Je rêve ……de toi

le cirque bleu chagall

Marc Chagall – Le cirque bleu – 1950

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A toi, ma sirène Toutebelle, tête en l’air

A toi, qui te balance depuis le berceau de la vie

A toi, ma Mona Lisa Klaxon au sourire éclatant

A toi, qui m’a fait comprendre la différence entre une larme de sirène et une sirène d’alarme

A toi, qui me fait frémir sur ton trapèze avec juste un fil à la patte du caméléon.

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Avec toi, je me méfie du coup de lune et de son violon

Avec toi, ma sirène, ma Laura Lorelei je passe du coq à l’âne

Avec toi, je voudrais chanter sur l’accordéon désaccordé

Avec toi, c’est tous les jours le chaud, chaud, Bizness-Show

Avec toi, c’est vague à l’âme et montagnes russes

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Pour toi j’ai gardé cette ballade pour un matin

Pour toi, je voudrais planer sur les ailes du silence

Pour toi, nous avons écrit un duo d’anges heureux

Pour toi, beauté crachée de l’homme oiseau

Ce héros de la voltige, six pieds en l’air et septième ciel,

Qui m’a un jour emmené sur la grande roue, moi la fille au cœur d’acier

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Pour toi, jolie môme, il faut que j’accepte de dire « pars »…. mais pas tout de suite ma rousse au chocolat.

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En avril, l’agenda ironique est chez Estelle qui nous propose  de nous mettre dans la peau d’un poisson et de nous appuyer sur l’univers de Chagall et de son cirque bleu

je n’ai pas réussi à me mettre dans la peau d’un poisson ;-( alors j’ai parlé d’une sirène….

Si vous avez du temps (et envie) 21 titres de chansons interprétées par  Jacques Higelin sont cachées ….

 

 

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La nuit sous le pont de pierre – Leo Perutz

Il y avait dans la cité juive beaucoup de gens qui, s’ils le voulaient, pouvaient voir l’empereur romain tous les jours, malgré les efforts qu’il déployait pour se cacher du monde. Il s’agissait des bouchers et de leurs valets. Car les bouchers juifs étaient tenus de livrer chaque jour trente-quatre livres de viande pour les deux lions, l’aigle et les autres bêtes fauves que l’empereur entretenait dans le Fossé Aux Cerfs, ce qui leur permettait de franchir sans encombres avec leur charrette les portes du château. L’empereur, quant à lui, ne manquait jamais d’être présent lorsqu’on nourrissait ses bêtes ; il veillait à ce que chacune en eût sa part et donnait parfois la viande de sa propre main aux deux lions qu’il avait apprivoisés lui-même et auxquels, sous l’influence des astres, il se sentait uni par un lien magique, ainsi qu’à l’aigle, seul et triste dans sa cage.

Déguisé en garçon boucher, avec le tablier en cuir, la sangle sur l’épaule et le couperet de boucher à la ceinture, Mordechai Meisl traversa avec le boucher Schamje Nossek le pont de la Moldau et se rendit sur l’Hradcany. Vers midi, ils arrivèrent  au Fossé aux Cerfs. Ils abandonnèrent la voiture et le cheval à l’intérieur des murs qui l’entouraient, devant la maison du portier, chargèrent la viande sur leur dos et terminèrent le chemin à pied, car le cheval devenait nerveux lorsqu’il sentait l’odeur des bêtes fauves.

La nuit sous le pont de pierre – Leo Perutz

Jakuta Alikavazovic – L’avancée de la nuit

De temps en temps je prend un livre au hasard à la bibli. J’ai pris celui là la semaine dernière, un peu dans l’optique d’une dernière lecture pour le mois de l’Europe de l’est chez Goran, Patrice et Eva. (le mois de mars est fini, mais cette lecture m’a suffisamment touchée pour mériter un petit billet) 

Jakuta Alikavazovic est née en 1979 à Paris, d’une mère bosniaque et d’un père monténégrin.

C’est l’histoire d’un jeune homme, Paul, qui rencontre Amelia sur les bancs de la fac, à Paris. Elle est une « petite fille riche » mais souffre cruellement de l’abandon de sa mère quand elle avait 10 ans. Sa mère est partie en pleine guerre à Sarajevo afin d’essayer de défendre la paix. Paul est orphelin de mère, son père n’est pas français, et souffre de sa condition d’immigré : il n’est ni accepté en France ni prêt à rentrer au « pays » ; on ne saura d’ailleurs pas quel est ce pays, juste qu’il a voulu donner à Paul la possibilité de s’intégrer en lui donnant un prénom français. 

Le plus souvent le point de vue est celui de Paul mais Amelia prend de temps en temps la parole et essaie de mettre des mots sur la blessure béante de l’abandon de sa mère. Les autres personnages sont le père d’Amelia (froid et distant), Antonia Albers (une amie de Nadia, la mère d’Amelia)  et  Louise (fille de Paul et d’Amelia) 

Les liens entres les personnes sont très intéressants à suivre : pour répondre à la question vaut-il mieux être orphelin de mère ou que celle ci vous abandonne ? la réponse d’Amélia est claire : il vaut mieux être orphelin et ne jamais avoir connu sa mère car comment expliquer un abandon quand on peut faire autrement ? Comment grandir, fonder une famille quand on n’a pas été assez « aimable » pour faire rester sa propre mère ?

Amelia nous raconte ses derniers moments avec sa mère (à dix ans), des moments très émouvants pour une petite fille qui ne sait pas encore qu’elle ne reverra plus sa maman. Adulte, Amelia arrivera-t-elle à surmonter cet abandon ? Elle enchaînera les abandons elle aussi (Paul une première fois, puis sa famille) 

Paul, dans l’amour qu’il a pour sa fille, fait parfois un peu peur dans sa façon de vouloir la protéger de tout … 

Une écriture sensible qui m’a touchée, le thème principal est la maternité et la transmission mère-fille (et dans une moindre mesure les rapports père/fils, père/fille; petite-fille/grand-père). 

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Un extrait :

Oui, jusqu’ici tout va bien, se disait Paul, ce qui n’empêcherait pas les choses – le monde – d’empirer. Il y avait, semble-t-il, trop de tout. Mais pas assez de paix. Et pas assez d’eau. Louise regardait celle qui coulait du robinet, pensive. Elle l’ouvrait, le fermait. L’observait s’écouler en petites hélices dans l’évier. Bien entendu, elle ne le savait pas, la chère âme, que le désert progressait sur le globe et dans les cœurs. L’amour pour nos enfants est un cheval de Troie, déclara Albers sur un plateau télévisé. Louise la regardait, bouche bée, elle qui passait d’ordinaire, indifférente, devant ces images qui glissaient sans cesse, de meurtre et d’enquête, ou de ruine et de guerre, ou de villes immenses qui n’étaient pas des villes mais des tentes, des rangées de tentes dans le désert, où vivaient ceux qui de ville, justement, n’avaient plus. Louise toucha la surface de l’écran, qui était et n’était pas Albers. 

Un cheval de Troie. L’amour pour nos enfants est la façon dans un monde indéfendable paraît défendable et est, pour finir défendu. Accueilli. Les mensonges. La surveillance globale. La militarisation insidieuse. Qui ne voudrait pas savoir ses enfants en sécurité ? Qui n’accepterait pas de payer le prix fort pour cela ? C’est par amour que nous équipons nos villes, nos rues et nos maisons. Mais c’est le mal qui s’infiltre. C’est le mal et toutes nos erreurs reviendront nous hanter. Elles viendront nous ronger le sommeil et les os. Nous vivons dans un monde qui a entièrement cédé à la brutalité à l’injustice. Chacun pour soi. Chacun pour soi et ses propres enfants. Son propre petit matériel génétique. Et pendant ce temps, le principe directeur du monde est devenu l’expulsion. Des familles à la rue. Des villes rasées, des pays entiers contraints de prendre la route. Je regarde autour de moi est ce que je vois, c’est l’irruption de l’irréel dans le réel. Le fantastique est devenu la condition de nos existences, martela Albers, obstinée, et tout ce que Paul vit, ce fut une vieille femme, butée sous sa frange blanche.

 

Une minute pour Pierre Desproges le 18 Avril ?

Max Louis demandait ici un rappel. Voici donc la piqûre de rappel : respirez, cela ne fera pas de mal et ne vous fera pas virer votre cuti.

J’ai réappris récemment  que Pierre Desproges nous avait quitté le 18 avril 1988 (Pétard, 30 ans bientôt…)

Alors j’ai eu l’idée d’un petit hommage ce 18 avril. Qui est partant ?

Le but est d’écrire un petit texte inspiré d’un des 98 titres des « minutes de Mr Cyclopède ».

Vous pouvez trouvez les titres ici  ou sur le site de l’INA.

 

Si aucun titre ne vous motive, vous pouvez inventer votre titre de « minute » en respectant la consigne : « Le titre de chacun des épisodes est une phrase à l’impératif présent, à la première personne du pluriel ».

Je récapitule : Publions notre minute de Mr Cyclopède le 18 avril 2018

Si vous n’avez pas le temps, vous pouvez essayer de faire un doublon avec l’agenda ironique chez Estelle avec comme thème poisson et Chagall : 

– Apprenons à voyager avec un saumon en nous prenant pour Umberto Eco 

Inaugurons avec faste un bocal à poisson rouge (véridique cyclopède) 

Jouons à Colin-maillard avec un aveugle (véridique cyclopède) 

Ou chez la Licorne où le thème est « rêve avec des mots inventés » 

– Inventons des définitions à contrefiture, tourtinade, musifolle…

– Contrefiturons les groseilliers à maquereaux 

– Tourtinadons nous les pouces voires tourtinadons nous les poufs ou tourtinadons nous entre pouffes… 

– Musifollons gaiement  la truite de choux verts 

Et bon mois d’avril 🙂

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Je ferais un billet récapitulatif si vous laissez un lien sur ce billet ou si vous m’envoyez votre texte par mail pour ceux qui n’ont pas de blog.

La nuit sous le pont de pierre – Leo Perutz

Rodolphe II, l’empereur romain, avait été accablé durant la nuit par des rêves dans lequel son frère Mathias, l’archiduc d’Autriche, qui avait pris l’apparence d’un sanglier, le poursuivait et le menaçait. Lorsqu’il s’était éveillé, la peur et le désespoir qu’il avait ressentis dans ses rêves et qu’il ne parvenait pas à effacer de son cœur s’ajoutèrent à la mélancolie qui emplissait toujours son âme. Cervenka, le deuxième valet de chambre, qui était de service ce matin là,  savait ce qui pouvait améliorer un peu l’humeur de son maître. Il fit avancer sous les fenêtres de l’empereur les chevaux espagnols et italiens de Sa Majesté. La vue de ces animaux si beaux et si fiers réjouissait l’empereur. Bien qu’il fût encore en chemise de nuit, il ouvrit la fenêtre sans prendre garde au vent âpre, qui s’engouffra alors dans la pièce. Il se pencha au dehors et appela successivement tous les chevaux par leur nom : « Diego ! Brusco ! Adelante ! Carvuccio ! Conde ! » Et chacun des chevaux qu’il appelait levait la tête et hennissait bruyamment. Mais la mélancolie n’abandonna pas pour autant le cœur de l’empereur.

La nuit sous le pont de pierre – Leo Perutz

Les huit montagnes – Paolo Cognetti

Lecture commune avec Edualc

Pietro se souvient de son enfance. De ses parents qui ont dû abandonner leur campagne italienne pour venir travailler à la ville…. exode rural des années 70…

Le père de Pietro a du mal à se faire à cette nouvelle vie, alors chaque été il part se ressourcer à Grana dans un petit village de montagnes. Il chausse ses brodequins et part 15 jours en randonnée, parfois fois seul, parfois avec son fils, jamais avec sa femme qui reste au village. 

Paolo nous conte donc cette relation père-fils, que j’ai trouvé juste même si parfois bancale. Le père parle peu et le fils peu également. Beaucoup d’incompréhension de part et d’autre. Le fils n’aime pas partir randonner (mal des montagnes) mais il se force pour faire plaisir à son père. En parallèle de la relation père-fils nous suivons également l’amitié naissante entre Pietro et Bruno, un villageois du même âge que lui …. Leurs différences culturelles ne les empêchent pas de devenir amis et presque frères même s’ils se voient juste deux mois par an.

Dans une deuxième partie Pietro après une absence d’un quinzaine d’années revient à Grana. Bruno est devenu maçon puis éleveur, Pietro est photographe-journaliste et fait régulièrement des long séjours dans l’Himalaya et ailleurs , quasiment toujours dans un coin montagneux

La relation se renoue…là aussi faite de beaucoup de silence et de non-dits…Adultes, qu’avons nous fait de nos rêves d’enfants ? Réagissons nous toujours par rapport à l’éducation reçue ? 

Ce livre m’a plu pour la finesse des relations entre les personnes avec cependant une certaine tristesse pour Bruno, enfant délaissé par ses parents et qui en porte une trace indélébile….

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Un extrait :

Le vallon de Grana à la mi-novembre était brûlée par la sécheresse et le gel. Il avait la couleur de l’ocre, du sable, de la terre cuite, comme si dans les prés un incendie était passé et avait déjà été éteint. Dans la forêt il faisait encore rage. Sur les flancs de la montagne les flammes d’or et de bronze des mélèzes illuminaient le vert tranchant des sapins, et lorsqu’on levait les yeux au ciel, elles réchauffaient l’âme. Dans le village en contrebas, par contre, c’était l’ombre qui règnait. Le soleil n’arrivait pas au fond de la vallée et la terre était dure sous les pieds, couverte çà et là d’une croûte de givre. Sur le petit pont de bois, quand je me baissai pour boire, je surpris l’automne en train de jeter un sort à mon torrent : la glace dessinait des pistes et des galeries, mettait sous verre les blocs humides, piégeait les touffes d’herbe sèche en les transformant en sculptures.(p267)

La curée – Emile Zola

À la rentrée des classes, Maxime alla au lycée Bonaparte. C’est le lycée du beau monde, celui que Saccard devait choisir pour son fils. L’enfant, si mou, si léger qu’il fût, avait alors une intelligence très vive ; mais il s’appliqua à tout autre chose qu’aux études classiques. Il fut cependant un élève correct, qui ne descendit jamais dans la bohème des cancres, et qui demeura parmi les petits messieurs convenables et bien mis dont on ne dit rien. Il ne lui resta de sa jeunesse qu’une véritable religion pour la toilette. Paris lui ouvrit les yeux, en fit un beau jeune homme, pincé dans ses vêtements, suivant les modes. Il était le Brummell de sa classe. Il s’y présentait comme dans un salon, chaussé finement, ganté juste, avec des cravates prodigieuses et des chapeaux ineffables. D’ailleurs, ils se trouvaient là une vingtaine, formant une aristocratie, s’offrant à la sortie des havanes dans des porte-cigares à fermoirs d’or, faisant porter leur paquet de livres par un domestique en livrée. Maxime avait déterminé son père à lui acheter un tilbury et un petit cheval noir qui faisaient l’admiration de ses camarades. Il conduisait lui-même, ayant sur le siège de derrière un valet de pied, les bras croisés, qui tenait sur ses genoux le cartable du collégien, un vrai portefeuille de ministre en chagrin marron. Et il fallait voir avec quelle légèreté, quelle science et quelle correction d’allures, il venait en dix minutes de la rue de Rivoli à la rue du Havre, arrêtait net son cheval devant la porte du lycée, jetait la bride au valet, en disant : « Jacques, à quatre heures et demie, n’est-ce pas ? » Les boutiquiers voisins étaient ravis de la bonne grâce de ce blondin qu’ils voyaient régulièrement deux fois par jour arriver et repartir dans sa voiture. Au retour, il reconduisait parfois un ami, qu’il mettait à sa porte. Les deux enfants fumaient, regardaient les femmes, éclaboussaient les passants, comme s’ils fussent revenus des courses. Petit monde étonnant, couvée de fats et d’imbéciles, qu’on peut voir chaque jour rue du Havre, correctement habillés, avec leurs vestons de gandins, jouer les hommes riches et blasés, tandis que la bohème du lycée, les vrais écoliers, arrivent, criant et se poussant, tapant le pavé avec leurs gros souliers, leurs livres pendus derrière le dos, au bout d’une courroie.

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La curée – Emile Zola

La curée (incipit) – Emile Zola

Au retour, dans l’encombrement des voitures qui rentraient par le bord du lac, la calèche dut marcher au pas. Un moment, l’embarras devint tel, qu’il lui fallut même s’arrêter.

Le soleil se couchait dans un ciel d’octobre, d’un gris clair, strié à l’horizon de minces nuages. Un dernier rayon, qui tombait des massifs lointains de la cascade, enfilait la chaussée, baignant d’une lumière rousse et pâlie la longue suite des voitures devenues immobiles. Les lueurs d’or, les éclairs vifs que jetaient les roues semblaient s’être fixés le long des rechampis jaune paille de la calèche, dont les panneaux gros bleu reflétaient des coins du paysage environnant. Et, plus haut, en plein dans la clarté rousse qui les éclairait par-derrière, et qui faisait luire les boutons de cuivre de leurs capotes à demi pliées, retombant du siège, le cocher et le valet de pied, avec leur livrée bleu sombre, leurs culottes mastic et leurs gilets rayés noir et jaune, se tenaient raides, graves et patients, comme des laquais de bonne maison qu’un embarras de voitures ne parvient pas à fâcher. Leurs chapeaux, ornés d’une cocarde noire, avaient une grande dignité. Seuls, les chevaux, un superbe attelage bai, soufflaient d’impatience.

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La curée  – Emile Zola

Top Ten Tuesday : 10 livres pour découvrir le monde 

Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français pour une 2e édition sur le blogue Frogzine.

Le TTT de la semaine est : « 10 livres pour découvrir le monde »

 

1- Le meurtre du Samedi Gloria de Raphaël Confiant : Un meurtre a bien été commis au bar « le Samedi Gloria » mais l’enquête n’est pas l’intérêt principal du livre : il permet aussi de partir en Martinique.

2 –  Le caillou de Sigolène Vinson pour partir en Corse 

3 – Suivons Marie Laberge à la découverte du Québec et de son franc parler avec Florent

4 – Pour rester au froid, Anne Radge nous raconte la Norvège et  la terre des mensonges 

5 – Traverser l’Italie en train avec « Eva dort » de Francesca Melandri 

6 – Un course autour du monde avec des clins d’œil à Jules Verne ? c’est par ici avec L’île du point Némo de Jean Marie de Roblès 

7 – Dépaysement en Amérique du Sud : Cent ans de solitude ? avec une multitude de personnages et Gabriel Garcia Marquez

8- Alice au pays des mongols d’Ulrike Kuckero : C’est ma fille qui a rapporté ce livre à la maison quand elle était en 4ème dans le cadre du prix des Incorruptibles. L’histoire d’Alice, trisomique 21 d’une quinzaine d’années,  qui gagne en voyage avec sa famille en Mongolie : Une belle leçon de courage, hymne à la différence ….

9 – La traversée des Etats Unis d’un jeune garçon : L’extravagant voyage du jeune et prodigieux Spivet. de Reif Larsen

10 – Les belles choses que portent le ciel  de Dinaw Mengestu : d’Ethiopie jusqu’aux Etats Unis quand le voyage est question de survie et synonyme d’exil 

 

 

4321 – Paul Auster

Pendant ce temps, l’eau avait été coupée dans les autres bâtiments et la police, avec l’aide de ses hommes en civil, entreprit de faire évacuer l’un après l’autre Avery, Low, Fayerweather et Math, où les occupants s’empressaient de renforcer les barricades qu’ils avaient édifiées derrière les portes, mais chaque bâtiment avait son propre bataillon de brassards blancs et de brassards verts qui montaient la garde à l’extérieur et c’est eux qui prirent le plus de coups, des coups de matraque , des coups de poing et des coups de pied tandis que les flics se frayaient un chemin parmi eux, armés de pieds-de-biche pour forcer les portes avant de démolir les barricades et d’arrêter les étudiants qui se trouvaient à l’intérieur. Non, ce n’était pas Newark, ne cessait de se répéter Ferguson en regardant la police intervenir, aucun coup de feu ne fut tiré et il n’y aurait pas de morts, mais si c’était moins violent que Newark ça n’en était pas moins grotesque, il y a eu par exemple Alexander Platt, le doyen adjoint de l’université, à qui un policier flanqua un coup de poing dans la poitrine, et le philosophe Sydney Morgenbesser, celui qui portait toujours des baskets blanches, des pulls effilochés et faisait des mots d’esprit ontologiques pleins d’entrain, qui reçut un coup de matraque sur la tête pendant qu’il montait la garde à la porte de derrière de Fayerweather Hall, et ce jeune reporter du New York Times, Robert McG. Thomas Jr , qui montra sa carte de presse en montant l’escalier d’Avery Hall, à qui on ordonna de quitter le bâtiment et qui fut frappé au visage par un policier qui se servit d’une paire de menottes en guise de coup-de-poing américain puis fut traîné et frappé d’une douzaine de coups de matraque tandis qu’il dégringolait jusqu’au bas de l’escalier, et il y eut Steve Shapiro, un photographe du magazine Life, frappé à l’œil par un flic pendant qu’un autre écrasait son appareil photo, et un médecin volontaire de l’équipe de premier secours, revêtu de sa blouse blanche de médecin, qui fut jeté à terre, frappé à coups de pied et traîné dans un panier à salade, et des douzaines d’étudiants, filles et garçons, furent attaqués par des policiers en civil qui se cachaient dans les buissons et frappés à la tête et au visage à coups de matraque, de bâton et de crosse de pistolet, et ils titubaient par douzaines alentour saignant du crâne, du front, des arcades sourcilières, et après que tous les occupants du bâtiment eurent été expulsés et emmenés ailleurs , une troupe des Forces spéciales commença à arpenter systématiquement le South Field pour nettoyer le campus des centaines d’étudiants qui restaient, chargeant des groupes d’étudiants sans défense et les projetant au sol, puis la police montée de Broadway se mit à poursuivre au galop les chanceux qui avaient réussi à échapper aux matraques pendant l’assaut du campus, et Ferguson était là à essayer de faire son travail de reporter pour son modeste canard étudiant et il reçut un coup de matraque derrière la tête asséné  par un de ces policiers en civil déguisé en étudiant,  cette tête qui avait été recousue en onze endroits quatre ans et demi auparavant, et tandis que Ferguson tombait à terre sous la violence du choc quelqu’un lui écrasa la main gauche avec le talon d’une botte ou d’une chaussure, cette main à laquelle manquaient le pouce et les deux tiers de l’index et quand le pied s’écrasa sur lui, Ferguson pensa qu’il avait la main cassée, ce qui ne fut pas le cas finalement mais la douleur fut si violente, sa main enfla si vite et dans de telles proportions qu’à compter de cette nuit-là il se mit à détester les flics.

Sept cent vingt arrestations. Près de cent cinquante blessés officiellement sans compter toutes les blessures non répertoriées dont celles que Ferguson avait subies à la tête à la main. L’éditorial du Spectator du jour ne comportait aucun mot, seul un encadré avec deux colonnes blanches bordées de noir.

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4321 – Paul Auster