Le caillou – Sigolene Vinson

Le Marin est mort noyé dans son champ, au milieu des barques qu’il avait retapées pendant des années sans jamais les remettre à l’eau. L’hiver avait été froid, la mer et les montagnes s’étaient recouvertes d’une brume blanche et bleue. Quand le redoux  est arrivé, les ruisseaux ont grossi, le Prunelli et la Gravona sont sortis de leur lit, la Méditerranée a fait des vagues. Le mobil-home de Monsieur Colombani était posé sur une étendue herbeuse qu’une plage de gros sable et un torrent à sec encadraient. Des vaches et des chevaux paissaient au milieu des coques d’embarcations qui embaumaient la résine et la peinture fraîche. La mer est entrée dans le champ, tandis que la rivière se réveillait pour venir à sa rencontre. Le Marin ne savait pas nager, quelques bêtes sont mortes avec lui. Après son enterrement, j’ai appris qu’il n’avait jamais navigué. Il réparait des bateaux parce qu’il aimait travailler la fibre de verre et que l’odeur des enduits ranimait ses sens. S’il avait été capitaine un jour, c’était seulement d’une jonque chinoise dans le port de Saigon et parce qu’il avait fumé de l’opium.

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Le caillou – Sigolene Vinson

Réparer les vivants – Maylis de Kerangal

 

Ce livre a fait beaucoup parler de lui alors je connaissais l’histoire : Simon un jeune homme est en coma dépassé après un accident de la route. En l’espace de quelques heures, les parents doivent « encaisser » la nouvelle et donner leur accord pour le don de ses organes ; les médecins doivent procéder à plusieurs transplantations. En perdant la vie, Simon rend la vie possible pour une personne en attente d’un cœur, une autre en attente de reins …

C’est l’histoire d’une course contre la montre et cette partie là est très bien retranscrite, on sent très bien dans l’écriture l’urgence de la situation.

Le début est enthousiasmant, on a l’impression d’être avec Simon et ses deux amis et de partager leur passion pour le surf. La suite est également convaincante, le désespoir des parents, la gêne des deux parents des amis survivants de l’accident, la sollicitude du personnel de l’hôpital, la réaction de la petite amie, l’innocence de la petite soeur qui n’est pas mise de suite au courant.

En fait ce livre est passionnant mais une chose m’a gênée : à une page, le père est contre le don d’organe pour son fils et la page suivante il donne son accord … trop rapide à mon avis …mais cela reste un tout petit bémol d’une très belle lecture…

En espérant ne jamais être confrontée à ce choix terrible…

 

un extrait ici

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Livre recommandé par Kathel (son avis ici) et Quichottine dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Nichoir

Je ne suis qu’une maison minuscule, bâtie par les hommes pour leurs petits amis. Maison aérienne pour amis aériens. Ils m’ont fait à l’image de leur maison à eux ces bipèdes facétieux : un toit, 4 murs, une porte entrouverte. Mes hôtes n’ont qu’à pousser la minuscule porte et je les garde à l’abri du vent, de la pluie. Les humains m’ont appelé « nichoir », cela me plait de les contempler d’en haut.
Cette année le printemps maladif a chassé tristement les giboulées de février.
La lune, large et pâle, qui semble se hâter vers son rendez vous avec le soleil entonne un petit chant guilleret : « Je veux aimer pour vivre et vivre pour aimer ».
Sur le chemin du bord du fleuve lentement, les petits enfants remontent l’allée avec leurs jumelles autour du cou, la mamie les a bien sermonnés : il ne faut pas effrayer rouge-gorges, mésanges et pinsons. Elle chantonne « Tu es venu me dire que l’Amour est devant, pourquoi, comment ? ». Et moi, pauvre bâtisse fragile dans l’arbre, je les observe se poser toutes ces questions : Qui donc a fait pleurer les saules riverains ? Est-ce le frêle moineau assis en souverain ? Ils y vont forts ces humains à accuser ainsi un moineau ! comment un oiseau pourrait-il faire pleurer un saule ? c’est comme si je vous disais qu’une hirondelle pouvait faire le printemps …ne t’en va pas moineau : Reviens sur mon balcon, recommence ton chant
L’arbre dans lequel ils m’ont installé ploie sous le poids de grappes mauves et odorantes
Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las, en rêve je tombe dans l’herbe gorgée de rosée : Voici dans le gazon les corolles ouvertes, je me prends à vouloir bouger, fragile roulotte sans destrier, mordant la terre chaude où poussent les lilas.
L’autre nichoir dans l’arbre voisin est resté perché, fier dans sa transparence ensoleillée :
Devant toi et moi, une assemblée de fées vertes s’est réunie, pépiant et racontant l’ivresse de l’air et de la pluie ; un arc en ciel est né ce matin, après l’orage qui m’a délogé. Plancher sur la terre, je m’enivre du chant des oiseaux, et des enfants, qui rayonnent tous sourires ; qui du printemps fêtent le réveil. Il ne faudra pas surtout que j’oublie, si un jour je remonte dans mon arbre entouré de tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil, non il ne faudra pas que j’oublie que dans mon nom « nichoir », il y a choir.

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Ma participation à l’agenda ironique de juin hébergé par Clémentine 

Mais si les objets, à leur tour, parlaient… de nous ? Imaginez la verve d’une lampe, d’une assiette ou d’une vieille godasse et son regard posé sur les humains que nous sommes.

L’ironie est, comme toujours, un ingrédient fortement conseillé !

Une petite contrainte pour la route? Vous devrez glisser à l’intérieur d’un texte en prose plusieurs alexandrins disséminés ça et là, mais qui, mis les uns à la suite des autres, formeront un poème en rimes plates, croisées ou embrassées.

Il y a dans ce texte en prose un sonnet caché : le trouverez vous ? (publication jeudi prochain parce que le jeudi c’est Poésie)

L’Agenda Ironique de Juin: Objets objectifs

Les narines des crayons

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Objets Objectifs

(ou Objectif Objets, cela marche aussi)

Voilà un sujet court comme certains les aiment et d’autres les abhorrent.

Alors, ayant une pensée compatissante pour ceux qui s’angoissent devant la multitude des possibles qui se confond parfois avec un grand vide tout blanc comme la page désespérée, je vous livre aussi le détail du sujet (si cela sonne un peu comme une introduction plus ou moins adroite de dissertation, vous m’excuserez, c’est la déformation professionnelle) :

Nous les fabriquons, nous les utilisons, nous les jetons. Ils sont là, partout, autour de nous. Leur immobilité silencieuse et constante habille les feux follets que sont nos vies. Parfois, nous parlons d’eux, nous les évaluons, nous les aimons… ou non. Ils sont pour F. Ponge des réservoirs poétiques inépuisables. Ponge parle, en toute subjectivité, des objets.

Mais si les objets, à leur tour, parlaient… de nous ? Imaginez la verve d’une lampe, d’une…

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Le caillou – Sigolene Vinson

J’ai comparé  le prix de la traversée en bateau à celui des avions. Le bateau est moins cher. Mais pour prendre le bateau, il faut d’abord aller en train jusqu’à Marseille et le train n’est pas donné. Du coup, j’ai opté pour Air France. Je rêve de recevoir des embruns en pleine figure et quand l’occasion se présente, j’ai le mal de mer. Mon incapacité à devenir matelot n’a rien à voir avec l’insuffisance de mes ressources financières. Le marin vit toujours pauvrement et embarque les mains vides. La vérité, c’est que j’ai une dent contre l’eau. C’est la matière qui nous a fait naître, c’est l’élément dont nous sommes sortis, or je n’ai jamais demandé à l’Homme de venir au monde. Je pars dans trois jours et je ne sais toujours pas quoi mettre dans mes bagages, en dehors de deux manuels de Monsieur Bernard. Durant l’un de nos après-midi, il m’a expliqué l’histoire des Chevaux de Marly, qui avant d’être les Chevaux de Marly étaient deux groupes sculptés de Coysevox, l’un représentant Mercure à cheval sur Pégase, l’autre la Renommée, elle aussi à cheval sur Pégase. Des sculptures réalisées d’un seul bloc, tendit que les Chevaux de Marly par Coustou, non. Ça avait l’air important pour Monsieur Bernard, il vouait une admiration sans borne à ceux qui, comme Michel-Ange, n’avaient  besoin que d’un fragment de marbre pour accomplir leurs œuvres. Avec des morceaux rapportés, il disait : « on crée des monstres ». Mais les monstres sont jolis quand ce sont des satyres qui troussent  des bacchantes. 

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Le caillou – Sigolene Vinson

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Le poil de la bête – Heinrich Steinfest

Satisfaite de son histoire, Madame Rubinstein conduisit Cheng dans la chambre à coucher, qui avait aussi été sa chambre. En lieu et place du futon bas de Cheng trônait à présent dans la pièce la surélévation trampolinienne d’un lit double encastré dans une armature de noyer polie comme un miroir. Cette couche élégante suggérait l’existence passée d’un M. Rubinstein, quel que fût l’endroit où il se trouvait désormais. Cheng  exclut l’éventualité qu’il pût encore vivre là. C’était clairement l’appartement d’une femme et d’un enfant, il y avait longtemps qu’un époux et père n’y avait pas établi son ordre ou son désordre. La moitié du lit double était le dernier indice de sa présence. Un indice sans véritable trace. Un vestige bien lissé.

Il va de soi que Cheng  s’abstint de s’enquérir  de ce M. Rubinstein. Au lieu de cela, il jeta un coup d’œil dans le petit cabinet qui se trouvait derrière la chambre à coucher et qui donnait sur le couloir. Dans le temps, Cheng y avait entreposé toutes sortes de choses pour libérer le reste de l’appartement de ce bric-à-brac. L’ancien débarras était devenu une parfaite chambre d’enfant. Douillette, gaie, colorée et bien équipée, mais pas de cette gaieté colorée qui vous donne le vertige au bout de cinq minutes.

Cheng vit  les habituels posters de chevaux et de chanteurs et se demanda pour quelle raison les filles de cet âge se nourrissaient en général d’une passion simultanée pour les chevaux et les chanteurs. Cela ne pouvait être un hasard. Quand deux choses se côtoient en ce monde, ce n’est jamais par hasard. 

Pendant un court instant, Cheng se tritura la cervelle : chevaux ? Chanteurs ? Crinières ? Corps trempés de sueur ? Regards éteints ? 

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Le poil  de la bête – Heinrich Steinfest 

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Pour Carnets, dédicace de ce passage « Cela ne pouvait être un hasard. Quand deux choses se côtoient en ce monde, ce n’est jamais par hasard. »

Cher Cat,

Cher Cat,

J’ai vu ton annonce dans « la gazette des guitaristes d’un autre samedi soir» et je me suis réjouis que tu sortes enfin de ce silence dans lequel tu t’es volontairement plongé. Ton message « Silence suspect, se voir qd, où ? Courage, lutte avt éclaircie. Trust in you babe. C.  », je dois dire l’avoir décortiqué :

Bon le silence pour toi c’est habituel, le courage je n’en manque pas même si je suis parfois lassé de devoir sauver le monde, la lutte je connais depuis le piège en haute mer où j’ai laissé quelques plumes.

C’est le « trust in you Babe » qui m’a rendu confiance (logique tu me diras avec Trust et bien tu te trompes, dans cette phrase le Babe a eu un effet bœuf sur moi et depuis je fredonne toute la journée « Oh, babe, babe, it’s a wild world, It’s hard to get by just upon a smile ». Je sais bien que cette chanson est vieille comme nous mais je ne m’en lasse pas : il faudra que je me décide un de ces jours à écrire à la lady d’Arbanville pour la féliciter de t’avoir lâché parce que c’est ta plus belle chanson.

Quelqu’un m’a dit que nous avons quand même (ou à peine) 4 ans de différence et je me souviens pourtant comme si c’était hier de notre enfance…  Souviens toi des jours de la vieille cour d’école, Pour ma part, je me souviens. Des jours anciens. Et je pleure …non je n’ai rien oublié…

Je sors d’une histoire difficile avec une Sad Lisa qui en aime un autre, et pour oublier que le matin est rompu, je me suis lancé dans le boulot : tournage après tournage, pour oublier :  piège à grande vitesse, piège à haut risque, piège au soleil Levant, piège en eaux profondes…

Depuis quelques temps je n’en peux plus de la célébrité, je souhaite changer : de religion comme toi mais je vise plutôt le bouddhisme en fredonnant Buddha and the Chocolate Box.

Je souhaite également changer de nom aussi et comme nous sommes des presque homonymes (ton ancien nom est quand même mon prénom actuel), je t’écris pour te demander ton avis : dois je changer de nom ? Un certain « Onepatte (un certain Chat : un autre de tes homonymes ? ) m’a donné l’idée ici de changer de nom et je dois dire que je suis tenté : à la place de Steven Seagal que dirais-tu si je m’appelais maintenant Stéphane Cigale : Quelqu’un m’a dit que c’était un peu too much ?

Je t’embrasse cher Cat et attends de tes nouvelles avec impatience. Ne sois pas timide …

Steven

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Une idée qui m’est venue trop tard pour l’agenda ironique de mai avec le thème défini par Alphonsine et Marianne Slavan des Heures Dilettantes : « Ecrire avec en fonds sonore de « Quelqu’un m’a dit » de Carla Bruni et insérer 5 titres de chansons.

Adaptation d’une ancienne consigne de Tu dînes ce soir : Le principe général est le suivant : répondre à l’annonce ci-dessous : « Silence suspect, se voir qd, où ? Courage, lutte avt éclaircie. Trust in you babe. C.  » en écoutant de la musique (ici 8 titres cachés de Cat Steven, des titres traduits et d’autres non)

En attendant Bojangles – Olivier Bourdeaut

Après l’écriture, on a dû apprendre à lire l’heure sur une horloge à aiguilles, alors là, ça été vraiment un grand malheur, parce que l’heure je la lisais déjà sur la montre de mon père avec des chiffres qui s’allumaient la nuit ; mais sur l’horloge à aiguilles qui ne s’allumait ni le jour,  ni la nuit, c’était impossible pour moi. Certainement un problème de lumière, m’étais-je dis. Ne pas réussir à lire l’heure c’était compliqué, mais ne pas réussir à lire l’heure devant tout le monde, c’était encore plus compliqué. Durant des semaines entières, il y eut des horloges sur tous les polycopiés didactiques, aux relents chimiques. Et pendant ce temps là, les wagons passaient, constatait l’institutrice.

– Si tu ne sais pas lire l’heure, tu vas carrément rater tout le train ! avait-elle dit pour faire rire les autres enfants sur mon dos. 

Elle avait encore convoqué ma mère pour lui parler de mes problèmes de transport en oubliant totalement de lui parler de la pointure de mes chaussures. Alors ma mère, qui avait aussi des problèmes d’horloge, s’était énervée et lui avait rétorqué :

– Mon fils sait déjà lire l’heure sur la montre de son père, c’est bien suffisant ! A-t-on déjà vu des agriculteurs apprendre à labourer avec un cheval de trait après l’invention du tracteur, ça se saurait !

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 En attendant Bojangles – Olivier Bourdeaut

Hérétiques – Leonardo Padura

 

Un pavé de 600 pages (écrit très petit)

En fait presque trois romans en un.

Première partie :  Leonardo Padura nous emmène à la Havane en 1939 lors du terrible épisode du Saint Louis. Ce bateau emmène d’Europe 900 juifs loin du régime nazi,  le  gouvernement cubain avait délivré 900 visas mais refuse finalement de laisser accoster le bateau, Les Etats Unis de Rossevelt refusent aussi d’accueillir ces personnes qui retourneront alors en Europe, vers l’Holocauste. Cet épisode est vu au travers des yeux d’un enfant, Daniel 10 ans, qui habite depuis peu à la Havane chez son oncle. Son père, sa mère et sa petite sœur Judith sont sur le Saint Louis et repartiront vers la Hollande, puis Auswitch.

20 and plus tard, on suit le jeune Daniel quelques temps avant la prise de pouvoir de Fidel Castro… En 2007, Elias, le fils de Daniel,  charge l’ancien policier Mario Conde de faire la lumière sur une double enquête : la mystérieuse disparition d’un tableau de Rembrandt amené par les grands parents sur le Saint Louis (tableau réapparaissant à Londres 70 ans après) et les raisons du départ précipité de Daniel de l’île en 1958…. Une enquête passionnante tant sur le plan historique que pour la présence des personnages…

 

La deuxième partie raconte dans la Hollande de XVII siècle la réalisation de ce fameux tableau de Rembrand : érudit mais aussi un peu long …

 

Dans la troisième partie, on retrouve la petite nièce d’Elias Kaminski qui s’inquiète de la disparition de son amie et amante. A nouveau Leonardo Padura nous dresse un portrait passionnant de Judith  la jeune emo disparue et une critique du régime de Cuba, régime qui laisse une jeunesse désespérée, n’ayant que peu d’avenir :  l’exil ou la pauvreté..

Un extrait :

Le docteur Isaías Kaminsky prendrait finalement la décision de soumettre le tableau à une expertise rigoureuse. Homme plus curieux et spirituel que son géniteur, il décida de mettre aux doutes et emporta la toile à Berlin lors de son voyage en Allemagne pour épouser la belle Esther Kellerstein en 1928. Il prit alors rendez-vous avec deux spécialistes de la ville, grands connaisseurs de la peinture hollandaise de la période classique, et leur présenta le portrait du jeune juif semblable au Jésus de l’iconographie chrétienne et… tous deux certifièrent que, même si cela ressemblait plus à une étude qu’à une œuvre terminée, il s’agissait sans doute d’une peinture appartenant à la série  des tronies (nom donné par les hollandais aux représentations de bustes) peints dans les années 1640 dans l’atelier de Rembrandt, donnant une image très humaine du Christ. Mais ils ajoutèrent  que cette toile tout particulièrement, presque de façon certaine, avait  été peinte… Par Rembrandt !

Quand il fut fixé sur l’origine et la valeur du tableau, Isaías Kaminski le fit nettoyer et restaurer, et il écrivit aussitôt une longue lettre à son frère Joseph, déjà établi à la Havane et  en passe de devenir Pepe Cartera, pour lui raconter les détails de la fabuleuse confirmation. Grâce à l’avis des spécialistes, Isaías  pensait alors qu’il devait y avoir une grande partie de vérité dans ce qu’avait dit, supposément, ce mythique juif séfarade hollandais, supposément peintre, quand il avait supposément remis la toile au rabbin –pourquoi ? pourquoi la donner à quelqu’un alors que déjà cette époque elle devait être de grande valeur ? – qui , après avoir échappé tant de fois aux épées et aux chevaux des Cosaques, fut rattrapé par la peste noire qui dévastait la ville de Cracovie et alla agoniser dans les bras du Docteur Moshé Kaminsky.

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En conclusion : Un roman passionnant (j’avoue avoir cependant passé quelques pages de la deuxième partie sur la vie de Rembrandt et de son jeune disciple…)

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Ma participation au mois Espagnol et Littérature hispanophone chez Sharon et au challenge « Lire sous la contrainte » organisé par Philippe avec comme contrainte ‘pas de déterminant »

 

Monsieur Malaussène – Daniel Pennac

Donc, la tribu a déménagé au Zèbre. Julie et moi avons conservé notre chambre, et maman est restée en bas, toute seule dans l’ex- quincaillerie. On se relayait auprès d’elle, pour essayer de la faire manger. Vaines séances de consolation muette que Jérémy appelait nos « tours de chagrin ». Maman nous préférait sa solitude. Maman bénissait ce zèbre qui la rendait à ses amours défuntes.

– Je t’assure Benjamin, c’est très bien comme ça. Et puis, regarde, ça amuse tellement les enfants, le théâtre !

Le fait est que Jérémy avait donné à cette migration un lustre époustouflant, façon grande compagnie en partance pour le monde, Molière et son harem, la smala Ben Fracasse… J’ai vu le moment où ils allaient atteler des charrettes boiteuses à des chevaux trop maigres et prendre le large sous des capes élimées et des chapeaux à plume. J’entendais déjà les cahots de l’attelage sur les pavés de l’aube. Clara rigolait en douce, mais elle n’a pas raté cette occasion très officielle de se rapprocher de Clément.

Monsieur Malaussène – Daniel Pennac