Les sortilèges du Cap Cod – Richard Russo

Richard Russo fait partie des auteurs que j’ai découverts récemment et qui m’enchantent.
Pas d’histoire extraordinaire ici : un homme, enseignant universitaire, a des difficultés dans son couple. Les deux époux ont tous les deux la cinquantaine et leur fille les a invités au mariage de sa meilleure amie au fameux cap Cod du titre. C’est l’occasion pour Jack de dérouler sa vie entière pour se demander quand son mariage a commencé à partir à vau l’eau. Il revient sur son enfance et surtout sur le couple étrange que formait ses parents. Le père octogénaire est décédé il y a six mois et Jack avait promis de disperser ses cendres au Cap Cod, là où celui-ci aurait vécu les plus beaux instants de sa vie. Sa mère (octogénaire également) le harcèle au téléphone….


Il s’agit d’un livre introspectif, à la fois lucide sur les dégâts du temps et fascinant d’ironie (le comique de répétition atteint des sommets dans l’autodérision et j’ai plusieurs fois éclaté de rire…pour être pas loin des larmes deux pages après)

Dans une deuxième partie, on retrouve nos (anti) héros, un an après, au mariage de leur fille Laura : après un an de séparation, est là l’occasion de se réconcilier ?

Si on devait plagier le titre d’un film célèbre ce serait deux mariages et deux enterrements …
une réussite pour ma part ce roman (peut-être parce que j’ai quasiment le même âge que les deux personnages principaux ….et que je me suis énormément identifiée à eux)

Un extrait :

C’était au sujet de l’endroit où ils passeraient leur lune de miel qu’ils avaient connu leur premier vrai désaccord. Elle penchait pour les côtes du Maine où elle allait en vacances quand elle était petite. Chaque été, la famille louait la même vieille baraque à moitié en ruines non loin de l’endroit où sa propre mère avait grandi. Les huisseries laissaient passer les courants d’air, la charpente craquait, et le parquet était tellement voilé que si un pion des petits chevaux tombait de la table de la cuisine, on courait après jusque dans le salon pour le récupérer. Mais ils y étaient habitués, et il y avait assez de place pour loger les parents, les cinq enfants et les éventuels visiteurs du week-end. Joy se souvenait des dîners en famille et des excursions le soir vers un parc d’attraction de la région, des parties de Monopoly et des tournois de Cluedo qui duraient la journée entière quand il pleuvait. Même après la mutation de son père dans l’Ouest, ils retournaient passer le mois de juillet dans le Maine, malgré les plages de galets et l’eau trop froide pour s’y baigner. Joy était allée jusqu’à suggérer de louer cette même maison pour leur lune de miel. Ce qui appelait la Grande Question numéro un : pourquoi Griffin l’avait-il convaincue d’aller au cap à la place ? Puisque l’opportunité leur était donnée de suivre les traces d’un mariage heureux – celui des parents de Joy l’avait été, sans l’ombre d’un doute -, pourquoi choisir l’exemple misérable donné par ses propres parents ?