L’outil et les papillons – Dmitri Lipskerov

Par inertie, Véra continuait à parler de la tendresse dont son mari faisait preuve sur le plan sexuel, jusqu’à ce que son corps, couvert par celui du jeune homme, fonde comme neige au soleil. Elle sentait contre ses seins les minuscules tétons d’Eugène, qu’on aurait dit sculptés dans du marbre. Ses aisselles devinrent moites et répandirent en même tant que les papillons qui s’envolaient de son ventre, des effluves de fenaison estivale, qui donnaient la fièvre tant était grande leur concentration en phéromones. En Vera, Eugene remplaça les machaons d’amour par sa propre personne, ce qui lui coupa le souffle pendant une minute entière. Quand elle reprit sa respiration, son corps fut parcouru pour la première fois d’une espèce de décharge électrique, et ses jambes secouées de tout petits tremblements. Eugène observait ses yeux écarquillés sans manifester grand-chose. Il connaissait son affaire, possédait Vera avec brio, décapant ses entrailles de toutes les traces qu’avaient pu y laisser ses autres hommes, l’emplissant de lui-même. En délire, elle couinait à la manière d’une souris qui viendrait de découvrir une meule de fromage intacte, puis suffoquait de nouveau avec l’impression qu’elle allait mourir d’un trop-plein de tout. A un moment, elle crut voir son mari derrière la porte, reluquant avec concupiscence son accouplement criminel.
– Viens ! l’appela-t-elle. Mais viens donc.

– Il n’y a personne, chuchota Eugène en lui mordant rudement un sein, le plus petit des deux, celui qu’Iratov aimait tant.

Vera poussa un cri et cessa de se laisser distraire par les mirages qu’engendrait le tourbillon de ses sentiments et cette révolution sexuelle. Elle se soumit entièrement à Eugène, se plia à ses lubies en lui offrant la chair ferme de ses fesses, puis telle une donzelle inexpérimentée, le remercia en pinçant ses lèvres joliment dessinées pour ne pas érafler de ses dents blanches le génie du jeune homme.
Elle avait cessé de penser à son mari, même quand ils prirent une pause et s’assirent dans la cuisine pour manger ce qui se trouvait dans le frigo. Elle était certaine que c’était Arseni Andréiévitch lui même qui se tenait devant elle, après avoir baigné dans un lait de jouvence brûlant, sur lequel aurait soufflé le Petit Cheval Bossu. (1)
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L’outil et les papillons – Dmitri Lipskerov
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(1) allusion au conte Le petit cheval bossu de Piotr Erchov (NdT)
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L’outil et les papillons – Dmitri Lipskerov

Mais il s’y prit si maladroitement que le bout incandescent du mégot non éteint atterrit sur la croupe du cheval. Sous cette brûlure inattendue, la vieille jument qui voulut se cabrer tira désespérément, sans parvenir pour autant à décoller de plus de quelques centimètres au-dessus du sol, puis elle s’écroula de tout son poids sur le chemin, retournant du même coup le traîneau et ses passagers. Alissa et le rouquin furent éjectés dans des directions opposées.
Pendant qu’Alissa s’extirpait d’une congère, le cocher furibard se rua sur le cheval gisant et roua de coups de pieds sa panse dilatée par des intestins malades. L’animal ne put qu’expulser de la vapeur et loucher sous les rares cils blancs qui lui restaient.
– Espèce de chienne ! jura Chourik, en lui envoyant de nouveau sa botte de feutre dans le ventre.
– Ce n’est pas une chienne ! s’insurgea Alissa. (La jeune fille, qui avait réussi à sortir de la neige, frottait son flanc contusionné .) Ce n’est pas une chienne, répéta-t-elle. C’est une jument.
Puis Alissa se souvint tout d’un coup d’un poème de Maïakovski qu’elle avait appris au début de l’année scolaire. Il y était question d’un cheval qui était tombé, sous les yeux des passants que le spectacle mettait unanimement en joie, tandis que les larmes coulaient des yeux du cheval. Sans qu’elle comprenne trop pourquoi, le sort de la jument du poème serrait le cœur d’Alissa : en apprenant ces vers, elle avait même versé quelques larmes en cachette. La bourrique affalée sur le chemin ne suscitait en revanche pas la moindre compassion, rien que de l’irritation. Du haut de ses treize ans, Alissa avait déjà remarqué que la vieillesse est source d’agacement, certainement pas de commisération. Sa grand-mère, par exemple, l’énervait au quotidien. Maïakovksi devait avoir écrit son poème à propos d’un jeune cheval.
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L’outil et les papillons – Dmitri Lipskerov

Norma – Sofi Oksanen

Voici un livre étrange.
Tout commence à l’enterrement d’Anita. Norma,, sa fille nous apprend qu’Anita s’est suicidée en se jetant sous une rame de métro à Helsinki.
Norma a 30 ans et vit (vivait) dans le même immeuble que sa mère.
Un homme arrive, menaçant , il a pour nom Lambert et se présente comme un ami d’Anita … il cherche à soutirer de informations que Norma n’a pas ….
L’histoire est confuse mais pas inintéressante : on a le ressenti de Norma puis celui de Marion, la fille de Lambert.

Les deux femmes ont peur ..pas pour les mêmes raisons mais elle ont peur. De qui ? De Lambert en premier : c’est le chef du clan. Mafia locale finlandaise mais pas seulement. Sans dévoiler le trafic en question, il a pour base la Finlande mais se retrouve également en Ukraine, Roumanie, Thaïlande, Nigéria , Vietnam, Haïti, Venezuela aussi … des pays pauvres où la lutte pour la survie est quotidienne….
De l’auteure, j’ai lu Purge qui m’a laissé un fort souvenir …celui ci est plus confus (empreint de la schizophrénie de plusieurs personnages, hallucinations, fantômes…)… Leur façon de raconter l’histoire n’est pas réaliste…
Un livre qui part parfois dans toutes les directions et un peu déroutant …mais également résolument féministe … les femmes restent victimes des trafics des hommes alors quand deux d’entre elles essaient de s’en sortir, je me suis vue souhaitant qu’elles réussissent..peu importe la méthode employée …

Tour à tour, les personnages apparaissent comme sympathiques, un peu fêlés, torturés puis on a envie de les frapper devant tant de cruauté, puis on les comprend …on les déteste aussi … donc finalement malgré la confusion (voulue par l’auteure à mon avis) et certaines situations improbables, j’y ai cru ..

Un extrait

De nos jours, les femmes ont les mêmes droits, les mêmes chances, et pourtant nous ne recueillons pas les fruits de la victoire. Nous offrons juste des matériaux aux industries de la beauté, nous offrons notre travail, de siècle en siècle nous offrons notre visage, nos cheveux, notre utérus, nos seins, et les hommes continuent d’empocher les bénéfices.

 

Challenge « lire sous la contrainte chez Philippe » où la contrainte est « sans nom commun »

Que lire un 4 juin ?

Un peu avant la date fixée pour son départ, Isabel reçut de Mrs Touchett un télégramme ainsi conçu : QUITTE FLORENCE 4 JUIN POUR BELLAGIO ET VOUS EMMENE SI VOUS N’AVEZ PAS AUTRES PROJETS. MAIS NE PEUX ATTENDRE SI FLÂNEZ ROME.
La flânerie à Rome était délicieuse, mais Isabel avait d’autres projets et informa sa tante qu’elle partait immédiatement pour la retrouver. Elle en avertit Osmond et il répondit que, comme il passait l’essentiel de ses étés et de ses hivers en Italie, il musarderait encore un moment à l’ombre fraîche de Saint-Pierre. Il ne rentrerait pas avant dix jours à Florence et elle serait alors déjà partie pour Bellagio. Des mois peut-être s’écouleraient avant qu’il la revît.

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Portrait de femme – Henry James 

 

Que lire un 3 juin ?

(Incipit)
Chaude, pensaient les Parisiens. L’air du printemps. C’était la nuit en guerre, l’alerte. Mais la nuit s’efface, la guerre est loin. Ceux qui ne dormaient pas, les malades au fond de leur lit, les mères dont les fils étaient au front, les femmes amoureuses aux yeux fanés par les larmes entendaient le premier souffle de la sirène. Ce n’était encore qu’une aspiration profonde semblable au soupir qui sort d’une poitrine oppressée. Quelques instants s’écouleraient avant que le ciel tout entier s’emplit de clameurs. Elles arrivaient de loin, du fond de l’horizon, sans hâte, aurait-on dit ! Les dormeurs rêvaient de la mer qui pousse devant elle ses vagues et ses galets, de la tempête qui secoue la forêt en mars, d’un troupeau de bœufs qui court lourdement en ébranlant le sol de ses sabots, jusqu’à ce qu’enfin le sommeil cédât et que l’homme murmurât, en ouvrant à peine les yeux.
– C’est l’alerte ?
Déjà, plus nerveuses, plus vives, les femmes étaient debout. Certaines, après avoir fermé les fenêtres et les volets se recouchaient. La veille, le lundi 3 juin, pour la première fois depuis le commencement de cette guerre, des bombes étaient tombées à Paris ; mais le peuple demeurait calme. Cependant les nouvelles étaient mauvaises. On n’y croyait pas. On n’eût pas cru davantage à l’annonce d’une victoire. « On n’y comprend rien », disaient les gens. À la lumière d’une lampe de poche on habillait les enfants. Les mères soulevaient à pleins bras les petits corps lourds et tièdes : « Viens, n’ai pas peur, ne pleure pas. » C’est l’alerte.

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Suite française – Irène Némirovsky

Petites infamies – Carmen Posadas

Voilà un roman qui m’a enchantée. La plongée dans l’ambiance est immédiate puisque l’on assiste à l’enfermement de Nestor Chaffino, cuisinier-traiteur, dans une chambre froide, on ressent fortement toutes ses émotions et sentiments de claustrophobie, de peur, d’angoisse d’être enfermé dans une chambre froide au moins 30 degrés.
De plus, la scène racontée par le protagoniste principal a un ton très « culinaire » et m’a mis l’eau à la bouche (Vous prendrez bien un boudin au brocoli de bon matin ou des truffes en chocolat ? ).
Après ce premier chapitre qui nous met dans le bain(marie), l’auteur procède à plusieurs flash-back et présente tous les personnages que l’on a vu dans le premier épisode : d’abord le cuisinier mais aussi son adjoint, Carlos ; Karel le serveur tchèque, culturiste à ses heures qui m’a bien fait rire, puis Chloe, serveuse également, la seule fille de l’entreprise de Nestor. Chloe est un personnage qui m’a beaucoup plu et dans lequel je me suis reconnue (normal, c’était la seule fille me direz vous, mais pas que : ce personnage a une sensibilité que j’ai trouvé très réussie : peut être l’auteure y a t-elle mis plus d’elle-même que pour les autres personnages ?).

Les quatre  personnes travaillent donc ensemble pour le couple Teldi à qui appartient la maison sur la Costa del Sol. Une grande réception avec une trentaine d’invités…
Le cuisinier est à la fois sympathique (quand il écrit à son ami Antonio resté en Argentine, quand il conseille Carlos sur ses problèmes « existentiels ») et très antipathique (dans ce que les protagonistes racontent de lui). Très ambigü, il a vécu en Espagne là où se trouve l’action principale mais aussi en Argentine pendant la dictature (comme les Teldi).
On se retrouve donc dans une maison où le cuisinier, détesté de quand même pas mal de monde, meurt. Accident ? meurtre ? ça va être tout  le propos de ce livre de remonter le temps pour voir quels sont les mobiles de chacun et qui a éventuellement tué le cuisinier.

L’auteure joue avec les codes : un peu de suspense saupoudré ici, un peu d’ésotérisme par là, une pincée de coïncidences pour le moins étranges,  elle laisse le lecteur croire qu’il a deviné ce qui s’est passé… donne plein de fausses pistes…bref, elle s’amuse et nous aussi …

La fin m’a beaucoup plu, je ne m’y attendais pas du tout et pourtant en reprenant mes notes notamment page 39 tout était déjà écrit ! bravo l’auteure !

Un extrait (p 57):

Il est incontestable que les fourneaux sont de bons alliés pour les confidences. Que devant un chaudron de sirop bouillant dans lequel flottent par exemple, des fleurs d’oranger ou peut-être aussi, des morceaux de potiron et autres délices, on finit par révéler à un ami ou à un maître ses secrets les plus intimes, comme le ferait un jeune barde en présence d’un druide.

Certes, Carlos Garcia – mauvais étudiant en première année de droit et, pour le moment, serveur payé à l’heure –n’était pas un jeune barbe, pas plus que la maison « Le Mûrier & le Gui » n’était la verte terre des celtes mais une petite entreprise distinguée de traiteur, propriété de Nestor Chaffino. « Repas privés ou d’affaires à domicile » affirmait sa carte publicitaire. « Organisation de réceptions, cocktails, et autres manifestations mondaines. Venez nous voir et comparer. » En revanche, c’est vrai, Nestor pouvait avoir parfois quelque chose d’un druide : pas précisément pour son aspect physique, car un cuisinier italo-argentin à la moustache blonde et effilée n’a guère de points  communs avec Panoramix ; mais il avait une manière quasi thaumaturgique de tourner la cuillère dans les chaudrons qui invitait aux confidences.

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Deuxième auteur de langue espagnole que je lis ce mois-ci (normal c’est le mois espagnol chez Sharon)

Deux auteurs qui m’ont enchantée et qui on est toutes les deux eu le prix Planeta :  Carmen Posadas et Lucia Etxebarria avec « un miracle en équilibre ».

Aux Cinq Rues, Lima – Mario Vargas Llosa

Grosse déception ce livre.

J’avais adoré de cet auteur « Tante Julia et le scribouillard » que j’avais trouvé très fin dans l’analyse des sentiments et des situations.
Ici dans « Aux Cinq rues, Lima » j’ai trouvé tout très caricatural : les personnages (deux couples aisés), l’inévitable adultère qui arrive à la page 10 (le seul point positif de ce roman est cette histoire d’amour qui est quand même surprenante)
Il y est également décrit en toile de fonds la corruption des dirigeants péruviens, la terreur inspirée par l’organisation Sentier Lumineux, le pouvoir de destruction des médias. En écrivant cela, je me dis qu’il y avait tout pour un bon roman, et bien non, trop caricatural avec un style « facile » et peu recherché (mais c’était peut être fait exprès et je n’ai pas saisi le second degré).

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Un extrait

À peine l’avait-il vu entrer dans son bureau que l’ingénieur Enrique Cárdenas – Quique pour les intimes – avait ressenti un étrange malaise. Qu’est-ce qui l’incommodait chez ce journaliste qui s’avançait en lui tendant la main ? Sa dégaine de Tarzan roulant des mécaniques comme le roi de la jungle ? Ce petit sourire de rat qui fripait son front sous ses cheveux gominés et plaqués sur son crâne comme un casque de métal ? L’étroit pantalon en velours côtelé mauve qui moulait comme un gant son petit corps étriqué ? Ou ces souliers jaunes à semelle compensée pour le grandir ? Tout dans sa petite personne lui parut ridiculement laid.

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Le mois Espagnol est chez Sharon

Seul dans Berlin – Hans Fellada

1940 – 1943 à Berlin.
Le lecteur est invité à suivre le quotidien d’un immeuble de la rue Jablonski à Berlin.
Côté personnages, il y a d’abord le couple Quangel, Anna et Otto, dont le fils vient de mourir au front. Parmi leurs voisins, il y a les affreux Persicke, le père est un nazi saoul en permanence et mène à la baquette sa femme et  ses trois fils adolescents enrôlés aux Jeunesses Hitlériennes. Mme Rosenthal est recluse dans son appartement, son mari est dans un camp de concentration non pas parce qu’il est juif mais pour «dissimulation d’avoirs à l’étranger ».
L’ ancien procureur Fromm (à la retraite)  essaie d’aider Mme Rosenthal.

Autour de l’immeuble gravite une foule de personnages : parmi eux les exécrables Enno Kluge et Emil Borkhausen, le concierge, qui essaient de voler Mme Rosenthal : tant de bêtise pourrait même paraître drôle si ce n’était pas si sordide..

J’ai beaucoup apprécié ce roman sur le plan historique mais aussi sur la construction fort habile. Pourtant, au début, j’ai eu peur de lâcher ce livre tant  le trait est caricatural : les « méchants » sont bêtes, ivrognes, les « gentils » sont un peu pâles.

Et puis les cinquante premières pages passées, l’intrigue devient très captivante et a su me convaincre : sans en dire trop, il s’agit d’une enquête (où l’auteur alterne les points de vues entre la Gestapo et les autres intervenants)
Les énergumènes Enno Kluge et le concierge de l’immeuble sont toujours des ivrognes mais ont pris de la consistance et s’ils restent « bêtes » sont très nuancés.
Et puis surtout j’ai apprécié la ténacité et la volonté du couple dans leurs « actes de résistance » (et leur naïveté).

En conclusion : un livre passionnant : il ne faut pas se laisser décourager par les 50 premières pages …

Ce livre a été publié en 1947.

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Un extrait :

Cependant, nous ne voulons pas fermer ce livre sur des images funèbres : c’est à la vie qu’il est dédié, à la vie qui sans cesse triomphe de la honte et des larmes, de la misère et de la mort.
Nous sommes au début de l’été 1946. Un garçon, presque un jeune homme déjà, traverse la cour d’une ferme du Brandebourg. Une femme assez âgée le croise :
– Alors, Kuno, demande-t-elle, quoi de neuf aujourd’hui ?
– Je vais à la ville. Il faut que j’aille chercher la nouvelle charrue.
– Bon. Je vais te faire une liste de choses qu’il faut rapporter. Si tu les trouves…
– S’il y en a quelque part, je les trouverais, maman, tu le sais bien.
Ils se regardent en riant, puis elle rentre dans la petite maison où se trouve son mari, le vieil instituteur, qui a depuis longtemps atteint l’âge de la retraite et qui continue pourtant à faire la classe, comme le plus jeune de ses collègues.
Le garçon sort de l’écurie le cheval Toni, dont ils sont tous si fiers. Une demi-heure plus tard, Kuno-Dieter Borkhausen est sur le chemin de la ville. Mais il ne s’appelle plus Borkhausen ; il a été adopté régulièrement par le couple Kienschäper, le jour où il est apparu que ni Karlemann, ni Max Kluge ne reviendraient de la guerre. On a profité de l’occasion pour supprimer le « Dieter » : Kuno Kienschaper est un nom qui suffit parfaitement.
Kuno siffle entre ses dents, tandis que son cheval prend son temps, dans le soleil ; ils ont toute la matinée devant eux. Kuno examine les champs, jugeant en expert de l’état des semailles. Il a beaucoup appris à la campagne et – Dieu merci – il a presque autant oublié.
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Challenge Chez Madame Lit où le thème du mois est « ville européenne »

La peste – Albert Camus

194x à Oran : Rieux le médecin se rend compte le premier que le début d’épidémie qui frappe Oran est la peste.  Tout d’abord les autorités nient le problème, puis rapidement bouclent la ville…
Deux dates seulement dans ce livre : 15 avril début de la peste et 25 janvier fin de celle ci . Entre ces deux dates, Camus va nous faire suivre le quotidien d’une dizaine de personnes dans Oran en huis clos.
Que dire de plus de de ce livre sur lequel tout a été dit ? Paru en 1947, ce livre ne peut faire que penser à la seconde guerre mondiale : en condensant dans une ville le fléau de la peste (nazisme) et la réaction de ceux qui y sont confrontés : révolte, résignation, lâcheté, combat ….
Les personnages sont à la fois des archétypes mais aussi très bien campés et vivants :
Rieux le médecin restera pour moi le plus mystérieux : Il s’occupe des malades et on en sait finalement peu sur ses sentiments.
Cottard, le rentier, a des « choses » à se reprocher , il est content que la peste le bloque à Oran et que les gendarmes ne le recherchent plus. L’idée de se retrouver en prison le terrorise.
Grand, un employé municipal, essaie d’écrire la première phrase de son roman (alors elle est superbe, somptueuse ou magnifique la jument de cette phrase ?)
Rambert le journaliste essaie de sortir d’Oran par des moyens légaux et finit par essayer de partir clandestinement.
Enfin le père Paneloux représente la vision de l’église et pour lui la peste est un fléau divin ….
ET bien sûr la peste qui moissonne chaque jours son quota de victimes (innocentes ou pas , sans distinction)
En conclusion : un livre passionnant (seul petit bémol : où sont les femmes ?)
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Ci dessous les trois passages de la « somptueuse »
P99 (dialogue entre Grand et Rieux)
– Asseyez-vous, dit-il, et lisez-la-moi.
L’autre le regarda et sourit avec une sorte de gratitude.
– Oui, dit-il je crois que j’en ai envie.
Il attendit un peu, regardant toujours la feuille, puis s’assit. Rieux écoutait en même temps une sorte de bourdonnement confus qui, dans la ville, semblait répondre aux sifflements du fléau. Il avait, à ce moment précis, une perception extraordinairement aiguë de cette ville qui s’étendait à ses pieds, du monde clos qu’elle formait et des terribles hurlements qu’elle étouffait dans la nuit. La voix de Grand s’éleva sourdement : « Par une belle matinée du mois de mai, une élégante amazone parcourait sur une superbe jument alezane, les allées fleuries du Bois de Boulogne. » Le silence revint et avec lui l’indistincte rumeur de la ville en souffrance. Grand avait posé la feuille et continuait à la contempler. Au bout d’un moment, il releva les yeux :
– Qu’en pensez-vous ?
Rieux répondit que ce début le rendait curieux de connaître la suite. Mais l’autre dit avec animation que ce point de vue n’était pas le bon. Il frappa ses papiers du plat de la main.
– Ce n’est là qu’une approximation. Quand je serai arrivé à rendre parfaitement le tableau que j’ai dans l’imagination, quand ma phrase aura l’allure même de cette promenade au trot, un-deux-trois, un-d’eux-trois, alors le reste sera plus facile et surtout l’illusion sera telle, dès le début, qu’il sera possible de dire : « Chapeau bas ! »
Mais, pour cela, il avait encore du pain sur la planche. Il ne consentirait jamais à livrer cette phrase telle quelle à un imprimeur. Car, malgré le contentement qu’elle lui donnait parfois, il se rendait compte qu’elle ne collait pas tout à fait encore à la réalité et que, dans une certaine mesure, elle gardait une facilité de ton qui l’ apparentait de loin, mais qui l’ apparentait tout de même, à un cliché. C’était, du moins, le sens de ce qu’il disait quand on entendit les hommes courir sous les fenêtres. Rieux se leva.
– Vous verrez ce que j’en ferai, disait Grand, et, tourné vers la fenêtre, il ajouta : « Quand tout cela sera fini. »
Mais les bruits de pas précipités reprenaient. Rieux descendait déjà et deux hommes passèrent devant lui quand il fut dans la rue. Apparemment, ils allaient vers les portes de la ville. Certains de nos concitoyens en effet, perdant la tête entre la chaleur et la peste, s’étaient déjà allé laissés aller à la violence et avaient essayé de tromper la vigilance des barrages pour fuir hors de la ville.
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P 126-127
De ce point de vue, et plus que Rieux ou Tarrou, le narrateur estime que Grand était le représentant réel de cette vertu tranquille qui animait les formations sanitaires. Il avait dit oui sans hésitation, avec la bonne volonté qui était la sienne. Il avait seulement demandé à se rendre utiles dans de petits travaux. Il était trop vieux pour le reste. De dix-huit heures à vingt heures, il pouvait donner son temps. Et comme Rieux le remerciait avec chaleur, il s’en étonnait : « Ce n’est pas le plus difficile. Il y a la peste, il faut se défendre, c’est clair. Ah ! si tout était aussi simple !» Et il revenait à sa phrase. Quelquefois, le soir, quand le travail des fiches était terminé, Rieux parlait avec Grand. Ils avaient fini par mêler Tarrou à leur conversation et Grand se confiait avec un plaisir de plus en plus évident à ses deux compagnons. Ces derniers suivaient avec intérêt le travail patient que Grand continuait au milieu de la peste. Eux aussi, finalement, y trouvaient une sorte de détente.
« Comment va l’amazone ? » demandait souvent Tarrou. Et Grand répondait invariablement : « Elle trotte, elle trotte », avec un sourire difficile. Un soir, Grand dit qu’il avait définitivement abandonné l’adjectif « élégante » pour son amazone et qu’il la qualifiait désormais de «svelte». « C’est plus concret», avait-il ajouté. Une autre fois, il lut à ses deux auditeurs la première phrase ainsi modifiée: « Par une belle matinée de mai, une svelte amazone, montée sur une superbe jument alezane, parcourait les allées fleuries du bois de Boulogne. »
– N’est-ce pas, dit Grand, on la voit mieux et j’ai préféré : « Par une matinée de mai» parce que « mois de mai » allongeait un peu le trot.
Il se montra ensuite fort préoccupé par l’adjectif « superbe ». Cela ne parlait pas, selon lui, et il cherchait le terme qui photographierait d’un seul coup la fastueuse jument qu’il imaginait. «Grasse» n’allait pas, c’était concret, mais un peu péjoratif. « Reluisante » l’avait tenté un moment, mais le rythme ne s’y prêtait pas. Un soir, il annonça triomphalement qu’il avait trouvé : « Une noire jument alezane. » Le noir indiquait discrètement l’élégance, toujours selon lui.
– Ce n’est pas possible, dit Rieux.
– Et pourquoi ?
– Alezane n’indique pas la race, mais la couleur.
– Quelle couleur ?
– Eh bien une couleur qui n’est pas le noir en tout cas !
Grand parut très affecté.
– Merci, dit-il, vous êtes là, heureusement. Mais vous voyez comme c’est difficile.
– Que penseriez-vous de « somptueuse» ? dit Tarrou.
Grand le regarda. Il réfléchissait :
– Oui, dit-il, oui !
Et un sourire lui venait peu à peu.
À quelques temps de là, il avoua que le mot « fleuries » l’embarrassait. Comme il n’avait jamais connu qu’Oran et Montélimar, il demandait quelquefois à ses amis des indications sur la façon dont les allées du bois étaient fleuries. À proprement parler, elles n’avaient jamais donné l’impression de l’être à Rieux ou à Tarrou, mais la conviction de l’employé les ébranlait. Il s’étonnait de leur incertitude. « Il n’y a que les artistes qui sachent regarder. » Mais le docteur le trouva une fois dans une grande excitation. Il avait remplacé « fleuries » par « pleines de fleurs ». Il se frottait les mains. « Enfin on les voit, on les sent. Chapeau bas, messieurs! » Il lut triomphalement la phrase : « Par une belle matinée de mai, une svelte amazone montée sur une somptueuse jument alezane parcourait les allées pleines de fleurs du Bois de Boulogne. » Mais, lus à haute voix, les trois génitifs qui terminaient la phrase résonnèrent fâcheusement et Grand bégaya un peu. Il s’assit, l’air accablé.
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P237
Dans son lit maintenant, Grand étouffait : les poumons été pris. Rieux réfléchissait. L’employé n’avait pas de famille. À quoi bon le transporter ? Il serait seul, avec Tarrou, à le soigner…
Grand était enfoncé au creux de son oreiller, la peau verdie et l’œil éteint. Il regardait fixement un maigre feu que Tarrou allumait dans la cheminée avec les débris d’une caisse. « Ça va mal », disait-il. Et du fond de ses poumons en flammes sortait un bizarre crépitement qui accompagnait tout ce qu’il disait. Rieux lui recommanda de se taire et dit qu’il allait revenir. Un bizarre sourire vint au malade et, avec lui, une sorte de tendresse lui monta au visage. Il cligna de l’œil avec effort. « Si j’en sors, chapeau bas, docteur ! » Mais tout de suite après, il tomba dans la prostration.
Quelques heures après, Rieux et Tarrou retrouvèrent le malade, à demi dressé dans son lit, et Rieux fut effrayé de lire sur son visage les progrès du mal qui le brûlait. Mais il semblait plus lucide et, tout de suite, d’une voix étrangement creuse, il les pria de lui apporter le manuscrit qu’il avait mis dans un tiroir. Tarrou lui donna les feuilles qu’il serra contre lui , sans les regarder, pour les tendre ensuite au docteur, l’invitant du geste à les lire. C’était un court manuscrit d’une cinquantaine de pages. Le docteur le feuilleta et comprit que toutes ces feuilles ne portaient que la même phrase indéfiniment recopiée, remaniée , enrichie ou appauvrie. Sans arrêt, le mois de mai, l’amazone et les allées du Bois se confrontaient et se disposaient de façons diverses. L’ouvrage comportait aussi des explications, parfois démesurément longues, et des variantes. Mais la fin de la dernière page, une main appliquée avait seulement écrit, d’une encre fraîche : «ma bien chère Jeanne, c’est aujourd’hui Noël… » Au-dessus soigneusement calligraphié, figurait la dernière version de la phrase. « Lisez », disait grand. Et Rieux lut.
« Par une belle matinée de mai, une svelte amazone, montée sur une somptueuse jument alezane, parcourait au milieu des fleurs, les allées du Bois… »
– Est-ce cela ? Dit le vieux d’une voix de fièvre.
Rieux ne leva pas les yeux sur lui.
– Ah ! dit l’autre en s’agitant, je sais bien belle, belle, ce n’est pas le mot juste.
Rieux lui prit la main sur la couverture.
– Laissez, docteur. Je n’aurai pas le temps…
Sa poitrine se soulevait avec peine et il cria tout d’un coup :
– Brûlez-le !
– Le docteur hésita, mais Grand répéta son ordre avec un accent si terrible et une telle souffrance dans la voix, que Rieux jeta les feuilles dans le feu presque éteint. La pièce s’illumina rapidement et une chaleur brève la réchauffa.
Quand le docteur revint vers le malade, celui-ci avait le dos tourné et sa face touchait presque au mur. Tarrou regardait par la fenêtre, comme étranger à la scène. Après avoir injecté le sérum, Rieu dit à son ami que Grand ne passerait pas la nuit, et Tarrou se proposa pour rester. Le docteur accepta.
Toute la nuit, l’idée que Grand allait mourir le poursuivit. Mais le lendemain matin, Rieux trouva Grand assis sur son lit, parlant avec Tarrou. La fièvre avait disparu. Il ne restait que les signes d’un épuisement général.
– Ah ! Docteur, disait l’employé, j’ai eu tort. Mais je recommencerai. Je me souviens de tout, vous verrez.
– Attendons, dit Rieux à Tarrou.
Mais à midi rien n’était changé. Le soir, Grand pouvait être considéré comme sauvé. Rieux ne comprenait rien à cette résurrection.

 

Le cheval impossible – Saki

39 nouvelles (très courtes donc) pour un livre de 300 pages
Un livre choisi juste pour son titre  – au mot « cheval » je suis capable défaire des kilomètres au petit trot.
Avis mitigé au final – le cheval impossible étant la première nouvelle, très réussie – le reste m’a paru un peu tristounet ensuite …
Je disais donc que la première est un petit chef d’œuvre d’humour anglais : les Mullet essaient de vendre leur canasson Nessus depuis trois ans et le jour où ils ont enfin trouvé un pigeon pour acheter cette bête caractérielle et meurtrière…l’infortuné Mr Péricarde, celui ci demande la fille de Mrs  Mullet en mariage ! Or Mrs Mullet a 6 filles à marier et un bon prétendant ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval !
Comment lui faire épouser Jessie et garder le futur mari vivant jusqu’au mariage ?
La deuxième nouvelle est également très drôle : une bonne famille anglaise est prise au piège d’un kleptomane….la maîtresse de maison m’a bien fait rire avec son sens de l’improvisation …
Les anglais en prennent pour leur grade avec leur clubs, leurs « empires », leur manoirs inconfortables et les disputes d’une certaine classe sociale à la fois oisive, mais moins riche que les apparences qu’elles veulent bien donner…
Les femmes ne sont pas laissées pour compte non plus : la chute de la nouvelle « Excepté Mrs Pentherby » est tout simplement hilarante, l’auteur réussit à rendre cette femme absolument insupportable jusqu’au revirement final : le lecteur se fait balader en tout impunité…
De même la nouvelle « Hermann l’irascible », qui met en scène le droit de vote des femmes et le rôle des suffragettes en Angleterre, est un bijou d’ambiguïté : l’auteur est il misogyne ou à contraire plaide-t-il pour le droit de vote des femmes ? tout et son contraire est dit dans cette nouvelle qui m’a fait penser à Jonathan Swift et sa « Modeste proposition »  : plaider l’implaidable fait-il avancer la plaidoirie ? Vous n’avez pas suivi …c’est fait exprès …
Au final la moitié des nouvelles m’a vraiment plu et l’autre moitié m’a paru fade et un peu vieillotte. Une bonne moyenne ?
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Un extrait : Nouvelle « poème de Reginald sur la paix »
Réginald contemplait la boîte de biscuits d’un air inconsolable. Elle offrait en effet un triste spectacle, avec ses deux ou trois craquelins abandonnés.
– Si je trouvais, murmura-t-il, une femme avec une passion inassouvie pour les craquelins, je crois que je l’épouserais de suite.
– Et la tragédie de l’aasvogel, c’est quoi ? demanda l’interlocuteur avec compassion.
– Impossible de trouver une rime. Je n’ai songé qu’à cela en m’habillant – ça a été tout à fait épouvantable -, et même pendant le déjeuner, et j’en suis toujours au même point. J’ai l’impression d’être un de ces malheureux automobilistes qui atteignent à la « motoriété » bien malgré eux en tombant en panne au beau milieu d’un carrefour encombré. Je crains bien de devoir me débarrasser de cet aasvogel. Dommage il apportait une couleur locale si jolie.
– Il vous restera l’antilope insouciante.
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Un extrait : Nouvelle «  Réginald au Carlton »
– Le thème de ma conférence, reprit précipitamment la duchesse, est d’étudier si la promiscuité que l’on observe au cours des voyages sur le Continent n’a pas pour effet d’affaiblir la conscience sociale : il y a des gens que l’on connaît et qui sont parfaitement convenables en Angleterre. Transportez-les de l’autre côté de la Manche, ils sont complètement différents.
– Disons qu’il s’agit là de mœurs internationales : c’est comme dans l’édition, on prend aussi ce qu’il y a de mieux ailleurs. Après tout, les excédents de bagage coûtent si cher sur certaines lignes étrangères, on doit faire une sérieuse économie en laissant sa réputation chez soi.
– Mon cher Réginald, un scandale est un scandale à Monaco comme à, disons Exeter.
– Un scandale, ma chère Irène – je peux vous appeler Irène, n’est-ce pas ?
–Nous connaissons-nous depuis assez longtemps pour cela ?
– Depuis plus longtemps que votre parrain quand il vous a choisi ce prénom. Le scandale, c’est tout bonnement une concession que la bonne société fait aux gens ennuyeux. Songer donc à ce que les aventures des autres apportent à des existences banales et irréprochables. Au fait, qui est donc cette femme à notre gauche, celle avec ces dentelles anciennes ? Bah, peu importe. Cela se fait beaucoup aujourd’hui, de dévisager les gens comme si c’était des poulains à la vente de Tattersall.
– Mrs Spelexit ? Une femme charmante. Elle vit séparée de son mari…
– Pour incompatibilité de revenus ?
– Pas du tout. Je dirais plutôt que des mers de glace les séparent. Il explore les banquises, il étudie les mouvements des harengs, il a écrit un livre passionnant sur les mœurs des esquimaux et leur vie de famille. La sienne étant naturellement réduite à sa plus simple expression.
– Bizarre qu’un mari qui ne se déplace qu’avec le Gulf stream ait aussi peu de biens liquides.
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Pas de dates pour ces nouvelles (une seule année est citée : 1903.)
L’auteur est mort sur le front pendant la première guerre mondiale