Au revoir 2017 ….

Voici venu le temps du rire et des chants  du bilan de lecture 2017

Dans la catégorie « pavé romanesque »  : La fiancée américaine de Eric Dupont

Dans la catégorie « biographie romancée » Légende d’un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant

Meilleure « Lecture Commune » :  La mémoire est une chienne indocile d’Elliot Perlman 

Catégorie « auteur le plus apprécié de l’année » :  Du domaine des murmuresLa terre qui pencheLe cœur cousu de Carole Martinez

Catégorie « Le livre le plus surprenant » : Effacement  de Percival Everett à égalité avec Izo de Pascal de Duve et avec La fille automate de Paolo Bacigalupi

Et vous ?  votre coup de coeur 2017 ?

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Devinette sur liste de livres

Bonjour à tous

Si vous avez un peu de temps entre deux préparatifs de réveillon, voici une liste de livres que j’ai noté en lisant un ….livre. Il faut trouver le livre et l’auteur en question : A vous de jouer !

La rôtisserie de la reine Pédauque – Anatole France 

Saint Glinglin – Raymond Queneau 

Papillon de nuit – James Sallis 

1275 âmes – Jim Thomson 

L’affreux pastis de la rue des merles – Carlo Emilio Gadda 

Les sept boules de cristal – Le temple du soleil – Hergé

L’introuvable – Dashiell Hammett

Le pêcheur de serpents – Marcel Le Chaps 

Monsieur Zéro – Jim Thomson

Les choses – Georges Perec 

Les diaboliques – Jules Barbey D’Aurevilly 

L’ensorcelée,  La bague d’Annibal,  Mémoranda – Jules Barbey D’Aurevilly 

Touchez pas au grisbi – Albert Simonin

Maigret et Simenon (pas de titre cité, Maigret au Picratt’s? pour la blanquette de veau )

La mort du Maestro – Raoul Whitfield

Tout dans le coffre – Loren D. Estleman

Ne fais pas à autrui – Arthur Lyons

Le quai des eaux troubles – Ted Wood

Madame Bovary – Gustave Flaubert 

Don Quichotte – Miguel de Cervantes

Zazie dans le métro – Raymond Queneau 

En attendant Godot – Samuel Beckett

La divine comédie : L’enfer –  Dante 

Des clics et des cloaques – Jim Thomson

A la recherche du temps perdu – Albertine – Marcel Proust  

Vaurien – Jim Thomson  

Arsène Lupin – Maurice Leblanc

Jim Thomson, coucher avec le diable – Michael MacCauley

On achève bien les chevaux – Horace McCoy

Mémoires d’outre-tombe – François René de Châteaubriand

Les arnaqueurs – Jim Thomson 

Le lien conjugal – Jim  Thomson 

La disparition – Georges Perec 

La cosmogonie macroqa – Francis Mizio (pas trouvé trace de ce livre !)

On tue aussi les anges – Kenneth Jupp

Les enfants du limon – Raymond Queneau 

L’étranger – Albert Camus

Feu follet – Pierre Drieu la Rochelle 

Le ventre de Paris – Emile Zola 

Ulysse – James Joyce 

Tropique du cancer – Henry Miller 

La muse gaillarde – Raoul Ponchon

Le privé du Cosmos – Kilgore Trout  (pseudonyme de Philipp Jose Farmer)

Abattoir 5, Le breakfast du champion  – Kurt Vonnegut 

Les raisins de la colère – John Steinbeck

Hamlet –  William Shakespeare  

Poisson chat – Jérôme Charyn  

San Antonio – Certaines l’aiment chauve – Frédéric Dard (pas de livres cités précisément)

Robert Sims Reid – Un trop plein de ciel (pas cité de façon explicite)

La petite sœur – Raymond Chandler 

Goethe – les souffrances du jeune …(Détourné) 

La nausée – JP Sartre 

Justine – Lawrence Durrell

Plexus – Henry Miller 

Dans le labyrinthe – Alain Robbe-ggillet 

Le guépard – Giuseppe Tomasi Di Lampedusa 

Petit déjeuner chez Tiffany -Truman Capote

 

Et j’ai bien dû en rater quelques uns 😉

 

Lettre à Cyclopédie

Chère Cyclopédie,

Je t’écris suite à la parution de ton annonce dans le mensuel « agenda ironique » de décembre dernier.

Ton message « Silence suspect, se voir qd, où ? Courage, lutte avt éclaircie. Trust in you babe. C.  »  m’a, il faut bien le dire, chamboulé. Depuis hier soir, il neige, les nuages sombres s’accumulent sur ma tête – des sortes de Cirrhus black, je me demande si ton annonce n’était donc pas prémonitoire. Donc ce matin, je me suis levé, phénomène rare ces temps-ci , j’ai laissé mon traverssimple de nouveau célibataire  sur le lit et je  suis sorti de chez moi et de ma dépression hivernale : Je me suis dit « Jojo cela ne peut pas continuer comme ça »;  j’ai lutté, lutté contre les éléments, j’avais mis mon pull-overste, mon chapauvre,  mes moccassimples (jamais je ne renierais mes origines Cherokee) , et suis donc parti dans le froid hivernal, direction la bibli, où je pouvais espérer avoir une connexion internet correcte pour t’écrire ces quelques mots. « Pour moi la vie va commencer », c’est ce que je chantonnais pour ne pas voir la neige recouvrir mes mocassimples, j’aurai dû mettre mes bottes fourrées à lacets rouges, c’est sûr. Une fois à la bibli, le bibliothécaire m’a offert une tisane de mirabelge noyée dans le muscatorze : J’ai plongé dans ses yeux bleus, me demandant un instant si je ne l’avais pas vu récemment dans le petit écran ? il a bien vu que j’étais sous le choc de la découverte de ton annonce  : Babe, cela faisait des années que personne ne m’avait appelé Baby. Je me revois adolescent avec Magratte (tu te rappelle le nom de ma guitare ? ) que je chatouillais  avec mes mains d’argents :  » baby I’ve got you Baby », mais je ne suis plus un Bad Boy, il y a longtemps maintenant que j’ai refermé la boite de pandore, ces pommes magiques et empoisonnées, ses tablettes de chocolat gagnants comme ce fou de Charlie dans la chocolaterie.

A la bibli plus de connexions internet, nous étions seuls au monde, le bibliothécaire et moi à regarder les flocons tomber : J’avais des ronds étranges devant les yeux : tu sais un peu comme quand on va chez l’ophtalmo et qu’il nous demande si on voit un point rouge au milieu du rond vert ou un point vert au milieu du rond rouge : pour moi le cercle rouge est toujours totalement séparé du vert et je n’arrive plus à accommoder ma vue.

Il m’a dit cash : « Johnny, tu peux pas continuer comme ça avec Cyclopédie, tu as perdu tout sens commun ». Tu me connais, je suis un peu parano depuis Las Vegas et ma perte du paradis mais le fait qu’un inconnu à la bibli me dise ton nom m’a fait douter de ma raison. Sibyllin, il a rajouté : « Nom d’une pipe en boite, il ne faut plus prendre les parapluies pour des sirènes ! », si tu veux je serai ton aide-de-camphre, je connais plein de tisane pour te requinquer !

Tu comprendras qu’avec tout ce qui m’est arrivé aujourd’hui, j’ai besoin de vacamphres : je pars sur mon bateau que tu connais bien ce soir pour les Caraïbes, pour Sainte Lucie je précise (et ces 25 degrés toute l’année), Saint Barth est surpeuplé en ce moment mais à part dans les Caraïbes où penses tu que je puisse trouver une sirène ? Heureusement qu’il ne m’a pas dit « Nom d’une pipelette en boite, il ne faut plus prendre les paradigmes pour des citrouilles ! »  il aurait fallu que je mette les voiles pour le pays de Cendrillon et depuis Alice je fuis tous les contes et j’en jauni à l’idée.

Chère Cyclopédie, excuse-moi partenaire, de ce silence que tu as eu raison d’appeler suspect, je te prie de m’excuser, je te promets de me secouer les puces et de réagir : donne-moi vite de tes nouvelles :  Tu es la fille du soleil, ma panthère noire,  j’en oublie toutes les autres : Gabrielle, Laura, Pony , Carole, Jeanie, Marie, Vanessa, Clémence, Amber,  Adeline). J’embrasse aussi ta sœur Pénéloppédie, j’aime ce doux nom de Pénéloppédie qui me fait penser à mon autre Pénéloppe, la Cruz )

 

Ton Johnny qui t’aime et qui restera pour toujours ton petit ours en peluche

PS : On se retrouve comme prévu sur le tournage des Animaux fantastiques ?

Ton Johnny Depp pour la vie

 

 

L’agenda ironique de décembre 2017 est chez Clémentine et Anne avec un collage de Anne et une phrase à placer« Nom d’une pipe en boite, il ne faut plus prendre les parapluies pour des sirènes! ». quelques mots complètement inventés, de déclinaisons alambiquées ou de situations invraisemblables. Et, cerise sur la maréchaussée,  c’est que nous aimerions beaucoup, mais alors beaucoup, en plus de tout ça, qu’il soit présenté sous forme de lettre.

 

Remerciements :

Je remercie Martine pour son idée de R’né qui m’a permis de trouver ceci :

Et aussi Tu dînes ce soir pour l’idée originale de ces lettres à C. Les chansons à écouter sont celles de Johnny en particulier :  Requiem pour un fou 

Et bien entendu Glomérule et Carnets qui soulevaient ici l’autre jour, et ici précédemment, la grave question des mots sans rime.

Le livre du visage aimé – Thomas Bouvier

Aussi, à l’improviste, alors que mon esprit vaguait depuis un moment loin de tout travail précis, dans des moments de détente ou d’attente, me revenaient à l’esprit des images ou des sensations.

Attendant au feu rouge, pied à terre, le guidon dans les mains, je repensais qu’à Woebblin, il fallait faire la garde des morts et que des sentinelles armées de gourdins devaient tuer « ceux qui mangent cette chair misérable et fétides des cadavres » et je me souvenais où et quand nous avions lu cela : dans L’univers concentrationnaire de D. Rousset.

Dans la salle d’attente d’une gare, entre deux trains, je revoyais soudain des hordes de chevaux envahissant les routes, des centaines, des milliers de chevaux, conduits par des jeunes filles, rouges et échevelées qui montaient à cru et qui, le soir, poussaient leurs troupeaux dans les bois ou les prairies pour les laisser paître jusqu’à l’aube et je me souvenais que c’était dans La trêve de Primo Levi.

A la caisse d’un supermarché, patientant derrière une mère de famille qui avait rempli un caddie pour le week-end me revenait le passage des « Jamais je n’oublierai… » de La nuit d’Elie Wiesel et la phrase : « Jamais je n’oublierai ces instants qui assassinèrent mon Dieu et mon âme, et mes rêves qui prirent le visage du désert. »

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Le livre du visage aimé – Thomas Bouvier

Le livre du visage aimé – Thomas Bouvier

Je croyais être seul dans le wagon du petit train, Dona, quand j’ai entendu une voix. Intrigué je me suis levé à demi pour guigner par-dessus les sièges. Une jeune fille, engoncée dans une doudoune violette, était assise seule dans le premier compartiment. Elle avait peut-être seize ans. Son bonnet de grosse laine, tiré bas sur le front, touchait la monture de ses lunettes, des lunettes aux verres épais, presque des loupes. Tête rentrée dans les épaules, buste penché en avant, genoux serrés l’un contre l’autre, elle tenait un livre tout près des yeux et lisait à haute voix, péniblement. Entièrement absorbée par le déchiffrement des signes, elle ne m’a pas remarqué. Nous étions les seuls passagers du petit train régional. Sur la couverture de son livre, en grosses lettres orangées, j’ai lu Poil de carotte. Sous le titre, on voyait la bobine souriante d’un rouquin, un brin d’herbe au coin des lèvres.

Elle lisait fort, comme si le volume pouvait aider à franchir les mots ennemis qu’elle culbutait souvent pour former des sons mi-familiers mi-étrangers. Elle trébuchait, hésitait, reprenait, trébuchait encore, ou poursuivait envers et contre tout en cheval fou qui prend l’obstacle de plein fouet, faisant voler du poitrail les barres rouges et blanches qui fermaient sa route.

Parfois elle réussissait d’un trait une phrase entière et riait. Portée par cette grâce inattendue, elle relisait le passage comme pour s’assurer que cette facilité l’avait réellement traversée. Je la regardais et elle ne me voyait pas.

J’allais me rasseoir quand elle attaqua hardiment une nouvelle phrase. Un mot traître la fit trébucher. La frustration tordit alors son visage, elle gémit courtement et frappa la tablette avec une violence qui me fit sursauter. Elle remarqua ma présence et leva sur moi son visage de trisomique. Ses yeux, touts petits derrières les verres énormes, m’ont traversé comme si j’étais de l’air puis elle a rabattu le regard sur son livre et a repris sur un ton plus bas.

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Le livre du visage aimé – Thomas Bouvier

Bilbo le hobbit – JRR Tolkien

Dernier billet lecture de l’année avec Bilbo le Hobbit recommandé par Aymeline 

J’ai bien aimé suivre Bilbo dans ses aventures avec les nains à la recherche du trésor et dans son combat contre Smaug (même si à mon goût les poneys n’ont pas un assez grand rôle). Cependant je n’ai  pas  ressenti la magie que j’avais trouvée au « seigneur des anneaux « , lecture  qui m’avait vraiment marquée : Il faut dire que j’avais 20 ans au moment de cette lecture (aujourd’hui j’ai plus du double et Bilbo est quand même très « jeunesse » (j’ai trouvé le ton drôle mais les personnages un peu caricaturaux ) 

Le meilleur moment de cette lecture est que mon fiston m’a vu en lire un chapitre tous les soirs début décembre et qu’il est rentré un soir, hilare, parce que sa prof de français  lui a donné ce livre à lire 🙂 : il l’a d’ailleurs lu deux fois plus vite que moi (il a deviné les pages que j’ai un peu passées vite (l’épisode des araignées) et le verdict est tombé (tout ça ne vaut pas Harry Potter) 

Un extrait :

Jusqu’à la fin de ses jours, Bilbo ne devait jamais oublier comment il s’était trouvé dehors, sans chapeau, sans canne, sans argent, sans rien de ce qu’il prenait généralement pour sortir; il avait laissé son second petit déjeuner àdemi consommé, la vaisselle aucunement faite ; ayant fourré ses clefs dans la main de Gandalf, il avait dévalé le chemin de toute la vitesse de ses pieds poilus, passé devant le grand Moulin, traversé l’Eau et couru sur un mille et plus.

Il était bien essoufflé, en arrivant à Près de l’Eau comme onze heures sonnaient, et il constata alors qu’il avait oublié son mouchoir !

« Bravo ! » s’écria Balïn qui, du seuil, surveillait la route.

A ce moment, tous les autres tournèrent le coin, venant du village. Ils étaient montés sur des poneys, dont chacun était chargé de tout un attirail de bagages, ballots, paquets. Il y en avait un très petit, apparemment destiné à Bilbo.

« En selle, tous les deux, et partons ! dit Thorïn.

– Je suis navré, dit Bilbo, mais je suis venu sans chapeau, je n’ai pas de mouchoir et je n’ai pas d’argent. Je n’ai trouvé votre mot qu’à dix heures quarante-cinq, pour être précis.

– Ne soyez pas précis, dit Dwalïn, et ne vous en faites pas ! Il vous faudra vous passer de mouchoir et de bien d’autres choses avant d’arriver au terme du voyage. Quant au chapeau, j’ai dans mes bagages un capuchon et une cape de rechange. »

Et voilà comment ils partirent de l’auberge par un beau matin juste avant le mois de mai, au petit trot de poneys bien chargés; et Bilbo portait un capuchon vert foncé (un peu délavé par les intempéries) et une cape de même couleur, empruntés à Dwalïn Ils étaient trop grands pour lui, et il avait un air assez comique. Ce que son père Bungo aurait pensé de lui, je n’ose y songer. Sa seule consolation était de ne pouvoir être pris pour un nain, puisqu’il n’avait pas de barbe.

Ils n’avaient pas parcouru beaucoup de chemin, que parut Gandalf, splendidement monté sur un cheval blanc. Il apportait une provision de mouchoirs, ainsi que la pipe et le tabac de Bilbo. Aussi, après cela, le groupe poursuivit son chemin tout à fait gaiement ; on raconta des histoires, on chanta des chansons en chevauchant toute la journée, hormis naturellement les arrêts pour les repas. Ceux-ci ne se produisaient pas tout à fait aussi souvent que Bilbo l’eût souhaité, mais il commençait cependant à trouver que les aventures n’étaient pas si désagréables après tout.

 

 

 

Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Il s’agit du livre préféré d’Aymeline et nous explique tout ici 

Nos vies désaccordées – Gaëlle Josse

Neuf cents kilomètres depuis la rue de la Jussienne. Un raid ponctué par les panneaux kilométriques, le prix des carburants, l’état du trafic autoroutier sur 107. 7, les tasses blanches sur leur fond bleu et les couverts posés en croix comme les deux tibias sur le drapeau des pirates. Les cahutes de péage, « bonjour merci bonne route », ne pas faire tomber le reçu. Des éoliennes, comme des mâts sans voiles dressés au milieu des champs, des villages assis dans leurs ocres. Du café brûlé amer, des sandwiches triangulaires sous leur emballage plastique, les miroirs des toilettes où j’évite mon reflet. Eau fraîche sur le visage. Dormir un quart d’heure. Repartir. Les chevaux alezans dans les prés verts, les vaches désœuvrées le long des haies, les balles de paille comme des bouchons géants posés sur les chaumes, les arbres solitaires, bras ouverts sous le soleil. Le claquement sec des moustiques qui s’écrasent sur le pare-brise et s’étalent  en longues coulées blanchâtres. Les faces rondes  et étoilées  des tournesols par milliers. Tout, tout ensemble réel et lointain, embrassé du regard et sitôt oublié.

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Nos vies désaccordées – Gaëlle Josse

La fille automate – Paolo Bacigalupi

Un roman de science-fiction enthousiasmant. D’abord déroutant parce que je connaissais de nom l’auteur et qu’il est américain, alors comme le roman se passe en Thaïlande, cela  m’a surprise au début.

Comme dans le troupeau aveugle, le monde tel que nous le connaissons a disparu et c’est une lutte dans la simple survie pour les humains : tsunamis, montée des eaux, épidémie…mais la comparaison s’arrête là car « le troupeau aveugle » est un livre très sombre, alors que dans celui là il reste un espoir, de l’amour aussi …grâce à Emiko…

Emiko, la fille automate du titre est une « créature » inventée par des chercheurs japonais, elle a été abandonnée en Thaïlande par son « maître » rentré au Japon. Elle tente de survivre dans un bar où elle est maltraitée. La manipulation génétique qu’elle a subie l’empêche de se rebeller et elle est contrainte d’accepter son « esclavage ». En dehors de cette fille automate, l’auteur nous présente une multitude de personnages tous plus fouillés les uns que les autres :  Hock Seng, un chinois, unique survivant d’une très nombreuse dynastie, est assez difficile à cerner. D’un côté, il fait semblant d’aider M. Lake, un américain, de l’autre on sent qu’il joue son propre jeu, sans savoir bien lequel.

Mr Lake, lui, est à la recherche d’un mystérieux savant qui serait capable de créer de nouveaux légumes résistants aux multiples épidémies que connait ce monde….Il y a aussi Jaidee, le policier incorruptible qui fait la chasse aux trafiquants en tous genres, notamment ceux, qui en important des produits génétiquement modifiés, ont également importé des maladies terrifiantes….Sa collègue Kainya prend  également de l’importance au fil des chapitres.

Je me suis énormément attachée à cette fille automate et à tous ces personnages, qui ne sont ni bons ni méchants mais seulement occupés à essayer de survivre et de faire survivre leur famille, nation ou pays…

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Le billet chez Yueyin 

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Un extrait P 56

– Les cheshires sont là, annonce M. Lake.

Hock Seng regarde dans la direction indiquée par le yang guizy. À la périphérie des flaques de sang, les formes tremblotantes des félins sont apparues, mélanges d’ombre et de lumière attirés par l’odeur de charogne. L’Américain grimace de dégoût, mais le Chinois a un certain respect pour les chats de l’enfer. Ils sont malins, florissants là où on les méprise, presque surnaturels dans leur ténacité. Parfois, on dirait qu’ils flairent le sang avant même qu’il ne coule. Comme s’ils entrapercevaient l’avenir et savaient d’où viendrait leur prochain repas. Les miroitements félins s’approchent furtivement des mares de sang. Un boucher en éloigne un d’un coup de pied, mais il y en a trop pour les repousser et sa réaction est sans conviction.

Lake avale un autre trait de whisky.

– Nous ne nous en débarrasserons jamais.

– Il y a des enfants pour les chasser, explique Hock Seng. Une prime n’est pas si coûteuse. Le diable d’étranger grimace son mépris.

– Nous avons des primes aussi dans le Midwest.

Nos enfants sont plus motivés que les vôtres. Mais le vieil homme ne conteste pas les mots de l’étranger. Il proposera la prime de toute manière. Si on laisse les chats s’installer, les ouvriers lanceront des rumeurs que les Phii Oun, le farceur cheshire, a causé la calamité. Les chats de l’enfer clignotent, tachetés et roux, noirs comme la nuit – ils apparaissent et disparaissent tandis que leur corps prend les couleurs de l’environnement. Dans la flaque de sang, ils sont rouges.

Il a entendu dire que les cheshires ont été créés par un cadre des calories, un homme de PurCal ou d’AgriGen sans doute, pour l’anniversaire de sa fille. Un cadeau d’anniversaire quand la petite princesse a atteint l’âge de l’Alice de Lewis Carroll.

Les invités de l’enfant sont repartis avec leurs nouveaux animaux de compagnie, qui se sont accouplés avec des félins naturels. En vingt ans, les chats de l’enfer s’étaient répandus sur tous les continents tandis que le Felis domesticus disparaissait de la face du monde, remplacé par une chaîne génétique dominante dans 99 % des cas. Les bandeaux verts de Malaisie haïssent autant les cheshires que les Chinois mais, d’après ce que sait le vieil homme, les chats de l’enfer y prospèrent encore.

 

 

 

Le joueur d’échec – Stefan Zweig 

Pendant un instant, ce fut un silence total. On perçut soudain le bruissement des vagues, ainsi que la radio qui diffusait du jazz dans le salon ; on entendit le moindre pas sur le pont-promenade et le très fin  sifflement du vent qui  filtrait par les interstices des hublots. Tous, nous retenions notre souffle ; c’était arrivé trop vite, et nous étions encore presque effrayés par ce fait incroyable : au cours d’une partie déjà à demi perdue, cet inconnu avait réussi à imposer sa volonté au champion du monde. McConnor se rejeta brusquement en arrière, et reprenant son souffle, laissa distinctement échapper de ses lèvres un « ah ! » de bonheur. Quant à moi, j’observais Czentovic. Pendant les derniers coups, j’avais cru voir déjà qu’il pâlissait un peu. Mais il arrivait très bien à  se contrôler. Il conservait sa raideur et son air indifférent ; tout en repoussant d’une main calme les pièces sur l’échiquier, il se contenta de demander négligemment : 

– « Ces messieurs  souhaitent-ils jouer une troisième partie ? »

La question était posée sur un ton très neutre, très professionnel. Chose étrange cependant, il n’avait pas regardé McConnor en la prononçant, mais avait braqué un regard acéré sur notre sauveur. Comme un cheval reconnaît à son assiette plus ferme un nouveau et meilleur cavalier, il avait sûrement compris, envoyant les derniers coups, qui était son réel, son véritable adversaire.

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 Le joueur d’échec – Stefan Zweig 

La grâce des Brigands – Véronique Ovaldé

Lapérouse était une petite ville calme et froide au milieu des forêts. La communauté mennonite qui y habitait élevait depuis toujours des chiens de traîneau qu’elle envoyait dans le nord avant l’embâcle. Et récupérait après. Les chiens servaient pendant l’été au transport du bois dans la forêt de sapin, là où les chevaux ne seraient pas passés. Tout le monde se satisfaisait de ce système. En Alaska on n’aurait eu que faire des chiens au moment de la fonte des glaces–force eût-été de les éliminer pour ne plus avoir à les nourrir durant les longs mois de lumière. Cette activité (l’élevage des chiens) permit à la ville de recevoir la médaille d’honneur du gouverneur en 1946 (j’ai les archives), en raison de sa participation à l’effort de guerre. Les chiens s’étaient retrouvés acheminés sur le vieux continent par train puis par cargo, là où les chevaux et les véhicules manquaient. Ils avaient été réquisitionnés pour la Belgique et la France. Les mennonites avaient lutté pour se soustraire à cette mesure – cette guerre-là ne les concernait pas, ils avaient déjà du mal à faire vivre leurs familles. Mais on ne les avait pas écoutés. On avait pris leurs chiens qu’on avait envoyés de l’autre côté de l’océan et qui n’étaient jamais revenus, sans doute mitraillés ou  gazmoutardés (Les mennonites étaient approximatifs quant à l’histoire du monde). Et on les avait décorés – les mennonites.  

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La grâce des brigands – Véronique Ovaldé