La petite Bijou

Il y a deux ans, Gwenaelle nous proposait  de rédiger un poème avec  pour thème « Nostalgie poétique » , il fallait utiliser ces dix titres de Modiano :

L’herbe des nuits / Dans le café de la jeunesse perdue / Un cirque passe

Chien de printemps / Fleurs de ruine / Vestiaire de l’enfance / La petite Bijou

Rue des boutiques obscures / De si braves garçons / La ronde de nuit

 

Voici ma proposition et les autres participants sont ici

La petite Bijou 
D’un pas hésitant, la vieille dame déambule
Elle trébuche, se rattrape, funambule
Pour son dernier voyage, elle ressasse
Sa vie comme un instant de grâce.
;
Sa peau est ridée, mais sa mémoire ne lui joue pas de tours
Elle se souvient, de tout, de l’amour et du miel
Dans le café de la jeunesse perdue, les jours jouent à rebours.
;
La petite Bijou a défilé, enturbannée, le long des gratte-ciel
Elle a défilé sous les acclamations et les vivats
Elle a défilé dans les avenues numérotées
Elle a défilé dans la rue des boutiques obscures.
?
Devant elle, Sophie aux longues jambes si sûres,
Remuait son long cou gracieux sans prendre ombrage
Pour la Bijou, une fanfare  lance un dernier hommage
Pour son dernier voyage, la petite Bijou ressasse
Sa vie comme un instant de grâce
?
Elle se dirige cahin-caha vers sa dernière demeure
De l’heure des nuits, elle a gardé le goût frais de l’eau
Elle voit passer devant ses yeux presque clos
Mr Loyal et son fouet, les clowns,  les acrobates ,
Les palefreniers, de si braves garçons un peu pirates.
.
Son corps est une fleur de ruine mais jamais elle ne se trompe
Elle se souvient des noms et surnoms disparates :
Sheeta, Bagherra, Mowgli le drôle de zèbre
et son Jumbo de  fils qui la suivait docilement
Nullement effrayé par le bruit des tambours.
.
Pour son dernier voyage, la petite Bijou ressasse
Sa vie comme un instant de grâce.
C’est son dernier jour, chien de printemps
Elle a vécu cent ans mais une dernière fois
Elle aimerait revivre le vestiaire de l’enfance,
Pour pouvoir dans la ronde des nuits
Entendre les enfants qui crient, des étoiles dans les yeux
« Un cirque passe, un cirque passe ».
la petite bijou

Que s’est il passé ?

maison abandonnée

Date: Fri, 25 Apr 2014 09:01:29 +0200
Subject: Reviens, s’il te plait !
From: jules@ghostmail.com
To: octavia@ghostmail.com

Chère Octavia,

J’ai eu ton adresse mail par Oscar de Canterville. Cette confrérie a du bon pour renouer les liens. J’espère que tu ne m’en voudras pas de t’écrire après tout le mal que je t’ai fait. Tu peux bien sûr mettre ce mail directement à la poubelle. Je ne me cherche pas d’excuse même si j’ai mis plus de trente ans à t’écrire : le temps de la réflexion….. Ne me méprise pas ….Ici les jours passent doucement et les regrets mettent du temps à remonter à la surface. Tu me hantes…. J’habite toujours dans notre petit nid d’amour comme tu l’avais surnommé. Plus de pensées au balcon, les volets n’ont pas été repeints depuis trente ans. La peinture jaune canari que tu aimais tant, mariée au bleu lavande est devenue un gris terne sur gris souris. Le vent s’engouffre dans les tuiles du toit, chantant la lente mélopée de notre amour enfui. Le mur central de notre cuisine, ouverte sur le séjour, a vécu lui aussi. Pilier de notre foyer, il n’est plus aujourd’hui que le souvenir du soutien qu’il fut jadis, solide et central, indestructible.

Je n’ai touché à rien dans notre si coquette maison, plus envie !! Avec toi toute joie de vivre s’est envolée. Je ne suis plus que l’ombre de moi–même : toi seule peut me redonner vie. S’il te plait , lis ce message jusqu’au bout. Je viens déposer mon âme à tes pieds, en toute humilité. L’homme qui te disait « je n’aime pas la tiédeur des sentiments » n’est plus, je voudrais reprendre une relation avec toi, sereine et apaisée.

Après ce que tu sais, je suis resté dans les murs, à errer comme une âme en peine, à me demander pourquoi j’ai réagi ainsi. Pourtant mon métier de journaliste m’avait montré jusqu’où la folie peut conduire les hommes. J’étais le responsable de la rubrique « faits divers » alors des crises de jalousie, des empoissonnements, des scènes de ménage sordides, des repas de famille qui tournent au pugilat, des adultères sanglants, j’en avais eu ma part. J’ai traîné plus que quiconque dans les morgues de tout le département, j’ai vu les ravages de la passion. Jamais je n’aurais imaginé me trouver de l’autre côté de la barrière.

Comment ai-je pu voir rouge le jour je suis rentré 24 heures plus tôt que prévu ? Je me rappelle le silence de la maison endormie et vos deux souffles, endormis eux aussi. Vous voir, nus dans notre lit où j’avais connu la félicité la plus grande, m’a porté un choc. Je me demande encore aujourd’hui ce qui m’a fait basculé : ta tête pâle sur son épaule, tes cheveux en cascade sur son torse ; ou alors vos pieds entremêlés qui dépassent de ce drap qui deviendrait ton linceul.

J’ai eu du temps pour faire l’autopsie de mes sentiments pour toi : j’ai tout examiné au scalpel, découpant la couche superficielle de nos jeunes années, puis cisaillant dans l’illusion de ne t’avoir que pour moi. Je pense être arrivé à la conclusion que j’étais malade, fou en quelque sorte, je me revois te déclamant des vers passionnés, et toi un peu distante, déjà.

Mais passons, je voulais de dire que tout est oublié, j’ai mis mon orgueil dans ma poche et que je souhaiterais que tu reviennes. Il y a trente ans, ton amant a pris le large, fuyant la confrontation, t’abandonnant à ma colère. Quand il est revenu avec la gendarmerie, une heure plus tard, nous étions unis pour l’éternité. Toi, et ton sang vermeille, se répandant sur le drap et moi, une minuscule pointe rouge sur la tempe. La postérité ne saura pas combien je t’ai aimé, j’ai du avoir droit à trois lignes dans la feuille de choux locale (ils avaient perdu leur meilleur chroniqueur).

Donne moi une réponse, positive ou négative, mais donne moi un signe de toi, je t’embrasse et t’attends dans notre petit nid d’amour, qui sera le lieu de notre ré-union.

Ton Jules qui t’aime

PS : Mon frère est mort cette semaine. Trente ans ! j’aurais mis trente ans à le rendre fou, il me maudissait, le poing levé et arrogant, vers cette maison qu’il ne pouvait vendre, vu le drame qui avait eu lieu. Je l’ai vu mourir lentement, empoisonné . Si tu le vois, dis lui que je lui ai pardonné. A mon frère, ton amant.

DESIR HISTOIRE

Les mots collectés par Olivia

soutien – famille – convivial – repas – réunion – confrérie – confrontation – humilité – arrogance – mépriser – morgue – autopsie – trouver – réponse

Je n’ai pas mis : convivial – et j’ai détourné réunion

Et la deuxième consigne d’Olivia : Soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante : un des personnages doit dire « je n’aime pas la tiédeur des sentiments ».

et la consigne de Gwenaelle : 

Pour l’atelier d’aujourd’hui, j’avais envie d’utiliser cette photo envoyée par Sabine, du blog Le petit carré jaune.

Regardez-la bien cette maison, abandonnée, la porte irrémédiablement close et la fenêtre presque condamnée. A votre avis, que s’est-il passé dans ce lieu pour que toute âme humaine le quitte et le laisse ainsi, à l’abandon?
Imaginez que vous êtes journaliste. Vous avez enquêté sur le drame et vous êtes en mesure aujourd’hui de nous révéler le fin mot de l’histoire. Vous avez une semaine et 800 mots pour le faire. Rendez-vous ici le 20 avril pour comprendre ce qui s’est passé.

(20 avril, j’suis en retard!!)

Métamorphose

Douarnenez – 15 février 2368

Je suis le leader d’un groupe baptisé « Les éléphants Blancs ». Vous allez me demander pourquoi ce nom ? ben oui d’accord c’est un peu ringard, maintenant que les éléphants blancs (et tous les éléphants d’ailleurs) ont disparu de la terre depuis un siècle, mais bon on avait besoin du nom d’un groupe et à ce moment là, Cyndy, la chanteuse du groupe, ma petite amie, lisait un bouquin intitulé « le rapt de l’éléphant blanc » de je sais plus qui ! Et comme on fait du rap avec le groupe , voilà rapt, rap …on s’est retrouvé tous les trois baptisés « les éléphants blancs ».

Comme a dit mon père, toujours subtil : « c’est du lourd, dommage que tu ne lisais pas « la vengeance du wombat  » , Cyndy, parce que « les Wombats » comme nom de groupe ça aurait eu de la gueule…. » Il est bizarre parfois mon père, souvent, il faut que j’aille lire ensuite les mots qu’il utilise sur g**gle.world : « Wombat petit marsupial disparu au début du vingt deuxième siècle » et après il faut que je cherche marsupial et là ça me fatigue et je laisse tomber….Alors j’ai déclaré dédaigneusement à mon père « tu ne jugeras point !  » et je l’ai planté là. Des fois je me demande si j’ai des gènes en commun avec lui ou si j’ai été échangé à la maternité….

Mais revenons à nos moutons….

Samedi, on répétait donc tranquillement dans une grotte à Douarnenez, joli port de pêche, les pieds dans l’eau à 25 degrés (j’adore le réchauffement climatique) : il y avait Cyndy – teint rose, peau de pêche ; BIG MC aux samples – baraqué mais un peu mou au niveau des abdos, et votre serviteur Tanguy 17 ans, chanteur et bassiste. On répète dans une grotte pour que des espions ne nous piquent pas nos chansons. Le grand secret de notre future réussite c’est l’originalité de nos paroles.

Cela faisait quelques jours que je n’étais pas trop en train : en prenant ma douche, j’avais bien repéré que ma peau devenait rouge, plutôt écrevisse que poisson d’ailleurs pour vous situer. Cela me grattait les lombaires, cela me picotait les doigts et me brûlait les yeux. J’avais demandé aux deux autres si cela leur faisait pareil. Cyndy avait dit « ouais, c’est pareil, cela date du dernier orage ordinaire d’il y a une huitaine », BIG MC avait lâché, médusé : « idem, cela me gratouille l’abdomen ». Bref, selon les apparences, le groupe au complet n’était pas au top de sa forme.

Je me suis donc couché hier soir, patraque en ce jour de pleine lune, et au réveil je ne suis pas arrivé à me mettre sur mes pieds. J’essayais et je retombais, j’ai fini par m’échouer sur le plancher de ma chambre et je me suis traîné jusqu’à la salle de bain, qui avait pris des proportions gigantesques : j’avais vraisemblablement rétréci, je voyais tout flou et ne distinguais même pas le bout de mes pieds, je crois même que je n’avais plus de pieds ni de bras , l’horreur …..d’autant plus que j’étais sûr de n’avoir rien consommé d’étrange la veille (mon père ayant planqué toutes nos cigarettes dans la réserve).

Je ne devais pas faire maintenant plus de 50 centimètres de hauteur, je n’arrivais même pas à la moitié de la colonne du lavabo. En grimpant à tâtons sur la baignoire, j’ai réussi à me voir en entier dans le miroir …je flippais comme un malade en me demandant, si je ne m’étais pas métamorphosé en loup-garou, because la pleine lune si vous suivez. Enfin après beaucoup d’efforts, j’ai réussi à me voir dans le miroir ! Enfin me voir, c’est vite dit parce que je ne me suis pas reconnu : J’avais la carapace d’une langouste, deux yeux à facettes, deux cornes frontales triangulaires, deux petites antennes par ci , deux antennes dirigées vers l’arrière par là, deux mandibules et quatre mâchoires à lames coupantes. Je crois n’avoir rien oublié sur la tête. Pour le reste à partir du thorax, j’ai compté trois paires de pattes-mâchoires et cinq paires de pattes locomotrices (si j’ai bien compté, parce que à un moment j’ai un peu perdu le fil dans toutes ses pattes). Et surtout je n’avais pas changé que physiquement je me sentais différent aussi psychologiquement, j’avais en moi comme une sorte de fureur qui ne demandait qu’à sortir. Un bon titre rap ça : « la fureur de la langouste » !

Là dessus, encore tout ému, j’ai entendu gratter à la porte, j’ai ouvert avec mes nouvelles antennes (cela m’a pris un moment, parce que tout petit déjà je n’étais pas un champion de la coordination oeil -main, ce n’est pas moi qui le dit, c’est ma mère, alors vous pensez avec le nombre de pattes que je dois gérer maintenant!) .Je me suis pris un paquet d’eau salée sur la tête mais cela ne m’a même pas gêné, c’est plus facile pour moi de nager maintenant que de marcher. Derrière la porte vous savez qui il y avait ?

La crevette rose, je l’ai reconnue tout de suite : Cyndy a gardé ses yeux rêveurs, Big MC était une méduse, avec tous plein de filaments brillants et un ventre rebondi. En sortant de la maison, en nageant entre deux eaux, nous avons croisé ma mère, une palourde échouée sur la plage à découvert..

Nous avons vogué de concert tous les trois, en scrutant les nuages et en nous enthousiasmant sur les belles choses que porte le ciel et la mer.

Et mon père vous me direz ? Et bien, nous l’avons retrouvé un peu plus tard pagayant frénétiquement sur un morceau de bois, ballotté par des flots ; l’eau avait beaucoup monté et Douarnenez ne ressemble plus du tout à ce que c’était avant. Mon père a crié « Tanguy, aide moi !  » mais moi je me suis tiré avec mes amis et d’abord je ne parle pas le Wombat.

Texte inspiré par une double consigne chez Gwenaëlle

celle du 1 février où il fallait écrire un texte en incluant le titre des dix derniers livres lus  

1 Le rapt de l’éléphant blanc de Marc Twain
2 La fureur de la langouste de Lucia Puenzo
3 A découvert d’Harlan Coben
4 Le loup garou de Boris Vian
5 La réserve de Russel Banks
6 Le grand secret de R Barjavel
7 Orage ordinaire de William Boyd
8 Tu ne jugeras point d’Armel Job
9 Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu
10 Les apparences de Gillian Flynn

et celle du 15 février intitulée « Métamorphoses nocturnes »

GLAZ N°1

Gwenaëlle est heureuse de vous annoncer la naissance de Glaz ici, un magazine trimestriel dont elle vous parle mieux que moi

glaz1

Je n’ai pas encore tout lu mais  les nouvelles ayant pour thème « l’insomnie » m’ont fait voir du pays.

Celui d’Hurluberlu pour qui l’insomnie est un pays mais bien plus encore.

La nouvelle d’Olivia Billington est la plus belle insomnie du monde après une « journée éprouvante »

Anthony Boulanger avec son IFF (je vous laisse découvrir ce que signifie ce sigle) m’a surprise avec une chute étonnante….

Le Luigi d’Olivia Bourreau m’a bien fait rire 😉

Olivier Cabrera fait la rencontre inquiétante avec un robinet assassin

Francis Frey nous raconte à contre-pied ses nuit de tueur à gage

Gwen nous parle de sa meilleure amie

Marcelino Meduse (17 ans à peine) a écrit un texte (poème presque) choc et poignant

Fabienne Rivayran nous décrit un monde du travail très dur et un homme qui chute

Sandrine un dialogue de deux jeunes parents autour de leur nouveau né (inquiétante fin)

et enfin l’Heureuse Imparfaite nous emmène dans un drôle de pays marqué par la guerre ….

Bonne lecture ………………