Effacement – Percival Everett

Voilà un livre qui vaut le détour (livre recommandé par Ingannmic, son avis ici)

D’abord j’ai adoré la forme : un journal d’un écrivain américain qui livre à la fois ses impressions sur l’écriture et l’art et qui nous fait partager son quotidien : ses relations avec sa mère atteinte d’Alzheimer, ses relations avec ses frère et sœur, son éditeur, ses relations sentimentales …

Thelonious Monk Ellison (Monk pour ses amis) est un écrivain qui a publié des analyses érudites sur des auteurs grecs ou sur le « nouveau roman ».

Aux Usa, il a peu de succès car le fait qu’il soit noir fait que le public attend de lui une certaine littérature (une littérature « noire , comprenez : qui mette en avant des «noirs»)

J’ai la peau noire, les cheveux frisés, le nez épaté, certains de mes ancêtres étaient esclaves et j’ai été gardé à vue par des policiers pâlots dans le New Hampshire, l’Arizona et en Géorgie ; selon la société dans laquelle je vis, donc, je suis noir ; c’est ma race.

Un jour, il lit un extrait d’un livre (atroce) d’une femme noire « Not’ vie à nous au ghetto» et rédige une parodie (parodie qui est présente intégralement dans le livre), ce livre compte tout attente devient un best seller, et Monk se retrouve confronté à un cruel dilemme : perdre son honneur ou ne pas pouvoir subvenir aux besoins de sa mère dépendante..

Ce que j’ai le plus aimé dans ce livre est bien la surprise. On passe d’un épisode « réel » de l’auteur avec sa mère avec une discussion fictive (ou pas)  entre Hitler et Eckhart («Souvenez vous que vous êtes allemand. Gardez notre sang pur ») puis un épisode réel puis une discussion fictive (ou pas) de Rothko et Alain Resnais… sur la valeur artistique des rectangles, De Kooning et Rauschenberg sur la notion d’effacement du titre….

Puis on revient à des souvenirs d’enfance et de ce qu’il a vécu à 10 ans. Cela pourrait semble un peu foutoir mais pas du tout :  La transition entre tous ses « moments » est facilité par la typographie. A chaque changement de narration, le lecteur est « prévenu » par trois croix.

Bref, tout m’a plu dans ce livre le fonds et la forme, l’écrivain pris entre ses convictions sur le fait qu’un écrivain peut écrire sur tout et pas seulement sur le milieu d’où il vient et la dure réalité de la vie quotidienne.

J’ai eu un peu peur au début de ne pas arriver à finir (je n’ai pas compris un seul mot de la conférence sur le « nouveau roman » mais je crois que c’était fait exprès).

Autre tout petit bémol : le style de « Pataulogie », le livre dans le livre, est très « grossier », dans le sens bourré de clichés (étonnant que les lecteurs américains n’aient pas vu qu’il s’agissait d’une parodie tellement c’est gros!!!)…donc 80 pages un petit peu longuettes… mais si ce faux « livre » n’avait pas été inclus, il est presque certain que j’aurais regretté qu’il n’y soit pas….

Le point principal est qu’il remet en cause tous nos préjugés : En refermant ce livre, je m’aperçois que j’avais un préjugé sur ce livre : En voyant la couverture, et sans avoir lu la quatrième, je m’étais imaginé que le sujet était l’histoire d’un homme noir dans le couloir de la mort (qui allait donc être effacé)…Etrange non, ce préjugé juste sur la couverture?

En bref une excellente lecture qui réussit à mêler écriture, racisme, préjugés en tout genre , coming out, droit à l’avortement , Alzheimer et art sans paraître complètement superficiel …

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Livre recommandé par Ingannmic dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Tout ce dont on rêvait – François Roux

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Lecture commune avec Edualc

Chronique moderne autour de Justine, de son mari Nicolas et de leurs enfants… Paris de 1990 à 2015…

Le début m’a énormément plu : L’auteur a su me captiver avec un portrait sans concession de Justine, 25 ans. Justine, ma presque jumelle, trois ans de plus que moi, un père tyrannique.

Sa rencontre avec Alex, puis avec Nicolas le frère d’Alex..

25 ans plus tard, on retrouve Justine et Nicolas mariés, mère de deux enfants une fille de 17 ans, un garçon de 12 (encore ma presque jumelle, Justine, j’ai une fille de 15 ans et un garçon de 10). Des interrogations intéressantes sur la vie, le couple, la confiance en soi…

Et puis  à un moment je ne sais pas lequel, ce livre m’a un peu plombée (peut être les 730 jours de chômage de Nicolas, ou la référence à l’attentat chez Charlie Hebdo ou la dépression de Nicolas, ou leurs problèmes d’usure de couple …).

Bref un avis mitigé entre un début qui m’a énormément plu et une moitié qui m’a un peu déprimée…

Trop proche de mon univers, Justine et sa famille…en même temps cela met en lumière pourquoi je lis …vivre d’autres vies que la mienne…

Incipit

À ce stade de son existence, l’unique certitude de Justine quant à la nature humaine résidait dans le fait que l’immense majorité des hommes, à commencer par son propre père, étaient à ranger sous l’index « sombres abrutis » de son petit répertoire psychosociologique personnel. Elle avait alors vingt-cinq ans, son expérience intime – onze années de galère sexuelle, d’abus de confiance, de faux départs, d’humiliation tous azimuts – l’ encourageait à cette catégorisation un rien abusive. Son aigreur envers les représentants de l’autre sexe ne constituait en réalité qu’une toute petite fraction de sa hargne, sa colère composait un diamant brut, facetté de milliers d’autres rancoeurs contre les abus de tout poil, les passe-droits et, d’une manière générale, contre un état du monde de plus en plus bancal : Justine était à cran.

 

Un deuxième extrait

– Est-ce que tu connais une seule personne de plus de quarante ans qui est ne serait-ce qu’un peu heureuse et équilibrée ? On fait tous avec, crois moi.

 

Délivrances – Toni Morrison

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Etats- Unis de nos jours (1993-2013).

Délivrances – au pluriel. Le titre est très bien trouvé pour ce roman choral. Dans un récit aux chapitres qui se répondent les uns aux autres, l’auteur nous raconte   la difficile enfance de Lula Ann, qui a eu le malheur de naître « très très noire » dans une famille où la mère et le père pouvaient paraître quasiment « blancs ». La mère cherchera à étouffer Lula Ann à la naissance, le père quittera le foyer familial à ce moment-là, persuadé de l’infidélité de sa femme.

Vingt ans plus tard, Lula Ann a réussi dans sa vie professionnelle ; elle est cadre dans une grande entreprise de cométiques, roule en jaguar, s’habille chez de grands couturiers, a changé de prénom et se fait appeler Bride « fiancée » . C’est un portrait très touchant de cette jeune femme qui est à la fois si sûre d’elle dans sa vie professionnelle et si désarmée dans sa vie privée. J’ai aimé aussi rencontrer et avoir la version de la délivrance des deux autres personnages : Sofia, l’institutrice que Lula Ann a contribué à envoyer en prison, et Booker le petit ami qui la quitte un jour sans crier gare. Bride va mener son enquête pour comprendre les raisons de cette fuite …pour finir par se retrouver : leur délivrance sera commune.

Un roman très dense, où on ressort plein d’espoir.

J’avais six ans et je n’avais encore jamais entendu les mots « négresse » ni « salope », mais la haine et la répugnance qu’ils contenaient se passaient de définition. Exactement comme par la suite, à l’école, quand on me soufflait ou me criait d’autres insultes, aux définitions mystérieuses mais au sens limpide. Noiraude. Topsy(1). Face de charbon. Sambo (2).  Ooga booga. Ils faisaient des bruits de primates et se grattaient les côtes en imitant les singes du zoo. Ils me traitaient comme un phénomène de foire, étrange, salissant comme de l’encre renversée sur du papier blanc. Je ne me plaignais pas à l’institutrice pour cette même raison qu’avait eue Sweetness de me mettre en garde au sujet de M.Leigh : je pouvais être temporairement exclue, voire renvoyée. Donc je laissais les injures et les brimades circuler dans mes veines comme du poison, comme des virus mortels, sans antibiotiques à ma disposition. Ce qui, en fait, était une bonne chose maintenant que j’y pense, parce que j’ai développé une immunité tellement forte que la seule victoire qu’il me fallait remporter, c’était de ne plus être une « petite négresse ».  Je suis devenue une beauté profondément ténébreuse qui n’a pas besoin de Botox pour avoir les lèvres faites pour être embrassées, ni de cure de bronzage pour dissimuler une pâleur de mort. Et je n’ai pas besoin de silicone dans le derrière. J’ai vendu mon élégante noirceur à tous ces fantômes de mon enfance et maintenant ils me la payent. Je dois admettre que forcer ces bourreaux – les vrais et d’autres comme eux – à baver d’envie quand ils me voient, c’est plus qu’une revanche. C’est la gloire.

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(1) Toute jeune esclave noire, dans le roman de Harriet Beecher Stowe, La case de l’oncle Tom (1852)

(2) Héros du livre pour enfants écrit par Helen Brodie Bannerman, Sambo le petit noir (1889)

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Livre recommandé par Emilie dans le cadre du « challenge 12 amis – 12 livres »

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Une disparition inquiétante – Dror Mishani

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Une enquête sur la disparition d’un adolescent plus qu’intéressante.

Au début l’alternance des points de vues dans les premiers chapitres m’a un peu gênée. On suit d’abord l’inspecteur Avraham Avraham de la Police de Tel Aviv dans son enquête sur la disparition d’Ofer 16 ans. Puis sans transition le lecteur est projeté dans la tête du voisin du jeune homme. Ce voisin lui a donné des cours d’anglais pendant quelques semaine  et paraît pour le moins malsain. Une fois le rythme pris de cette alternance de point de vue, je dois dire que l’évolution de l’enquête m’a passionnée.

Le lecteur devine assez vite qu’il ne s’agit pas d’une fugue mais l’auteur est très très fort pour nous égarer vers de fausses pistes. Le policier, 37 ans, est très humain et essaie de résoudre le mystère de son mieux. Il se sent coupable de n’avoir pas pris la mère du disparu au sérieux le jour de la déclaration de la disparition, il est parfois jaloux de ses collègues et tremble encore devant sa mère…

De battue en faux indices, et aussi avec un peu de machiavélisme de la part des enquêteurs, l’énigme sera résolue (à moins que la police là encore ne se soit laissée manipuler par plus rusée qu’elle ) 

Le fait que l’action se passe à Tel aviv est également intéressant et dépaysant : Au début l’inspecteur avance même que la littérature policière est peu développée en Israël car il n’y a presque pas de faits criminels, des ado de 16 ans reçoivent des convocations pour le service militaire…

En conclusion : une enquête qui m’a tenue en haleine le week-end dernier.

Depuis ce titre, deux autres enquêtes de cet inspecteur Avraham sont sorties, et j’aurais plaisir à le suivre à nouveau (ce flic à l’instinct faillible …)

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Ma participation au « mois du polar » organisé par Sharon et au challenge « lire sous la contrainte » de Philippe avec la contrainte « article indéfini » et « lire le monde » chez Sandrine

Un livre repéré chez Kathel 

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Izo – Pascal de Duve

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Un jour de pluie au jardin du Luxembourg .

Le narrateur, dont on saura très peu de chose hormis son statut d’étudiant, « rencontre » un homme étrange, chapeau melon, costume noir et grosses chaussures bombées.

L’homme semble tout droit sorti de Golconde, ce tableau de Magritte. Il est une « goutte » de cet orage étrange qui a trempé Paris.

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L’homme se contente de répéter ce que dit le narrateur. Il n’a pas de nom, pas de mémoire, ne maîtrise pas le langage

Le narrateur décide de prendre cet homme étrange sous son aile. Après une nuit à l’hôtel, ils se retrouvent dans Paris. Commence alors une épopée qui m’a tenue sous le charme de cet étrange Izo. En effet, dans la rue, une femme croit reconnaître l’inconnu sous le nom d’Izobretenikhoudojnika, qui signifie l’imaginaire du peintre en langue russe. L’homme au chapeau melon répondra dès lors  à ce doux nom vite transformé en Izo.

Ce qui m’a plu ?

  • Un regard naïf sur le Paris de la fin des années 80 : le métro, sa carte orange et ses tickets, les supermarchés et les étiquettes de prix, ses cafés et l’agitation des rues.
  • des coïncidences et des rencontres incroyables
  • Les tics de langage d’Izo qui finit souvent ses phrases, par oui, oui (et aussi par non, non)
  • des réflexions faussement « innocentes » d’Izo (sur l’Ayatollah Khomeini, sur l’art, sur la religion)

Si au départ Izo ne parle pas le français ni aucune langue, il est d’une prodigieux intelligence et apprend très vite : le perse, le chinois, l’arabe. La moindre balade dans un supermarché ou dans les rues devient le prétexte pour observer d’une manière nouvelle une situation très banale a la base.

Izo apprend à lire en quelques jours (avec les albums de Tintin) puis dérive rapidement vers le dictionnaire.

  • les « erreurs de langage » d’un Izo se réclamant « réfugié poétique demandant un quart de toujours » (au lieu de réfugié politique demandant une carte de séjour)

Très intelligent Izo n’en reste pas moins très naïf et ne comprend pas certains situations qui font rire le lecteur.

  • Derrière cette apparente légèreté, Izo mène une réflexion sur la mémoire, son absence de souvenirs d’enfance, et se tourne dans la religion dans l’espoir de trouver un sens à la vie, religions qu’il finira par rejeter.

La quête spirituelle prendra un tour inattendu qui m’a également beaucoup plu (même si elle est plutôt tragique)

En lisant la postface on en apprend d’ailleurs beaucoup plus sur cet Izo qui n’est que le portrait de l’auteur lui même face à un monde qui lui échappe (Pascal de Duve décèdera du sida trois ans après la parution d’Izo)

Enfin ce passage m’a parlé car il représente quelques tableaux que je connais de Magritte (j’en connais très peu alors je me dis que j’ai dû rater plein d’autres passages faisant allusion à Magritte)

Ensuite Izo écrivait que le décès d’Odile Crock n’était plus pour lui une énigme douloureuse ; il avait fini par comprendre et accepter que « comme toutes les autres choses, la vie aussi a une fin » ; que « beaucoup de gens l’oublient et trouvent que la mort est quelque chose de très grave alors que, en fait, c’est quelque chose de normal qui arrive à tout le monde ; oui ».

Dans le paragraphe suivant, il prétendait avoir trouvé « le panneau secret dans la bibliothèque des souvenirs» ; il assurait avoir pu le faire pivoter, et explorer, le temps d’un éblouissement, la vastitude de la pièce cachée, haute comme une cathédrale », avec « ses rayons d’archives sur lesquelles reposait une poussière vierge comme une première neige » ; suivait alors un récit tout à fait désopilant, évoquant une « Mer des origines, qui seule le Premier Jour avait connu un Hier », et de laquelle Izo serait sorti, « tout petit et tout ruisselant, en long manteau noir et chapeau melon assorti » ; heureusement que sur la plage, « papa et papa attendaient, très grands, en longs manteaux noirs et chapeaux melons assortis » ; il paraît aussi qu’ils « toussotaient d’aise en constatant qu’il n’y avait aucune bosse dans mon petit chapeau, qu’il ne manquait aucun bouton à mon petit manteau, et que les lacets de mes petites chaussures étaient noués comme il fallait » ; ensuite, Izo aurait grandi « dans une maison aux fenêtres éclairées » à un endroit où « l’azur de midi surplombait une éternelle obscurité de minuit » parce que « la lumière et l’ombre ne se fréquentaient pas », s’échangeant uniquement « un vent vertical où se croisaient une odeur épicée de nuit d’été et un parfum frais de matin de printemps » ; Izo confessait aussi avoir été « un enfant difficile » qui « horrifiait parfois posément papa et papa en leur disant, je crois que je vais être méchant ; oui »,  et auquel « papa et papa » racontaient alors pour l’effrayer, ce qui se passait dans le château maudit » qui était « situé sur le sommet d’un rocher accroché dans le ciel au-dessus de la Mer » ; dans une de ses salles immenses, sous un ciel menaçant, une forêt de quilles hostiles bordait une grève inquiétante sur laquelle galopait désespérément un jockey perdu, affolé de ne pas apercevoir la fin du chemin » ; dans l’espace adjacent,  « un homme venait toujours d’égorger une femme », et, avant de reprendre sa valise et son manteau et son chapeau déposés sur une chaise, « s’attardait tragiquement en plongeant rêveusement son regard dans les profondeurs d’un grand gramophone aphone », dans une troisième pièce, « des messieurs en noir n’en finissaient pas de danser avec des femmes pour les tuer d’épuisement », sur un air « macabrement muet » ;  le paysage nocturne peint à même les parois « représentait les arbres sinistres, ivres de plaisir » ; entre-temps, dans le donjon, « lové sur un divan un premier cercueil attendait lascivement le corps de la femme égorgée » ; d’autres bières en chaleur « préféraient patienter au balcon en regardant le brasillement de la Mer », par lequel d’ailleurs, les flots négociaient avec le ciel « quelque secret compromis de lumière » tout en courtisant la plage où venaient se divertir les mystères ».

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Le château de Pyrénées

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L’art de la conversation

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La mémoire

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Le jockey perdu (que vous pouvez retrouver ici)

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Etude de l’assassin menacé

En conclusion : Un auteur que je ne connaissais pas du tout (même de nom) et qui dans la postface est comparé à Queneau, Vian et Marcel Aymé (si, si)

Un coup de cœur (et si vous voulez connaître ma définition du coup de cœur , c’est un livre qu’on a envie de relire juste après avoir dévoré la dernière page)

Participation à l’agenda ironique de février organisé par Jo avec le thème « critique littéraire»

Mes lectures 2017

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Chez Loupiot et chez son ami Tom, de La Voix du Livre et aussi ici

Voilà les recommandations de douze (enfin un peu plus ;-)) amis de ce blog 🙂 et ce que je vais lire en 2017. Dans l’ordre d’arrivée, mais pas forcément de lecture cette année, nous avons :

1 – Lydia : « La terre qui penche » de Carole Martinez

2 – Gwenaelle : « La mémoire est un chienne indocile » d’Elliot Perlman

3 – Kathel et Quichottine  : « Réparer les vivants » de Maylis de Kerangal  

4 – Philippe  « Jolie libraire dans la lumière » » de Frank Andriat.

5 – Prudence « ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » de Raphaëlle Giordano

6 – Ingannmic : « Effacement » de Percival Everett 

7 – Aymeline : « Bilbo le Hobbit » de JRR Tolkién 

8 – Gibulène : « Le Réveil du coeur » de François d’Epenoux 

9 – Mind : « Le Caillou » de Sigolène Vinson, 

10 – Émilie : « Délivrances » de Toni Morison

11 – Mo : « Le troupeau aveugle » de John Brunner

12 – Soène :  Jeanne Bénameur « Profanes » ou « L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage » de Haruki Murakami

13 – La Licorne : « Le cas Malaussène » de Daniel Pennac

14 – Moglug : L’homme qui rit de Victor Hugo

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Mon unique Challenge lecture 2017

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Enfin unique pas tout à fait puisque je compte bien continuer celui de Philippe « Lire sous la contrainte » et celui de Sandrine avec « Lire le monde » ….et peut être quelques « Mois de.. » (italien, Québécois..)

Voilà l’idée que j’ai vu chez Loupiot  et son ami Tom, de La Voix du Livre

Le principe : Amis qui passez par ce blog laissez le titre DU LIVRE que vous recommandez ABSOLUMENT et j’en fait ma liste pour 2017 (et aussi plus loin si finalement beaucoup de titres sont proposés)

Oui je ne compte pas m’arrêter à 12 titres mais j’aime bien le principe de un titre par mois.

Alors prêt , feu ? Partez

QUEL EST VOTRE TITRE ?

 

 

 

Bilan Lectures 2016

J’hésitais à faire un bilan des lectures 2016 et puis cet article de Kathel m’a décidée 🙂 

Voici donc le palmarès 2016 😉

Dans la catégorie « meilleure lecture commune de l’année  » deux bonnes  pioches : Le garçon de Marcus Malte avec Edualc 

Et L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante avec Noctenbule

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Dans la catégorie « roman polyphonique  » trois  très bonnes pioches également : 

Ceux qui restent de Marie Laberge, Animals de Ceridwen Dovey et Cette histoire là d’ Alessandro Baricco

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Dans la catégorie premier tome génial d’une trilogie : La terre des mensonges d’Anne B Radge 

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Dommage que j’ai trouvé la suite déprimante ….

Dans la catégorie « jeunesse et fantaisie ébouriffée et ébouriffante » 

Les fiancés de l’hiver et la suite « les disparus du Clairdelune » de Christelle Dabos (pas de billet pour cause de déménagement)

Le tome 3 sort bientôt paraît il : j’en tremble déjà 

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Dans la catégorie Science fiction encore deux très belles découvertes 

Des larmes sous la pluie de Rosa Montero et Abattoir 5 de Kurt Vonnegut

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Et le vainqueur toute catégorie 

Et quelquefois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey une réédition d’un livre publié en 1964

et quelquefois

Joyeux réveillon à Tous 🙂

Le Garçon – Marcus Malte

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Lecture commune avec Edualc sur les conseils avisés de Miss Asphodèle

Des quinze premières années de ce Garçon, on ne saura pas grand-chose sinon qu’il vivait seul avec sa mère, coupés du monde et n’ayant aucun contact avec d’autres humains. A la mort de celle-ci, le garçon part à travers la campagne : Muet mais pas sourd, il sera tour à tour accueilli par des villageois (splendides portraits de Joseph , du Gazou qui seront ses hôtes), puis chassé, accueilli à nouveau par un saltimbanque appelé « Ogre des Carpathes». Le garçon observe, s’étonne, apprend (et en même temps, il apprend peu car il ne pourra jamais parler)

Trop tard pour lui… encore que …est ce vraiment trop tard ? il ne parle pas mais s’exprime par bien des façons, par sa présence, ses sourires, sa rage parfois…

Un tour de force pour l’auteur que d’avoir réussi un portrait d’un jeune homme sans que celui-ci ouvre la bouche ..  Du début du vingtième siècle jusqu’aux prémisses de la seconde guerre mondiale, Le Garçon nous entraîne dans une épopée mêlée d’espoir, d’amour, de souffrances.

Une ode aussi à la musique et aux livres qu’il découvrira par la voix d’Emma. Celle-ci lui trouvera un prénom (d’un musicien) et un nom Mazeppa (héros de Victor Hugo) avant que la Grande Histoire ………

Un extrait :

Par un jour de grand vent il découvre le cheval et la roue.

C’est pour commencer un frémissement du sol sous ses pieds, qui suffit à briser net son pas. Il s’immobilise dans l’ombre d’un olivier. En Alerte. Le mistral balaie le feuillage et siffle à ses oreilles, noyant les autres sons sous son courant puissant et froid. Pourtant le garçon croit entendre soudain un lointain roulement de tonnerre, il lève les yeux par réflexe mais il n’y a rien entre les branches que du bleu, du bleu, sans limites et sans faille. Le temps que retombe son regard le vacarme redouble, le frémissement de la terre se mue en tremblement et la poitrine du garçon se creuse, se serre, tandis qu’à l’intérieur les battements de son cœur enflent et s’accélèrent, puis cessent tout à fait lorsque surgit de nulle part, dans un halo de poussière dorée, la créature la plus extraordinaire qu’il lui ait été donné de voir.

Pour tout autre que lui il ne s’agit que d’un banal attelage, un coupé que tracte un couple de chevaux lancé au grand galop, mais pour l’œil innocent du garçon c’est une vision fantastique, et monstrueuse et magnifique, qui viendra longtemps nourrir ses rêves autant que ses cauchemars. Il n’eût pas été plus étonné de croiser un char ailé ou un dragon.

L’équipage défile à trente pas devant son nez. Le cheval le plus proche tourne la tête au passage, le vent et la vitesse soulèvent les longs poils de son toupet et dévoilent le globe de son œil et le garçon est frappé par l’éclair sombre que l’animal lui décoche. Tout comme le second formant la paire il est de cette race de Camargue qui pousse d’ordinaire libre et sauvage au milieu des marais. Race parmi les plus anciennes, née de l’écume de la mer, dit-on, de laquelle elle tire le fil de sa robe d’argent.

Cela ne dure qu’une poignée de secondes mais le tonnerre et l’écume et l’éclair sont des phénomènes que le garçon n’oubliera pas.

L’attelage disparaît. Restent le vent et lui. Il n’a toujours pas remué. Frappé de stupeur et d’extase. Jusqu’à ce que le ramène à la réalité la tiédeur d’un filet d’urine en train de s’écouler le long de ses jambes.

Il se détache du tronc et sort de l’ombre et se précipite vers les deux fins sillons que les roues du fiacre ont esquissés. Il scrute au large mais aussi loin que porte sa vue l’horizon est vierge. Il lève le nez et hume l’air mais le mistral a fait le ménage, chassé la poussière et les résidus de poussière et l’odeur même des chevaux. Qu’à cela ne tienne, plein d’une ferveur nouvelle il s’élance à la suite de l’équipage.

C’est qu’une autre ère vient de s’ouvrir. Certes la roue, certes le cheval, animal fabuleux, mais la plus grande découverte du garçon ne concerne que lui-même. Car c’est ici, ce jour, à cette heure – Dieu seul doit savoir pourquoi – qu’il prend soudain conscience de son appartenance à cette espèce particulière qu’il ne saurait encore définir mais qui est celle de l’humanité.

Il est homme.

L’avis de Moglug 

 

Ceux qui restent – Marie Laberge

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Ce roman choral permet tour à tour à cinq personnes d’exprimer, quinze ans après, leur désarroi face au suicide de Sylvain, 29 ans. Le jeune homme n’avait pas l’air déprimé, il avait un bon boulot, une femme pas jalouse, un fils de 5 ans, une maîtresse délurée…alors pourquoi ce geste définitif un soir de printemps en partant de l’appartement de sa maîtresse ?
Parmi les narrateurs, il y a Mélanie-Lyne l’épouse de Sylvain qui est devenue surprotectrice par rapport à son fils Stéphane, qui vient d’avoir 20 ans. Elle essaie de « refaire sa vie » en rencontrant des hommes sur des sites internet.
IL y a Vincent le père de Sylvain qui, rongé de culpabilité, se demande comment il a pu ne rien voir des intentions de son fils et qui s’interroge sur ses liens avec son ex-femme Muguette et son petit- fils.
Il y a Muguette, la mère qui se réfugie dans le déni puis dans la maladie d’Alzheimer.
Il y a une vision extérieure du jeune fils Stéphane qui essaie de fuir sa mère possessive. Il n’est pas au courant du suicide de son père, la version imposée par la mère étant un accident de voiture.

Et surtout il y a la barmaid, Charlène, la maîtresse de Stéphane, qui quinze ans après est toujours très en colère et invective le suicidé dans un québécois fleuri et imagé …
C’est ce personnage qui m’a le plus convaincu et qui se révèlera le ciment pour les retrouvailles du grand père et du petit fils.

Un livre sur le suicide d’un proche mais qui ne m’a pas paru triste du tout. L’analyse des sentiments de Marie Laberge est fine et convaincante. (j’ai été charmée par les différents rebondissements qui m’ont paru à la fois surprenants et crédibles)

En bref : un excellente lecture pour ce mois québécois digne de la trilogie Gabrielle, Adélaïde, Florent

Un extrait (Vincent le père parle)

Je suis un homme âgé, je ne sais pas combien d’années il me reste à vivre. Ni si ma santé restera aussi bonne.
Mais je sais une chose : en mourant, Sylvain m’a montré un chemin exigeant et terrifiant. Celui de vivre avec la perte, avec le vide sans continuer à le creuser. J’ai essayé, j’essaie de marcher droit avec ma part de creux et ma part de plein, et je sais que j’ai été choyé, que j’ai reçu beaucoup d’amour et que ma mission est maintenant d’en donner. Sans mesurer, sans mesquiner. En donner et ne jamais avoir l’outrecuidance de me plaindre.
J’ai beaucoup perdu parce que j’ai beaucoup reçu.

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Mois québécois organisé par Carine et Yueyin

Lecture Commune autour de Marie Laberge (je viendrai compléter les liens vers les autres livres découverts)

Lydia a lu « Quelques adieux » et en parle ici

L’avis de Cath sur « Ceux qui restent »