand-mère qui ne peut pas se déplacer. Cela continue ainsi de chapitre en chapitre : sa première lecture de « grand »  : « L’auberge de l’ange-gardien » de la comtesse de Ségur, sa découverte de Tintin et de la BD qu’il méprise au départ avant de se laisser subjuguer par cet univers, sa découverte des romans d’aventures de Jules Verne, sa passion pour les contes avec Blanche Neige et les sept nains – il essaie pendant plusieurs semaines de changer la fin de ce conte par sympathie pour les nains, sa rencontre-choc avec la littérature québécoise et « Bonheur d’occasion » de Gabrielle Roy, sa découverte quand il est adolescent de Victor Hugo (des pages très drôles où Michel Tremblay se sert de Victor Hugo pour contester les Frères qui enseignent dans son collège de jésuites). Enfin il raconte également ses multiples virées dans les bibliothèques et notamment ses stratagèmes pour emprunter un livre « Orage sur mon corps » d’André Béland, livre qu’il n’arrivera jamais à  emprunter d’ailleurs car la censure veille : il faut être majeur pour pouvoir emprunter un livre traitant d’homosexualité. Il découvre dans d’autres  livres que son homosexualité n’est pas une chose isolée et que beaucoup d’hommes sont comme lui.

A chaque chapitre, il y a des passages savoureux de dialogues avec sa maman qui, elle, lit très peu mais qui encourage sa soif de lecture. Le lecteur suit donc le jeune Michel de ses 3 ans jusqu’à ses 25 ans, de la passion de la lecture à  la concrétisation de sa passion de l’écriture avec la publication  d’un recueil « Contes pour buveurs attardés ».

Le ton de Michel Tremblay est absolument adorable : il est drôle, caustique, ironique et à la fois tendre et bienveillant avec sa maman.  En résumé un livre qui m’a autant plu que « Bonbons assortis », un peu bâti sur la même idée : raconter des tranches de vie de son enfance jusqu’à ce qu’il devienne jeune adulte.

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Deux extraits et l’incipit ici

La Saskatchewan a toujours flotté dans l’appartement de la rue Fabre, puis celui de la rue Cartier, gigantesque fantôme aux couleurs de blé mur et de ciel trop bleu. Quand maman nous racontait les plaines sans commencement ni fin, les couchers de soleil fous sur l’océan de blé, les feux de broussailles qui se propageaient à la vitesse d’un cheval au galop, les chevaux, justement, qu’elle avait tant aimés, avec un petit tremblement au fond de la voix et les yeux tournés vers la fenêtre pour nous cacher la nostalgie qui les embuait, j’aurais voulu prendre le train, le long train qui prenait cinq jours pour traverser tout le Canada, l’amener au milieu d’un champ sans limite bercé par le vent du sud et le cri des engoulevents et lui dire : « Respire, regarde, touche, mange tout le paysage, c’est mon cadeau. »

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Je lisais les aventures de Robert Grant le plus tard possible, jusqu’à ce que ma mère menace de retirer l’ampoule de ma lampe de chevet, en fait, puis je rêvais une partie de la nuit de la traversée de l’Atlantique, du détroit de Magellan, des paysages chiliens, de la Cordillère des Andes… Mon lit était un bateau qui quittait volontiers ma chambre de la rue Cartier pour foncer vers le 37e parallèle à la recherche de la source du Gulf Stream.
Je devenais un marin accompli en même temps que Robert Grant, j’apprenais à monter un magnifique cheval argentin à la robe noire en compagnie de Thalcave, le beau Patagon à moitié nu dont le portrait me troublait tant à la page 95, je traversais à guet le Rio de Raque et le Rio de Tubal, je grimpais des murs de porphyre – les quebradas –, je cherchais en vain mon père au creux des forêts de séquoias ou sur le pic des montagnes enneigées. On disait de Robert Grant qu’il grandissait et se développait rapidement, qu’il devenait un homme ; moi, je lisais au milieu des miettes de gâteaux ou de biscuits au gingembre et je restais désespérément l’enfant envieux qui n’avait pas de destin grandiose.

Québec en Novembre Chez Karine et Yueyin

Je suis un écrivain japonais – Dany Laferrière

Dès le début je suis restée sous le charme de cet écrivain (Japonais? Haïtien ?Québécois?)
Pourquoi ?
Parce que Dany Laferrière est à la fois rempli de doutes (il a écrit 14 livres mais il a l’air en panne pour le suivant, il n’a au départ que le titre  « Je suis un écrivain japonais ») et aussi rempli d’autodérision. Je crois que l’autodérision est ce qui met plaît le plus quand un écrivain parle de son rapport à l’écriture (cf le billet sur « La promesse de l’aube« , billet que je n’ai pas écrit mais il est dans ma tête et comme je vous livre toutes mes pensées …)

L’auteur va chez son poissonnier qui lui instille un doute supplémentaire : a-t-il le droit d’utiliser ce titre ? se demande-t-il en cuisinant son saumon.

Ensuite Dany Laferrière remonte à son enfance caribéenne (que je connaissais pour l’avoir découvert dans « L’énigme du retour« ), il lisait Mishima dans son petit village durement frappé par la malaria.

Dany Laferrière nous balade à travers le monde : Déambulation dans le métro à Montréal avec « La route étroite vers les districts du nord de Basho » dans la main, voyage intérieur en Haîti,  rencontre avec Bjork (une autre île) puis Midori, une chanteuse japonaise de rock (qui est semble-t-il une célébrité au Québec), plusieurs escales au café Sarajevo, un autre rencontre avec son propriétaire (grec) qui réclame son loyer hebdomadaire.

Quelques chapitres sont un peu déroutants car on se demande sans cesse où est la frontière entre la réalité ét la fiction.  L’écrivain suit Midori et 6 japonaises (les sept samouraï  ? )

Ce livre est très drôle car il met en avant les clichés que nous avons tous plus ou moins autour du Japon (touristes avec leur appareil photo, cerisiers et geishas), et ce pays reste pourtant mystérieux. Les personnages japonais ont tous un nom d’écrivain japonais (Murakami, Mishima, Tanizaki, Brautigan – rayez la mention inutile). En effet, ce livre qui n’est pas encore écrit par l’auteur déclenche une « folie » au pays du soleil levant : enthousiasme mais aussi racisme ordinaire …

Sous ces dehors légers et humoristiques, les questions sont d’actualité : qu’est ce que l’identité, a-ton le droit d’écrire sur quelque chose que l’on n’a pas vécu ? Pourquoi les sociétés actuelles sont-elles racistes ?

En bref un excellent moment

Un extrait :

Le téléphone, de nouveau. J’ai beau dire « allô », aucune réponse. J’entends pourtant le souffle de la personne au bout du fil. Finalement une petite voix murmure :
– J’étais assise pas loin de vous dans le métro il y a trois jours.
– Vous dites ?
– J’étais sur la même rangée que vous, et vous lisiez Basho.
Je n’arrivais pas à faire un lien entre la voix et le visage. Je m’attendais un accent asiatique.
– Ah oui, je me souviens…
– Là, vous me confondez avec la chinoise en face de vous que vous n’arrêtiez pas de regarder.
– Cela arrive souvent, fais-je, on regarde quelqu’un alors qu’on est regardé sans le savoir par quelqu’un d’autre.
– Elle, elle est chinoise, mais moi, je suis japonaise. C’est normal, vous étiez dans le quartier asiatique.
– Et comment faites-vous pour savoir qu’elle est chinoise ?
– Ma mère est coréenne et mon père japonais, je sais ce que c’est… Si elle n’est ni coréenne, ni japonaise, c’est qu’elle est chinoise.
Elle rit toujours.
– Et pour les rires… Y a-t-il une différence ?

– Pas tellement. Par contre, le vagin japonais est placé en diagonale et celui de la Coréenne est à l’horizontale. Je ne sais pas pour la Chinoise si ça se trouve elle est verticale. Nous sommes des filles géométriques.
Je ris.
– C’est bizarre vous n’avez aucun accent… Vous parlez comme vous et moi.
Là, elle a vraiment ri. Un rire du fond du ventre. C’est tout de même étonnant que malgré tous ces déplacements sur la planète – personne ne veut ou ne peut rester chez lui – ce soit l’accent qui détermine le plus la place des gens dans la société mondaine. Plus que la race ou la classe. L’accent dit la race et la classe. Une asiatique parle en français avec un accent anglais, c’est presque du bouturage.

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Québec en Novembre Chez Karine et Yueyin

Journée autour de Dany Laferrière

 

La gifle – Roxanne Bouchard

 

La gifle – Roxanne Bouchard

 

Pour ce dernier jour du mois québécois, voici un très court roman (107 pages) qui a su me convaincre.

L’auteure Roxane Bouchard alterne des passages « théoriques » numérotés de I à VII sur ce qu’est une gifle (à ne pas confondre avec une mornifle, une claque ou une taloche) avec des chapitres numérotés de 1 à 7, plus « pratiques », où la tension monte : on devine assez vite qui va être le fameux giflé mais qui peut être le (ou la) giflante ? Avec un ton qui ne manque pas d’humour, Roxane nous emmène au Québec mais dans un Québec qui pourrait aussi se passer en Italie car ce roman met en scène des familles d’origines italiennes vivant à Québec.

Alors qui de la Mamma Gonores Minella, de sa rivale Angelina Galvani, de la galeriste Isabella di Stephano, de la future mariée Alicia Galvani, ou d’un de ses 12 frères (12 ! ) ou de la pulpeuse peintre Camelia Soriano va claquer, gifler ? et pour quel motif ?

Jubilatoire 🙂

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Un extrait (Chapitre I) :

Au Québec, on ne giflait pas. On fessait, on donnait des volées, des raclées, des coups de poing. Des fois, on se faisait swigner une claque en arrière de la tête, on recevait une tape ou une taloche. Même la baffe ne faisait pas partie des activités courantes. La limite de l’exotisme, chez nous, c’était de se faire sacrer une mornifle.

La gifle et tous ses dérivés européens : le soufflet, la beigne, la calotte, la giroflée (à cinq feuilles), la mandale, le pain, la Talmouse, la tarte et la torgnole ne faisaient  pas, pour ainsi dire, partie de nos élans quotidiens.

Et pour cause : nos ancêtres, ces trapus Canadiens français qui maniaient courageusement la charrue dans la glèbe d’un pays dur, n’avaient pas vraiment de temps à perdre avec ces frivolités de la cour. Quand un homme a une terre en bois debout à défricher  à la hache pour faire vivre sa famille, on peut comprendre que les galanteries coquines, les mœurs aristocratiques, les duels de bout d’épée et les soufflets vengés par le Cid lui passent  cent pieds par-dessus la tête.

Aussi, pour remettre un voisin à sa place, le Survenant optait pour une solide bagarre à grands coups de poings sur le bord de l’étable alors que, pour activer les enfants paresseux, le coup de pied au cul avait généralement la cote.

Nous appartenons à un peu peuple vaillant qui a construit ses terres malgré l’hiver et les moustiques. Nous avons hérité de l’orgueil rugueux du labour et du réflexe qui fesse. C’est pourquoi, quand on abordait jadis le sujet de la gifle devant nos ancêtres, ils étiraient dédaigneusement un petit sourire en coin. Pour eux, la gifle, c’était une moumounerie pompeuse imitant le salut coincé de la reine d’Angleterre.

Ce n’est qu’en juillet 1972, dans un petit village du Bas-du-Fleuve, que la première gifle a brutalement retenti sur une joue québécoise, importée par une main italienne.

 

Le mois de novembre est québécois chez Yueyin et chez Karine

 

Griffintown – Marie-Hélène Poitras

Griffintown – Marie-Hélène Poitras

Ouvrir un livre québécois est toujours une aventure parce que le livre est écrit en français mais un français qui peut nous surpendre à tout moment, comme ça, au détour d’un paragraphe.

Dès l’incipit de Griffintown on est ailleurs :

Le jour se lève sur Griffintown après le temps de survivance, les mois de neige et de dormance.

[..] Derrière l’écurie, le ruisseau a dégelé et ses eaux noires courent vers le canal, vives et furieuses. Il a beaucoup neigé en avril. Une âme bienveillante a dilué un peu de vodka dans les abreuvoirs pour que les rares chevaux qui restent puissent boire pendant la saison froide. L’oscillation constante entre gel et dégel a sévèrement entaillé les rues, les transformant en véritables pièges à calèches. Il faut avoir connu les jours et les nuits de Griffintown pour entrevoir dans ce décor ingrat la possibilité d’un été fécond.

 

Quelques mots sur l’histoire : Billy le lad s’occupe toute  l’année de l’écurie, Paul le patron est plus un gestionnaire.  Cette écurie se trouve à quelques centaines de mètres du métro à Québec mais c’est déjà un autre monde : le monde des calèches et des cochers, dont le métier est de « promener les touristes » dans Québec (à mi-chemin donc entre des cow-boys et des attrape-nigauds). C’est un monde dur que décrit Marie-Hélène Poitras, un monde de laissé-pour-compte qui ne vivent et ne travaillent que six mois dans l’année, au contact de ces fameux chevaux et qui le reste du temps essayent de survivre à l’hiver.

Dans les premières pages on sait que le patron de l’écurie va mourir, assassiné. Par qui ? pourquoi ? c’est un peu le sujet du livre mais pas tant que ça, le sujet est surtout de décrire ce monde au bord de la disparition, un monde  où il n’y a pas réellement de lois.

On a liquidé le patron. L’ordre des choses, jusque-là immuable, vient d’être renversé. Il y aura des questions d’honneur à soupeser, peut-être une vengeance à orchestrer et probablement un message à décoder. Les hommes de chevaux vont devoir rétablir la justice ou s’en fabriquer une et l’imposer. En règle générale, les policiers ne viennent pas au Far Ouest ; les autorités laissent les hommes de chevaux régler leurs affaires entre eux, en autant que leurs histoires ne débordent pas les frontières du territoire. Ce qui se passe à Griffintown reste à Griffintown ; il en a toujours été ainsi.

 

Le meurtre du patron n’est pas à l’avant de la scène, plutôt même un prétexte : on suit surtout les débuts professionnels de Marie, jeune femme naïve, qui veut vivre aucontact des chevaux et de la nature. Elle se lance, pleine d’enthousiasme, dans sa première saison en tant que cochère.

 

Extrait (page 83)

Sur le chemin du retour, John réitère ses conseils une dernière fois : « Parle des Indiens aux touristes européens, d’architecture et d’histoire aux Américains, pointe le magasin de costumes aux familles et rappelle aux rares Montréalais qui montent à bord la signification du « je me  souviens ». Pique par les tronçons de ruelles lorsque c’est trop engorgé ailleurs, évite le plus possible les segments de la rue Saint-Paul en pavé uni – ravageur pour les sabots –, prends garde de rester prise dans la pente de la côte Bonsecours à un feu rouge, et si c’est sur le point d’arriver, pars au trot voire au galop, épargne ton cheval. Les stands devant la basilique et en bas de la place Jacques-Cartier sont le territoire des cochers expérimentés, tant que tu sauras pas reculer, évite-les et  garde un profil bas. Si un touriste te tape sur les nerfs, tu le fais descendre, exactement comme Alice a fait avec toi, souviens-toi qu’il y a un seul maître à bord de la calèche : le cocher. Méfie-toi des camions qui transportent un baril de ciment pivotant ; certains chevaux, convaincus que le baril va leur rouler dessus, s’emballent lorsque les camions s’approchent d’eux. Évite de mettre ton fric dans le coffre arrière quand le Rôdeur surveille ta calèche, et quand tu sollicites les touristes, ça se fait entre le nez de ton cheval et le coffre de la calèche, ne dépasse pas les limites de ton territoire – comme chez les putes.  Tiens-toi loin de la Mouche. De toute façon, tu dois pas être le genre de fille qui emprunte du fric à un shylock… Change la couche de ton cheval dès qu’il y a du crottin dedans, sinon les mouches arrivent et les cochers vont te tomber dessus. Et je ne parle même pas des résidents du quartier, qui nous haïssent presque autant que les chauffeurs de taxi. Ici, ta place, faut que tu la gagnes. T’auras pas à te rapporter à Billy. Si sa calèche et son cheval reviennent intacts, que tu loades un peu et que tu ramènes de l’argent à l’écurie, il te laissera tranquille. Ce sont les cochers entre eux qui régissent le milieu. En d’autres mots, si tu fais pas l’affaire, tu le sauras bien assez vite. Dernière chose : à la fin de la journée, garde ton fouet pas trop loin, comme je te l’ai enseigné. Un cocher rentre à l’écurie les poches pleines et ça se sait. »

 

En conclusion : frais et rude à la fois, dépaysant et plein d’humour, une réussite.

Le mois de novembre est québécois chez Yueyin et chez Karine

La fiancée américaine – Eric Dupont

 

Excitées jusqu’à la racine des cheveux, Beth et Floria Ironstone avaient été les premières à atteindre le site de la dernière épreuve de force : la levée du cheval. La bête se tenait debout déjà debout à côté d’un mât qui rappelait par sa hauteur, un poteau de téléphone, et dans lequel on avait inséré des tiges de fer à tous les trente centimètres. Il s’agissait pour le concurrent de monter le cheval, la bête la plus docile du comté, et, en quelque sorte arrimé à la selle à l’aide d’un harnais dont les larges courroies lui recouvraient les épaules, de se hisser à dix mètres du sol – avec le cheval ahuri accroché à son derrière – en s’agrippant aux tiges de fer plantées dans le poteau, lui-même profondément ancré dans le sol ; une « épreuve d’été » comme on l’appelait dans le milieu, tout simplement parce qu’elle était difficile à organiser dans les salles de théâtre qui accueillaient les spectacles d’hommes forts pendant la saison froide. À cet obstacle, s’ajoutait la difficulté de trouver d’abord une bête suffisamment obéissante pour endurer de faire le lent voyage vers le ciel cinq fois et ensuite, cela va sans dire, un propriétaire de cheval aux nerfs d’acier qui consentît à laisser l’animal participer au dangereux manège. Par chance, toutes ces conditions étaient réunies à Gouverneur et la foule se rassemblait lentement autour de cette étrange mât de cocagne à l’appel du maître de cérémonie. Le Géant de Varsovie, Idaho Bill, The Great Brouyette, et finalement, Podgorski et Lamontagne formait un cercle autour du maître de cérémonie, tirant à la courte paille pour déterminer qui monterait le cheval en premier.

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La fiancée américaine – Eric Dupont

La fiancée américaine – Eric Dupont

La fiancée américaine – Eric Dupont

Il y avait longtemps qu’un roman ne m’avait pas enthousiasmée de la sorte !

Au début du roman, l’action se déroule au Canada en 1957. Louis (surnom Cheval) Lamontagne a 40 ans, sa femme Irène est une femme très pieuse et avare, ils élèvent leurs trois enfants, Madeleine, Marc et Luc. A l’aide de quelques gins, Louis raconte l’épisode de sa naissance en 1918 quelques mois après la fin de la guerre. Le mariage de son père avec la fameuse fiancée américaine est très bien racontée. Un scène d’anthologie, un 25 décembre, dans une église à Rivière-du-loup m’a fait à la fois rire et pleurer.

Plus tard, Madeleine, la fille  du Cheval, met au monde des jumeaux (un des points forts du livre est d’ailleurs que l’on croit connaître le père des jumeaux pendant 500 pages et que le père n’est pas celui qu’on croit, comprenne qui pourra ). Chacun des jumeaux a une personnalité attachante : Gabriel qui est presque une réincarnation du Cheval tant il est fort et naïf et Michel le ténor qui ne vit que pour la musique.

Les frères échangent des lettres à la fin des années 90. A Berlin, Gabriel rencontre une vieille femme Magdalena Berg (homonyme de Madeleine Lamontagne). Magda lui raconte son enfance dans la Prusse des années 30 puis la guerre à Berlin (une histoire passionnante). 

Une épopée fabuleuse des années 1918 à la fin du siècle que je recommande chaudement (920 pages tout de même avalées en quelques jours). Le roman est plein d’humour et subtil dans sa description des relations humaines (désir, jalousie…), parfois des scènes de « réalisme magique » font plus que douter d’être éveillé.   

Un extrait page 90 : 

Floria était en larmes sur le porche de la maison. Depuis l’âge de dix-huit ans, elle n’avait pas manqué une seule édition de la St Lawrence County Fair, toujours elle avait trouvé un moyen de s’y rendre, soit dans le camion du vieux Whitman, soit par car, mais jamais elle n’eût accepté de mettre une croix sur l’événement. Mais où restait donc le vieux Whitman ? Au moment où tout semblait perdu, les sœurs Ironstone entendirent vrombir et crachoter le moteur du bonhomme.

– Désolé du retard, ladies, mon Adolf était récalcitrant. C’est un grand nerveux, un signe de caractère.

– Mr. Whitman !  Il est vraiment énorme, votre Adolf !  Vous ne rentrerez pas les mains vides, cette année, j’en suis certaine ! Vous avez vu cette jupe ? C’est maman qui l’a faite!

– Pas mal, mais pourquoi en rouge ? On te voit à dix milles à la ronde !

– Oui, je ne risque pas de passer inaperçue !

Le camion s’était immobilisé devant les deux jeunes femmes endimanchées, maintenant rayonnantes dans le petit matin. Derrière les ridelles les contemplait d’un œil noir et curieux un veau surdimensionné, élevé  au petit grain, engraissé avec soin, dans lequel reposaient tous les espoirs de Whitman en ce samedi d’août 1939. Admirateur de l’Allemagne nazie depuis la première heure, le bonhomme Whitman avait baptisé son veau en l’honneur du führer, dont il avait même épinglé la photographie au-dessus de la stalle et de l’enclos dans l’espoir que le regard directif du dictateur opérât sur la bête une magie semblable à celle qui avait sauvé l’Allemagne de l’indigence et de la famine. Ses espoirs furent comblés au-delà de ses rêves les plus fous. La bête profita, grossit, transforma bravement en muscles tout le grain et le foin qu’on trouva pour elle, son poil prit le luisant qu’on connaît aux bêtes qui rapportent des rubans et l’animal, par quelque inexplicable phénomène de transsubstantiation, avait le regard de celui dont il portait le prénom : le veau avait l’air de vous regarder au fond de l’âme avec une tendresse épuisée, un je-ne-sais-quoi de candeur alpine qui avait convaincu le bonhomme Whitman que la gloire l’attendait au tournant ; il rentrerait le soir même brandissant le ruban tricolore de la St Lawrence County Fair. Oui, la discipline et le don de soi permettent  tous les espoirs, l’État de New York en aurait bientôt la preuve.

– Il voit aussi loin que le führer ! avait tonné Whitman en fermant la portière de son camion Ford.

 

Le mois de novembre est québécois chez Yueyin et chez Karine

Ceux qui restent – Marie Laberge

ceux-qui-restent

Ce roman choral permet tour à tour à cinq personnes d’exprimer, quinze ans après, leur désarroi face au suicide de Sylvain, 29 ans. Le jeune homme n’avait pas l’air déprimé, il avait un bon boulot, une femme pas jalouse, un fils de 5 ans, une maîtresse délurée…alors pourquoi ce geste définitif un soir de printemps en partant de l’appartement de sa maîtresse ?
Parmi les narrateurs, il y a Mélanie-Lyne l’épouse de Sylvain qui est devenue surprotectrice par rapport à son fils Stéphane, qui vient d’avoir 20 ans. Elle essaie de « refaire sa vie » en rencontrant des hommes sur des sites internet.
IL y a Vincent le père de Sylvain qui, rongé de culpabilité, se demande comment il a pu ne rien voir des intentions de son fils et qui s’interroge sur ses liens avec son ex-femme Muguette et son petit- fils.
Il y a Muguette, la mère qui se réfugie dans le déni puis dans la maladie d’Alzheimer.
Il y a une vision extérieure du jeune fils Stéphane qui essaie de fuir sa mère possessive. Il n’est pas au courant du suicide de son père, la version imposée par la mère étant un accident de voiture.

Et surtout il y a la barmaid, Charlène, la maîtresse de Stéphane, qui quinze ans après est toujours très en colère et invective le suicidé dans un québécois fleuri et imagé …
C’est ce personnage qui m’a le plus convaincu et qui se révèlera le ciment pour les retrouvailles du grand père et du petit fils.

Un livre sur le suicide d’un proche mais qui ne m’a pas paru triste du tout. L’analyse des sentiments de Marie Laberge est fine et convaincante. (j’ai été charmée par les différents rebondissements qui m’ont paru à la fois surprenants et crédibles)

En bref : un excellente lecture pour ce mois québécois digne de la trilogie Gabrielle, Adélaïde, Florent

Un extrait (Vincent le père parle)

Je suis un homme âgé, je ne sais pas combien d’années il me reste à vivre. Ni si ma santé restera aussi bonne.
Mais je sais une chose : en mourant, Sylvain m’a montré un chemin exigeant et terrifiant. Celui de vivre avec la perte, avec le vide sans continuer à le creuser. J’ai essayé, j’essaie de marcher droit avec ma part de creux et ma part de plein, et je sais que j’ai été choyé, que j’ai reçu beaucoup d’amour et que ma mission est maintenant d’en donner. Sans mesurer, sans mesquiner. En donner et ne jamais avoir l’outrecuidance de me plaindre.
J’ai beaucoup perdu parce que j’ai beaucoup reçu.

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Mois québécois organisé par Carine et Yueyin

Lecture Commune autour de Marie Laberge (je viendrai compléter les liens vers les autres livres découverts)

Lydia a lu « Quelques adieux » et en parle ici

L’avis de Cath sur « Ceux qui restent »

La traversée de la ville – Michel Tremblay

la traversee de la ville

Après « Bonbons assortis »  et « La traversée du continent », je suis repartie en compagnie des doux mots de Michel Tremblay. L’action se déroule en 1912 et 1914.
Ce roman est le tome 2 d’une saga qui  en comporte 6.
Dans le premier tome,  » la traversée du continent »,  on suivait Rhéauna, 10 ans, dans sa traversée du Saskatchewan vers Montréal pour rejoindre sa mère qui l’avait laissée 5 ans auparavant chez les grands-parents ;  jeune veuve, elle ne pouvait pas subvenir à leurs besoins.
Dans ce deuxième tome, on suit en parallèle deux époques : en 1914 avec le ressenti de Rhéauna, qui reste une petite fille adorable, et en 1912 les sentiments de sa mère quand elle décide de  partir des États-Unis pour retourner au Canada natal, enceinte et sans ressources.
Incompréhension entre les deux, la mère faisant tout son possible pour que sa fille soit heureuse mais toujours aussi pauvre elle ne peut faire venir ses deux autres filles restées au Saskatchewan. L’adaptation De Rhéauna à la grande ville après des années à la campagne est très dure.
Michel Tremblay excelle dans sa description des sentiments et de la mère (confrontée au problème d’élever seule Rheauna plus son petit garçon de dix huit mois) et Rhéauna qui, entendant les rumeurs de la guerre en Europe, entreprend une folle équipée dans la ville de Montréal.
J’ai eu une préférence pour la voix donnée à la petite fille mais les chapitres ou l’on suit la mère sont également très captivants.

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En conclusion : j’adore cet auteur, sa façon de dire simplement la complexité des sentiments et de se mettre dans la peau d’un enfant.

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Un extrait :

« Quand nous chanterons le temps des cerises, le doux rossignol, le merle moqueur seront tous en fê-ê-te. » C’est une chanson qui fleure bon le foin frais coupé, la soupe aux légumes et le café qui percole. C’est une chanson qui a aussi une odeur de nostalgie, les souvenirs imprécis qu’on arrive pas à retrouver, un manque inexprimable là, dans la région du coeur, une privation cuisante qu’on soupçonne d’être définitive et qui vous rend inconsolable. Avant elle était privée de mère ; maintenant…
Où sont elles à cette heure ? Où sont ils tous, Béa, Alice, grand-papa, grand-maman ? Le blé d’Inde doit avoir fini de pousser, les foins vont commencer bientôt, les silos vont se remplir de céréales, la petite école de rang va ouvrir ses portes, Mademoiselle Patenaude va accueillir ses élèves sur le perron, droite et fière… Sa mère lui a dit que le soleil se couchait deux ou trois heures plus tard qu’à Montréal, là-bas en Saskatchewan, qu’il était plus tôt qu’ici, qu’ils prenaient leurs repas longtemps après eux, qu’ils dormaient encore quand elle partait pour l’école, qu’ils venaient de finir de souper quand elle se couchait… Est-ce que c’est possible ? Que le soleil ne se couche pas partout à la même heure ? Ou alors est-ce que c’est une invention de sa mère pour l’empêcher de trop penser à eux, d’imaginer qu’elle fait la même chose qu’eux en même temps, qu’elle est plus en symbiose avec eux qu’avec elle ? Rhéauna se rappelle que sœur Marie-de-l-Incarnation lui a dit qu’elle allait leur expliquer les ciseaux horaires l’année prochaine – c’est des ciseaux qui coupent le monde en vingt-quatre parties différentes, pour les vingt-quatre heures de la journée, à ce qu’il paraît ; c’est donc vrai, ce n’est pas une invention de sa mère. C’est loin de la rassurer parce qu’elle va devoir continuer de calculer quelle heure il est là bas chaque fois qu’elle va penser à eux.

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Challenge Québec en Novembre chez Karine et Yueyin, et aussi Québec O trésor chez  Karine:) et Grominou.

Le jour des corneilles – Jean François Beauchemin


le jour des corneilles

Dès le début, mes esgourdes ont été charmées par la voix du narrateur qui m’a embarquée dans son épopée au Québec (je précise qu’il ne s’agit pas d’un livre audio et que j’ai quand même entendu la voix du narrateur….ce qui est rare). Le fils Courge, c’est son nom – il ne semble pas avoir de prénom, a le phrasé étrange de celui qui n’a pas été en contact avec les hommes dès sa plus tendre enfance. Un enfant presque sauvage, élevé par un père fou de douleur (sa femme est morte en mettant le fils au monde) et fou tout court (des voix lui parlent dans le « casque »).

Le fils s’interroge sur les hommes, sa mère, son père, l’amour, la nature. Il s’adresse à un juge, on comprend petit à petit pourquoi il s’adresse à cet homme. De sa tendre enfance, avec un père qui a des hallucinations et qui le maltraite, à sa découverte de l’amour vis à vis de la douce Manon, le fils nous brosse un portrait magnifique de la nature, des hommes et du langage.

Son vocabulaire est composé de mots à moitié inventés et d’images très justes d’animaux en toute sortes (loutres, cerfs, serpents, insectes….)
Une grande découverte qui m’a enchantée……

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Un extrait

Lorsque le soleil était bien enfoncé à ponant, il m’arrivait quand il s’essayait à traduire le ciel et son ornement d’étoiles, de questionner père sur ma destinée. Car père était lecteur d’astres et, par même occasion, déchiffreur des avenirs inscrits en eux. Et moi, j’étais en cette matière aussi curieux que le loutron : je n’avais de cesse de me cuisiner et de m’interviewer sur le sort me guettant et sur la tournure de ma personne. J’étais ainsi fait, Monsieur le juge : je ne me rassasiais guère du jour coulant, et il m’était besoin de creuser les époques prochaines. Ah! Comme j’aurais goûté de me transporter en avant, en quelque machine ou brouette avaleuse de temps ! Pourquoi ? Il ne m’est pas aisé de le traduire. Peut être cherchais-je en demains ce qu’aujourd’huis ne m’offraient que médiocrement. On eût dit que l’époque présente ne me suffisait jamais, et qu’il me fallait embrasser, afin de parfaire cette époque, le projet et même la conclusion de mon existence. J’incline à croire qu’il me fallait pour mieux vivre, entrevoir la destination des choses, et ainsi imprimer signification à tout ce qui précédait cette conclusion, un peu à la manière de la fourmi qui rapporte en sa fourmilière la goutte de miel assurant la survie de ses sœurs insectes. M’était besoin de savoir que m’attendait quelque part une fourmilière, et que ce que j’y promettais en mon trajet lui était nécessaire. Et peut être étais-je moi-même une sorte d’insecte rapporteur, cherchant en ce monde à se lier à sa société de semblables afin de lui fournir contribution. Quelle contribution ? Je n’avais en vérité que peu de choses à offrir, hormis la besogne de mon coeur, mon ouvrage de sentiment. Je ressentais souventes fois cela, lorsque je grimpais le grand orme et que je guettais en l’horizon l’apparition de la charmant Manon. Je lui aurais alors volontiers fait cadeau de mes jours. Oui, il me fallait voir lointainement, afin de me mieux mesurer aux choses de maintenant.

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En conclusion : un petit livre à dévorer

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Challenge « lire sous la contrainte » chez Philippe où la contrainte est « animaux » ; Challenge Québec en Novembre chez Karine et Yueyin, et aussi Québec O trésor chez  Karine:) et Grominou.